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traite
X HISTOIRE DE LA MEDECINE
ET DES ME DE G I N S.
Ou devoir des iMedecins ^ ^ 'àcs tïi2L[2id^cSp êc de
celui des mabdes à Tégard des Médecins.
Oe 1 utilité des reinedes 5 ^ de I abus ^u^on en peut faire*
iPdr J » Concilier Jidcdecîn ofdînaiïË d0 Jëus
Dmhjïç Doüamere d' Orléans» :
A P A R I S,
A N G R b N N Ej tuè faînt Vi<^or
Soleil Levant..
PREFACE.
l’ E 1^ T R E ? R E N S pour le bien public d’écrire delà Mé¬
decine y de des abus qui s’y font giiffez , tant du côté des
Médecins , Chirurgiens & Apotiquairésj que du côté des
malades ^ de tous ceux qui s’efforcent de leur rendre de. pe¬
tits foins,
Quoi que cette matière feit une des plus fu jettes à l’en-
yie , ôc une des plus difficiles à traiter à caufe de fon étendu ë
de des obfouritez qui s y prefentenr • jfofpere neanmoins , {i
je ne fois moi-même trompé par la paflion que j’ay de dé¬
tromper les autres , que cet Ouyrag^cra bien reçu des per¬
sonnes équitables ôcje^bondciis , ne nie mettant gueres en
peiné^ de-^iEêa ceux qui ne fc règlent que par le caprice de
î’interéc , ‘de encore moins à ces impertinens Critiques , qui
ne fçavent rien , de qui ne laiffent pas de juger de tout : fem-
blables àcespauvres âveugles, qui fo mêlent d’en conduire
d’autres , quoiqu’ils ayenç eux-mêmes befoin d’ên é con¬
duits.
Je n'écriray donc pas fitiiplement pour écrire , comme
font tant de perfonnes , qui pour éviter l’oifiveté , ou pour fo
faire connoître , écrivent for des fojets qui ne font ni propor^
tionnez i k urs forces , ni de leur Profeffion. s'il faut- ^
comme tout kmonde en tombe d’accord ^quephacun s'exerce
dam fon Art ^ il eft évident qu’aprés plus de quarante- cinq
ans d’étude de d’experiences Faites avec des Médecins de dif¬
ferentes Facjulccz ^ de differens génies , tant dans Paris que
dans la Province *, Ü ne me fora pas difficile de donner les ca-t
aij ,
tJberiorcnr mate-
ricm fcncâuti fc-
1. 1 .
Màmwona? inï;-
-Svatitia/..qüç cft
idolorum fcrvitus.
P RE E J C Ë.
raderes des Médecins ide nôtre tcms , & de redreffèr bien de^
perfonnes que l’amour propre âvoit prévenues , & qui don-
noient trop fecilement daris la mauvailè foy & dans l’igno¬
rance de gens qui fe difent Médecins , quai qu’ils nefoient:
rien moins que cela.
■ De plus comme je n’ay prefque jamais fait aucun autre
perfonnage que celui de Médecin d’infirme ^ & que je n’ay
rire aucun avantage delà MedecinG,que celui de me con-
ferver un petit patrimoine r une afiTez longue vie ,, & quelque
réputation de finccrité y je ne croy pas qu'on me doive re¬
garder comme un homme qui écrit par interet , à un âge
où je n’ay pas grand’ chotèâefpercr de [aMedecine & delà
fortune
Je feray â peu prés comme ce fameux Hilïo rien ^
qui après avoir donné les Annales de fon pars dans l’Au¬
tomne de fon âge , refèrva pour le Gommeneement de fon
Hiver, & pour occuper fi vieiileliè',xe qu’il avoir de meiL
leur ôe de^ plus important â écrire».
Mais comme je ne veux blcfier , s1l fe peut , ni la charité
ni la bien-fcance y cxpofint au grand jour de mes induc-
tionsy les défauts des Médecins qui méritent quelque cen-
furcjje ne parlerai qu’en termes generaux,, ou fous des
noms feints ô2 empruntez, exceptant toûjours les içavans
êc ce petit, nombre de bons & de vrais I&aëiites ,qui n’ont
pas fléchi le genoüil devant Baal, ni donné dans l’avarice',
qüieft la véritable idolâtrie : feparant pour ainfi dire de cette
mafle de corruption ceux qui penfent plus â faire leur de¬
voir qu’a faire leurs alFaires Ôc leurs maifons y &c laifTant le
peuple juger comme il fait ordinairement de tous les autres,
par leur emploi , & du mérité de leur courfe par le prix qu’ik
en remportent^'
Ce n eflrpas que je mimagine qu’il n’y ait qu2 moi qui puifle
PREFJCË.
écrire utilement ôc à fon4 fur catc mad^^ î car je puis dire
avec finccrité , que je ne l entrcprens que pour exciter ceux
qui voudront Te donner la peine de fuivre les voies que j’ay
découvertes . & le chemin que je trace dans une carrière ^
dont la fin & le terme leur fera d’autant plus d’honneur,
que ce qui regarde la Santé cft toujours parfaitement bien
reçu, Sc que fans ce précieux trefor , les plus grandes &
les plus belles Villes^ ^ ne ièroient que de beaux grands
Hôpitaux.
C’eft pour cela que je ne donne à cet Ouvrage que le
modefte noHï d’Ess A ts , qui efl: à peu prés en nôtre
Langue ce que la Latine appelle Comm un effort un
goût , ou fi l’on veut , une tentative.
Je les divifè en trois Parties , î. La Medecine , Le Mé¬
decin , 3v Et les lècours de la Médecine,
j Ainfi je traite dans la première de l’cxiffcnee de la Mé¬
decine^. de origine , de fa définition , de fa fin , de fbn
excellence & de fes honneurs ^ ôs enfuice de fes ennemis ,
dont je réfuté les calomnies & le^.ol:^e(5rions ^ ôs finis ^
par ce que la Medecine Chrétienne a d’oppofé à celle des
Infidèles , des Juifs, & meme des Hérétiques de des Schit
matiques , Ô£ par un Ghapitre du Secret ^ qui eff rame
de cet Art & de fà pratique.
Dans la féconde, je parle fort au long dés Médecins, que
jé difeülpe dabord dé certains défauts qif on leur impute en
particulier r mais que je ne Mfïépas de blâmer eniuke de
ceux dont on ne les peut difculper pour apprendre au Pii-
b& à difcérner les âux des vrais , pour obl^er ceux-là à
changer de maniérés ou de profeflton , ebacun étant obli¬
gé de le &re, quand on manque des qualitez ôc des inren-
tionis ncceflaires pour s’acquiter de fbn devoir.
Mais comme je u’épargne pas les défauts de plufieiirs;
ïctau , ^
Artem , artifietm
& ârtis inftrumcû-
ù.
Luitprmd. l.
^tjier. mprét^at,
Solis.
PR EF JC E.
quand Toccafion s’en prefente , je n’oublie pas aufli les
hommes de mérité tant de nôtre fîecle & de nôtre con^*
noiflànce , que des llecles pafTeZjen quoi j’imite un bon
Hiftorien du dixiéme fiecle. Je leur rends , dit- il , ce quils
méritent four le mal quils mont fait y je les montre tels quils
font y 0* les exfofe aux y eux de nom fweU 0* de la foflerité.
Je dejtre aujji que le meme Owvrage tienne lieu de rétribution aux
ferfonnes de •vertu qui rnont honoré de leur aifmtié , 0 quil
fait une marque fuhlique de U reconnoijjançe que je conjerve
de leur honnêteté. Car pour ces hommes qui fe mêlenc
de la Medeçine fans capacité, ni caradere, l’hiftoire que
j’en donne , eft bien moins pour réjouir le Ledeur , que
pour lervir de Phare ôc de conduite à ceux que leurs infitr
mitez obligent à s’embarquer dans le yailTeau d’Hipperare ,
pourchçrcher leur jànté perdue/
Dans la troifiéme Partie , après avoir dit quelque chofè
des maladiés, des malades , & des remedes en general , je
pafle à ce quori appelle Mimélresde l'Jrty & les chojès
non naturelles externes j ^ de-la aux lecours ou remedes
de la îytcdecine , tant en general qu’en particulier. Ainfi
l’on pourra objlèrver combien il eft facile d’impolèr aux
perfonnes crédules , particulièrement quant aux remedes
delà Pharmacie, & combien les femmes abufent de ces re¬
mèdes pour cacher ç§ qui ne lailTe pas de fauter aux yeux
malgré toutes les précautions ; m^r^dge introduit tant par
leur yanité , que par l’ayarice des Çharlataris, &memedG
quelques Médecins, qui, a la honte de la Médecine, fontlg
plus honteux de tous les commer ces,
Mais comnae au milieu de tant de defordres il fe trouye
encore dans Paris ^ datis les Provinces , comme je l’aire^
marqué cy- devant , quelques fçavans&confcientieufMcr-
decins, jenefto^ pas qu’il y ait aucun de çes Medeçîns,
PREFJCE.
ni même aucun ic ceux que je ne mets pas au nombre de
CCS éleus , qui foie affez imprudent pour s’appliquer ce
que j’écris en general ou en particulier contre les reprou¬
vez. Au contraire , je penfe que ceux qui fe reconnoîtront
dans les miroirs qui fe prefenteront quelquefois à leurs yeux /
n en feront paroître aucun chagrin , & qu’au moins fi h dit
formité de ces objets ne les oWige de changer de vie , ils ri¬
ront eux- mêmes les premiers à I’àfpe(fl de ces ma^ues Sc i
de ces figures , aux dépens de qui bon leur femblcra , n’j
ayant rien d’autre part qui émoufiè tant les traits des rail¬
leries les plus piquantes , que de les laiffer pafTcr froidement ^
ces coup ne portant jamais plus rudement, qiie quand on
y paroît fcnfible. Ceft ainfî que Socrate s’étant apperçu a
qu’on lejoüoic dansune Tragédie d'Ariftophanejdeman-
da froidement à cePoëce, à la forriedu fpe^lacle, s’ilavok
encore affaire de lui.
Pour moi , de quelque maniéré qu’ori penne les éhofes 3
je n’aucay rien à me rcprochêr ne nommaaac perfone.
Fmerej^erJ(mfSyikeredemtm, \^ \
Je prejente a t&m cem voudront hen ks lkt»
'L/n mkok ne Jlate point , :
Où Je pretem que l'on fendre^
fi quelquun de bonne foy
Y reconnaît fon air y 0* sy vm efir<yabk y .
Je n en fitis point eoupabk.
Il ne faut pm s'en prendre a moi ^
Suivant à la lettre cét avis , dont je croy que chacun fera . ^ .
, 1 r T- * ■ • CmreOratrmt
bien de pendre la part : Ego autem neminem nomma y quare Ltge
érafei nerm mihi poterit , nip qm priùs de fi confiteri voluerit.
Que fi l’on s’étonne tous les jours cfe voir que des
gens fans nom y <|ai n’ont encore rka fait , ou <pi
T or au. Tajfo eam.
% . dellu JerufaUtn
UhfraP.
Dii jo€os amant.
:ku%.csi^, Non nos
^ J*
PREFACE^
nont fait que fort peu de chofc ^ entreprennent de juger
des Ouvrages des plus habiles en des matières qui ne {ont
pas de leur rcflTôrt; il ncn eft pas ainfi de naes Essai s^,
puifqu’ils ne regardent qu’une Profeffion que j’ay faite
long temps , comme je 1 ’ay marqué ^:y-devant.
Au relie , comme je n’écris rien que je n’aie vû , ou donr
je n’aie de bons garandsje puis ^iTurer que je nauray re¬
cours â aucun de ces faits calomnieux , dont lé faux fel eû
fl fort au goât de nôtre fiecle , Ôc que je n’auray pas mê¬
me befoin de cette grâce qu’un bel efprit demande dçs
le commencement de fon Ouvrage.
E tu ferdona,
S'mejio fr^ggi dl ver
Car pour les ornemens dé la poçfie , pour les hiftoriet-
tes ôè les induétions , outre que ce font des preuves dé ce
que j’avance , je ne voy pas que cela puilTe être blâmé >.
fervant â délalTer le Leàejür quand il n’inrçcrompt pas le
coufô de la ^narration v les Dieux memes , dit Platpn ^ ne
haïffans ni les bons mots , mi les honnêtes raiikries. Enuti
mot, quoi qu’en puiflè dire la critique, la vérité n’eft pas
toujours- médifance, au. moins dans la matière que je trai¬
te, & peut être comparée â un arbre dent il y a lieu d’ef-
perer des fruits après quelque temps, Non efi malevolus qui
çrimen alterius indiç^^q^m indmnào çorriÿ -^otefi ^ mendq^
^erire fermittitur, - . éFraten
Contenant PMiffoire de Médecine,
knee de la Jdedecme,
U I s qu’il faut prouver par de Bonnes raifons
’ . • — i-- I- d — ; on veut
que d’aller plus loin i. ^ que la
même entrer en queftion i’exif-
de Dieu, avant que de parler de fes attri-
croy ne pou-
^ en prouvant qu’il y. a
une Medecine , contre ces incrédules & ces ingrats qui la nient,
&qui la traittent comme les Athées traittent fon auteur,, fans
penfer apx grâces qu’ils en ont receuës.j Je fçray donc voir que
ni le nom ni la chofe dont je veux écrire , ne iant point de ces
jllufions dans lefqueiles on a donné de tout tems , & dans lef-
Sl’exiftence ^ la vérité de la chofe dont
traitter , avant
buts & du culte qui luy eft dû 3 je
voir mieu^x commencer cet Ouvrage , qu’
i Bjjah de Medeçlne
quelles on donne encore à prefenc plus facilement qu’on ne Je5
prôu-ve. Ma première preuve fera tirée de l’autorité j à laquel¬
le jè joindrai celles qu’on tire de la raifon Sc de l’experience>
trois puilTans inllruraens de la certitude & de la vérité qu’on
veut établir. La première fervira à convaincre ceux qui ont
quelque fentiment de Religion i la fécondé fera pour ceux qui
n’onf pas perdu la rai fon 5 ôc la rtroifiéme pour ceux qui n’ont
paii perdu Tufage des fens avec la raifon. ^
LJuant a la première , puifqu’il eft certain que ceux aufqnels
la préventiontient lieu de raifon , n’ont pas tous renoncé aux
' fentimens de Rÿigion 5 je letar demande Eee grand perfonnage
qui a écrit fod^ je noM deÆeclefiaftàjn’eR^^p^^
^ fageiïe confommée , 3c même infpiré du faint Lfprit , & par
confequent ce qu’ils ont à iè^onim à ces paroles fi formelles:
Eedejîafi.^.ti. Le tres~Haut a créé la Médecine 9 ^ le Sage ne la méj^rifem points
Car de ^‘re que cela s^ientènd de la medeciné Épiritueire , s’e®
lEfiiMs. Tirin! à9BLç;s , 6c des'plus pieux^ Commentateur^ quî font tous pour \ç
^cîrmÇ. ^ En effet- peut-on donner un iens myRi,
pli allégorique a ces paroles ; créé de /#
:teyrele$re^edeSi^l-4^(ttipaireferardesc(^^^
f rofris^aîi^coicvrémMt d^^^ Mais outice tout ce qu’on lie
,de. fexiftence ,de la Médecine dans l’Ecclefîaft|É|[t^n’en eft-if
pas encore parlé en cent endroits du. meux |C du nouveau
Tedament t Le peut-on ignorer s à m oins que de n’avoir j amais
oüi parler, de Concordancé , d’être ennemi .déclaré de toute
eoncorde , ;§c de ne croire que foi-mOTe 1 Audi eft-.ee fur ce
E^^neipe que tousles Peres de l’Eglife ^ tous les Patriaiehes des
3. iOrdré^ , tous les Tfteplbgietts , Bc tous les Cafuiftes ont non
tmi. 7. r. I. p- féuleîîîcnt érablLune^ Médecine 5 mais encore fon mérité 3c la
Avanj^ons,
- ^Qadique la raifou.ne foit pas d’un fort grabd poi,!^^
pâraifonrde Lautoritédes'faintes^L^^ & de celles de leur^
fnterpretes^ voyons neanmoins en faveur de ceux qui dorment
tout à la raifon , & qui u’admiettent' point d’autrcs preii ves , ft le
fent|incnt de plus àç fotonte fiecies peut être une fuite d^erW
miTsjç d’abus pour tout le genre àunmin. Tant d’Hift^^^^
de: Pftilofopbes^ de- Juriféonlultes', de Tbeologiens pourroient-
ik'jden, s’être tous trompez peirdant tout ee tems ? HippcratCi
.eet homme que îarnamféayoitpcmrvddmfbQnfe^^^
fremirn P^niè. Chaf . L f
âdîtiïîtc de toute là pofterité auflî bien que de fou fiecle 3 ce diviu
Vieillard dont on a dit na pâ m tromper ni être trompé y é* M^tcroh.satumMh,
était U rmfon meme , auroit-ii trompé tout le monde quand ^
il a écrit de l'Aneiemt Médecine^ Ce Celfe que fon éloquence, v. ubr. deveteri
^ politefle , 6c fon expérience firent nommer l' Hipocrate Romain^ Medidnk.
anroic-il écrit unn faufieté quand il a alluré que la Medecine fe Mcdidna nufquam
mHve par tout i Nxan aCurément , car ce feroit bien en vain que
la nature auroit produit des forefts de Remedes ^ , s’d if y ayoit * remcdi®-
point de Medecine j car quant à tatu d'autres Médecins , gen$ mm.
d'unmeritb reconnu par tout .cé qui s’eft trouvé dL’lionames de
bon léns xians le monde , je ne m’y arrefte pas icy, puifqu’on
pourra voir cy-aprés qu’ils n^étoient ni dés ignorâns , ni des cré¬
dules, ni des entdlez.- Je me contenterai donc de remarquer en¬
core ici en faveur del’exiftence delà Médecine > Premièrement*
que la différence qui paroift entre les alimens & les venins ^
que ces fpecifiques qu’on oppofe avec tant de fuccés à la mali- - ^
gnité , non plus que la longue vie de tant de grands Médecins ; - {r s
qui étoient d’une conftitütion fort valétudinaire ne font pas
des fables faites à plaifir.- De plus , ne voyons-nous pas quCvie
bon ôc le mauvais ulage qu’on fait des chbfes qu’ori appelle w;??
naturelles i ^ dépofe manifaftement en faveur dei’exillenes de ^
la' Medecme '■ car outre ce que rema'rque ie Texte' facré ^ tou- tus, fomnus & vî-
chant lafobrieté & rmiemperatiGe, qu’eftree. que les. Médecins^ SÏ^Sicta^^c-
les malades, êcmémesies per Ibnnes faines n’én.épjrouvent pàs tcmâ animi paf-
tousles jours > En effet , sTly a quelques cxtrayagàns débau- /i
chez , aufquels tout ce qui plaift pamift bon , le_ relie des. bom- ^ ^
mes ,ee melèmble:, fait quelque 'dififereace des chofes i quand
il y va de la' fanté ^ de la vie. Donne-t-on le ,y in pour rafraî¬
chir , 6c glace pour réchauffer ? ne procédé- t-o.n pas en tou¬
tes chofes par ordre éc par ràifon quand on efl: un peü raifon-
îiabietEnfincetteapplication fi naturelle à faire .choix des
Médecins les piusréclairez dans le befoin, ne fait-elle rien pour
Texiftence de la Medecme ? Mais encore s’il n’y avoit point de
.Médecine^ fi elle nétoitqu une imagination , pourquoy un
fimple ârtifan, uncrocheteur ,unpaïfan , ne reüfiîroif-il pas pr-
'dinai rement dans l’exercice de cet Art âuffi heureufement que
ies Medecins? Car je ae parle que’de ce qui arrive ordinaire¬
ment, 6c non pas de ce qui arrive par un pur effet du hazard.
Donne-t-on d’ordinaire fon pied à chauffer à un Serrurier 2
’Met-on fon procès entre lés mains d’un Architede ? Ainû voù-
A îj
ÉJJds de Meâecine:
droit-on commettre h Tante à un Peintre, à un Procureur', l
un Marchand , en un mot au premier venu» & à tous ceux qui
fc vantent d’eftre Médecins ? Et fi on le fait, fait- on fagement«
Il y a donc une Medecihe qui n ’eft auxre chofe que la prati¬
que de la bonne méthode, en ce qui concerne laeonfervation
de la famé prefente > & le rétabliflement de celle qu’on aper-
due , & qui eft prouvée non- feulement par la rai fon, mais en¬
core par l’expcrieece,^ui va faire la troifiéme preuve de l’exi-
ftence de cet Art. :
Si toutes les raifons que je viens d’aileguer ne peuvent rien
fur la prévention de ceux qui Croyent fe faire honneur de ne
pas croire cè dont tous les fages conviennent , ne fera-.ce pas
Flûtoft fait de les mettre charitablement entre les mains de
expérience , -avec ceux qui eut nié 4e mouvemem , la, chaleur
du feii , la fr-oideur de la glace,: & pour ainfî dire la lumière
aà milieu du jour ? Qi^e pourrout-^ils dire contre cette mm~
mjfe des -chafèsTce purgatif, ce ^vomitif, eette faignée, n’ont^
ils jamais tiré perfonne d’affaire ? Get homme qui crevoit de
plénitude & qui pâmoitde douleur , ne leur creve-t- il pas les
yeux ? Un fîmple & leger f emède ne fait-il pas meme quel¬
quefois des merveilles , conduit par la prudence de celuy qui
'l’ordonne,. 6: qui fçait ménager les fecours fuivant le befoin?
Le demi-bain y qui iiemble 11 peu de chofe, mais dont on fe ferc
Il Utilement dans les intempéries des entrailles , & dans les
douleurs de la nephritiqûe lerok-cèune illufoU, puifque l’ex-
perience nous apprendlqu’ii y. a des pccafions où un homme
n’efl: pas fi'toft plongé: dans le bain., qii’encore qu’il ne fente
rien cpii datte les fens , il paroift plus contentdans l’eflat d’in-
d;olenc© oii il fe trouve , .que les plus voluptueux ne le font au
■ comble de leurs defirs? Mais que pourroit^on dire encore contre
les effets fcnfiblcs & évidens des fpecidques,? contre ceux du fa-r
meux Kinâkina, du Mefeure, de l’Opium , du Baume 3 dé
tant d’autres, bons remedes qui ne font pas moins '^conhrmet.
par i’experience que par la raifon ? Gar .quant :.à ceux de la
Gbirurgie , l’ouverture de .ce .& de quelques aütrés
apoftemes, l’exclufion des çorps étrangers s &; eurparticulier
l’extraétion de cette pierre, aux du retez de- laquelle il n"^ avoir
point dautre adouciffement. quel’pperatidnl la merveillcufé
.operation delà GataraÆéy qui femble rendre la: vie avec la
lumière à ceuxquilanguiffoiéni: dan^ jiçi ppabr^és dé. la mort , 1^
Premkre Partie, Chap. 1. s
-reduaion de cette fradure, fans laquelle l’homme né pour
contempler le Ciel rampoit fur la terre comme un lerpent, Cet-
îc adroite & charitable main , qui dans les douleurs d’un tra¬
vail mortel , fauve la mere d’une mort cruelle, &; qui donne
Æn mefm.e-temps la yie .& la liberté à un pauvre petit prifon-
nier i cette main, dis-je, fl favorable, n’eft- elle pas de celles que
les Anciens appelloient les mains fecomables des Tiieu^ ? Et tout
jceh en general ôc en particulier , eft-ce autre chofe que la
Medecine ? Car pour moy j’ofe dire que fidcs preuves fi fen-
£blesnexontentcntpasceuxquerâutqritédivine,&larai-
fon ne peuvent ramener 3 ils font dig^n'es de la peine du fens,
.& qu’au heu de les rélegucr en l’Iûed’Antiycrcou croiUl’El--
lebore ,c’eft plûtoft fait de les abandonner aux Dragonneaux » Dracunculi,Dra-
^.de la Chirurgie , voire aux Dragons marins êc terreftres,puis ^
qu’en xffet le feu ^ èc le fer font les derniers remedes . des mala-
-dies opiniâftres, ' " b^fhorifmoukim.
■Concluons donc qu’il y a une Medecine que les belles mef- itaiico^
me connoiirent naturellement , s’i trova la Medicina ; car je n’e¬
xamine pas encore icy, s’il ell vray de dire, ma il medico non
j’/ Coneluon-s, dis-je, qu’il y arme Medecine que nô¬
tre -Galien a eugrànd’ raifon de dire,\^’?/ ejl bien fins raifon- GaUn.\.àtCrifik
nable de s en tenir auiç expériences tirées des principes y que"^ de nier te- '
merairement l'un é" Vautre.^ Car apres tout, que les plus paf-
fionnez ennemis dç la Medecine le joignent-.à tpht ce qu’il' y
ia jamais eu de déclamateurs ôc de fatyriquès , put cela ne prou¬
vera tout au plus que les conjectures de la pratique, & l’igno-
rahee de certains Medeems, fans donner la moindre atteinte à
îcxillence de la Medecine, non plus qu’à la iioblelfe & à la
dignité de fon origine, comme nous l’allons voir dans le Cha-
qpitre fuivanti
* Quoà fccundiini rationem éc fenfum hominibas pâtet. Porto , quarum aâîonain
cxemplaccrra fqnt jcarurodcrn certas caufas dari necefîe êft : Et quarumcurnqueaftio-
num ccrtæfunt caufae , earumdem caufarum juftacôgnitio, in animo cognofcentis ha- ^
■b'kum.qùenidam gignit ; îuxtacuius præceptiTra fimilcs aâioncs eXcrcerc poffit. Mich,
Pmngius de Medicina é'M^^kiif^iversl^sUtromitfiig^if^ÿfeudçiatrp. \
A iij
Ejjais de Mededne,
*Q«æ fcicntia ma-
gis à Deo cft quam"
fàiütas ...
-Mfdîcamêta è tcr-
-la procrcavit, ne fi
accidcret ægritudo
. corpori non decffet
..Biedidha. Ovigeii.
in "Sium, e, z4. ^
homil. in IfaL 37,
(iu3-Kiquam & iila
corporis Medicina,
fi akius remm ori-
ginem rcpecas non
invenLatur and«ad
fiüinincs nianàrc
-potuerit nifî à
Deo , Gui rcrum
omnium ftatus fa-
lurque triibucnda
eft'. Augufi. At cU
^it. Dei cap. . .
^armiz. caput Da-
<iæ.
«T
Ç H A P I T R E II.
De t origine de U Médecine , de fin progrès.
DkEz que le premier homme eut tranfgrelFé le commande^'
|.iient de fon Créateur, ce ne fut plus que corruption: Sc
c’elt de cette fource empoifonnée que les maladies du eorps>
-auffi-bien que celles de l’ame, font forties.- Mais comme ce
Créateur de toutes chofes cft la mifcricorde même , il eut la
bontéji’y remedier dés qu’il eut confideré le'pitoyable état de'
fa créature. Ainfi c’eft de luy que toute la Medecine a pris^
naiflancc.* Il l’a donc creée pour le foulagement des malades>^
pour empêcher qu’ils ne tombent dans le defefpoir , pour obli¬
ger tout le genre humain à fe rêftbuvenir éternellement de fes
bontez j & fi l’on en croit quelques Philofophes, pour une plus^
grande perfedion du monde. C’eft pour cela qu’il eft reconnu
par les Chreftiens pour le véritable Alexicaque, pour le con-^
fervateur & pour le réparateur de la fanté, dont les Payeuse
n’avoient que le nom & qu’une fauffe idée dans leur Jupiter.
' ^ r O V I € V s T O î> I
<Xj I RI N O .
s F R V, A T O R I
' PRO SAL'VTE C-ÆSARTS NERVÆ.
•' : , - . .T R A I A-N t A V G.
, G O L. -
S A R M I Z.-
Or ces malheureux enfans du péché , ces maladies, dis-je, de
l ame & du corps , ne different pas moins entr’elles que font
l’ame 5c le corps meme 5 car comme cciles-cy demandent le
Médecin pour y remedier, &: que le malade paroift luy eftre
obligé de les foins 5 au contraire il tombe volontairement dans
celles-lâ, & fuit tellement les remedes qu’il ne peut de luy-
méme , ôc-fans le fecours de la grâce faire le moindre efibrt
pour fa guéri fon 5 bien-éloigné de chercher le Médecin & la
Medecine. C’eft pour cela que laifTant la Connoiftance de ces
maladies aux Théologiens , & leur cure au véritable Alexica¬
que, Je m’arrefteray fimplement à l’origine de la Medecine
corporelle, & ne parleray dans cet Ouvrage que des matières
qui en dépendent.
Premkre Partie, Chap. II. 7
-fc remarque donc premièrement que ce que les Payens ont
enveloppé de nuages & d ’obfcuritez , attribuant à leurs Dieux
f’invention de la Medecine , & plaçant les Chirons & les Ef-
Æulapes dans le Ciel , eft la même chofe que ce qu’en ont penlé
lés Juifs , mais exprimé en des termes ôc en des maniérés
difFerentes,. Dim , àït le fage fils de Sirach , a créé la Medecine y
Voila la creance du peuple de Dieu , ôc voici comme tout elt
allé enfuite, non feulement félon les Juifs & les Chreftiens*
inais encore félon quelques fages 6c quelques fçavans du Pa-
^anifme, Adamfortic de la main de Dieu avec une copnoifiTan-
,.ce parfaite de tout ce qu’il y avoir dans le monde.- Il fçavoic
fcs vertus de toutes les plantes, de tous les minéraux , & de
4ous les animaux ^ & c’eft cette fcience que Dieu luy avok
infpirée, quül communiqua à fapofterité quelque temps après
qu’il- eut donné entrée aux maladies dans le monde par le pe¬
nché. C’eft ainfî que Secii en fit part à fesdefeendans, foit par
eradition, -foit par les fameufes coiomniesdont parle Jofeph ,
que les Chaldéens , les Egyptiens , les* Grecs, tant d’autres
jjations cultivèrent fucceffivenient ces lumières. Mais comme
les hommes nelaiftbienc pas de vivre long-temps nonobftanc
.Ces feminairesde maladies & cette malheureufe imprefiion du
péché , non feulement ayant le deluge, mais encore quelques
lîecles après,
^^ando era cîho il latte
I)el Ÿ^tgoletto mondo y e Ctdla il bofco ,
Hs ne furent obligez de mettre en pratique ces connoiflanccs
-qu’ils avoient receuës de main en main, que quand les malâ-
jdies commencèrent à fe rendre plus frequentes , & lors que le
.temps de la vie commença à s’accourcir notablement. Ce fut,
dis-je, alors & dans les befoins, qu’ils eurent plus particulière¬
ment recours aux remedçs, dont ils rectifièrent infenfiblement
Eiifage-par des raifonnemens ôc des expériences reïterées. Et
€*^611 pour cela que je ne puis croire que Noé ait efté le pre¬
mier Médecin , h ce n'’eft en la maniéré qu’ Adam l’a efté avant
le deluge ^ & non pas de la maniéré que l’ont voulu ceux qui
croyent que ce Patriarche ait efté le mefme que le Promethée
du Poëte Efchilus,& qui s’imaginent que la réparation du gen^
re humain a efté fuivie immédiatement de rinvention de la
Medecine pratique. AufS n’entend-on point parler de la Mé¬
decine dans les îdiftoires les plus anciennes jufqu a Mercure
Fkmis adhuc foU-
difque corporibus,
& facili cibo noâ
per artem yoluptaf
temque corrupto.
Seneç. E^ifi. ÿ.
L. de ermth. fal~
far. Relig.
ful.firni'tc. tbid.
*£x iis fa<Cli pcrfpi-
caciores , confide-
rantcs res natura-
ks apprehcndei ut
mcdicinam, eu jus
fuit juvencor Af-
clepius feu Æfeu-
Iapius,avus Afcle-
pii quem ititrodu-
xit T rifmegiftus io,
Diaîogo de hoc ,
noininc,poftea verp
res Haturaics de-
clinando in fuper-
ftitiôncm , immei-
fere fe in magicas
a très, UC patet ex
facro textu Exodi
7. & 8. loan. B ap.
Cazalius de vete-
ribus Ægypioruni
rhihus.
g . . EJJak de Medecme,
Trifmcgifte, à Athoth fils de Menés fécond Roy de la pTc“-
miere Dynaftie, ôc à Tofortro Rôy de la troifiéme, aufquels.
nous pourrions ajouter cet Efcülape Pkœnicicn , ôc fi Ton veut
ces premiers Rois de la Chine , dont nous parlerons cy-apréSo.
Ainfi quels que foicnt ces^ hommes fameux , & quoy qu’on en
penfe, il y a bien de lapparence que la Medecine ne fut ré¬
duite en pratique qu’au tems du Patriarche Jacob, dont les^
enfans la portèrent en Egypte. Èt c’efi: pourquoy Julius Fir-
micLis a penfé que Jofeph eftoit le Serapis des Egyptiens , à.
quoy il y a quelque apparence, fi l’on eonfidere que le Congim^
ou boifieau qu’on voit £ur la tefte des médaillés de Serapis fe
rapporte allez à la diftribution du bled que ce Patriarche fit
faire dans l’Egypte pendant la dilèttedes fept années. Car de
dire que Serapis , qu’on fait le Dieu de la Médecine, eft ainfi
appellé de le fils âe Sara, je-laiflè à penfer s^il y a bien
de l’apparence à cette autre conjecture du mefme Auteur».
C’eR encore pourquoy le doéte Cafalius a écrit* que les Egy-:
ptiens apprirent par des fpeculations forteS'& frequentes tout
eequi- appartient à la Medecine, & qii’ilsde rectifièrent à mefu-
reque les maladies augmentoient. Mais eequi n’cll pas moins
vray,ell que leurs- connoifianceS' furent bieu-toll galtées par le
mélange de la Magie que leurs Rois, dont ils firent des Divi-
nitez, ne manquèrent pas à y introduire. Car comme il n’y
avoir quedes Princes & les Prcltres de la-Religionqni ofalTenc
en faire une profeffion ouverte, les particuliers ne s’en méloient
jamais qu’en îecret. Et c’efi: de cette maniéré qu’il faut enteu»
dre Homere , Platon , Plutarque , qui^ont avancé que les Egy¬
ptiens efioient Médecins j- car l’Egypte eftant-fort fertile- en
remedes, il n’y avoit perfonne qui ne tafchaft d’en avoir quel¬
que connoilFance. Neanmoins fl faut avoiier que ce ne fut
qu’au temps d’Efculape le Grec, qui vercut un peu avant la
fameufe Epoque du fiege de Troye, que la Medecine, laquelle
avoit encore quelque chofe de rude fut comme le re¬
marque Mercurial auLivre I, de fa Gymnaftique.. Enfuite les
hommes venans à fc'déregler de plus en plus » & l’intemperanf-
ee s’efianc introduite dans la Grecé, Herodicus de Selimbre,,
raaifire du grand Hippocrate ^ inventa la Prophiladique , qui
eft l’art de fe précautionner contre les maladies^ & rendit,
comme le remarque le mefme Mercurial, cette fcience, de<vier-
ge qu, elle efioit encore alors , fécondé dr remplie de (fumtiü de beaux
Premiers Pâme. ^
dogmes é‘ obferviitiom, tanc il eit vray que la necejfitè ^ *» TimM.
Vefprk ont inventé tout ce qit il y a â' utile ^ de merveilleux dans le
monde. Aiiifi. la Medecine faifant tous les jours de nouveaux-
progrés i ie trouva fort avancée au tems de la guerre du Pe- ^ .
loponefej qui fut l’an 300. ou environ de la fondation de olmpi*d. s?. /»»-
Rome , tems auquel on avoit déjà Gulcivé quelques autres 430- «»»•
Sciences. Vulnusdeligavîta- .
Ce n’eft pas, pour dire le vray pour ne-Iailïèr dou^
te, que les hommes ayant commencé à fe faire la guerre dés fctrcm quietc
les premiers J^ecles après le dekige , ils neuflen t dés lors in- abftincntia , noa
venté quelque moyen débander les piayes , de tirer les corps
étrangers j ôc d’extirper les membres pourris. Je ne fçay pas vaktudocoegerar,
même fi les'Tubalcains ayant manié le fer dés le commencé-
ment du monde pour en faire des armes, n’auroient point en- '
treveu fes qualitez medecinales , & fi après le déluge Chain 5c
Ganaam, qui font l’un le Jupiter 8c l’autre le Mercure du Pa- ,
ganifme , n’auroient point poufle plus loin ce que leurs peres ' .
leur avoient communiqué touchant les qualitez des métaux ôc -
des minéraux. Au moins eft-il vray que Clement Alexandrin
* fait Mifraim , qui eftoit petit fils de Cham , inventeur;de la * m srnmâtie ê,
Chiru^ie , ôc qu’on connoiffbit la vertu du fer dés le tems -
du fiegé de Troye s témoin la lance d’Achille dont la rouille
guérifloit les, plaies que Tes coups avoient faites : car foit que
fraxinpts foit pris pour la /lahce , foit que le fer de la lance ôc
la virole qui le ferre Sc qui le tient ferme, foient la matière
au médicament , on peut inlrerer de la que les hommes voyoïent
dés lors quelques quâlitez medccinales dans les- arbres , ôC
dans les métaux. Mais à parler proprement ces connoiflances -
n’étoient que des rudimens de la Medecine, les maladies in¬
ternes n’eftant pas encore bien connues, parce que, comme nous
l’avons cy- devant marqué elles eftoiênt rares , ou peu aiguës >
êcpeu dangereufes.
Tout cela eftant donc fiippofé, au moins comme des conje-
dures raifonnables , je ne m’étonne pas fi le Médecin Soranus "
nous donne en peu de mots ôc félon des lumières qu’un Païen
pouvoir en avoir , une hiftoiredè la Medecine auffi courte 8c . .
auffi vray-femblable opic ctWc-cy . La Medecine a eflé inventée in ifagegg^
f y^polLon -) augmentée far Efculape', ^ perfeélionnéepar Hipocrate.
Car foit que les Grecs ayent entendu Dieu auteur de tou¬
tes chofes ôc créateur de la Medecine par Apollon qui cft le
B
lo Meiecm.
Soleil, ou qu’ils ayent confondu cet Apollon avcc'Ifis Sc Ofiris;
dont les noms ne lignifient pas moins la Medecine en langue
Ægyptienne, qu’ils fignifient le Soleil & la Lune.} il eft tod*
jours.vray qu’ils ont voulu marquer par ces fidions qu’il ne
‘ie la. Medecine qil’à Dieu , ce que leur
Hfmr. poftejrité a fi bien compris que quelques Auteurs ont écrit de- ^
Deus^famt^w^au- p^j5 c^Q l" invention en efiûip au dejfus de l'efprit humain ^
g^mtiii deci. ieî. ejloit une. çhofe faerée i qu elle' efioii ha doBrine dits l>ieux immorttU
'Lftcian.inAbdim. ^ queJlexercice:n*en ejloit pas moins noble que V origine -. Divinitus da^
:tat diviinitus accepta. .Q^nt au progrc? de cette fciencc ri eft
afie? difficile de fiçavoir préeifement ce que veut; dire Soranusv
QnoDîaTO adliuc quand ü l’attribuë à Efculape, l’-hiftoire & la cronologie n’ayanç
rcmMSkilS*"* de bieu afluré touc-hant cct hommc fijcelcbre , Celfemé-
exwiuit in^DcQ- m.etQjnbant d’accord qunime fut misau nombre- des' Dieux-
xamnumerum rc- que-,parce qu’îl avoit commencé à decraffier la Medecinev
^pcas cft, quai y a donc de plus vrai;- femblarble toucbanc l’origine de cet
Art. J c’eil que les fameux Roisi d’Egypte, qui pouyoient avoir,
appris' quelque chofe des deirendans, dlHeber, ôc enfuice des
Ifraëlites fireiTLt pafier leurs connoiflances chez les .Grecs , où
elles .firent quelques progrez du tems de Gadmus , de Ghiron,
.d’Efculape & de P^datére Machaon enfans de cel^i-cy,
qui furent honorez eomme des Di vinitez ., après eux’ quei-^
ques-uns de leurs defeendanS î qui avoient exercé cet Art avec ^
gencrofité. Ainfi il em&u: roû jours revenir à Efeulape que;
nous éxaminerons cy-aprés ;, pour trouver les fondateurs de
qes prcihicnes écoles de la Grèce , Gnide , h^hodes , & Cos ,
f. &^n£ùjtc par divers degrez de générations le fameux Hipo-
crate, qui fit-en Ton içnis l’honneur ded Eco le de Cos, y paroifi-
fant comme un Oracle malgré la jaloufie des deux autres , quh
ne .vouloient pas ceder à. ceÜe-cy. Mais quant à ce que noftre'
Soranusavancctouchantlaperfeâ:ionde-laMedeçine,qu’ilat--
tribuë àcet Hipocrate, il nclc fautpasprendre tçiiement.àlà^
. lettre en fa veurde&ce grand perfonnage,qu^on s’im^^^
la Medecine n’ait^^ receu depuis aucun degré de perfeclion' ,
puifqu’il dit luy même , que.tout âgé qu’il eft , il n’eu a pas en-
adpionyP cote acquis une comioiftance parfaite; car; Soranus ne s’eft ap-=
paremmentfervi dé cette exprcffîon , que pour nous faire en^-
tendreque KArt av^t ppocrate, mayoit pour ainfi dire fait
\rhem: ^ qtie bégayer ,- Sc qu-il navoiti parlé; un peu diftinefement que
‘m, #û$ees:b6h€setbîerv;^dwqueuéus.adm
Prmim
Intelligiblement dans les Commentaires de Galien , qui les fau-
•va Ytemierement de en les tirant de lapouffiere des
Bibliothèques, ou elles avôierlt ®fté comme enfevelies pendant
'Æx cens ans , & donnant à tous ces Oracles le jour & l’explica¬
tion 4ant ils ia voient 'béfoin peur cftre entendus.
.. , ,, 1 r ... Tymc. Petrarch^
JS quel m Coo ehe je ve mtglm ojrA neii. Triemf, deiU
- SebeneintejifùJfegUsAfm^
^j?'diFergam(yiljegueié‘i^lufp^^
'Mi^ bre'i^e fiur/îr ^là diéhm^
Ë ne faut-dottc pas douter que fî Hipôcrate êc les .grands
Sommes qui l’ont, Ëiivi revenoient au monde, ils ne tuflent
furpris ôc étonnez de voir les merveilles qu’on a découvertes
depuis euxdans la théorie dedans là pratique de là Medecinè^
d: même le jour que tant dé doétes plumes ont donné à' leurs
ierits. Et à ce propos je crois que ceuXiqui aiment la Poëfie fo
-ront bien aife de voir icy une Epigramme que ütenhovius aTv
traduite du Grec de d’Aurat qui l’avok faite fur là tradu^
^fon des Aiphorifmes d’Hipocràte par J éan Butin Médecin-
d’Angers.
Enthem BipΟMii qmndam jeu Pythia Vfstîs-:
MacfmmcecimtfeBoris’e^ . .
&^ma-'féd teeink^cùnfufa'yfâcer 'tdlit illim -
furoryutmuUfis .forùbusmdo^ûret. ^
Mnunemdigefia^mçulaâigerithicâum'
Eutims rmpio éjl quodfmy mte furon -
11 n’éft donc pàs vray , comme l’à penfé Ariftote dans fes
qüeftions naturelles , que la Medecine ait été inventée par une
■efpece de divination, par hafard , par révélation des démons
& par leur invocation ^ ni que lôn meonftance, de fon peude
certitude viennent de ces principes. Au refte, quoi qull me
foit facile de conhrmer non feuiement la noblelFe-dé la Mc--
decine , mais encore fon exifience , par là contiuation de fes
pr^rez , & de fon hiftoire depuis Hipoerate jufqu’à nous , je
pafleicy fur ces grandes de fortcspîreuves , parce que j’y reVien-
dray çy-aprés en fon lieu ,* de q|ic d’autre parc ee qUe-j’ay allé¬
gué dans ces deux premiers Chapitrés fuffit pour convaincre
les gensraifonnabdes de l’cxifteneedcdéla uobleËe de ectÀrt.
. Bij
ti Effds de Medecîm,
C H API TRE III.
Vu nom , de la définition , (T de la fin de la Medeeine,
LÇ terme de Médecine eft fort équivoque , car il lignifie
les inftrumens ou remedes , dont TArtfe fertpour parve¬
nir à fa fin. De plus les boutiques des anciens Médecins , qu’on
appeiloit Medicin^ , mais bien plus précifement une habitude
de l’entendement par laquelle le Médecin opéré, & l’opera¬
tion même qui en émane. C’eft pourquoy Michel Doringius
s’expliquant fur ce terme, dit qu’il ne prend la Medecme, ni
diei^ ~ pour les remedes, ni pour les boutiques où on les garde , 6c
c’efl: à peu prés en ce lèns laque Tertulien appeloit les gueri-
fons des Médecines^ quod Medicinas faeü , qnoy qu’il appelle auf
Ims Medieu?. li en un autre endroit , la Pifeine de Jerufalem une Medecme y
il faut encore obferver que & 5 qui lignifient
faire la Medeciae , lignifient aufii changer , colorer ét modérer >
immutare , colorare.lVn en eÇkàoncŸ^^ du nom de la Médecine
comme de tant d’autres qui font l’image de la chofe , ^ qui
en marquent la nature & PelTence. Et c’eft pour cela que ne
frayant point aflez clairement dans ce nom ce qu’eft la chofe
qu’il lignifie , j’ay recours à la définition que Rhafes nous
Conne de cette, chofe, parce quelle frappe davantage l’efprit,
qu’elle eft plus clairé que tant d'autres. définitions qu’il fe^
roit inutile de produire ky. eft donc, fui vant ce
fçavant Arabe , effectif gui conferve la fanté frefente ^ ^
^ gui guérit Us maladies curables avec le fecours de la raifon é‘ de
Vexperieme î définition dif-je d’autant plus jufte & plus précile
' quelle comprend la nature de la Medeeine, la fin quelle fe
fropofe & les moyens quelle prend pour y parvenir. D’où
on peut'tirer crois conclufions fort importantes à la Médeci¬
ne , aux malades , aux miniftres de l’Art , & même aux afli-
ftans ou amis des malades.
La première, que fr la Medecine eft un Art elfedif, comme
-la définit Rhafes, il s enfuit qu’elle ne marche pas toujours
- m aveugle , quoy qu’elle marche quelquefois dans Pobfcurité ,
^ par confequent que fi elle ne guérit pas toutes les maladies ,
dlc ne laiffe pas d’avoir la fanté pour fin , à laquelle elle tend
Première Partie Ch^f. III. 15
toùjoufs. A quoy nous pouvons ajoûter qu’outre les maladies,
incurables de leur nature , il y en a encore qui ont des caufes
iurnaturelles , vérité que les Payens ont reconnue. sHl ny a Froverb. i. i»4m-
donc foint de confeil ni de prudence c^ui puife s'oppofer d Dieu , le Reg. t. 4.
Médecin n’aura-t-il pas fait fon devoir quand il aura mis en
pratique pour le bien du malade ce que luy enfeigne l’Art?
Delà vient que les Loix ne s’arment jamais contre luy pour-
-veu quŸl ne paroifle ni malice , ni ignorance dans fa condui¬
te. C’eftce qui a fait dire à Lucien que la Medecine eftant Ci i» Abdicmô.
jiecelTaire aux hommes, &. par confequent fi digne d’eftime ,
eeux qui la prof elle nt doivent jôüir d’une pleine & entrere v.LmgiummEpH
liberté, & qu’il n’eft pas raifonnable qu’une fcience qui vient
de Dieu , &: une puifTance qui luy eft confacrëe foit fujettc â
la dureté des loix humaines à la peine des Tribunaux. Et
néanmoins s’il en faut croire le caprice de bien des gens, le
Médecin doit toujours guérir , & fi la mort arrive , ce n’eft j a- Profperà omne*
mais elle qui a tort, c’ef^toûjours le dernier remede, quand
ce ne feroit qu’une verréé d’eau ordonnée par le Médecin. co. Tadt. Annal.
Fecerit pojîquufk quidipuid )ubet ipfa medendi ^ J
Norma ^niji npaleutfîdfûffquè r-evixerit Ager, Ferifaîtus iaHp-i
Murmurât dnfipiens vulgm i linpiâque proeuci
Eloquitur de te ca0iim tùïiâ ''juBans.
Het mihi quam^Mtum eji Medicorum creâêre nùgis. -,
Car pour le malade & les afîiftans qui ont foùveiït grand part |
à tout ce qui arrive de funefte , on né manque jamais à les
difbulper j la raifon a beau dire , & le Poete a beau chanter:
Non ejl in Medico femper releveiur ut Ager '
Interdum docid plus ^alet Àrte malum. ^
C’ eft une chanfqn pour ces gens là. La fortune qui a bon- Portana qücm 'm-'
ché les oreilles , & crevé les yeux de la'plufpart, ne leur a dé - miuin fovet ftul-
lié la langue que pour dire hardiment tout ce qu’üs simagi-
nent 5 on diroit qu’on eft obligé de les lai fler conter tout Ce
qui leur plaît , parce qu’ils font forts en comptant , & que l’ar-
gertt qui femble redrefter les jugemens de l’efprit , les rend
toujours tres-contens d’eux-mémes , tant il y a de peuple , & "
de pauvres d’cfprit parmi les richards: ^untopiurichi d'ifuorii Sapienza ftlie.
tunto piu poveri di dentro. Ainfi je ne fuis pas peu furpris de voir
qu un petit homme glorieux & fortement compofé , qui n’a de
genie que pour faire mal , dont la Religion & la dureté na-
tur^Ilç eft caufç de fa fortuhe , Sicut Bthnicus Publicunus^
B iij
14 Ejfah de Medcdne
.6c qui ne s’éft élevé de lajpoaffiere , qitc pour fe guindrer daw&
des airs de vanité & de eapidité j qu^un homme ainfi fait , s’i-
magine avoir droit de fe moquer d’un Art > que tant de grands
rPerfonnages, 6c le Fils de Dieu même ont honoré en le pro-
fejTant , 6c prétende traiter de haut en bas pour moins dhin
écii, un homme qui.pendant toute fa vie ne s’eft appliqué qu’à^.
fon devoir , 6c à méprifer les biens mal acquis.
La fécondé, que fî la Medecine conferve la famé ■pref ente-
guérit les -maladies curables >, .on ne peut faire alTez d’eftime du?
Médecin. En effet ne voyons-nous pas que le gouteux l’appelle -
■fon Sauveur dans Lucien 5 qu’on honoroit de ce nom les Me*
4,ecins du tems de faint .Bafile , témoin ce Jacques furnommé
Soter-àc tant d’autres dont nous parlerons cy-aprés' , qui font?
j)arv6nus au terme d’honneur ôc de gloire que le grand Hipo-
crate C’eft ainfi que le Mage-, le Sage, le^
PhilofQphe 6c le Médecin n’éftoient chez les Perfes quune?
mémechofe , 6c que leurs Rois donnoient à leurs Médecins la
qualité. de Prince. Et ceft pour cela fans doute qu’ Avicenne
reçoit cet honneur, 6c non pas parce qu’il efloit le premier Se¬
crétaire du Roy , 6c que ceux qui ont le premier rang dans -
quelques emplois ckez les Arabes, s’appellent Ahraïes on Prin¬
ces, comme ils font appeliez chez les Latins. Ainlî
qui ne voit que ce grand MedeGin ayant guéri trois Rois de:
Per fê ;, n’ait mérité d’eftre regardé eomme un Sauveur , 6c:
comme unautre Cid 6c Seigneur de la Medecine. En effet
j^près a^vair fauv.é trois Rois
P ourroit-atî manquer de Couronnes^
Et fi pour avoir fauve la viei.' un Citoyen, on dônnoit a uiî-
fimple foldat Romain une Couronne civile , le grand Avicen¬
ne, n-avoit-il pas quelque droit après ces trois grandes cures â
une Couronne , telle qti-on la donnoit chez les Perfes à ceux
qui s’eftoient diftihguez par quelque aétion d’éclat ?
La troifiéme conclufion que je tire de la définition de,
Rhafes,, efi: que comme la rai fon peut s’égarer quelquefois fi
elle.n’éfi: fécondée de l’experienGe , de même l’experience
nous conduit quelquefois dans de terribles extremitez , fi elle
n’eft foutenuë 6c fecouruë par la raifon comme nous le
Vrcrro'ns -plus au long dans la fécondé partie de cet Oui.
vrage.
i ^ de la Medecine qui eft la fanté, dont noui
Première Partie, Ch^f . l II- if
venons de parler en pafTant , & dont le Médecin eft le dire-, Bom vaietudinc ^
deur, que ne peut on point encore dire à fon avantage? N ’eft- moniîc
il pas vray qu’elle efl le plus bel ornement du corps , le plus' praeftantius
rprecieux des biens , Sc celuy fans lequel toutes les douceurs'
’de lai vie font infipides. ^ Ce qui a fait dire à> certain ^ Caton a sem». i» ifagsg^
Capûis mxilmm' Mèdko commette fidall hJüonyfiusCatom
Sttüyiprscipmqmdprmumejlcurarfaluns. , carmimb,
C’eft pour cela que-lePoëte'fa^la Sante’la plus ancienne des
Déeffes^ 5c:que la demiere coupe de vin luy eftoit ancienne¬
ment confacrèe dans les feftins * Il n’eft- pas neceflài re, dit Euei en in Abdicarto;
de- manger à toutes les^keures du jour , mais il eft neceflaire
de febien porter , &"c'efl:‘pourqnoy toutes les falles des feftlns
.elicZf les- Egyptiens retentillbient de ce beati- motet , o fanté^ o fanîm^ / tu im-
m es leplus gmnd d&s biens: Ën effet qui ne fçait qu'une grande
Jc'-GontiniieUe fanté eft tres-rare'î-ôS' que , félon la remarque
•du fçavant Erafmè , on n'âi veft que le' Fils-de Dieu Sè lés iniEncmio MeM-
Apoltces qui n’ayènt jamaiàefté malades : emt in THhuhm
mmm infirmités ^ exagération Hébraïque du Eféaume 104.
pour marquer un bienfait & une grâce infîgne , mais* vérité u*
à l’égard des Apoftres, &: deceux à qui Dieu fait part dftne
grande- fanté, C’eft un fi grand bien que celle du corps n’éft- Auguj},
pas moins promife que celle de rame ceux qui font l’aumône
de leurs biens. Ainfi on eft riche des-biens de là nature à me-:
liire qu’on fait bon ufage des biens delà fortune , ôc ceft de
Æette maniéré que la fanté ^ant Lé, premier des biens- de lâ“
nature , le pauvre qui fe porte bien eft incomparablemenr
plus heureux qu’un riche malade; Tant dé conlHtations dé' ’
rentes qu’il vous plaira 4 tout cela neft rien fl elles ne' ftnt
ajccompagnées d’une bonne conftitution' de corps
ssjfm vdidum quam cenfm immenfm^, u,nM. r.üng,-
%^itri!i hot nitenâum- efi hfi^uémtis corp'ore fano ' musstelUtusZo--
^j^ippè ‘valetudà ^fi cenfin frafiantioT' Omni -
" Robéfimfofior , Rege ^fipréfikntior égroj
Sc fl l’on en croit fâint Àuguftin , ne vaut- il pas mieux le
bien porter avec une petite figure, que d’eftre malade avec
une taille de géant? C’eft ainfi qu’onpeut eftfe riehe air mi- Meüus eft habcrc
lieu de la pauvreté- Il n’eft pas jufqa’àu Paradis- des Chre- Zachei ftaturam.
ftiens , qu’ils ne fe figurent comme un lieu , ou ilnV a ni &
chagrin ni douleur , ôi où on jouit d’unedknté parfaite. Auffi Goiiæ eum fe'src,
l’Eglife pcrmét-cUe derla fouhaiteïq mettant ellê^méme- ces
Ejfais de Medeciné,
paroles dans la bouche de fcs enfans : Perpétua memls t
ris fanitate gaudere. C’efl: pour cela que le Sanitas tua n’a pas
efté moins connu pendant plu lîeurs fiécles dans ritalie 5 que
*voflra Seignoria y eft à prefent j & c’eft pour cette mémeraifon
que cette nation qui fçaic Tes affaires autant qu’aucune autre,
en fait fa principale affaire , & qu’elle donne pour ainfi parler
la main droite à la fanté fur le gain quelle aime fi paffionne-
ment: Sanita ^guadm mejfer , car voilà ce qu’on appelle fort
grand Boa di. nfin c’eft dans cet efprit qu’un desbeaux erprits
de la nation ayant tout fait pour recouvrer fa fanté perdue r
parle de fon rétabliffement comme de la plus belle des inven-
Annih.'Cara nell. tlons^H/
l.mer. l. Z.
Gensf. 4x, -
tferefi. .
Gregpr, l. lo.
31.
V. Miplm. eru.
dit. antiçj!. Spon,
Jl.
quel ch' importa , mi pare d'aver trovata l’Alchimia di Jla
fam. Que s’il m’eft permis de remonter à l’antiquité , je trou ve
un Bene Falere introduit dans toutes les lettres, & dans tous les
-témoignages de bien veillance par le Philofophe Pithagore 5
car quoy que le Bene Falere le Salm , & le Sanitas fignifient quel¬
que fois l’honneur qu’on rend aux perfonnes , la confidera-
tion qu’ôn a pour elles , & le bien qu’on leur fouhaite , ils
marquent bien plus naturellement & plus ordinairement la
fanté de corps Ôc, d’efprit. C’eft ainfî que Jofeph jure par la
fanté & par la confervation du Roy Pharaon 5 que les Offe-
niensjfede de Juifs fameufe dans faint Epiphane, jurent par
leur fanté 6l par celle de leurs enfans. C’eft encore ainfî qu’on
Juroit chez les Romains , par la fanté des Empereurs , & que
les Evêques eftoient obligez de jurer per falutem Domimrum no-
Jlrorum Rempuèlicam guhernantium. C’eft pourquoy les plus rai-
fonnables & les plus ordinaires fouhaits fe terminent toujours
à ce qu’on appelle , mens fana in corpore fano , TriAiNEiisr voi¬
là tout ce que demande le brave Pirrhus , & le mifterieux
YrEiA eft pour ainfî dire l’heureux mot du guet qui fait
triompher Antiochusdes Galates, fes plus redoutables cnne- -
mis, & qui luy donne le nom de Sauveur. Tantd’infcripcions
confacrées à la Santé , & particulièrement celle du Temple
d’Efculape qu’on voit dans le Palais Barberin à Rome, & que
tant d’ Antiquaires ont copiée , & cette fameufe Hymne d’Ari-
fron traduite ainfî du Grec en Latin.
^ O Dearumt Hygeia
Fac tecum exigam
^md fuperejl avi
TtiiaekntvtUmbubtm mihf emtfkrmUm,
Nam
Première Parpi.e. Châp; I î ï.
tfam Jtquid in divitiis ^ gr^atitz aut liheris
jtut qjzem beMum fr^dicMt mùrt^i'Us j.
Regio frmcifatu defAmû
cUrdefimis 'ueneris cajjibus venamur
fl qua> dm Divinims , hominibus 'volufMS
AutUbonbm efi recreMto y
T amen ,6 dw a Hygeiai
jUa omnia fiorenp y charitumque 'werrmidet^,
APPefeorfumnemo-efbeatm.
ScAiger tnCartoi-
üih^.
T0 fcôpm é" finis nofier , fautrixque iabomm f m. samhaei^l-
:Adfa hoffimf<,m»U^m<, mvL
Mdko quoi raram efy Thefaaros prome bmigaos-^
ThareOf fie aris gfana decufqîie feras.
Tant de médaillés de la Santé divinifée par les Grecs 5c par . -
les Romains v rHyg-ée Minerve , on la Minerve Hygée d’u- rrÊiA A@Em.
ne médaillé d’Antonin , cette fameufe Déefle Salm qui don- ^
ne à manger à un ferpent ) ‘ce Bien que les Epidauriens appel- cardiml-. Ejienfis.
îbientAcerius,qu’ilsdonnerentpourGompagnonoupouriub-
ftitut à Efculape , & qu’on a crû cHez quelques peuples
merion ou. le Tclefphore d’ An toninj dont nous parlerons çy- v.iaufm. tn cè^ [
apres 3- cePéon d’Homere, le Médecin des immortels., le pius ,
proche' du grand Jupiter , & qu’on appelloit de ce nom , parce
qu’il appaijToît les douleurs j comme 11 on eut voulu marquer par , ^
cette invention- qu’on ne peut eftre heureux fans fantf. Cette
Ratuë delà Santé; dont parle Cælius Rhodig. au pied de là- .
quelletoutes les Dames Sicioniennesjiîiettoîent les dépouilles'
de leurs têtes-, deforse qu’elle en- eûoit tonte couverte': car
quel faeriEce pour des femmes ordinairement idolâtres de
cet ornement I Cette autre ftatuë que Lucien nous -rsprefen- in r/euS
te avec pluEeurs pie-ces de monnoye, & quelques lames d'ar-
genc, dont les unes eftoient à Tes pieds & les autres attachées
à Tes cuiâes, comme autanrd’hommagés qu’on iuy rendoir pour
les biens, la vie & la lancé, qu’on croyok luy devoir. Ne feait-
on pas encore qu’il y avoir à Rome fdutis y PorPafJuta-
ris , Augar [duHs ,. JTicus fdataris, Ædes fdutls , jupirer fdutaris y
Sacra Medimndfia..l)cfi[\is n’a voit-on pas le: pomh ou Fdetudoy
une des filles d’Efculape , le t eà e s ® o p os a n t o. n- e i-
3^ 0 2 ©Eos, qui mettoit fin aux maladies les plus opi--
iîiâtres, 6c qu’on donnoit pour compagnon à Efculope 6c à
C .
ia formel.
"Ali, Mmut. m
prUgraph.
jn oppm Jnj^,.
èritm,.
V. îmfm. i»
t% Médecine.
Hygéc, comme il paroît dans pluficurs médaillés Grecques
& Latines , & particulièrement dans une médaillé de l’Empe-
reur Gecaj où ce petit Dieu eft debout entre Elculapc 5c Hy,
fée , coefFé d’un petit capucbon: Car quoy qu’il ne fût qu’une
e ces Divinitez qu’on appeloit Mimmm gentium y il ne lait
foitpas d’avoir un Temple à Pergame , comme on le peut
voir dans une autre médaillé de Caracalla. J’obferve encore
le N E iK A E û N K I A B. ï A N C K dc PEmpereur Adrien av ec l’Ef-
culape ôc la Santé , ce qui me fait fouyenir de i’inftance qu’il
failbit à fes Médecins pour le faire mourir ou pour luy ren.*
dre la faute. A quoy on peut ajouter cette Bazc trouvée de.
puis peu proche des termes de Trajan avec cette infçripdoti*
Æ s e u L A P I O S . E .R V A T O R i
DONARIA P.RO S AL UT E
.'RESTITUTAGRATIÀ-
R U M CL_ A C T I O N E
NiO P M ED E S J^ E DiC U S OTEE RT.
pT rois autres . encore qui font au fujet,
PEBRIDIVÆ FEBRI
EANCTÆEEBRI MAGN.®
C AM IL LA ÀM AT A P RO
FI LlO ,MA Li A F F E CTO
minervæ m_emori
' C ÆLIA' JULIAN A
-INDULGENT.IA
•MEDICiNARDM
E JUS IN-FIRMIT ATI ‘
GRAVI libérât A
P- P ' ' / -
SACRUM N U MI NI APOLLjNiS
L. N Æ V I US
SEC-UN D INUS
.f RO SALUTE SÜO RrU H
" T. Y.M. v:- ' ' - ^
.V.S. L. M.
Mais ce qu’il y avoir de plus myfterieux 8c de plus fingulier
dans les facrifices qu’on faifoit à la Santé ,» eft qu’il eftoit per¬
mis d^y employer .toutes fortes d’animaux , au lieu qu’on n’en
fâcrifioit ordinairement aux autres Divinitez que de l’efpece
qui leur convenoic , le taureau à Jupiter , le belier à Mars, Iç
coq à Efculapc , le tigre à BaccHus , Je pigeon à Venus ; 8cc.
comme fi on eût voulu marquer pat cette diverfité 8c cette
quantité de vidirnes qu’on immolok à la Santé , qu’on fait
Première Far^ Chsip. I V,
toates chofes pour guérir , & qu’il n’y a rien- qur’on n’ejaap-Loye
quand il s’agit de la vie.
; Finiflbns par le fameux a n s t o n a e t r i a i sr e r n du fa -
meux Temple de Delos , & enfin par cet t r e i a gravé fur le
Tombeau de Leon le Grand Empereud: de Conftancinop-le >
dont- OH pourroit dire avec raifon } -
a fa^o a,mato ér homrato tantà. Torq. Tajfo cm.
En effet quelque horreur qu’on, ait naturellement du tombeau,
on attend, cerne femble^afiez dQucementîamortavcçla fanté,
B^llo enco. e l^horrore. ^
•’ ■* ihd. Cantfi toi
. - - - -r-- - - - T’— - - - - ,.i , _ - - - Jima. lOr
GHAFITRE IV. \
We^ l’excellence de la Medecme ptr eUe-mme j^ pm lesffmdi . *:
perjonnâgei (pi lomprofeffée m qp en ontjét Æ * -
SI la Medecineeil: l’ouvragedu Tout-puiffant, comme nous
l’avons remarqué c y- de vaut 3 fi elle eH loüée&recom--
mandée par le faint Efprit 3 s’il ordonne de l’honoreir à ceux Aaéqaatït îlii e*
mêmes qui n’en ont pas encore befoln: fi vfélon^Câffodore elle
fait tout ce que les rich:effes,qui font tant déchoies,, ne
V cnt faire 3, &, fi même les fages Faïeûs reconnoÂirQient qn éj le * 1 “os f“-
,eft un prefent dés Dieux» ôc, là main qu’lLs-
bkment aux hommes pour fe relever quànd ils font tonibex mtaccspoffun^^
dans quelque infirmité. Si dif-ie elle a tous ces avantages ^ cagvU.
dequef prix ne doit-elle point eftre dans le monde > rPro^/;#/
de ultimk finik terr£ pMium ejus. Mais de plus fi nous confide^
ronsque pour en avoir une connoiflànce parfaite -, il faut fe^
connoitre foy-mérae 3 qu*il faut fe donner la peine dé fonder '■
ce profond abîme 3 qu’avec cette connoiffance il faut encore
avoir celle de tous les remedes , occupation à laquelle une. ‘
longue vie peut à peine fuffire 3 qu’aprés eftre pour ainfi dire
entré dans l’homme & dans les. corps fublunaires, il faut mon- in MéScà auiia
ter jufqu’aux globes celeûes r en un mot polTeder cette fameu-^ potcft effe pecfc-
feEncyclMcdie que de grands perfonnages demandent pont
la connoiflance de cet Art, pénétrant jufques dans les facuE mini viam munie
•tez &les fondions du divin reffort qui fait agir , pour ainfi
parler, la machine du corps humain. Si nous confiderpns, dif tic. e. i6.
jc jtoutcelaj jedemandeft tant de peines & de difficultés ne TiraquetUeNahi-
xnarquent pas l-excellence 6c la, digmté. de la, Medecineï Auffi
Cij
10 EJJals de Médecine",
t deiege é* /. de ^ft-cc pouf cck quc Ic grand Hipoerate a écrit que la Mc-
iédetem. ormt. dccinc cji la cfpofe du monde ^ui mérité le plus quon lejîime , ^uoy
qu*en penfent les ignotans j quelle peut rendre un homme accompli
dans Vétude de la frgejfe dont elle ejl la fœur\ Que Pline tombe
d’accord quelle commande même a ceux qui font prepofez, pourcom^-
ê» i/^oge. mander : Que Galien foûtient qu'elle eji_ un Art des plus honnêtes
é^des plus Uheraux ; '.quelle a même quelque chofe de grand de
majeflueux , qu’il /eint' agréablement que Mercure luy do7tna
. la première place dans une affemblée, mettant fort au deffous d'elle
. - , . tout ce qui ne dépend que de la fortune. C’eft encore pour cela que
sîcut Medicînæ Senequc eft encré Prbeureulement dans le fens de la verfioa
àpud «gros etiam ^j-^be du paffa^e de rEclefi'afte, ouç nous venons d’âlleguer.j
eL seaee. m Ep. & quetapt d autrcs grands hommes ont écrit .qu eUç eit ,nnç
.^i^MLueiL ^ d'ifëîpline qui ne cede à aucun autre, non feulement en ntili-
'tûendav7httidinê. i mais encore cupolitelPe ôc en agréement, Mais.ee qu’il y
^umtH.mdeeiam, a de plus admirable, c’eft quelle force pour ainfi dire quejU
\u»Tï qdefois par des cures furpfenantes les ordres de la nature.
ifid. eeltifioi. Ha- -Ce n’eft pas toutefois ( pour ne laifTer aucun fcrupüle fua?
^Cardan pcnfée ) quc jeçroye qu’il faille prendre à la lettre cc
, qu’on raconte de certains Médecins , qu’ils ayent en efFee
-xenduda vie à des morts *. car .outre que les faintes Lettres
iious apprennent que les morts ne reviennent plus , & qu’il
îfèft pas au pouvoir dés Médecins de les relFufciter. Il eft' en- ;
core yray que les exempfes qu’on allégué ^en faveijr de ces
Médecins font équivoques &’ fondez fur un refte de chaleur
" naturelle , qui pour eftre comme enfeveiie, nelaiflc pas d’a¬
voir une force h une vertu vitale. Je tombe dif-je d^accord de
cela , mais ne voit-oiT pas auffi ) qu encore qu il n’y ait que
SifcïSt lîîrdf E)ie:U qui ait le pouvoir de vivifer & de mortifier^ les foins de
aiîationem. lâ Medccine ont f avantage de retarder quelquefois la mort
de plufieurs années, & qu’il n’y a pas une difFerence trop ;
. grande, çiifre retenir Famé prefte de partir , & la rappeller
TSê quand elle eft partie? On pourroit encore ajouter à tant d’a-
\ vantages de la-Medecine, que le Dieu vivant a bien voulu fe
nommer le Sauveur des Ifràël!tes,& que fon Fils unique/dans:
lequel font enfermées toutes les fciences humaines avec les au-
trçstrcfors dé fa fageffe infinie , ne s’éft fait appeller ni Philo^
fophe , ni Jurifconfulte , ni Matheafaticien , ni Orateur, ni.
Poëte , ni Hiftorien , mais Sauveur i Pertranfibat benefadendo é*
"fmmdo, AplTi eft-'cc4à h eara^ere le plus fenfibk de la
Premiers Partk, Chap. IV. ii
^yinité 5 ç’eft par là qu’il attire les liommes à luy : carquoy
qu’il le fa{rc d*une maniéré furnaturelle , ce qu’il fait ifeft: pas i
moins la Medecine du corps , que celle de l’ame 3 ç’eft tout ce
.qu’il entreprend de faire pendant fes voyages, & les trois an¬
nées de fa vie connue ^ higc meta laborum , il guérit les paraliti-
=ques 3 les aveugles , les lunatiques , ôc les poffedez : Omnes lan~
guores-, omnes ogpreffosa Diabolo ! mais il ne s’abaiiTe jamais juf-
qu’à donner Jes biens de la fortune. Il na pas de remede pour
la paiivreté que les hommes -regardent comme le plus grand
des maux , & qu’il regarde comme un bien , jufqua vouloir
.que les riches même 1 aiment au milieu de leur abondance. Il
n'enrichit point ni Obed--Edon, parce qu’étant la réalité de ce^
dont , l’Arche n’étoit que la figure 3 il a bien d’autres biens à
f .donner que les richefies^la grâce feule des Santez étant infini¬
ment au defius de toutes les grâces de la fortune. Mais vou-
droit-on quelque preuve . convaincante fenfiblcde^’excellen-
,ce, delà noblelTej &de l’utilité de la Medecine? On n’a qu’à
faire reflexion fur çe qui fe pafiTe dans Ehomme à cet égard;
Car n’eft-il pas yray qu’on fouhaite naturellement d’eflrre Mé¬
decin? Que chacun a inclination de donner des avis aux mala-
des 5 6c quonlçs donné naturellement?// ny a rien ^ dit un bel w/. e. ïs..
Elprit, dont on [oit Ji liberal e^ue de fes confeils : mais de tous ces Penfées de u. J>.
confeils qu’on donne fi profufement , on peut dire avec vérité
qu’il n’y en a pas qu’on donne fi fréquemment & fi facilement
x]uç ceux qui roulent fur la fàntfé , témoin le plaifant du grand
Duc, qui trouva tant de Médecins dans Florence en fi peu de
4:ems,. Il n’y a donc pas lieu de s’étonner fi les Egyptiens &
nprés euX'tant de fages nations ont ordonne des fâlairés tirez ^
du trefor public , à ceux qui faifoient profefiîon. de la Méde¬
cine, jufqu’à fonder des, écoles pour l’inftrudion de la jeunefi-
fe qui s’adonnoic à cette feience, fi les malades obeïfldient
aux difciples d’Efculape comme des foldats à leurs Officiers,
6c comme des fujets à leur Souverain ^ 6c par confequent fi l’on
peignit depuis ce tems-là les fameux Médecins la couronnefur
la tête, ^puifque Pline, comme nous l’avons cy ^devant remar^
que avoué que la Medecine a feule le privilège de donner des
loix a ceux qui les font 3 que Caffiodore , fait dire à ïbn Prince
en faveur de fpn Médecin ; Nam .licetalii Jùb fch jure ferviant ^
ta rerum Domino fludio frajlanùs 5 qu’on . avoir dit long-
tems avant ces Auteurs, " ^
' C iij
0X Empedoc.
Hernie. îmtlutnd
Trederic. I V. E^*-
Sortm laUtimtn,
lAareellus Eaîin-i
gen. Stellat.Zûdiac.
vh.hHm,i»Ltene.^
ChrenclcgÎM jUt-
dicerum.
J>e vitis illnSir.
Medimwm.
13 Effais de Médecine.
Bt Medici m fedks qui homimm terrejlrihus infune
Wm exijlunt Dit quorum junt muximi homres .
Ht que deux autres Poètes ont dit il n^ a pas long tems ,
Stat primo Meduina loco , reliquafque vetu^o
Jure fuperb a praiâ , Jiquidem cum prima futuro
Omnipotente manu junôïa ejjent Jemina mundo
Jamque recens tellus , vernantem condita vultum
Induerat , turpe ante , nef as ! morbofque nefanda
Culpa carnifices» ante ipfa exordia gentis
Humana) Medicina pari mox tèmpore cæpit.
S it bonus é' do5ius MedicuS) Medicina parahit
Suficiens lucrum Domino, morbofque fugabit.
Hane elim Phachus coluif, Phobdus atque
Biiius, hac fe fe immortali mmine âigni
Mffecere , hanc ^ didicit Chironis alumnus
^uamvis Bacida.quamvis Nercide natus.
Mac fuk itiujiris Paon, clarufque Machao.
Mgregius Medicus , mendicus non erit mquam
Adde hoo qmd plena eji occulta cognitionis
Ha-c forum, herbarum tJapidum fecreta recludit'
Bt qmdquid tellus intra fua vifeera celat-
Pe^picit , ae wres natura pro vida pandit.
Corforis humant partes confderat omnes ,
Bt reofocat muhos regnum ad Plutonis ituroS.
Brgo quid hdc potmsfapientem [cire licehit ?
^fnm folum animos pofft fanare medendo,
Bertm etiam membris agris prode^e medendo.
Ce fera donc pour confirmer tant de- veritez glorieuses; à ia
Medeeine, par des exemples particuliers , & par des inductions
plus fènfîbles , q^e tout ce que nous avons dit cy devant , que
je vais faireune Hifloire C.ronologique des Médecins » où je
m’arrefteray particulièrement à ceux d’un mérité diftjngué >cp
que j’entreprens d’autant plus à propos quil ne s’eft trouvé pey-.
Ibnne jttfqu^à prefent qui ait travaillé avec quelque exadituâe
à ce deffein. Car fi Wolphan^us. Juftus y a mis la main,, il èfl:
certain qu*ii n’eft pas exa£t , & qu’il s’eft trompé dans ce wi'
regarde la Chronologie & bien d’autres faits. Joànnes Neander
n’a fur cette matière qu’un projet fort ma] ordonné. P^trus
Çaftellanus , quiavoit écrit Iqng-temps avant ceux-là , n’çft pas
Premkrè Partk. Cliâp. IV. 2.3
pliis^xact dans Tordre des temps. Andréas Tiraqi\iellus , n’cït ^ nebilime:^
{ dans ce qu’il a écrit fous le titre de Smcejjio McUcomm de mé- caf. 31.
nie que dans Ton NomemUrn^ Meà'mmmfer Alphabemm ) qu'un
.chaos , dont on a peine à percer l’embarras pour en tirer quel^
que lumière. Je fçais à la' vérité queBarthoL Mozerus, Otho
Brunfelfius , Ifrael Spachius Andr. -Chioccus , Jacobi Miii-
chius , BarthoL Vvalthexus, Robert. Gonftantinus, Joan. Sam*-
"bucus , Joan. Spitbonius , Joan Sebardus , Jofias Simiérûs ,
Laurenî. Jôubertus , Melchior Adamus , Petrus Lambecius
Symphor, Campegius , Gerardus Voffius , German. Conrin-
.gius , Francifc. Ranchivus , Renatus Mordus , ont écrit les vies
de quelques Médecins s mais outre que la plufpart n’ont faic
.que pad'er fur la matière, les uns ne fe font arreftez qu’aux
Médecins de leur tems, & les autres qu’à ceux deièur pa'is ,
’üaiverfitez ou Golleges^ ehacun fuivant ie fyfteme qu’il s’elfc
,fâir., fansfe mettre fort en peine deia Chronologie, Ajoutez
que les mémoires de certains Auteurs qui eulfont pu fervir à
ce dedein , de que Henricus Meibomius marque dans fa lettre
à Idieronim. Velfchius Médecin & Hiftorien d’Ausbourg ,
font perdus. Car quant à ce qu’a marqué * Lypenius touchant * Fr*fat.
le-delTein de Joan. Meibomius fils de Henricus >. celuy de hliothec.. naîh,
Hyeronim, Velfchius , 5c celuy même de M’^. l’Abbé Ménagé; il
faut fçavoir que les deux premiers ne purent executer le
dçffein d’écrire l’ H illoire Chronologique des Médecins , par¬
ce qu’ils manquèrent de mémoires & defecours, ôc qu’enfin
ils furent prévenus par la mort, comme il parroift par Tépi-
dlre que Henric. Meibomius a écrite à Hyeronim. Velfohius
fur ce fujet , 6c par la réponfe qu’y fît celuy-cy. Pour M^ ^
l’Abbé Ménagé, Lypenius n’a pas fçû que ce que ce fça vaut'
Jiomme a ramaffé de divers Auteurs, n’eftque la matière des
.vies de plus de quatre cent Médecins , la plufpart anciens ,
^ qu’il n’y a rien dans ce manuferit qui regarde THiftoire
chronologique des Médecins , Tordre cflanc purement Alpha¬
bétique, Mais pour cela je ne dois pas pafTer fous filence que
comme ce manuferit efè plein de bonnes chofes , il m’a efté
d un grand fecours, & que j’eufTe encore pu en tirer bien des ^
éruditions , fides Vers & des paffages de Poëtes, d’Orateurs*
d’Hiftoriens & de Perès Grecs euffent pu entrer dansün Ou-
yrage que j ay compofé en François, &pour les François..
Comme je ne fais donc icy qu’une HiRoire Chronologique
de Koblit.. cap.
V. epifi.. Henrtct
Meihom. ad 'H.ier.
Ve^lfchium.
V. ^o0am de hî-
fteria. Lapm.
* ¥Lott'mg.AnaleSî.
Hijîorice Théolo¬
gie. pag. ic, 1 , dif¬
féré. 6.
14 ' Meiecme:
& non pis des vies de Médecins, ôc que d’autre part on auroit
prefque auiîi-tôc compté les aftres dit Ciel que ceux de la
Médecine, j’imiteray ceux qui chaflent dans une grande fo-.
reft , ou qui pefehent dans un grand étang , aulqiiels il doit
fuffire d’avoir cherché fort exadement fans s’opiniaftrer à,
vouloir trouver & prendre tout ce qu’il y a de caché. Ainfi je
rne contenteray de marquer dans ce Chapitre tous ceux qui
fe font rendus eonfîderables dans la Medeeine , n’oubLiant pas
même les défauts des Médecins, que les Poètes &; les Hiho-
riens font entrer dans leurs indudions , feints ou véritables,,
pour donner en pafl'ant du relief aux vertueux, & pour inf-
pirer aux vivans une jude horreur des imperfections des
morts. Quant à ceux qui ont approché de noftre fiecle , je ns
feray que palTer legerement fur leurs noms , . fur leur patrie &
fur leurtems j parce que le nombre de ceux qui ont paru de¬
puis le treiziéme fiecie jufqu’à prefent , eft fi confiderable ,
qu’il faudroit des volumes entiers pour les marquer exade-
ment, outre que les vies de la plufpart lê trouvant au comi-
mencement de leurs Ouvrages, ou dans des Auteurs particu-
iiers , les curieux y pourront avoir recours. Car quand pai*
exemple on n’auroit à parier que des Chimiftes Scdss Arabes-,
qui nefçait qu’il y a une infinité de ces derniers dont les noms
feiils font fatigans, & qu’il efl difficile fçavoir , ou le dode^
.André Tkaqiieau a pris tant denonas bizarres d’Arabes & de
Juifs dont li a rempli fo-n recueil, fi ce n’ed peut-eftre dans
l’Hiftoire compoféepar Ben-Cafendode Arabe , ôc dans-celle
de Leon l’Africain , dont les originaux gardez dans les Bic
bliotheques de Leyde & de Florence , peuvent avoir efté
cammuniquez par extrait à ce grand Jurifcbiifulte. Et a ce
propos j’avercisdcy j que quant à l’ordre de cette hifioire ma-
nufcrite gardée dans , ces Bibliothèques , je n’entreprens pas de
fuivré ce. grand delFeln , non plus que celuy d’Alpagus, qui fe-^
Ion le témoignage. d’Henricus Meibomius en l’épidre cy-de-
vanc alléguée , en avoic compofé une qu’il n’a ni achevée' ni
fait imprimer y piïifque quanti ce Ben-Cafen il a fait une H'-
iftoire generale des Médecins félon les nations , entreprife
d’une trop grande difeuffion pour mo-n defiéin , ôc qui ne re¬
garde pas la Chronologie en particulier , & que tout ce que j’en
puis dire après * Hottinger pour fatisfaire le Ledeur en pafiant,'
efi: qu d divife cet Ouvrag,e en qttawe Parties, où il traite dans
^ ^ la première
frmiere Vanîe. Chap. IV.
%Si preffiiefC » l’origine de la Medecine j dans la fécondé , des
premiers Auteurs de cet Art j dans la troiUémei des Médecins
Grecs de la race d'Efculape f dans la quatrième , des difciples
d’Hippocrate 3 dans la cinquième , de ceux qui ont paru de¬
puis Galien 3 dans la fixième ^ des Médecins Chrétiens d’Ale¬
xandrie 3 dans la feptiéme , de ceux qui ont fleuri depuis le
Mahometifme 3 dans la huitième , de ceux qui fe font rendus
confiderables au tems des Abaffides 3 dans la neuvième , des
Metaphraftes ou Tradudeurs des Livres Grecs & Arabes ÿ
dans la dixième , des Médecins de la Mefopotamie & de Ba-
bylone 3 dans la onx,ième , des Barbares 3 dans la douzième *
des Juifs 3 dans la treizième , des Africains > dans la quator--
ziéme , des Egyptiens 3 ôc dans la quinzième , des Syriens.
Quant au Comput Chronologique , je fuivray Scaligèr , les
Peres Petau, SalienÔC Torniel Jefaites & autres* Modernes
qui conviennent à peu près entre eux Sc avec la plufpart des
Chronologiltes , des Olympiades , 6c de la fondation de Rome?
parce que je ne vois gueres de Médecins avant ces fameufes
Epoques , qui ne foient en partie fabuleux, ôc d’un tems in¬
certain , 6c que cette- maniéré de compter efl: plus méthodi¬
que 6c plus intelligible pour les Ledeurs qui en font la pluf-
part prévenus , que celle de quelques Modernes , qui fe font-
avifez depuis quelque tems , de faire le monde plus vieux de
quinze ou de dix huit flecles , qu’on ne le croit communé¬
ment: Car quoy que j e ne doute pas que ces Auteurs n’ayent:
quelque raifon de compter ainfi 3 je crois qu’il fera à propos
d’attendre encore de nouveaux èclairciflèmens fur cette ma¬
tière 3 6c quant à ce qu’il y a de fabuleux dans l’Hiftoire des
plus anciens Médecins , tout ce que je puis faire , efl: de tâ¬
cher à dëbroüiller ce cahos pour en tirer quelques lumières,
laiflant à de plus heureux 6c de plus habiles , à retoucher eer
endroit qui n’eft: pas le moins, diflicile de mon Ouvrage.
Nous avons déjà marqué en palTant qu’encore que le peuple
ne fût pas ignorant dans la Medecine chez les Egyptiens , il
n’eftoic permis qu’aux Prefl:res,6c aux Princes dé l’exercer
publiquement. C’eft: pourquoy on a cm qu’un Hermes ou Mer¬
cure furnomméTrifmegifte, Roy , Prefl:re6cLcgiflateur,efl;oii
l’inventeur de cette fcience. Pourmoy, fans vouloir prendre
parti pour ce perfonnage , ni le vouloir nier aufli abfolument
que quelques Auteurs ont fait > jç ma/queray fimpiement ici* .
Ejjais de Médecine,
. ce qu’on en a crû chez les Egyptiens , les Grecs , les Latini,
'^hiumXenT& & enfin dans ces derniers fiecles. Les uns ont donc crû que
progrefa chymu , OU Eiioch eftoicnt le premier Mercure, & le véritable j
^ Fran-ÿc F atri. ^ c’cftoit luy oui avoit planté Ics fameufes Colomnes doiK
Tnfmepf. ont tant fait de bruit , ^ qui ont efté d’un fi
grand fecours pour les Egyptiens. Les mêmes ont crû que No.é
eftoit le fécond Mercure , que Chanaam fils de Cha.m , qu’ils
font inventeur de laChimiej ÔC Ereftre d’Ifis , d^’Apollon
F. Mùmicum d’E.fculape, eftoit le trpifiérae. D Autres ont foûtenu qu’il n’y;
çarmeiitm. i. de ayojt que deux MerGures , tous deux Egyptiens Roy s de
xhebes, quoy que d’autres y ajoûtent un Babylonien : ;C^uc ie
premier de ces deux Egyptiens furnommé le Vieux , fut Con-
feiller, êC :Precepteur d’Ifis, &d’QfirisRQys d’Egypte: Q^’il
fut inventeur des Lettres ôc du culte de Dieu > & qu’il vivait
environ le tems d’ Abraham , ayant efté auditeur du vieus:,
, ^ Saturne qui eft noftre Noé j & que quant au jeune Mercure.,
fh 'ft fut petit-fils du .vieux , ^ -auteur comme fon ayeul, de qûeD
Iqiies traitez de Médecine , de Philofophie , 4c de Theojogi^^
V & peu moins ancien que Moyfej 4c~qu’iLfut Lurnommé TriR
megifte, non pas pour avoir efté, (Comme d’autres l’ont crû*
F. stohmufn. Roy , Preftre > 4c Philùfophe , ni -pour avoir écrit pxe-
é' Sttidüm. in U- miér .de la Trinité , mais par une maniéré de j’exprimery
aflez ordinaire aux .Grecs 4c aux d^atins quand il eft queftion
Terque qi^aterÿie (^oy quftl en .fo ce Mercure a eû des noms
be^cus. differens chez les Egyptiens 4c les Phéniciens , qui en ont fait
leur Thoot,Thoyt 4c Thaautus, 4c l’Inventeur delà Medecine.\
;Ge qu’il y a d’alluré , eft que les Grecs ont fait de Mercure,
quel qu’il foit , non feulement un Hermès marqué dans unein^
/ :huicé demonumensântiques,mais,encorepluLfieLir.sMereures,'
par leurs inveiinonS:fabuleufes ,4c' qu’ils ont .gâté 4c obfcurci
tout ce qu’il y pouvoit avoir de vray , 4c tout ce qu’en avoient
.-crû les Egyptîcns;j 4c que,c’eft pour cela quede grands perfon»
liages ,>tant du Paganifme que du Chriftianifme ont eû bien
de-:la peine à démêler le vray-des Mercures, d’avec les fables
de ces Grecs : Gar enfin tant, d’ Auteurs graves ont donné de
tout tems dans les Mercures Egyptiens , que pour venir à no'
tre tems, le fameux Profefteur en Philofophie Prancifeus Pa-
tritius Romain a non feulement crû qu’il y avoir piuficurs
Egyptiens , mais encore qu’un de ces Mercures eftoit
•Auteur d’une Phftofophk, que ce Profefteur a enfeignèe
, Frmlere Pdrrle.X2h3.ip. IV. %y
aMiée au Pape Grégoire X I U. 6c dont il a donné an Public
le:5 extraits illuftrés d’une fort belle Préfacé, ou il fe déclare fMrïùt
jtour ces Ouvrages , comme pour de véritables produdions "’'”^^’
de refprit de Mereure dit Triîmegifte , & où il fe vante d’avoir
corrigé une infinité de fautes dans les éditions de Marcille
Ficin ,yê£ dtf de: Foix de Candallc Eveque d’ Aire 5
Xurquoy> il ne faut, pas oublier en faveur du Mercure. Egyp¬
tien que le fçavant Hotdnger aFure que Mahomet Beu- mc i«
aécrit qu’un Mercure R.oy d’Egypte a iailTé des Ouvrages , i;iv
dont les Arràbes & les Perles conlérvenc une T radudion dans
leurs Bibliothèques. Mais Pàtritius n’a pas efté le feül de no-
ifre fiecle qui ait pris l’alfirmatif avec chaleur pour Mercure
Trifmegifi:e , puiiqu’iF n’y a qu’en virôn quarante ans Ique ;
Monfieur Padet Profeireur en Phiiorophie à Paris i, fé mit zn P étrm Pade-^
-tête d’eîifeigner la Philofbphie de Trifmegifte , ôc donna au tlus.
public nonEeulément un Traité fur fes principés j mais
ciicore desextraîts de tous les-- Ouvrages qu’on luy ? attribué , >
qu’il fit imprimer en faveur de fes écoliers , avec Une Préfa¬
cé pù il, marqu oit tout ce que Platon en arvoit écrit fous le ‘ în^TUdon.
lîom de T heuth , K tont ce que Giceron ^ Jamblic , . 6c mé--
jme Te rtullienj Eu febe 5-faint Augufbin & Suidas en a voient Eufeh. prAfa'r. e-
penfé , pour ne point parler de- Marcille Fkin , du ^Seigneur
dé Foix de Candale , de Pat-ritius , & de plufieùrs autres, - . ■ dv^. dJ. /.'is.
C^ependant J, Goropiiis Becanus f^avant Philolbphe .6c Me- 3?*
dëcin du fiecle pafie , avoit avancé qu’il n’y avoit jamais ^eu
de Mercure i &; que tout ' ce ' qu’on a dit de - ce perronnage ^
eftoit fabuleux , mais par des rai fons que Francifeus Pàtritius v. ' E:ïatntîumin
n’a pas ■ laùTées fans rêponçes. C’ed pourquôy il ne- faut ^ pas Hewem-
s’étonner fi un des plus fçavans Prélats de noftre fiecle a
\,Tçu bon gré àGorop. Bccànus de fon fentiment^ ôc s’il a écrit s,
que tout ce que les Egyptiens 6c les Grecs ont dit de Mcrcu-
jei doit eftre attribué à Mojfe , tant à caufe des convenan¬
ces qu’il y a entre les noms de ce grand ami de dDieu 6c cçüX
de Mercure , qu’à caufe de celtes qui fe trouvent dans les ■ac¬
tions dei un', & dans tout ce que les Egyptiens 6c les Grecs v'.'fropôp} 4. 3^eu
ont publié de l’autre , jufqu’à foûtenir que l’ Afdepias , je Pbi- c. ^"1
mander , 6c les autres Ouvrages attribuez à Mercure Trifmeg. Hnet, suef '^pdfl
ne font point de iuy , .6c que plufieurs grands perfonnages
font trompez avec Ladance , n’ayant pas reconnu au ftile 6c
aux matières qui y font traitez., que ce font des fuppofiuons de
D ij
;28 EJJai^ de Moderne .
quelques Chrefticns Hérétiques dupremier ou du deuxieme
liécic , qui out abufé de leur loifir, parce qu’en effet il y a'bicn
-des choies qui ne peuvent s’accorder avec la R eligion Chrê-
tienne. Sur quoy il n’eft pas mal à propos de marquer icy que
Galien, qui vivoit dans le deuxième fiécle , a dit de Mercure,
qu’on âvoit pris plairir de tout tems à luy attribuer tout ce qu’il
y avoitde grand, fok vray , ou fabuleux : Ucrmeum pradlcavk
antitpuitas Autorem omnhm rerum tamverarumquam fdfarum.
dt Quant aux fàmeufes Colomnes qui portent le nom de Mer¬
cure, il faut fçavoir que ceux qui croyent un Mercure Trif-
megifté autre que Moyfe , croyent pareilletpcnt qu’on a de
tout tems ,& même avant le déluge , gravé fur des métaux ,
des pierres ôc desarbres, l’Hiftoite desTems, des Sciences &
, de la Religion 5 mais qu’ils veulent que les Philofophes Payens
n’ayent trouvé fur ces Colomnes , que les chofes civiles & -mo¬
rales j & que quant à celles qui regardoient l’Aflroiogie , la
Phiiofophie & la Théologie, -ils ne les apprenoient que par
tradition des Preftres Egyptiens, qui les avoientr tirées 8c ap-
prifes des Livres d’Hermés 5,8c que c’eft pour cela qu’on ne
iàiffoic pas de dire qu’ils avoient étudié fur ces Golomnes tant
vantées^. Quant à ceux qui ne connoiffent point d’autre Mer¬
cure ou Hermès que Moyfe , ils ont cru que les Livres des
Preftres Egyptiens n’eftoient que des extraits de la dodrine
-de ce Patriarche, qui avoient été gravez , ( mais fort altérez
parle mélange des faits qu’on y avoit ajoutez après fa mort, )
. fur des colomnes quieftoient expofées au publie 3 8c que c’eft
de cette maniéré que le Sanchoniate avoit ajouté ce qu’il avoit
: voulu aux écrits de Moyfe ^ 5c que Phiion , dit Byblius , avoit
pareillement ajouté plulicurs chofes aux écrits du Sanchoniate
même, dansla Tradudion qu’il en avoit faite , tant il s’y lit
de chofes contraires à la dodrine de Moyfe, Oeft , dis- je,
pour ces raifonS que tous ces Philofophes 8c Médecins qui paf-
_ ' feienten Egypte pour y étudier 'i eftoient regardez après leur
retour comme des difeiples de ces Colomnes , ou on croyoit
que toutee qu il y avoit de plus caché 8c de plus myfterieux
dans la Religion 8c dans les Sciences', eftoit contenu. Mais il
ne faut pas paffer outre pendant que nous femmes en Egypte
-fens nous arrêter a deux de fes fameux Rois du pays , qui ont
profe
& SI'- premier eft Athot ou Athotis fils de Menés premier Roy
Première Partie, Cliap. IV. 19
-de la première Dynaftie, qui bâtie un magnifique Palais dans
Memphis ; &qui fut fi fçavant dans la Medecine, qu’il ecri- Scalig. ad Caltem
yit des Livres de l’Anatomie. Eufebu.
Le fécond eft Seforthrus ouTofortros fécond Roy de la
ti-oifiéme Dynaftie , fçavant dans la Peinture &; dans l’Archi-
"teclure J & de plus fî grand Medècitij qu*on le croit lEfeula- ceorg. synceii.
pe Egyptien dont il fera parlé cy-ap rés. Mais ce qui eft bien
plus confiderable , comme on croit les merveilleufes Annales cyift.
de la Chine afiez feures depuis Fohio le premier de fes Em- natum.
pereurs,qui vécut peu de cems apres le déluge , on fe perfua-
de que Ginningoou Xinnungo,ou Xirinum ou Yeuti fuccef-
feur de Fohio , a efte un tres-habile Médecin 5 qu’il trouva
pendant les cent quarante années de fon régné , l’invention
du ici , & celle de la charrue , & qu’il fit cefler une grande -
famine par cértc derniere invention. On croit encore c\u il v. chrenoiôg. Mû~
fut fi curieux de l’étujde des Plantes dont il fit amas , '
fe rendit enfin fi capable dans cette connoiftance , qu’il apprit
en un feul jour le degré de venin , & le remede de foixante
plantés.C’eft pour cela qu’il fut appellé par ces peuples, le Prin- chrifi,. '
çe des Médecins 5 ,8c c eft de-làquc les Chinois fe fontNpiquez n*t. _
de l’ptude des Simples dont ils ont des Livres fort bien peins.
Mais Hoamti fuccelTeur & frère , félon quelques Auteurs,
de Cinningo , qui régna quatre cent ans après le déluge
%6^j. ans avant la naiflance de Noftfe Seigneur , eft bien
un autre Médecin que ce Cinningo ^ puifqu’il a pouffé fi loin
la dodrine du pouls , qu’on perd de vue ôc l’Auteur & cette
dodrine. Mais pour donner quelque éclairciffement à cette
matière, il faut que l’on fçache qu’ André Cleyer Médecin de
la Compagnie Hollandoife aux Indes , après avoir envoyé de
tems en tems en E^urope quelques Traitez qu’on croit compo-
fez par.cet Hoamti , donna enfin au public tout ce qu’on avoit
amaffé de la Medecine Chinpife ,, imprimé à Francfort l’an,
16^ L. fous le titre de Medicma Sinic£. Auffivoydns-
nous fix traitez dans ce recueil , dont les uns font attribuez
à un Van-xn-ho grand Commentateur, qui vivoit il y a envi'-
ron iGOo. ans , les autres à quelques Mandarins , & les prin¬
cipaux à cet Hoamti ou Empereur Jaune, ainfi nommé par¬
ce qu’il. ordonna que leDiademè des Empereurs delà Chine
fut de cette couleur. Or àmefure que ces Traitez de la Mede-
■cinç Chinpife arriyoient en Europe, le Pere Bohim Téfuitc
D iij
30 Médecine,
Polonois, Milîîoniiaire , ne manquoit pas de les illuftrer de
quclcjues Çomnientaii'cs qui parurent dés l’an 1^58. foits le^
titre de cUvis MedicO’ ad Chinarnm doctj'mam de pulftb. C^ane :
au mérité Sc à rutilité de çes fix Traitez il eft bien difficile de
s’en expliquer, canç ce qu’on y lit parok abfttraic j ainfi je ne
vois pas pourquoy l’Auteur des nouvelles de la République -
des Lettres a écrit dans l’article troifiéme du mois de- Sep¬
tembre 16S que l’Auteur du Commentaire de ces Traitez ex- ^
plique nettement les Syftemes' de ces Médecins puifqu’iL:
avoué luy-méme un peu après , que les Principes des M ede-
cins Chinois ne font pas fort clairs. Nous voilà donc réduits à
penetrer dans des fuppofitions & des vi lion s qui auroient bon ^
befoin d’un Oedippe 5 puifque ceux mêmes qui nous lesipro-
Tractat: dspnlfth.’ pofcnt, tombent d’àccord tout eela n ejl fond^é q-ue furVautG-
rité des inventeurs de cette doUrine , confirmée par um expérience dé ’
plus de quarante fieclesyqu ils le foâmettent au jugement des Médecins •
de l’Europe yquil y a bien des contradi liions dans la do Urine des •
Foulx -, è^ qu elle pourra' nous parroître non feulement ' incroyable
. . mais encore ridicule-, fi nous ne daignons mus -enyappoitér à la bonne’
foy des Chinois, qui nés en tiendront pas d leurs expériences -, tant ils -
clavh'rMedic. ad j^Qnt docUtS i à quoy jls ajoutent , - que ces gens goûteront nos rai-
c vrsiY.. nn. j'Qjf,}2^^gff}gfi,s Philoppihiques', comme ils les ont goûtez, fur Vautres ma- -
tieres ^ on les leur propofe charitablement ^ d’une manière qui les ■
mène à quelque chofé de plus fdlide que ce qui ils ont.W n’y àpas plus ■'
dé folidité& de jour 'dans les Traitez qui paroiffient fous le-
nom d’un. Médecin Mandarin Chrétien , où l’Auteur juo-e des ■
maîadies;, & même des fièvres malignes , par le feul fêeours des -
couleurs de la langue ; fans y joindre celuy des pouix ê: des •
urines. Il en eft de même de ce que penfent les Médecins de la -
@hine touchant là eircLîlation du fang, qu’ils font aller com-^
me il plait aux Aftres , dont elle fuit félon eux, le mouvements
il eneft encore de même de cequ ils penfent de la faignêe , ÔC '
plus particulièrement de la vertu des plantes , lesquelles renie-'
dient au poutx , dans le déreglement duquel ils font confi-
fter les maladies, &: leurs caufes , au lieu de regarder ce de-
rcglement comme un figne de ces maladies. Enfin toute cette
doctrine parroît fl embaraffiée , fi obfcure , & fi peu conforme
au bonfens, a la raifon , &aux expériences des Médecins de
1 Europe, que je ne crois pas qu’on puiiîc tirer la moindre lu¬
mière de la ledure de ces Ouvrages pour la pratique de la Me-
d.ecine de l’jEurope.
Première Partie Chap. IVv 3^
Jacheii , Jachon, Jacchinou Jacchenus eA un Médecin donc
iSious n’avons gueres de connoiflance que par Suidas, Cet Egy- y smdm in i/w*
ftien.i dit-il., grand amy de Dieu, & grand Médecin, il wvoit changé'
fous le Roy- d'Egypte EveneSemye. * Il fçavoit pour ainfi dire ,
.charmer la pejle parles Amulettes dr Incantations , & enfeigna [on *RexfecmdiDy-
Art mx hahttans des rivages de lamer Egée, Et c’eft de ces peu^
^les, dit à ce propos Langius,que Democrite apprit cette do- l. tpi-
â:riue, qu’il communiqua apres fon retour à Hipocrate. Q^oy fiol.
qu’il en foit , Suidas ajoute yue pour reçonmijîre les obligations
^ue les E<iyptiens avaient a Jacchenus , ils l enfevelirent magnifi'j^ue-
Ment» dr gai ils luy bâtirent un Temple dans lequel les Prejîres ne
Manquaient jamais dés que la pefte commençoit à paroifire , de faire
J,es facrifices expiatoires y dr d'allumer des feux qui -purgeaient im- /
Mànquablement l'air de cette corruption dr malignité. Mais outre
.que Suidas eft plein de fables^ & que tout ce qu’il nous dit
-de JacheoLis' n’a guère d’apparence de vérité , qui ne fçait en-
. Æore que ce qu’il écrit de ces feux avec tant de confiance &
d’un air fl affirmatif , n’efl: guère conforme à i’experience de
plufieurs Siècles, c'efis dit Orofe, pariant de iapefle, la vani'- Mentitpft jniqui»
té dr l^ malice de quelques impi es)^ qui s'efi perfuadé qu'il e(l auffi îf® pcftden-
faede de [e délivrer de ce terrible ne au de Dieu que des maladies ordt- cafum effe , acci-
maires. En effet ilneçeffe gueres d’affliger les hommes que la dentemque ex,
juftice de Dieu ne fort fatisfaite. Il reffemble, dit-on, aux bief- SïîLæ fînc°m UTc
furesdu Scorpion , dont leremede dépend de leur caufé, C’eft «on pœnam. orof,
pourxela qu’Homerej tout'Payen qu’il eft, nous reprefente la
pelle de l’a-mréc des Grecs comme des traits décochez des pro ¬
pres mains des plus puiffantes Divinitez , comme incurable f Sc
Eièn au deffus dés remedes des braves chfans d’Efculapé j le.
mal a lontems & fon cours : C’eft ainfi que comme la pefte en¬
voyée au peuple de David efl l’ouvrage d’un des -Miniftres de
Diea,ceSouverâinMedecins’enfeferyelacufequ’iln’aecor*-
ffle qu’aux prières de ce Roy penitenr.
Et c^efl de cette maniéré , pour pafier fur tant d’autres exem¬
ples, que la pefte qui affligea Rome du tems de faint GregoR
' ce le Grand , ne cefïa que quand TAnge de Dieu fut àper^A
remettant au fourreau f épéefflamboyante qu’il avoir tirée con¬
tre 1 Italie / ÔC que la pefte qui défola dans les derniers fiée) es
rAngleterre , la France , l’Italie , la Grèce , faifant périr tant
de millions d’hommes , eut fon cours malgré les remedes de la
Médecine. Mais pourrions- nous oublier à ce fu jet ce que.
' 32* Ejjkis de Mdeçtne
faint Ephraim raconte de deux Médecins. Vuttt dit^il , nom'mè'
JDomms apurant que lapefie de Conjlantrmfle n étant; caufee que par
des vapeurs qui s' élevoient de la terre , il feroit facile de s en preferver
en changeant d'air, ne laijfa pas d'eti mmrir luy-méme avec toute fa
précaution. Ü autre nommé 2ÿ[acedontus ayant au contraire affuré que
le mal ejloit un effet de la eolere de Dieu , & qu il fallait tâcher de
Vappaifer par la penitence, montra tout le premier l'exemple aupeu-^
pie , é" évita la mort qui avoit enlevé Domnus avec toute fa fcienccr
fe jetta enfuite dans le port tranquille d'un Monajlere , oh il finit
[es jours faintement.
Cen’eft pastoutefois que je veille nier pour cela, que cet¬
te maladie, provenant quelque fois de caufes naturelles , ne
1 puifTe eftre guerie par les remedes naturels , qui font diver-
îiondes vents, tels qu’efhoient les feux qu’on alluma du tems
d’Acron , d’Agrigente, & du tems du grand Hipocrate i le vin
même qu’on r^pendit en de fcmblables occafions dans lesruës
& dans les places publiques , pouvant corriger l’air , &; la ma-
lignité des autres caufes externes: Car quant à tout ce que je
viens d’alleguer contre ceux qui prétendent que la pefte fe
guérit facilement, par les remedes ordinaires , c’eft particuliè¬
rement pouf marquer quefî je ne fuis pas perfuadé dece qu’on
aécrit dejacchenus, je ne le fuis pas même trop de fon exi-
itence,
Qjm fçait-méme bien afrurement f le fameux Zamolxis fut
fçavant' dans la Médecine 5 comme quelques Auteurs l’ont
écrit: Car d’autres ont dit feulement de ce fourbe qu’il impofa
tellement aux peuples par quelques cures qu’on crût effedives,
que non feulement il fefit reverer pendant fa vie comme un
bomme Divin , mais encore qu’on luy fit des facrifices après
fa mort, quela fuperftition eftant ailée jufqu’à immoler des
hommes à ce Dieufanguinaire, les peuples qui en ufoient àin-
fi , appelloi.ent cela envoyer des AmbalTadeurs à leur Dieu.
Il_^n eü de même du fameux ZoroaftrCj car quoy qu’un Ze-
roafter ait fait un Ouvrage/)^ Re Rufiica dont il relie quelques
fragmens : Qui fçait s^ls font dece if oy de la Bacbriane dont
on a dit tant de chofes incertaines ?
Il en faut penfer de même maniéré du fameux Bac^htis j
car qui a-t-il de bien affure touchant cette prétendue Divi¬
nité delà Médecine ? Tout ce qu’on en peut dire , c’eli qu’en^
cores que 1 Aartiquite ait attribué à un Bacchus Egyptien quel¬
que- uns
Hejicchi»
Athenienf.
Premkre Partie. Ghap. I V. 33 '
^es-uns^ des faits de. îSbé êc de Moyfe , des. Grecs en ont
encore fait un fils de. Seinelé qui fit > fi on les veut croire ? la Evangei.Dmiei
guerre aux Nations Orientales j & qui crut peut eftre après les HHct.SHefEpf(ef.
avoir domptées qu’il manqueroit encore quelque chofe à fa gloi¬
re y s’il ne pafioit : pour aufsi grand Médecin que grand ConqueraM.
11 eft vray . que. cpinme les Poètes le crurent inventeur du
Viuy non feulement ils fe fervircnt de fon nom pour ligni¬
fier le Vin, qui eft un fouveraiif Cordial , mais: encore ils
pafièrent jnfqu’à le divinifer. A.quoy on peut adjoûter que les
Athéniens ayant confulté l’Oracle d’Apollon fur quelques be-
foiiis , il leur ordonnajd’adbreri un Batchus Médecin , & c’eft
fans doute pour celacque Plutarque n’a. pas fait deidifficultë
de mettre Bacehus au nombrel dés Médecins.. /
- Que ue dit-on point encore de Promethée , qu’ôn confond -
avec noftre Noé, ôc que le Poète Efchilus fait inventeur de -
ïa Médecine ^ C’efit. ainfi qii’od. fait 'Agatorchiâ premier Me-»
rieein des-Arabes-, gens la plus' part fujets aux maladies: drna> si 1. 1. Bihu&t,
nition, eaufées par l’odeur des Plantes du Païs, au {quelles -
ce prétendu Médecin avoit trouvé des Remedes , mais qui
paroîtront fuperftiçieux à ceux squi les. examineront Peneule^
ment^ Et à ce .propos. : : ; . : : > ; " '
AaABooü Arabs qu’on fait encore un d.ésinventeurs de
la Medeeme eft-if mieux prouvé que ceux dont nous ve¬
nons de parler , quoy que Pline y Bbeace & Antonius Sàbeili-
jEus^eniafient mention i?:; % . ^ .. celeaLB^r^Ÿ
^^flArahs.qmmBhæbafihiBahiUna crtajfe s-^^'-antoh.
Sama référé y medica ferfur dator anis ^ authcfr:. phell.Ennead,
Car ce neft pas ici le lieu de fmfe' voir que cet Arabs n’a
f as même donné le nom à l’ Arabie,. mais laarab fils de Tectan .
^it-fils de S em. C’efl: encore ainfi que Promethée a pafifé ^
dans l’antiquité pour le premier Médecin, des Scithes , Sedoc orienmiA, i.
des Phéniciens , . ÔC les Druides de nos Gaulois , quoyqu’ik
nayent elle la plufpart que des fourbes > & des MagicienSî
& qu’on ait bien mêlé du fabuleux à ce qu’on en a écrit.
Quant à Peon il y a grande apparence que c’eftoit un de
ees fameux Médecins d’Egypte, qui avoient enfeigné la; Me;-
decinc aux Grecs , puifqu Eftathius a écrit que -ce n’eftoic
autre chofe que l’Apollou de ceux-ei , & que le Serapis des
Egyptiens , qui fut appellé de ce nom parce qu’il foulagéa
quelques malades de leur douleur, comme npus Pavons mar-
' £
34 àe Médecine,
que cy- devant. C’efl: pour cela , $c parce qu’il avoit gucjfi
Plutôn de la bleffure que luy avoir fait une des déches d’Her^
cille , qiv Hô'merc le fait même Médecin de Jupiter, le plaçant
à fa table aiidelTus des autres Dieux- Et c’eft (ur ce fondement
que quand on a voulu élever enfuite le mérité des Médecins,
Erafm, inchiliad, on a dit qu’ils étoieut de la race de Peon ; que les remedes ont
■été appeliez Peoniens , & qu’on a dit mille chofes Fabuleufes de
Pœonü manus. la Peone i & cnEn quoy que le Peon fûc Egyptien . comme nous
i avons remarqué , voila pourquoy les Dodeurs Grecs ont voulu
s’en faire honneur.
CAUMOs eft encore chezies Anciens un des in venteursde la
iMededne Botanique. Il en eft de même d’Hercule.qu’on fait
inventeur de quelques efpeces de Pmax_, jufqu es à s’imaginer
,qu*ii futguert des blcflures de PHydre par le pr/uontion , au-
iiüuuhut in Æ- quelil donna ce nom pour cette railbn. Car quoy. que Plutarque
■muo^y. ait marqué qu’il guérit Alceftide d’une maladie dangereufe en
faveur d’Admere qu’il aimoit luy-même trop paffionnémenc,
il fe trouvc tant d’Herculcs fabuieu.x dans le Paganifme , que
Çonfirat. E^angei. quelques- uHS dc nos Modemcs reduifent les quarante-deux
mS. Hercules de l’antiquité à Jofaé 5c à Samfon.
Qui me-dira même ce que c’eft que Je grand Apollon.,
mihim:âigHùs )Àpqh. ?:Carqueiques-uns ,dcs ïçavansdans rantL-
quitë veulent , ou qu’ii n’y ait point eu d’autre Apollon ni
At O L L O. u’autre Efculape que Moïfe ,.ou qu’Apoiion foit un de ces fuc-
cefleurs , de Cham & deNembroth , qui s’eft caché fous le nom
d<Qrus Apollo, 5c ;quon a qualifié fils d'Apis 6c d’Ofiris., .ou
Varronm. peut^eftre Sefapis, Ifis ôc Ofiris même. Quoiqu’il en foit^ il
iéft alTuré que ies Çrecs ont fait un Apollon fils de Vulcain 6c
. . |de Minerve , qu’ils ont enrichi des d^oüHles de l’ Apollon des
Egyptiens , 6c que comme Minerye ^ l’efprit inventeur des-
6: ^ulcain , qui eft noftreChanaam clt inventeur félon
/queiques-Lins de la Médecine chimique , ils le font imaginé
;qu’ Apollon eftok .fils d’une de ces prétendues Divfnitez. Quel
ft-Aa valco ci- foit,Strabon le fait fi fçavant dans la Médecine qu’i 1 l’apel-
catrix. Je èWrsf., fa>lutmre Pœonien^ peut-eftre parce que toutes les an-.
.ciennes inlcrlptions lui attribuent ce nom avec plufieurs autres,
AP'OLLINI INVÎCTO.DELPHÏCO, PA.CIFERO
f IND ECO, SOLI, S ALÜXA.RI.
d-e même Strabon le fait difei pie de Pan Eegiflateur des Ar#
dont ilapprkl’ An dedeviner. Il ajoute qu’il alla au
Premmt. Chàpi I V.
bii-regnoit Pichon fur.npmj3iîé Dragon, à Gm£é fèSj îBcchâii^
ectez, & quç rayant heiHenfçnxbnt- tm, , U fe. rçndk Oîaiftre
4ii’ lieu des Oracles &; des Spej^actes , enfee de, qnoj, il alla
à Delphes où do.5M5.oit-; des. r^ponfes., .Yedtez comme il
eft facile de:le voîr ,. atdqubü^^v.o® ai.m;,êlé Car il
faut fçavoir que tous: les Dieux de l’antiqùilé' n’étoient autre
chofe que des hommes > mais puiCaes en biens-, de jfortune & en
iùrees dé corpst ? dont ils: abufoiem, çeliemj5m > qufè Plu$àf que
jnôus; apprend » au fùjer de nofee A|cdlQns.iiU'yEjfei^^
qu’il étok ,fo^ojttdhin ires-me(^tant periq^. ]^àk;commeÆe&hoiïiêî
mes inYentolent quelquefois des chofes utE^sij. lèuiS ■^lolen^é»
îï’empéchoijent pas qu’on ne les honorât pendant leur ^
qu’on neles adorât apreslcur inort , comme xpîelque choie blea-
itU de|ü& des autres bommes,; .C^nc aux fiüêsqjïfi. ceskoièrries.
corrbmpoiént J & quant aux fruits de leurs, amours , -o®. appdb.
Ibit celles-là des Nimphes , quoy qu’elles ne fulTent. ioUYent.
qLïé dé dmple> Bergeres qui gardoieur leurs troupeaux aux
environs des rivières & des fQntainfiSi & çeiix-.c„y, deS'.Her^^ -
quedqdé ebofe au de£ons_des, D ieux.^ ôc bién au deflus des bom-
}ufqùcs à les divinifer à leuf -Eoux-i quand on ejroiyok q# -^^^^
l^voient; ttierité. - . .
. C’eft; Eone ainfî qu’on, faillit, dès: >,^;qiie les. Greesr
as^anf l’etabliCeménî de; liaMedecineEmpiriqiie^pe.lloicnt^€n-:
fàns des Dieux tous ceux qui fé mdloi«m. .de ceti^rc ï d’atW
îamvplus feedem^nt > n’écoit permis de: l’exercer piibb-^
queme-ntqu’auxPi’inces6cauxPréflresde;laReligio.n..Mais
retenir à noftre comme le SoIeil eE le-pere- des
E,effledes,: les Poètes n’ont.pas manqué.de confondre i^Apollonî
ayée le Soleil jrçâ.r b celuy-cy-eEapell^ Apolk>d’«^W'‘«)?’, comme ^ çj-dend©
celanets’èntendquedalè.vér Sc ducoûcber decet Aftr©,il n^eneft
pas moins: pour cek l’:/^^^^^ dont nous avons parlé cy^
devant,- , , ; ■ ■
; Ç’eft: encore; ainfîiqtie le PrognoEic ëtantune maniéré de Pro-
pbetje , on aXaitpréfîder Apollon dla vaticination , ôc déplus à
la Poëfie 6c à la Mufîque, deux grands cbarmes dè la mélàn-.
colie, §c deux puifiTans lenkifs de là douleur. Et voila pour¬
quoi Apollon, b Ion en croit Pïngenieufd antiquité , juge- non
feulement de la vertu dés herbes fur le ParnafTe , mais encore
des belles faillies de la Poëfi e , 6c des douceurs de la Sympho-
nie. Attfli éd- çç: de ce^tte maniéré qu’un d.e-np.s Poëtes; ©a
Peèfiet de M. Corn¬
iaud.
!• &
^5 ? . Effm de Médecine^,
Ic i un Médecin de mérité & de fes amis. >
Meniot loin des erreurs dé la trouve ignorante 9
Tu f rens la Panacée ou je frens V Amaranthe "
• - Sur un même f>mmet 9 dans un même vallon 9
Mt cherchant les vertus dont la mort ejl charmée.,
: : Par differens'fentiers foua un même Apollon.,
Tu conferves la vie & moy la Renommée.
Les Veftales l’apelloient J?ean dans leurs hymnes du motXS^*6e
qui fignifte adoüdr. Mais à propos de Lenitif, je croy qu’il eft
bon de -remarquer icy que Çibelc fille de M inos Roy de Phry-
gie eft âpellée au langage des Poètes , la grande Mere , parce
f. ÿtariimlnnm. qu’elle fut felonlcux , la première qui inventa les linimens
Utiis idedichê. on appailpic l'cs Iduleurs des petits enfans. Car* pour ceux
qui' dépéignent:Giauque -& Apollon , qu’ils font ibn difcipléj
cdmtnê des arracheurs' dé dents qui ne traittent pas^ mieux
Elculàpe ÿ Sc^sidelcendans jüfqülu grand. Hipocraté , je vou^“
Leamrd. di çspea drofsVpôür y ajouter quelque foy , qu’ils noiis donnalTent d^
boo^îês preuves de ce qu 'ils avancent.
' ' Les SâmEnotraces'j les Gahires , les Diofeures & les
tes, pour parottre des irnms inconnus aux perfoiines de peu de
iitterature, ne le font pas dans PHiftoire de iaMedecine. Les
premiers n’étoient pas apdlez Cabires , des montagnes de
Phrygie qui portent ce nom, étant de même que les autres pi.^
Y-initez originaires de la Phenicie , & au refte des Di vinitez,
qdi bien loin d’être du nombre de celles qu’on apelloit z»i^?o-
r4{m gentium, ètàicnt ivQ^-i^mS'a.mes èc tres-fçavantes dans Lg
Médecine, même fui vant leur fignification Hébraïque èc Arar
b;ei Aufii quelques amteiirs Chrétiens veulentdlf que comme
Moïièidtoit caché; fous le nom de toutes les fauf es di vinitez, ,
une partie de ce:qu’il a fait de grand & de myftericux foit '
caché: fous les myfteres des .Gabires. Cependant, qqoy que les
Payens comprifient particulièrement fous ce nom de Cabires,"
Bacchüs, Mercure êcRfomlape, qu^iis croient freres , il n’eft faiç
mention dans cette ancienne infeription que de Jupiter >
Êule , Minerve êc Apollon,
PATRI AMMONI ET HERCCTLI FRATRi
ET MIN.ERVÆ PAtLADlÆ, ET JOVÏ
C)LI.MPIO ET SAMMOTRACIBUS
.cAbiris ET iNbreo soLi ÂtCruE
APOLLINî DELPeiCO.
Çhiron le Centaure de ThelTalie , tout étrange monftre
W.Strahn. Geègr.
lo.j^pemonfirat.
^VAngtl. Daniel.
F y&JpHtn
, lâelolatria.
Ketnefiits in înferir
Prmiere Partie Chap. I V. 3 7
^’on le fa.it> n’eft pas du tout fi fabuleux qu Apollon , mais
51 ne laifle pas d’eftre auffi galant avec fa vilaine figure. Il
triomphe comme celui-là de force ou de gré des filles & des
rfemmes , 6c cet animal, abonne fortune^ eft fi proliféré, que fa
race femWe n’eftre ni éteinte ni malheureufe apres tant de
üecles.
Ce goût bi^rre ejl 41 f as âe retour^ ' .
franc ^eval ef \ouvent a la Court
Ce au un Galand fort foltde Von nomme.
E ne falloit pourtant pas eftre trop cheval pour orner comme
il fit la Medecine , pour découvrir le chiromum Panax , & la
Centaurée , qui le guérit, félon Pline, de la playeque luy fit une
des flèches empoifonnées d’Hercule tombant fur (on pied. Il
ne falloit pas> dis- je_, eftre une bête pour inventer la Vété¬
rinaire, qui le fit prendre pour demi-homme & demi^cheval,
& pour guérir lés yeux de Phénix fiisd’Aminton
Phenicis chiron lumi-na Fhillmdes.
Quoy qu'il en foit j on luy donne Saturne Sc Phillirapour pere
& pour mere , afin de nous faire comprendre qu’il faut dii
temps & de l’cxperience pour former un bon Médecin, & fi
on le fait pere d’Oxirrhoé , c’eft pour nous marquer que la
Medecine Pratique commence toujours par la préparation des
humeurs , fur tout dans les maladies chroniques , où elle tâ¬
che de les rendre fluides ôc obeiflantes aux purgatifs. Enfin fi
Chiron ne meurt , comme on nous le dit, qu’aprés avoir prié
Jupiter de le dégager de fon corps j c’eft pour nous apprendre
que la Medecine dont il faifoit profeflîon, l’avoit rendu com¬
me immortel , tant il étoit vieux. Aufli avoit-il fait de fi braves
Médecins qu’on ne compte parmi fes dilciples que des Pala-
medes , des Achilles , des Patrocles , des Pelées , des Ariftées
des Efculapes j de maniéré que la Pofterké n’a pas fait de
difficulté de le placer avec ce dernier entre les Aftres , & de
Ehonorer dans les ceremonies publiques , témoin entre autres
preuves cette infeription def’Empereur Clandius.
ÇH IRONI SATUR. F. HIPPOCE NT.
T. CLALTD. CÆS. LUDIS SECUL,
Avec tout cela, il ne faut pas douter que le difciple ne l’ait telle-
mentemporté £ùr le maître, qu’on n’ait regardé prefque de tout
temps Efculapc comme le Dieu de la Medecine après Apollon,
parce qu’il inventa quelque choie fte plus que les autres Me^
. E iij
Chiron.
%onieAUX 4e M.
de Benjferade/
Theephrafi. lih. fZ
^ Dîofeor. L 4.
’Eufiathius ad Z-
liad. 1.
* Medicina cquo-,
rum.
Gruttr.^, 71.
3 g l^jj4s do Miifçm
Tiin i 14 e 4çcms, jufqucs à r^ivQir confondu avec Ariftée Roy d’ÀrCâ^r
Aptihniu^ ^RM. dic , fumommé Battus fils d’Apollon & de CyrenOjPondateur
i x.Argonmtar. yi[[g jg Cy?ene , & Inventeur de l’huile & du miel,.
^j^.de'shiiJfôph. qu’il mêloit avec le yi.n , qui; fut pour cela adoré dü' cultç;:
chrifiian. Gen. qtl’on reudoit à Jupiter & à Apollon i car pour cet Ariftée au>
*Rê'^ubiiqHe des grand œuvre dont j)arle Hérodote, c’eft autre chofe, ;
■Ljüres du. monde Efcukpe , dis-je , malgré toutes les fables qui femblent le-
iHinim. ^ 718^ dérober à la vérité, eftun MedecinefFédif j mais pour= fçavoir- '
à peu prés ce que c’eft , voyons premièrement ce que l’ami,
quité en acrû. Sa patrie elt fort incertaine , car outre que^^
.Æ s.cu l a- ^trabonfait deux , Tune ville de la Fouille , & l’àutre:
P I u s. de la Theflalie, ce Dieu même ne s’en explique qu’en tremblant^
41^®amGredesOraclesdansceuxdesSibilles,dontObfcM-
poGus nous a donné une verfion.
. Tricca. ex fmm- venio Bem^ quem mater^'
Fhœbo fuccumbem ^^peperit fapkntia Régem'"
Rentum MèàmnA\ Æfculapmm , • feâ quid. regas t
G’eft aitifi qmil eft tantot Egyptien , tantôt P hen icien j tantôt^
Grec, félon qu’il plaît à ceux qui s’en font honneur. - Qj^nt-
^ à fa mere on ne la conrioit gue-res - mieux que cel le - de fon pe-
ro,ôi quefon pere même > tant- le temps &da -fable -nous ca-^
Ghent le pere & le; fils; ■
Trtomf délia fama: ■ , cké: ^ pef^^'U U Comp^pde
Si p^'f ch^ mme. ij, temp0 £tf^ cûpri^,-
- - Car il faut fçavoir que quelques auteurs ne lui donnent*
chmB. I7i0. fe^ pomt d autre perc qu un Certain Prêtre d Apollon, foit fdit faint'
Prêtre s’apellât Apollon, ou qu’il s’apUquât à la ^
Médecine comme avoir fait Apollon. En effet ^
. . Multi
Nomme divomm Thalamos iniere pudicos.
Mais ce qu’il y a de plus embaraffant , c’efi: qu’il fe trouve
plufieursErculapes: car Cicéron en fait un fils d’Apollon &de
Coronis fille de Phlegias , dont il nous refte un monumeiit
dans une des Médaillés de Sabine femme de l’Empereur
Adrien i un autre frere de Mercure & celui-là même qui fut
foudroyé i: &: un troifiéme fils d’Arfippe & d’Arfinoé , tous trois,
Medecinsi ainfi il n’eff pas impoffible qu’on n’ait donné à-
quelqu’un des trois tout ce qu’on a écrit des deux autres , ^
que comme on atribuç dans les Ouvrages qui porten le npm
Première Partie. CKap. IV. 59
iâc Mercure Trifmegifte , l’invention de la Medecine à un
JEfculape Egyptien, ou Phénicien, les Grecs n’ayant donné
iCette invention à leur Elculape» avec les autres qualitez des
Efculapes qui l’anroient précédé. Il faut donc bien diftin-
guer les Efculapes dont il eft^ parlé dans les Ouvrages attri¬
buez à Mercure Trifmegifte , d’avec l’Efculape Grec qui eft
effectif i car -uon lèuiement l’ancien de ces deux Efculapes
parok dans ces Ouvrages âyeul de celuy qui écrit à Amon
Roy d’Echiopie j mais l’un &: l’autre font plus anciens de fîx ou
Tept iieeles que le Grec qui n’a rien écrit, & tous deux Egyptiens
au quelques-uns ont cru que cet ancien n’étoit
lautre chofe que le Tofortrus Roy d’Egypte, dont nous avons
parlé cy-devant. Les Grecs n’ont donc rien fait autre chofe
ique de confondre leur Efculape pere de Podalire éc de Ma¬
chaon , avec quelques autres Médecins de ce nom , quels qu’ils
Toient , & même fi l’on veut avec Morfe , tant il fe trouve de
convenance entre ce que rEcricure fainte nous apprend de l’un
ce que les Grecs ôc les Latins ont écrit de l’autre. Aulîî le
grand Hipocrate ne marque t-il rien précifement, ni del’ex-
tradion , ni du temps , ni du païs d’Efculape , quoy qu’il fe
vante d’être de fa race , fe contentant de dire qu’il a écrit le
premier de la Medecine, après en avoir appris les principes de
Chiron j mais pour cela qui fçait s’il eft en effet l’auteur d’un
Traité de Medecine apellé Navicula * dont il ne nous paroit
rien icar pour ce Miriogenefis dont Julius Firmicus le fait au¬
teur , il ne peut êtreattribué qu’à l’Efculapc d’Hermés , vray ou
fabuleux, commeon le peut voir dans Patritius. Et quant aux
autres Traitez que les Bibliographes nous marquent fous le
nom d’Efculape , qui doute qu’ils- ne foient fuppofez ? C’eft
-donc parce que TEfculape Grec ht la Medecine avec quelque
fuccés que Tertullien l’appelle le f remkr Maître Dèmonjiror-
4eur àc-CQX Art, ôc Arnobs T Mventeur des RemedeSs èc que Pin-
dàre, Plutarque , Lucien & Suidas l’ont appellé le Héros des
Cures i le tres^doHe ^ le chef des Médecins^ & que l’antiquitéfii-
perftitieufe l’a honoré de ces Titulâdes & de ces vœux.
J.SC,ULA?IO SACRUM. COECUS ISIPISÆDIT-
ÆSCÜLAPIO RPIDAüRO. D. P. P. ET SALUTI
ÆSCÜLAPIO PERGAMENO S AC RU M L. A N T O N T N.
.. . . RUSCULU M . . . . L. PQ^LJA
f‘‘gSSS'Biblmhet.
Fhetti.
V. Traneife. Patri-
tium in Hermte^
* V. ftiliui Tirmie:
I. Albenii Sebtz,i&
Andr. Tiraquel.
InEermeu,'
Tertul. in Apsleg.
1^' Coran, tnilit.
Arnob. L i. contrM
gentes. pindnr. Ode
4. Pluutrch. l.
Sympcjtnc. Lucian.
in Abdicat.Suid. m
1.0X10.
V.Reinef Infcripf.
40 Ejjafs de Médecine,.
ÆSCÜLAPrO ET HYGIÆ. M. ANTONIN. SATURl^rüS-
*lllndcrediturjo~ - * Æ S C U L A P I O E T S A N I T A T I. L. C L A ü DI Ü S KERMIP^
(Hlamium. Qjj i y I X I T A N N OS C X V. PUELLAHUM. A N H E LT TB
QUOD ETIAM POST MQRTEM EJUS N-ON PARUM- MIRANTUR-
PHISICI. J A M. P OS TE RI SIC VIT AM DUC I te.
pour ne poi ne parler de tant d’autres qu’au voit dans' tant de
Médaillés frapées en fon honneur. Mais pour rintelligence de
la troifiéme de ces lufcriptions-, il Faut fçavoir qu’un nomme
Arehias fils d^Ariftæcbmus-, natif de Pergame, ayant été fur-^
pris d’une convulfion ehafTant à Pindaze , &; s’écant perfuadr
qu’il en avoir été guéri par le Fecours d’Efélilape r il bâtit un.^
^ ; Temple à ce D ieu dans Pergame , des qu’il y fut de retour. En
; fuite dequoy on luy en érigea un autre à Smiriie, où il- fut hO'
noré de même maniéré,. Quant à fa nourrifTe'j s’il eft vr-ay qull
n’en ait point eu d’autre qu’une chienne , ou qu’uHe chèvre,,
les Romules, les LiGafl:es,Parrhafes , TeiepheSrCyrus-ô2 tant
d’autres grands Per fonnages n’ont pas été mieux nourris 5 les
. uns n’ay ant eu qu’une Louve les autres qu’une Vache,- Ce
qu’dy a d’affuré effc que comme nôtre Efculape gué rit en ef¬
fet quelques malades», on s’entefta tellement de; fes cures en
: un temps oh il n’y avpît gueres de Médecins- heureux. , que-
les Poètes prirent occahon de feindre que Jupiter L’a voit fou^
droyé à llndance de Pluton.
Dem extiditim crejjis Èpidaurim herhk
Rejlituit patrms Androgeona fqck
Jftpiter exemplum njtntm-iàmxitinUlum’-
Fulmmy pti nimmm novemt müs opm »
^ofiTeilfariumfe Piudare &: quelques autres s’imaginèrent:
rebus Argoiic. «- quc ce fut pour fon avarice^ & que Platon même a écrit que:
îutt^aVofM i. }. ce pour avoir fauvé la vie à un mau vais riche qui fe moa-
roit » ce qu apparemment il n avoit pas gmt ü. Mais outre:
qu’il eft certaih que lés hommes foudroyez étoient reputez
des yidimes £intes & facréés chez les Payens, Ôc meme qn A-
riftophane fe contente do Fintroduire comme Médecin de “
MfslfAsm 4v piutus- Dieu des Richefïès , qu’il guérit de fon aveuglement j
il eft encore ahùré que le Poète Homere l’apelle irréprochable y
terme dont il fe fert ordinairement pour peindre fes HeroS
d’un feul trait , 8i: que Platon prenant fon parti contre les
fidions de fes ennemis, raifonne de cette maniéré : S*il a été fils
^.de^epubUt. dun Die» y ^ ‘^ar coT^fe^nent vertueux ^ riche t comment aura-t^d
ftc
Première Partie Chap. IV. 41
P» être avare é‘ interejféî Cejfe^ donc ou de le qualifier fils d^ Apol-
don^ ou de luy imputer ces foihleffes. Et c eft à peu prés de même
manière que Tertullien a raifonné depuis fur ce fujet. Ilfal-
loit que Jupiter fut bien dénaturé pour traiter ainfi fon bon petit-fils ,
^ encore plus injufte de traiter ainfi un perfonnage qui avoit fi bien
mérité du public. Tout celay ne fe devoit point apprendre d des hommes
attachez, à la Religion quand il aurait efié vray » é" devoit encore
bien moins efire inventé sdl efioitfaux. Aulîî eft-cc pour cela que
je me range du côté de ceux , qui' loin de Taceufer de dureté
trouvent de la douceur jufques dans fon nom , comme s’il n’a-
voit été qu’un doux extrait de l’animal qui le nourrit, Hin-
nulus Caprea. Car quanta ceux qui difent en faveur de la chair
des Chevres & des Chevreaux , qu’il en faut ante con-^
cubitum pour faire des enfans fpirituels& de bonnes mœurs;
que cette viande eft médicinale 5 & que la boüillie des enfans
faite avec du lait de Chevre, contribué à les rendre enclins à
la douceur 5 je voudrois d’autres garans pour les croire , &
des expériences réïterces plulieurs fois pour m’en alTûrer. Ce
fut donc pour avoir bien mérité du public qu’on l’honora
après fa mort, qu’on luy bâtit des Temples, qu’on luy dreffa
des Autels, & qu’on luy érigea une Statué d’or & d’ivoire, faite paufm. înA-
de la main du fameux Tralimede de Paros , & enfin qu’on le ce7hithfâe.^'
furnomma Alexicaque Archiatre, & Pere de la Santé, qui
étoit figurée fous les noms d’Ygée, de Panacée , de Romé ,
que la Fable luy a données pour filles , comme Epione pour v.suidaminEfctf.
époLifejtous noms qui ne marquent & ne refpirent que douceur,
Iplendeur , remede, force & fanté deforte que les Scithes;
mêmes appelleront fainté’frcré, le lieu oii on luy immoloit des v ParaUpomen. ai
victimes. Il ne faut donc pas s’étonner fi les Socrates & les
Cicerons, qui peut-être reconnoiflbient DieuCreateur de tou-
tes chofes, & en particulier de la Médecine, fous le nom d’Ef-
culape , ont été fi reconnoifians du rétablifiTement de leur fan¬
té 5 que le premier ne charge Criton en mourant que de
payer lecoq qu’il doità Eftulape, &le fécond ne recommande Phœde».
rien tant à fa femme Terentia , que de le remercier, fuivant
la coutume avec un cœur pur & chafte,de la guerifon qu’il
en a reçue. Mais comme de tous les Temples que la fuper-
ftition payenne bâtitàfes fauffes divinités , celuy quelle éri- J
gea dans Epidaure a nôtre Efculape , étoit apparemment le * *
plus ancien , ayant été fondé, félon quelques Auteurs ,17. .fié-.
42 Medecine.
des avant la naitTance de Nôtre Seigneur Jefus-Chrift, ceux
de Cos ôc de Pergame ayant difputé du droit d’Azile.dont
on abufoit du temps des Empereurs Tibere & Claude 5 le tout
ayant été bien examiné /leurs Aziles s’étans trouvez plus
anciens que ceux des Villes qui leur dilputoient la préfé¬
rence, leurs privilèges furent ccy^firmez. Qu^ntàceluy que
Tacit mnciî peuple Romain érigea à nôtre Efculape dans l’Ifle du T ibre,
après qu’il fe fut imaginé que fes députez l’y avoient amené
fous la figure d’un lerpent , quoi'ïqu’il fut beaucoup moins
ancien que ceux d’Epidaure de Cos & de Pergame,on ne fc
contentoit pas d’y veiller pour en obtenir la fanté , mais on
abandonnoit encore dans cette Ifle les pauvres Efclaves ma¬
lades , à la merci du Dieu , abus qui obligea l’Empereur Clau-*
de de déclarer que tous ceux qui réchaperoient de leurs
maux feroient affranchis , pour punir par cét acte de douceur
la dureté de leurs maîtres.
Et à ce propos il faut remarquer que les Temples bâtis etï
rhonneur d’Efculape étoient bien plus grands que les autres,
P/ïk/Væ in cerm^ p^rce que les malades qui venoient implorer l’affiftance de ce
îhias, ' Dieu , étoient obligez d’y dormir, ôc par confequent d’y lo¬
ger. Ce n’eft pas encore là tout , car la prévention fut fi gran^
de à l’égard de ce Médecin, mort de*puis fi long-temps, que l’è-
loquence payenne en parle en ces termes chez le Sophifte
Ariftide- Rien âe fi frei^uent les cures qu il a faites y même apréi
fa mort ■> rien de fi ordinaire que les apparitions de ce Dieu aux ma-^
\ lades , pour leur infpirer des remedes infaillibles aux maux les plus
'Ariftides erai. i» dangereux é* Ics plus Opiniâtres. Il preferve même ceux qui font én.
Afilepad. . fu,r la mer. Il remet les membres difioquez é*froiffez. Il al-^
longe le cours de la vie par les reponfes quil rend a ceux qui le con-
fultent. Il révélé pendant le fommeiU les fecrets dè l'éloquence de
■ la Poéfici apprend les coups de maîtres aux Athlètes qui le recla-‘
ment. Bref , fi l’on en croit te déclamateur , fon pouvoir s’é¬
tend jufques à procurer les bonnes grâces des Empereurs ^ de toute la
Famille Impériale. Bien plus, cette prévention luy fait même
faire une Oraifon en faveur du puits d’Efculape qui eft à
Pergame. Il le louë de fa fituation , de la bo?îté de fonxau » la-*
quelle , outre les autres qualité^ qu on demande pour une eau potablt
& faine , a encore' V avantage de ne fe corrompre îamais, é* d'être
une fource inepuifable , de fervir de prefervatif aune infinité de mU'
Ladies , ^ de nè fouffrir le mélange d' aucune autre. Enfin elle ef
Chap. ï V. .43
fias douce que le mieli^réfemble meme tiux ea>üx de Gnïde % à B.un^
tnede ^ ^ de Choajpe j eomparO’ble aux ne^ar des Dieux^
On peut donc conclure que tout ce qu’on a dit de l Efculape
grec eft fondé fur des vcritez & fur des cures, faites en un * MoaientoubJqiie
fempsoù le peuple groiEer tomboit facilement dans l’admira-
tion. Car quant aux cures miraculeufes qu on attribué aux quidquid ubiquc
vœux des malades qui le réclamèrent apres fa mort .qui dou-
te qu’il ne s’y foit trouvé bien des coups de la nature & de liant, vclocitas di-
la fortune, & que le Démon * ne s’en foit mêlé, pour tirer vinitas credimr ,
un gand avantage d’un petit bien , 6c pour entretenir tes ïdo- dï
lâtres dans l’erreur. C’eft fans doute ce que vouloir dire Saint vinhatcrndum fa-
Auguftin , quand, prenant le parti d’Efculape contre ceux qui
railloient de ce qu’il avoit répandu qu’il n’étoit pas fage- circa curas va-
femme, mais Médecin i, en un temps où tant de femmes en- letudinuin. tw»/.
ceintes , mouroient après t’avoir invoqué , il répond 5 Ce nejl pas
le Medecm qui parle de cette manière , mais l*Oracle , le Démon , ou
le Frêtre fourbe or ignorant i qui emprunte le nom d’Efculape. 17.
Quant aux maniérés dont les Sculpteurs 6c les Peintres l’ont
reprefenté, comme le peuple Romain s’imagina qu’il étoit ve¬
nu d’Epidaure à Rome fous la figure d’un Serpent ou d’un
Dragon, fymbole de la vigilance , on le reprefenta depuis fous
cette image , pour fignifier qu’Un Médecin doit toûjours avoir
l’œil au guet & à l’occafion 5 fi on n’aime mieux croire que ce
Serpent fignific celuy qui apporta à notre Efculape l’herbe
dont on vouloir qu’il eût guéri Glauque, ou avec Theodoret, Maniny.
que tout ainfi que le Serpent change de peau , de m ême les
malades changent d’habitude ô£ deviennent fains de malades
qu’ils étoient par le fecours de la Medecine. Quoiqu’il en foit,
il eft âftùré que le Serpent a toûjous été dépuis le fymbole de
la Medecine ôc des Médecins , comme on te voit en tant de
Médaillés & d’infcriptions^
On couvre fa tête d’un chapeau , marque de liberté chez
les Grecs 6: les Romains , d’où on peut inferer qu’on a con¬
fondu les latroliptes miniftres de la Medecine , gens de baftc
naiftance 6i d’un exercice aufli bas , avec les Médecins des
fiecles fuivans. Ce n’eft pas toutesfôis quanta ce chapeau que
les Egyptiens ne Payent qiielquesfoi s reprefenté chauve, &
par conleqnent têts nuë, pour nous marquer qu’il n’y a nen
de fi fugitif dans la pratique de la Medecine , que- ce qu’on
appelé occafion,
E ij
Effais de Medecme.
Le coq cét oifeaii donc on a dit cane de belles chofes > &
qui eft confacré au Soleil pere d’Efculape , ne marque pas
moins la vigilance que le hibou , le dragon & le chien , qui luy
tiennent fouvent compagnie dans, les Symboles.
Si on. luy donne une longue barbe, il eft facile devoir
qu’elle fignine les années ScTexperience neceflaire pour for-
' . mer un bon Médecin.
Pour le bâton noüeux & le ferpenc qui s’y entortille , qui
ne voit qu’ils marquent , l’un la vertu des Alexitaires, &: l’au-
tre les difficultez qui fe trouvent dans la recherche & dans
l’application des remèdes? A quoy on peut ajoûter,que com¬
me les bâtons écoient aucresfois ce que les Sceptres ont été
depuis , ce bâton noüeux marque rautorité raifonnable, & le
pouvoir paternel que les Médecins ont fur leurs malades
quand, les uns & les autres font leur devoir , & que tout fe
pafte entre eux , comme il fe doit pafter dans les familles &
^ dans les Eftats’ bien reglez.
On le péint nud jufqu’a la ceinture , pour nous enfeigner
que la pureté de corps & d’efprit doit être infeparable d’un
Médecin 3 &: quant à la longue robe qui luy couvre le refis
du corps , elle nous apprend encore plus particulièrement
que la çhafteté eft une des qualitez qu’Hipocrate demande en
on Médecin que comme le Pallium ou manteau étoit un ha¬
bit honnête chez les peuples les mieux policez , an n’a pu expli¬
quer plus naïvement l’cftime qu’ori faifoit de la Medecine,
qu’en revéciffant fon Auteur d’une maniéré noble & honnête,
siiiHsïtdic desy JntoYtos àc mort Mcificlus dmlBus.
naia Medic. ' fi l’on me demande ce que veut dire la pomme de Pin
qu’on ajoute â tous cesfymboles, je répons avec quelques Am
teurs, que la douceur des amandes qui fe tirent des noyaux
des pommes de Pin, marque apparemment le fruit qu’on tire
des remedes , que comme il faut cafier les noyaux avant
que d’en avoir le fruit, il faut profond er avec foin & appli¬
cation , pour trouver les fruits & les fecours de la Medecine ,
fi 1 on n aime mieux dire qu’il y a quelque chofe de medeci-
nal dans les noyaux de la pomme de Pin, témoin cette inferip-
tion du Temple d Efculape, hijee diebtss Cmo cuiâam cœeo oyyicu-
lum . . . comedes nucleos Fini una> mm müle ^'peY très dies, ^
eon'valuit. C eft donc en veuë de tous ces fymboles , qu’un
Médecin du fiecle pafléj d’une famille noble, & qui faifoit la
Première Partie. Châp. IV. 45
Médecine fort noblement , fit fraper une Médaillé qui m’a
été communiquée par feu le R. Pcre du Molinet , garde du »yjti Alexandrin.
■Cabinet & de la Biblioteque de fainte Geneviève de Paris ,
où on voit d un côte une figure d homme a mi-corps avec Un^ Rn^iforth.
ces mots a l’entour. Ludovic, d.m. de Roche fort Blefas Me^
die. Reg. & dans l’exergue Genio salutis, de l’autre
côté trois Genies, dont celuy du milieu tient une figure de
ia fancé , & a un Soleil fur la tête , un coq & la mort à fes pieds
avec une pomme de Pin.
Venons à la pofterité d’Efculape & aces Médecins qui ont
précédé Hipocrate , qui fortit de cet Efculape par divers de-
grez de générations. Comme le Poëte Ariftophane appelé
Efculape, /f fere aux bons enfans,^ que Coronis efl le nom de
fa mere , il ne faut pas s’étonner s’il ne fort point de mauvais
œufs de cette Corneille ,& fi les produdions de fon fils font
des Aigles en guerre & en Medecine. Qu’ainfi ne foit.
Podalire & Machaon fe fignalerent également de la tête, du
cœur & de la main au fiege de Troie, où ils rendirent tant
de ferviccs aux chefs & aux foldats de l’armée des Grecs ,
qu’ils voulurent bien encore s’enfermer avec les braves dans
le cheval de bois qui fut fatal à cette Ville, quoi-que. félon
Diodorc de Sicile, ils fuflent non feulement exempts des con¬
tributions que les autres chefs faifoient pour les frais du fic-
ge, étant occupez du foin des malades & des bleffez,mais en¬
core difpenfez de s’expofer aux périls &aux coups où les au¬
tres étoient obligez d’aller. Mais avant que d’aller plus loin,
il efl; bon de marquer icy que comme Podalirc choifit cette
partie de la Medecine qui s’attache à la connoiflTance des eau-
fes des maladies, &; qui donna l’origine à la fecte qui fut de¬
puis appellée Rationelle , fuivant la remarque d’Euftathius , de
même Machaon s’attacha particulièrement aux operations ma¬
nuelles.
Ducere tela manu medicamina fgargere flagis y
Huic agiles dédit ef'e manus ^ fi quando Sagittas falingen. m z».
Extrahere harentes ogus , aut exfeindere ferro , -
Aliaque vel peterent medicatum vulnera fuemm.
Afi alius mtlior morhorum arcana fagaci
Jndagere animot placidamque afi^erre tnedelam. ^
On dit donc de Podalire qu’ayant été jetté au retour de P o d a l i-
*fïoïe fur la côte de Carie, 6c conduit pair un paifeur au Roy R.iu s.
F iij
46 de Médecine,
Damætus, qui le reçût tout dégoûtant du naufrage > il entrei
prit la cure de Syrna fille de ce Roy > laquelle étant tombée
du haut d’un logis j fut bien-tôt guerie par les feignées &: au¬
tres remedes dont ce Médecin fe ferviti de plus que Damæ-
tus ne pouvant aflez admirer cette guerifon , & ne croyant
pas même la pouvoir dignement reconnoître par tous fes tré-
fors J il donna cette Princefle en mariage avec toute la Cher-
fonefea fon Médecin , qui de fon côté ne voulant pas paroître
ingrat fit bâtir deux Villes , Pune du nom de Syrna, l’autre
de celu'V du Pafieur qui l’avoit fi charitablement accueilli. On
ajoute que les peuples qui receurent enfuite des afiîllances
mjm. m.- merveilicufes de Podalire ,luy érigerent un Temple dans le
païs des Samnites , qui n’étoit pas encore ruine du tems de
Strabon , & dont la fontaine guerilloitj fi l’on en croit cet Au¬
teur , les animaux malades qui en beuvoiertt. Ôn dit même
qu’il fondra une Echelle dans Syrna ^ de laquelle fortirent
celles de Cos vde Rhodes, de Guide, de Crotone de Cy-
rene j mais que la première fut la plus eftimée , & celle ou le
grand Hipoc rate étudia fix ou fept fiecles après fa fondation.-
Machaon frere de Podalire & fils comme luy d’Efculape
MUd: 4. eftîmé d’Homere , qu’il ne le fait pas moins qu’égal aux D ieiiX ,
mêmes AnfliDarésPhrygiusrappeile-t-ileouTageiix, patienta
prudent, humain II partit dit Paufanias du païs des Méfié-
1 m: tr ' • ïiî^ns pour aller au fiege dé Troïes , ^ y fut blefie à mort-
f emacu. f^^éche quo lüy décocha T eiephe fils d’Euripyle Tmais '
Magkaon eet la confolation de fe voir afiiilé & fervi par Neftor fon
umï, qui eut la generofité d’emporter fesF os avec luy. Quel¬
que tems après Glauque Roy des Mefiéniens fut fi touché dé
ce qiionduy raconta de ce Héros déf ia Médecine , qu’il or--
donna qu*an luy faerifiât comme à une Divinité , & Paufanias
marque qifon voyoit encore de fon tems les relies des Tem¬
ples qu’on luy avoit confacrées dans Pheres & dans Gerenie»
oii Glauque luy avoit le premier facrifî é. Mais les MelTeniens
youlans enchérir fur la magnificence de leur Roy , ajoûterenr
à tant d’honneurs la couronne appellée Cyphos y àont ils ornè¬
rent la Statué d’airain qui reprefentoit ce grand Médecin en
pieds , de forte qu on ne crût pas depuis ce temps- la pouvoir
rendre de plus grands honneurs aux Médecins , qu’en les ap¬
pelant de fon nom. ^
J>imiuê Jhfachaonas om^s
Première Partie, Chap. IV. 47
Jlle MeLchaonim •vix ofe Salnjus erit.
Ce qui luy fit encore bien de l’honneur , eft qujil eût cii^
£ls,dont le premier fut Nicomaque de Stagire,ayeul de Ni¬
comaque pere d’Ariftote & Médecin d’Amintas deuxième du
nom, Roy de Mac^oine, lequel écrivit cinq livres de la Mé¬
decine, & un delà Philofophie. Le fécond fut appelé Gor- , ^ ^
gafus Roy de Pheres , apres la mort de Diodes ion beaupe- niae. ^ c»rm-
re,ôc comme ils excellèrent également dans Part de remettre
les os deboitez , cela leur attira des honneurs divins. Le troi-
fiéme nommé Policrate receut les mêmes honneurs que Tes
freres pour avoir rendu de grands fervices à divers peuples.
Q^nt aux deux autres Sphirus 6c Alexandre , on n*en dit rien
autre chofe,flnon qu’ils dédièrent un Temple âEfculape leur
ayeul. Au refte le Sophifte Ariftide , ne nous paroît pas moins
palïïonné pour l’honneur de Podalire ôc de Machaon , qu’il l’a
paru cy-devant pour celuy de leur pere. Il leur €?$feigna ^ àÀt-'
il, luy -même tout ce quil uvoit a^ris de chiron^ C*ejl a eux quon efi
redevable de la frife de Troie la grande , farce que s^Us n eurent guéri
ihiloBete , abandonné comme un miÇerahle dans l'jjle de Lemnos , il
nauroit pas apporté les flèches d*Hercule , qui étoient fatales a cette
Ville. Il les fait encore voyager plus pour le bien public que pour
leur plaiflr dr utilité dans l* Egypte , dans Rhodes , Carie , Merope ,
Gnide , Corfe dr plufieurs autres lieux. Après quoy il les place
comme les freres Caflor 6c Pollux au rang des Divinitez, leur
faifant encore bonne part des mêmes honneurs qu’on avoir
rendus à leur pere.
Qimnt à la pofterité de Podalire, on luy donne pour fuc-
ceflTeurs &pour defeendans , quoy qu’un peu confufément , un
Hippolochus, un Softratus, un Dardanus, Cleamitides, Chri-
famis, Theodorus, Softrate fécond, Ghrifamis fécond , Theo-
dorus fécond, Softrate troifîéme, Nebrus, Gnofidichus, Hipo-
crate premier, ôc Heraclidepere d’Hipocrate fécond, qui eft
nôtre grand Hipocrate de Cos. Mais quoi-qu’il en foit , l’on
ne peut pas nier que l’Art commença à décliner après la mort
des braves enfans d’Efculape 6c d’Apollon , non femper arcum
tendit Apollo s car fi l’on en exempte quelques uns de ces Hé¬
ros , qui donnèrent leurs noms aux Plantes qu’ils avoient dé¬
couvertes, quelques Philofophes , quelques Rois 6c quelques ~
Prophètes , qui la plupart n’étoient pas même grands Prad- 34'^^*
ciens , il fe trouve peu de Médecins depuis le temps d’Efcula- ' — —
Melampus
A R GI vus
Gejner. Sihliot.
Medic.
V. Vanderlini de
Script. Med;:^Ti-
racjueîl. de nohilit.
e. 31. numer.izi.
Qjiiâ. MetÂm.
d. 5. eaÿ- 1 .
F. Ùerodot. ^ Ste-
phan. de Vrbib. itt
diâ. A^ftria.
Aâ'Eclog. 6. Virg.
&vtd JtfetUfn
Virgil. in Géorgie.
K*ieL§7bS.
V. Servittm in hune
leeur».
EJJaîs de Mededne.
pe, jufques au temps du grand Hipocrate, comme il paroîtra
éy-aprés,quoy qu’il fe foi t écoulé lepe ou huit fiecles.
Melampe d’Argos eft donc un des plus anciens Médecins,
s’ilavécu l’an du monde 2705. Quoy qu’il en foie il ne fut
pas moins Poète que Médecin : car outre les Ouvrages de Me-
decinc qu’on a fous fon nom , on luy attribué encore quelques '
Poèmes. Il guérit les filles de Produs Roy d’Argos , qui cou-
roicntles champs, & qui meugloient comme des Vaches pouf-
fées par un efpece de manie caufée de la vapeur maligne ,
d’une humeur noire & brûlé : Car quant à la Fable , elle
veut qu’lphinafle&Lifippe filles de ce Roy, ayant méprifé la
beauté de Junon,elle leur troubla tellement l’efprit qu’elles
crurent être Vaches. Les uns ont crû que nôtre Melampe fit
cette cure avec l’Ellebore, d’autres que ce fut avec du laid
de Chevres nourries d’Ellebore, d’autres avec l’acier feul,&:
d’autres enfin, qu’il y employa un violent exercice , les faifant
chanter , danfér ôc courir jufques à ce qu’elles fuflent arrivées
à SicioiiCj-où des hommes jeunes & robuftes les entraînèrent
de force. Ce qu’il y a d’affuré , eft que comme Melampe
étoit Augure & D.évin, &;qu’il fit jetter les forts qu’il employa
dans la fontaine A2aria,cequi donna lieu depuis à des Fables,
il y eut hien de la fuperftition ôc de la magic mêlée avec les
remedes naturels de cette cure 5 mais ce qu’il y eut de bon
pour le Médecin, c’eft qu ayant époufé Iphianafte, il eut la
moitié du Royaume d’Argos pour récompenfe, & qu’il en fit
encore donner une autre partie à fonfrere Bias, habille hom¬
me, fl l’on juge par le fuccés de la maladie , 6c par le fruit qu’il
en tira: car Servius marque pofitivement qu’il n’eut point de
honte de mettre cette cure à ce prix. Quqi-qu’il en foit , les
Poètes eftimans peut-être fon mérité par ce fuccés Ôc par ce
prix 5 en ont parlé comme d’un homme merveilleux.
Proâffdas Mtonitas erifuit furiis
Cejfere mugi fi ri
Phyllirides Chyron , Amithaonlufque Melampus
Mais ce qui nous perfuade qu’il fe fervit de l’ElIebore, eft
que Servius marque qu’il fut appellé le Purgeur. Ainfi le fuc¬
cés de fes purgations paroit bien pins évident que celuy de
fes luftrations , quoi-que V irgile les fafté également valoir.
, Pofiquam fer carmina é‘ herbas
Brifuit furiis , furgamenta mentis in illas
45)
Premiers Partie Ch.2L^,lY .
Mifa- nqtids , oàiumque meri ^ermfinftt in unàh.
Nous avons parlé cy-devant d’Achille comme d’nn des
-difciples de Chiron, lequel ne le rendit pas moins habile dans
les exercices de la Médecine que dans ceux d’un Cavalier ,
témoin la>uerifoa de Thelephe3c’eft pour cela que Plutar¬
que le confidere comme un fçavant Médecin , & que Stace le
rend célébré dans ces vers.
^mn etUm fmcos at^ue auxiliantia malis
Gramina,quo nîmius jlaret medicamine fmguis,
^uid faciat fomnos j quid hiântia vulnera claudat
J^£ ferro cohibend/i lues , qu<e cederet herbis edocifiti
CociT£ autre difciple de Chiron eft non feulement fameux
parles cures qu’on luy attribue 3 mais plus particulièrement
pour av'oir penféles playes du bel Adonis , blelTé par le San¬
glier.
Home^e natif de Chio efi: encore un ancien Médecin , s’il
vivoic au temps de Melanthus Roy d’Athenes , comme l’a
écrit Archilochus au livre des Temps î cité parle DodeAn-.
dré Tiraqueau.
PoLYCLiTE J ou Polyclcte, efl: trop fameux pour ne s’y pas
arrêter quelque temps. On ne fçait pas pofitivèment fi ce fut
dans la lo. Olîmpiade, ou dans la 30. qu’il vécut 3 mais il eft
afluré qu’il ne voulut jamais entrer dans la confpiration faite
contre Phalaris Tiran d’Agrigente . quoi-qu’il pût rejetter fur
la maladie de ce méchant homme , le blâme qu’on eût pu luy
donner de l’avoir immolé à fes ennemis par quelque poifon ,
ou par des remedes donnés à contre-temps. Auffi ce Tiran
luy en tient-il fort bon compte dans la belle lettre qu’il luy
écrit, parlant de la Medecine, & du Médecin d’une maniéré
fî avantageufe , qu’il avoue que cét Art^ efl plus l'Art d'un Dieu
que £un homme > ^ que le mérite de Policlete efl bien m dejfus de
toutes les louanges humaines, (jr de toutes les reconnût ffances qu on luy
peut faire , quoi-que lesprefens que Phalaris luy envoyoit avec
cette lettre fufteni en effet magnifiques , comme on le peut voir
dans le détail qu’il en fait dans la même lettre. Mais , ce qu’il
y aencore^ÿ plus obligeant du côté de Phalaris, eft qu’il ajou¬
te à tant d nbnneurs oc de recompenfes , que la 'uie d'un des'con-
[pirateurs nommé Califehrus, qu’il accorde à la priere de ce Mé¬
decin > n efl qu une foible reconnoiflance de la vie qu il doit à fon fça-
voir ^ a fa fidelité. .
if
Ac H I L LE s.
Opufcul. de Kîodo
Legend.' Toetets.
Achilleid. lib. j.
C O C I TU S
V. Biblioihsx. Fha-
til.
H O M E R U S.
Ovid. Metamorph.
lib. 10.
M. C.
Ve nobilitate 'cap.
il p^ig. 166.
Polyclîtus.
In Epifiolis veter.
Gr&car. adPoliclet.
ad Mejfenigs.
G
JO Effah de Médecine,
P «TT! Euribotes filsdeTeiconte, fion en croit Orphée, guérit >
URI O [espiayes d’Oilée,bleffé par les Stimphalides.
^ Nebrus fut un des ayeuls du grand Hipocrate. Il eftloüé
JN E B R U s. xheffale fils de celui-ci , en fa harangue au Sénat d’A-
thenes. C’eft U qu’il nous apprend que les Amphidions alîie^
geans une Ville des Chriféens, furent attaquez de la pefte.,
*A*J(pv otT?. gcqu ayant eonfulté EOracle, il leur répondit qu'il falloitfai-
revenir le fils du c^r/, ceft adiré Nebrus, & l’Or avec luy»
fignifié par Chrifus frere de Nebrus , tous deux excellens
Médecins.
GnosïDIcus, Gnosidique qui fuceéda à la réputation de Nebrus dont il '
écoit fils ,aécrit un livre des Luxations ^des Fractures , fui-
vant Galien qui le marque, Comment, in lib, i. de vMïone viB,
in morbis acM.
C A D M U s» C ADMLis de Müet dans Tlonie vivoit, dicwon, l’an du monde \
Miietius. 5010, & c’eft pourquoy il efi: un des plus anciens Médecins.
On le fait auteur de 14, livres des maladies, Erotiques , ou d’à--
. , mour ,nour ne point parier deCadmusfils d’Agenor , auquel
Gtfnert mbhoth, attribue F invention de quelques fimples. i
Demogeues f>emoc:ebe.s de Crotone nâquk environ lan du monde 3500:
Crotoniat. Rome 150. mais Galiphon fon pere étant d’une humeup
&Limp 69 fâcheure, il le quitta pour fe retirer en Egine Ville de Sieile,*.
^ où les Habitans F arrêtèrent à leur fervice par un talent de
penfîon annuelle, à quof les Athéniens , qui reconnurent fa car
pacité, ajoutèrent cent Mines quelques temps après. MaisPof ;
Jicrate Tiran de Samos luy ayant promis quatre Talens. de
penfîon > il Fattira ada Cour par cette libéralité j deforte que ^
D emocedes mit les Médecins de C rotone & de Cy r ene en re-
putâtion dans ce païs-lâ. Cependant Polycrate ayant été pri^
prifonnier de guerre par Oretés Lieutenant de Darius ^ &
* P emocedes avec luy , il fut réduit dans une trille captivité y
où il eut demeuré toute fa vie fans le malheur qui arriva à ,
Darius. Ce Prince defeendant de cheval au retour de la Ghaf- ^
fe fe déboéta le talon, &quoi-qu il eut fait venir des Mcd^
oins d’Egypte, pour le fccourir & remettre cet os en fa place,
il n*en fut que plus malade. Ce fut alors que quelqu’un, qtu
avoit connu Democedes à Sardes, & qui en faifoit ellime,s’^ar
vifâ d’en parler à Darius , qui le fit tirer de la compagnie det
Efclaves d’Orctés, les fers aux pieds, & tout cralTeux qu'if
ccoit demifere ôede pauvretév Le Roy luy ayant donc demandé
Première PmiSi Cîiap. I V. ji
étôit Vfay C|îi*il fiic Mcdccin> il répondit hardiféetît que non,
de crainte qu’on ne l’arrêtât en un Païs qu’ il n’aimoit pas, &
ëtoit fort éloigné du fien. Mais comme ôn vit qu’il ne difoic
pas vray , & qu’on l’eut menacé d’un plus crttei traitement
que^celuy qu’il ibuffroit au fervice d’O retés, il avoiia la vé¬
rité. S’étant donc déclaré Medeciuj il commença par des re-
medes, qui appaifant la douleur du Prince, le firent dormir ,
& travailla fi heureufement à la reduélion de fou pied , qu’en
peu de temps on le vit guéri , quoi- qu’on le crut eftropiépour
toute fa vie. Demoeedes avoir de l’efprit autant que de ca¬
pacité, &c*efl: ce qui le mit auprès du Roy fur un autre pied
que ne le font ordinairement dans les Cours les gens de fa
profeffion. La première marque qu’il en donna > e’efl: que le
Roy luy ayant donné deux chaînes d’or, il demanda à ce Prin¬
ce s’il étoit julle de rccompenfer le biei^u’il luy avoir fait
en le guerifianc ; par un double mafi mais ce Prince luy gar-
doit bien encore un autre prefent , car l’ayant fait conduire
chez les Reines par des Eunuques , qui le leur prefenterent
comme le libérateur du Roy , il en reçût deux vafes d’or fi
remplis de pièces d’or , qu’un ferviteur nommé Sciton qui le
fiiivoit fe fit un tréfor de celles qui fe répandirent , & qu il
ramafla fur le chemin. Ce n’eft pas là tout, le Roy luy don¬
na encore une maifon magnifique dans Suze , & il parvint à
un tel point de faveur , qu’il obtint la grâce des Médecins
Egyptiens que Darius avoit condamnez à la mort, pour s’ être
laiffez furmonter par un Médecin Grec. Voilà donc enfin
Demoeedes un des favoris du Roy , mangeant à fa table , fa¬
veur dautant plus grande , que les Grands de la Perfe n’ap-
prochoiertt du Roy , Ssne mangeaient à- fa table que le vifage
couvert d’un voile qui leur déroboit la veuë du Prince , au
lieu que Demoeedes obtenoit encore tout ce qu’il demandoit.
Mais pour tout cela, il ne pouvoir vivre éloigné de fa patrie,
& loin d’écouter les promeffes que la Cour luy faifoit, il re¬
jeta comme un autre Ulifle celles de cette Callipfo , & trouva
même cét artificieux moyen de s’en délivrer. Il avoir guéri
Atofla fiUe^ de Cyrus & époufo de Darius ,.d’un uicere à la
mamelle qu’on avoit crû incurable avant qu’il y mit la main ,
& entra fi avant dans fa confidence , qu’il lûy perfiiada tout
ce qu il voulut. Il luy fit donc croire, premièrement qu’il y
alloit de la gloire & de 1 intereft de Darius de faire la guerre
5 ^ EJfais de Médecine.
aux Grecs , &: qu*elle feroit bien plutôt finie que celle qu*U
meditoit de faire aux Scithes. Ainfi Atofra,;qui le croyoitdc
fort bonne- foy le voyant déclaré contre fa propre Patrie, en¬
gagea Ton époux à cette entreprife par la déclaration qu’elle
luy fit quelle s’accommoderoit bien mieux d’Efclaves Greques
que de Scythes , &,que Democedes qui fçavoit les affaires des
Grecs le ferviroit fort utilement dans cette entreprife. De¬
mocedes cft donc envoyé en Grèce avec des Perfans pour re^
connoître le païs , après avoir donné fa parole qu’il n’y de¬
meurera qu’autant qu’il eft neceffaire pour fon deffein. Ce,
qu’il V eut de furprenant dans cette entreprife , eft que le Roy
q,ui avoit donné des gensà Democedes autant pour l’obferver
qde pour luy faire compagnie , & pour obferver le païs , luy
permit encore de charger fon vaiffeau de fes plus beaux meu¬
bles pour en faire p^ent à fa famille j & qu’il crût que luy en
promettant de plus^aux après fon retour à Suze, ilne man-
queroït pas à revenir. Mais Democedes ne fçaehant fi cette
permifîîon qu’on luy donnoit d’emporter fes meubles n’étoit
point une feinte pour reconnoître la difpofition de fon efprit^ .
refufa adroitement ces offres , ôc fe contenta de la propriété
du vaifïeau qui le devoit mener , pour en faire , difoit-il, un
prefentà fon frere. Le voilà donc parti pour la Grece, où
dés qu’il y eft arrivé j il fait une defeription fort exacte des
lieux maritimes remplit fi apparemment tous les devoirs de
fa commiffion que ceux qui l’accompagnoient le crûrent de
fort bonne-foy. Mais AreftophiLide Roy des Tarentins natif
de Crotone , ayant en effet pris ces Perfans pour des efpions ^
fit ôter le gouvernail du Vaifieau , & les arrêta prifonniers.
Soit que Democedes fut de concert avec Areltophilide , ou
qufil fût parti pour Tarente du eonfentement des Perfans, il
ne fut pas arrivé en cetre Ville qu’il en partit pour Crotone v'
fous pretexte d’aller voir fon pere. Cependant ces gens qui
■Pattendoierît, après avoir été mis en liberté par Areftophilide,r
qu’il menaceTent de la colere de Darius,, voyant qu’il ne ve--
noit point, fe refolurent à l’aller chercher eux-mêmes , & le
rencontrant dans une des places de la Ville, le revendiquè¬
rent comme un fugitif , & firent effort pour l’enlever 5 mais
n’ayanç pas éte^les,plns forts, & Paffaire ayant été mife en.
deliberation dans Lj^ffemblée des Crotoniates , qui crurent être
obligez de conferver ce citoyen , ils poufRrent tellement les
Première Partie. Chap. IV.
Ferfans qu’ils furent obiige^e fe retirer avec quelques coups
qu’ils receurent dans cette émotion , fans refped de leur qua-^
lité J n’ayant pu obtenir ny par douceur > ny par menace ce
qu’ils demandoient Etant donc obligez ae s en retourner ^ la
rëponfe qu’ils reçurent de Democedes , eft qu’il les prioit de
faire ieavbir à Darius qu il alloit époufer la fille de Milon »
ce fameux Luitteur dont ce Prince faifoit tant d’eftime , grâce
qu’il teuoit plus grande que celle démanger à la table d’un
Prince Etranger, &: ennemi de fa Patrie.
Toxari s le Scithe , fameux dans Lucien , eft un des plus T o x A R i s.
anciens Médecins. Il pafia defon paysà Àtbenespour y appren- sdtha.
dre la Philofophie , & y fit un fi^rand progrès , que l’ayant
pratiquée dans toutes fes maximes , les Athéniens le regarde- - - -
rent comme un homme extraordinaire j de forte qu’ils ne fe m. c. 3500.
concenterent pas après fa mort de luy ériger un Tombeau ma- R. c. 200.
gnifique prés du Dypile 5 mais ils luy érigèrent encore des — - *
Statues, 6: enfin luy rendirent des honneurs divins. * Ce qui
les y obligea particulièrement , eft qu’étant défolez de la pefte
&que la femme d’un Sénateur les ayant avertis que ce héros
luy avoir révélé en fonge , qu’ils n’a voient qu’à répandre du zudan. inscyth^,
vin dans les riiës pour chalTer ce mal , ils fe perfuaderent par Hej^chws.
l’évenement , qu’ils ne tenoient cette grâce que de luy j 6c c’eft
dit-on pour cela qu’ils immolèrent depuis un cheval fur fon
Sepulcfare. - ,
Pausanias l’aînérfils d’Anchitus eft connu, par cette Epi- Pausanias
gramme Grecque qu’on voit dans DiogcneLz'ércc mEmpedocl. — . _ J
Meàicum indytum Amhiti filiurn c. m. 3406.
J^ortdhm Afdepiadem patria aluit Gelât — ■ ■ ■
tnultos moleflis in tabefeentes lahoribus ^:BœoTca\efcrmt
Monales avertit Proferpina adytis. ^
Car quant au jeune Paufanias , nous en parlerons cy-aprés.
Antigene Médecin démérité, eft marqué dans la lettre Antigenes.
qu’on croit fuppofée d’Euripide à Sophocle & dont ce qui - - - -
nous regarde eft ainfi traduit. Anti^enem Medkum [duta fi ir
etiam ejl in chio - neqae dicejjit in Rhodum feiajque hune efferuerum 'Epp:. diverse ru,
• car quant à Antigenes contemporain de Galien , îl vïen- .
dra en Ion lieu.
Acron fils de Xénon , natif d’Agrigente^ en Sicile , eft, fa- a
meux pour avoir donné le commencement à. la Seifté des Em-. Asrigentis.
pinques, & pour avoir prefervé les Athéniens de la pefte par
G iij
54 ^ Mcdecfne,
des cuirs & d’autres obftacles, qu’iî*bppofa aux vents qui fouf- "
fiutanh.i. dejfil ftoieut du Coté dont elk venoit, à quoy il ajoûtales parfums.
^ofirid. Fim. i. Oii croît qu’Ü Yivolt envirou Tan 300. de Rome, mais appa*
uerTÆüusPmi il plus aacicn. Quoi-qu’ileii foit, il eût l’ambi-
Æginet. Vofms ' tîon dc vouloir être enterré dans la ville d’Agrigente, faveur
Gejher. übiioth. ng s’accordoit à perfonnc. C’eft pourquoy on dit qu’Em-
pidocle, pour fe moquer de fa vanité> luy demanda s’il ne vou-
droit point encore qu’on mit cette infcription fur fon Tom-/
beauj raportée diveriement.
Acron jitmmm Medtctts i ^ui fummo
■ M culmine > haht Tumulum
' ; ' ^ ^ M _
Acron fummm Medicus fummo fatre natus
' ' ’ - Tn fummd Tumulus fummus habep
Il écrivit quelques livres delà Medecine, s’il en faut croire
Suidas, mais rien n’en eft venu jufqu’à nous: car quant à cette
EpitapEe d’un Médecin du même nom , il eft facile de voir
- qu’celle eft du temps des Empereurs de Rome.
Aagup. T'aftrifk..
V. Gruter fag.
jio.é'^A-
E M P E D O -
C.EES.:
OlIMpI AD.
LXXXI V.
V.'Diodor T.^héjîum
(^"&0gen. iLkcrt.
l. de placitis Hi-
f ocrât. ^ Elatenis.
* lih de Mdrtîrih
A C R O N I R.
ME Die O AV G.
C L O D I A I I I.
L Æ-T Æ S O P.
C. C L O D I V S
A QJJ I L A N ü S.
Em.ped octEs difciple de Pythagore, natif d’Agrigente en Sicb
Icifils de Mecon, félon quelques mns, & félon d’ autres de Zenon,
viYoitenvironl’àn: 300. delà fondation de Rome. Quoy-qu’on
le confîdere ordinairement bien plus comme un Philo fophe
que comme un Médecin , il eft neanmoins certain qu’il étoit
fi fçavanc Praticien , qu’on crût qu’il avoit reflufcité une fem¬
me par fes remedes , de maniéré même que les Selinotiéns
croyant qu’il les avoit prefervez de la pelle , l’auroient raie
leur Roy , s’il eût voulu l’être. On dit encore qu’il avoit des
remedes capables de retarder la vicillefle , tant on étoit pré¬
venu de fa capacité ,& qu’il écrivit plus de ^ooo vers fur la
Medecine. Qipi-qùHl en foit, Galien le loue pour avoir fait
cette Profeflîon avec un grand définterelfemenr. Cælius Au-
rcEan. n’en a pas parlé en fon temps avec moins d’eftime, ^
Theodoret * parlant des hommes qui avoient mérité chez les
Payens d’être mis dans le Ciel,, le fait auteur de ces vers
traduits de Grec en Latin. .
Premkre Partie, Cb.3.Ÿ AV.
Hymnidki 'vam, Arth Medka^ue periti
Mondes cunctos primi pojl terga relin<puunt
Siint uhi du juf^ri magnis.in honoribus aucti.
Athenée, racontant l’honneur qu’il remporta à la courfe ;
des chevaux aux jeux de la Grece» dit quêtant obligé de '
donner un bœuf aux affiftans , 6c ne lofant faire, parce que /
les Pythagoriciens nejmngent jamais rien de vivaiiTj il leur
donna la reprefentation d’un bœuf farci d’aromates, & de pre-
tieufes odeurs à lacrifier & à partager entre^eux. Enfin foit
qu’il fe fût jetté dans le mont Æthna , ou qu’il eiit quitte la
5icile , les peuples de cette Ifle ne le voyant plus , & s’imagi¬
nant qu’il êtoit monté au Ciel , luy rendirent des honneurs
divins. ; - . Creok^
C R E O N eft un Médecin &Phiiofophe du pai’s d’Empedo- v-tde ^mém F^
de , qui ne nous eft gueres connu que par Pline, igçpar l’eftime '"cuurm! 6,$Timi
qu’on dit qu’Empedocle en faifoit. decad\
P H O c U s fils d’Ornithion fondateur des Phocéens , dont la ^9. c-7’
Colonie bâtit la ville de Marfeille,eft fameux dans Paufa- Phocvs. ■
nias , pour avoir guéri Antiope la furieufe, & l’avoir enfuite Gricfa0a7ih.7^
époufée. fag. z6i.
Alcmæon de Crotone fils de Perithuseft le premier félon Alcmæon.
Ariftote qui ait bien écrit de l’Anatomie. Il fut premièrement cwo».
Auditeur de Pithagore , qui le rendit fi grand Philo fophe ,
que Diogene Laërce en parle comme d’un ^enie fublime ,• m. c. 3514. '
auflî penfe-t-il fort bien de l’immortalité dé l’âme félon cet » - _ — *
Auteur. Mais on ne fçait pas fort bien s’il eft cet Alcmæon
que cite Stobée , * & qu’il fait auteur d’un livre de la maladie Astmone 5s. .
éide la fanté.
Ph E.REC I D ES eft un Médecin contempof ain d’Hipocrate', s’il P H e r e g
eft vray que celui-cy luy adrelfe des lettres. On luy attribue D e s.
le livre deviciu fdubri d’Hipocrate même : car quant aü Pher-
recides de Diogene Laërce , je ne f^ay fic’eft celuy-là même.
Euriphon de Cos, inftruit dans l’Ecollé de Gnide , fut Me- Ehriphok.
decin de Perdicas Roy de Mâcedoine , Auteur des
de Gnide t Ouvrage dont Hipocrate ne paroît pas fôrt fa-
tisfait, non plus que de la méthode de ce Médecin, ll â enêbrè " . S
fait un livre des Medicamens fubflipùe^ G’eft un grand An^.. \ '
tomîfte pour fon temps, & au refteft héureûx que la pofterité * Gaien. im.Èpf-
luy a attribué le livre d’Hipocfaté* d^y9pr/W/K^^^
Cardan en parle en ces termes > ÿorfan Euriphon nuUrt ex pane '
MbLI s s 11 s
I c c V s.
Tarentinus.
* l. de legib.
J>ialog. 8, ^ in
Trotagorn.
V. Stephm. deur-
bib. in diB. tsÙ^s.
Erafm. in ChiUa.d.
pag.,\zp :: ..
.Vu.Smd^m in di.B,
liCUS^ . ' : .
'J b L A' S..:;,
Bithinius. ■ -
adverf.'JîidMfj, i
•B O -
jyemacripmsi • i
G^iie.l. iib ... vThe.-
rapetit c. Làèrt. in
Empedocl Suidas
Brmy^iTs.
Syri^nfis^ ^ ‘
Blin. ■ iib'. rctrtr'xo .
GaI. Jiiirei.
Andr, Ttraquell.
de nWilU. •• cap. 31.
}H-h^ A-
HeRQ^ÇîVI
Selymbriimus .... ^
in Gorgia & Fhce-
done.
'*= tn Itîdâ\ iV ‘
* V. Comment. ^
net as. Harduin^ S.
•î ad 1. 29. Flin.
^ oefium ^ Mer-
fnr. ad fiâd p lïb.
é. Êftd. Flipocrat.
Tzezes in chi-
diad.
.5^ ’ EJJais de Medmne, I
Hifocmti mfemr fî ex unguikis' ko nc?n utm proverhlo efi cognofeere |
mihi conce^fum eji. _ . \
Mblis sus eft un Médecin cité par Hipocrate au livre des j
Principes , & par Galien au livre des Elemens. \
le cus de T arente vivoit dans la 77 . Olînipiade , ôc a été , ou, 1
peu s’en fatit , contemporain d’Hipocrate ; c’étoit un habile j
Médecin pour Ibn temps, homme fobre s’il en fut jamais, puif. \
‘qii’il a donné lieu au Proverbe /w cam. Platon le loué de la for-»
be de fon corps ôc de celle de fon efpri t , Temj^ermtiam fmul \
'fortîfuRinem -wpmi êonfequutm-i mllam énqmm in toto fuoe exercita-
iimk tmf(ïfk\vmèrem co^o'vît. Surt^uoy il faut remarquer avec
ïrâfme qtr'Elieh ayant fait mention d’un Athlete de ce nom,
né à T arente, qui, n’étoit pas Médecin ,on pourroit bienn’a-
■vbif/faiEqu’ün homme: du Médecin^ de l’ Athlete. |
Jouas bü.Jblaus de Bithyrile , contemporain d’Iccus de T aren-
te,qnpi-qae fes Ouvrages ne foient pas exaéls, ne laiffe pas d’ê-, , ;
'tre cité par Nicandre, Diofeoride, Ceife, Pline, Galien , &
'SâintEpïphape.:
B b'£ irr férnômrné Demoerkiu^ rbivoit au tèmps-d’Iccus &
d’Iojas. C’étoit.un Médecin Philpfophe ôc Hiftorien , qui écri- |
^vit dés livrés dé^ Modicamehs. ' '
'in Lexic. Vojjtus de Hifisric. GrAcis, ' ■
iDioNysiûs de Sirte en Egypte, étoit non feulement contem¬
porain d’Hipocrate , mais encore un de ceux qui paroilTent |
avoir eu quelque coauherce ‘avec luy. Ilya encore quelques
autres Médecins de ce npm , dont les uns ont écrit des Plantés i
& lés àiitreV ne font connus que de nom. '
HMqî:)-ieu.ç de Seliyçée dans la Propontide étoit frere de
ÿprgiàs le Lephtihi ' It fut maîfre du grand Hipocrate , & Sur¬
intendant .des ^ païs. Auffi fut-il un des pre- ’ ;
iniers.qui joignirent la Gy mhaftiqüe à la Medecine , Platon le ;
Ippepouc cette rai fon , & quelques autres au 3. de fa Re- ;
pLjblïqué"^ dans deux de Tes Dialogues. Il compofa un livre , ;
de la dîeleieloniEuftathius. *Qhelqucs Auteurs ont écrit qu’jl j
commença à lepârer par la Medecine delà Philofophie 5 mais ce j
fut en effet Éuriphon qui fit ce chaiigement. Il faut bien fe , i
,garder de le confpiidre* ayec jPrèdicus dilciple d’Hipocrate , .
'comme ont fait divers Auteurs trempez par quelqués M S Si -
qui, ont , pour qu’un ancien interprète a retenu j
niais ilya lieu de douter fi c eft cet Herodicus dont Hipocrate ;
blâme
Première Partie. Chap. IV. 57
biâme fî ouvertement la metbode dans le 6. des Epidémies : Herodîcasfcbri^
car outre qu’André Tiraqueau paroît incertain fur ce fait 5
Hipocrate étoit alTez modefte pour ne pas parler fi défavan- luads foraentis/fff.
tageufement de fon maître. * de'tobfu/'cat'
pYTHOCLEseft un fort ancien Médecin, puifqu’Hipo- n.fag. 3^4. ‘
crate en fait mention au 7. livre des maladies populaires. Pythocles:
Ckatevas étoit aufli habile dans la connoifiance des Crat evas
Plantes , qu’Hcrodicus f étoit dans la Médecine Practique , ôc
dans la Gimnaftique, témoin l’Epître que luy écrit le grand mpoerates ad cr^:
Hipocrate. On dit qu’il découvrit la Plante qu’il nomma Tba-
pfiadans flfle Tapfos,une des Sporades dont il luy donna
le nom. Diofeoride, Pline , Galien , le Scholiafte de Menandre "
& même S. Ciprien en font une fort honorable mention : car -p//», i. e. g.
quant à ce Cratevas qui addrelTa un Livre des Plantes au Roy
Mithridate, c’eft autre chofe.
Democ rite d’Abdere étoit non feulement un Dèmocri-
grand Philofophe , mais encore un grand Médecin 3 car pour tus abderita.
le nom de fon pere , il cfi: incertain, les uns l’appellant Da-
malipe , les autres Athenocrite & les autres Hegefiftrate. Il Ôl i m p 80'
naquit environ l’Olimpiade 80. Quelques-uns ont écrit ‘ *
qu’il avoir été maître d’Hipocrate , & que ce fut pour luy
faire honneur que celubcy , qui étoit Dorien écrivit en
langue Ionienne 5 mais fi l’on s’en raporte à leur entrevue,
il paroît qu'Hipocrate n’étoit alors connu à Demoerîte
que par le bruit de fon fçavoir 6c de fes cures. Q^y qu’il jr ^^pifiei m eer
enjfoit , Democrite fit plufieurs voyages dans ^d T>»maget:%
l’Etiopie , les Indes , où il s’inftruifit de tous les fecrets
de la Philofophie dans la compagnie des Mages , de ma- jr.
niere qu’ayant mangé tout fon bien , il fut obligé après Unum de iJvitîs
Ibn retour de fe retirer dans un petit fond qui luy fut aflîgné
par fes concitoyens hors la ville d’Abdere , où il philofopha
le refte de fes jours , &: compofa , félon Pline & Diogene
Laërce,Lin livre de la vertu des Plantes , & quelques autres
Ouvrages tant de Philofophie que de Medecine , marquez
par celui-cy dans fa vie , qui n’ont pas été inconnus à Hi-
pocrate , puifqu’il le cite quelquesfois. Il excella particu¬
lièrement dans l’iVnâtomie j mais on ne peut pas difeon-
venir qu’il n’ait bien mêlé de la fiipérftition à fà Medecine,
& a fa Pnilofophie. On dit pour preuve de fa’ capacité que
s étant fait apporter du laid , il devina en prçfence d’Hipo-
H
J 3 EJJats de Mededne.
crate qu’il étoit d’une chèvre noire , qui n’avoit fait qu’u^
. , chevreau, càpelU ^nmipa$é falué une fille
vi wi-i qyj venue le voir avec Hipocrate en cette qualité , il la.
falua le jour fuivant comme femme j parce qu’il connut qu’el¬
le avoir pafTéla nuit precedente avec un homme. 11 mourut
âgé de cent ans , la première année de l’Olimpiade ^4. de la
manière dont nous le marquerons autre part.
H I PO CR AT E , fécond du nom , naquit au commencement
H £ P oc K A- de l’Olimpiade 8 0. dans l’Ifle de Cos , furnommée Portedieux,
ï £ s Coîis^ * parce qu’elle avoir donné la naiJGTance à la plupart des Af.
clepiades ou defeendans d’Efculape. Son pere s’appelloit Hera-
F cÜde , & fa mcre Praxitée. Ceux qui fe font avifé de le dé-
peindre l’ont fait de petite taille,un peu grêlé , mais de vifa-
làtuarmi. ge agréable ,& luy ont donné une groffe tête. Quant aux in^
elinations, ils ont écrit qu’il étoit taciturne, lent & ftudieux \
& que non contant de confulter les fçavans, comme il fit à Athe»
nés oii il étudioît, il apprenoit même les effets des remedes de
la bouche du peuple & des villageois : mais ce qui marque la
force de fon genie félon Galien , eft que fi celui- cy devoir ,
prefque tout à fon étude , Hipocrate devoir tout à la nature.
Galenum eruàiit leBio Hifoemtem mtum. C'efl: pourquoy il feint
qu’Hipocrate defeendit dans le plus profond des réduits de la
aature , qu’il s’entretint quelques temps avec elle , 6c qu’il en ,
apprit ce qu’elle avoit de plus caché & de plus mifterieux ,
pour en fâiro part aux hommes lorfqu’ils commencèrent à en
^ avoir befoin , êc que les maladies fe multiplièrent, donnant par
fes découvertes & fes expériences une nouvelle face à la Mé¬
decine : car comme s’il l’eût nouvellement enfantée , il en
V forma les membres tendres & délicats d’une main adroite &
fçavante , la nourrit , êé y ajouta comme un bon pere tous les
ornemens dont elle avoir befein pour paroître avec éclat dans le
monde. En effet, quoi-que les écrits paroiffent obfcurs, & qu’un.
Poète Italien en ait dit comme nous l’avons marqué cy - deffus.;
E quel di Côb che fe vîé fnigUor ogm \
r. i,nmS. n.u. Se l,e»e Wtefi fip gli Jfirifmi.
Neanmoitts cette brièveté qui donne à penfer aux
teurs, ne laiffe pas de renfermer une doctrine très -pure
' des fentimens qui marquent, que fon Auteur eft un genie des
plus elevez , ôc que dans l’état ou il trouva l’Art , ôc où il le.
Première Partie. Chap, IV. $9
mit enfuitc, un Auteur du moyen âge a eu railon dcTappeller
le Promethée de la Médecine. Il vit , quoi-qiie d’alTez loin ,
la pelle de rilyrie,qui comme une terrible Cornette mena-
coit fon Ille de Cos , 6c en preferva non feulement fon païs
natal, mais encore toute la Grece, par fes foins & par ceux
de fès difcipies qu’il y envoya. Le bruit de cette merveille ÔC
de tant d autres curés étant donc venu jufques aux oreilles
d’Artaxerxe Roy de Perfe,il luy fit offrir par fes Lieutenans
toutes les ricbeffes 6c tous les honneurs imaginables , s’il vou-
loit fe donner à luy 5 mais il refufa tant d’avantages par des
raifons de modération , de generofité 6c état, tant ilaimoic
fa patrie , 6c tant il étoit éloigné du falle 6c de l’avarice. On
dit qu’étant de retour de divers voyages , il fût appellé pàr
Perdica Roy de Macedoine fécond ûe ce nom, qu’on croyoit
malade du Poumon 5 rnafs qu’il reconnut que le mal luy te-
noit au cœur, languiffant d’amour pour Philé maitrelle de Ion
pere. Il étoit fi honnête , fi fidellc,6c fi modéré dans les pafiîons,
qu’il n’y a qu’à voir fon fameux Juœment pour en être pleine¬
ment perfuadéj 6c fa fincerité le mena -fi loing qu’il avoüa les
fautes que les lignes équivoques 6c les reiTemhlances luy firent
commetredansla Pratique,franchifedont Celfe le loue fi haute¬
ment , que les Médecins qui n’ont rien à fe reprocher , ne de-
vroient jamais fe faire un chagrin de ces accidens qui arrivent
quelquesfois aux plus habiles: car * comme les petits efpmsn ont pas
■grand chofe a perdre , quils ne peuvent fouffrir pour cette taifon
qu on leur ote quelque chofe ^ ces genies éleve^qui fe confient en la ri-
chejfe de leur fond y n ont garde de pleindre de petites pertes , font
toujours d'ajfez, bonne foy four marquer les pas où ils o?ît bronché ^
quand ils ont ététrompef^par les apparences. Mais comme on pour-
roit faire un Panegirique complet, des Eloges que Galien luy
donne, ôc un livre entier de ceux que tant d’autres Médecins
y ont ajouté 3 je me contenteray de marquer combine en paffant
les loüanges que luy ont donné les grands perfonnages qui
n’étoient pas Médecins , 6c qui par confequent étoient défin-
tereffez. Le Sénat 6c le peuple d’Abdere l’appellent le Pere de
la- Patrie Scie Jupiter conlervateur * 6c Foetus, dansl’Epitre
au Roy Artaxerxe,lenomme le Pere de la Santé , le Lenitif
de la douleur , le Sauveur 6c l’Econome d’une fcience toute
Hic ae fanitates pater , hic fervator , hic dirstor^ hic divins, fcîsntis. p/crticsps.
Qlupiter fervAtQ^aiiavMOjVindîcato.' ^
H ij ^ ..
Theephil.TnuPfo^.
ttirl
* More,magno-
rum virorum & fi-
duciam habentiu ,
œagnarum rcrum.
N aiï5 le via ingénia,
quia nihil habcnt
nii fibi dctrahunt ,
magna ingénia >
muitaque nihilo-
minus habitura ,
côvenit etiam üm-
p!ex crroris veri
confcffio , præci-
pueque in eo mini-
llrcrio quod atilira—
tis caufa poftcris
traditur , ne quj
dccipiancur cadem
xaîione quâ quis
anrea deccptuscft.
iib. S.c. 4.
De ctvit. Dei Hb.
s, cap. Z.
l b. de pr&eipms or-
iis miracul.
* Pompeius Orni-
vus lih. I, cap. 3.
de myfiicsi nomin..
interpretntione.
y. Tiraquel. deno-
bilitatrc. -^i. ». ÿ.
*Galiotus Martine
in doârin. promif-
mé.
JUicinus fopra gli
Triewfi di p. Te-
trarch.
Co EJJak de Médecine.
divine. Platon l’introduit par tout où il a befoin d’un hom¬
me fage, éclairé & prudent. Seneque àc Pline l’appellent le
Prince^ des Médecins, quoi- que ce dernier l’ait copié comme .
avoient fait longtemps avant luy > Ariftote & Theophrafte ,
fans le nommer. Aulugelle , ôc Macrobe le traitent de di-
vin jjufques a luy donner l’infaillibilité. Saint Anguftin &
quelques autres Peres de l’Eglife l’appellent tres-illujire Mede-
cm, comme tant d’autres grands perfonnages avoientfait avant ^
eux. Suidas dit que Tes paroles &: fa doctrine n’ont pas été .
reçues comme celles d’un homme ; mais d’un Dieu , Petr.
Vincus eft allé jufquesà l’appeller de mâture > & : !
' d’autres * Auteurs ont crû voir des mifteres non feulement '
'dans Ion nom , mais encore dans chaeune des lettres qui. le .
- compofent. Paul le Jurirconfulte , Panorme , Barroleéc autres
'Pappelent le plus grand des Médecins, &: la Loy même parmi ,
lès Chrétiens s’ell fait une loy de fes fentimens en quelques ' '
' matières. Bon mary , bon pere, bon citoyen, bon ami 5 religieux .
dans fes paroles , bc même dans fes fentimens autantqae le pou-
voit être un homme qui n’avoit pas été de ce petit nombre,
que la vérité daigna éelairer avant la venue du fils de Dieu, '
' Hipcmte fenti dirittam ente di Dio circa^ il fm ejfere jtmplice -, ^ .
uiMore âe tutH le cofe mundan'e yil monda f eue eterm , md V anim a
ejfer in fpirto tenue è futilijjimo per tutpo il corpo diffufo. ^^od di-
dimus, dit-il luy-même , caUdum"') ‘videtur mihi immort de ejfe^ é* ■
cunÛA- rntelligere , (jr videre ^fcire omniu , tûm prxfentia tum fu- »
Combien donc de Chrétiens , fi Chrétiens on les peut,
nommer , qui n’ont pas des fentimens fi droits & fi religieux ? : ;
Il vécut, félon quelques Auteurs , 104. ans, & félon cf’autres j
I op. & mourut peu après Democrite , dont la perte luy fut fort j
fenfibie. Le Sénat d’ Athènes voyant que les Habitans de Cos ^
luy rendoient des honneurs divins , & voulant enchérir fur .
ces reconnoiflfances , luy rendit les mêmes honneurs qu’à '
Hercule dans les ceremonies des jeux de la Grece ^ où la j
Couronne d’or qu’on luy confacra fut expofcê &; proclamée ;
par les Crieiirs publics, aquoy le même Sénat ajouta le droit '
de bourgeoifîc pour fes enfans dans Athènes , & une penfîon 1
arinuelle tiree du Trefor public. La prévention même alla fi
loin du coté des femmes, que des abeilles ayant fait leur miel
proche de fon Tombeau, elles s’en fervirent comme d’un fou- ;
yerain rcmedes pour les Aphtes ou petits ulcérés de la bou- ■
Première Partie Chap. IV. (si
che.dc leurs enfans. Q^nc au chapeau dont les Sculpteurs
& les Peintres ont depuis couvert fa tête , quelques Auteurs
ont crû que cela s’ell fait pour marquer les voiles qui déro¬
bent au peuple le fens &rinceiligence de les admirables écritsj
mais il y a bien plus d’apparence qu’on l’a reprefenté la tête
couverte , parce que le chapeau a toujours été une marque de
noblefle , de liberté & de dignité , comme on le peut voir dans
les Statues d’Efculape , d’Uiide & de quelques autres grands
perfonnages. Pour les livres qu’il a compofez, Suidas en fait
6 O. qu’on appelé après luy Hexacontabibli , pareeque félon la
divifion qu’on en fait , il y en a peu plus ou peu moins , quoi¬
que ^ymphorian. Champerius les reduife à i6. FinifTons par
des vers & par une infeription que la pofterité luy a confacrez,
quoi-que ce foit peu de chofe en comparaifon de tout ce que
nous avons marqué cy-deffus.
Lux hominum Hif ocrâtes populos tutatuSj in ono
Fecit ut umbrarum copia raya foret.
HIPOCRATICOO OB SALUER LT AT EMHUMANO
.GENERI DATAM B R E V I B ü S QJÜ E , D E MO N S T R A-
TAM COMPREHENSlONIBUS,BONA CORPORIS
VALETUDODICAT.
Je laifle donc à penfer après tout cela , fl un Médecin de nô¬
tre temps a eu raifon d’introduire Morne dans un dialogue , où
il luy fait dire que les Grecs ont impofé à la pojlerité y outrant par
une vmité dr une legereté qui leur ejl naturelle , les louanges quils
ont donnera Hipocrate y comme s’il y avoit à prefent plus de bon
fens dans des Villes telles que Conzence , qu’il n’y en avoit
dans l’ancienne & dans la nouvelle Rome , & même dans tout
le monde fçavant, dont il a été & eft encore à prefent admiré.
Car quant à Lionardo di Capoa Médecin de même nation > il
eft certain qu’il ne s’eft engagé à écrire contre la doctrine de
ce grand homme , que par une maniéré de neceffité , & pour
foûtenir le Syftême qu’il s’eft fait 3 &qu’à cela prés, il ne pa-
roit pas trop perfuadé de ce qu’il écrit , comme nous le ver¬
rons cy-aprés dans l’extrait de fon ouurage.
On peurroit encore ajoûter à la loüange d’FlipoGrate , que
depuis qu’il a paru dans le monde, la Médecine n’a plus man-
quéde grands perfonnages , femblablcs à ces orangers toujours
verts qui ne font jamais fans fleurs Se fans fruits.
Confort eterr.i e terne ilfrutto dura
Afercurial. m vit*
Hiperat.
Antholcg.l. I.
Thom. Corne] Con-
fentinus Epijiol. ad
M. Aunlium Se -
veiinum.
H iif
Ta¥<i. TApneU.le-
rufalem libérât,
Cant. ip, StAnzj,
?4-
Thessalus
Cous.
Commen^r. in l, i.
de nxtura hutnAn.
olimpiad.
X C I.
A. C. 340.
V, Bihlioth. Schtn^
chin- ThepL
D R A C O
Cous.
in nubibus,
* Vulua^uUla ma¬
ter fiiiorum H^po-
cratcs quos obSuil-
lom mdè acftupi-
dum ingenium, co-
micorn falibus per-
ftricxos fuiflè novi.
Aihen&us deipno-
fophijl. lib, J .
■ * /. de non creden~
dis fubulis.
P O L Y B U S
Cous.
Gden. Comment,
in l. de nutur. hu-
mm.
y. Qeyierum in Bî~
hlioib. ^ Schench.
Herodotus
Mermriul: in lib.
de ire a^uis lo.
(ft.
, EJJais de Meàecïne, |
rnmtn fpuma l'un l' dm mutum, ^ - |^
En effet j pendant que les uns ont donné les doux fruits J
d’une expérience confbmmée , les autres comme des Heurs ;1
agréables & de bonne odeur, ont infenfibiement rembli l’au
tente de la Republique , ôc la place de ceux qui font tombez.
Et c’efl ainfi que Thessale ôc Draco enfans d’Hipocrâte,iie •
dégenererent pas après la mort de leur pere, puifque celuy-
là eft appelle admirable par Galien > qu’il fît fix livres
de la Medecine, & qu’il fut en grande confideration dans la'^ ;
Cour d’ Archelaus Roy de Macedoine. 11 eut pour fucceffeurs |
Gorgias, Hipocrate troifîéme du nom , Draco fécond &Dra- |
CO troifîéme, tous Médecins de reputation&de nieritea éc fut f
enfin honoré de cette Epitaphe. *
Theffalus Hipocratis ) Cous gente^^ac jacet urnà
Phcebi immortdis femine progenitus ' . c
Crebra Trophaa tulit morborum amis Tgeia
Zaus cui magna , nec id forte , fed Ârte fuit.
Car quant ice Theffale qui empoifonna dit-on le grand '
Alexandre, il ne, mérité pas d’être mis au nombre des Mede-
cihs 5 & quant à celuy de Trallcs , qui fut Chef des Methôdi- - e
ques ; nous en parlerons en un autre lieu. !
- Dr Aco frere de Theflale fe montra comme luy digne
fils du grand Hipocrate 5 car ce n’efl pas à ces braves hommes, ■ <
qui ne furent pas moins grands Capitaines qu’habiles Mé¬
decins, qu’ Ariftophane & d’autres Satiriques ont penfé quant ' :
ils ont fait des railleries des enfaris_d’ Hipocrate * 5 parce qu’en - 1
effet, Draco eut un fils nommé Hipocrate quatrième du nom, :
qui fut Médecin de Roxane époufe du grand Alexandre 5 :
pour ne point parler d’un autre Draco que Palephatus * a mis
au nombre des grands Médecins. ,
P O L I È E gendre d’Hipocrate par Phanerete fa fille , eut ,,
part à la gloire de fes beaux freres , ayant fait des ouvrages '
fl confîdcrables , qu’on en a attribué quelques-uns à Hipocra- '
te. Auflî tint-il Echoie publique de Medecine après fon beau- |
pere , comme fi les filles mêmes forties de la côte du grand
Hipocràteeufiènt porté la Medecine dans le lit de leurs éppux. ^
Bihlioth. pag.^^j.ubif lara.
Hérodote eft cité par Hipocrate comme fbn contem- ^
poraîn , & eft par confequent fort different de celuy dont il '
fera parlé cy- après,
Première Partie, Ghàp, I V. 6^
D loc L E s de Carifto fuc furnommé par les Athéniens ,
le jeune Hipocrate , parce qu’il tenoit toutes fes maximes. 11
ccriyit une belle lettre au Roy Antigonus touchant la fanté ,
laquelle a été traduite en Latin par Guillelmus Copus : car
quanta fon Traité delà melancholie hypocondriaque, il ne
nous en refte qu’un fragment que Lionardo di Capoa criti¬
que avec toute l’ardeur imaginable. Celle nous apprend qu’il
fiit inventeur d’une machine Chirurgicale, qu’on appela pour
cela Diocleum infirumernum j mais ce qui le rendit plus conlî-
derable, cft qu’il rétablit la Médecine dogmatique de même
que la Gymnaftique qu’on coramençoit à négliger. Athenée ,
Pline , Plutarque 9 Galien le Scholialte de Nicandre, 6: même
Tcrtullienen font grande eftimaj»En effet , c’étoit un fçavant
Anatomille bc Simplifie, civil , honnête , accommodant, ôc appa¬
remment bon courtifan.
P £ T R O N ou Petronas , n’étoit pas fort éloigné du temps
d’Hipocrate, & fucceda même à Diodes , lil’on en croit Celle.
Mais loin de fuivre les maximes de ces grands maiftres , il fe
fit une méthode fi extravagante , quoique fuivie de plufieurs ,
que celles d’Afclcpiade toute bizarre qu’elle étoit , ne nous
paroîtra que raifonnable en comparaifon de celle-là. Les
lueurs , l’eau froide , la chair de porc , les falures , entroient
fi confiifément dans fa pratique, que tout cela faifànt quel-
quesfois des révolutions dans les corps, & tirant ainfi les ma¬
lades d’alfaires , le peuple s’imaginoit que c’étoit un effet de
cette méthode.
Acesias ellce malheureux Médecin du proverbe
Acejîas medicatus ejt» qui voulant guérir un gouteux, le rendiç
encore plus malade. 11 vivoit environ l’Olimpiade lxxx.
mais malheureufement pour luy il vit encore dans le monde
prévenu de fon ignorance , par les écrits d’Ariftophane, de
Tertullien, de Suidas 6c d’Erafme.
Dexippe de Cos efi: ce fameux dilciple d’Hipocrate ,
lequel ayant été appelé par Hecatombus Roy de Carie pour
guérir Maufole , 6c Pixidare fes enfans , ne voulut fervir ce
Prince, qui faifoit la ^erreà fa patrie, qu’à condition qu’ii la
laifleroit en paix j mais il faut avoiier qu’avec toute la répu¬
tation il ayoit bien peu de méthode, de lailîèr mourir lès ma¬
lades de foif, 6c de leur accorder toutes fortes d-’aiimens. Âinfi
quoi-que Plutarque 6c Aulugellc le citenG on- n’a pas perdu
Dl OCL E s
Carifiius.
AihensLus lih- j.
Setpncfophifi.FlitK
lib. z6. cap, z.
Gai. libris-de ftc-.
niîâte tutni.
Ætîus FaiiU
Æginet paj/tm.
Tertuîlian. lib. i.
de anima, cap. ij.
P E T R O N.
Celfui lib. 4. C.9.
Ac e s I as.
V. Era mum in
Chiliadib.
Tertulian. lih. de
anima.
D EXIF P U S
CotK.
Galen. centra E ra-
fiftratees.
V, Sutdam in le~
xie.
E P I CHAR-
M U S.
Cous.
R. C. 310.
Luert. m vïth Vhi-
hTophor.
Terîul.i.de mmi^
cüu 4Î.
Volatéy. lih. iJ.
Nicqstra-
T U s,
lih- 13.
lih. 1. de Antidot.
Anti-phmei lih.de
A.henienfih. Scor-
ti^.
OLIMPIAD.
,^3. ex Gefner.
M,. Ç. 3640.
M e o
Athenienfis.
PLI MP I,AD.
L X X X'V I.
cap. 31. lihri de
C tje. s i a s
G^idius/
M, C. 3^50.
* in. vita
xerx.
Philistio
Siçulus.
^4 Mededne,
grand chofe en perdant les livres que Guidas luy attribué.,
Epicharme natif de Cos fils d’Elophale étoit Poète ,
Philofophe &: Médecin. Il fe fit inftruire dans la dodrinc de
Pytliagore, ayant été mené jeune en Sicile, ce qui l’a fait paf-
fer pour Sicilien chez quelques Auteurs. Il compofa un Livre
De natura remm\ 8c l’autre De infomniis ,dont Platon s’efl: fervi.
fort utilement, & dont Volateran croit qu’il y a encore des re¬
lies dans la Bibliothèque Vacicane , & mourut âgé de plus de,'
50. ans.
Voûtas in syntagmat. foetaf. Gracor. é’ Schenckius in Bihliothec. Medic.
N ICO STRATE eft ce Médecin fameux dans Athenée,
dans Galien bc dans Æce , 6c qui ne lailTa rien autre chofe en
mourant que de l’Ellebor^à une courtifane appellée Oca^
6c Anthea par Antiphane 5 mais qui eft encore plus connue
fous le nom d’Antycira , ou parce qu’elle traitoit fes amans'*
inconftans avec de l’Ellebore comme des in fenfez 6c des
brutaux , qui ne fçavoicnt pas eftimer fon mérité ,011 parce: ,
qiPefiFedivement nôtre Nicoftrate ne luy laifla pour tout legs
que la provifion qu’il avoit faite de cette racine de Plfle
Antycere.
M e T O N d’Athènes eft non feulement célébré par TA-
Urologie , 6c par la grande année de fon nom 5 mais encore
par la Medecine qu’il profelTa fort heureufement , fi l’on
en croit Calliftratus» Euphranius 6c Phrynicus citez par André
Tiraqueau.
n^hilitat. pag. 370.
^ C T E S I A S de Gnide Médecin êc Hiftoriographe du Roy :
Artaxerxe furnommé Mnemon^le guérit fort heureufement
d une blefiure qu’il avoit reçûë en combattant: car quoi-qu’il
y ait mêle quelques fables à fon Hiftoire, il ne laifie pas d’ê- ,
tre eftimé de Diodore de Sicile 6t de Plutarque * , de Strâ-
bon,de Photius, de Suidas, 6c même de I. Gérard. Vofiius.
Ehili stion Sicilien eft un fort ancien Médecin, puif
qu il fut maître d’Eudoxe 6c de Chrifippe 6c contemporain
d Hipocrate,avec lequel on croit qu’il a eu commerce de let¬
tres, quoi-qu’il ne- nous en refte aucune marque 5 6c fi habilo
que Galien le croit Auteur du Livre De viBu attribué
communément à Hipocrate. Qi^i-qu’il en foit, Pline 6c Plu¬
tarque le citent avec eftime* Quantàfcs difeiples,il fauepre-»
mieremenc
Premers Partie Chap. IV. <5^5
mierement remarquer que Petrus Cafteilanus a pafle Eudoxe
Pans en faire aucune mention , & que quant à Chrifîppc , il
s’eft trompé , donnant au Médecin de ce nom natif de Gnidç,
tout ce que Diogene Laërceadit du Philofophe né à Soles ou
Soloc Ville de Ciiicie.
E U D O X E de Ghide fils d’Efchines , difciple de Philiftion , E u d o xu s
étoit donc ce grand Philofophe , Médecin , Aftroiogue & Le- Gmdms.
giflâteur dont on a dit tant de chofes fînguiieres : car on veut
qu’il alla de Sicile à Athènes , qu’il y profefla la Médecine à la
faveur du Médecin Theomedon qui eut pitié de fa pauvreté. Laen. i»
On ajoûte que quelque temps après , il prit des lettres de re-
commandation d’Agefilaus pour Necfabis qu’il alla en
Egypte avec Chrifippe le Médecin, quily apprit tous les fe-
crecs de la Philofophie & de la Médecine des Prêtres Egyptiens,
êc des fameufes colomnes dont nous avons parlé cy-defitis ;
qu’il fit encore divers autres voyages , & qu’étant de retour
dans Ton païs , il y donna des loix qui luy attirèrent une gran¬
de vénération : mais que les Prêtres Egyptiens ayant connu à
certains Phenomenes qu’il fervoit un grand perfonnage , mar¬
quèrent encore que cela n’empécheroit pas qifil ne mourut à
50. ans. Q^ant aux temps d’Eudoxeôc de Chrifippe fon com¬
pagnon de voyage , fi on les veut concilier, il faut remarquer
qu’il y a faute dans Diogene Laërce: parce qu’au lieu de lire
qu’Eiidoxe viiit-au monde eu l’Olimpiade ixxiij. il faut lire
en l’Olimpiade edij. autrement comment auroit-il été Au- v. «emad ttem
diteur de Platon , qui ne naquit qu’en l’Olimpiade Ixxxviiij.
comme Pont remarqué plgfieurs critiques: car je ne m’arrête
pas icy aux autres Médecins de ce riom , quoi-qu’il foit bon f î*
de remarquer en pafiant qu’un autre Eudoxe Médecin dé
Gnide , eftceluy qui étant né en l’Olympiade Ixxiij. a été la
caufe de l’erreur. Au refte
Chrysippe natif de Gnide , étoit un Médecin Chrysjppus
extraordinaire dans fa méthode êc dans fa conduite , tant ji
prit à cœur de contredire Hipocrate & fes Sectateurs , croyant
en effet pouvoir renverfer tous leurs dogmes par fon babil & .
fa dialectique. Auffi Galien le traite-t-ii fort mal , quoy qu’E- **
tafiftrate femblc avoir été un de les Seâ:aceurs, Il eut un fils
de même nom & de même profeffîon que luy, mais malheu-
reux : car Ptoiomée E Roy d’Egypte dont il étoit Médecin ,
ayant été prévenu par la calomnîei le fit mourir après l’avoir
EJfals de Médecine. l
y. taertium é* fait faftigcr. Diogene Laërce en marque encore un difcîple '
yimtumi. 10. d’Erafiftrate, cité par Pline, que Gefner n’a pas oublié dans fa :
Bibliothèque.
P R A X ago- P R Ax AG O R E natif de Cos fils de Nicarque , efl; ce fa-
RAs Cous. meux diïciple d’Hipocrate , que Galien a fait de la race d’Ef.
culapc, 6c auquel il a donné de grandes louanges: car quoi¬
que Cælius Aurelianus ait critiqué fes écrits, peutrêtre parce
qu’ils luy paroifiToicnt obfcurs , neanmoins quelques autres . ' ■
*nmms&Athe- Mgclecins^îinciens 6c modernes ont tant fait de juftice à fou .
mérité, que même Lionardo di Capoa, qui ne pardonne pref-
que à aucun Médecin , ne peut s’empêcher de regreter la perte
de CCS Ouvrages.
Plistonicus P l I s t o n I ç u s fut un des braves difciples dePraxagore.
Il écrivit fibien de la matière Médicinale, que Celfe, Galien,
Pline 6c Athenée le citent avec honneur , 6c que le même Lio* ^
nardo di Capoa * a crû qtfil avoit eu quelque petite connoif.
fance de la Chimie, parce qu’il avoit écrit que la digeftion
fe fait par une maniéré de putréfaction.
Philotimus P h I l o t I m e de Cos eft un autre difciple de Praxagore
de lacitis Celfe, Galien * 6c quelques autres Médecins du moyen J
Mipcr.i^hTtone. âge, mettent au nombre des illuftres.' Aufli étoit-il fçavant |
y ^ , dans l’Anatomie , la Gymnaftique 6c la Prophiladique. Il : |
entr’autres maximes celle d’approcher les peftiferez .
rifmn.x. le pIus prés du feu qu’îl fc pouvoit.
P R O D I c U s P R O D 1 c U S de Sely mbre étoit un des difciples du grand
lïb Hipocrate. On le confond avec Herodicus , parce quij
15. enm nothi. fautc dànsde Tcxtc de Pline. Il joignit la Gymnaftique a ;
cZen^\%^d- hledecine j mais il tira un vilain tribut des Officiers des
exercices , 6c traita les malades fi peu metbodiquement , que
& comment, mfex- Galicn l’cftime molns qu’un fimple empirique , quoi-qu’il en ^ '
U Eptdem feU. cite un traité ïnûmlé de^ homim natum.
"Æ s CH r N £ s -Æ. s c H I N E S dit Soemtiem , natif d’ Athènes , ayant mange ;
Aifhenienfis. tout foH bien fe tîfa de la neceffité par l’exercice de la Me-
siin lib is Athe^ decinc : car pour cét Æfehines qûi vivoit dans le quatriénxë
ca-p. z. fîecie de l’Ere Chrétienne , homme d’induftrie comme celui- , ^
là, nous en parlerons en fonlieu.
A R I s T o A R I s T o N eft un fort ancien Médecin , 8c dont Celfé^
-Ceifusi s. Gnlen. Galien font tant d’eftime, qu’on l’a cru Auteur du Livre de ^
%7dZmf' fduh'd, de même que Philiftion, quoi-que ce Livre fe trou-
ve dans les œuvres d’Hipocrate.
Première Partie. Chap. IV. <^7
Dioüote de lalïb eft cité par Diofcoride fous le nom Diodotus
de Pecronius. C’eft apparemment le Petronius Diodotus de
Pline, qui ne fait qu’un homme de ces deux noms , dont Diof¬
coride en fait deux & qu’il met au nombre des fçavans Her-
boriftes, avec un Bathus Tylæus,ua Niceratus êcun Niger.
Pamphile eft le nom de plufieurs Médecins. Le plus Pamphilusl
ancien qui eft fils de Neoclide eft cité par Platon &: par Ci¬
céron, au Livre de natura>Deorum. Galien fait mention des trois ub. é. de Médît.
autres Médecins de ce nom, dont l’un avoit écrit des Livres f^c»itatibus
de Plantes j mais avec fi peu de foin d’étude , que le tout
n’étoic que fables , fiiperftitions & contes de vieilles Egyptien- ....
1 ^ ^ tbtdem eap. ç,
nés j deforte qu il n eftimoit pas plus ces ouvrages que ceux ^
d’Andréas homme aufii peu exad, ayant l’un 6c l’autre don- Epipha». adverf.
né des figures de Plantes qu’ils n’avoient jamais veuës. L’aù- nAref. in pmfar.
tre eft ce Pamphile qui gaigna tant d’argent à Rome dans la
cure de la maladie appelée mentagra. Le troifiéme eft un %mmt°fecuU^iê^
Pamphilus Pharmacopola auteur d’un certain Fébrifuge , auf- ces iib. \.
quels on ajoute un auteur d*iin Livre de la vétérinaire ciré
par l’Empereur Conftantiti le Barbu, qui fut le patron de cét * ^ ^
Ouvrage.
M N E s I T H l'e d’Athencs eft un autre ancien Médecin Mnesitheus
dont Galien femble avoir entrepris l’Eloge dans le premier Athenienfts.
Livre des fièvres , adreffé à Glaucon , comme d’un fçavant
Anacomifte , d’un homme de bonnes mœurs 6c d’un ennemi
juré de l’ivrognerie. Il n’eft pas moins eftimé de Pline , de
Plutarque , d’Athenée 6c de Rufus Ephefius. Il a écrit des
alimens 6c des effets dangereux des couronnes de fleurs.
A P O L.L ô N I D E s eft le nom d’un Médecin de Xerxes Apollon i-;
Roy de Perfe , dont Ctiefas nous donne une Hiftoire que je d E s.
rapporteray au Chapitre XL de la fécondé partie de cét Ou¬
vrage : car il y en a un autre de Cyprc cité par Galien dans
fa méthode.
P H A O N eft un de ces anciens Médecins aufqnels on attri- P h a o n.
buë le livre de di&tH falubri d’HipOCrate. GnUn. Ubr. de alimenter,
fecultatih. ^ Comment, inlib. de vict.ratiene in acutis.
Menestor écrivit félon Theophrafte des livres de quef- Menestor;
tions naturelles, grand Anatomifte Simplifte 6c Seétateur d’He-
rophile. Heroph
Herophile de Chalcedoine Difciple de Praxagore ms
eft un des plus fameux Médecins de l’antiquité. Q^lques chaicedonius.
<ï8 EJjfais de Mededne, S
Auteurs l’ont mis dans la Olympiade, en quoy iis fQi
trompent , le faifant Médecin du Tiran Phalaris , qui n en eûtl
point d’autre que ce Policlete que nous avons marqué cy-de- î
vaut. Qi^i-qu’il fe foit éloigné des fentimens d’Hipocrate
force de rafîner,par des fubtilitez qui’ le rendirent obfctir J
Galien ne laide pas de l’eftimer. Il difoit entr’autres cho-'^
fes de P Ellébore , qu’il faifoit comme un brave Capitaine qui '
fort le premier de fes retranchemcns , après avoir excité fes ^
Soldats à bien faire, ce qui n’eft pas toujours vray. li ne nous '
relie dit-on de tant d’ouvrages qu’il compofa qu’un Livre du ^
poulx , traduit par le célébré Joann, Manardus , fi l’on eu'
croit Remaclus Fuchfius^ "W^olfang. Julius le fait Empirique,’
mais'il s’eft trompé en cela comme en plufieurs autres faits^;
' C’^eft cét Herophile qui appeloit lès Medicamens les mMm [ai
ti'jff Ifitaires des Dieux y quand ils font fidellement & fagement aïb"
miniftrez , & tout au contraire des poifons quand il font don-®
' ' nez mal à propos. Pline s’ell imaginé qu’il avoit trouvé une"
naaniere de Mulîque dans le battement du poux , mais dilFe-’*
rente félon les âges.. Ce qu’il y a d’alEiré ell qu’il a été
non feulement le réparateur de la Gymnallique , mais enco¬
re un grand Anatomille , & un grand Herborifte. Auffi:
Pline luy fait-il dire qu’on foule des pieds pluüeurs Plan-"^
tes donc on ignore les grandes vertus j ce qui ell bien plus
Julie que de dire comme Fallope a fait couchant l’Anato-'^
mie , que e’èll: contredire à l’Evangile que de contredire à
Herophile.. Il entre- vit à la vérité les veines ladées j mais
eonnoilTance de leur ufageécoit rcfervéeâ nôtre liecle. Ilell
. : ‘ vray que jamais Médecin n’a tant dilTequé de corps qu’He^^
^erophifcs Hîc rophile , en quoy il auroit été tres-digne de loüange, s’il n’a-^
S'qS fexMnros des hommes vivans. C’ell ce qui a obligé Çelfe
ex fecait ut natu- 7^ deckmer contre luy , Sc contre ceux qui l’ont imité, & c® J
^urhoinincm^odHt ^ ^ Tcrtullien qu’il avoit paru dénaturé à force
de vouloir Gonnoître la nature dans le corps humain.. Mais on
i. âe Anima. fe klTa méme de fa méthode , parce , dit Pline , qu*il faloit être
fçavant dans les lettres pour comprendre quelque chofe adés^
écrits & a fes dogmes , tant on a aimé de tout temps le ftile ca¬
valier & dégagé du raifomiement.
S T b: A J O S T R A B O N d’ Apollonie , dit Herophileus , parce qo’^l
^^oUonius. ctoit fedateur d’Herophilc, écrivit un Livre de la vertu des]
onguens. '1
Première Partie. Chap. I V.
P E R I A K D -R £ eft cc Médecin qn Archiamus pere Pjekiakd-er
d’Agefilaus Roy de Sparte , railla .de ce qu’étant affez bon — - -
Médecin , il s’étoit avifé de fe faire méchant Poëte s mais
|enc fuis pas affeuré fi c’efl celur-là même que Pline cite. : /
Tint Af ch. in A^efhtegm. ét‘ J* Htfior.nAturAl.
. Eu D A M U S dont il cft parlé dans^ Ariftophane , étoit plu_^ E u d a m u s
t A: un Jongleur qu un vray Médecin. Les Anneaux qu’il Arifie^h. in Huto.
vendoit contre les efprits & contre les Serpens , n’étans que
tromperie & fuperftition. # ,
S P I T a L £ df’ Athènes etoit fameux: dans fon païs au temps S p i t a l u s
d’ Ariftophane , & l’elhjÉjfcore dans les Comédies de ce Poëte : Athenienfis.
car c’eftàiuy qu’il re^Ric certain mâlade,quoLqu’illé taxe
en pafîant d’avarice, Comme nous le verrons autre-part. Sui* i^^Jear^anSfib.
das marque qu’il a compofé un Livre des conjectures de la
Mcdecine&un des Medicamens.
Menecrates de Siraeufe , étoit à la vérité Médecin Mène cra-
Dogmatique , mais il n’en étoit pas plus fage. Car il n’entre- tes Sïyiicü*
prenoit aucun malade , qui ne luy eut promis de le fuivre com- fanm.
me fon Efclave. Et c’eft ainfi que fe croyant un Sauveur &
un Libérateur du genre humain , il marehoit en habit de Ju¬
piter, fe faifant appeler de ce nom , & que pour mieux orner
fon triomphe, il donnoit les noms des autres iDivînitezàceux
de|£^fuitc. C’eft ainfi que Nicagoras Zelkes , Nicoftratus ,
AiHFeon ne le fuivoient qu’en habit d’Hercule , de Mercure
êv d’Apollon. Il fut même affez fou pour écrire au Roy Age-
ftlaus, ou félon quelques Auteurs, à Philippes Roy de Macedoi-
ne en qualité de Jupiter j mais ce Prince luy marqua adroite- ‘
ment fa folie par cette fiifcription de la réponfe qu’il luy ht ^
Agtfilaus Menecmti falutem. On ajoute qu’il luy çonfeilla de
Elire un voyage à Antycire , &: que l’ayant un jour invité à dt- .
ner , on ne luy fervit qu’un ençenfoir fumant , péndant que
ceux qui luy tenoient compagnie à table faifoient bonne che-
re, & que ion eftomach ne fe repaift®«'pas dé la vapeur de
l’encenfoir, il fut obligé de forcir de table confus, ê:perfuadê
qu’il n’etoit pas Jupiter. Au refte il cft affez difficile de fça- e.de ccmfofic.îdc-
voir fi c’eft ce Menecrate ou quelque autre que Oalien acU
té, pour ne point parler d’un Menecrates Zeophletenfis aile- loces.
gue par Cælius Âurelianus , ny d’unJvÇenecraies marqué dans -
des inferiptions Greques de Gruterus, comme Médecin des 5g i,
Ceiars.
ï iij
ClVITOBULllS
Plutarch. lib. p.
^ Curtiuslibr. 7.
cap. 37.
N ï C O M A-
c H U S sta-
girit.
V. Çefnerujn in
BiUiothee.
Acumenios-
* in mirabilib. p,
786 in tierbo àyÿ-
A R I s TOT E-
j^Es Stagirlt.
Olmfiâd. CV.
V. PUtarch.^ in
\4lex. ^ Laen.
in Ariflgtel,
Ph 1 L,ï P Pli S
Çoas.
P^IL IPP U S
Acarnan.
70 Ejjm de Médecine^ ; .tÎ
CritobliL'E cfl: célébré pour avoir tiré fans douleur |
une flèche de l’œil de Philippes Roy de Macedoine , perc s
d’Alexandre le Grand pour luy avoir remis fi adroitement j
lin œil fuppofé qu’on ne le pouvoit diftinguer de l’autre 5 ce
qui ne s’accorde giieres avec ce qu’on adic des Peintres defon :
temps, qui n’ofoient le peindre de face , de peur de le faire pa- i
roître borgne. '
NicoM AQmE pere d’Ariflote 5c Médecin d’Amintas
pere de Philippes Roy de Macedoine , droit fon origine de ■
Machaon , 5c fut ayeul d’un autre Nicomaque fils d’Ariflote, '
qui a écrit un Commentaire fur Idfcivres de Phyfique^ de ^ J
fon pere, fuivant le témoignage de ^Beron , ôc celuy de Sui- ' J
das. 11 écrivit encore fix Livres de la Medecine 6c des cho- - ’
fes naturelles , ôcc’cft du temps de nôtre Nicomaque que vi-
voient un Bion , Evagerus 5c Philifteus, Médecins de repu*
tâdon.
Acu-Menius pâfle pour Médecin dans un des Scholiaftes
de Xenophon ^ * mais comme le remarque un autre Scho- . ,
liafle , Acumenius paroît bien etre le nom d’un médicament. ^ •
Aristote de Stagire fleurifiToit, félon la plus commune
opinion, l’an de Rome 450. Ç’étoit, comme tout le monde fçait, ^
le Prince des Philofophes , mais outre la fameufe Sede des ''
Peripatcdciens dont il efl: A.uteur,ila encore orné la M^e-
cine de plufieurs écrits , ôci’a honnorée de fon eftime SPSe fa
confiance dans les befoins. Après cela que tant’de petits genies
fe faflent honneur de la décrier, ôc de s’oppofer ainfi au fend-
ment de ce genie de la nature. ■■
Philippes de Cos, efl: ce difciple d’Herophile dont Pline ^
êc Galien font mention , quoique celui-cy le blâme de n’avoir
ofé baigner un Hedique. Il y a un Charlatan de ce nom dans . ^
Galien , lequel promettoit l’immortalité à ceux qui fe vou- . f
loient confier en luy. G’efl: peut-être ce Philippes de Cos qui
répondit au Roy Antigonus touchant un Hydropique , qu’un j
Charlatan promettoit de guérir , que quanta luy il ne croyoit
pas cette maladie incurable de fa nature , mais feulement du -
côté du malade, qui péchoit dans le régime de vie neceflairc
à cette cure ,• en effet ie'malade mourut par fa faute quoi-que '
le Roy le fit garder , trompa ainfi le Roy ôde Charlatan.
Philippes natif d’Acarnanie Province de l’Epire , eft
bi^n plus iUuftre que tous les autres Médecins de ce nom , &
Vremkre Partie. Chap. IV. 71
que tous ceux de fon temps par le fuccés de la maladie du
Grand Alexandre , au détail de laquelle je renvoyé les enne¬
mis de la M&decine, tant il eft capable de les confondre, me
contentant de dire que c’efl là qu oia voit la confiance, a un
grand K.oy aux remedes ôc à celuy qui les luy prefente j mal- v. ^ cv-rtium in
gré l’envie & la calomnie, &011 THiftorien fait l’honneur à la -AUx^dr,.
Medecine de dire en faveur de Philippes , que toute la Cour
& toute l’armée d’Alexandre, ne fçavoient après fa convalef-
cence , qui elles dévoient regarder avec plus d’admiration , ou
du Prince ou du Médecin , qui leur paroiifoic un Dieui Quant
à ce Philippes dont Juvenal a parlé en ces termes.
Medentur duhii Medieh ma]oribtis agri
Tti njentim vel difeifulo committe Philippi.
Jecroy qu’il pourroit bien être quelque Médecin du temps
de ce Poëte.
C R I T O D E M E fut un des Médecins dès camps 8c armées C iC i T ô d e-
du Grand Alexandre, 8c celuy qui penfa lés playes qu’il re. mus.
eût en la journée de Malles.
Androcydes eft l’Auteur de la lettre au même Ale- A n d r o-
xandre, où il prend la liberté d’avertir ce Prince, fu jet au vin, c y n e s.
qu’il eft le poifon de l’homme , 8c une maniéré de ciguë par Tes
effets quand on en abufe.
Pausanias le jeune eft un Médecin du temps d’Ale- Pausanias..
xandre le Grand , 8c dont Plutarque parle dans fa vie.
Théophraste d’Erefe dans l’Ifle de Lesbos , ctoit Theophras-
fîlsd’un foulon nommé Melanthus, 8c neveu félon, quelques E-refim.-
Auteurs, d’Ariftote. Galien n’a pas fait de difficulté de le met- .
tre au nombre des- Médecins , tant il a écrit de la matière Mé¬
dicinale , exactement êc poliment ÿ à quoy on ajoute des Com¬
mentaires fur quelques Livres d’Hipocrate.- Il avoir été Au¬
diteur de Leucippe , puis de Platon , quand il fe fit difciple
d’Ariftore qui changea fon nom de Tyrtâme en celuy d’hu-
phrafte pour marquer la beauté de fon éloqution, 8c enfuitc
en celuy de Tbeophrafte,qui marquoitla fublimité de fon gé¬
nie tout divin. C’eft à luy que nous avons obligation des Ou¬
vrages d’Ariftote, qui les luy légua en mourant, parce qu’iP
les conferva comme de précieux tréfors. Il tint Ecole de"
Philofophie après ce grand Perfonnage, 8c eut plus de deux
mille Ecoliers j 8: fi une longue vie eft neceftaire pour rendre
un homme heureux , on peut dire qu’il l’a été , puUqu’il a vécu
7r EJf4s de Médecine^
-plus de cent ans. Mais ce qti il y a de remarquable, il ne laifla
cicere Uh. J. de CiceroH , d accufer la nature en mourant de ce quelle
fimbHs. avoit accordé une fi longue vie aux corbeaux & aux corneilles
fans qu’il en fûcfcefoin , & quelle en avoit donné û peu aux
hommes qui en peuvent faire unfi bon ufage.
Agatocles Agatocles fils de Lyfimaque, eft encore un Médecin
Lucim i» du grand Alexandre célébré dans Paufanias &:dàns Strabon,
c.pmpofit. & fore different de ceux de ce nom , dont Pline, Galien ôc Lu-
Medic. fecundum cicn font mcntioiî.
T H A s I A s de Mantinée eft ce fameux Herborifte dont
T R A s I A s parlent Theophrafte * & Pline, lequel fe vantoit d’avoir trou-
vé le moyen de mourir fans douleur , 6c qui mangeoit l’Elle-
* bore fans aucune incommodité. Scribonius Largus parle d’un
Chirurgien de fon temps , qui s’éioit ainfi familiariféavcc ceite
Plante.
ÂLExi A s de Mantinée étok difciple de Trafias , 6c fe
vantoit comme fon maître de pouvoir mourir fort commode-^
ment, fecret qui ne confîftoit apparemment qu’en certaine
préparation de la Ciguë. Quoi-qu’il en foit , Theophrafte l’a
rendu célébré àcaufe de la vivacité de fon efprit. : '
E u DEME l’ancien étok un Médecin du temps d*Eraiî*
ftrate. 11 eft célébré dans Theophrafte * 6c dans Galien . parce
Mamin^enjls,
* Uh. 9-
de Flmt.is.
A L E. XI A S
Mantinenfis.
l. 9.
Eu D E MU s
*■ Wfi. Tîantar. l,
18. Gfie». com- ^ cxcellé dans TAnatomle , 6c qu’il a été le premier qui
nfnZublô. ' ait bien écrit de Porigine des nerfs. Il n’étoit pas moins habile
dans la fçience des Plantes. Quant à cet Eudeme contempo¬
rain de Galien , & quant au Galand de la Princefte Livie, nous
ÊRASïSTRA- en parlerons cy-aprés;. -
i:\x2%lmcenfis B u A s i s î R A x e de Jules ou Julias ^ étoit un des plus
* Vrhs ceAinfifi. faméux Sedatcurs de Praxagore , ôc de Theophrafte. H étoit
tneris Mgèi. petit fils d’ Ariftotc par fa mere , auffi fut- il fi grand Philofo.^
* ^ ^ Médecin , que Galien ^ ne fait pas de difficulté de le
R. t:. 4 O. comparer à Hipocrate J quoi- qu’il n’ait pas toujours été d’ac^
^ lihr de: eptim. cord âvec luy. Il fut encore le réparateur de la Gymnaftique
^ l’Anatomie , 6c fut aflez heureux pour entrevoir les vei»
y.T'ertlii. nés ladécs 5 car il n’en connut pas l’ufage. Il fut auffi hardi à
Uh. de anima, c. is. contredire Chrifippe , que celui-cy l’avoit été à contredire Hi-
oumpiad. c.xxiv. poctate. Appian Alexandrin en a tant fait de cas, qu’il l’a a^-
~ pelé le plus éclairé des Médecins, mais il ne pût éviter le bla-
Max. mc-d’avoir rciidu la Médecine venale. Au refte ce qui luy fit
Fdjb.%piln.'*”'' le plus d’honneur ..futla maladie d’Anthiocus J. Roy de Syrie»
fils
Première Partie. Chap. IV 7Î
fîis de ScleucLîS Nicanor , qui briiloit d’amour pour Stra-
tonice fa beile-mere : car ce jeune Prince mouroit tabide, fi
la connoiflance qu Erafiftrate avoir du poux, & quelques au¬
tres lignes ne l’en eufienc afluré , 6c s’il n’eût adroitement
trouvé le moyen de faire ceder l’amour conjugal à l’amour
paternel.
E fe non foffe la difcreta ait a
Del Fifm gentil ^.che ben s' acGorfe ,
L'Eta fua s'ul fiorire era finita
C’eft ainfi qu’il connut un mal naturel dont lacurcdépen-
doîtd’un mal moral. Mais qu’on liiy auroit été obligé s’il
avoit trouvé un remede de précaution à ce mal fêc s’il avoit
pu empêcher que cét agencement ôc arrangement de parties
qu’on appelé beauté, n’ôtât enfantant aux yeux les lumières,
de la raiîbn , & ne transformât , comme il fait fouvent , des Ale-
xandres , 6c des Ariftotes en valets de Trèfle j car il n’eft que
trop vrayque le mal efl; fouvent audeflus des remedes.
Mania Graipigenis fçit 'uellere tela Machaon
Non qua lafcivat fbicula figit amor. '
Mais il ne faut pas oublier icy que Guevarreêc quelques au¬
tres Auteurs trompez par le Thqombrpte de Pline , dont il fe¬
ra parlé cy-aprés, ont tellement gâté cette Hiftoire amoureufe
d’Antiocus , qu’ils ont crû que le mal de ce Prince étoit une
maladie de poitrine , jointe aune pafiîon érotique : carfile mal
luy tenoit au ccçur , il n’étoit pas pour cela pulnîbnique , com¬
me ils fe le font imaginé. Auflî étoit-çebien aflez de l’une des
deux maladies pour le plus robufte.
JntcY mille ne ces , é* àmusfa^a Ltrannus
Trijlia , mi furda qua farat aure dolor
jdaliofne etiam regnare cupidinis areus
Cur nardus malcet brachia myrrha caput?
Aufm es hune clamorem inter , huneque inter odorem
Motibm affuete-tè nequitiose choris t
Hue Hilareis tenera matris pratendere jîammas
Mortuaque extin^i perdere corda 'viri ?
Afiutum : crefeat ^ potuit fi crefeere mors hac
Aut fi non \ faltem fit fatis una mihi.
C L E O P H A N T E étoit Contemporain d’Erâfiftratc 6c ap¬
paremment fon difciple.j mais fa méthode étoit dangereufe i
puifqu’il donnoit du vin dans les fièvres 6c dans des maladies
K
Tulviü Tefii neïïe
fo'éfie liricle.
Ægid. JHenag: t»
Elegiis.
j.C^ptr. Saltger. m
Th^umant.
Cleophan-
T U s.
V.Celfuml. 3. r.14.
^flin. L 16. f. 315
tib. de nobilit.
N I C I A
S’olens.
HyCesias.
Hycefias artis ^
74 Effais de Mededne,
Gaufecs d’intemperie chaude. Pline, qui ne déraprouve pas
om.froMuuna. pQ^j. ^elà cetce mecliode le loue de la Gonnoiffance qu’il avoic
. des fîmples. Qqanc à ce Cleophante donc parle Cicéron , il
Medk. viendra cy-apres en fon lieu : car au refte il eft afe difficile
de dire fl Cleophancus-, Cleophanc^ 6v Cleophancas font la mê¬
me chofe.
Ni CI A s de Soles compagnon d’étude d’Erafiftrate , écoit
félon le Scholiaftc de Theocrite Poëce & Médecin. 11 adrefla
à ce Theocrice quelques vers furie Cyclope : car quant à ce
Nicius prétendu Médecin de Pirxhus par quelques Auteurs,
e’eft autre chofe. '
_ ^ ^ Hy c É s I A s difciple d’Erafiftrate, eft marqué dans Pline
natur& fr&varïca- ficdans Athenée, * & même dans Tertullus, mais dans celui-
ci comme un homme qui avoit une opinion fort extravagante,
i. ^.deipaofoph. é*, touch^aut la nature ôç Finfufion de Pâme raifonnablc.
S T R A TON due Symphorian. Champerius appelle Strahon,
s X R A T ô. ^ ^ Médecin , mais Précepteur & ami du Roy d Egypte
Galen. contr.Er’a. Ptolomée Phibdelphe. Ce qui a trompé les Auteurs qui Pont:
ffirateos. fait Medecîn de ce Prince-5 c’eft que Piqgene Laërce a mar¬
qué quelques Ouvrages de Medecine parmi ceux qu’on luy
attribué. Comme il s’éft donc trouvé plufteurs illuftres de ce
nom , ri n’y a eu à proprement parler qu’un difciple d^Eraftftra-
te mentionné par Galien qui ait été Médecin , & c’eft le troi-
ftéme dé ces illuïtres , auquel on ajoute lé feptiéme marqué
par Ariftote j^omme Médecin. Car quant à ceux dont par¬
lent Macrobe, Trallien, Æce , je erby que ce n’eft antre cho¬
fe que celuy de Galien maié il ne faut pas oublier que c’eft à
peu prés en ce temps que Picole d’^Alexandrie , fondée par
Ptolomée Philâdetphe, commença à fleurir en Egypte.
_ . P M e T R O D O R £ eft un nom de Médecins , qu’il eft aftet
METRO- difficile de demêler , éar on en fait un natif dé Chio difci¬
ple de Democrite, êc maitré du grand Hipocrate 5 un autre
d’ Athènes difciple é’ËpîGurc & de Cbrifippe , maître d’Era^
fiftrate & gendre d’Ariftotc , Galien en fait un autre inter*
• prete d’Hip>r rate. Auteur d’un Livre des Plantes , & difciple
Un. i» Ifag. fÿ- tn X _ _ ■ _ ,
Epîdem. Eaertium in Epimr. fextitm Emyiric. contre 'Mathematic:
Àristoge- a R xs T O OE N £ cft le noiu de deux Médecins, dont-Sui-
Nis Thafms. das’faic Pun de Thafo, ^- lequel a écrit 24. Livres qu’il dc-
•^i»M^m&xkAgei dia à Antigonus Roy de Maeedoine , l’autre de Gnide valet
c. 3S00.
D O RU S,
-■ Olirr/pixd,. lo^..
R. - C. ^SO.
PrmterB Pwpi?- Ctâp. I V. 7Î
ac Chrrfîppe le Phibfoplie , en qnoy il Veft trompé ; carc'elt
Chrifippe le Médecin <in’il fei vit. Cependant Pline û’en a
qu’un natif de Thaforcn guoy il ed foivi fxr Gerner-ÔC par
Voffius. Eo effet ces deux pourroieat -bien être le même fi on
les examine bien. • ^
Simon eft le nom de deux Médecins , Pus d’Atbencs
PhilofopheSc Médecin , qui écrivit un Eivrede la fanté , l’au¬
tre eftimé de Seleucus Nicanor Roy de Syrie , neanmoins ce-
iui-cv n étoit qu’un Médecin de efievaux.
N i c A N D fi. E de Claros ou de Colophon , félon quelques-
uns, ctoit bon Poëte,bon GrammàirienH&bon Médecin, e’^
Âuflî tous les fçavans en font une fort bonorable mention,
quoi-qu’il ne nous reffe rien de iuy que ne qu on appelé
Therlaca & Alexi^hammit i m^is apparemment il efi different de
ceiuy cy.
MU. FONTEI'XTS
N 1 C A N D E R -ME.D I C U S.
Sot ION cité par Galien * pourroit bien être ce Méde¬
cin qui a écrit du ten^s des Etolomées Rois d’Egypte divers
traitez fur diverfes matières , ^ ceiuy qui ^eft ailegué par
Conftantin Pogonate , -comme habile dans la Médecine êc
l’Agriculture.
E u P O L I c Sicilien eff marqué par W^olfang Juftus ,
comme un Médecin qui fit duEruit en fon temps. Il y a aitflî
un Empolidès dans Galien , Æt fecundus Auto! icus , mais il
ii’eft pasfîancien. €(mnrent. in'l^. âe viU. rat.macutis.
Apolxodo-re -cïl un nom îi fréquent dans -la Mede-
tinc , qu on auroit peine i marquer tous les Médecins de ce
nom. Il y enaun de Tarente , l’autre de Ghilo * ou Citicitm,
que Galien fait auteur d’un Antidote contre la Vipere. Céft
•apparemment celui-là qui félon Strabon dédia quelques -Ou¬
vrages à Ptolomée I. Rxjy d’Egypte , & celui- là même que Pline
cite touchant les vins d’outremer j & peut-être celuy-là que \t
Scholialle de Nîcandre allégué. Pline en Fait deux, le pere
êcie fils , qu’il appelé tantôt Apollodorus , êctantêt Apollonius :
car quant à tant d’autres Apollonius & Apollodorus , il faut
confulter le traité qu’en a rak expreffénrent Scipid Tatius
Napolkain.
K ij
R. C. 412.
Olympad exxv^
V- TiraquetL i»
nontenclxt. MedU^
e. ^ï.l.de nebilit^
Sim q n
Athéniens.
V. Laenium ia^.
Nicander
Colofhonius.
■Blimfiad. ^xx,
R. C. jero.
Spen. Mifcellan.
Erudit. Antiquit.
S^ O T I O N
* lib. deTAediem
expertis.
En P O Li c >
Siclus
R. C. 530^
A^pJp O Lî.eiw
D O R41 s .
* ■■ in-Cj/proinfieid:
V. Gaben, G'efheri
ép Andr.
q^uell.
s E R A P lO
Alexandrin.
Ubris dmhus eontVA
feetas.
Tlatavch. de Orac.
delphic.
Valer. Maxim, lih.
cap.i^.
B AC C HIUS
JJLileJms:
V. J^exicm. Ere-
tian. C&l. Aurel.
Hefner. in Bi -
hliothec.
* Gal&n.pajfîm.
T H E O M -
B JRrO T.
Blin, l.^.t f7.
1. 19. c. i.eximer-
fretatione^ féan.
Jiarduin. iS'eciet.
/«>. ,
* Ceairffula éti'^tts
eafut Iulias.
Lde aehilitat.c.^i
* Idem I-ean. ELat-
duin S.. I.
S T R AT I U S
Th. Jjvîus l. 4i.
cap. 19.
Bolih. pag. 7-41.
R- c.
76 ElJàfs de Medecine,
Ceft icy que la Sede des Empiriques, laquelle avoir com¬
mencé dés le temps d’Acron d’Agrigente, va pourainfi dire
fe déchaîner contre celle des Dogmatiques. Car
S E R A P I O N d’Alexandrie difoit hardiment que le rai-
fonnement ne fervoit de rien, &; qu’il n’étoit befoin que d’ex-
perience pour faire la Médecine. C’eft pour cela que Ga¬
lien le traite fimal. Auffiàdire le vray , n’étoit-il qu’un fin>-
ple Herborifte, qui ne fit du bruit que par fon eCprit particu¬
lier, c’eft ce qui méfait croire que c’eft de ce Serapion qu’a
parlé Cicéron , quand il a marqué qu’il n’y avoit rien de fi
obfcur que fes Ouvrages 5 mais outre ce Médecin là , il faut
remarquer qu’il y en a encore un natif d’Athenes , Poëte ôc
Médecin , &que le peuple qui fe plaift à railler jufques aux
perfonnes qu’il eft le plus obligé de refpeder , donna à Ro¬
me le furnom de Serapioii au grand Pompée , parce qu’il crût
voir dans fon vifage des traits fémblables à ceux de certain
Serapion , un de ces Miniftres des Sacrifices qu’on appeloit
Pûpee -
B A C c-H i n s de Millet eft mis par Galien * au nombre
des anciens Médecins, quoi-qu’Empirique» 11 fit- un Commen¬
taire fur les Aphorifmes d’Hipocrate & fur le fixiéme Livre
des Epidémies, & inventa un remede dont l’Empereur Ânto-
rJn fe fervit en fon temps, mais il ne laifta pas de s’attirer la'
critique d’Heraclide de Tarente.
Théo ktb r o t e ou Cleombrote qui reçût félon Pline
cent Talens de Ptolomée en l’aftemblée des jeux de Cybele,
dits Migalefiens , n’eft autre chofe que cét Erafiftrate dont nous
avons parlé cy-devant , ôc la caufe de ce grand prefent autre
chofe que la cure d’Antiochus fils de Seleucus , & non pas de
Ptolomée. Car outre que ce Theombrote eft appelé Cæus ,
eft le nom de gloire & d’honneur d’Erafiftrate, qui
d’autre part étoit neveu de Cleombrote frere de Critoxene
fa mere , Si de Médius Médecin 5 furquoy on peut voir le
Dode André Tiraqueau , ôc plus particulièrement le Dode
Commentateur * de Pline , qui nous applanit ce fait.
S T R A T I U s eft ce dïrciple d’Erafiftrate Médecin d’Eu-
mene's Roy de Pergame , qui fut envoyé Ambaffadeur à Ro¬
me par ce Prince pour obtenir la protedion dti' Sénat, contrç
les entreprifes d’Àttale fon frere,
Ægimius eft marqué dans Galien parmi les anciens
Première Partie, Chap. ÎV. 77
Médecins. Athenée * le fait inventeur de certaines pâtifle-
rics , mais ce qu’il y a de plus condderable cft qu’il fut un
des premiers qu écrivirent de la nature du poulx félon le
même Galien. *
C RATi PP £ eft allégué par .Heraclide de Tarente, &
Galien le cite à propos du mot qu’il donna pour titre
à un Livre qu’il compofa des Medicamens.
He R A X Cappadocien difciple d’Heraclide , eft cité par
Galien , Paul Eginete. 6c Æce. Ses Ouvrages font intitulez
I^arthecia comme celuy de Cratitte ,• car quoi-que IsTanhe-^
cium , lignifie la bocte où les Medicamens font enfermez ,
il lignifie encore plus precifément les Livres qui traitent
des remedes.
H E R A'c L I D E cfl fans doute dans la Médecine un de ces
noms dont on peut dire mnquam obfcura ftomma : car outre
que c’eft le nom du Pere d’Hipocrate , c’eft encore celuy d’un
Médecin 6c Philofophe de Pont, qui a écrit un Livre des cau-
fes des maladies cité par Galien > celui-cy en cite encore deux
autres avec grande eftime , l’un d’Erithrée & l’autre de Ta-
rente , plus ancien de prés de deux lîecles que celuy d’E-
rithrée. Celui-là écrivit , quoi-que Empirique de fede, quel¬
que chofe fur Hipocrate, iur les Plantes & fur la Cofmetique.
On le fait difciple; d’un Apollonius Mus & contemporain de
Strabon, ce qui n’elt pas impoflîble, parce que ce fameux
Géographe a vécu long -temps.Voyez au relie Diogene Laërce
fur Heraclide.
S Y N A L U s Médecin d’Hannibal efl: trop remarquable
pour le pafler icy fous lilencc. Voyons donc comment en parle
Silius Italiens.
Jttedicm hie octm arUi
St fenioris opem Synali vocatiUngere ‘vülnus "
Herb^ntm hie fuccis i ferrumy^ue è corpore emtit
Bxigere , fomnum toto mtjîjfe Chelydm
Anteihat cunBos 5 mmenque tmt unàt per urhes
Berqué ParethonU celehratum Umra Syrtïs.
Jpfe olim antiquo primum Garamanticus Hkmorr
Scire pater dederat Synaivymorfufque ferarum
relommque graves ictus, fedare medenda, , '
Atque is deinde fuo moriens calejlia dona '
Aaonfiraratnato ^natufqueharedis hmori
Kiii
* tihi^.cgf iç.
Æ G I M I U S
* lib 4. de diffe^
rent. p dfuum.
Cratippe.
* fer nia.
H E R A X
H E R A C L r-
D E s Tannti-*
nus.
Diegen. Laerf,
R. C. 550.
S YN ALU S.
1,1. helli X. puniei,
Sitias Imite- helU
punie. Il,, lih. 5,-
7 s Effah de Mtieme»
fMnas HrUs : dem^e fe^uutui
Ifaud levior famk Syniths Cammantica fhkts
MonftrMfùmgei)Mfluiio,4niiltafuev>e4upum
Hiimmonis cornitemymmer abat imagine P atnm
Tum fatria fcrens levi Medita,minc âextrh
Qcym intertos de more afiriS^u’s amiSim
Mulcebat lymph 'a purgatùm pmguit^ vulnus.
Il en eft de même de *
M A R II s* Mar U s égàlemetit grand Medecinêt grand Capitaine. ■
Tiam 'memby^a cubili
npn tatd^ Mmüs ^ 'vietus iU^é pttreftùs^ ;
Mi^s s hmû fuM tfa3mHt fydïtt fl^ ■ :
jyroctdit remvata focis ^ paupere vejîa
LummafritteTtdtns’i'Htfmpyaagno^îti^JtgŸuhi^-
Vvlmr'éu5dmiSifÈlîiimmtà0ltvifu)
Làpfmtem fitîtàm tymcMa. cujf iéè gy'eÿks
^împi rtifnfQH
Inde agra teponît
Mènera toYP -i ttec ferre rudis Meâicamina{:^mpfé
Caliebat hllis ) nmc purgat p0nera lympha
y^um mulcet fiiciis ^ ligM inde ae vellera molli
Çircunà.ftt ta>^Ui é^ torp entes mitigat mm.
■ _ Netdum exorta dies-i y^arm inf àt ^aheris 'àjl^
- Expénis mediçare moiïs i gratimque tiporef^
Exutus fenium , trépida pietate minijlrat.
A X T A l. Il s. X T A L E fils d’Eiimenes eft leüé par Galieâ pour avoir ,
^ Gompofé deitcêllens Antidetès pour ne point parler du4
R c 6 * Médecin àç ço. nom, qui viendra en fon lieu.
A P O L L O r H A N E é de ^eieucic fut Médecin d’Anthio-
A P O L L O- grand Roy de Syrie y 5z; un de fes Confeillcrs d’Etâf
P H A N E s avoir découvert la confpiration dHermias. Celfe cite
5,eieuâens. iiu Apollophaucs , & âptés luy Flioé & Galien. Paul Eginetc ,
^oUhM.3. uipo- Xrallien&Gæl. Aurelian, le font Seélatéur d*Erafiftràte, Ter-
rt.it m. tullien & Suidas en marquent éncore un 5 mais ils ne difenc
riin. i XI. cap. ZI. rien du temps auquel il yiyoït, Sc tous font fort difficiles à dér
mêler.
Apoilonius Apollonius n’eft pasun nom moins frequent dans la
* i. de copofit. Med. Mcdecine qu Apollodorus 3 ear le Dode Andr. Tiraquellus
î'PfaM.MrdicX marque plus de feae j en eftet, Galien*ena un Sectateur
R .. C , 6 71.
Premere Pâme, Cfiap. ÏV. y 9
é’HeropBiîe-, lequel écrivit: des Plantes & des Sâcnôcations.
liy en a encore deux pere & fils Empiriques marquez par Cel-
fe comme d’habiks Chirurgiens , qui n ont pas été ignorez
par Galien. Il y en a un lurnommé Arckîjimtor > un furnommé
Mus ,* un d’Alexandrie 5 un de Memphis , uft d’Abdere , un
de Tarfe, un Seciateur de Stratan nommé Cîaudius. Strabon
en marque encore un de Cicium Ville de Cypre 5 Varron en
aaufliua de Pergame grand Simplifie , ô: des écrits duquel
il dit que Pline s’elt bien fervijtous Médecins dont il efi: fort,
difficile de démêler les écrits, le temps ôc lapatrie, c’eftpour-
quoy je donne encore à deviner ceux-cy.
APOAAONÛI lATTni M. X. KAPJ^lANÉrr
D. SERVILI D. APOLLONI
MEDICI SERVILIA D L.
AMBROSIAR. FE C IT PATRON.
SU O ET SIBI ET SUIS.
C Y RU S fils d’un Apollonius fe rendit fi célébré dans Lam-
faque fa patrie, quelle l’honora après fa mort de cette belle
jnleription.
Sînortus Cyrum Ayollonii filiutn ArchiMrum
Ci'vemquc infignem vencra^tur ,• oh b^neficiÂi
Sihi collotta , mm ceUhritdte é" muhis expenfis
Üonumque fenatui ah ipfo faBum Bmchmamm
Mille Atticamm.
Màis comme il y a encore un Cyrus dans Galien , & un Archia-
tre d’Edefie dans Ætius, * on ne fçait en quel temps ils ont
vécu r car pcmr eelui-cy
CYRUS
t * Calen. tib. de
^ Antidot,
^ V.AthenmmÆtiu,
\ C&lhim Aurel.
. bliothec. Schenck.
' tf’-g- ï'5- & Tira-
■ ^uell.innotnen.da^-
tur yiedicoTum.
éf VojJÎHi».
Mifiell. Efad.
antic^uit. I. Spon,
fed. 4, pag. 14I;
C I R U S
Lamp[(tcen.
Mifcelim. Èrud.
Antif. I. Spon.
l. 6. fecundum làc.
*TetTahibl. i. fer,
mort Z. cap. zi.
ÉIVIÆ D'RÜSl GÆSAR
M EDI eus
Il n’y a pas de difficulté , non plus qu’à ce Gyrus Alexandrin,
qui écrivit contre l’herefie de Neftorins.
M E N O N difciple d’Ariftore âc maître d’Herodote , râniaffa £ n o n.
ksientimens des anciens Médecins dans un Ouvrage dont
on a crû Ariftote Auteur. C*eft un de ceux que Plutarque difer.puij^
introduit dans {bn banquet, & un des Médecins dont Galien
fait le plus d eftime. Quantàfes autres Ouvrages voyez Oio- tertar. isct,
geneLaëree ac k Docle Reinefius.* tib. la.
H er om O T.E de Lycie étoic un des difcipks de Menon. Herodotus
On le fait Anteur d^un Livre intitulé Meiims s Galien Bydns.
remarque qu’ayant trop donné à fes fentimeas partkaliers , il
80 EJJah de Médecine,
r. Ætium ste- fe trompsi en beaucoup de chofes. Diogène Laërce le faitdi-
fhm.(^schenck. jg Mcnodote» mais Gefiier ne die rien fur ce fait.
Menodo- Menodote de Nicomedie étoit un des Sedateurs de
TUS Nicomed. Serapioii, mais comme il étoit grand Herborifte, Galien na
U.fnethod. pas laÜTé de letiter.
pro^rns. Gl AU QTi E étoit uii autre Sedateur de Serapion , dont
aucune eftime , car quant au. malheureux
biiothel ' Giaucus, à Glaucius & à Glaucias , nous en pourrons parler
autre part.
Andréas Andréas, Andras , Andros , & Andrias font des Syno-
nimes dans la Médecine, dont on a alfez de peineà didinguer
les fujets. Ce quily a d alluré , ed qu’un Andréas 6c certain
Pamphile étôient des Médecins fnperditieux,jufqiies à croire
que les Démons prélidoient à de certaines herbes, 6c qif il ne
les falloir cueillir qu’aux heures ou ces efprits fe rendoient
^ favorables, 6c de belle humeur. Audi firent-ils des Livres des
cdiarmes 6c du changement des herbes en Démons. C’eft ^p-
è paremment cét Andréas, ou au moins un Médecin de ce nom,
quia feint que le grand Hipocrate, après s’être approprié tout
ce qu’ily avoir de meilleur dans la Bibliothèque de Gnide,]a
l^rûia, 6c s’enfuit comme vui criminel j erreur dans laquelle
Varron femble avoir, douné depuis 5 tant il eft vray que Ber»
renr 6c le menfonge , cette efpece de faulîe mpnnoye, ne laif-
feot pas d’avoir cours pour un temps comme des veritez ,
gUfck utm&ique pofleritati. Ainfi je ne m’étonné pas de voir
Gden. pajfm. que Galien traite cet Andréas d’arrogant , d’ignorant 6c d’ex-
- travagant, 6c qu’Athenée l’appelle faulfaire , 6c corrupteur de
* * Livres, Polibe rHiftorien fait mention d’un autre Andréas
« — V - -, Médecin du Roy Ptoiomée Philopator , que Tfièodore Lieu*
M. c. 3B50. tenant de ce Roy tua dans fa Tènte. Mais je ne fçay pas fi
r'enui m de mi même que cét Andréas Archiater marqué par Æce ,
ma, ■ ■ * OU quelqu’un de ceux quç Dipfeoride , Pline 6ç T ertullien ont
parquez.
Zenp Zenon d’ Athènes étoit de la Secle d’Herophile homme
Athéniens. fubtil , mais obfcur j * Cependant il ne laifiTe pas d’être alleguç
* exLaenio.ceifo. par Gclfc , Galieii 6c Alexandre Aplirodifée.* Le même Ga-r
marque encore un de Laodicée,- mais on ne fçait le-
^ &Cotmen^in deux a fait le Livre de rebus mis Medkorum , ne
■Efidem. ^ de point paflef içy d’un Zenon Précepteur d’Oribare,qui viendra
Anttdot. çjj
Ab CH agate
Premfere Partie, Ch^p, lY , 8i
AS.CHAGATE natif dii Peloponefe fut reccu d’abord à
Rome comme un Dieu, mais le peuple Romain ne mit guere
à le chafîer comme un bourreau , quoi-qu il luy eût accordé
le droit de bourgeoifie, & une boutique dans un carrefour
de la Ville , tant ^il eût de peine à fouffrir les operations de la
Chirurgie aufquelles il métoic pas accoutumé.
AscLEPiADEde Prufe * que Suidas femble avoir con¬
fondu avec celuy^de Myrlée , fut premièrement Rhéteur 5
mais ayant mangé tout fon bien, il chercha une refoLirce dans
la xMedecine, ô: s’établit à Rome du temps de Pompée le
Grand. Comme il n’étoit pas ignorant dans l’Anatomie j qu’il
feavoit quelque chofe de la matière Médicinale , ^ qu’au
refte il écoit naturellement Orateur , tout le monde donna
dans Tes nouveautez , &: le regarda comme un homme venu
du Ciel, tant il fçavoit rendre fes remedes agréables au goût,
&tant il étoit complaifant, jufquesà donner du vin aux mala¬
des , chofe inconnue jufqu’à lors. Au refte il fut fi heureux
qu’ayant reconnu qu’un homme qu’on portoit en terre refpi-
roit encore, &que Payant réveillé par quelque petit fecours,
on crût qu’il l’avoit reftufeité, ce qui mit fa fecle audeffus de
toutes les autres, ôcluy donna un fi grand crédit qu’il fe ren¬
dit, comme dit Pline, maître de la vie des Romains. C’eft
pourquoy Mithridate Roy de Pont Payant voulu attirer à fon
fervice, il méprifa tous les avantages qu’il luy propofa , tant
il fâifoit bien fes affaires à Rome. Ce n’eft pas pour dire le
vray qu’il n’y eut bien delà bizarrerie dans fa pratique, com¬
me de bons Auteurs l’ont remarqué , & comme on le peut voir
dans les fragmens de fes Ouvrages que ces Auteurs allè¬
guent ; car pour moy je croy que tout ce qu’il a dit de meil¬
leur eft, que le devoir d’un Médecin conftfte à guérir prom¬
ptement , feurement & agréablement. Mais ce qui marqua da¬
vantage fon bon-heur , eft qu’ayant été allez temeraire pour
défier la fortune, & pour fe promettre de ne tomber jamais
malade, il mourut en effet félon Pline , d’une chute qu’il fit
du haut d’un efcalier , quoi-que Suidas ait écrit qu’il mou¬
rut d’une inflammation de poitrine , ce qui eft affez vrai-fem*
blable , fi on confidere , combien il étoit ennemi de la faignée,
êcavec quelle aigreur Galien difpute contre luy fur l’ulàge
de ce grand remede. Finiflbns en marquant que comme il fe
trouve félon le Docte Reinefius plufieurs Médecins de ce
AaCfTA G A-
Tus P'elopones.
c- 535-
Flin.lib. zÿ.c. xi.
AsCL E P IA-
DES Pmjîenjîs.
* Afamea. in prg^
fentid. ^
Afclefiades primUt
£grotis vinoopitu.
Uricœpit fedd »d»
in tempore. ApuL
Tl'n. lib. i.6.
l.&lib.'j.cnp. j;
Celfuspa0m.Scrih:
Larg f^ C. Aurel,
Ætiusf^cet.
Cito mto & jucua-
dc exCelf
R, C. ^50.
B.einejtus Epifiol.
ad R pertum pag.
îiJ4.
C A L L I G E'
N E S..
M. C. 3-.5)00..
C A T O Cen'~
forms..
R. c.. 550.
Flufach. m Galon.
A N XI M A-
GHUS.
Ros Suid.
hexic.
7. de eompo^i. Me-
di^î pergener.
Th EMIS ON-
Laodicetis.
'A'ftriâtitlt &■
isicas.-
hi- jtptlcgix.
Si Ejjais de Medeçine,.
nom j le jeune Afclepiade viendra en Ibn lieu.
Calligene étok Medeein de ce Phi lippe s Roy de-
Maçedoine qui fit la guerre aux Romains , & celuy qui cela,
fl adroitement la mort de ce Prince péndanc qu’il en envoya,
la nouvelleà ÊerPée Pon Incceffeur.
Livius hell Macedonic. Hbr. 10.
C A T O N le Cenfeur J tout ennemi qir il étoit des^ Mede- '
einsde la Grèce, a bien daigné .apprendre quelque chofe de
la Medeçine , témoin le Livre qu’il fit de la maladie ôc de la
fanté , ôc ion application à rétude des fimples.
Plin. lib. zp. cap. x. Vanderlind. de fcript. Medic. _
An t IM a Qqt e eft le nom d un Médecin Poète &: Mufi.
ci en J qui fut furnommé Pfecasà caufe de la douceur de fa
Poëfie,-& parce que fes entretiens rfétoient pas^ moins agrea^
blesiPefprit, que les pluyes du Printemps Tout agréables à la
terre qu’elles arrofent j inais je doute fi c’elt cét Antimachus;
cité par Galien ^6c en quel temps il vivoit.
Voicy lecommençement de la Secke des-MetiiodIqueSjfaqttelle
quoy quoppofeeà IdRationelle , ne laifTa pas d^àvoir des MedeA
cins de grande réputation , ayant été foutenuë de Mlifa^c Me
nefeus , de Diony-fîus , de Proclus, d’Antipater , de Trallieii,,
d*01impianus, de Soranus, d’Archigene, & fondée par The*
mifon de Laodieée difeiple d’Afelepiade , homme d’une gran¬
de réputation &: d’efprit. Ce n’eft pas toutesfois queTametho-- '
de fut quelque choléde fort feu-r & de fort folide: car de‘
vouloir rcduirela Medecineàdéux chefs communïu^, Puii
du fluide ,, &; l’autre à\i ferré y & de prétendre fur ce pied là de
pouvoir rendre un hommehabile en cét Art en- moins de fept
mois-, cela paroît également bizarre & cavalier. Tout ce qu’il
y a. donc davantageux pour ce Médecin , eft- que Diofeoride ^
Auteur grave a écrit qu’ayant été mordu d’un homme enragé, '
il fut adez habile pour fé guérir j car je ne me mets pas fort en ]
peine de fçavoir fi c’eft: luy ou fon valet , comme d’autres l’ont
écrit qui' fut mordu d’un chien & nonmas d’un homme enra¬
gé, pourveu qifil ait été afPez habile & afPez heureux pour
guérir ce mal , ee qui n’efl- pas impoffible : car comme notre;
Themi fon n’ étoit pas un pur Empirique 5 qu’il avoitdes prin^
cipes tels quels-, ôt de bonnes obfervations par devers luy»
Diofeoride, Celfe , Pline, Galien , Paul Eginette, Cæl. Aure-\
iian. L’ont traité fort honnêtement. * Apiilee parle encore d’un
Prmiere Partie Chap. IV. 2y
ThcmifoQ de fon temps , mais dont nous n’avons pas de con-
coilTance , non plus que de ceiuy qu Athenée aççQle ^ntiochi
Régis Hercules i èLc^u il fait Macédonien. Au refte quand Ju-
venal fe fert du nom de Themifon, pour lignifier un Méde¬
cin expeditif , il ne faut pas s’imaginer qu’il ait eu le nôtre
en veuë. Car
Themifon agros autumno occiderit uno
N’efl: qu’une fiétiom
Proc U LUS, quoi-que difciple de Themifon, ne laide pas
d’être cité par Galien , comme Auteur d’un Livre intitulé de
natura hominis , mais il efl incertain fi c’efl; ccluy que Pline
allégué.
Antistius qui vifita les playes de Jules Cæfar après
qu’il eut été maffacré dans le Sénat , eft peut-être ce Méde¬
cin qui fut pris avec luy par les Pirates, &: que Suetone ne
nomme pas , quoi-qu’il luy fade l’honneur de l’appeler ami de
^ umicus Cafiris , Bc àce propos il ne faut pas oublier icy
que M'^ l’Abbé Ménagé ayant remarqué avec un Critique
qu’il y a Antius dans un MS. pour Antiftius , femble d’abord
pancher du côté de celuy-là , dautant plus facilement que le
nom d’ Antiftius luy femble trop noble pour un Médecin 5 mais
enfin confiderant que l’autre nom n’eft pas moins noble, il fe
rabat à croire qu’Antiftius eft un nom d’affranchi, la plupart
des Profedeurs des Arts ayant été en ce tempsdà de fîmples
affranchis j mais voicy un Médecin auquel nous n’aurions pas
penféjfî Valero Maxime ne nous l’ayoit dépeint comme un
homme fait extraordinaire. En effet.
Herophile n’étoit au commencement qu’un Médecin
de chevaux , mais qui fit tant par fes journées qu’il alla plus
loin qu’aucun autre du païs d’Heppiatrie; Ilcommença donc
par obliger & fervir autant qu’il le pouvoir , les Soldats des
Camps ôc Armées de Céfar , & quand il vit qu’il étoit temps à
fon avis de fe déclarer, il fît courir le bruit qu’il étoit neveu
de Caius Marins fept fois Conful,& enfin fefit tant de créa¬
tures dans les vieilles bandes de^ Céfar , que chacun luy fît
la Cour , que plufieurs le choifirent pour Patron, & qu’il de¬
vint chef de parti. Il eft vray que comme Céfar avoir l’ame
grande, il n’en fit pas paroître de chagrin au commence-
naent , & qu il fe contenta de le faire ehaffer d’Italie voyant
que la chofe ailoic trop loin. MaisL les affaires avant
Lij '
h Tr
Proculus.
Galen. l, i. deUf,
fer fehr. CAp. 6. ^
paffim. Vlin.
Antistxus.
Stieton.irHulioCê*
far.
lib, cap. \6.
Herophï-
LUS.
MIithrida-
T £ S.
MichriJatium’Da-
jnocratis.
Niceratus.
P/f». ltl>. IJ.
Sçhenck in Bihlioth,
^Gejner.
Æ L I U S Pro.
motus Alexaàr.
* Biblioih. Select.
Z 5 U X I s
Tarenti».
Oalen. Comment.
^,in i.Eftde.m.
Geo^raph. lih. 13.
V. Celfum Ith. 3,
cap. 7. ^ P//».
îfb. 16.
A L E X A N-
BEK Philale-
thes.
Straho ib-d
4- ^ de Jiferent.
84 Ejjak de Médecine,
changé de face après que ce Dnïfateur eut été tué dans le
Sénat , Herophile crût qu’il pouvoit remettre fon parti fur
pied j en effet, il retourna effrontément à Rome ,où il cabala
& forma le deifein de faire tuer tous les principaux du Sénat,
mais ce deffein ambitieux & cruel ayant été découvert , il fut
arrêté ôc condamné aune mort ignominieufe.
Mithriûate étoit fi aftécbionné à la Médecine , que
Pline remarque qu’il confultoit tous fes Sujets fur les ver¬
tus des rcmedes qu’il confervoit foigneu Cernent leurs ré-
ponfes ôc leurs découvertes , quand elles étoient conformes
à la raifon & à l’experience j ce qui luy fournit la matière
de cette belle compofition , qui porte encore à prefent fon
nom dans' nos difpenfaires , quoi-qu’on y ait joint celuy de
Damocrate.
N i e es. a t e eft cité par Diofeoride , Pline & Galien ,
comme un Médecin fçavant dans la connoifTance des Plan¬
tes , ôc Cælius AureHanûs eftime fort fon Commentaire de
Catalepfm.
Æl I us Promotus dAlexandrie vivoit félon Antoine Pof-
fevin * au temps de Pompée, bc le Docte, André Tiraqueau"
& Gefnier ont avancé fort hardiment que fes écrits font en
quelques Bibliothèques d’Italie.
. Zeuxi s de Tarente quoi-que Médecin Empirique, étoit
félon Galien un Médecin de mérité. Il commenta les Apho-
rifmes d’Hipocrate ôc quelques autres de fes Ouvrages, fur:
des Mémoires qu’il trouva dans la Bibliothèque d’ Alexandrie.
Strabon* marque qu’il fonda un Temple entre Laodicée &
Carura , dans. lequel il établit une Ecole de Medecine , qui fut
entretenue par Alexandre Philalethe, à,quoy il ajoute qmon^.
étoit bien éloigné de fon temps i, d*imiter le zele des Mede> -
cins fortis de la race d.’Erafiftrate , qui en firent autant à '
Smirne.
Alexand re Philalethe vivoit au temps de Zeuxis &
non pas au temps de Tibere & de Néron , comme quelques.
Auteurs ont penfé. Il fut Sectateur d’Herodote & d’Afcle-
piade Si maître d’Ariftdxene , & de Demofthene Philalethe.
Il eft cité, par Galien, &compofa félon Théodore Prifeien un
LWre de S emme : car quant à cét Alexandre que Schenckius
cite tout court, & qui compofa un Livre Grec du Poux, qu’on
garde, dit-ih dans la Bibliotheque du Roy à Paris, je ne fç^f
Premteré Partie, Chap. I V. S j
piS bien quel il eft , non plus que ceux que Gèfner a marqué
dans fa Bibliothèque.
D I O s c Q RI D £ eft un nom fort connu dans la Medeci- D j q s c o
ne, parce qu’outre le Cilicien natif d’Anazarbe , &; connu fous
le nom de Pedacius Diofcorides , qui fleurilToit au temps de
Jules Cefar, il y en a encore un d’Alexandrie dans Galien , c^ien. in exfcÿt.
& dans Paul Eginete , & de plus un de Tarfe qui vivoit au Ungruif ocrât, é»
temps de l’Empereur Hadrien. Et c’eft peut-être pour cela
que Petrus Caftcllanus a écrit que l’Anazarbéen étoit different
du furnommé Phacas ou Lentin, des marques qu’il avoir au Gden.uh:T.C(,m-
vifage femblâbles à des nentilles ,& qu’il fait l’un Empirique^
& l’autre rationel , parce qu’en effet Athenée marque un Diof- ilX» ^
coridc qu’il fait difciple d’Hipocrate. Q^i-qu’il en foir , Tetrah.x. sermon.
perfonne que je fçache ne s’eff avifé de cette différence & ^
de cette critique , que Petrus Caftellanus j car ce prétendu
difciple d’Hipocratc marqué par Athenée , nefl en aucune
maniéré differentié. Pedacius Diofcorides eft donc cét Ana- ^ -
zarbéenSc Lentin, ôcde plus ce brave Soldat que Marc An- petrus c^fieiu».
toine ôc Cleopatre eftimoient tant qu’ils Iny accordèrent le in.'vitisHiHji. Me-
droit de bourgeoifie Romaine , & qui écrivit fi bien de la ma-
tiere Medecinale , que Galien & tous les autres Médecins re- Len?.
gardent fon Livre comme un chef-d’œuvre de l’ Art pour fon
temps, quoi-qoe ce Prince des Médecins le reprenne en plu- Ceijusînpr&fcith-
fieurs endroits , n’étans pas poffible , qu’il ne fe foit quelques- ^Geilni 'Methol
fois trompé , fur une matière fi délicate & d’une fi grande t>^ed.nd. cap. uUl
étendue. : ' mo.&Ub.S fecun.
Me GE s de Sidon fort cftimé de Celfe & de Galien , eft e g e s -
comme Hipficrate, un Médecin d’un temps incertain , ou pour sidomut.
mieux dire un Chirurgien.
Philo x e n u s n’eil: connu que par la Préface du feptié- Philoxenus
me Livre de Celfe , où il marque qu’il compofa hditXiyres de
la Chirurgie , qu’il avoir profelïeeen Egypte.
_ A RE T E E étoit en fl grande réputation au temps d’Augufte ^ ^ e u s
Céfar, qu’il fut furnommé PHipocrate Cappadocien. ; Il eft àappidU
loüé par tous les Médecins de mcrite&deruputâtiQn, A; par¬
ticulièrement de ceux des derniers fiecles : car Jules Céfar
Scaliger le croit tres-neceftaire pQurl’intelligençe ftHidocra-
te. Jacob. Goupilusa illuftré fes écrits de quelques notes très- *
excellentes. Lionardo di Capoa l’eftimé pour avoir écrit fort y- y^^deriind. dt-
ddigemment ÔC avec une liberté Philofophique. C^ntà Are-
Medecme,
teus Salintis , ç’étoit le maître de Stratonîcus , qui le fut de
Galien , & l’Auteur d’un Commentaire fur lés Epidimics d’HU
pocrate > c’ell: pourquoj quelques Auteurs ont crû qu’Aretée
de Cappadoce étoit dû temps de l’Empereur Hadrien : car
pour cét Arethée de Corinthe mentionné par Lucien dans fon
; Toxaris Médecin rationel qui écrivit en Grec , je ne fçay_
t qu’en dire.
Nicqmedes Nicomede-s Roy de Bithinie , étoit une maniéré de
Médecin tant il aimoit la Médecine. Auflî eft- il allégué par
Galien aux Livres des Antidotes, Sc en fes Livres delaeom-
pofition des Medicamens, mais voicy deux Médecins de ce nom^^
dont je ne fçay ni le temps , ni la patrie.
Mifceil. Erult. ÆS CtJ L AP l'O S E R V A T Q R I D O N A R I A
Amiquit. $. s$o^ PRO SAL.UTE RESTITUTA g'RATIARUMQUE
ACTÏONE NICOMEDES MED.ICüS OEFERT.
Cip^um -pofuerunt. Anoàymi,
iCicpmedl affines ejus^ Anodynum.
emt oftimus,. Corpus mm h ah et mortuus^
Meâicus in vivis cum. Bono mimo 8um Nkomedes^»
JBffiet i multos autem, ^uia non eram^natus fum^
BeyvMt remediis^ Mon jum non contrifion
. rixi Ann. XLIV. é àie s XXÎIh
M ARéi ANUS 'M A R ç I A N cite par Æcé vivoit félon Seribonius Largus
au temps de l’Empereur Augufte j mais comme Galien parle;
dlun grand Anatomide de ce nom , comme d’un homme foré
m pMignit. al envieux , & fut jaloux de fa réputation ? il viendra en fon:
cy-aprés. ' ■
Se.^vil.Da- D am oc R AT E eft un Médecin fort eftime de Galien ,
Mb cRAT ESi il eft Auteur de divers Médicamens , & particulièrement d’u¬
ne Theriaque difFerente de celle d^Ândromaqne, & également
de^ompajit. Medi- bon Poëte&bofl Medecin. Mais fon temps eft fort incertain,
To7os^*^jibTi!*% quoi vque Pline le loué comme fon contemporain. Quoi-qu’U
Amidot. ' ' en loit , on dit qu’il guérit Confdia iille du fameux Q^Ser<
yilius avee du laiâ: de Chevres , nourries de feuilles de Len^:
tifque.
Cr aterus. C r a t e r u s. eft ce fameux Medecin de Ponponius Atti'
eus célébré dans Cicéron , dans Galien &; dans Porphire ;car
ce dernier a écrit quhl guérit avec des chairs de Vipères pré¬
parées en maniéré dç poilFons , un homme dont les chairs fé
Premere Partie Ghap. I V. 8f
fcparoient de Tes os , & c’eft Geluy-ià même dont Horace ôc
Perfe parlent ainfi.
CfüûYum dîxi^e futato
Et; q^uiâ o^asCratero m^ignos promlttere montés.
P O M P E lus Læneus eft ainfi nommé , parce qa il; étoit af- ^ p ^ ^ ^
franchi de Pompée le • Grand, L&neus.
P A K T H E îî I U S- de Nicée Médecin Si Poète Grée fut pris ij- 3o-
prifonnicr dans Pa guerre contre Mithridate par Cinna. Il a PAKTHENiUS
écrit un Livre des Plantes & des Erotiques ou maladies d’a-
mour. Il y a encore un Parthenius Anteur d’^n Dialogue , pn,, iih.xz. c:t^
imhuléde hffmamtorporis feâtiomyimŸnmé ^vcclcs&fuücuXQsàe. vvoiph. ïufius in
QcoTgwxs YdXis: de R€ Medica.- chrome.
Phidippus étoît Médecin du Roy Deiotarüs , témoin le p.
plaidoyé de Cicéron pour ce Roy. ^
Liso efl: un antre Médecin de même temps qui guérit l j ^ q
Tiro * alFranehi de Cicéron; , *Epifi Fam imr. H
A s c L A P O de Patràs , autre Médecin de Cicéron qui le A s cl a fo.
recommande a fon ami Sulpice: patrenf.
Alexi o eft encore du même temps , & loué par le même Ale x i or
Cicéron dans l’Epitre I. du 15. /îîi
Glicon ou Glaucon fut foupçonné d’avoir empoifonné Glfco;
les playés du Conful Panfa 3 mais il eft pleinement purgé dé
ce foupçon dans une des Epîtres de Brutus à Cicéron, il y a
encore un Glicon Chirurgien cité par Scribonius LarguS. ^ \
Cleo p h a n t e eft un autre Médecin marqué par Cice- Cleo? h aïI-
ton , da.ns VOr2Li£on. pro Cluenîîo. t u s.
Cl A U D E d’ Ancône pafteroit encore'pour un Médecin'de
ce temps-U, fi Cicéron ne l’avoir dépeint dans la même haran¬
gue comme un mtferabie Charlatan Drogueur jémpoifonneur,
ôc àpeu prés tel qu’une infinité , qui fe difentaprefent Mé¬
decins de Montpelier.- Mais ce vilain perfonnage n’empêché
pas que le nom de^ Claude ne foit illuftre dansfta Médeci¬
ne : car outre Claude Galien il y a un Claudius Agâthé-
merus , Claudius Apollonius marqué cy-devant, Claudius
Damonicus > Claudius Philoxenus , aufquels on peut ajoûn^^
celui- cj.
TI. claudius JULIAN. .
MED IC. CLI NIC COHQPT.mil
P. R. fecit vivos sibi et TULLIÆ
EPIGDNÆ CONJUGI LIBERTIS
LIBlRTABUSQjjE.
O L I M P U s.
lib, 10,
Musa;
V. LioYmr4.^ 4i C/t -
foa nel fuo Parère
3 7 s.
g 8 EJJais de Medecinél
Cl A 11 DI us Alcimus fait encore honneur à ce nom dans
une Epitaphe Grecque, laquelle marque qu’il ctoit Médecin
de quelqu’un des Empereurs, & commence ainfi dans les lu.
fcriptions de Gruterus.
KAAVAIO AAKIMÛ IAPTPOK AICAPQS. &C.
Olimplis Médecin de Cleopâtre écrivit l’Hiftoire de fa
mort, 6c eut part au fecret , foit de l’Alpic ou du poifon. Hy
aaulTi un Médecin nommé Olimpiadés dans Pline.
Antonius Mufa efb ce fameux- Médecin d’Augufte
Cefar qui étoit h grand Courtifan. Il avoit été difciple de
Themifon, Et c’eit pour cela qu’il procura la protection de
çét Empereur à ceux de fa Sede, ce qui fut d’autant plus fa¬
cile qu’Augufte croyoit être redevable de la vieà Mufa , en¬
core que fa metode fut fort bizarre. G’eft ainfî qu’il monta
à tel point de faveur qu’il fut honoré de la qualité de Che¬
valier Romain, 6c qu’on luy érigea une Statue proche de celle
d’Efçulape , tant il eft vray que pourveu que le malade gue-
riffe , fuUe par une voye qui en auroit fait périr plufieurs au¬
tres , le Médecin eft toujours habile. On dit qu’Augufte fab
foit difficulté de manger des laittuës , parce qudn les avoit
jufques alors confiderées comme la nourriture des morts;
Adonis y ayanç été enfeveli par Venus , 6c que pour cela Mu- :
fa ne laifla pas d’en introduire l’ufage à la Cour, malgré le
Médecin Çimolius, qu’il ht chafter pour avoir voulu s’y pp-
pofer. Encore s’il en fût demeuré aux laittuës , 6c à la chair
de Vipères qu’il ordonnoit mêmes aux bleftez j mais fa prati¬
que alla , jufques à plonger les malades dans l’eau chaude, &
fucçeffivement dans l’eau froide fans aucun milieu , remede
qu’il mit à la mode, parce qu’Augufte s’en étoitbien trouvcj
mais ce qui fait croire que la fortune avoit eu grand part â
la citre de fa maladie, eft que Mufa ne fut pas fi heureux en
celle du jeune Marcellus , qu’il traita de mefme maniéré.
On croit même, parce que le Médecin a toujours tort quand
on meurt , qu’il avoit çxpedié ce jeune Prince pour faire la
cour à rimperatrice qui ne l’aimoic pas, 6c c’eft fur ce foup-
çon qu’il fut enfin chafte de la Cour > fi l’on en croit quelques
Auteurs , 6c ^e le peuple, qui étoit dés long-temps ennemi de
fes Operations Chirurgicales , le mafiacra dans k chaleur d’u-
l^e fçdition. Q^i-qu’il en foie , comme les Poètes ne
Vremkrê Pdrtk, Chap. IV. .
pas avares de loüanges , quand on eft en faveur junFoëte du
temps ne manqua pas de le regaler de ces vers , qui font allu-
£on à fon nom.
Cul Venus ante alios àivi divumque forores
Cuncta neque indigna Mufa dedere bona.
Cun^a quibus gmdet JPhœbus, chomfque Ipfo Phœbi
Docflor,6 qulS'teMufa fuljfepotefi?
O ^quls-te in terris loquitur ficundiox uno
Cleio nf^m certè candida^ non loquitur /
C’eft encore ainfi que le Poète Horace en parle.
Nam mihi Baias
Mufa fu^ex'vacuas Antanius.
On peut voir au refte les Ouvrages qu’on luy attribue
dans la Biblioteque de Gefner, & dans celle de Schencfcius.
.Marcus Artorius eft un autre Médecin d’ Augufte , Sc
fort different d’Antonius Mufaï'avec lequel Voflîus l’a con¬
fondu , ayant lu Antonius pour Artorius : car après le témoi¬
gnage de Valere Maxime , & de quelques autres Auteurs,
il ne faut pas douter d’un Artorius Médecin Sc favori d’Àu-
gufte, à la vifion duquel ce Prince fit bien d’ajouter foy aux
champs de Philippes : car quoique Florus ne nomme pas le
Médecin qui luy rendit ce bon office, il y a tant d’autres Au¬
teur qui conviennent que c’eft Artorius , qu’il n’en faut aucu-
ment douter.
Euphorbe frere de 'Mufa 8c Médecin Grec comme luy,
fut Médecin de Juba Roy de Mauritanie, il donna fon nom
à l’Euphorbe qui eft une Plante des vertus , de laquelle les
Herboriftes ne conviennent pas fort , 8c laifia des Ouvrages
dont Galien cite quelques fragmens.
PhilotaS' d’Amphife étoit Médecin du frere de Marc
Antoine le Triumvir, qui luy fit prefent d’une Table d’ar¬
gent , chargée de'vafes précieux pour avoir courageuTement
reprimé l’infplence de certain Sophifte qui s’en faifoit trop
accroire 5 mais je doute fi c’eft ce Philotas Poète 8c Médecin
quia écrit un Livre des Medicamens , ôcqui eft cité par Celfe
8cpar Galien.
C A s s I u s eft un Médecin du temps de l’Empereur Au¬
gufte , dont Celfe, Pline , Galien Sc Scribonius Largus font
mention, 8c que cepremier traite de Genie extraordinaire, mais
qu’on fait different de C a s s r u s Félix, & de Gaffius la-
M
M. Art o-
RI us. 1
lib. de Thilofeph. e.
M.Vellei T Mer cul.
Ht fier. Roman.
Valer. . Maxim, l.
ï.çap.7.
Rlutardi. l.aâant.
CaUus jSarelian.
V. Tiraquell. in
nomenclat. Medic,,
Euphorbus;
lib. 9, de compojît^
Médicament, fe-
cundkm lecos ^
Flin. l. i J. cap. 7.;
Phi LOTA ç
Amphifeus.
Flutarchus in viia
Anton.
Celf. lib. ç, cap. 9.'
Galen. de eompojit.
Médicament. Je.m
cunàttm locos.
Celf. lib. 4..e.
C A ? S I US.
Mifcellari: Erudit.
Anti^uit. 1. Sfenii.
Philo Tar^
finjfs.
> Ehilonîüm. ^
y. Celf. lihr. 6.
ynulut Æginet.
pTOLOM£US»
iih. 4. Tharmae.
fecundh-n lie café
,4. ^lik^z.caf. ij.
AmmoniuS.
cap. ij.
Æ MI LUI S
MMeré
y.- "BiUiethet. ^ef~
3ier. .
90 EJJdis de Medecîne,
trofophifta, furquoy on peut confiilter Schenckius, Geflier 8c
le Dode Andréas Tiraquellus. Q^nt à celui-cy je le donne
à deviner.
DUS Manibüs sacrxtm
L. ANNIÜS CASSIUS MITHRADORUS
MEDICUS nu.
FACTIONIS CIRCEN. FECIT
SIBI ET LIBERIS suis
POSTERIBUSQJJE EORUM
LOC. MAR. ADI. N. L X X V.
ÎN FRONTE. D. XXX. IN AGRO. P. XV.
On remarque encore en ce temps-U un Valgius Arrun-
tius > Chafpitanus , Albutius , Rubricus. Q^Stertinius , V edius
Valens, Alcon ôcplufieurs autres, dont les principaux vien¬
dront en leur lieu.
) Philo N de Tarfe eft cité par Celfe , par Galien 8c par
quelques autres , comme Auteur d'une compofition appelée la
main àe Dieu , 8cdc certains vers qu’il a faits fur les vertus de ^
cette compofition, quia pris lé nom de fon Auteur. *
faf. 4. de cmfefit. Medie. fecmdht» loc. Elutarch. in Symfifé
Trallian. ■
Pt o lôme’e efi: un nom fort connu dans la Médecine;
car il ya un Médecin Prêtre ôc Hiftorien d’Egypte du temps
de Celfe , 8c célébré dans Tertullien , Eufebc , Saint Cirille,
8c Clement Alexandrin. Il y en a un autre ami ôc contemporain
dé Galien , un de Cythere ou Cerigo,Ifle de là Mer Egée
marqué par Suidas , pour ne point parler de Ptolomée Ever-
gete , ou bien faifantjqui inventoit des compofitions de Mé¬
decine à l’ènvi d'Attale. r
A M M O N I U s eft une maniéré de Médecin Operateur ,
qui vivoit au temps de Celfe. Il eft cité par ce grand Méde¬
cin ^ à caufe d’un inftrument de fon invention, ôc de l’opinion
particulière qu’il avoit touchant îextraélion de la Pierre:
car pour rAmmonius du temps de Saint Auguftîn , il viendra
en fon lieu. ,
Æ mili us Maccr Médecin Ôc Pocte natif de Veronne
fieuriffoit au temps d’Augufte Cefar , ôc mourut en A fie après
avoir écrit quelques Ouvrages des Plantes, des oifeauxôc des
ferpens : car ce n’eft pas icy le lieu de vérifier fi certains trai¬
tez en. vers de la vertu des fîmples , eft ‘de nôtre Macer ou
d’un autre. Qumi-qu’il en fqit, Pline ÔC Galien font cas de Ma¬
cer, ôc c’eft pour cela que je fuis étonné de ce que Scaliger
Première Partie. Chap. I V. 91
ce le met qu’au delTous des Médecins , & des Poçtes me-
àiocrcs. ^ rt n • r >
A c H I L L A s P,aracânmes ou CompnUor , eft ainfi nomme AcH i l l as.'
pour avoir fait le premier la pondion du ventre des hydro¬
piques. ; 1
Diophanes. de Nicée écrivit au temps de Vapron de Diopmanes
la Médecine Ruftique , & de la Vétérinaire j mais il n’en étoit jikeenfij. ^
pas moins bon Médecin , auS eft-il allégué comme tel par
Pline.
Artemidoae n’eft pas le nom d’un feul Médecin : car Artemido-.
•Galien en cite un furnommé Capito , un autre Phocas. ru 5.
Cæl. Aurelianus en marque un de Seide de Pamphilie Secta¬
teur d’Brafiftrate , Cicéron en a un natif de Pergame , qui comment, in
fît compagnie à Verres dans fa Préturc de Sicile. On en
^ " 1 J ni- • &itk.dfnnmr.hH%
marque meme un -du temps de 1 Empereur Commode , qui
pourroit bien être un des deux citez par Galien.
ZoPiRus eft l’inventeur de la Plante appelée Zopi- Z o p i rus,’
rum , & confideré comme un Médecin de mérité par Diofço-
ride , Celfe J Galien, ôÈ^ême quelques Médecins du moyen
âge. Mais je ne fçay fi exft celuy que Plutarque* fait origi- * in symfof,
naire de Gordes en Phrygie, ôc celuy que le Doéte Andréas
Tiraquellus cite dans fon Livre des Loix Maritales , ou .ce
Zopirus d*Alexandrie,qui inventa quelques remedes agreàr
blés à Ptoloméç Roy d’Egypte > 6c diiquel ©n voit cette Epi- .
taphe, \ _ _
ZOPIRUS ALEXANDR. F. ale X ANip. MEpiÇ.
A S C L E P I U S ôc Afclepias à la vérité font des noms' de A.seLEPius
Profefîîon j mais Pline, Cælius Aurelianus,Ætmsont un Mé¬
decin de ce nom , qu’on luy donna , à caiife de la facilité & PUn. m, n.
de la douceur qu’il affeeftoit dans la cure des maladies.
le ET IDES ou ledidas, eft un Médecin allégué par Pline Içetides.
fur un fait impertinent 6c apparemment faux-
Qaartanam virginis cd?cu finiri indpientib. dnmtaxat menftruis. lib. iS. cap. 7.
P H I L 6 X E N U S .Médecin d’Egypte fut un des plus habi- Fuiloxenus
les de fon temps, comme le marque Celfejc’eft pourquoy on Ægyptîus,
a raifon de regreter la perte de les Ouvrages. Galien en cite
encore un Ghirurgîen , 6c un autre Medeciii , qui eft apparem^
ment le même que nôtre Egyptien- ;
Cornélius Celfus eft ce Médecin Romain du temps ^ ^
U ij
Effais de Medeclne,
d’Augufte & de Tibere , qui fc rendit fi confiderable par la • î
beauté de Ton ftile, & parla folidité de fa doélrine, qu’il fut - \
furnommé l’Hipocrate Latin , quoi-que d’autres ne l’ayent
appelé que dmidmtus Hipocrates.y comme on a appelé Terence
dimidUtus Mtnmdet, parce qu’en effet , toutes îés plus belles
Sentences font prifcs d’Hipocrate, ôcmifes dans un fort beau
Latin. Au relie il ne fut pas moins grand Chirurgien que ;
grand Médecin. Dé plus brave Soldat., homme poli S fçavant !
, dans toutes les belles difciplines , jufques à avoir compofé un
Traité de l’Art Milicaife, & nn autre de la Rhétorique que le
temps nous a enviez.
ic “ ^ ^ ^ ^ A P U L E I U s Celfus natif de Centorvi en Sicile , Précepteur
de Scribonius Largusôc de Valens Médecins , écrivit un Trai- ^
té de la Medecine Ruflique , Sc quelques autres Ouvrages
du temps de PE nipercur Tibere j niais je né fçay qui font
-ceux cy. ,
L. APULEIÜS LL. EROS MEDICUS
L. APÜLEI'US FF. PHI LUMEN US
L. AFULEIüS LL. JAHÜARIÜS. ^
' ScRiB ONius ' S c K I B O N LU S Largus Medeciiff arin vivoit au temps des
^Tfecom oûtMe Tlbcre 6c Claude , Galien * en parle avec eflimé. i
«f/V./fc3li W^Ilne nous refie de tous fes Ouvrages que le Livre de la com-
V. Gefner. Scheack. polîtion des Medicameus, donné par Ruellius. '
H ^eX io b o h ^ ^ ^ ° ^ ^ Médecin & Poète , dont Galien cite
RUS plu fieu rs vers. Ily-a encore un Peregrinus Heliodorus dans la
page 63. des Infcriptions de Gruterus.
Euclijdes E u c l I D E s étoit un Médecin oculi fie du temps de C elfer
qui le cite. Il efl même marqué par Galien : car ces Mede-
cins des yepx écoient Gonfiderez comme les autres , témoin
celui-cy. ,
ILLUSTRIUS TR CÆSaR. A ü G.
SER. GELED I AN US M ED IC US
OCULARIÜS Plus PARENTUNi
SUORUM VrXlT ANNOS XXX.
HIG SITUS EST IN P AGyE.
E n D B M US.. E U B E M E le jeune ed ce fameux Médecin de Liv ie >
époiîfe de X) rufus , & fœur de Germanicus y mais infâme pouf
V. »nn^i. être entré dans la cruelle intrigue de Sejan, 6c pour avoif
abufé de fa profefîion en plufieurs maniérés..
Sa L U STI U s Sa lu s t e de Mopfuefle Ville de la Cilicie , écrivit du
Moffentes. temps de Tibere quelques Ouvrages de Medecine ièlon Sui-
Premêrt Partie. Chap. IV. ^3
dus. Il y a encore un Saluftius Diony fms dté par Pline.
Ch aricles Médecin de Tibere eft célébré dans Cor- Gharicles.
neille Tacite , pour avoir prédit le temps de la mort de cét
Empereur ,quai-qu’il n eut touché fon bras, qu’en luy baifant
la main en partant de fa prefence. . ^ ^
X ENo P HON un des Sedateurs d’Erahilrate ^ n’^eft pas Xenophon.:
moins fameux dans le même Auteur , non feulement pour
avoir écé premier Médecin de rEmpereur Claude, mais en- Annal. Ui.
core pour avoir fait accorder aux habitans de Elfle de Cos les
privilèges qu’ils demandoient,
S y-M M A c H U s autre Médecin de l’Empereur Claude , eft Sÿmm achus
marqué dans Suetone pour avoir donné un avis à ce Prince, qui
l’obligea adonner une déclaration en faveur de ceux qui
ctoient preflez de quelques infirmitez naturelles. .
Pedere namque dixit nm mutile :
Symmuehm
C’etoit raillerie à part, non feulement un bon Médecin , mais ÈfigrmmatJiL s.
encore un brave Soldat, quoi-que Martial femble s’ être diverti Epigr. y. '
àfes dépens.
Languehamyfed tucomiturnSyprofinus udme
F'emjii cenfum Spmmache difcipuliSi
Cenmm me ^etigere mams aqmlcne gdat^^
Non habui febrem Symmache nunchAbe(y.
A LC ON eft ce Médecin que rEmpereur Claude exila Alêo n.
dans les Gaules après l’avoir taxé à une très- grofle amande y H. S; G.
mais qui étant revenu à Eome ne mit gueres à en gaigner au¬
tant jc’eft de luy dont Martiala dit
Ojlendit digitum fed impudieum
Alconti 0^’
Mitior implicitas j^con fecM Pnfiroceïas,
C A L L I N A X eft le Médecin que Galien blâme pour aYoir CAHiANAX-
fbttemcnt & fierement répondu â un pauvre malade , oui té^
moignoit avoir peur de mourir. ^
Occubuif & Patroclus qui te multo f raflant f or fuit. '
M E N E G R A T E le jeiinc , quoi-que Médecin des Impe- M E N ecrA-
reurs Tibere & Claude, n’ eft gueres connu que par une Epi- T es.
taphe Grecque , gravée fur un Tombeau de marbre trouvé fag,
dans un jardin proche de Saint Paul à Rome , mais on ne fçait
pas fi le Livre des Medicamens cité par Galien , eft de ce Me-
iiocrates ou d’un autre.
M îi j
^4 Ejjkis de Medeclnè
D £ M O s T H E N E Philalethe eft ainfi âppelé , parce qui]
école difciple d’Alexandre Philaleche. Il étoic né à Marfeille ,
difleurilToit au temps de l’Empereur Néron. Ses trois Livres ^
des maladies des yeux furent fort bien reçues en fon temps-. |
carquant aux Byçhiniaques citez par Stephanus, * cétOuvrage f
n’elf pas^de luy , comme le remarque Monfieur l’Abbé Mena- [
,ge dans fon Antibaillet. Galien cite encore un Demofthene |
'Médecin qui n’a pas été inconnu à Paul Egincttd & à Æce , 6c
qui peut être le même que notre Pliilalethe. ^ .
T H E-ON d’Alexandrie étoit fameux au temps de Néron.
Il fit des Livres de la Gymnalïique , &, quelques Commentaires
fur Nicandfe , dont Galien *faic eftime. Photius fait mendbn
d’iin de fes Ouvrages intitulé Homo , où il traite de toutes les
maladies du corps humaini c’eftpourquoy je fuis furpris devoir,
que Gefner n’en parle pas comme d’un Médecin, veü qu’Æce
cite après Galien un Médecin de ce nom.
The s s ALE fils d’un Tifler'an de Tralles en Lydie, eft
bien differentMes Médecins de ce nom, dont nous avons pats-
lé cy -devant, 5: peut paffer pour un grand Trobleme; car d’un
côté Cælius Aurelianus l’eftime jufquesà regreter la perte de
fes Ouvrages, fentiment dont ceux de Profper Alpinus & de
Lionardo di Gapoa ne font pas fort éloignez, parce que les
fragmens qui nous en font demeurez, femblenc marquer qu’il
n’écoic pas mauvais Praticien. D’un autre côté Galien arme:
furieufcment fon ftile contre luy prétend que tout ce quîi
a écrit contre Hipocrate , n’eft que rapfodieôc vanité. Pline*
ne l’a traité que de braillard. Jbn effet, fi pour quelques mo^
dernes qui l’ont eftimé fur des frâgmèns, on en confultc plu-
fieurs autres, il fe trouvera que c’eit encore moins qu’un Em-,
pirique , ou qu’un Méthodique.^ Avec tout cela il fut. fi adroit
courtifan, qu’il ne laiffa pas d’être Médecin de l’Empereur
Néron ,&de fe voir même du nombre de fes amis. Et comme
la fortune infpire ordinairement de la vanité & de là hàrdiefie^
quoi-qu’il ne fut que le Singe de Tliemifon , il fe mit en tête
de fe faire Auteur d’ime nouvelle Sede, le reformateur dé la
Medecine , & pour ainli dire le vainqueur * de tous Içs Mede^
cinsqiù l’avoient précédé, dans une Epiftre qu’il addrefia à
Néron. Titulo res digîia fejjulçhri, Il mpurut à flome Se fut inhu-
A R I s T A K- W Mans la voye Appie,
ç H u s, A E- 1 5 T A R c^i E eft cc Medeçin qui perfiiada B erenice
Demosthe-
NESPhlldefk
* tib. deurbibas.
Galen. lib. 4. de
differ: pulf. cap. j.
lib. }. Fharm.
local.
T H E O N
Alexandrin.
* UBr. 1 . de Sanit.
taené.
Thess AL lis
Tralliens.
V. ?etrum Cafiet-
lan. invitis iUufir.
.p/lsdic.
*Xabie quaamin
omnes ævi fui Me-
diços perorans.
lib, çap. i.
Premkre Vdrtîe. Chap. IV. 9$
ipôufe de Ptolomée Ceraunus Roy d’Bgypte, qui s’empara de
la Maeedoine après avoir tué Selçucus,de faire la paix avec
les Gaulois 5 mais je ne fçay fi c’eft le Médecin de ce nom,
natif de Tarfe cité par Galien.
Chrisekmus Sedateur d’Herophile eft ciré par Pline,
Galien èc Sextus Empiricus. Ce dernier remarque qu’il tom-
boic dangereufemenc malade d’une afiFection cardiaque , s’il
mangeoit tant foit peu de poivre. C’eft apparemment de luy
qu’Elien a dit qu’il guérit du temps de Néron , un homme
qui vomilToit tout fon fang , pour avoir bû de celuy d’un
Taureau. . _
Agathemérüs de Cacedemoné eft ce Médecin ami
du Pocte Pèrfe , qui philofophoit fi agréablement avec luy,
comme le remarque l’Auteur de la vie de ce Poëte , de dont
nous avons un Bufte dans les marbres du Comte d’Arondel ,
avec une Epitaphe Grecque qu’on a traduite en ces termes.
Claudius Agathimertis Medicus hic ]aceo
Ommgeni qui cognovemm fraflantijfimum
Remediorum morbii commune hoc mihi efi
Et aque MyrtaU conjugi monumentum^
Cum fïts fcutem nos fumus in Êlyfio.
STRATOCLEsde Sydon , duquel Philoftrate fait mén-
tion dans la vie d’Apollonius eft placé par Voffius fous l’Empire
de Vefpafien.
An D R O M A C Hu s de Crêté Mcdeciii de l’Empereur
Néron eft connu par la defeription qu’il a faite en vers de la
Theriaque de Mithridate, à laquelle il fit quelques additions
de remedes, Ouvrage que Galien citefifbuvént, qu’il l’apoiu:
ainfi dire tout tranferit. Æce marque encore quelques
compofitions de remedes de fon invention,
Diodore eft un Médecin mentionné par Pline & par
Galien; car cclui-cy en parle en plufieürs endroits de fes Ou¬
vrages. Mais
Actius Caius eft un Médecin d’un teirq)s incertdn ;
& qui n’eft connu que par cette Epitaphe rapportée par Mer-
curial.
b. M.
.Actius caius
ARCHIATER SIBI ET
jüLlÆ PRIMÆ CONJUGI
INC OMP ARAB IH. .
Tdiunus lih. t.
lib. de cempef. Me-
die. fecttndktjy loc,
Chrisermus
9 . dè tompofit. Me •
dicatnent. ^ Uhris
de diff^r. pulf.
Hifi.vxriilih. li.
cap. 3 J.
«
G L AU DI US
Agatheme^
rus Lacede-
mon.
Marmer.Oxonienf,
pag. 77.
Stratôcles.
Sydon lus.
libr. 8. ■
A N DR O MA-
CYLmCmcpfis»
Di O P oRuiî
■ Flin. lib. ro.c.
• A C T I U S.
■ Caius.
iib.j/f. eap.l.VA'
rinr,
Evax Hex.
F. Bibliothec. Gef-
neri^ Schenckii-
S T A T I U S,
^nnal. UB. ii.
Crin as
Mapliens.
EJJals de Aiedeme]
£ V A X Koy des Arabes étoic fçavant dins rHîftoire des
Plantes , & des Pierreries dont il fît un Livre quil dédia à
l’Empereur Néron, duquel il étoit ami.
S T a T I U s eft ce grand ami Sc Médecin de Seneque , fi
eftimé de Corneille Tacite.
Crin A s ou Crinias natif de Marfeille , fe voulut dL
ftinguçr par des obfervations fûperftitieufes des Aftres , ^
par des maniérés de donner des alimens aux malades , en des
temps ôc en des momens qui marquoient la bizarrerie de fa
méthode j ôc non content de cela plongea èneore les malades
. en des bains d’eau froide > au milieu meme de l’hiver. Ceft
pourquoy
C H A R M i s C H A R M I s fou compatriote & fon Singe s’aquit une, mer-
MaffUem. yeilleufe réputation chez le peuple Romain , amoureux des
nouveautez, & accoutumé aux ceremonies des Augures i
fut fi haMi qu’il improuva comme Çrïnias la conduite |çme.
S/b?nmr''hom?-' thode de tous les .Médecins qui l’a voient précédé, ainfi
nés eonfaiarcs uf- dit Plîiie , que CCS deupç temerai^res fe rendirent maîtres de la we
nem ^ enrichirent tellement qu Us laif-
* V. Biin.é nptâf ferent affe^ de bien^^eur bâtir les murs de MarfeiUe , four h
l.Uard.s.i. entretenir,
Q^S L E RT î - Qu î N T U S Stertinius eft fameux pour avoir reproché aux
, N J U s, Princes de fon temps , qui luy faifoient des, offres honnêtes
pour l’attirer à leur fçrvice ? qu’il gaignoit bien davantage
nm.iih.%% -avec le peuple, Il avoir un frere auquel l’Empereur Claùdç
H S C ce n’avoit pas moins fait de liberalitez qu’à luy , de maniéré
Menêt. G»u. %ret qu’ils fe virent en état de faire de grandes dépenfes pourPera-
rniiiiones. belliffement de Naples Icur patrie ^ êç d? lailïer encore de
* centenfmirn* g^^iids biensà.leurs heritiers, ^ ,
H. S. A n t o n 1 u s Gaftor prouva fon habileté à ceux qui vou^
A N TpN iUS loient qu’un Médecin vécut long- temps ScTort fain , pour nie^
C#v-: riter le nom d’habile hommç , ayant en effet joüi d’une met’
* ’ veilleufe famé, jufqu’à l’âge de cent ans fans diminution de
^rAÇhr.Ann.70, fa ycué , ny de fon jugement. Pline qui l’admire, le louë encore
de la eonnoiflance qu’il avpit^des vertus des Plantes, & du cd:
S E X T î U s
Gfkn:i de Amid. Sextius OU Seftius Niger fquohque néà Rjomeafihi^û
é‘infrAfat.iiki. écHt en Grcc de la Medecme,que les deux Pliiies l’app^h
tres.-exaâ: & tres-poli, Galien citç un Niger fans préno®»
’ c’çft apparemment celuy que C^lius Aurelianus appe®
' ’ i’a®i
; ca^. lO-
Premkre Partie, Chap. IV. 97
l’ami de Tullius Badus: car quant à Pccronius Niger mentio-
né par Diofcoride, & Saint Cyprien, je doute. fort s’il eft dif¬
ferent de celui-cy. _
P £ 1 N E laîné natif de Veronne , furnommé rinterprete de
la nature, ne doit pas être oublié icy , quoi-qu’il ak écrit con¬
tre les Médecins: car on ne peut nier qui! ny ait de gran¬
des beautez dans fcs Ouvrages , & que la Medecine n ak de
grandes obligations à fes veilles.
Pline Ion neveu étoit comme luy un admirable genie ,
verlé dans toutes les belles difciplines. Outre les Ouvrages
appartenans à la Medecine dont on peut voir le détail dans
les Bibliographes, il en fit plufieurs autres aufquels les Chré¬
tiens de Ion temps ajoutèrent ce qu’ils voulurent, fi l’on en
croit le Dode Reinefius, On peut voir un grand Eloge de
fon oncle, & l’Hiftoire de fa mort au troifiéme ô: au fixîéme
Livre de Tes E pitres.
Luc I U s Durius Valla eft marqué par Pline l’ainé , par¬
mi ceux qui moururent de fon temps inopinément.
C O s M U s eft un de ce^Medecins que Martial a fait, entrer
dans fes Epigrammes.
Pajlillos Cofmi luxunofa vorax,
■
JPrdfertur Cofmi mne mihi fieem Onix
quACumque •venis Cofmum migrare futamus.
Il y a encore un Cofmus Médecin dans Marcellus Burdigali
mais je ne fçay fi c’eft le même.
C A K U s étoit un autre Médecin de ce temps-Ià, comme il
paroît par cette Epigramme.
Nequius h Caro nil unquam Mnximtfacium ejl
^uam qmd febre périt fecit ^ ilia nef as,
S AV a noçens febris , faltem quartanafuiffet,
Servari Medico debuit ilia fuo.
A s c L E P I A D E le jeune étoit natif de Prufe comme Faî¬
ne , dont il peut avoir été petit-fiis. 11 fut Médecin des Em¬
pereurs Domitien & Trajan , & obtint du premier le droit
dont nous allons voir la preuve. C’eft luy qui dégraifla Ni-
codes ce prodige d’embonpoint. Il eft fort eftimé de Galien
&de plufieurs autres Auteurs j mais il s*eft tant trouvé d’AE
çlepius, d Afclepias 6c d’ Afçlepiades , que ce nom eft devenu
xr .
Dhfeorîd.iitfri^t.
Cjrprian. lib. u
verf. htrefes.
Plinius
major Veronem.
P Li Nias
junior.
Variar. leS, lib. 3; -
cap. 4.
Epifi 16- lib. 4,
L. Duxius
Valu.
C O s Mu s
lib.jt.~lib. II. l. §;.
cap. 7. 14. is. ée
30.
c A RUS.
Martial, lib. lo:
Epigramm. 7S.
Asc LEP I AD ,;
Frujîan.
Reîriefii i^ova Re~
ferta fag. 6ol.
98 EJJais de Médecine.
lui nom d’honneur à eau fe d es difcipies& defeendans d’Efctt^ ,
lape qui étoient ainfi appelez.
C. Calpurnius Ajelepiades I^edicus Prufa
Ad Olimpum parentib. é* & f^i^tribus
Civicatei feptem kDivo Tm^mo Jjrper^ttor.
Neanmoins il faut remarquer que ces fept Citez , ne doi¬
vent pas être prifes à la lettre, ôc qu’elles ne font autre ehofe
qu’un droit de Bourgeoifie accordé à ce Médecin pour fa fa¬
mille dans fept Villes i témoin une Epitre de Pline le jeune
dans laquelle il demande à l’Empereur Trajan un droit de
Bourgeoifie pour un certain Pofthiimius Marinus Médecin,
-auquel il avoir obligation, mais voicy un autre infeription d’un
autre Afclepiade.
L. ARRUNTFO
sempromia.no
ASCLEPIADI.
IM. D OMIT IA NI
. MED leO T. H.
IN FRONTE.. P., XX. I-N AG. P. XX.-
LlC IN I U S
exSÿ/trnum:'
Harfocra-
Epfi. II. é'feq;.
S O R A N U S
'Efhefim,
Licinius Sura efi: Un autre Médecin de Trajan , que
cét Empereur neiaifiapas de favorifer ,quoi qu*"!! eut été ac-
çiifé d’avoir confpiré contre luy : fer il luy fit ériger un tom¬
beau &une Statué après fa mort, aux dépens du public..
H A R P O c R A T I O N , -Harpocras , ou Harpoerates eft
fouvent cité par Galien 5 mais je ne fçay fi c’eft cét Harpo-
crates fi eftimé de Pline le jeune, qui luy obtint de l’Empe¬
reur Trajan le droit de bourgeoifie ^ Rome & à Alexandrie.
S O R ANUS d’Ephefe fils de Menandre &: de Phoebé, vi-
voit au temps de Trajan. Il fit premièrement la Médecine a
Alexandrie puis à Rome , où il compofa quelques Onvrages-
citez par Galien & par les Médecins du moyemâge; Il prâ-
' tiqua même la Medecine dans la Gaule Aquitanique , félon
suidam Marcellus Êmpirjcus-. Il y a encore un Soranus d"Ephefe,dic .
é> vo0^mdeBift, le jcunc ,qui a écrit un Traité de la Matrice, & des maia-
Gr&c. Lib. 5. die des femmes , 6c un autre des vies 6c des Secles des Mede-"
cins félon Suidas . Le même Suidas marque encore un Sora-
î^psCilicien, dit fort eftimé du Philofophe 6c Mede-
Ïib deanm.p.^9. Afclepodorc. Quant aux quatre Livres de l’Ame citez
P^3.r Tertuîien, 6cà Pifkgoge JMedicay on doute , avec raifbn,
s’ils- font de ceux d’Ephefe ou du Cilicien ÿ ce qu’il
^ ’ qtie les Lettres de Marc Antoine à Soranus fout
fnppofées , 6c faites a plaifir pour grofiîr le volume du
« chrmohg. Petroné, à la fin duq^uel on lésa mi Tes, au lieu de les mettre
Pr€ïïii€T€ Châp. IV
V9
Rufus'if/k-
* Td’Eorefrécoit du^temps&du païs de Soranus ,
Galien ëfti«e beaucoup fes OuvFagcs . & Rhafis re^hem ^
«llemenc fut l’eftime que plufieurs Medecms enunt f
L, uwi-w - - , ’Bibliothec.Schendt.
1 - riii’il lusr attribue même les Livres de la faute , é* v^deHind. de
Gÿ»,
Médecins de ce nom, qu'il eft alTez difEcile de demeler, te-
ïHoin celui’-cy.
T-VIBIO RUFO MEDICO
COtîORT. V. PR. VALERIÆ
RUFINÆ CONjfUG. OPTIM.
... Diogenia-
DtoGEKîEN eft marqué dans Suidas comme originaire Albacentit,
d*Albace, ex Alhace Hemclin Cinm , homme fçavant dans tou- Gefmr in mi. é-
tes les belles difciplines.
Nicolas d’Alexandrie eft un Medecm Grec cite par ,
Galien ôc par, Paul Eginettc > & fort diftereut de tous les ^.dzcompojit.ue.
autres Médecins de ce nom, ^ particulièrement de ceNico- dic. fecmd. Ucos.
laus Alcxandrinus Myrepfus ,dont il fera parlé ey-aprés.
Lu P U s de Macédoine eft un. Médecin d’un temps fort
incertain; car tpjLix cp qu’on en fçait^ eft qu’il s’avi fa d’une
méthode qui lé rendit confiderable pendant quelque temps. i z de fa
C EE E R premier Mcdeçin d’une Légion , eft marqué cuittb.naturaiibV
par Galien comme Médecin y en eftèr ? il y avoitautresfois Celer.
des braves fcayans Médecins , ôC des Medêcins braves C'à- 'Gaien. 7. decom-
oiraines _ . Medicjecnn.
pi ta mes. . dtim généra.
Athene'e d’Âttale fe rendit çonfiderable par fes Ou- Atheneus
vrages , 3cpar cette nouvelle Sefte des Pneumatiques dont il Mt/tlus.
fe fit Auteur, êc dans laquelle il eût pour difeiples , Agathe-
nus , Hcrodotus, ArGhigenes & quelques autres , qui s’imagi¬
nèrent avec luy une fubftançe fort fubtile, qui s’infinuë dans
tous les corps i fpirms inm dit -, Sc voila toute leur fpiritua-
lité , fur laquelle on peut confuker Lionardo di Capoa. 11 y ph> 1° &^6s.dei
en a encore un deTarfecité par Cælius Aurclian. * fuo Farere
A G A T H I N U s. eft donc un des difeiples de cét Athenée, Ag athi nus
qui fut Précepteur d’Herodoiç de la même Seéle, Précepteur Gaien. montra Era^^
de Sextus Empiriciis.
Se RAP ION d Athènes étoit un Pçëte êc Médecin qui Serapion,,
viYoït au temps de Trajan,§i çtpit un des amk de Plutarque
K ij ",
'Galen,
1O0 Ëjjàs de Meiecîne.
qui en fait mcntioji 3 comme nous l’avons marque cy-defFus en
palTant.
Archigenes Archigene d’Apamée en Syrie) vivoit du temps de
jipamenjîs. Trajan. Il avoit été difciple d’Agaihinus, & fut Médecin de
Pbilippes Roy de Syrie. On en fait un autre du temps d’A- '
î, hhr. de connu pour avoir enfeigné à cét Empereur le moyen
de fc donner le coup martel j mais- c’eft apparemment le
même. Quoi-quc Juvenal fe foit fervide ce nom , il ne faut
pas croire qu’il ait penfé ny à celui-là , qui n étoit peutrêtre
pas encore connu de fon temps 3 ny à aucun autre quand il
a écrit :
Tune corpore fam
jidmeaf Jrchigenem
Non plus que quand il a dit f
Si non eget Anticym nec
Archigme,
H E R M O G E N E efl: un des Médecins de rEmpereuf
Adrien , de la Secte d’Erafiftrate , cité par Galien. C’eil: fous
ce nom là que Lucille avoit fait cette fameufe Epigrammey
que , Martial a imitée , en le changeant en celuy d’Hermocrate..
Tarn fubiu mortis cmfam Faufiine requins
Jn fomnis Medicumvideratr Hermocratem.
Ce qui me fait fauve ni r de la Statué de Policus Gencfrai
des Corinthiens ^ dont les differens afpeds rendoient les gens'
malades, GU les gueriflbient.
S A B I N U s ell cité par Galien en pluheurs endroits de
Xes Livres. Il fut Précepteur de Stratonicus , un des maîtres
de ce grand M idecin,&commenta quelques Ouvrages d’Hi-^
pocrate. Ily a encore un Pompeius Sabinus 5c Arctheus Sabi-
nus , qu’on croit n’être pas dilFerens de celuy-là. Qupi^quil
en fbit, Galien en fait grande eftime s mais nous ne connoif-
Ions pas celui-cyr
" s AB IN us t.
H E RM O
GENES.
ZHcian. i» Ffeudor
frophet.
S A El N US.
PRlMlGENIUSv
V. EpUf x%-
Sidea Apollinar.
ReisepiVaris Ke-
Ortus ab Jgnu'vîo Medicm fora
Arte feror mva mbiliori fide
Me confurgentem valida fortuna inventa
Confiituit , rapidts i'mpofuitme rogis
Clujlno cimres f.amma cejfere fepulchra
^atroms patrio conâidit ojfa folo
Première Partie. Châp. IV. loi
Ï^Hï'LO T HE'E Cil: cc MedCcîn du remps des Antdnius , Philotheus
qui écrivit des Commentaires Grecs fur les Aphorifmes , fi
Tfieoohile Médecin Grec dont nous ave
vide Gefner. d*
Sohenc.iii Biblisih.
ce n’eft point ce Théophile Médecin
plufieurs autres Ouvrages. xir j • r , -
X E N O c R A T E eft le nom de deux Medeems. L un etoit Xenogr at.
d’Alexandrie-, homme' fçavant & que Pline a copié en plufieurs
endroits. L’autre étoit d'Aphrodilëe,&à peu prés, eontempo- J/j”; ‘ fi,
rain de Galien, qui n’en faifoit pas grand citime, tant la eu- cHkatih. Gefner
riofité l’a voit mené loin dans la recherche des remedes dan- yjcimi cdiiu^,
gereux,fuperiHtieux & honteux , au point que quelques Au- ''
teurs l’ont cru Magicien.
Palladius Sophifte Grec a écrit un Livre des fiévresji P all adius.
mais fon temps efl: incertain. Q^oi-qu’il en foîtjun Pailadius
a écrit des Scholics fur divers Ouvrages d’Hipocrate cité par schenchïùséd o^f-
Rhafis , ÔC un autre furnommé pailadius Rucilius- Tàurus , in BdhUothec,
qu’on fait contemporain de Galien , a fait d’autres Ouvrages de
Mcdecine.
Herenniüs Philo eft mentîbnué par Saint Epiphaiie , Herennius^
comme un grand Simplifte, en fon Livre contre les Herefies ,
fi ce n’eft point le Philo AuteurdeT’Antidote , nommé Phi-
lonium cité par Galien. -
C R r T O N a été un des pks fameux Medecins^ Empiriques c ^ ,
de fon temps ,& fort verfé dans la connoiffance des remedes>
mais comme il fui voit la Cour , il dés-honora là Medecinepar
l’exercice de la Comniotique 5 ^ car il ramaffa eh un jufte vo-« * fucaurU-
lume tout ce qu’Heraclide , Cleopâtre & quelques autres eh .
avoient écrit ÿ quoi- que, Galien ait tâché de l’excufer fur
rimportnnké des gens de Cour r qui donnent la plupart dans dUm iocos cap. 1.
la couleur & le faux, brillant , & que Martial ait emprunté fon
nom- pour défigner un habile Medeeinv
Nec f^rnare Crito me qmâ ne Tgeia fotejl.
Antïoqjie eft cité par Galien,; dont il étoit corftempo^ AKTiacrfüS.
rain , comme Auteur de quelques remedes. Il eft remarquable
pour avoir vécu plus de 80. ans dans une parfaite fanté de upf. de
corps &d efpricpar fa conduite , quoi-que, fîl-on en croit Athe- sam. îimd.
née , il ne mangeât que du po-ifibn.
L P ST R ONE eft le nom de plufieurs Médecins: car Gilien Petronius.
çn fait un furnommé. Mufa , Si un furnommé Areta. Pline a un
Petronius Niger. Diofeoride & Saint Epiphane font encore t
mention d’un Petronius Deodotus , pour ne point parler du généra..
N iij
îoz Ejptfs de Medecine,
r. TtraqueU. de famcox Pccfonius Arbîtcr j quoi-quc quelques Auteurs L’àycnt
«û Médecin.
Attalus. Attale
comme
lih.,,. dernorb.'
curÀnd. ô*
de Jntidot^
C. An R ELI A-
îsms Siccenÿs.
Ma R INUS,
Médecin méthodique eft regpdé de Galien
un ignorant, pour avoir tue le Philofophe Theagene
■’avoirpris les judiçations,auffi rappelle-t-il TAfnede
Theflale dont il étoit Sectateur.
C Æ L I U s Aûrelianus ou Lucius Aurelianus étoit de Sicca
en Aflriquejdela Sede des Méthodiques , Sc grand partifan
d’Archigenes de Soranus , qu’il a copié en divers endroits.
M A K. I N U s difciple de (2mntu.s Précepteur de Galien , fit
des Ouvrages d’ Anatomie, fort eftimés de celui-ey 5 mais il ce
le faut pas confondre avec ce Marinus Pofthumius , dont parle
le jeune Plinedans une de /es Epiftres à Trajan,
L I e u s £ J ^ U s de Macedoine fut un grand Anacomifte , & un dés
difciples de Satirus maître de Galien, Toutesfois celui -çy luy
a Gbiedé que s’il fut aflez hardi pour reprendre Hipocrate , ce
fût par ce qu’il ne l’entendoit pas., Pline St Erotien le font
adm>nifir. Anato- Napolitain, apparemment parce qu’il y a une Ville de Naples
mtcti. dans la Macedoine, comme dans Pltalie.
Antidater, A n t i p a t è r étoit célébré à Rome du temps de Galien'
qui l’eflimoit fort, quoi-que Méthodique de Sede, Auffi Çæ^
lius Âureiian. St Æce le citent-ils fouvent, On dit qu’iltnou-
rut d- une palpitation de cœur.
M os ç Hi O N. M O s c H I d N f ut fu r nommé le Corredeur , pou r avoir re-
vèu quelques Ouvrages . d’Afclepiade. Plutarque introduit un
y A Tiraaueii Medccîn de ce^nom dans fes Symporiaques. Pline a le fienqui
i. de Ipbiùt. pourroit bien être le meme que celuy de Plutarque, Galien:
• riind df appelé celuy de fon temps fon ami. fj^nt à Theodorus Mu-
feienus , on croit que c’eft le meme que Mofehion.
J U L I E N d’Alexandrie rfé-tok pas un des Médecins dé
Néron , comme l’a penfé ’*5folfang, Juftus jmaisun Sedateur
de ThelTale , Médecin de çét Empereur. Il vivoit donc au
temps des Antonius St de Galien, homme fort inçonftant en
fes opinions , §c neanmoins fi hardi qu’il écrivit 48. livres com
tre les 7. Sedions des Aphorifmes d’Eïipocrate , témérité quî
iuy attira la eenfure Sc l’indignation de Galien, qui le corn»*
para àrAfne d’Efope. Il croyoit qu’un Médecin étok obligé
de fçavoir déffigner , furquoy il faut remarquer qu’encorC
1. Galien ne fut pas approbateur de la dodrine Ôedes fen^
Ga e», 4* iidet.ç . dê Julien, il nelaiÇa pas de donner dans cette opiniom
Galen.-pajflm.
V^nâë.rlmd
Srip^ Med.
] Il L I us
AleX(tndrp»n$.
Premier^ partie, Chap. IV. 103
peut-êerc parce que les Med^ins de fon temps fai fant les
operations Chirurgicales, il croyoit que l’Art de deffigoern y
Êcoit pas inutile ; ou fi l’on veut , parce que les figures fervent à
l’Anatomie & à la Botanique.
G L A U c U s &: Glauco font connus par Galien , & parti¬
culièrement céluy auquel il adrefTa fon Livre des fièvres,
Ma gnus de Tarfe étoit un contemporain de Galien, &
Médecin dans la Cour des Antonins. Il a écrit un Traité du
poulx 5 ô: un autre des Antidotes. Serapion a dit de ce Me-
decin qu’il fut furnommé le Roy des Médecins à caufe delà
fortune qu’il fît , comme fic’étoit aflez d^utre riche pour être
eftimé le premier d’une Profeffiôn. Il y a encore un Magnus
d’Antioche 5 un Periodente^ du Charlatan , dont il fera parlé
en fon lieu , un d’Ephefe , un de Philadeiphie tres-diffieiles à
démêler. C’efl de ce Magnus d’Antioche & d’un Zenon
qu’Eunapius a dit que l’un étoit f^avant à pratiquer, êc l’autre à
contredire ôç à blâmer Tes collègues jmais nous^yerrons cy après
que cét Eunapius qui étoit Payen, n’a loüé J’un que parce qu’il
étoit de fa Sede , & blâmé l’autre que parce qu’il étoit Chré^
tien. Avançons , mais avant que de paffer outre , & que de
nous arrêter un peu à Galien, arrêtons-nous premièrement un
peu à fes mahres, &enfuite à quelques-uns des Médecins qui
peuvent nous avoir échapé , & que Gelfe, Pline êi Galien ont
cite?.. ' ;
S A TI RUS eft donc un des plus confiderabies entre ceux
que Galien appelé fes Précepteurs : “car outre qu’il Peftime
fort , il fit des Commentaires fur quelques Ouvrages d’Hi-
pocrate.
P E L O P s de Smirnc efl encore nn des maîtres de ce grand
maître de la Medecine. ^
. ^ ^ ^ ^ encore un de cen3^ fous léfqueis il étu¬
dia , puirqu’il nous l’apprend luy- même.
S T RATON IC us eli auffî marqué comme tel au Livre de
■dtrahîie.]
I N T U s eft celoy qu’il reprend de fpn incivilité auprès^
d un malade , quoi-qii’il Peftime beaucoup.
Æ MiyiANus eft encore un fes maîtres, comme ilpa-
voit au Livre delà
. ^ ^ ^ ^ Corinthe autre maître de Galien , êe
mterprete dHipocrate.'
Fabius CoUmna
deplantis.
G L A U C U s.
Magnus
Tarfenjis.
V -Schenck. Bihlio,
thec.de ■
mefeao.
Eunapius in vitis
^Éhilofophor.
Comrnsnfar- .. 7. **
5. hpid. ' -
1
Hifi. Pyr.afiiar p.
77-
lib. de dignofc,^
m 'm 't
i^>4 EJJats de Médecine]
Albin U s Platonicien eft celuy qu’il écoütâ à Smifnc j
comme ^
Æs c H R I O N furnommé rEmpirique de Pergame s mais on
n’eft pas aiTuré s’il en eft de même de
Ælï ANUS Moecius fçavant Anatomifte, quoy qu’Abul-
pharage l’ait écrit. Enfin
An T O N ru s Epicureus eft auffi mis par quelques Auteurs
au nombre des maîtres de notre illuftre j mais je ne voy pas
qu’il le qualifie tel , en parlant de luy & de fes Ouvrages.
Qi^nt aux Médecins dont Celfe fait cftime , outre ceux,
que nous avons marquez, cy devant , il a encore un
Theodorus ,
lih. 6,
Arabs ,
lib, y cap.
iiermon pajjlm>
Nymphodorus ,
Ub. 8. cap.io.
Athenion ,
Ub. y. cap. 25.
Medus ,
Ub. 5. cap. 1%.
Micon,
ibidem. .
Dexius,
ibidem.
Poliarchus ,
lib. cap. 18.
Ptolomæus Chirurg,
lib. 6. cJp. 7.
Trjphon Senior ,
lib.6,cap.^.
Lyfius, .
Ub. 5. cap. 18.
Numenius Hçraçlçptes .
Theofenus ,
Ub. J. cap, 18. >
lib.<^.cap,zi.
Timæus,
Ctefiphon ,
lib. 5. cap. 18.
Diogenes,
Ub.^. cap. xj.
Gorgias,
lib. J, Cap. 14.
^olzspajjlm.
Menophitus, B, 6. cap. ij.
Mais Pline en çite une fi grande quantité , que fi nous vou» -
lions les cranferire, ce feroit abufer du temps. Nous en mar^
querqns donc fimplement quelques-uns. '
Gaius Julius qui mourut fubitemçnt appliquant un cautère
à un malade. '
Sotacus ancien Médecin, lth.^2. cap. ï6.
Solon Smirneus , ^ap. zo.
Marcion Smirneus, Ub. ^8. cap.,.
Nymphodoru?.
^ Ariftogitpm
Premert Partit.Chip. I V;
Ariftogiton,
Cleomporus,
Apollonius Pitaneus ,
Aulaus feuAnchæuï
Arcemon >
Hyginus,
Mne/îcles ,
Olympiades»
Sozimencs ,
Thrafillas >
Petridius,
Ariftander,
Anazilæus ,
Damion ,
Cleophanes, lil
Philinus , Id
Dation palfim.
lib. tj,
as , Itb» ». cAf, ultitH.
:us> lib. 28, caf. i,
lib. ±î. cap. I.
lib. 20. cap. II.
lib. 10. cap. lE.
lib. zo. cap. ZI.
lib.io.
. lib. 23. cap. 5.
lib. zo. cap. zi.
lib. II. cap. i^.
lib. Z cap. II.
lib. zo. cap. iÿ.
Ub. 10. cap. ij .
lib. zo.
Miletus, lib. 28. cap. V
Ophitus, lib. lE. cap. 4.
Solon Licius, lib. zo. é* ii. .
Voici les principaux de ceux que Galien â alléguez, outre
ceux que nous avons marquez ci-deyant, Medütus qui fut m. de prdcôg», ai
empoifonne à Rome par fes collègues. :
Antiph|nes Délias, lih. 5. cap. $. f€CunÂhm loc.
Chienus, Ub. de SeUis.
Charmidas, lib. z. de Antidot.
Acacius , lib. J. de compoÇ. Medic.
Jùl. Agrippa, lib. j . de compof. Medic.
Q^dratus , lib. -j. de cowpof. Medic i fecundùm gral.
Theophilus, lih. de Symptom. differ.
Callimenus , Ub. 7. de compof. Mcdicam.
Aphrodifeus, lib. j . fecmdum gra, ^ pajjim.
Dieuches & Numenius Heracleota , Comment, in Ub. de na-
tara hum ana ié’ apud Atheneum^Ub.l. Deipmfophijl.
Arrbabianus , lib. 7. cap. 4. feCundùm loe.
Ariftarchus , _ lib. fecundùm loc.
CaEimachus, Ub. y .fecundàm loc.
Angedemus, Ub. z. Simpl.Meduament.
Euphranor, Ub. 2. de compof. Aledic^ fecundum îoe.
Agrippa, Ub.y.fecundàmloc.
Q
Effkk dé Midecim,
lib» 5 . 1. fecundum Ihc.
lib. 7. de comp. Med.fecmdùm lôc;
Ub. 5. cap, '^ . Phamac. IomL
Antrochides ,
Androniçus,.
Phafeus ,
Bîcïinius,
Dionas >
Amphilochusi'
Æginus ,
AchillaS)
Amphion ».
Æneas».
Acoflror».
AriftbcleSi
Haparchus pafsm.-
ApHrodus^,
Heiiôdbrus poët:a>’
Bachullus,
Hîgïnus fajjlmi
Evangelus pajjim:-
Bàffus Cietus . .
Ariftoxenus . . .
Càiiis Ncapolitâ».
DapHnus Ephefîûs . .
Macharion . . ..
Arabs T Hebanus ,.î
Darius,-
Deletius»'
I^iomcdQs pajjmi^
Epigenus',-
Evangæus,r.
Eubums,
Eabianus Cretcàfîsÿ.
Gaiéhus Haiiaeuy ,
Gâlenus Meûodoû filius
Gemeluss
Guaierius Paüiiniis ». '
Hermes Alciptüs ,
Ifidorus Amiôetiüs».
Licinius Atticus»
-Marcus Caugæus-»
Marcus Talcfltinusi, .
jhid. Ub.ÿi cap. y^
lib.6\ Simplic. Medk.
j^.dedlffer.pulf.-
Ub. y . Tharmac. general.
Ub. 4* fecundùm loeos.
Ub. X. Medic. feernditm gener.
Ub. de Medic. experfU.
Ub. 0. cap. i. fecmdim loc,
Ub. 3 . cap. - 4. [ecmdum generc^
irt Antidotan
ibicL
iW. x\ AHtidoti
Ubi 7 . fecmdùm lot^
Ub. 5. cap. 5 . feettnduin lok'
Ub^ ad GlaucoTi.
Ub. fecundum lot.
Ibid. cap.
Ub. j . cap. a; fedundumiàçi
Ub. de compoJip. Mèdic, ^
Qrati Suafor.^ad bonas artés.
Medic. local. Ub. 5 . cap. <^'. -
Ub. y :fecundum hc.
Ub. 6. Simpl..
Ub. 6 . fecundum grà.-
lib. jt fecundum gra.
Ub. X. Antidoté
7j‘ fçcffndumgrai
Première Pmif* Châb. IV. 107
Menandefj
Moftaces faffm.
Jw. Jècmdum lût. j.
Kaucratltasj
ilïk 4. Pbarm. lûeal. cap. 7.
j^^eapoIitus *
ÏSÎicetes,
4. ^7. Pham. local.
Me die. local., lib. cap. 7,
.Nicodemus)
ibid. lib, (^p* 7*
Orcho SiculuS;»
Phamac. lib. i.
Oreftinus ,
lib, I. 2^ Jecunâam Ue.
Ofigencs ,
Ibid, cap. %.
Perigenes ,
lib. 7. caf . 2- jeeundum loc.
Petinus,,
Ibidem..
Phœdrus ^
lib. 14. cap. y . ptundûm lûc^
Pharnacesa
Medic. local, lib. 8..
Plato,
Pharm. loc. lib. 7,
Podanhas,
lib. 7. Medic. local.
Polonifns,
lib. y. Medic. Simplic^
Protas Pelufîot.
lib. 10 . Medic, hcaL
Proxcnkis , ,
Jbid. lib. 7.
Publias Lathcgçftes 9
lib- 5 . fecundum gra.
Pyraniis ,
Mb. r^. cap. 7. fecuadmt loc.
Quadratus;.
lib. y. fecundum,
Rheginus ,
lib. I. Method, Med.
Evomeriis,
lib. 4. cap. y. Medic, locd.
<3ercon ,
àn Medicin, experp.
Harçon ,
ibidem.
Hargemoiï » V
IbidcTn.
Hermon,
lib. !^.fecmdumgra.
ïdiotas..
lib. 5?. cap, %. fecundum gfa.
Iras ,
ibidem,.
Licomcdes^
Mb. y . fecundum Uci
.Mambatæus.9
lib.è.JtmpiMedlç^
Menippus,
lib. i. AîüPdpPr.
Menolaus ,
Ibidem.
Menutianusi
ibidem. , . .
Mnafon ,
Marchtts,
Uk ir. %. Medic. locat
Nicomedes,
Ondidçîms
lib . 2 , cap . Z. Medic, kcali.
Dlimpicus & pHmpiâïlfîs
pafim.
Pbilippus Agatldn. difcip.
lib. Z. de differt.pfdf
0 îj
nçt àç Médecine,
Papiâs Laodic. lib» 4- fecmdttm loc, cap, S.
Pafion papm.
Paùfanias , Ub. Therapent, i.
PcrigartuS'> lib.%. de Antidot.
Phœnias , Ub. de differ.pttlf
VhzYmspapmi
VoBdoniuspapmi ^
Philocaliis & Philocleus pafim.
Philoxenus, Ub.j.Medk.
Pkvius Clemens>
Polyidas papm.
Prafiony
Prïmion,
Pithius,
Rufticus,
Sarelicntitus ^
^eyerusv . -
Sigon, ' .
Silo,,
Syphnius diphilus*^
Solànder,;
Tareiîtinus,
Telamom
Tcrentius
Thamirasj
Thamar Æthiops^,,
Theranos
'phemifchiiis,
ürbanus Judæas,. ;
Xanitas ^
Socrates
Soloiï Diætarms y
Thebcos ,v
Theocritüs
Theocropus >
Theodas Sarcopbagus
tFreptu^,,
Tyrannus„
ÜgæuSy
Zc^musy
Ub. /. Medic. [ecmdamgra^
Uh. %. Medifi local,
femndum loc. Ub. i.
ibidem.
Ub. 5) . fecundam loe^
Ub. 6\ fecundam gra.-
Ub. 3.. fecundum loc.
Ub. Médicament, local..
Ub. fecundum gra. ^
4. de diffef. pulf.
Ub. cap. '/. fecundum loc:-
in Antîdot. ^
Ub. %. fecundum gra,
valemJ. $.c. fecundum gra,
Ub. ^. cap. 5. Medic, local,
Ub. de Medic. expert,
ibidem.
Ub. de •üîrib, centaur,
in Antidot.
Ub. $. cap. 6. Medic. locaL
Ub. f. cap. /. fecundum loc, '
lih, 3 . cap, I. fecundum loc,
Ub. 4.. cap, 8. fecundum gra,
Ub. 6. fecundum gra,
Ub. Medic. local,
Ub, 6. fecundum loc,
in Medic. localib.
Ub, 5?. cap. 6. fecundum he:
Jbid.lik.y
Ub. 4. cap. 7. de loc. affert.
10^
Prernîm Pmk* Chap. I V.
G A L I E N êft fj connu > non feulement des Médecins & G a l E N u s.
des gens de lettres 5 mais encore des hommes qui ont un peu
vu le monde, qu’il n’y aprcfque perfonne qui ne fçache qu’a-
prés Hipocrate, il eft le Héros de la Medecine dogmatique.
11 naquit l’an de grâce 130^ de Micon Geometre de Profeffion ,
àPergame Ville de la Troade en Afic , oii s’étant adonné à ^
l’étude de toutes les belles difciplines, il ne mit gueres à fe
diftinguef. Mais ce qu’il fit de plus confiderable pendant fes
études, eft qu’il tira les écrits du grand Hipocrate de la pouf-
fiere, & qu’il en illuftra la plus grande partie de beaux Com¬
mentaires.
^tp di Pergamoyil feguéiér inluifénié irme. fetr^rch.
L"ArUgttftjtfi'mframiydh&rnon>vile- neii.Trïemf.d'eiia
Ma breve è ehiam -i lo' duhiMa _ f^ma.
C’étoit un homme fi fage6£ fi modéré dans . fes pafions^qué Trauquii-
fon nom même fembk marquer la tranquillité de fon ame , liras >«A)ircVTranv
quoi-qu*^il fut fils- d’une maniéré de Xantippé , fi emportée
quelle mordoitfes' fervantés dans les tranfports de fa eolere.
Il eft vray que comme la feience enfle ordinairement , il étoit
fiperfuadé de fon mérité, qu’il ne laifioit pafier aucune occa-
fion de fe vanter , foiblefle allez pardonnable à un homme y
qui étoit en effet le plus grand ^^Philofophe , le plus grand
Mathématicien & le plus grand Rhetoricien de fon temps ; car
c’eft ainfi qu’Athenée en parle ^ & que Gefner femble le pein--:
dre après quélques auj-j^es Auteurs, Alexandre de Tral-
les étant allé jufques à l’appeller tres-di'vm y {cÀt ^ cqlmÇç. de là
fubtilitê de fon génie, ou parce qu’il fut révéré des Gentils
après fa mort comme un Dîeur* Tiraqueau n’avoit donc
pas fort grande raifou de ne pouvoir fWffrir qu’il fe fût efti-
mé un peu , ô: qu’il n’eût pas été infênfible : car quoi-qùc tant Dignus qui &h cm-
d’autres grands perfonnâges ayent écrit quelque chofe à fa gloir
re , ce qui femble luy faire le plu s- d’honneur ,eft^ que S. Jerô- daret , /. de^oHUt.-
me, qui n’étoit ni Médecin , ni exagerateur comme Alexandre ^
de Tralles l’appelle , , Saint Grégoire de
Nyfle, admirable , &le jurife-onfuke y k Pere& te Prince de^ Me^
» Gâlenus {fratcxca Fergamenus qui tôt càitîs libris Medteis , & PbiJofophicis Mediçi*
aam loeuplctatus eft ,ut fuperiorcs omnes à tergo rejiquerit j interpfecaiionis claritate
ac eloquentiâ vereram nuUi poftponendus. I.
^'^edicos cîoqacntiffimus , inter éloquentes MeHicus açatilSmas^ inter Utrofque-
aiiigçatiflimus,xinter QSjnc^ maximum. Gefner. in HHiethee^ _
iio mpùs de Medecmf,
decms. Il ne faut donc pas s’étonner fi un homme de ce cari:
dere , fe fçait bon gré dans Tes Livres de n’avoir jamais fre,
quenté ni negotians , ni gens de bonne chere , ni gens d’af.
faites J peut-être parce que ees derniers n’étoient pas alors fi
précieux que le font ceux de notre temps. Mais il faut fça-
voir, pour venir à l’Idiftoire de ce grand perfonnage > qu’étant
forti de fon païs ,ou il ne .fe trouva pas en feurecé pendant
une fedition,U fe retira à Jlome,5c qu’il s’y fît dés amis êc Patronsj
& entr’autres Eudemus Peripateticien , Alexandre de Damas,
^ Sergius homme CQnfulairevBarbarUs oncle de Lneius Verus
un des Empereurs 5 de plus les ifluftres Confùls Boëtbus ^
Seyerus qui le firent connoître de rEmpereur Antonin j parcci
ditrHiftoire.quilsleGGnfideroienteommeunautreOracle..
d’ Apollon le Py thien. Mais pour tout cela il ne f^ifia pas de re.
tourner à Pergame, quan d il fçût que la fedition étoit âppaifée,
de crainte que^foslConcitoyens ne trouvaÇcnt mauvais qu’il de¬
meurât incommutablement à Rome> Neanmoins quelque temps
après , fé voyant prefe des amis qu’il ay oit dans cette capitale
monde vil fe laifiâ' vaincre à leurs perfiiafions, après
avoir mis ordre à fës ai^ire^ ^ & pMs congé des Magidrats -die
Pergame , il y retourna , &Gela luy réüfiit admiîàbiçmettt ; - pai
ay arit guéri P Empereur, qui regnoic feul par la mort de Verusi
^une maladie fort çonfiderablc, 6c enluite le jeune Commod^
fbn -fils réduit à Pexticmité v il fe vit. en Ü grand crédit que
P|mperaÉrice Eauftine , quiPadmir^it', youlahi: Juy donner des
marques publiques de feu eftime > fe moquoît hautement dé
tous les §eâ:ateürs de Thefiralf qui étoient alors à Rome , les
appellans méthodiques de nom &de pâroles> De plus le jeune
Commode setanjc feuvenu ' de - luy aptes qu’il fut parvenu a
l’ Empire , yqulut^ Phonorer d’uné' ‘Statui qu’il; fit érigor; à fa
mémoire. Et cefi: ce qui luy attirâ-enfin l’envie des Médecins
d.e Rome 3c des environs qui le pourfuivoienc avec tant d’ai>
greur, & qui gardoiént ii peu de mefiires dans leurs perFecur
tions , ne fe crut pas en fort grande feureté pour fa vie,
Auffi eu-ce pour cela que pouffe d’un j iifte reffcntimen t, il n’en
m. ds picfsnh. parle dans fes Livres que comme des Scélérats , êc des peftés
du genre humain , tant ils avoient peu d’humanité. Quant
aux Médecins qui ont entrepris, de cenfurer quelques-uns de
fes Ouvrages ,fqit ceux de fon temps , ou de celuy des Ara-
h^s^oudes derniers fiecles , ils nfent pas manqué de réppoFç??
Prernieré Pmiê> Ghap IV. n i
tant le plus grand nombre & la plus faine partie des Méde¬
cins &;;^des- Phiiofophes , s’eft fait honneur de défendre fa do¬
ctrine, qu’on n’a fait qù’illuftrer& éclaircir par les belles dé¬
couvertes qui fe font faites dépuis , & particulièrement de nô¬
tre temps-danï les trois- familles* de la nature. En effet , qUoy * Animaux , vegc-
qu’on veiiille dire, n’a-t-il pas beaucoup fait ^ d’avoir furpaffé «ux & mincianx.
tons ceux qui l’avuient précédé? Pou voit -il fça voir coûtés
chofes ? Car fans m’arrcter à tant de critiqués qui l’ont attaqué,
je diray feulement touchant le dernier de tous , que non ^ ^
lement il n’a pas pardonne au grand Hipocràte i mais qu il m neifuo Parere
pouvoir ibûtenir fon Syfteme , fans attaquer tous les grands .
l^hilofophes & Médecins de I-antiquité ) comme nous le ver¬
rons cy-aprés. Venons donc maintenant au jt autres côntèm- "
poraiiis ,& enfuite aux fticcefTeurs de Galien, ô: parée que
nous avons marqué ey-deVanc un Hartianus qui ièurUToit art'
temps de' l’Empereur Augüfte , marquons icy cè
M a r t I A N it’s contemporain de Galien , qui récent un Màb:ti Axiii
affront feafible-da&s la cmrè dune maladie Vpoùf âyôir voulu
fe jouer a ee grand Médecin , de même qü’rî il
A NT IG E NÉ s Medéèin , hâbleur y moqueur 6c calomnia^ Antigenés.
t'cur de prôfedion , mais qui s’en trouva mal, comme on le peut dé^rAcagnit.
voir dans la narration qü*il en fait. adBpigtn.
Héragéien eff encore un ‘ contempôÉâin dé Galien , HÉiACLiA-
qui enfeigna la Médecine a Alexandrie^ • / . . . nus.
D EM £ T R lu s premier Médecin d’Ahtônirï lèÉiéaXÿétok DEMETRiuX
encore fon contemporain ôc ami. Il yr a de- plus un BérnétriuS
d’Apamêe Seélâteur d’Herophile 6C un d’Attale , un de Bythi- v. AHdrTiraquH. ,
niCv nn furnommé GhlôruSy un Nigrlnus^ h l’Arçhîatréli’Anto-
nin n a point été quelqu’un de ceUx^la, pour ne point parieÉ
de quelques autres modernes.
J u L lU s Pollux ne doit pàà êtré-ôUbîié icy pbtir avoir fait JtiÉius
un fort commode pour lés Medécins.
P O s T B IP PE fut un fort nnl-heureuX Medeein , puif- PôsiDippus.
qu il fût {bupçonné d’avoir empoifonUé L. VéruXj dé la ma¬
nière dont' nous parierons dans la féconde partie de cét 0u-
S'OLON.^
auquel Càlen. Medic fe^
a ehéore cundK-iûc.i. 5 r,:i;
..,..wv4.www uvjüi iid-tir uo uycie, eeun ae 2»mvrne. ^
M a rc EL PUIS de- Seide dans la Pamphilie / roetfe
Solon furnommé DiætariuS-éff un Archiatre
GalienàadrejSele Livré âe RetiiednsfkîÏÉf^M^. li>
ii2 EJJais de Medecme,
v. suid.inUxic. Médecin ) vivoit fous les Antonins , & écrivit 24. Livres cô
terf.TovirüÂn'!'^ vcrs heroïqucs de la Medecine, dont il ne refte que le, Livre
de fifeibus,
Theophilus Théophile eft le nom de quelques-uns de ces Mede.
çins qui commencèrent à défigurer les écrits de Galien, de-
V Rioîm Anthro troifiémc fiecle jufques au quatorze : car nonobftant
pgr.iib/i.caf.6. Ic foiu quc prit l’Empereur Julien de faire un ramas & uq
choix des meilleurs écrits des Médecins, il en pafTa un fort
grand nombre fous le nom de Galien. Quant aux fiecles fui*,
vans chacun fe mêla j ufques aux feize & dix- fept , de faire des
yerfîons de fes Ouvrages , avec des Commentaires à fa fantai-
lib. de différent. jQg nianiere : car ce qu’il y a de meilleur eft des deux der-
sj/mptomat. niers. Pour nos Theophiles, Galien fait fort grande eftime du
Médecin de ce nom, donc il nous dépeint le délire 5 mais pen¬
dant que nous fommes fur ces Theophiles , je croy que nous
pouvons mettre icy, quoi-qu’il n’ait vécu que dans le quatrième
Siècle , ,
Theophilus Théophile Protofpataire. Il écrivît cinq Livres de la
Frotpfpatnr. fabrique du corps humain , & fit un Commentaire fur les^ Apho-
rifmcs d’Hipocrate. Quelques Auteurs luy attribuent un-Livre
des urines , un du poulx , & un autre des excremens , fùrquoy
on peut confulter Gefner ôc André Tiraqueau.
Sèxtus s EXT us Émpirieus, vivoit dans Te deuxième fiecle, en
Fmpirhus, Tcputation de grand Mathématicien & Médecin ,auffi Galien
r ' en fait-il grande eftime, quoi- qu*iTfut une maniéré d’Empi-
rique, Diogène Laërce le fait difciple d’Herodote le Pneu-
. matique. Il y a encore un Sextus Platonicien qui a compofé un
Livre de la Médecine des animaux,. Pour Sextus AfFer, il n’y
a point de Médecin de ce noni dans Galien : car le Chronolo-
gue de ce liom , qui félon y oflius a compofé quelques Ouvra¬
ges de Phifique , a été confondu pat André Tiraqueau avec
nôtre Empirique.
Philagkius . 1^ t a o Mus de Lycic, ou félon d’autres de Macédoine,
LyciHs. vivoit peu de temp^ après Galien ,il pratiqua la Médecine à
î4aerenfîs Mpirat/t Theflâlonique , & fît un Commentaire fur Hipocrate, outte
did-us, quelques autres ouvrages marqués par Gefner & Vanderlin-
_ _ ucn , aufquels on ajoute un Traité de Remm Calculo Phih$ni
chHfi. jîi; ex J». (jr^rchiç:em5 y dont le Manuferit eft dans la Bibliothèque du
Roy à Pans , & dont qn voit de? fragmens dans Æce, & dans
Mefue.
Ablaeius
Premere Pttnîe. Ghàp. IV. iij
A B L A B ru S dl: un Médecin du même temps , qui n’eit A B l a b i u s
gueres connu que par une Epigramme de l’^uhologie, 6i ^
Ton Commentaire i mais apparemment plus Hiftorien que ,„
Médecin. ; .
RhaMnius Fannius ou Fanmus vivoit dans le troilie-^
me fiecle. Il étoit difciple d’Arnobe Se fça vaut Grammairien > lanninus.
& Poëte , témoins les vres fur des matières de Médecine ad-
dreffes à Laétance , dont à la vérité il ne nous refte rien car
pour fon Ouvrage de Ponderlbus menfaris , c’eft. peu de chofe.
P HiL O T H EU s n’étoit pas éloigné du temps de Galiem Philotheus
Il fit un Commentaire fur les Aphorifmes d’Hipocrate., qui a ^ ^
été traduit en Latin par Ludovic. Collado. On luy attribué thec.&Tirlqûel
quelques Ouvrage^ de ce Théophile qui a fait un Livre des m nomencUtur
urine^,, jiiCques à croire qu’il n’eft autre chofe que celui-là.
A L £ X am d R e eft un certain Médecin du deux.& troifié- Alexander,
me fiecle, lequel ayant été mandé par le Philofophe Peregri-
nus-^, pour le foulager de quelque indifpofition, en attendant
le jour que fa vanité avoit indiqué pour le voir brûler aux
jeux de la Grece j lui répondit que fa maladie étoit aflez pe-
rilleufe pour n’avoir pas befoin d’executer cette belle refoîu»
tion , & qu’il n’avoit qu’à la laiffcr faire s’il étoit fi las de
vivre.
C A L L I M A Q^E Mcdecin des Bandes Impériales , n’eft Ca l l i m a?
gueres moins ridicule dans Luçien que Peregrinus , parce qu’il chus,
prétendoit , au fujet d’une Hiftoirc touchant la guerre Par-
thique qu’il vouloit: donner , que c’efl particulièrement aux
Médecins d’écrire PHiftoire , comme dlfciples d' Efeulape fils
d'Apollon , Pere des Sciences é‘ EroteSfeur des Mufes-, quel compte ■?
Car quant à un autre Callimaque qui a écrit des Couronnes ,
il étoit plus ancien que Pline , puis que celui- cy luy aflbcie un
Mneftheus,
Alex a n d r b d’Aphrodifée vi voit du temps des Anto- A L E x A N-
nins. Il a fait des Ouvrages marqués par les Bibliographes , ^ £ Aphro^
dont les Manuferits font dans la Bibliothèque du Roy à Paris,
Mais ce que nous en avons de nouveau, eft un Traité des fié- ^ '
vres que Monfieur Emeric Bigot de Roüen , fi connu des fça-.
vans , a trouvé dans la Biblioteque du Grand Duc de Tofeane,
& dont la Tradudion a été imprimée en divers lieux.
^Dathnus d Ephefe, un des convives introduits par Athe- Dei^nefi^hifi. /iÿ.
, étoit un fi fameux Philofophe Académicien , 6: fi grand *•
t P
J 14 Bffkis de Médecine,.
Médecin qu’il mérita, lelon cét Auteur, qu’on luy réndir d^s
honneurs divins. Rufin de Nicee eft pareillement un de ces
connives.
S JE R E N U s Sammonicus écriv'it quelque chofc de rHiUoU
S ErE N U s, naturelle, qui n’eft pas venu jufqu’à nous pratiqua fore
heureufement la Medecine. Bel elprit , bon Poëte , bon Me- ■
decin , & né pour la Cour , oii toutcsfoisdl ne fut pas heureux:- .
car le cruel Empereur Caracalia le fit mafï'acrer dans un feftin,
fans raifon. Saint Jcrômeôc quelques autres Auteurs en font
grande eftime. Il avoit commencé une Bibliothèque que fou
fils Qaintns augmenta de quantité de volumes, de même que,
, celle du jeune Gordien Empereur, dont il fut Bibliothequairé
Sc Précepteur. PI eft vray que Conigius .Vofliiis & quelques
autres luy attribuent l’Ouvrage: en vers de Re MedJea 3 mais,
d’autres le donnentàfbn fils, qui étoit Poëte ës Medecin Gom-
meluy.-
Flavius., F l a v ru s Grammairien Medécin dlr temps de l’Empé--
reur Dioclétien , fit quelques Ouvrages de Medecine en yerSj.
dont Saint Jerome parle dans fon Livre des EGrivains Éecle.i
fiaftiques, ëc dans le fécond contre loninien.-
Z ENo Cyprins.. Z £ N o N de Cy pre maître d’O ribafe , eft bien different de:
celuy dont nous avons parle cy-devantr, puifqu’il étoit Mede*
, cin Chrétien, & qu’il fut exilé pour la foy: Mais les Citoyens^
d’Alexandrie ayant intercédé pour liiy , il fut rappelé pâf
l’Empereur Julien , qui luy écrivit une lettre fort obligeante,
le remettant dans tous fes biens & honneurs , & dans laquelle il
fe fçait bon gré d’avoirrendu Zenon àla ville d’Alexandrie,
ÔC Alexandrie à Zenon.. ‘ ' •
P H r L u’M E Nus ou PHilomcnus eft un Médecin de eé
Éunafîtis in vitis
Shilofoÿh.
Ann.
/ P H I LU M E-
NU S-
M AGNUS
Antmhentts.
temps4à,. dont les écrits font alléguez dans Oribàfe, 'prallieO'
& Æcc ,.&: marquez dans toutes les Bibliographies de Méde^-
cine maîs' parce: que nous avons^ marqué ei-devant qu’il fe
trouVeplufieurs Magnus Médecins , il eft à proposée remàrqtief
encore îcy , comme nous avons fait ci-devant en paftant , qn^
M a g n u s d’Antioche difciple de Zêiion , dont Euâapin^
fait mention, étoit bien moins un Medecin,qu’ùn Diaiéâ:iéléé
vanceur & hâbleur, & que comme Eunapius étoit' Payeh
ne faut pas s’étonner s’il le loué d’avoir enfeigné à Aléxàiidri^»
avec tant de réputation, qu on y accouroit par nier &pârtêrr^>
pour le voir & pour 1 entendre : car c’eft pour cette même fah
^remre Partie, Châp. IV. ii|
fon qui! en eft aipfi parlé dans rAntholog'ie.
Frdtrepdus Plm Magm veniente fub Orcum
Befmctûs ymquit .qui nv acabit adefi,
Paulin de Scithopolis étoit compagnon d’étude de Por-
phire qui enfaitlnention dans la vie de Plotin, &par confe-
quent different de celuy que Galien & Pline allèguent.
Z E T H u s Arabe de naiffance ne nous eft connu que par le
même PorphirCj qui en fait mention dans la même vie.
O MB A s £ de Sardes, félon Eunapins de Pergamc, fut
Médecin de l’Empereur Julien l’Apoftat , auquel il dédia fes
Ouvrages. Car pendant que ce Prince n’étoic q^ii’un particu¬
lier, il fit quelques brigues qui ne furent pas inutiles pour le
faire parvenir à l’Empire , ôcc’eft pour cela qu’il le fit encore
Quefteur à Conftantinople ., mais ce qui marque davantage le
mérité de ce grand perfonnage , eft qu’ayant été exilé par le
fucceffeiir de Julien & dépouillé de fes biens , il fit tant paroi-
tre de confiance &de force, d’efprit jque lès Barbares parmi
lefiquels il fut releguê , le refpederent comme un Dieu. Aiifli
fut-il rappelé quand lemenfonge eut fait place à la vérité , &
rétabli dans fes biens, dans fes honneurs , apres quoy s’é¬
tant marié richement, êc noblement, il eut quatre enfans de
fon époufe, qui luy firent honneur. Voicy ce que la pofterké
,apenfé de fa perfonne 6c de fes Ouvrages.
Juliani Regis Meâiçus celeberrimuSi hic efi \ ^
Dïvus Oribafius dignus honore colL
Providm m(l:ar aps .^veterum mommenta prerrms%
Ex variis unum nobile fecit opisl,
DI VI O RI B A su QU EM IMMORTALEM PROPTER A RT EM
SÆPIUS REVERÏTA VITAS HOMiNüM REMITTEBAT PARCA.
loNicus de Sardes , fçavant Médecin , Chirurgien êc
Pharmacien, Sc de plus Aftrologueôc Poète , eft loüé par Eu-
napiüs, Scplus particulièrement par Oribafe fon maître pour
tant de belles qualitez.
-A s T ON à la vérité^ eft qualifié Médecin dans le Poète
Prudence 5 mais ce n^'étoit quim Chirurgien, ou pour mieux
dire qu’un Bourreau , puifqu’il fe fervit de fon Art pour arra¬
cher la langue à Saint, Romain.
Ariflo quidam MedAcus accitus venit
Proferri linguam pacipit^ profert fiatim
Martyr rete^am pandit ima ^fauciam
Pij
Pauhnus
Seithçfelitas*
Médicament, loc»U
lib. 8. cap. 8.
Z ETHUS,
O RIBASIU-S
Sardianiis.
Eunapius in vltià
Ehilofofh.
Suidas in Uxie:
Fhotîum in Bi-
bliothec. ^ Antho.
leg. lih. i ,
Severevic, in Eft.
ftolic. qu&Ji. f. 44.
I O N I G Ü S
Sardianus.
A R ï S T O.
in Marîtria SanBi
Romani.
jk; Effais de Medeclne,
Jlle&palatUM tm^^at(jrdigtto€xi(umi
Percummvuheris explorât locumy
Linguiim deinde longé ab ore protrahens
Scapellum in uÇque gmttir infertans agit.
Nbmesius. Ne m ESI us vivoit dans le quatrième fiecle. Il compofi
un Livre de la nature de l'homme, où il cft traité ‘des parties du
corps humain , &: c’eft pour cela qu’il eft mis au nombre des
Médecins par Vanderlinden, quoi-que le bon Evêque ne foie
cité communément qu’en qualité de Philofoplie.
Mab^cellus M a r c e l l u s fleuriffoit à peu prés du temps de Ne-
Em^tricus. m-efiLis. Il nâquit à Bourdeaux , êc étoit , fi l’on en croit Scali-
ger , Pirrhonien de Secte , c’ell pour cette raifon , "dit ce
sczligerma i p ïç^vaiit Critique , quc n’ofant faire profeffion d’aucune fcience,
1.14, * ‘ il fe fit appeler Empirique. Qj^i-qu’il en foit , il eft certain,
qu’il fit un Livre des Medicamens confirmez par l-êxperience,
qu’il dédia' au jeune Theodofe , homme au refte de diftinétion,
puifqu’il eft intitulé Julufier ex magno offleio Theodofii -, & ami
d’Aufone, qui n’a pas manqué de le faire valoir comme fon
compatriote 5 mais pour tout cela pas moins grand copifte dé
Scribonius Larguu : car quant à ce Marcellus cité par Æce,
Paul Eginette & Trallien , jecroy., avec T iraqueau , que c’eft
le même que celui-là.
Theodorus Théodore Prifcien eft un Medecirnduquatriéme fîc-
firijcimus. de- Il eft qualifie Archiatre , & a écrit d’ane maniere qui prou^
ve que la langue Latine n’étoit pas encore fort corrompue en
i ce temps-là- On peut voir la lifte de fes Ouvrages -dans leS'
Gifner. Tàfch/ii. Bibliotliequcs de Médecins , & s’il eft le même que rOdavius
GÆ. vànderimd. HoratianusiCommc l’a crû Otho Brnnfelfiusi mais il nefaut pas
A»dr. Ttraqite . qu’ü invedive Contre ces efprits pointilleux &ces
prétendus Philofophcs, qui d.ifputent de la Medecine avec plus
d’opiniâtreté que de raifon , èc qui ne fe rendent- jamais ;
^ lâicta fecund^m qu’Ü fait moios d’eftime de ces gens là , * que de Paifans qui
heéens entre^dans l'exercice de cét Art y avec^ dejfein de fe rendre.
prAfertur sop t a. ^ qii on leur aurait fait mir d'âjfure' y penfée toutesfoi-s qu’il
H campon a prifc de : Galien .,,comme le. remarque Sv mphorian. Campe-
myfior.lih.4r. -i- J r r
Timotheus- T I MOT HE 'e l’ancien étoit Médecin du Roy Mithrida^
te 3'mais quand àdduy du cinquiéme'fiecle ,il étoit frere de
Kéinefi Kov* Re. Thcodôre Pofcien , & difciple de- Vindicianus fi eftimé de
. Saint Auguftin . ôc c’eft apparemment celuy dont nous .avons^
Prmïeré partie. ny
cette infcriptioii : troilvéc dans Saint Paul de Rome en la voyc ,
d’OÆie.
LOCVS riMOTHEI ARCRIATRI
BTPA^L^JNÆ.
D O RU S Médecin des Bandes , fait une figure bien hon- D o ru s,
ceufe dans Ammian Marcellin , oùtl paroit comme un lâche .
& cruel délateur pendant la Tirannie de Magnentius : car
chaque Bande avoir en ce temps-là fon Médecin , comme il ■ ■
paroîc par quelques infcriptions , & par quelques endroits du
Code de Juftinien.
Genn adïus eft illuftre par reftinie qu’en fait Saint Gennadius
Auguftin , ayant exercé la Medecine à Rome &; à Carthage Gennadius frater
av.ee un grand applaudifiement , 6c àce propos il ne faut pas nofter notiffimus
oublier icy cét autre Médecin, dont il parle dans le Chapitre
troifiéme du Livre quatrième de fes Confeffions , & dans le cus.qui nuncapud
fixiéme Chapitre du Livre feptiéme , qui le guérit dé la pré- Carthagincm de-
vention qu’il avoit pourl’Aftrologie judiciaire, & pour d’au-
très vanitez: cét homme, dis-je, dont il eftime tant la conduite præpoiiuit ut ho-
acFcrprit.
ViNDiciÀT^us fut premier Médecin de l’Empereur
Valentinien L miquel il dédia les Livres Meàic'mu exfertis Vi ndic i A-
ecrits en vers. Saint Auguftin l’appelle , le grand ôcilluftre nu s.
Médecin de nôtre fiecle , & le lonë particulièrement de fa pru-^
dence dans l’Epîcre 5 . à Marcellin.
Cleo bule n’eft gueres connu que pour avoir guéri S; Cleobulus.
Epiphane de la maladie qvie luycaufa une chute de deftus un
cheval.
J E A N Médecin dutempsde rEmpercurTheôdofe î. étoit
un véritable Médecin de Cour: car voyant qu’Epiâ;ete Méde¬
cin de cét Empereur, étoit mort , il penfa bien plus à occuper
fa place , qu’il n’avoit penfé à s’en rendre digne , employant
pour cela tout ce que la brigue , les prefens 6vles amis peuvent
faire en ces occafions. Mais comme il y a d’honnêtes gens par
^ut qui ne peuvent taire la vérité , Symmachus Prefer de
Conftantinople , écrivit à l’Empereur que c étoit là coutume
daflembler le College des Médecins pour prendre leurs- avis
ur ce fait, ce qui fut exécuté malgré les fol licitations dé
jean , quoi-qu’il fut de famille Patricienne. -
^ ^ ^ ^ ^ ^ Médecin eft different, fuivant quelques An-
*^rs,,de l Hiftorien de ce nom',fur quoy on peut voir le fen-
P iij
JO ANNE S..
Symmachtfs lib. i.
ififi. 2.6,-
Eutropius.
V. Vofium de Ht-
ftoric. Latin, l.
E4.IN APIUS
Sardi/tnus.
Vcjjlas ds Hiflor.
Gru. iii>. Z. c. ,i8.
EuK-epius in vitet
Proirefii.
Æschinjes.
"EltaTATHlU^
,F, pibliathe.c, J^Ae-
die. Schenck^
M £ l e T LU S ..
V. Gefneri Bihlio-
thec. ^ Sckenckii,
Gregor- Gyrald.
PrAfat. in Simeen,
§ithi verftonem.
Il g Mjjm de Meâecm, I
ciment de VoO!us,& de Janus Cornarius , qui tfQUvent zUtt ’
de convenance dans les temps , pour croire que ce Médecin^
rHiftorien font le même.
E U N A P I U s de Sardes , .grand Pliilofophe & grand Hifto.
rieii ,efi: mis au nombre des Médecins pour avoir fçu quelque
chofe delà Médecine. <^i-qu’il en foît , e’eft deluy que nous
ayons l’Hiftoire d’nn prétendu Médecin nommé
Æ s ,c û I N E s . f étais i dit- il , tomhé nuslfitde m , d?ort de
rsàuit en un état ji ^itoyMe f ar la fatigue de la Navigation j .
quon ne me voyait plus aucun figne de vie, lorfque le Médecin Æf j
chines,, qui fe tïouv^ la par h a fard priaJnes amis qu on luy lai f h
prendre foin de ma guerifin. En effet ^ ,quoi~qu il fût connu pouf un
\homme qui avait fait mourir -, non feulement tous les malades quil
avait entrepris ô mais encore t eux mêmes dont il 'd avait fait quesafr
procher ; oh luy permit de me faim violence pour faire entrer dam
ma bouche quelque rémede qî^il pertoit fur luy.ré' ).e ne l'eus pas Ji-tpt
avale, comme je l'ay fçu de mes amis la prefens y que mon ventre s'
tant ouvert. i je recouvray la paroMe ^" lo' veue^ difiinguant ceux qui
étaient près de mon Ut. Cf ainfi qu Æfehines noya le fouvenir de
fes fautes i de fes igmramés dans une cure ^qu on pouvait appeUef
unique ^ ér qu ayant été traité de Divinité dans toute la Ville df . i
thenes y, U repaffa dans l'Jfe de chio fa Patrie t ou il fut çonfidm
toute fa vie:, comme un dés plus grands Médecins du fiecle.
E U s T A T H I U s ed ce Médecin k T keologien auquel Saint
Bafile écrit une lettre fort honnête , ôc dans laquelle il loue
les hommes de fa profeffion , de la douceur & de lurbanité |
.qu’ils font paroître dans leur converfation. Il y a encore un |
Euftathiüs (^ercenatus dans Gefner quiaécrit quelque chc-
fe fur le Livre d’Hipocratc de natura humàna , k fur le jLivis ;
des Temperamens de Galien, écque le Dode Andreas Tir^- j
quellus croit n’ être autre chofe que céc ami de Saint Bafîle. '
M E L E T I U s & Pafînicus font deux Archiatres aufquels I? j
même Saint Bafîle écrit avec beaucoup d’eftime. Surquoy d
faut remarquer qu'il y a encore deux Meîetius dans les Biblio¬
graphes difFerens de celui-cy : l’un étoit Moine Grec conr
verti du Mahometifme , & Auteur d’un Livre de la nature às
Phomme , imprimé avec quelques autres- Ouvrages de MO"
, decins jPautre étoit , félon Lilius Gregor. GyraTdus, un au-
yre Qieç fon cont^m|>orain , qui fit divers Ouvrages de Medé' !
Première PàttîK Êüâp. IV. li>
eiiié. Mais je doute fi ces Commentaires fur les Aphorifmes
d’Hipocrate, gardez dans la Bibliothèque du^Roy à Paris font
de ce dernier 5 ou d’un troifiéme MeletitiSi
A u s O N E étob natif de Bafas , Au s ônïü?.^
ra[ates fatrm,feA faire Burâigâlm.
homme de diftincfcion , felori V offius Gouvêf riatr de Plllirlds .
quoi que Médecin. Car shl ne dédaigïîà pas de faire la Mé*
decine , il la fit ay ec tant d’honneur , que fon fils marque cette
eirconftance comme un des beaux endroits dé fa vie, ihpireM-
ehtuli ofem cUnBis fofcen0us àriis inemfu. - '
. Ojficmmqfié metim cum fietate fuit.
Il eft vray qu’il exagcre un peu fa capacité ^
Braàkm ée viiats homimm rattom medendf
Porrigere ^ amfUflcftre moras,
mais il n’a pas eu tort de lüy faire dire ce qui fuit.
Jnvidinunquam yCUfere aîque amhire refugh
Jurare aut fatfim dicere fàr habui.
Êt même de mettre en vers en fa faveur cetté bêlie Sentence^
d'Hipocrate.’
JFeltcem fcivi > non qui q[uod' vclUt haheref -, '
S ed qui f er fatum non data noB cupereti .
Expliquant au refte le long & heureux terme de fa vie en cét-
te maniéré ,
^ndecièi binas vixit Ôlymfiàdas' fîo. ansf
: A B s I R T us de Nieomedic, ôc félon d’au très de Prùfe A b s i rt us'
étoit Soldat dans l’Armée de l’Empereur Conftantin , 5c écri-
vit de là Vétérinaire &de la MedecineruftiqUe. On dit qu’il ^
vécut fix vingt ans. , . ~
T H EOF H I L E Médecin dû même fiecle eft diftingué THÉOPHifnS
par fa qualité de Comte, marquée-dans une lettre de S; Jean oiympanr dm^
^hx\^o^om&\^Theofhilus Cornes idemque Iviedicm, conîjf.
A R R I A T £ R ou Archiater eft allégué dans unè lettré Arb;! ater, •
de Saint Augiiftin par le Comte Darie , à propos de certain '
remedè.
A O NI U s étoit contemporain dé S^int Aoguftin , ôt AmmoKiuS,-
^etoie d’un certain; Innocentius , qui l’appela pour fhq.,
TT * YT Jjei
^ ^ Célébré dans rÈpître 58; de Saint Jean HiMETusi'
Cnrilo{tome,qùi luy addrefTe l’Evêque Sel eiicus affligé d’une ‘
toux dangereufeôc importune : car il le traité d'homme de bien')
A G À n U s
^lexandr.
Aconistus
fîifior.ÆthiofJib.
Chalasirjs
CLAUDlUSr
120 Ejlàk de Médecine, I
^ d'ami fmeere » ejt toujours bien aife de voir , foit en faneè o»
en maladie , tant on goûte de douceur dans fa converfation.
A G AP I II s d’Alexandrie , ayant quitté cette Ville où U
étoit né , pour s’établir à Conftantinople , Y ouvrit le premier
une 'Ecole , 6c ne mit gueresà fe faire riche. Mais fon temps
çft fl incertain que^Suidas ni Voflîus n’en marquent rien, non
plus que des Ouvrages qu*il compofa.
A c O N I s T U s, vray ou fabuleuX) parle Ci jufte dans l’HU
ftoire Ethiopique d’Heliodore de la Sympathie qu’il y a entre
le corps 6c l’ame ,ôc de ce que la»Medccine peut raifonnable-
ment 6c humainement promettre , que je ne puis le lailTçr
paflèr , non plus que
Chalasikis Mage 6c Médecin d’Egypte. Car il parok
fi habile dans cette Hiftoire , qu’il connoît la palfion de Cha-
ricléèpar la feule obfervation de fes yeux, 6c du changément
de fon vifage.
Claude Médecin du temps de Saint Epiphane , * eut
ISfifz Ehonneur d’être un des Juges d’une célébré difpute.
Diosgurus. JDio'score ou Diofeure n’eft pas moins ie nom d’un
Médecin en particulier , que Diofcùri l’efi: de certaines divini-
, tez Médecines , dont nous avons parlé cy-devant. Ce Diof-
AgutUidüh.^. de core étoit donc de Tralles , 6çpere d’Alexandre de Traliesi
-beiij Gothic. TralUen , 6c frere d’un Antemius Mathématicien , 6c de.
Théodore Grammairien: C’eft luy dont Saint Jerome parle
dans fEpicre a l’Orateur Magnus , 6c qui enfeigna la Mé¬
decine à ' j
Al exak d;er A l e x a n d r e Trâllien fon fils , qui fut Médecin de l’Em*
pereur Juftinien I. Il voyagea premièrement en divers païsi
puis il compofa les Ouvrages qui nous reftent , 6c dont les
Manuferks font dans la Bibliothèque du Roy à Paris. On le
loué de fon exactitude , 6c de la docilité qui le portoit à ap¬
prendre des perfonnes les plus fîmples , quand ce qu’ils difoient
étoit conforme à la raifon 6c à l’experience. Il y a tant d’autres
Âlexandres Médecins, qu’on peut voirie DoCte Tîraqueàu fur
cette matière.
Paul d’Egine ou Eginette, vivoit félon quelques-uns dans-
le quatrième ôc dans le cinquième fiecle , 6c félon d’autres dans
le fîxiéme , parce que ceux-cy prétendent qu’il a copié Ale¬
xandre de Tralles. Quqi-qu’il en foit, il fut furnommé le
J^inge de Galien , parce qu’il avoit bien pris des chofes de ce
nd
Trallimus.
rÇhriji. no-
P AULUS
j^gineta.
grai
Tfmim Partie- Chap. TV. izt
grand Medeein , qu’il inféra dans cét Ouvrage de Médecine
qui porte fon nom.
Æce d’Amide dans la Mefopotamie', homme de qualité , Æ t i u J,
a écrit en Grec dans le cinquième fieclc ^des Ouvrages de Amidtnm.y
Medecine, que Photius n’a pas manqué de critiquer : car il
faut fçavoir en palTant que ce fameux Patriarche de Con-
ftantinople > n’étoit pas ignorant dans la Medecine , mais on ne
laifla pas pour cela de les préférer à ceux d’Oribafe. Quel¬
ques Auteurs le placent avant? Paul d’Egine , parce , difent-ils,
qu’il le cite. Mais quant à ceux qui l’ont confondu avec le i
fameux Heretique de ce nomiqui vivoit au temps de l’Em¬
pereur Conftantin , il fe font manifeftement trompez. L’er- 1
reur vient de ce que cét Hérétique fe mêloit de la Mede¬
cine, par od il entroit dans l’efprit des lîmples,& faifoit va¬
loir fes fourberies, ^ar il ne faut pa§ oublier à ce propos que
Philo llorge ne laiffe pas de le peindre , quoi-qu’il ne fut
qu’un ignorant , comme un habile homme , jufques à le faire
triompher de fes adverfaires , & mêmes des maladies de l’ame
comme de celles du corps j qu’il traitoit, dit-il, fans intereft.
A quoy il ajoute qu’il avoir appris la Medecine de Sopolis Mé¬
decin Grec, le plus renommé de ceux de (on tempsi & tout cela
parce que Philoftorge étoit Heretique comme Æce & fon
partifan : car Saint Grégoire de Niffe, qui fe connoifloic en
efprits , tranche nettement que ce Sopolis n’ étoit qu’un Char¬
latan courant le païs , qu’Æce n’avoit fuivi que pour en ap¬
prendre quelques fecrets,à lafaveur defquels il faifoit Ic^rand
Medeein. Mais un autre
Philostorge different de cét Hillorien , étoit un Philostor^
Medeein effedif de ce temps-là, pere de Philagrius & de gius.
Poflîdonius , deux Médecins du même temps , ôt habiles, fî Pon
en croit Philoftorge l’Hiftorien. Au refte Andréas T iraqucl-
lus , qui fe perfuade par un paflage d’Æce d’ Amidc qu’il a été
Chrétien, fait encore un Ætius Sic^mus^ Autçur d’un traité de
Atrabile.
E L P I D I U s étoit de Milan , Chrétien, Diacre de PEglife, ^ ^ ^ 1 î « ^
&un des Médecins du Roy Theodoric jmais il fut malhcu-
reufement envelopé dans l’affaire de Boece & de Symmaque. dT^lLgotUe,
Quelques-uns croyent quec’cft le même que ce Ruflicut EU
ptdwsmr clarîf é'/»/«/m,Quefteur & Auteur de l’Hiftoiredu ^0- *•
yjçiix & du nouveau Teftament en vers , & des chofes mira- siiiiethee, Gtfntr.
- 0^
112 EJJais de Meiecke.
culeufes que Jefus-Chrift a opérées , 6c de plus d’un Traité dç
la cônfolation à la douleur qu’on a perdu.
Dionysius Denis autre Diacre 6c Medeein faifoit la Medecine à Ro,
viacems. me, en un temps où les Chrétiens avoient befoin des Miniw
lires de rEglifc , 6c de ceux de là Medecine , pour leur con.
folation.
Hk levita jacet DionyJIus mis honefijs,
Fun^us Officio , qmd Medicin/i> deflet.
Et à ce propos il ne faut pas oublier qu’Ifidore a écrit qu’il y
M0.i9o.lib. I. avoit de fon temps un autre Diacre Médecin nommé
D O R O T H e'e , 6c par confequeiit fort different de ce
Dorotheus Dorothée Médecin , dont Phlegon affranchi d’Augufle parle
Thleg de mirabi^ * J^oYotheus Mcdicus retuUt in Comment mïts ^Alexmdriàs k
lib. c(tf. xe. Ægypo Cmizdum feperijfe fœtum conditum mimeuH emf^. ; car ce-
lui-cy eft le'Dorothée que Pline a cité, lib. lo. caf. 8.
G E s I U s G,e suis Médecin Chrétien, étoit natif de Pecra en Ara-
^ vivoit dans le cinquième fiecle en réputation de grand
Médecin. H conyainquit le Juif qui luy avoit enfeigiié la
Medecine, de la fauffeté de fa Religion , 6c le gagna avec
tous fes Sectateurs au Chriflianifme. Ainfi Dieu bénit toutes
fes bonnes intentions , car il fit une grande fortune à Rome,
6c s’y vit en fort grand honneur. Il eft vray que Suidas l’a
peint comme un homme vain , 6c qui le portoit un peu trop
haut 5 mais quoi-qu’il en foit, il fit une action bien noble &
bien Chrétienne , quand il cacha Homifeus, que l’Empéreur
Zenon cherchoit pour le faire mourir injuftement , le recé^
vant dans fa propre maifon , 6c luy donnant enfuite le moyen
de fe fauver j 6c enfin, luy rendant les derniers devoirs quand
il eut appris qu’il étoit mort pendant fa fuite; C’eft ce Gefius
^ «d Cülcem fhi- àon.t. parle Zacharias le Sophifte * ou Scholaftique depuis
hcaiiAOrigenis. ^ Evêquc de Mitilcne , dans le Dialosiie où il l’introduit avec ’
himhec. deux autres , 6c ou 11 le traite de grand. Medecm.
E U D ox I U s, E ti i> O X I U s eft cét habile Médecin , mais fi feditieux , 6C
ilcfper.mçhromç. ^ intentionné , qu’ayant excité feul une fedition dans Bag-
Hi/or/ dec, il fut obligé de fe retirer chez les Huns.
S YRI ANUS. s Y R I A N U s eft un Médecin Grec . du: cinquième fiecJ'e ,'
qui a donné quelques , Commentaires fur la Metaphyfjquéj
d’Ariftote, 6c que Sidonius Apollinaris marque avec un autré;
nommé Theodofe en une des lettres qu’il a écrites à fon frerC:;
Jus xusk -, Jus:Tus:yiYoit en cejrnême fiecle ;eh réputation de glâ:nd
Première Partie, Chap. I V . 113
Médecin 5 mais le même Sidonius ne laide pas pour cela de le p
divertir un peu à Tes dépens , le loüant d’une maniéré & en des
termes qui font douter, s’il parle de fon adrclTeaux Operations
ehirurgicales , ouà attirer manuellement l’argent des mala¬
des 5 mais voici trois ^dcdecins dont on peut ecre embaradè ,
parce que comme ils s’appellent tous trois Jacques, & que les
temps & quelques autres convenances , font pour Tunité , on
pourrdîc croire qu’il n’y en a qu’un 5 mais voici comme on les
doit ce me lèmble diftinguer. ^ : = : ; ;
J A c ou E S de Damas fils du Médecin BefyGÎiiüs eft J a c o b u s
nommé Pfîchriftus ou Pficochriftüs j parce qu’il Te fer'voit de Damafeems.
remedesjadoucilTans & humedans dans la douleur des maladies.
Il fit la Medeci ne à Confiant inople fous Leon le -G rand avec
tant d’honneur & de fuccés'y qu^od le nomn?a Sm'^eur ebmmé
on avoît fait Ton perc,^êc-'que Suidas n’^a pas-fait de diffiGul^^^^^
de le traiter de Saint/ ^u contrai^^ .
Jacques Grec d.e nadon fe trouve Païen de Religion j t ^ ^ O î u s
&par conTequent different dexelui-là,qu6i-que fon contem-* Achivus.
porain. dn dit de luy qu’ayant été appelé pour la maladie de ^ o , : ' . ^
Leon , ilTe plaça dan^le faüteüil du lit-Imperial , êcque- cette ^
liberté furp’rit tellement' les Côurtiîans^qiPils firent ôter ce fié-
gc de Ta place 5 mais que ne fe fentanr pas moins indigné
contre eux , qu’ils paroifToient i’êcrc contre luy , quand étant
retourné voir Ton malade il ne tfoü via plus où- fè mettre- avèé
commodité êc dignité , ilTé jetta: für4é%ord du lit Impérial, 'Marcellin. Comet
difànt hautémènrqu’il avqit appris des plus anciens & habiles m chrome. indisP.
JurifcOnfultes, qü’H poüvoit s afieoir par tout où- on avoit b^ ^iLeo»e/iioCe»~
foin de luy , fans difUnélion de qualltez. ■ ;
oJi.E-s 'd’Âlëxandrie eft remarquable dans Photius par J a c c) bü s^
des faits qoi Ué-paroiffenr pas touS^^er'itâblés.- Car outré qu’ôn Aiexandrmus.*
luy atttibuë dans cét Auteur la cure'd’üriê infinité 'de mala¬
dies extraordïnairès , on luy fait même dire c[u’il a veu une
femme à laquelle les dents étoient tombées 'Cn éternuant/
Mais ce qui! y eut -d’avantageux pour ce Médecin, 'cfl que
quant il-arriÿa à Gonflanf-inople ,'îl y trouva 'des Médecins fbrf
ignorânSvqui ne faifoidnt que badiner Sc vetiller auprès dés'
malades, au lieu de les traiter ferieufeméne, &avec application
& méthode. Mais je ne fçay fi fa méthode étok meilleure que
ceUe que l Auteurcîté par 'Rhotiusv blâmé dans ces Medeciris:
car U ne faigtiûkqâmais, fo^ontèntàîK de 'baigner i de purger,
QJj
ÂSCLEPiOi-
PPKJkxmdr»
mtur, lih,
Ï3.
A G A Z p. .
Athtnienjîs.
Î^E T:R,U,S,
0reg. TurùTttnf.
Effals de Meâecine,
& de faire obfcrver une diete exquife aux malades : St quant
aux maladies chirurgicales , particulièrement aux ulcérés , il.
ne fe fervoit que du fer St du feu. Ce qu’il y avoit de noHc
dans fa -pratique St dans celle de fon fils, qui le fui voit, eft
qu’ils ne prenoient point d*argent , qu’ils exhortoient les ri¬
ches à avoir foin des pauvres malades, St qu’ils fe contentoient
de quelques mefures de bled, qui leur êtoient fournies du
public. C’eft fans doute: pour cela qu’on érigea des Statues
au pere dans Athènes , qui conferverent même longtemps
tous les traits d’un homme d’efprit , quoyqu’auftere ôtxefervé.
Neanmoins on ne laifla pas de douter de la Religion du perc
& du fils , puifque quelques-uns allèrent jufques à les croirç;
non feulement impies, mais mêmes Magiciens , qiioi-que d’au-,
très fe contenMirent de les, croire , fimplement Payens. Car
quant aux Auteurs des derniers fiecles , R entre autres Cafau*
bon, ils ont écrit qu’ils étoient Chrétiens,, & que le peuple, qui
blâme tout ce qu it:ne peut comprendre ^ les crût Magiciens,
Quoi-qu’il en foit;^ le peru
A s G L;E P ï O D O R E d’ Alexandrie , Phiiofophe , Mcdecin,-
Muficien , 6t félon Photius, Théologien., mais d’une Theologiè
Payenne^. On dit^ quant àfa méthode j qu’il mit PEllebore ca
pratique 5 mais que quant aux Médecins, il n’eftimoit quc.fon
maître. On ajoute qu’il eut la curiofité d’entrer dans la ça-
verne, pu étuve de Hierapolis y êc qu’aprés en avoir confideré
la Itrudure j il en imita une fcmblable avec des métaux, dont-
il ménagea fort artiftement le mélange i mais il fut enfin fi mal¬
heureux, qu’il fenoya dansle Meandre. Aquoy fil faut encore
' ajoûter que Pline marque un ancien Médecin de ce nom.
A G A Z O d’ Athènes eft connu fous le nom d' Ex^mmentatir
dâns Tetrus de jêpom j mais-comme fil ne marque pas fon- fiecle?
ilefi: d’un temps incertain. v< ^
P I ER R E eft un Médecin du cinquième fiéclc i en faveur
duquel Theodoret écrivit deux , lettres ^ une Lan .Ædihemf
homme illûfire ■> & de qualité-àdLm la V;ille de Gyr^cb
l-autrc à Apella , homme de pareille diftindibm, dans léfqu^*;
les il les afilirc que ce Medêcin mérite ;qu’onTé ;confîderef:
tant â caufe de fa capacité , que pour fia maniéré. noble avec:
laquelle ii exerce iâ Médecine. Il y' a encore un Pierre :4n>
fcptiéme.fîeele j,Médecin de •Thiérrf ou Theodoric Roy
ïraneç., jquljQüoit..a4|çi4ehefâ;avçeJ^imtade:f^^^
Première Partie, Chap. IV. Ii5
Reine Bmnehaudt , lorfqn il fut enlevé par les Barons du
^ M^a rTl elfe étoit, felonquclques-unsj Médecin Arabe j
mais il ne fut pas heureux dans fon emploi , car s’étant donné
au Roy de France Chilperic , il fut fi maltraité par Meroë &
par Gontran , qu’il fut dépoüillé de tous les biens , & fa famille
réduite en une maniéré d’efclavage & de fervitude j heureux
avec tout cela , de n’avoir pas été aflbmmé pendant qu’on le
pourfuivoit î Riolàn a donc tort d’avoir voulu foutenir que
Marilelphe n’avoit pas été Médecin de Chilperic, puifqiic Gre*
goirc de Tours marque le contraire j mais à ce propos il né
faut pas oublier
Nie O L A s &.D O N A T , CCS deux innocens Médecins que
la cruelle Aüftrîgilde, femme de Gontran Roy de Bourgogne,
fit égorger pour n’avoir pas guéri ce Princei
Re O N A L eft marqué dans Grégoire de Tours , comme
Médecin de Sainte Radegonde , & comme habile à câufe de
la Caftration qu’il fît à un jeune garçon, de la maniéré qu’il
Tavoit apprife dés Médecins dé Conftantinople, pour le guérir
d’une maladie que cét Hiftorien ne nomme^ pas , ôc qui étoit
apparemment une hergne inteftinale. . "
Zacharie Médecin dé l’Empereur Juflîn , & de Sophie
fon époufei eut l’honneur d’aller de leur part cn qualité d’Am-
bafladeur vers Cofroes Roy de Perfe.
Tribun Médecin originaire de la Palcfti ne , ayant guefi
le même Cofroes d’une grande maladie , retourna à Conftan-
tinoplc chargé de prefensv C’eft pourquoy Juftinien voyant
qu’il étoit agréable à ce Roy,lc’ nomma pour négocier une paix
avec luy. L*ayant donc chargé dé fes pouvoirs & de fesme»
moires , & muni de tout ce qui étoit neceffaire pour cette grande
affaire , il fut fi heureux quil en vint i^put ,& que Cofroes le
mit encore au choix de ce tju’il luy viCTuroit demander. Mais
Tribun, qui étoit homme d cfprit , d’honneur êc d’érudition ,
jufte & définterelTé , ne luy demanda que trois cens prifon-
niers ; qu’il choifit entre ceux qui avoient le plus d’eipric
de fcience,' comme gens neceffaires à l’Etat , ce qui lüy aéquit
une gloire immortelle.'.
Théodore fût non feulement ‘MedcGin de EEmpereÊtî
Maurice , mais encore un de fes favoris. C’eft pourquoy il
renvoya Ambaffàdeur. vers Chagan Roy dés Avares , obftiné
Marilelfu^
Curieufes réchtrJ
ches touchitnt les '
Ecoles de Medeet-
ne.
Gre{. Turen. liln
Nicolaus &
D O N AT US.
GregXuren. Uh. i j .
caf xs.
Reonalis,
Greg. Tûro». liki -
10. eaf J is*j 1
Zacharias ^
Trocef,^ dé hell.
Terfic.
'TEllBÜKdSi >
’ ;thiooob^>
Ejjah de Medecîne,
à ne vouloir point de paix avec luy , fie il réüflit fi bien dans fa
commmiffion, qu’il fit la paix , ôc qu’il rendit Chagan ami de
Maurice , & cela dit-on pour luy avoir adroitement raconté
l’Hiftoire de Sefoftris Roy d’Egypte, qui fe lailTa toucher par
une fimple parole , &: avcrtilTemenc d’un des Rois qu’il avoit
impitoyablement attachez à Ion Char. C’eftee Médecin d’un fi
ï‘ Mafias grand mérité, & d’un fi grand crédit, que Saint Grégoire le
^ Grand ne fait point de difficulcé de l’appeler fon glorieux fils,
. le priant de plaider la caufe de Jefus-Chrift auprès de
^ pereur, au fujec de quelques Monafiercs. A quoy on doit ajoû-
ter , que Simocrate & Niccphorc, ne traitent pas ce Théodore
avec moins d’honneur que fait ce ^and Pape.
Theotimus The.otime eft un autre ami & Médecin du même Saint
. Grégoire , qui l’alîtire dans une de fes lettres qu’il ne tiendra
qu’à luy j qu’ils ne fafiTent tous deux qu’une ame ôc qu’uij
cœur , & que s’il ne le voit ças toûjours , il ne lailTe pas de
Pavoir continuellement dans refprit i mais il ne faut pas padèr
fous filence que ce grand Pape faifoit tant d’eftime de la îde-
decine , qu’il a encore rendu célébrés les noms de .Fufçus, d’A-,
n-aftffms , d’Archilaus ou Marchilaus Sicilien) Mçdecins de,
fon temps &: de fes amis, rft
V Gît L E s d’Athenes étoit , dit-on , un Moine BenediGfîû
du fept; & huitième fiecle , qui écrivit un Livre du poulxôC.
ufines, 6sCquelques notes fur le Livre de febrib. ad Gian^.
scripfrt^âiq. cqn Kie Galiem ' ; , > , - ; h y
’m'tmm l A N x H Æ M I U S 'uif illfifim é^. Comes- eft U A pcrfqii na ge, guc*
I
nftjtol. 66.
T>ial0g6n.\ lihf
M/. 57‘
iÆaiBtiUiS
.Aihenienfij.
deV.S. inTleuriîtd
Anthæmius
Skenkius fait Auteur d’un Livre intitulé de ObfervatiaÂ
Céomm.yd^ïé à Thierri Roy de Franco , & gardé MS,,; dâAsl^,-
Bibliothèque d’Occo Medeoin d?Auibourg. . ;
.Garîopon - =• a v a .étoit Affriquain, êc^eft félon quclqUe^A^^.
^ teurs j d’ un temps; i neer tai u : Ç ependant le D oéte Rei n efi us-lfî
met dans le huitième fiecle > mais il n’en fait pas grand cas., ne
vanar. UB.itb. i, traitant que d’impercinent copifte de Théodore Prifeienc
Quoi-qu’il .en.foit , fon O u vrage eft di vi fé en huit parcieyi^
parce qu’il traite de toutes les maladies du çqrps ,huniaia.,dfc
X. Frifat. operts. cft Intitulé Fafionarm-Galenl^. cç qui a fait uvancer ïêl&m
qu’il eft" en effet de Galien , & qu’il n’a été attribué à Gario?;
:N O NU s. pont' que parce qu’il y a'fait quelques notes.
N oNus vivoit félon René Mor,eau dans le dixiéme fiecle^
iS^tntkittm mSiblf
§sfit un Livre deia cure des maladies.
Première Partie, Chap, I V. 117
Ax T H M A R ou Jean Médecin elt marqué par Flodoarc
pracepto Caroli Regis, de fon Hiftoire de Reims.
^ Te^An d’Alexandrie eft un Médecin Sophifte, mais d’un
témps incertain, qui a fait un Commentaire furies Epidémies
d’Hipocrate 8c.de-Ga4kn , fur le Livre des Sedes^i.*-
Michel Pfellns , eft connu de tous les fçavans comme
un homme également grand Philofophe, Théologien & Méde¬
cin , qui eut l’honneur d’être Précepteur de Michel Ducas
Parapinace Empereur de -Conftantinople.
J E A K , dit Aduarius , fils de Zacharie Médecin Grec, eft
marqué par Voffius parmi les Médecins d’un temps incertain.
Cependant d’autres le mettent hardiment dans l’onzième fie-
cle i mais s’il eft vray qu’il ait traduit d’Arabe en Grec le Li¬
vre des urines d’Avicenne , comme le croit le Dode Gefner ,
Althmarus
lib. ^.cap. 4.
JOANHES
Alexandrin.
Vi Bibliothec. Gef-,
ner ^ Tiraquell.
in nemencL Me 'dic.
M I C H A E L
J'fellus.
V. Gefner.Bibliotti
Vanderlind de
Script. Medic. Vof- '
Jium de Hifi. Gnci
lib. 4.
J O ANN E S
ABnurms.
il faut qu’il foit du douzième fiecle. Au refte il a compofé
divers Ouvrages , dont les MS S. font dans la Bibliothèque
du Roy à Paris, fie marquez par les Bibliographes , tous fort
eftimez , ce qui a fait que quelques Auteurs l’ont traité
d’homme divin.
Nicolas Myrepfe Alexandrin , eft encore un Médecin j ^ 5 l a u s
d’un temps incertain félon le même Voffius j c’eft pourquoy Myrep sus
quelques-uns le mettent devant Paul Eginettc , & d’autres , Alexandrin.
comme René Moreau * dans le douzième fiecle, & cela parce ^
qu*il a copié , difent ces Auteurs, Mefué , en plufieurs endroits, rmd. ' '
aflurans au refte que c’eft le même que Nicolam PrspoCms. cajuiian, m
Raoul furnommé le Clerc , ou mala Corones , eft loüé par
Oderic Vital, d’avoir avoüé franchement qu’il n’avoic trouvé
perfonne à Salerne qu’une vieille &; fage Matrone , qui fût plus '
habile que luy , mais il ne marque pas fon temps.
Jean de Chartres furnommé le Sourd , étoit Meefecin de t ^ a m v t: s
Henri L du nom, Roy de France. _ Ltl/"
Simeon Sethi natif d’Antioche Médecin Grec , a vécu x. Bificr. vm^
dans^ le douzième fiecle ou environ , puifquhl a fait un Livre
dédié a Michel Ducas Empereur de Conftantinople ; car quant Simeon
a fes autres Ouvrages, on peut confulter Gefner-Vanderlin-- S etHI
a’®"'"-
ADELARD ctoit Medccin de réputation dans ce même Adxlardlis
liecle, Angiois de Nation, & qui reviendra peut-* être encore-'
ci^prés. ^
Di M E XR i-ürS furnommé Pepagomene, a faitmn'tràitëde
I2S Ejjah de Medècîne,
la Goutc , 6c dcs maladies de cette nature en faveur de Michel
■Âieor. Paleologue Empereur de Conftantirioplc ; car quant aux au¬
tres Demetrius Médecins , on peut voir le Doâ:ç André Ti-
raqueau, Gefncr 6c Vanderlinden.
Voila ce me femblc tout ce qu on peut dire en matière de
Chronologie ,des plus confidefablcs Médecins Grecs & Latins
qui ont fleuri avant les Arabes, ou de leur temps. Il faut donc
maintenant pafler à celle de ces derniers , apres avoir dit quel,
quechofe touchant les Juifs , qu’on confond fou vent avec eux.
^ Obfervons donc , avant que d’aller plus loin , que les J uifsqui
fe font mêlez de la Medecine avant la venue du Meflîc ,;onc
ou échapéà rHiftoire , ou ont été en fi petit nombre , que je
me trouve obligéàme retrancherà ceux donc il eftfait men¬
tion dans Les Saintes Lettres : car quant au Fils de Dieu &
aux Apôtres qui font nez parmi eux, quoi- qu’ils ayent quel¬
ques fois exercé la Médecine avec des remedes naturels , ils
ont bien plus opéré par la vertu du Tout-puiflant que par ces
^remedes. Je commence donc par
M O y S E , . fi ce Mofehus ou Mochus , dont il efi: tant
parlé dans les Hiftoriens prophanes , eft nôtre Moyfe , &fi
WM “ qu’on a. dit de Mercure Trifmegifte , d'Ayollon ,
.geiic.Y.ci mmet. d Efculape , & dc tant d autres Medecinspretendus , ii eft autre
xHuet. sueffon.iEfif chofc quc ce grand Patriarche , & ce Sauveur des îfraelitcs.
^u’il cn foit à cét égard , combien de cures n’a-t-il
point opérées en Egypte & dans le défert, même par des re-
;l««»».^Me^M«- medes naturels, mme àligno mdulcata efi aqual Auflî Saint
Chryfoftome La-t-il regardé comme un très- habile Me-
kocorum penmeu^ decin,^n quoy il a été fuivi par Mefué, auquel il n’a pas moins
Mftig. fs. paru, qu’un Taumaturge.
Salomon , grand en toutes chofes. , paroit encore pln^
^rand Médecin que tous ceux qui l’ont fuivi, & que tous ceux
qui l’ont précédé : car outre qu’il n’y a rien de fabuleux dans
Ion iHiftoirc , il paroît aufli élevé audcJTus de tous ceux
l’Egypte , delà Grece &:dc la Judée , que les Cedres du Li'
* iLuta mraria Lan Ic :fGnt au defllis de * l’Hiflbpe.qui croît fuxjes murs >
,f^c<ûc8 capîUark. ^ ^out céla parce qu’il avdit préféré la fagefrc, qin eft
de la Médecine, à tout autre bien ; & c’éft à çaufe de cette Id'
-limité de genie^que quelques Auteurs ont crû que ic grand
Hipocratc
Premitre PAttts> Ghap. IV.
Hipocrate avoir tranlcrir dans les Ouvrages <iuelqucs-unes de
fes plus belles Sentences. ^ _ , r i ' fsiiùc. uo.
Eli S E E eli un Médecin qui guérit Naarnan dq la lèpre ,
qui rend les eaux de Jéricho faines & potables . dé- cdrro^ “iff
pues qu’elles ètoient , & qui ôte meme la màlignit-e aux Colo- ■* +•
qumte^.^ E ne s’etant fervi que d’un fimple cataplâœe dé fi-
<rues,nen paroît pas' moins grand Médecin à Tercullien> qui lih.deeoronamllU
croit* un homme fçavant dans toutes les Sciéhees. ; ^
rôme même Te ferc de cecte cure j pour avoir occa:fîon de louer
cette Medecine qui a été inventée par la raifon , & foutenue
de l’expcrience, ôc c’eft ce qui avoit obligé Saint Jean Ghri-
ibftômc ) avant luy de le regarder comme un Médecin ratio-
nel , en quoy il fut fuivi par Serapion ôc par quelques
Médecins marquez par Hyeronim* 3ardus in ^Medic, CMholico
Utic.yag. 87. . ' ;
E s D R A s eft cité par Nicolaus Myrcpfus , Æcc i Pàül
Eginette,, & même par Avicenne comme un excellent Mé¬
decin.
Jésus fils de Syrach, Auteur du Livre intitulé fÉccleJî^
Jlique^ eft un Juif ôc Hellenifte fi admirable en tout ce qu’il'a-^ - - L ' 'J
écrit en faveur de la Medecine & des Médecins jquon ne petit — ;
luy refufer la qualité de Médecin. Il vivoit coihme it paroît
dans la Préface de fon Ouvrage , au temps du Rby d’Egypté
Pcolomée Evergete.
Quant aux Juifs qui ont exercé la Medecine -dépiiK la Te¬
nue du fils de Dieu , outre que PHiftoire n’en eft pas bien
feure, il faut encore avoüer qu’il ont été de fi mauvaifé foy à
l’égard des Chrétiens, que l’exercice qu^ils ont fait delà Me-,.„ . . : ,
decine parmi eux j a plus caufe de mal que de bien. Mais beri Medicas ju-
ce qu’il y a de plus déplorable en cela, eft que les Chrétiens dæum yei Arabem
les ont encore préféré aux autres , & c’eft ce qui a obligé le tere , «»
pieux & Docte Médecin de trois Empereurs, Jean Grato , de '
dire qu’il n’y avoit pas de meilleur moyen de pafter pour
grand Médecin que de fc dire Juif ou Arabe.
Toutesfois il ne faut pas oublier icy les Juifs qui ont le v. NobUisfocuSa-
plus fait de bruit. Après quoy nous pafterons aux Arabes Ma- lodtenfis ,frt.fenta-
hometans, &aux Arabes Chrétiens 5 parce que qubi-qüc dif-
rerens des Grecs en quelques maximes, ils n’ont pas iahTë de tuteUé^ Uenurie
honneur à ia Medecine , témoins les difciples
K
i3o Effm de Medectnel
faits, lefquels n’ont pas moins marqué les erreurs de Galien'
que les Galeniftes celles des Arabes. * ’
Il faut donc fçavoir qu’aprés que les Ecoles d’Alexandrie eu¬
rent été difperfëes par les Califes fuccefleurs de Mahomet, fouî
prétexte que les ProfelTeurs de ces Ecoles a étoient pas d’ac¬
cord entre eux /mais en effet, parce que leur Philofophie mat-
quoit nettement les fables & les impertinences de l’Alcorani ,
ces Profefleurs , Sc particulièrement ceux qui eafeignoient la
Medecine fe retirèrent , les uns dans la Perfe , dans P Arabie,.
& dans l’Egypte, où ils demeurèrent cachez j les autres en di¬
vers païs de L’Europe. Ainfi pour commencer par les Juifs,,
nous, ne connoifTons rien de plus ancien que
M A s A R I G N I A îfraëlita & Thiarok qui EeurifToient , fe- ,
Zhromior ^^'. Jofeph Scaliger , l’an 70. de rEgire, oa environ l’an de
'^ ♦grace 685.
Isa AC dont les Ouvrages font marquez dans tous les Bi¬
bliographes, a tant écrit , que-jeme fçay fi les Juifs de ce nom
qui fuivent , ne feroient point Auteurs de quelques-uns de ces
traitez.-
Isa A c Is R a e c i ta Béimeiran; fils adoptif du Medeci®
O O N- Ro Y des Arabes , qui compofa des Livres des
thec. Oriental. .M^ic^mensv^ malades citcz par Mefué, Ti-
raqueauv, Vanderlinden , Schenckius &€. que Symphorien
- Champier met dans- le fîecle onzième , & René Moreau dans
le douzième , quoi-qu’apparemment du feptiéme.
, - Is A A G Ifraëlita Aaiteur du VUticum , mis en Grec par
jConflansïde' Memphis , gardé MS. dans la Bibliothèque du
Roy À Paris.
pAAc HebnAmaran.D'eplus:
derimden. . I S A A C fils dc Ghuncin , quî a ccrit en Grec.
Ils A A c Ben Sulamein, ou Bon Sullaimon, citéparSera-
■Rottmger tn- R A B l' Juda qui s’êR fait connoître par le Traité
Uscor^omm.-
V: Scaltger. în Apicalts é' Hèrâithtts. Cardan, in lihr. Hipdcrat. de &yb aquis ^
lecis: Andr. C^falpin. in Catoptro pag: 6. Alok. Mmdell. Epifi. Medicin.fag-^
Vàtefr de Tarant. Vàlejîum Cêntrovtrf. U 9. Centrez/ erf. i^ , Sauanarol. Roderie à Cm*
■ iit’.Médîce Tolîtiei Ub: 9^
Gûfridÿ Stechinf-i» E'pifil dédiêat^ Medïe.arth.
_ SciQtillae Ycrcrum ad; Arabes Gccidentalcs pervenerunt , & ira pulîulàmnt ut ^
Pàroct-SchoHs^aA.flwreAthUaticum fi«s jùftam acqurficiiat
Hiothec. ,
Première Parue, CÏiâp. I V. ^ i|i
Abraham Caûari^^uia compofé le Dux o\i ReÏÏor ,
lafIsraeliTa Juif de Catalogaë , f:éàjt unAn-
ddotaire félon Symphorian. Campegius.
F 1 DE L I s Medùus jfmélita,2icomipo£é en Arabeun Ottvfaga
de eopiitione Deiy que Guillaume Pollel, au rapport dé Gef-
ner, avoit en fa difpofition. "" O '■*
Samuel Ebn Juda Juif Efpagnol,*ou Occidental, grand PHï- *Môgrc’oma5Àd«i
lofophe, Mathématicien Ôc Médecin, fut fort cftimé des Princeè
defon temps , l’an 560. de l’Egire. il fe maria à Maragua , ou il
eut des enfans qui furent Médecins de réputation 5 mais il fe ^
ficMaho'metan, Ô: fi paflionné , qu il écrivit contre iesjuifs ÔC
leur cabale: car pour fes Ouvrages de Médecin e , je ne voy
pas qu’il en reûe quelque choie. Il mourut à Malaga l’an de
i’Egire 570.
Yu SI F Ebn Yahia Médecin Juif de Phares , grand Phi-
lofophe& Mathématicien , vivoit l’an ^23. de l’Egire. Il eut
des Conférences avec Mofes fils de Maimon dans l’Egypte ,
oîi iis firent quelques obfervations & corredions Aftronomi-
ques. De-là il fe retira en Syrie , sYtablit à Haleb, où ilfe BiJi.i>ynafior4^^
maria, & fit la Médecine, ôc amitié avec Alkadi Al-Akcran 3® 5.
au point , qu’il fe promirent de fe venir dire des nouvelles de
l’autre monde après la mort, comme on le peut voir , avec la
fuite de ce beau projet , dans Abulpharage.
Abraham Aben-Efra Efpagnol, a fait félon Vander¬
linden un Traité quelques autres Ouvrages mar¬
quez pat Schenckius , mais iis ne marquent pas fon temps non
plus que ccluy des Juifs de ce nom , qui ont lailTé quelques
Ouvrages de Medecine. Âinfî je finis par ccux-cy.
Rabimoses Maimonides , ou fils de Maimon, a été le !
plus fameux Médecin Rabin de tout le Judaïfme. il naquit
à Cordouë en Efpagne Pan de Jefus- Ghrifl 1160. félon 3^-, Aiuipharag.
d’autres 1200. & fît quoi-que Juif dans l’ame , une profeflîon
apparente du Mahometifme : car il fe déclara Juif après qu’il mïhlhXTcmZ
fe fut retiré d’Efpagne en Egypte, où il demeura le relie de
fa vie , & c eft ce qui a trompé ceux qui l’ont crû Egyptien.
C étoit un fi fçavant Rabin qu on a dit de luy , à Moife ad Moi-
fem , non furrexit peut Moifes. Auffi Scaliger & Cafaubon luy nemdeiiZZ^Arâ,
rendent-ils ce témoignage , que c*eft le premier desRabins qui
^ ceffé d écrire des {ottiles. Outre les Ouuragcs de Theolo-
EJJais 4^ Medecme.
gïeôlde Rabinirme, nous avons de luy un Traité de Regîmint
■f.randerlinden de famtaûs , dcdiè au Sültaii Saladin , dont il étoit Médecin. De
Médit, plus fes A^horifmes fuivant la doctrine de Galien , avec les
contradiiStions 'qu’il a trouvées dans fes Ouvrages. 11 mourut
l’an 6é^4. de l’Egire.
J A c O B U s Mantineas ou Mantinus Médecin Juif Hcllc-
nilte du quatorfiéme fiecle j a fi heureufement traduit quelques
^‘^t^^Medir^^ Ouvrages d’Avicenne qu’il auroit beaucoup obligé le public
f te. traduit le refte.
jhidem. D A V I P de Pomis efi: un Juif moderne qui a écrit des ma-
ladie^ .des, vieillards.
3^koi. Augüfi. in . S a LO m/o N Auteur du Sebeth Juda,ou Hifi:oire des Juifs
BibUothec, depuis la deftruétion du Temple de Jeruralemj eft un Juifdu
fiecle pafle qui faifoit la Medecine en Efpagne.
A M a.t u s & Z a c u t u s Portugais font d’autres Médecins
Juifs fi modernes, & dont les Ouvrages font fi connus > qu’il
Tuffitdelçs nommer en-pafiant.,
Q^fit aux Juifs prétendus Médecins, de nos Rois , Zedé-
. ebias iieft connu que. pour avoir empoifonné Charles le Chau¬
ve car Farragiiis n’a jamais été Médecin de Charlemagne ,
MUoéec.1 comme fé le font imaginé quelques Médecins après Schenkius,
^trompéz par l’équivoque du nom , par l’Eloge donné à
^.Expîicit tranflâ- .^ Charles premier R de Sicile dont ce Farragin s étoit Me-
jtio' libri Eihauy in decln , àînfi qu’il : paroît fur la fin du livre d u Continens de
^ plus particulièrement par
Bjzxacaria cl Razy Ics Manufcrits fur lefquels cette édition a été faite , dont le
faa^, plus rare, efi: celuy la même qui fut prefenté à Charles E Roy
gb*^^Karoir!gioiL dc Sicile ,de -Naples &; de Jerufalem , garde dans la Bibliothe-
gentis chriftianæ quc de Monfieur, Colbert, OU Moiifieur Baluze qui en prend
Sp°ii:maS°&^- & qui efi: fi connu par fon érudition &; honnêteté, me la
Kiinis peritoru. per fait voir : car on y obfervc d’abord dans une Miniature ce Roy
FarMSi^Xtfiiü ^nvoyc fcs Ambafiadeurs au Roy de Tunis, pour luy de-
maaiftn Salem de mander dc . fa part une copie de cq Continens écrit en Arabe, Si
Agregento^.devg dans jâmême Miniature ces mêmes Ambafladeurs de retour
SiifltSoTtriur- prefentans cette copie à Charles , qui donna ordre à Farragios
que fcculi > qui ip «fc la traduire ea Latin ,* mais il ne paroît nullement ni
d?e^Lmî?iï.^Fe’ f c Manufcrit , ni par l’édition de Brixianus , que Farragius ait
Aruarü, Vri. fndi- été Liu de CCS Ambafiadcurs Comme -Riolan Ta avancé. de foi^
"^oHmb-riSiïï chef, dans fes curieufes recherches fur les Ecoles en Mede-
cine de Parisôc de ;Moiipclier. . Venons donc, maintenant anx
Arabes,.
Première Partie. Chap. IV.
Il eft bien vray qu’on les aceufe la plupart d’avoif fait périr
plufieurs originaux Grecs , après les avoir traduits’en leur lan-
CUC 5 mais il nous en refte une affez grande quantité pour
croire que quand cela feroit vray , la Médecine n’en cft pas
plus pauvre , tant la plupart des anciens Auteurs ont eu peu >
de honte de s’entre- copier. Quoiqu’il en foit , ceux que j’ay
marqué cy-devant page 130. font voir manifeftement que la
Medecine n’a pas peu d'obligation aux Arabes > quand ils
n’auroient découvert que les purgatifs doux ôc bénins inconnus
aux Grecs & aux Latins , dont leurs ennemis mêmes fe fervent
fl ordinairement Bi fi avantageufement.
Paffant donc icy fous filence tous les Auteurs originaires
d’Arabie marqués cy-devant qui h’ont rien écrit) & ceux qui
ont écrit en Grec, ôc même les SS. Cofme ôC Damien qui vien¬
dront en leur lieu. Je commence par
G É B E R. quoy qu’il ne foit que du huitième fiecle , parce y.LeonmAfncm.
que Cardan l’a tanteftime, qu’il l’a mis entre les douze fubli- c7fne7”vojfmm,
mes génies du monde. C’étoit un Grec de nation & de Re- ' ^
ligion , mais qui écrivit en Arabe , ôc[qui félon quelques-uns '
fe fit Mahometan , ôc eft par confequênt un fort grand Pro¬
blème. Car quant au temps
H A R E T H Ebn Calda eft un Médecin Arabe bien plus , . , .
ancien que'Geber , .puifqu’Abulpharge le fait contemporain '
de Mahomet. 11 apprit la Medecine dans la Perfe en un temps
oii l’ignorance étoit fi grande , qu’il paffa pour fort habile
-homme, ôc qu’il amalTa de grands biens dans l’exercice'dc cet¬
te profeflion. Après avoir demeuré long-temps en Perfe il re¬
tourna à Tais, ville d’Egypte fa patrie, ou le faux Prophète
Mahomet, dont il étoit grand partifan, le mit en crédit. Gnluy
fait dire fe bien porter y ilny aqua déjeuner du matin y a Uidem'
ne point contraster de dettes , é‘ à ne pas approcher de trop prés des
femmes.
K I R A N I s ou Kiranides a écrit des Livres Arabes , des >
Animaux , des Plantes ôc des Pierreries , que Gérard de Cre-
mone a mis en Latin. Qpa.ntàce que Gefner ÔC Schenkius en
ÿfent de fingulier , il n’y a aucune apparence , tant tout cela
lent la fable. ~
A HA RO N étoit un Medécin en fort grande réputation
du temps d’Ebn Calda. C’étoit un Prêtre d’Alexandrie , le-
•quel compofa en Syriaque un Syntagma Medikum de 30. Cha-
R iij
Çhrifi. 684.
îhidempag. iiî\
Chrifi. 7 0 0-
S^'ütagma niagnû.
.C'.rifti 7 5P,.
îhtdem^ag. 148,
..IgG-
jpreg. Aittlphar.
Georg. Elm^-
jiin.Kegir. 171.
, Çhrifli 770.
Î34 EJJds de Medecîne,
pitres , auf^uels un nommé Sergius en ajouta deux autres
d’où il s’enfuit qu’il eft bien different de cét Haron fils de
Semion , dont Ben-Cafen parle dans fes Eloges , &que Mefué
RhafesôcSerapion citent fouvent.
Masseriavvaih Médecin de Baffora , quoi-que Juif
de Religion & Syrien de langue , ne laiffe pas de venir icy ,
parce qu’il traduifit les Pandedes de Medecine d’Afron en
Arabe, fous le Caliphat de Meruuam fils de Hakomi, l’an de
l’Egire ^5, On dit qu’un pauvre homme l’ayant confulté fur
une maladie qui n’étoit autre chofe qu’une taim naturelle , il
répondit , ê lajotte maladie de s’être attachée a un gueux ^ fiât a Bitu
quelle fe fâp attachée a moy ^ a ma famille 5 mais que le con-
fiiltant ne comprenant rien à cette exclamation, notre Mé¬
decin luy dit nettement , [que c’étoit un ligne de fànté dont il
ne fçavoit pas le prix , & qu’il prioit Dieu de luy oter cette
preténdiië incommodité pour la faire palïer dans fa maifon au
dépens même de la moitié de fon bien.
,T H'E O D O cru s ôc Theodunus furent Medecin-s du Calife
Heiaius , environ l’an de l’Egire 80. Ils firent de fçavans
difciples , ^ eelui-cy fit en faveur de fon fils une grande col-
ledion de Theoremes delMedecine. On dit que cè Calife luy
ayant demandé un remede contre un appétit dépravé qui
avoit pour manger de la Terre, il luy répondit en bon cour^
•tifan Gaffez fpirituellement , qu’il n’avoit qu’à fe fervir de ce
.courage dont la nature l’avoit doüé , & qu’à faire une refolii-
aion digne de luy , pour n’y plus Jfonger 3 ce qu’i 1 fit êc qui le
guérit. ' ’
Abukoraîsth qui n’étoit qu’un fîmplc Apoticairé
Tan de l’Egire 16 f. ou environ, fit un prognoftic fi jufte fur
Turine d’une des concubines du Culife Al-Mofdi, qu’il fut
ehoifi pour fon Médecin , avec des honneurs ôedes preîens ex¬
traordinaires , quoi-qu’il n’çût parlé , comme il rayoüa à feS
amis qu’au hafard,
Georgius Ebn. Baclishua , ou George fils de BaptichoU
etoit un Médecin Arabe Chrétien de londifaburg, fameux éu
temps du Caliphe Al-Manfor, qui le manda fur le bruit de fa
jreputation. Ayant donc laiflé à fon fils le foin d’un Hôpital
dont il ctoit Intendant , il fe rendit aux ordres de ce Prince
^ui fut charmé de fa bonne mine, de la beauté de fon exte-
deTon éloquençe^ ac ce qu’il y eut encore d’avantageuS
Vremtere Partie. Chap; IV. 135
ûouf l’un & pour l’autre, eft que le malade fut bien-tôt guéri.
C’eft pourquoy un jour que ce Calife demanda à Georges s’il
avoit quelqu’un pour ie fervir avec amitié & affiduité , &
Georges luy ayant répondu qu’il n’avoit pour toute compa¬
gnie êafliftance que fa femme déjà vieille , il luy fît prefent
de trois mille écus d’or, & de trois belles Efclaves j mais Ifa
Ebn Shahlaiha fon difciple qu’il avait amené avec luy , l’ayant
fait fouvenir qu’il n’étoit pas permis aux Chrétiens d’avoir
plufieurs femmes , il renvoya les trois Efclaves aux Calife.
Cependant celui-cy ayant tâché de le faire Mahometan , luy
promettant de grands biens en cette vie , 6c le Paradis de
Mahomet en l’autre , comme une chofe affurée 3 non feulement
il refîfta à fes perfuafions d’une maniéré fort Chrétienne ,
mais il déclara encore qu’il fouhaitoit de retourner en fom
pais rlaiffant fon difciple au Calife , qui luy donna un Efcla- ’
ve pour le fervir en chemin , 6c pour le conduire , avec dix^
mille écus de prefens. Mais comme ce difciple ne fut pas fi
Page que fon maître ^ il s’en fallut beaucoup qu’ilfît fl bien fes
affaires ; car ayant choqué les Puiflances , 6c mêmes quelques
Evêques du païs , ils firent enforte qu’il fut difgracié ôc'dé-
poüilié de tous les biens. Au refte nôtre Georges Baptichou
eut un fils nommé Georges comme luy , ôC qui ne fut pas moins
célébré da.ns fon païs. * C’eft pourquoy, il fut appelé en la^
Cour du Calife Aaron Raflîd , abandonné des autres Méde¬
cins l’an 170. de l’Egire. Ce Georges luy ayant donc ordon¬
né une faignée, malgré la refiftance des affiftans 6c des amis
du Calife , qui tâchoient de paroître affectionnez par leurs
contradictions , ÔC Payant guéri parce remede d’une grande
douleur de tête, o.u félon Georges Elmacin, d’une Apoplexie,
ce Prince luy en fçût tant de gré , qu’il le fit Surintendant
de fes Médecins , honneur auquel il ajouta une penfion pa¬
reille à celle qu’il donnoic au Capitaine de fes Gardes^ parce ^
diÇoit-ili^ueJlce Capitaine garàoit fon corps yce li/îedeciny retenoit
fon ame j mais il ne faut pas oublier iey que ce Raffid fit tant
d’eftime de là Medecine 6c des Médecins , que comme on le
verra cy-aprés, la ville de Tauris fut fondée par fes liberali-
tez, comme un monument éternel de la cure faite en la per-
fonne de fon époufe ^ particularités qpe^ nous marquerons plus
au long en fon lieUi
G’Ab RI E^L fils de ce Georges fut fi heureux qti’à la fa-^
* Ibiîdifaburgî
Chrîfii
«et'
Ccntütri ftàteru,:.
miliîum.
jlhulpharagii Hifi.
Pynafi. p/ï^. 153-
f&cul. 9.
Ahulphàrag. HîB,
Pymfi.'pag. iji.
Effàis de Medecîne. \
veur de fot; pere , il fucceda à ion employ âuprés de Kaffid ^
& enfin à fa faveur 6c àfa fortune , tant ce Prince luy témoil i
gna de tendrefie paternelle , le confiderant en ejfFet , comme |
s’il eût été fon fils. On raconte de ce Gabriel qûunc |
Concubines de Raffid étant attaquée d’une parlifie du bras , ^
elle en fut heureufement guerie par une galanterie que ce 1
Médecin luy fit 5 mais qui ians doute ne plairoit pas fort, ny
aux Mahometans , ny aux Chrétiens de nôtre temps.
.qu’il en foit , le Médecin avoit réüflî ôc le Prince étoit prévenu
en fa faveur , & c’eif ce qui fut eau fe de fa récompenfe : car
quant à celle de cette paralifie , & quant à la raifon que le
Médecin, rendit de la cure , je laiiTe à juger aux Médecins de
de nôtre fiecle qui voudront examiner cét endroit de PHiftoire,
fi Gabriel raifonnoit julle , ÔC s’il n’y avoit point de remede
' plus feur &: plus honnête à ce mal , que celuy dont il fe fervit
Ce Gabriel dit PHiftoire , eut un fils nommé Gabriel Badhi- ;
fua ,qui fut Médecin du Calife Motauuacél , l’an de l’figire
144. & ce jeune Gabriel fut fi heureux^ qu’il conferva long- |
temps les bonnes “grâces de fon maître , quoi-qu’il fe fut ren- j
du un peu trop libre avec luy : car le Calife étant un jour en
, fa belle humeur 5 &: ayant ouvert la y, elle de ce Médecin juf-
qu’à la ceinture , luy demandant en même temps à quoy les
Médecins connoilToient qu’il étoit temps de lier les fous , il
luy répondit hardiment , c eji lorfquiU om fi de confidératm
four leurs Médecins quils ne les éfmgnent fm , ét quHs fie jettent
fiur eux pour déchirer leurs habits, ôc cependant Motauuacél trou¬
va cette liberté fi naïve > qu’il tomba par terre à force d’en rire,
ordonnant, après qu’il fut relevé, qu’on luy donnât un autre
vefte d’un prix bien plus colifiderable que celle qu’il avoit
déchirée. H eft vray que comme il n’y a rien de fi inconftanc
que le vent de la Cour, les richefies de ce Médecin firent ce
que fes libertez n’avoient pu faire , luy attirant l’envie des
çourtifans qui trouvèrent enfin le moyen de le perdre.
Jean fils de Mefué eft mis au rang des Médecins de
Raffid par Abulpharage. Il marque que ce Médecin ayant
* Jubepte ergo Al Raffido prodiit puella . quam cbnfpicatus Gabriei? ad^pfam
currit & inciinato capite fimbriam ipfius præhcudit qnafi ipfam denudaiurus; puclia vcro
commota præ conmrbatiqnis & pudoris vehementia, tnembra fua dimit cens manu dcorfuJ"
.«tensà firabriam fuam preheedit. Gabriel autem ianata eft inquit Ofidelium Impcutot,
4icente ergo Al Rafido puella extende dexteram &[fîDiftram manum tuani,cùm
.üte ftatim Cabiicli daii jullit quinquies mille nummos , ipfumquc cbariun babuii*
fait
Préntîerê Pmft, Châp. IV-' Ï37
£ak la Médecine à Bagdcc ,‘ii Tenfeigna publiquement , & com- :> ■'
Hienta quelques Livres par ordre de ce Prince j mais quec e-
tok un homme d’humeur inconflante , tantôt gay , tantôt re> videAbuifh^agi
fervé avec fes difciples- Quant à Tes Apophtegmes & aux con- ^7»#- PH-
tes qu’il en fait , ils ne me femblent giieres capables , de ré-
jouir le Ledeur- Il eft feulement à propos de marquer ïcy &i7^-
qu’il eut diverfes avancures pendant fe^ voyages , qu’il fut pris
prifonnier , & qu il fut racheté cent mille éens , & c’eft peut-
être pour cela qu on a confondir ce Jean , Saint Jean Dama^
feene furnommé Manfur,ôc Jean fils de Mefu edu douziè¬
me fiecle J comme nous le verrons cy-aprés.
The B IT ou Thabit Ebn Corah étoit un grand Mathe-
maticieii j Philôfophe 5c Médecin fort eilimé du Calife Hal- fhàr.uift. Bjnajk, '
motatide. Il naquk à Saba dans l’Arabie heureufe, l’an liu de ^7:
l’Eglrc, '6c mourut Pan 288. de cette Ere. ' s
T H A B E T Ebn Senan étoit non feulement grand Médecin,
mais 'encore fameux HiHorien chez les Arabes l’an 330. de
l’Egire. Il y a u n autre Thabet fils d’ Abraham fameux Mede- ^
cin àBagdet,mort l’an 3^9. de rEgire,qui fit des Prognodics
merveilleux , quoi-qu’au hafard -, ôc que les Arabes attribuoient'
à fa conftellation, comme on le peut voir dans les pages 208.,
5c 217. de l’Hiftoire des Dynafties. Mais il ne faut pas oublier
que ce derniér étant Ghrétien ) 6c que le Galiphe Alkaker
dont il étoit Médecin le voulant faire^ahometan , parce qu’il '
l’aimoit , il choifit la fuite , & abandonna. fa fortune plutôt que -
de fe rendre lâchement à fes offres. Mais ce qu’il y a de parti¬
culier touchant la Médecine dans fon Hiftoire , eft (p.î’ étant "
obligé d’interroger un certain foy difant Médecin fort. igno¬
rant , ôc qui tâchoit de fe le rendre propice par des prefens , if le
iaiffa aller, mais gratis , parce qu’il vit que ce miferable n’ôr- ^
donnoit que de rOximel 6c des Julcps à fes malades , & que
voyant qu’il avoir une famille à entretenir, il crût qu’il le fal¬
loir laifler vivre , pourvu qu’il promit^ comme il le fit, de n’or¬
donner jamais aucun grand remede. Encore fi nos Charlatans
en ufoient ainfis mais des Antimoniaux, des préparations de
Mercure , de l’Elleborc , de l’Arfeniç 5 de l’Opium ,
quihus inurefi. . -
B at ric I p e s. ou le fils de Batrice , ou Patrice , eft ce
fameux Eutichms des Grecs , Patriarched’ Alexandrie, égale-
ment grand Hiftorien , Théologien 6c Médecin , furnommé
V. (SeoŸg. Élmsc.
îib. 3. ^SeUenum
in préifat. operum
Eutichii ■ ^ Ga~
hrielem ^ fomn.
Hijt,
Ahulpharàg. .Hijil
Dynajf. p»g. ij^.
Ch'riji. 841.^
ijg EJjm de Medecine,
Saide ôLi rHeurcux, fl connu par fes Ouvrages Ôcpâr les loüan*
ges que tant d’Autcitrs luy.ont données. Il naquit fous l’Empire
de Charles le Chauve , l’an de grâce 8^6. ôc tint le Siégé
d’Alexandrie fept ans & (ix hiois , 6c mourut l’an âgé de
^3. ans. . .
Salmanath Médecin du Caliphe Almotafen qui vi-
voit environ l’an ^zo. de l’Egire , fut h eftinié de ce Prin¬
ce, que le voyant mort il témoigna ne fe mettre gueres plus
en peine de vivre; En effet , nonTéulement il s’abftint deman*'
ger pendant quelque temps j mais encore il fe fit prepairer une
bierre ôc des funérailles a la maniéré des Chrétiens. Cepen^
dant s’étant fou venu que Salmannaih luy avoit fait eftime de
Jean fils de Mefué, il rcfoiut enfin de vivre, êc de fe confier
en luy , tnais ayant obfervé qu’il ne fui voit pas la méthode
de fon maître , il ne voulut plus entendre parier de rémedgf
êc de Medéçin , &; mourut tabide au bout de zo. mois. '
S a l e h u s eil un Médecin Indien , qui n’a de rapport a
l’Hiftoire des Médecins Arabes., que parce qiril fit^des cKo-
fes miraculeufes , ou pour mieux dire fabùleufes , du temps
d’Aron Raffid , donton peut voir le détail dans Abulpharagc
- ... .
Le Médecin du Calife Vaticus qui vivoit l’an de l’Egire
11$. ne doit;pas être omis icy , quoi-que l’Hiftoire ne le nom¬
me pas. On raconte donc que ce Calife s’étant mis dans la
têtc qufil guerkoit d’une fâcheufe incommodité , s’il pouvoir
être en état d’approcher des femmes , ordonna à ce Médecin de
luy . préparer un remede qui excitât fes paifranccs ^mais que le
Médecin ayant d’abord, refufé de le faire , foit par un principe
d’honnêteté ou dé crainte de rendre le Calife encore plus ma¬
lade , enfin il refolut de le contenter. Il luy eohfeilla donc de
manger trois dragmes dé. chair de Lion 5 mais le Calife ayant
préféré le boüillon de cette viande à la fubftance , loin de s’en
troiiver niieux , mourut quelque temps après. Ce qu’il y eut de
remarquable, dans la fuite de cette {bttife, eft qu’elle'fnt fui-
vie d’une grande refignation- de ce barbare.! la volonté de
Dieu , 6c qu’il parut bien plus fage en fa mort qu’en fa mala¬
die , ayant prononcé en ceflant de vivre ces belles paroles »
lés yeux tournez vers le Ciel , a tu cujus regmm non trmfiti mi'
férere e]us cuius regnum tranfit ! -
EIqn axn Ébn tfaac de là Tribu. Arabe d’Ebade , f^i-
1
Chap. I V. 13 ?
Mcdecin du Calife Mottauuacel. Il etoit Chrétien & fils d un Abuipharag./oaft».
Apoticaire de la ville d’Arie , dans la Province de Coraflan
en Perfe. 11 étudia l’an de l’Egire ibo. tous Jean fils de Me-
fué dont nous avons parlç cy-devant , avec lequel il ne s’ac¬
corda pas fort bien , ce qui l’obligea à fe retirer dans la Grece,
d’oii il retourna dans fpn païs après y avoir étudié quelque
temps , & eut l’avantage de faire amitié avec Georges Bapti-
choti qui admiroit fon érudition. Mais Mottauuacel appre- ^
hendant qu’il n’etit été envoyé par l’Empereur de Grece pour
pempoilbnner , s’avifa de le tenter & de s’affurer de la vérité
par cét artifice. Il luy demanda donc uu jour , après Iny avoir
fait quelque prefent , s’il ne fçavoit point quelque moyen
prompt ôc facile de fe défaire d’un ennemi 5 mais voyant qu’il
avoit témoigné de l’horreur de cette propofîtion , if changea
de maniéré 3 & tâchant de fçavoir par des menaces , ce qu'il
n’avoit pu apprendre par artifice , il commença par la prifon , '
& par les gehennes , avec lefquélles il tjâcha de_ luy faire
peur , êcluy fît enfin voir le genre de mort qu’il luy prépa-.
roit , s’il ne luy donnoit fatisfadion. A quoy le Médecin
ayant répondu qu’il ne çraignoit que Dieu , auquel il étoit
obligé de rendre compte de fes adions , le Calife revint à
luy -même , le louant de fa generèufe refolution , & lüy
avoüant que tout ce qu’il avoit dit êc fait , n’ étoit que pour
fonder fon defiein touchant le poifon qu’il apprehendoit , à
quoy il ajouta des prefens fort confîderables. Mais qu’eflr-ce
qtie de l’efprit humain , puifque ce Médecin qui avoir été fi , , . ,,
confiant dans cette occafibn , tomba en une autre dans le defef-
poir ? car les Courtifa-ns jaloux de fon bonheur ,rayaiitbroüil-
lé avec les Puiflances, il fe fic mourir crainte des tourmens,
mais Hottinger dit fimplement qu’il mourut après avoir tra¬
duit la Sageffe des Grecs , qui efi apparemment le Livre de
Jefus fils de Sirach, en Siriaqu^^ en Arabe, & expliqué Eu-
clide & r Almagefie de Pcolomée. Il laifla deux fils , Ifaac & Anaiea
David qui fe rendirent habiles , & un neveu qui traduifît quel- ^
ques Livres Grecs 3 en Arabe Sien Syriaque,
Joseph Prêtre fut furnommé Id^vigilant, parce qu’il ne * sahin
dormoit que quatre heures chaque nuit , à caufe d’un Cancer - ” ;
qu’il avoit a la tête , mais il fçavoit admirablement la matière
medecinale. Jean Ebn Batrik affranchi d’Almamin efi un au-^
sre Tradudeur , mais plus grand Philofophe que grand Me-
S ij:
91 û .
Ejjkis de Médecine,.
dccin..Sa'hecEbn& Saporfont encore desTradufeufs&Medc^
eins ArabeS) Auteurs de quelques O u vf âges du temps de BatfUç^
J A c E s Alkindi originaire de Baflora , d’une famille
noble & ancienne , dont il prit le nom j n’ignora rien de ce
qu’il y a de rare dans les Sciences &: dans les beaux Arts.. Mais
il fît un Livre avec tout cela intitulé âe gmdibus Medkamtn-
' ' '™ tomm , qui plut fi peu à Anerrhoes , qu’il en- dit fbn avis d’une
maniéré fort injurieufe à cét Auteur.
M a n s u a Ebn Mokasher MedecinCbrénen Egyptien , fut
en grande confideration chez les Princes èc grands Seigneurs
■MpUrag.. loil temps l’an de l’Egire 34c. témoin les lettres queduy
12^ • ^ écrivit AL Aziz j mais il ne fut pas toujours heureux , ayant été
fnpplantépar un Charlatan Juif caufe d’unecure qu’ilavoit
faite par hafard.
H EL AL fils d’ Abraham vMcdéefn natif dé Charresea
Mefopotamie 5 fit la Medecine à Bàgdet avec beaucoup de ré¬
putation, auffi étoif-il fçavanc , bel efprit ^ & d’une' conduite,
merveilleufe , c’eft pourquoy d fut Médecin de T ufan Ge¬
neral des Armées- du Calife. On dit que fon hls Abrahain
l’ayant un jour fel-icité des grâces & des honneurs que kiy faL
foit ce T uzau ii ne iuy répondit rien dii tout 3 que ce ft-
lence ayant obligé le fils a preflTer fon pere de luy faire quel¬
que réponjfeyilltiy tint enfin ce langage :
tmde^ritn aux manières. de la Cour é" des Grands iinon Maître, four
njous farter franchemenpyavec teute ja--^uiffdnce^ toutes fesricheps,
ne fçait ce ^uil faityil nagit ÿuè far frèvention é‘fms raifon V&
c'ejl four 'cela que je ne camfte guéris fur [es carejfes , ^ furie
dffe^ f articulieremenp fan temferammenPyla cmjèimion de-fon corfty
^ le degré de fes forces y de forte qu il aété furgé jufqid au' fang. GC'
fendant comme il S'^Jl enfin tire d^ affaire y qu*il neji f as mort du
remede r bien éloigné de fe f rendre ny au Médecin ny- a la Medecintr
des accidem qui l ont mené f^loing yil s’ êfi imaginé que cette Medt*
cine l a: guerk Delà efi- 'uenu'è ma faveur ^ les grands, biens qipil
m a fastP enfuite.- Æn^ f ay grand fujep de craindre que comme il
tn a fait du^ bien^ far cafrke dr fans rmfon y il ne me faffe aujjt du
Màttifiser:fagi6i^.^^t^^désoccafiônsoùjenetauray.fasmerité..
^Bifiothec. qrien ^ M-U H A MED: Ibn Achmet Altemimi , Médecin Arabe fai-
une grande, figure v-ers l’an 4,70*. de. l’Egire , & écrivit
Prermêre Farm, Chà,^. IV. 141
to Lîrre des .Alimens^ô^ cle la yerm des fimples.
Nadhi s Æ.LUCH Médecin Grec, & un autre nommé
Manfur , comme Ebn Moka:sher Médecin Chrétien du Cali¬
fe Al Azizl , fleurilFoienc aufS en ce temps- là , témoin une lettre '
de ce Calife , fort avantageufc aux Médecins & à la Medeeine. \
. A & itN A ^ A R Alpbarabiüs .pacif de Phaïab en T urcoma-
nic , vivoit fan 43 o . de rEgire , & étoit fî verfé dans la leàu re
des Livres d’ Ariftotc & de Galien , qu’il fut regardé à Bagdct
comme l’Efculape de fon temps, & furnommé Homme honom-
ble en Arabe. Audi fît-il de fçayans difciples & des Ouvrages
dofit ?il fera parle cy-aprés , au fujet d’Avicenne. Il mou¬
rut , dit Abulpharagej pouf ?être trop appliqué à l’étude , l’an
435. de l’Egire. Mais il faut fe garder de le prendre pour un
Abunazar > Philofophe ôc Médecin , qui vivoit l’an 1^0. de
PEgire. : : :
Ebn Bot l a natif de Bagdet ou Baldac dans F Arac Ara¬
bique étoit Médecin Chrétien , homme à la vérité fort laid de >
vifage J mais bel efprit , qui fit de bons Livres % & qui fe ren-
ditconfiderable par les conférences qu’il eut avec les habiles
de fon temps , & par les differens qu’il eut avec Ebn Redu van, skmL xï;-
&: voila pourqûoy n’ayant rien trouve dans le monde qui le
contentât pleinement ^il fe fit Moine à Antioche , l’an 44a . de
l’Egire. -
Ebn Reduvan efî: par confequeht contemporain de
Ebn Botla , outre que celui- cy en parle dans fes Ouvrages 5
mais comme d*un homme fingulier &: bizarre dans fa métho¬
de , & à peu prés du caraclcre d un autre bizarre , lequel ayant
fait marché - avec un malade pour le guérir d’une fièvre tierccj
demanda au moins la moitié du prix dont oh étoit convehu, T'ertiana fim - '
léuteDant , fuivant la fignification littérale & ordinairé^dü ter- Hemtcri^
me de demie tierce, qu’on luy devoit la moitié du prix , ne
refiant' à fon compte que la moitié du-malàguêriri
Y A H 1 A Ebn Ifa Ebn larla étoit Médecin Chrétien natif de ■
Bagdet , mais il fe fit Mahometan à la perfuâfion d’Eduflvvarid î^S-
qui luy enfeignoit-la Dialectique: Toutesfois il mourut en re-
putation de Médecin charitable , l’an de l’Egire- 475, Mais ^
il ne faut pas oublier icy certain" ^
^ qui faifoit la Médecine l’an 51 0, de- .
FEgire, & qyj étoit félon Abulpharage , Médecin comme un cor-: »
em ejî hUmj & un homme mordu détin ferment 3 e^ un homme fain
S iîj
J 41 Medëcînt.
é' vigoureux î mais cela, continiië cét Auteur, riel-em^êch^
pas de faire le fçavant, &de fe moquer même d*es plus habi,
les,,quoi-qa’il ne dît que des fadaites. Il en vouloit parcicu.
les,,quoi-qa il ne dit que des radailes. Il en vouloit parcicu,
liercmenc à un Médecin Juif nommé Abulchair;, contre lequel
il fit ces vers. P -
4bulchair aâeo fiultus ejl , ut in lame ejus leviüs jîf -^if^uii
excellit, . ■
Adeo infaujlmut agrotum qui i^fo Medico ufitur in mare
Perditum fit cui nullum eji littuii ■ .
T ria fpmtd , il>fiim afie^us , é^ f^retrum i é" qui^ortuos laf&dt.
Il y* eut encore en* ce temps 4à plüfieùr^-autrés Mé&
Arabes Chrétiens , un Colathat, un Abâtélla,.Ebîi Talmid,
Ht-batelli 4onum Abatclla Bbii Matka, Abatella Ebn Joham-, tous èftimez. des
Califes leurs particulièrement d’ Ai mataki, qttll
ne faut pas- faiflèr pàffer fans remarquer que fon fils luiy ayant
demandé pendant fa derhiere maladie, levvoyant fort indilFe.
ctohocuta - point appétit 'à quclqüé chofe,
il Iny xéi^dnàït , tout mon appétit eji d" avoir appetitl
ALRAHABifutunMaTehandrhêlédeDan3as,quivi-
vôit randcrEgire ,^32. fâifàiitenelFetla Medeciné&laMar-
■chandife j mais au relie tont’Amphibire qu’il étoitshommema-
gnifique .en tocîî &.par tout; ; '
A B u B E c E K El^eric eft un Arabe d’un temps incertain,
Ofie»- qui a fait, fuivant Hottinger, un Traité de medendis morhis y
Ahulphar^i
■ pyn»fi.
■td. pag. xyi. gardé Mahufcrit dansda Bibliothèque de Laurent Meàicu,
, _ a Florence/ '• ' ' ^ _
M O H A MET Ben Abditalif,- furnommé Ebn Elbirad , écri-
ihuiphmg- mA vit des' Plantes de l’Egypte, l’an 6^6. de l’Egire, comme ;
D/»#- M U H A M E n Ben Eladib , écrivit des canfes des maladies.
ÂBDo'ssALE , Vahia Ebn Hâid, Poëce &:Philofoph,f’
Saet Ebn Abatella , & piufieurs - autres/ Médecins Arabes 3
tant Mahomecans que Chrétiens:, font marquez dans le même
' Auteur.
- Theodoke d’Antioche Jacobite de Relio-ion , fe donna-
aun Prince Chrétien de la Nation des'Francs j mjais l’ayant
quitté fans fu jet après quelque temps de fer vices , & tâchant
^ de gagner fon païs , aborda par un coup de vent dans une V in^
-^huM»rx£? Hifi. OU ce Prince fe trouva par hafard. Âinlî de honte de fon ip'
Pynm.pitg- Î4Ï* conftahee , il aima mieux fe donner la mort , que de rougit
devant luy de fa défertion.
Première Partie. Chap. IV. \î43
I B K Z O A R eît appelé admirable par Averrhoes , parce üottinger. inAm-
qu’il vécut^cent trente ans , & qu’il n’avoit commencé à étudier , _
qu’à raffe de 40. ans. . ' > chrifi. 1163. «
^ EbnElbeiTAR AbenbicanEfpagnoli natif de Malaca
de Grenade, a écrit en Arabe un Liyre des Medieamens fim-
plcs , dont le Manufçrit étoit, fi l’on en croit Pafchalis Gallus
I: ScWkius, parmi Ics^tiytesude Ginlto
ils ajoutent quai y en avôit qnqoré un çhe-z. certain Jacobite 5;
maïs ce qu’il y ade plusi vr^-lèmblable> eft ^ueaoutxela &:
tout ce que nous en avons ^n eft que des compilations faites- •
dans les Médecins Grecs.: . , .
Kln A^,r.s ouiKimanm^^^ à écrit en Arabe un Livre
facultés des Plantesf, des -animaux , A des miherauîé, lequel a ^
été traduit en Latin paj*i Gérard CromoncnfiSi»/ ; /
. A B H I N G U .RB r t; ou Albingucfit a donné un; Livre de la
yertii des ; âlimcns,& des . Medieamens, tradudc. pan le mime- ferip, Mei, *' "
Auteur , 6c-un autre des.' Redemedes;, impriméîavenlesGeiivxés:
deMefiié. '
; - J:QA Mfi'x'ifû:Si;e|l;iun::(AiÆevdu dixiéme ûecle , qüia
écrit: fur divers fujétsf Si apparemment le ’mêtiie que eét Hu-
main ou Huæan çité'piar- Rbafis .i;qul a interprété Andrqma- èi/îf. i,
chus , & qui adonné;- lés GànonS.O'econbîniqües & les Tables
Ifagqgiques , qp>’Qn vP.it .dâns l’Avâcenne dé Gérard de Grc-
mpne, ^ ^’4ndrdd’iAlpago.i - : : ■' - -
J E AîN fils de Serapiona vécudanH’onztéme fiecle. Quel¬
ques Auteurs l’ont fait Mahometan 3 mais, quand il n’y auroin
quefonnom,c’eftairezpourcroiréquilétoitClirétien. '
Al B AT E^H-ns ou AlDateniusavécudansdeLmêdîe'fiecle, • ^
6c a traduit quelques Livres dé Galiéni en: Arabe fur le def-^
fein de Joannitiiis;, qui; luy avoit montré le. chemin.;
K. A Si s y Bi^zÇes Ahub^tCrr, ou BultBjureMjrgÆm et jiUîis Z Acha-
rid Rhafis , &{): un Arabe de la Mauritanie, connu de tous les yanderlind. ds^
Médecins par la quanrité des Livresjqu’ii a faits , &; particu- Hedic
lierement par fon iou Traité dectoutes; lés maladies
du corps hun:^in,.&ldbregéde-E?s âutiæs;OuTrages rmais fon. , .
temps paroit-ineertain , parce que René Moreau iednet dans
1 an de grâce p 3^. Câmpegius'êcd’âutfès'en iio^ô. Vanderlin-.
dçn 5 &''Vplphang. Juftus en loSsO. MaL saldfi,;vr-ay;-qù’îlait
veen fix- vi nge^ ^ toutes ces dpînibfîs ne ibné pas diffidiles
âçoaçU.er. . Quni-qii il enTôit;>il:éerlvkdnêmeXinetbiiftQire
pag. 155.
y. SchenhiUm é*
Vmderlind.
0mmger. Bihlia-
-theç.priental.pag.
,ï3;«
Hottinger. in A»a
leâ.pag, 197.
F. Schenkii
theç.
1^,^ Éjjals âe Jlde^€clnâl
d’Efpagtie Cil faveur du Miramolin Balharabî. On dit
commença à faire la Médecine à l age de trente ans , qiVif fjj.
Empirique 40 . ans , 6c 40 . ans M edecin rationeU il fut encore
Médecin d’ Almanfor Koy dés Arabes, mài^ fi malheureux qu’ü
ne put Gonferver fa faveur. Ârnaük dé Villè-neuve eft uq
de ceux qui ont travaillé à fon Eloge avec le plus d’appUca.
tion , 6c Hottinger nous apprend: vqne non feulement il eft
préféré à Avicenne par les Arabes > niais encore qu’un certain
rbn Chatiean l’a appelé Médecin par excellence.
A L B U C A s î s ou Buchafis vivoit , fi l’on en croit ’^olpH.
Juftus, l’an de grâce 1085. 6c compofa trois Livres de la Clii-
rurgie, 6c d’au très Livres des maladies des femmes , fort diffe- .
rens du Livre intitulé Bulchafim Benabénazerim > ou UUr
traduit par Simon Januehfis.
S A L A b I N U s de Efculo^ ou Sàladinus Efculanus Mede.
decin du Prince de Tarente , a fait un Abrégé des Medica*
mens aromatiques , 6c quelques autres Ouvrages marquel par
les Bibliographes.
H A L i/A B 3 A s ou Bbn Abba dlfcîple' de Rha^^^^^ a été en
grande réputation dans le dix 6c onzième fîecle, qüoi-qu’il ait
été furnommé le Singe de Galien Aûffi Avicenne qui avoit
fureté tous lés Ouvrages dés Grecs 6c des Arabes qui l’avoient
précédé , s’cft-il bien donné la peine' de le éQ'pier en divers
endroits. Il dédia fes Ouvrages àCqn Prince yqu-.il ne^-^
fâk connbître que fous le .nonvde grand Rby , 6c" de plus" fcrt
que tous les autres Princes de fon temps. Certain- Eftienne
Philôfophe lés mit en Latin l’an 1127. 6c Michel Capella les
iliuftra de quelques notes l’an i j 2,3 . Il y a encoré Hali Ro-
doam que "Vanderlinden fait Egyptien' après ‘^olphang*
Juftus , 6c qni aecritXur de Galien , apparemmeoE
different d’un autre Hali Abbas Juif qui a écrit Re Medica*
d’un autre qui a fait un bel Ouvrage de Chirurgie.
A L s H A R. A V I U s OU Alpharabius eft un Arabe Maure éa
douzième ficelé , défi grande réputation que ZaeutusXc Pau-
kis Ric.cius le croient le prémier dés Médecins , après; Hipo-
crate 6c Galien .- car outre fa pratique donhée au public par ce
Riccius , il fit un excellent Livre de la Chirurgie que Golius
a véu , ditdl , à Conftanti nople.
H E L LU G H A Z I M Ellimitar fils de Nahâdün, petit filsde
Cellam , natif dè Bagdet,a. fait les Tacum ou TahuU fanitpi^
marquez par les Bibliographes. RalpS^^®
r
Première Partie. Chap. IV". ifS
■ Kalehus Egyptien a fait un Traité ou Commentaire
fur les Canons d’Avicenne , de même qu Ibn Nephis : car je
marque icy plufieurs Auteurs , quoy qu’au deiTous d’ Avicen¬
ne & d’Averrhoes , quant au temps & au mérité , afin den y pas
revenir.
Avicenne donc , cçt Arabe fî connu > qui fleiirifToît
dans l’onzième fiecle ^ eft un nom corrompu d’Ebn Sina , qui
fignific le fils de Sina , 5: c’efi: peiic^êcre pour cela que le Car- fermim.fôî, ite.
;dinal du Perron a crû qu’il éepir fils d’un CEinois. On l’appelé
-encore Abuhali père déHali , Ebn Hali, le fils de Hali , &ou
ajoute que fon vray nom étoit 'Hofam î & que c*efl: pour cela
qu’il a été' encore appelé Alhafcn. Quoi-qu’il en foit , fon
pere étoit natif de Belch , ^ Intendant des affaires de Nuch PJf
fils du Rpÿ de Buchara fur rEuphrate , & fà mere sTppeîojt fcÿ^minltTôof'i.
, Citara. Il naquit àEucharaen PerfeFan 370. del’Egire. C’é- r»/».
toit un tresEel efprft , mais il fut toute fa vie Mahometan
malgré toutes fes lumières , tant l’éducation , la coutume ôc la
commodité de fa Religion eurent de force fur luy. . 11 eut - .i»
pour Précepteur Abu Abdalla de Nahcl j qui lüy cnfcigna la .99a» ^
Grammaire > la Rhétorique 6c la pialeçtique ? d’ou il paffa a
l’étude de la Médecine 5 & à celle des Livres d’Buclide. JI
étudioit jour 6c nuit prefqué fans aucun repos , 6c prenoit un
peu de vin pour reparer la perte des cfprits , quant il fe fen-
toit âffoibli. Q^nt aux mœurs il étoit hpnnêce , équitable ,
: charitable & pieux à la maniér é des Mahometans, de forte qu’il
fut admiré de tout le monde dés l’âge de 18. ans. On dit qu’a¬
yant trouvé par hafard un Livre compofé par cét Albtimafar
Alpharabius , dont nous avons parlé ci-devant, il y découvrit
des Tréfors d’érudition qui le rendirent fçavant dans la Me-
taphyfique , à laquelle il n’ayoit pu rien comprendre avant
cette découverte. S’étant donc enmite adonné à la Medecine,
il s*y rend.it fi fçavant , que Nuch fils du Roy de Buchara,
abandonné des autres Médecins , demeura fort perfuadé qu’il ,
avoit obligation de fa vie àfes foins:& àfa capaeité. Ainfi Avi¬
cenne fe voyant en pofiefTion de la Bibliothèque de ce Prince,
il profita de l oçcafion par le bon ufage qu’il en fit, & eut en¬
core l’avantage après la mort de fon pere , de luy fucceder
dans l’intendance de fes aflfaires , & fut fi heureux pendant ce
temps-la , qu il gnerit lé Prince d’Eléram d’une maladie me- ^
lancholiqüe. Mais ayant jugé à propos de donner quelque
j
‘ . ■ EJJk^ de Medecme.
•tréVèate-ë^udes, &>dé mefter une vie plus douce , ïl -.admît
ibs 'Eebiiers -à '^fes div^erc-iffemetis & à quelques petites débau¬
ches qui lhy-a^iÉii»ei?ént leur-amitié , quand iis le virent de cette
Eürtjeùr. Gek -neEenipêGha pa5 de-fairc'un voyage a^Abdaj
où il guérit de la colique le Prince de ce lieu, qui le fit au
'deÉës '^^ifirs ou Confèillers. Delà il paflTaà Apheca , où il fm
■ receu des fcavans avec de grandes demonftra'cions d’eftinïe^
■d’âtftkié-, ■& il y a^Uit beaucoup de 'gloire daiïs les -dlfpütcs ^
des Gotiferences. Ee^Royde Sénfadüle; ^voyant eependâUu ^qulil
‘Skdonnoit avec beauGôüp d’application à l’étude dès Matho-
-matiqués , luy fit fournir -tout ce ^qiii 'éîoït ' neGeiraire pour fe
^rendre accompli en cette fcience ,* niais pou^cela il ne dédai-
! -gnoit "pas de fairède fês propres tinains tous les inftrumens
- p^ont il avoït le plus dé hefoin j-mâis étantobligé deduivre
Roy dans qUêlqüeS: expéditions -inilitairés , il y contrariai dès
dneonimoditês'qui dégenererent en Epileprie , n ayant pasiété
^pendant cette guerre âflez fur fes gardés contre les'attaques
“désEerrimes. A"quoy il faut-ajoûter que comme il lîfa tr<^
^longStCmpsvde Mithridât,- & qite jLesd0niéftïques ,^ui:neM-
"rnoient -pas à^ caule^ de fa -fe Vérité , pdlerent trop "d’opiuffld
fes Ecmedes , ils de firéné- doueétnent ^rnburir par celui -dà.
Ain fi voyant apprOchér la; Mort r i l fe dépêcha d e prendre /on
-parti , mais en PEilofëphe. El donna donc -une partie- de
-Biens aux ^pauvrési,^ la liberté à* qudqiies-üns de /esiEB
Comment, in ^rt>-dlâv€s , rCcOmmàndânt enfiii^fo'nràme-WËCfg.neur à la Mâniefô
gn^fi. Hi^ecrat. des Mahomctans. dPMôûrut âgé"dé ÿS.'aris fut inh^^^^
-Ghamadan , l’an de PE g ire 42-8. de grâce 10E2,- félon la
'plus Commune opinion, ^^ant à fê^: Duvragès Gardan ae'çrit,
que quoy quùPaitbeâiiCoup pris d’Hipocrate , de Gàlicn,d’0-
Eibafe, d’Æce SedeiPaUP Eginette J il ands tout- cela en-fiboîi
ordre , qu’il mérite d’être lu. De plus qu’il adécouvert' la plû-
part des purgatifs doux & bénins , qui étoient inconnus aux
Grecs , & que quant aux fautes qui fe trouvent dans fes éerics,
elles viennent de Pignorance ou de la negligénce des iritef-
^iierami,tag. .^,^^es. J. Gdlâr Scalîger va encore plus kdn que Cardau;,
• car il ^croit la lecture d Avicenne fi necefl’alre, qiiil ne croit
pas qtPon puifife être bon Médecin qu’on ne Paît bien lu
AveRkhoes n eft gueres moins connu qii’ Avicenne , ^
n*eit gueres moins grand Médecin que grand Phîlofbphe,
-comme il paroît par ies Ouvrages. -Il s’établit à -Cordoué 6»
Prmkre IV.
Fas n-4o.'Ô4&tJe plms paffionné deaoii^ k5 fârdü
d’IStete. Oo kty P^fienrs diofes,, Sc même fur la
K.eUdott, taDc bonnes qiiq manv'aifç&,,&,app.r^^
ment par -ks. Àütears. ; Il ço^ppif.qu^nt,à la :M ma
Ouyracrc ;4u il iuximk la Mcde-^
çine, par l’ordre dn\^ran3orip,, dqiu il^étd^tKfedècia} mais,
iln’cil pas vray qa'il ait empoikimé ,^ykeàde >, §C, qpe celui-
cy to rjendu la pardllc ^ comme. L’a .écrit Yan4éxrinden
tK>m^ par Wolp^ang^ jd^u^fjij’iî ftutr^ ^éngî^ent ^ca^
outre qp-aucan Autear ma mar%|è ^ fait ,i’iX e% vfây qu
yerrhoes aiç fleuri eaii45r félon qriçî^ues.-di^', d’aur
très en lidy .rpu, 117 0.. commet Avicenne
étant mort des L’an loé 2 ? ; . , ^
A vÊN.zaAR -Abhqmcron.oaîAb^^ Abynzoar, étoit
ipeer prés*dn tçnïpsA^verrflôés^^^ &^t i.-c’efl: pqurf
qjuoy : nom^ fàge. & ' 1110%%^ "9^ <ÿp cpail ! oomuiença
d’étu-dier en Medeçine des Lage de dixà^^ qm if en vécut
plus- de flx'vingts. Son plus fameux- Puvrâge, cltle TdwV j OU
de Re.Medica marqué' par . tous les,
•Bibliographe^., r.v'o^V, ; i;-: ,
E :a N flls^de -Mefné natif dé-Damà^^ des Canons,
^ de- quelques^ autres Quy.rages, de Medecine Pharmacetiçi^
qnu , elf fl different de ce Jean Sis de Meftie Syrien donc nous
avons, pâ-iid çy -deYanc ;^ que les temps if^is ^ies^ iLirnoms font
ftiffifans pour les diflinguor. En effet ,l’nn vivoit dans le hui¬
tième" fieGle, conîmo nqds Lav ws Wf ^ ué, éfffo.n Beu , & eeluy
dont il s’agit icy yvivoit daps Le Âouaiéuie félon tous les Mm-
decins&Hiftoriens, ôte étqic petit- ils dainRoy de Damas , té-
mpin la Genealogie qu’il amilqà la tête de (es Ouvrages à la
maniéré des Orjetîtaux. _ Quant d fes, écrits on ne fçait s’ils
font en Arabes Grec, ou Siriaque 5 mais il eft certain, qu’il
avoit iu les Grecs avec tant d’afliduité, qu’il a pu écrire en
leur langue. Il faut donc encore remarquer à notre fujet que
Andréas Beilunenfîs fait deux Jean fils de Mefué , l’ancien SC
le jeune. L’ancien a , dit-il , écrit en Arabe , & voilà le Maffuia
eu fils de Mefué du huitième fiecle, mais dont nous n’ayons
-pas les écrits. Q^nt au jeune, il dit qu’il n’a pu trouver fes
Ouvrages parmi ceux des Arabes, d’oii on pourroit inférer,
qu il auroic écrit en Grec ou en Siriaque » ôç voila celuv du
y-ouitiçnie fieçlç, ou chreÿiet^ '^ mais Yoflius, nonobffant
' ‘ ■ “ Tij
Chrifti iiéi. ex
fuBo.
CâBell. in vitis
'Medic. iltufir.
Andr. Tiraquell.
in nomenclar. Me^
die. Vanderlindenà
de ferip. Medic.
MeSannathi fiîius
Mçdicus Syrus.
V. facoh. Sylvie
pr&fat. fetr. Ca^
fiellanum in vitis
illufir. Medieor,
JP af ch al. Gallum
Schenkium in Bi~
bliothec. ^ fujium
inchronol.Medic,
’ ■ Ëjjais de Médecine,
cette diftinÆioh, a tellcrncnt confondu ces deux Médecins fu^
t)enipric.GŸAe^ Ics Mciîioires de Leon rAffriquain, & fur la ledure de queU
lih.A.&i.devhi- autres Auteurs , qu’il n’en fait qu’un, 6c fi bigaré qdou
lêfo^km. connoit rien.’ La convenance de MaJfuUi & de Majfahi,-
celle de Patrie. , de ProfelTion 6c de Religion , car ils etoient
tous deux Chrétiens , a donc càüfé cette confufion , dans la.
quelle cét habile critique a donné , 6c l’erreür de plufieurs Mé¬
decins , qui non feulement nen ont fait qu’un, mais' qui Font
Confondu avec ce Jedn de Damas qui fuit. “ '
J E A N Damafcene efl: le Synonïme de deux Médecins
qu’on ne peut démêler qu’en démêlant les écrits qu’on a tnis
fous leurs noms i 6c fous ceux de5 Auteurs qu’on a confondus
avec eux. Il faut donc, fça voir que Vanderlinden a fait^
apiês Volïang: ^|dliüs > un lahüs DamafceUus Auteur^ de
: certains Adhorr&iés J, d’un 'Traité des fièvres ,'ôc-^^^d^^^^
' Therapéutique , le' qualifiant . Prêtre , Moine 6c Médecin
de Decapolis ou Paneas. Mais il n’y a gueres d’apparence
que ces Ouvrages , qui ne font que des compilations decaix
- de Galien, :d’Æcc &de Paul E'gïnette , foienc d’un de; ces
Solitaires du quatrième fiecle , qui n’étbienc occupés :en ce
têmpsdà qu’a la PHeré ) 6c au travail des mains aufli Gèfner
6c Schénkius croyent-ils, que loin d’être d’un Solitaire de ce
nom 6c de ce tempsdâ , ils foht de Jean Sefapion. Qj^nt à
Joan. Damafeerius fils; d’un Mefité , qui a écrit des Ganons de
Médecine, 6c plufîeuÿs .aiitres'Ouyrages de la matière Medi--
' ■ einalev qui vivbit ddhslc'dQüiîeraè hecle, Wolphang. Jd^^^
6c Vanderlinden lé^nt éncôre trompez quand ils l'ont fait
MoineBenedictin'î.car oüt;re qu’il n’y â aucun Moine Méde¬
cin de ce nom dans toUtè FHiftoire Behedidine , l’erreur vient
fans doute, de ce qivilsunt pris tin Moine Bénédictin Préce¬
pteur; de Saint Jean Dabaféehejpoiif cé, Joann.Damâfçenns,
6c qu*ils ont confondu tous ces noms. T rithémius même ,;Bz(>
vins , 6c Symphoxian. Gampegius , ont tellement défiguré ce
Joano. Damafcsnus Médecin du douzième fiecle , que non
leulemenc ils l’ont confondu avec Sai nt Jean Damafcene 5 qei
m’a jamais rien écrit de la Medécindî rnais' encore qu’ils ont
Uiîs ce Saint au nombre des Saints Medeéins 5 dé forte qudn
trouve même nôtre Joann. Damafeenus 6c Saint jean Damâ'
feene confondus avec les deux Jean Mefué dont nous avons
parlé cy,-dçS:ixs, parce que l’uu éco.it fils d’un Mefué, 6c qd’il^
Première Partie. Chap. IV. 14^
avoient été tous deux furnommez Manllir, * quoy à de dif * Vidorieux. iiia-
„ r O. ftïc. Sarrafin.
ferens refpeds. ,
' Alkanamusalusou Canamufalus de Baldac a écrit _ I _ U
dans le douzième fiede ,-des maladies des yeti^. ^ ^^50.
Y AH I A Ebn Hamechjvivoit, dit-on, l’an 715). de TEgfre ,
Sc fît un Livre àeReMeàua, qui! dédia au Roy Albulafem , ST Hottinger. Biblio-
qui contenoit la maniéré d’examiner les Médecins fujets du thec.orum.f.iéi.
Roy de Grenade.
Abdaramahus Afintenfis , eft un Arabe Egyptien ,
dont les' Ouvrages ont été traduits de nôtre temps par Abra¬
ham. Echcllenfis Maronite fur le Manuferic de la Bibliothèque
Mazarine.
B U H A H Y L y H A Bingezk a fait les T acuins ou Tables
des maladies du corps humain , traduits de l’Arabe en Latin
faivantTordré de Charles 1. Roy de Naples > de Sicile & de ‘
Jer'ufalem , frere de Saint Louis , par ce Earragius qui a traduit
le de Rhafîs 3 comme il paroîc par la Préface de ce
Juif, où il donne les mêmes Eloges à ce Roy , qu’il luy donne
dans la Tradudion de ce fur Ta fin du 25. Livre 5 & :
où il prend lès mêmes qualitez qu’il y a prifes. Mais comme
je ne voudrois pas affîifer que ce Bin^flas n’àit écrit au temps
de Charlemagne , je croirois plus ^paremment qu*il a écrit
àu temps de Charles 1. Roy de Sicile , puif-qu’il a donné ordre
à Earragius d’en faire la Traduction pour l’ufaee de fa maifon,
& que dé plus Occo * ni Schcnkiûsne nous donnent aucune
preuve évidente qu il ait ete du temps de Charlemagne. jerr^ingef.
Il y a encore dans Abulpharage plufieurs Médecins Arabes >
tant Chrétiens que Mahometans , depuis l’an de l’Egire éao,
& entr’autres Said Ebn Tuma Médecin Chrétien de Bagdetj
mai-heureulemenc aSaffiné par Une horrible trahïfÔhv Hâfnon . * ' . ;
nütre ’ Medeci n Chrétien d’EdeCe; lâkub Ebn Saklan ;, Ebà RohcnjGs^ '
Salem , ou Ebn Kafabâ Jacobite , Theôâbré d’ Antioche >
MetTud de Bagdet M’edecih fçavant êc fpi rituel , Ifaaç de'
■Bagdet & plufieurs autres qu’on peut foir dans les pages 345.
& 444.- dc rHiftoire desDyn0iey d’Abulpharage; Mais à ce
propos il ne faut pas paRer à d’autres hiatieres j fansT’arrêtér
un peu à céTameux Médecin -Hiftorien jides ^Ouvrages dïi- - ^
quel jay tire la plupart de ce que je viens d’écrire touchant
Médecins Arabes.
Cs^egoire Abulpharage étoit né à Malaca > dis
■ ' T iij
i^Q Ejjais de Medecine,
d'un Mcdecin Chrétien nommé Aaron , Sc n’étoit.gâs Ëhi'étiea-
Renégat, comme l’ont voulu faire croire les Mahometans,|a,loüx.
de voir un fl grandPerronnageChrétienimais cequi fait à^iagloi.
re, eft que ces ennemis du nom Chrétien , & d;C la reputationde
Grêgoi rc , ’ ne lailToient pas de le confulter comme fai foient •;
tous les Orientaux dans leurs; maladies. On= peut voir les Elo* '
ges qu on luy donne, oii on ne le traiie pas moins« que de.
Phénix , & que de rhonneur de fon fiecle 3 au (h eh' il appelé às
quelques. Chrétiens :
Primarius i 'jacohm£i& üZ;UnQ,
maire Syricnncj&^pelques autres Ouvrages
des Dynafties, & mourut à îahn du douzième jlieclGy& félon - !
- qneiques-uns-à la fin dm treiziéme, Pan de UEgi-re é^o» 1
Je paffe danc' maintenant aux Rois Ô4 apx, Prdnges .qiai: ont
honoré la'Medecme ou pac Pétude,.0u gân la profeffio^quih
en ont faite. Ainfî4^;remaix|U6 entreje& Héros de i’aatfquk
la plus reculée vjafon, dont le nom femblcirnar^iiier- la prin¬
cipale étude & application; Hercule , AcHle ,rT hefée, ,, T ela?
V mon, Pelée,.Arin:ée, Teucer, PacroGleyFaIamede,Cadmus6;
àziido. Bacehus, eut re les Grecs r Comme:Nekep&;S r Peto&is., ,Tp-
lbrthrtis,&: ces autres, Rms d’Egypte :que: la fable a défigui^j |
Alcibiade , Denis Tirante.. Sieiie > Idomenée Roy de Crete,
' Nous ayons encore le Grand Alexandre J puifque Plutarquê
le met au nombre des MGd€Gins , Xy fimaque , Antipchus Roy
de Syrie, Ptolomée Evefgete Ro:y d’Égypte , Actâlç s Çod^
nms,.Amarot 6ç Éaodieusrmarguéf par (^llén.. Juba j
Mauritanie , Mithridate Roy de Pont , Seleucus Roy de Lo'- |
- cres.Gentius Roy d’Illirie,Pharnâçes,Eupator, Agrippa Roy |
des Juifs, Evax ,& Sabid,,Rois des Arabes, Sabor dcun autrç !
in AntidpuY, cap. Prince: d’Orient. citc par Æcé & Mefué Abderamç Roy des |
17- r SàrafinsjÔcceMçluépetit-fils.d^un Roy de Damas. Un D^r
yid Roy de ce pa'A , cité par Àvicenne, laciiruta & Rermit
marquez dans Scrapion, * Sandropiélus ou Sandroçàtus Rpy
BaUus de Seripto. des Indes , marqué dans Pline & dans. Athenée. De plus, Gcn^
rib. AngUc. plps, CUmcnus, Aaron, Agrippa ,& Mafiniflà Roy de Numh
die , Kinamis Roy de Perte, qiii a écrit' de la vertu des
tes , tous Rois ou Princes & Hçros de la Medeçine, Nous avons
* Indiæ Rex, ad Antiocliam Medicamenta quædam aftriEgcntia mifît quæ fubdûa
po4o. malacohibc:«^.
Première partie. ly . ij- i
-cücorc lin Renta'NataeiüsSiJorina Rois d’Ecofle, qui vivoient
-prés de ‘deux ficeles avant Jefus- Chrift , ^ dont le fécond a
ecfit^des 'Re'f’lcs-ou Canons de IVSedecine : car quant a Jofina ceorg. suchanm.
;il neraut pa?Gubli<^:qu'ayan:^été nourri. &ékvéj^r des^M
-decms, aurqueis il fc lentit oblige , il aima depuis la -Mé- Major. 'Britm..
ccine &ecux qui profeflbicnt , jufques à eompdfer des Trài-
^tez des playes&dcs facultez de Medieameusjd’oii il ell arrivé ^
que les Eeoflbis ont long-temps cultivé cét* Art-qu’ils hono¬
rent encore à prefent. Il ne faut donc pas s’étonner fi quel- • '
ques Plantes &:queiquesMedicamens compolèz, ont pris leurs
noms des Princes qui en ont été les inventeurs , & fi quelques-
uns mêmes des Empereurs Romains ont - éftimé la Médeci¬
ne au point de la pratiquer en quèlqués occafions 5 entre
lefquels on marque Augufté, Tibere, Néron î.Adden,Tite ,
Conftantm id Grand, JuftinV&CondantiripVldit'le Barbu,
diiquelnouswonsquelquesOuvragesdeMedeeine.N’avons-
■’hous pas encore l’Epître de Theodoric Roy des Oftrogots,
-touchant les facilitez ^Medecinales des Eains-d’Apone? N’a-
vons-nous:pas même dans les derniers Ifiectes '^Robert Roy de , ...
Naples y éi Alphonfe Roy de Caftiîle ÿ lequel accrit des me- JrHp! ued.
taux 5 Edoüard . . . . Roÿ d’AngleterrejainrPrmee de la Mi-
rande , un Rarchelemi Prince de la Maiibn des-Gomtes de
Lanoy en Flandres j un Proehitc grand' Seigneur Napolitain ,
S: pour ne^pâs remonter plus haut, des Rois d-Egypté , des 'In¬
des , de la GEine, des Arabes que nous avons ouirOucliè ci- ‘
d evatit , ou paffé fous filenee pour éviter prolixité ? • ca t peu r
les Princes de l’Eglife , ils viendronr cy-aprés en leur rai g.
= Q^iant aux Poëtes
-O B. P h-e'e qui eft un dès plus anciens a écrit de la vertu
des Plantes. Mufée Hefiode & Homeré paroiffent fça /ans dans
la^Rotanique , & particulièrement ce- dernier , qui a\oit encore
'toute la'connomance de rl^nratomic, qu’on pou vo t avoir de
fèn temps 5 cequi a obligè j.'Sambiicus dede metrre-dans-fes
Images des Médecins. Empedocle me- par6u-iF;pias--Mod€C^
,^par ce que- nous en avons remarqué cy-devanèf Aicæüs Poète
'Lyrique n a-t-il pas écrit un -Poème ‘des 'Plante;^'? '"Melampe
d’-Argoy ne nous a-t-il pas paruPoèteBc Médecin tout enfem-
ble ? piagoras de-Millct écoitvPiiilofophej'Pcëte 8i‘'Medecîn,
au point que Diofeonde , Pline Sc Serapion' le ekent-fouvenc.
Morfînuyd’Atiienes'aieve.u-du Peëte LElchines-j^étoitt^ncore
1^2 EJJais de Medecînt
Médecin &: Poëte. Il en eft de même d’ Arâcus qui a écrit de
la Theriaque , d’Heliodore d’ Athènes cité par Galien tou,
chant les contre-pôifons. Ptolomcc de Cichcrc écrivit aufTi
des Plantes en vers comme fît Servilius Damoerates marqué
cy-devant. Nicandre , Æmilius Macer , Andromachus, Eu.
demus firent divers Ouvrages touchant les Antidotes j mais
*v.simphor.cam^ Ü faut pas oublier Virgile * lâ gloire dcs Poètes, puifqu’il
avoit étudié en -Medecine , & que Ce fait eft marqué dans fa
ejusvit». vie. Mais je ne voudrois^ pas inférer de. là, comme a fait
Hipolitus Obicius , que luy étant arrivé dés Tuccês fâcheux
dans la cure'de quelques maladies , il fe dégoûta du métier,
% l’abandonna de chagrin : car Obicius auroit bien pu expU-
quer ce vers de ce Poëte.
. Mutas agitabat ingkrius Artes. : ; ^
Sans ftippoferun fait, dont aucun autre Auteur que je fçachc
n’a fait mention. Ovide parle de la Médecine bien plus per*
tiiiemmcnt quand il eft obligé d’en parler , que ne font tant
de méchans Copiftes de fes Ouvrages, 6c de ceux de nos Me-
' decins,dontoneftàprerentfatigué.CæeiliusArgivus,Ru-
fus EphefiuS j Silius Italiens, Marcellus SyditesjPhilotheus,
Philo Tarfienfis, Petronius Arbiter , Serenus Sammonicus,
Thimariftus,Periânder,Rhamnius Fannius, lequel a adreffé
fes versa Ladance, Philés qui adrefte les ficnsàMichel Em-
.pêreur de Conftantinople. Ægidius Moine Grec de l’Ordre
de Saint Benoift, quels eftkins d’abeilles qui nous ont fourni
.des douceurs du Parnafie, 6c la Manne tle laMedecine ? Mais
pourrions-nous oublier entre les rnodernes , Bruno Seidelius
Poëte, Grammairien ôc Médecin , Hîeronimus Fracaftor, Eucas
; yaleDt;inLts ,çes dignes enfans d’Apollon, J oan. Baptift. Fiera,
Joan. Urfinus , Médecins 6c Poëtes/courOnnés , Joannes V adia-
nüs de Saint Gai. Jacques Grevin Médecin de la DuchefTede
Savoye , l’ami du fameux Ronfard, fi diftingué par fes Ouvra¬
ges -, quoi-rque mort à 2.9. ans, Jacques Pelletier tiu Mans, Al-
phonfé Lopés de Valladolid. Jean Pofthius Allemand, Conftan-
tin Pulcharçllo different du Jefuite de ce nom , enfin Pierre Pe¬
tit Philofophe, Poëte & Médecin de Paris mort depuis peu , fj
cftimé des hommes du métier, 8c tant d’autres qui ont excellé
doublement dans l’art d’Apollon, ôc dont quelques-uns pou-
ront venir cy-aprés.
Pour Les Philofophes je ne marquéray icy que les plus con-
fiderables
Première 153
lîdefablc : càr ori.peut bien dire du. reHè , Turha(m> ^itam dlm--
f»erm nemo merit. Pythagore eft donc fi inconteilablcment
Médecin , que non feulement fcs Sedatcurs étoient Medc-
cins J & qu’il fit félon Pline 8c Diogenç Laërcc quelques Ou- dt var^uifior.uht
vràges de Médecine j mais cncbré qu on difoit de luy qu’il ne
vovao-eoit pas pour apprendre , mais pour guérir les maladies
du c(^ps &de refprit. Empcdôcle , Platon & Speufippe l’ Athé¬
nien difcipic de celui-cy , raillé par le Poëte Epicrate pour s’ê¬
tre trop ferupulcüfement attaché à rAnatomie 8c à la Botani-
que« Epicharme de Cos, cy-dévant marqué. Epicurc , qui a écrit
un Livre des Plantes. Dembcr ite fi connu par Iny^même & par .
Hipoeratefon ami. Theophrafte , dont le mérite fauva fa pa¬
trie de lacolere d’Alexandre. Timée de Locrés fameux par le
, Dialogue de Platon de fon nom. Thaïes de Millet , un des fepe
fàges de là Grece. Socrate qui pafoit fi fouvent Médecin.
Ariftotc. Alcmæon > & tant d’autes mafquè’z cy-devant. Com¬
me Stratondç Lampfaque, un des difciples de Theophrafte ,
qui a compofé un Traité des maladies. Eudoxe, Hcraclide
de Pont, Methrodore, 'Simon d’Âthenes,Epimenides, Proclus,
Apollonidés , aufquels on peut ajoûter Plutarque de Chero-
née , Sextus fon neveu , Apulée , Pôles ou Polies, Conon ,
T heodotion, Trachius, Porphirc, Martirius 5c Pfellus , pour ne
point parler d’une infinité de modernes.
bîous n’avons donc plus à parler , que des Médecins Chré¬
tiens qui ont honoré leur Arc , ou par la fainteté de leur vie ,
ou par la maniéré charitable avec laquelle ils l’ont exercé, ou
qui fe font rendu confiderables par la pieté de leurs écrits ,
ou par les Dignités qu’ils ont eues dans l’Eglife. Je nepuis donc
mieux commencer que par -
SAINT LUC, Evangelîfte de Jefus.Chrift , difciple de
Saint Paul , Hiftorien Ecclefiaftique , 8c Médecin à Antioche,
le premier de nos Médecins Chrétiens, dans l’ordre de dignité
8c du temps. Il écrivit , dit-on , fon Evangile d’une maniéré
fl concertée,' qu’il femblc qu’il ait pris à tache de faire voir
a toute la terre, que le Fils de D^eu n’étoit pas moins le Mé¬
decin des corps que le Sauveur des âmes ,* tout cela , dis- je , 5c
pour porter femoignage à la vérité , 5c comme chacun fait cas
de ta Proremon , pour faire honneur à la fienne : car qui pou-
roit douter après Saint Jérôme , Saint Epiphanc ,^5c quel-
V. Epifi. Tauli ai
Colojfenf. ïLierony-
mum Eufeh. An^
felpt.in cap. 4. hu-
jusEpiJh. Ereffeniti.
EihlicarHtn di/i^ut-
jît.pag.6Z^
Molan. Biartum-
StorumMedic.Sz9-
vius in nfimençlat^
Storim Uedic,
Chrifii 44.
1^4 EJJds de Médecine,
ques autres grands pcrlonnages , qu’il ait été Médecin ? Ou f^
l’on en veut douter avec Éraflnc & Calvin , on n’a qu’à voir
dans l’examen qu’a fait Molanus de leurs doutes s’ils font
bien fondez , 6c fl les Proteftans d’Allemagne ont eu raifon,
quand ils ont voulu foütcnir que ce Saint exerça encore la
Medecine corporelle après fa convcrlion , 6c pendant ledyii-
niftere de l’Evangilé , afin de fe rendre favorables à leurs
Miniftres qui font la Medecine corporelle 6e fpirituellc y
pour manger /comme on dit, à deux Tables 6e en didèrens
endroits j mais je ne voudrois pas affurcr que le Manuferkde
la Bibliothèque de Michel Cantaeuzene»^^ duodecim cumtmu
bus , fut un Ouvrage dé Saint Luc.
U RS I c I N natif de R^avenne, fuit Saint Luc dans l’ordre
des temps. C’eft celuy auquel Saint Vital difoit, le voyant
chancelant dans laPoy , 6c étonné de l’appareil du fupplice j
Prene^ gurrde , won cherVrpein , vous qui ave^ tunt guéri de ma-
- ladies eorprelles, que vous ne perdie^ vitre ame^ é" qt^t vous rien
_ ^ Ahandomitz, le foin > pour conferver un "sorps mortel é" perijfahle,
V. Hieronym. Ra- Avis 6c avertiffement qui fut d’un fi grand effet , qu’ürficin eut
courage pour prefenter fa tête aux Bourreaux, qui le
Mamroi&s^ 'S- décapitèrent par rordreduJuge Paulin,fous l’Empire de Ncroiî.
. -O RE STE eft un autre Saint Martir Medeçin ,maisBzo-
id^GT&^r^mnoï. vins qui nous marque fes études, 6c fon martire fous Diode-
tien le 5). Novembre, ne nous marque pas le lieu de fanaifiance
, ny celuy de fon martire.
P P ^ M £ 6c Damien Arabes , fi célébrés par les cures qu’ils
R. faifoiciit gratuitement , 6c par les aumônes , fouffri rent le mar¬
tire à Egée fous Dioclctien le 27. Septembre , 6c firent plufieurs
miracles après leur mort. '
Martiroî. Romm. D I O M E D E homme de qualité né à Târfe dans la Cilide,
^ 'Ceârm.iniorn- faifbit la Medecine corporelle 6c fpirituelle , quand il fut pris
fêtdto. pour la foy 6c décapité à Nicée Ville de Bithinie , fous Diode-
tien Ici 6. Aouft.
Médecin D’Egée dans la Cilide , puis Evêque
de cette Ville , ne fe contentant pas de faire la Medecine
aux pauvres ; mais leur donnant encore les alimens neceflai-
res, iouffrit le martire avec fa fœur Zenobia, fous Dioclétien
le 30* Octobre.
C Y R U s d’Alexandrie 6c Jean , deux Médecins Anargk
res prifonniers poux la foy , eurent le bon-heur d’être vifit^
Armure partît, IV. 15?
dans leur prifon par les deux AnargircS . Cofme & Damien
qui leur apparurent & les confolerent, après quoy ils fouflri-
rent conftamment le niartire , pour avoir voulu {auver l’hon- Mlmiutex if»,
neur de trois faintes Filles&'de leur nierc, fous Dioclétien le l«»».
dernier de janvier. Ils font fi célébrés dans le Mcnologc des
Grecs , qu’il y eft remarqué que leur Boutique fut changée
eu Eelifc après leur mort. ^ .
Alexandre Médecin de Phrygie , eft condamne aux «'A
bêtes pour la foy de Jefus-Ghrift, fous Marc Aurclle. & enfin
égorgéà Lion , après avoir évité d’être dévoré des bêtes le II.
de Juin, l’an de grâce 177. .
J £ A N de Phrigic foufFrit le martire fous Antonin Vems ,
fuivant le Marcirologe Romain. _ sarofimsT. î,
A N T I O E Médecin de Sebafte , après. avoir con^ '
verti fes Bourreaux, foufFrit avec eux le martire fous le Juge
Adrien, qui Ie_fîc décapiter le 15. Juillet 5 mais le Menologe
traduit par Sirlet, ne marque ny le lieu, ny le temps de fon
Martire.
A N T I O ou E Gentil- homme de Mauritanie , autre que cc'
luy de Sebafte 5 homme de lettres ôc grand Médecin , foufFrit
une maniéré de martire dans l’Ifle de Sardaigne fous Adrien:
car après avoir guéri charitablement plufîeurs malades , ôf
converti quantité de Payens , étant aceufé devant PEmpereur
qui luy fit endurer plufieurs tourmens , il fut enfin relégué '
dans rifle qui a pris fon nom, * où il mourut tranquillement , ^ infuia suUitaa»
quoi-que les plus grands Seigneurs du païs demandalTent
inftamment fa tefte. Sa mort eft 'marquée le 13. Décembre Pan
de grâce 133. dans le Martirologe Romain , & dans Bzovius.
S A N c T U s ou Benediéliis natif d’Otricoli dans le païs des
Sâbins , fouffrit longtemps pour la Foy , & fut enfin décapité
par l’ordre de Sebaftien Lieutenant de l’Empereur Antonin ,
join Pan de grâce 130. félon Bzovius. L’extrait de
l âéle de fon martire cité dans PItinerairc d’Italie , de Dom BibUothù.
Jean Mabiilon , Religieux Bcnedidin , page 47. le nomme Be- vaiUcdia».
nediefus , & marque fon martire au 6. des Kalcnd. de Tuillet. . , .
^ Pentaleon Noble Médecin de Nicomedie, fils d’Eu-
Korge^ Sénateur , Saint & fçavant perfonnage , fouffrit diver- chnft. dâsri^.
inju^s 6c tourmens , aceufé qu’il fut par les Médecins
I ayons fous 1 Empire de Maximin, & enfin le martire le 7. * «mencUt.
Ipillet. Bzovius * marque les differens miracles qu’il fit après
fa mort. V ij
' Ejjais de Ajfedeeme,
Julien natif d’Emeiè dans ia Phénicie , foufFrit le mar,
jaoUK. in Diario tire fous TEmpire de Maximin Galere , le <3. Février , exhor-
Medtc. BoUmd. é' janc les Médecins Chrétiens expôfez au Theacre , à foufFrir
auffi conilamment qu’il faifoit.
R as iphe & Ravenne freres, Prêtres 5c Médecins natifs de
Bretagne, félon quelques Auteurs, fouffrirent le martirê en
faifant laMedecine le 23. Juillet, mais on ne fçait pasrannéc.
Ce qu*il y a d’alTuré , eft que leurs eorps font à Bayeux * -
ExGfacorsinaxar. P API LE Mcdecin de Pcrgame , piiis Diacre rfoufFrit le
Metaphrafi, Lifo- mattirc avcc Garpc , Agâthodcre ôc Asathanice fa fœur le 12.
Aïril.fousrEmpèreurDece.
Lipmm. m ejm CjO D fl A T jeune Medccin de Corinthe, foufFrit le martire ,
'^tj.mnomendap exhortant fcs freres à le fuivre , le. dixiéme Mars , fous Dece
^ 5c Valerien..
BzevAnmmmdàt. ' d- E O N c E 5c Carpophorc dcux Medecihs Arabes , ayant évi-
Baciùs in prAfat. té le fcu 5c l’eau , qui nc fer virent qu’à convertir plufieurs
Gdmt P^yens , furent Réeapité^ par l’ordre d’un des Lieutenans de
^ * Dioclétien à Aquilée le 6. Aouftr.
Eu s.E E E Grec , Pape dcRome , eft mis au rang des Me^
-Bergcm.infup^jem. <^vGins par quelques Auteurs , qiioy qu apparemment il ne fut
chrome. quc fils dc Medecin. * Il foufFrit le martire fous L’Empereur
E l BER A T Médecin d’ AfFrique, foufFrit pour la Foy peh-
rmor vhunTs'^ la perfeeution des Vandales , qui le firent mourir le ij.
Mars 485. à Zurzàne en AfFrique..
Romm. Martyroi. . Emi lien Rutre Médecin A ffriquain de grande reputa-
jidor iih. de tion , foufFrit pareillement la mort pour la Foy , pendant là
.« ecm. Van a er. perfecution Arrienne , avec quelques autres. Chrétiens le
Décembre.. .
' P -E N r s Médecin 5c Clerc, ayant foufFert pendant la perfe*
cution d’Alarie, tout ce que la captivité a de fâcheux , infpira
tant de refpeâ: aux Barbares par fa patience 5c par fes autres
vertus , qu’ils le regardèrent enfin avec un profond refpeft.
Aufii ne s’étoit-il pas contenté de faire la Medecine aux ma¬
lades, mais il leur faift)it„ encore de grandes aumônes , comme
onlepeut voir dans fon Epitaphe en vers, rapportée par BzO" /
vins, qui met fa mort le z8. Février l’an de ^^^race 410.
Isidore Evêque de 5e ville eft n-is^par cuielques Auteurs
au nombre des Saints Médecins , 5c confondu par Molanus
avec Ifidore natif de Chip, U eftyray que Euc Evêque de
Tremiere Piirtie. Chzp, I V, 157
TuT> parle que comme d’un homme fçavant dans lesfepe
Arts ’ liberaux î mais Symphorian. Champerius en fait un
grand Médecin , que Bede&Uruard font maxtir , de même
que Grégoire de Tours , l an 731. ^
Voicy encore des Saints Médecins , qui pour n avoir paS'
fbufFert le martirCînont pas lailTé d’ honorer la Médecine par
la pureté dè- leurs mœurs.
C E s A I ît £ Sénateur de Conftântinople , & prèmier Mé¬
decin de l’Empereur Conftanee , frere de Saint Grégoire de
Nazianze,dic le;Theologien5.qui a fait foii Eloge, aima mieux
renoncer à tous les avantages que l’Empereur luy propofa , &
quitter la Cour que de fe faire Arrien. Audi Dieu le recom^
penG-t4l de fa fidelité ? car il revint à Rome après la mort de
eét Empereur , glorieux . carclTé du peuple & de toute la Cour,
& difpofant commeil luy plaifoit des: finances , dont il fit un
fi bon ufage,quc les pauvres trouvèrent un pere &iin Méde¬
cin en la perfonne. Oh célébré (a fête chez les Grecs^le i
de Février félon Baronius.
S. Basile le Grand-&; Saint Grégoire de Nazianze, ap¬
prirent la Medecine dés leur bas-âge avec Saint Cefaire , &
celuy-la aima tant les pauvres malades , qu’il bâtit un Hôpi¬
tal, oii il faifoic la Medecine aux LepreuXde fes propres mains,
, S A M S O N ©toit un Saint Perfonnage du cinquième fietie ,
qui donna tontfonbien aUx Pauvres, il guérit l’Empereur Ju-
ftinien d’une grande maladie , ce qui l’obligea à faire bâtir â
fa confideration un grand Hôpital à Gonftantinople. Il eft
mis au nombre des Saints pour avoir eu foin des pauvres , &
leur avoir fait de grandes^ aumônes ,& fa Fête marquée \c 27.
de Juin , comme celle d’un Saint, au Sepiilchre duquel il s’eft-
fait de grands miracles.
Zenon de Gypre foutint çonftamment l’exil pour la foy
de Jefus-Chrift ^ à convertit le fameux Juif Jofeph. Sa niort
eft marquée le 13. Juin. /
Pierre Prêtre & Médecin de la Ville de Cyr , Ht mar-'
que comme un Saint Pérfonnage pat Bzoviiis , en l’année 495-
T H I O D O T E Médecin puis Evêque de Laodicée en Sy-
rie eft fort eitime par Eofebe , s’étant converti à Dieu dans
1 exercice de fa^Profefiion , par la méditation de fa dernîere
^jfiir celle de les maiades. G’eit pourquoy Bzovius le pré¬
coce aux Médecins comme un- miroir tres-fidelie, ou il s peu¬
vent voir leurs obligations.
Be Gloria Confef.
cap. loz.
Gregjiria 6^«4<r»s--
'Baron. innotiL -
Nazianz-entis Ser¬
mon de amoreBau^
perum:
V.Bzovînm ^
lanam.
Hift: Ecclejiâfi^ U
Z. fap., zi.
I J 8 Ejjds de Medecînt.
L’Evêque de Tibériade, qui fous preeexte de faire la Mc*
decine à Ellel Patriarche des Juifs , prit occafion de le bapti-
rom.i.u.hiref.i. fer , étoit apparemment Médecin, fur quoy on peut voir Saint
Lpiphane , ôc après luy Baronius qui l’a copié fur ce fait mot
^»ron. a Annum mais quî UC Ic nomme point autrement que l’Evêque de
Tiberiade.
Martyroi. Rem.. J U V E N A L fut premièrement Médecin à Narni , puis Prê%
s.ed. yfiiàrd. j-j-g ordonné par le Pape Damafe , & enfin Evêque de Narni,
ou fa mémoire efl: honorée de même qu à FofTan, ôc où on a
porté fes Reliques , & bâti des Eglifes fous fon invocation.
G E N N A D I U s Grec efl: mis au nombre des Médecins par
Bzovius, qui nous en fait un bel Eloge 3 mais fans nous marquer
ny le lieu de fa naiffance , ny celuy de fa mort. Âinfi je crains
fort qu’il n’ait fait un Saint Médecin de Gennadius Evêque
de Çonflandnople , dont il efl: fait mention au Menologe des
Grecs le ly, Aouft fous Juftinien , ou de ce Gennadius de S.
Auguftiu , dont nous avons parlé ci-devant.
P H I L I P P E s ^eiïitio na^if de Eiorence , après avoir étu-
R^ovmsinnomefi- 4)^ OU Medecinè à Paris , & pris le Bonnet de Docteur^ Pa-
cùtur. doue , fe fit Religieux Servite , fut General de fon Ordre , &
mourut, en odeur de Sainteté , àTuderte le iz. Aoufl: 1285^
n vé c Ma-is pourrions-nous oublier icy le eelebre Médecin Tribun,
quoi-que marqué cy-devant, puifqu^il préféra la délivrance des
Chrétiens Captifs aux biens temporels. ' '
Maatirius, qui fe jugea indigne du .Diaconat pour
avoir exercé la Medecine.
s, B A K B A T I E N , lequel ayant le dm des [mte^ , ne guerif-
rio'. foit neanmoins aucun malade , qu’il ne fe fervit des remedes
naturels, pour fe mettre à couvert de la vanité.
Riàdoiird.. ad am. D E O L D U S Evcque d’Amiens , qui viendra encore cy-
après. Enfin deux Médecins Japonnois nommés Paul, dont il
ell: fait mention dans les Lettres du Japon devPeres Jefùites.
’Bz.ovmt ex Epifi. . I N autrc Jappouois converti , qui faifoit la Medc-
G/tbrie^. Jtdaihf. cinc aux Pauvres, & qui leur donnoit encore l’aumone,ccqui
luy attira la couronne du Martirc à Facaya le 13. Mars de
Pannec 1 613. mais il ne faut pas oublier icy, que quelques au¬
tres Médecins que Guillaume du Val a inférez dans fon Mo-
nogramme des Saints Médecins font fupernumcraireSjOii parce
qu’ils n’ont pas été Médecins de Profeflîon , ou parce qu’ils
noax guéri que fprn.aturellemen£. L’on peut encore remarquer
Vnmerè Chap. IV. 15:9
en pâflaût pour l’honneur de la Medecme , que prefque tous
les Peres de l’Eglife ont été partifans de la Medecine, & apres
eux tous les Patriarches & Fondateurs des Ordres Religieux.
Aufli voyons-nous que la plupart d^s Saints Perfonnages donc
il cft parlé dans les Peres- & dans l’Hiftoire,ont aimé ou pro-
feiTécécÂrt. Un- ^ , 1
A m m o n I u s fl célébré dans la Cite de Dieu de Saine
Auguftin. Ce Proconful d’AlFrique ^ cy - devant marqué ,
ou pour mieux le defigner yce Vindicianus, Un Prêtre nom¬
mé Pierre» dont Theodorct fait une fi honnorable mention ,
un Euftathius fi célébré Médecin & Théologien du troifiéme
fiecle, ce Ruftiç. Elpidius cy-devant marqué , ce Médecin
qui ramena fi fpirituellemcnt Louis Lantgrave de . . - -
Epoux de Sainte Elifabeth , de k fotte opinion qu’il a voit
touchant la Predeftination. Le fameux Turrianus, qui quitta Bzovm-f aimnum
lemionde pour fe donner tout à Dieu dans une Chartreufe ,
. après avoir long.temps profefié k Medecine. Gui de Ccr-
celles, qui fe retira du monde , après y avoir longtemps exercé
la même Profefiion l’année qui légua cinq cens livres aux ^
Religieux du Val des Ecoliers de Paris ,.011 il palTa le refte
de fes jours. Petrus Ægid. Corbolienfis , qui quitta pareille-
ment la Cour du Roy de France Philippes AuguRe , pour ne: _ .
plus penfer qu’au Salut de fon ame. EîierômnSefla , qui bâtit &
fonda k fameufe retraite des Solitaires de Rua dans le Padoüan..
SaintCharlesBorromée, qui fit luy même la Medecme à Milan
pendant une grande pefte , &dont Dieu bénit les foins y parce
qu’ils n’étoient animés que de l’efprit de Charité. Voyons- main¬
tenant ceux qui fe font diftingués par la pieté de leurs écrits.
A N T O N. MufaBraflafolus , outre tant d’autres Ouvrages
de Medecine, acompofé en Italien, k vie de Jefiis-Chrift , ÔL
paraphrafé les quatres Evangeliftes pour fa confolation & pour
celle de fa famille.-Deplus un Problème dans lequelil tâche de
prouver à k Duchefie Anne de Eerrare, que k mort eft toû-
lours à cra-indre. Guillaume Ader *Medeem deToüloufe,a écrit
fort doRemenc & tpirituellement fur les guéri fons miraculé u -
tes laites par le fils de Dieu. Renaud Sturmius de Soifions
non content d’avoir écrit fur les Aphorifmes d’Hipocrate »-aL
encoreecrit contre les Athées. Henri Valentin- Voo-kr a don-
ne une eurieufe & Crétienne Phifiologie des inftrmnens de la
A^on duFiis de Dieu.. Vincent Molés a écrit une .Phik-
J (J O Ejfak dt Mtdtcme,
fophie qu’il appelé Sacrée , touchant le facré Corps de Jefuj,
Chrift j avec un Traité des maladies dont il eft parlé dans 1^
Bible, en quoy ilaété fécondé par Marcellinus Ûberte,&pjj
V f‘ifeha.1 ^spi~ Bârhletiimi Horftius , qui a aufli compofé des Prières à TafL!
LiterAtoK " des Medccins. Guillaume du Val Médecin de Paris, rarnalh
de nôtre temps , quoi-que d*une maniéré allez confufe j
noms ôc les avions des Saints Médecins , 5c quelques mo*
numens de la pieté des autres Médecins Chrétiens des der-
MemogrammA sto- nicrs fiecles- Levittus Lemnius a fait rcxplication des fimili.
■rum^smâ. Me- ^t^des tirées des fruits , ôc des herbes mentionnés dans la Bi-
hle. Louis Takius à fait U Meâeem chrétien fur l'idée ou iœa.
ge d’Aza Roy de Juçla. Bernardits Tomitanus Médecin de
. Padouë 5 a fait un Commentaire fur Saint Mathieu. Otho
Briiiifeirius 5 qùoi-que fa vie foit un grand Problème , s’eft
aufli diftingué par quelques Ouvrages dé Medecine Chré¬
tienne , félon Gefner en fa Bibliothèque. Mævius Volfcho-
niiisafait voir dans une belle dilTertation l’accord qui fc trou¬
ve entre la Medecine & la Théologie. Jean Vandermei nous
a donné l’expoUtion des palTages du Pentateuque de Moïfe,
où il s agit de Medecine. Francifeus Valcfms a fait la Philo-
lophie facrée , ou explication des mots de la Bible qui regar¬
dent la Medecine. Jean Groflius a fait un abrégé de la Méde¬
cine, dans Felprit de l’Ecriture faintc, Si y a ajouté le moyen
de bien comprendre cette Ecriture. Anton., Ludovicus a écrit
contre Galiei^ fur la nature de l’ame râifonnable, foùtenant fort
doctement fon immortalité contré ce grand Médecin , qui fem-
ble en avoir douté. Jean Baptifte Codronchiu s a parfaitement
bien écrit , touchant la maniéré de faire la Medecine en vray
Chrétien. Paul Zachias a expliqué pins au long qu’aucun au?
tre Médecin , tout ce qui regarde les loix divines & humaines,
touchant l’exercice de lahïedecine. Thomas Eraftus , quoi-
q[ae Luthérien , n’a pas lailFé d’écrire de la Medecine Chré¬
tienne fort dodemenc , fi l’on en excepte ce qui regarde la
Polémiqué. Daniel Ülierdenus de Bruxelles a fait üneEpître
Theologomedicale touchant les maladies du corps 5c de l’amc-
Joachim. Vadianus, Poète jTheologien 5c Médecin 5 a-fait nn
Commentaire fur les Aétes des Apôtres , outre fes autres
Ouvrages. Jacques Goupil a fait une dode 5c pieufe Para-
phrafe-de PEpître de Saint Paul à Tite , dediée au Cardinal
4uBelley, Thomas Bartholin a fait quatre Traités fort pieux
Première Partie. Chap. IV.
fort doétcs, fur la Croix de Jefus-Chrift.
Peut-on s’imaginer un Médecin & Philo fopîie plus pieux Hypemnemat. 4;
que Marcille Picin. Nicolas Bicrius natif de Gand , & Me-
decin de l’Empereur Maximilien IL n’a t-il pas écrit contre Tmyfrhat.deTu-^
les Hérétiques &libercins de fon temps ? Jules Cefar Scaliger, dor. smguin,
quoique Catholique fufpecb , a dans fes Poëfies plufieurs piè¬
ces qui ne font pas indign-es d’un Médecin Chrétien. Nico¬
las Maflà Médecin de Venife,a fort bien écrit de la création
du monde , &: de l’immortalité de l’ame. Guillaume Rondelet
Médecin de Montpelier, a commenté quelques Pfeaumes de-
David. Adrianus Junius a fait PAnaftaurofe , ou Hiftoire do
la Strudure & fabrique de la Croix du fils de Dieu. Paul
de Midelbourg a écrit touchant le jour de la mort & Paflîon de
Jèfus-Chrift. Hieronimus Bardus, Prêtre, a fi bien écrit de
la Police de la Médecine Chrétienne qu’il nefe peut mieux,
quoi-qu’il ait avancé , fans le prouver , qu’Ariftotea été Secta¬
teur de la doctrine de Moïfe. Après toutes ces remarques que
nous relie- t-il que d’entrer dans PHiftoire des dignités Eccle-
iialliques , polTcdées par des Médecins ?
E U s E B E Pape, furnommé Anteros,Grec d’origine , étok
avant fon exaltation, ou Médecin, ou au moins fils d’un Mé¬
decin , qui eut l’iionncur de donner un Chef & un Saint à 1 E-
glife de Dieu.
S I L V E ST K E 1 1. à la vérité n’a jamais exercé la Médecin
ne, mais il ell certain qu’il fe plaifdit à la Théorie de cét Art,
comme il paroît par cét endroit de PEpître i jo. Nec me mt&re
MeàicinA Çwnr tra^urt njelim^ pAfertim cum fcientiam illomm-^
tantum u^eciaverim ojjicium femper ^ugerim.
■Jean XXI, natif de Lifbonne , dit Petrus Hifpanus , * canones Medici.
ctoit un fort fçavant Médecin , comme il paroît par fes Ou-
Vrages. * ^ femm.
^ Paul IL fe pîaifoit comme Nicolas V. à l’étude de la Me- * "Bartholomeus ex
decine. Aufli ce dernier étoit-il fils d’un Médecin* forti d’une Parenm-
fort noble famille , & d’une mere illuRrc en vertu & en naif- ’
fance , appelée Ândreola Sarrazanenfis. . ,
Qi^nt aux Cardinaux de PEglife Romaine. - '
H U GUES le Noir , dit Atratus ou d’Evesham Anglois de «■
nailiance , etoit homme d’un efprit délicat , d’une mémoire
ücureule , & de moeurs tres-innocentes & tres-honnêtes. Il de-
X
Tulgef. ét' Ciaco-
mus .n Martin, 4
in Elogiis lllujir.
^'glor.
* Hans TEtat He
Vcnife.
£:iacûK. U (Bïegor,.
^11.
F, Envum SermiU.
p'clufione habita in
ÿ-. Komao.
^44P-
T^un^irttnâsn. de
i6>h ■ EJJàts de Medecïnt, *
vint fl fçavant dans la Medecme , la Philofophie & les Math&.
matiques j qu’il fut furnommé le Phénix de fon temps. Le
Pape Martin V. connoiflant fon mérité ,& voulant apprendre
la décifion de quelques faits qui regardoient la Médecine^
après l’avoir confulté avec application fut fi fatisfait des répom
(es de Hugues encore fort jeune, qu’il le fit Cardinal Prêtre
du Titre de Saint Laurent in Luchm^ l’an ii8i* Auffi a-t-on
dit de luy , qu’il fut le Médecin le plus honnête , le plus dé-
cifîf, & le plus agréable de fon temps, à quoy on ajoute qu’il
n’étoit pas moins grand Théologien. Au relie Pitzeus nous,
apprend qui la écrit un Livre des Généalogies humaines n’eft
pas. venu a nôtre ConnoilTance , non plus que Canones Medick^
fuper oper. febrium Jfaact y é’ Problematum liber unicus ^c.
J A c E s d’üdne , * dit Jacobüs ou Jacobinus Vtinenjisi eft
appelé par Saint Antonin homme fort Religieux. Il fut après
avoir exercé la Médecine , Proconotaire ApoRolique , & enfui-
ce Eyêque 5 mais firHiftoire ne marque pas d’où , elle nous
alTure que le Pape Grégoire XI L le fit Cardinal du Titre de
Sainte Marie la Neuve , & que comme fa Sainteté projettoit
de l’en voyer Légat à Venife , il mourut l’an 141 o .
Lo U I s M E Z A R O T A de la famille dell’ Arena , furnpim
me Scarampo , fe fît recevoir Dodeur en Medecine à Padouë,,
où il étoit né, & y exerça quelque temps cette profelTion j mds
setant enfuite tranfplanté àh-onie >il prit parti dans rArméc
du Pape Eugene I V. commandée par le Cardinal Vitelefchii
qui faifqitla guerre aux Rebelles de fa Sainteté. 11 fe ren?
dit enfuite fîmeceflaireà ce Pape , que luy ayant découvert les
defPeins, de ce Cardinal , il s’enrichit de fes. dépouilles , dont
les principales étoient l’Archevêché de Florence ,& le Gene*
ralat des Troupes Ecclefîaftiques. Je ne m’arrête icy ni a fa
eonduite, nia fon bonheur, ni* à fes exploits de guerre 5 ffiâis
jje marqueray feulement que s’il ne triompha pas dans Romp'
après fes expéditions militaires, comme avoir fait Vitelefchi»
fe Pape- ne îaifîa pas de payer fes fervices d’un Chapeau Ro*^
ge, le créant Cardinal Prêtre du Titre de Saint Laurent
Damapto. Voyez au furplus Aubert tom». i^.Hifl,. Cardinal,
compilé fe vie de divers Auteurs. .
Vi T A L du Four, dit, Vitaïis de Furnoy étoit Gafeou natif
de Bazas. H étudia fi bien en Medecine , qu’il compofa uî?
Livre. d£ Tsuend, VaUtudinti^^ quelques;, autres Ouvrages de
Première Partie, Chap. I V. ï^3
Medecine. Enfuite il fe fit Cordelier , 6c entra fi avant dans
les bonnes grâces du Pape Clément V. qu’il le fit première-
ment Cardinal , 6c depuis Evêque d’Albe. On luy fait dire
dans un Livre intitule de Smamgdt ■vmuub, qui n eft pas vC’ 1319.
uu à nôtre connoiflance, qu’il vivoit au temps de Bêla Roy de — -~
tdon'^rie ce qui n’eft pas impoiîible fi c elt Bêla quatrième y crcnic. yiinor.
du nSm , qui mourut l’an 1275. Il n eft donc pas vray comme l’a Antmn. 3,
écrit Volphang. Juftus qu’il ait vécu en 148^. • _
H I E R G M £ A L E A N D R E étoit fils de François Aleandre
Médecin Vénitien. Comme il étoit fils d’un bon Maître , il
eut encore le bonheur d’être difciple de Daniel de Padoüe ,
qui luy apprit la Medecine 6c l’Aftrologie. Ainfi le Pape Paul
ï II. fe fouvenant des fervices de fon perc, 6c voulant recon- . -
lioître ceux du fils, qui fans doute luy en avoir rendu de cqn-
fîderablesjle fit Cardinal du Titre de Saint Chrifogone. On ^
dit qu’il mourut par l’ignorance d’un Médecin.
H I E R ô M E Sefia , ne fut pas Cardinal , comme quelques-
uns l’ont penfé, mais outré qu’il avoir tout le mérité necef-
faire pour obtenir la Pourpre Cardinale il eft certain qu’il
ne tint qu’à luy d’en être revêtu , le Pape Paul I V. l’ayant
nommé.pour cela 5 honneur qu’il refufa avec une humilité que
iés véritables Chrétiens eftiment beaucoup plus que cct bon- 14?;-
neur. '
Hermolaus Barbarus, fi connu des Sçavans, n’a pas été
Cardinal comme Volphang. Juftus fe l’eft imaginé après Tri-
themius 6c quelques autres 5 mais il. fut feulement défigné
Patriarche d’Aquilée par le Pape Innocent VUl. & auroit ap¬
paremment été Cardinal s’il eût vécu davantage. Que s’il n’a
pas été Médecin de profeffion j au moins a-t-il extrêmement
obligé la Medecine, en luy donnant uii Diofeoride 6c un Pline
plus corrects 6c plus iliullrés que tous ceux qui a voient paru
auparavant.
Simon Pas qü. a Doéte Médecin 6c Théologien natif dc
Gennes , fut premièrement Ambafiàdeur de cette République
vers le Pape Pie IV. qui le fit fon premier Médecin, puis Evê¬
que de Sarzano. Enfiute FI afiifta au Concile de Trente , 6c
fut enfin nommé Cardinal Prêtre du Titre de Sainte Sabine
par ce Pape. Il laifla quelques Ouvrages Hiftoriques, 6c mou¬
rut en réputation de fort grand Perfonnage en 15 <35.
- F E R D IN AND Poncet Evêque deMelphe , Napolitain 6c
X ij
1^,4 Ejjàis de Adedecine:,.
_ Cardinal du Pape Leon .X. a fait un Traité des venins y &
*5^7- de Phifique, qui marquent alTez que s’il n'a pasprofelTé la Me-
* decine, il n’a pas.laifie d’y être fçavant, comme on. le peut voin
dans Ciaconius.
Vincent L a u r.e' natif, de Tropia dans la Calabre ^
fut premièrement Précepteur ou plÉtôt Catecliifte d’Antoine
Roy de Navarre, par la faveur du Cardinal de Tournon fon
Patron , qui le mit auprès de, ce Prince. Il étoit egalement
grand Philofophe, grand Théologien & grand Médecin. Le
Pape Pie V.luy donnîtla direction de l’Eglife, du Mont-Royaly,
& le nommaNonce fucceiîivement, .auprès du DuedeSavoye,,
de Sigifmond Roy de Pologne , du Roy de France Henri
le Grand.. Après quoy le Pape Grégoire .X H I. voulant re-
nduÀhh^7ùvita. connoîtrc fon merite.Sc fes grands fervices., le fit Cardinal du,
tjus. ' Titre de Sainte Marie, & c’eft pour cela qu’il fera parlé plus
Greier. Talent, de cc Cardinal dans eét Ouvrage. Il mourut ea>
ehfervap. i6t. m l y^Z.
Tacit, Voici les Médecins Archevêques au nombre defquelson met
Vanderlinden, de . Albicus Archevêque de Prague qui» fit l’an i4S^4. un
fçrip,, Medic. Traité inùmlé Jraxis medendi , & quelques, autres; Ouvrages
de Médecine.:.
Pierre Ruicpalle étoit né fi pauvre, qu’il avoir de^
mandé fon pain en chantant 5 mais il ne lailTa pas d’être élee
Sf.endm. >s4;iî»». vé à l’Archevêché de Mayence 5 parce , dît rHiftoire, que le
M.Qh. Bape Clement V. voyant qu’il ; étoit fi habile dans la cure-des
maladies corporelles, efperoit qu’ilne le feroit pas moins dans
celle des nmlâdies de l’ame.
^ . y , . Ange lo C a t h o Médecin' du Roy dé France. Louis
jLi ' XJ. fut nommé, comme chacun fçait. Archevêque de Vienr
ne, ou il tint le. Siégé, pendant. le Régné, de ce Prince;
Quant aux; Médecins devenus Evêques , outre ces Saints
perfounages cy-devant marqués, on remarque encore un Pam-
philus EpifcopusrCJté .par.Æce, au fujetf d’une .certaine fuffu--
‘ ■ migacion.,, ^
Theodote Evêque de Laodfcée , dont j’ây parlé cy-
devanty fe rendit fort confiderable dans lé V. .fieciè:car
febe en. parle comme d’un homme d’un mérité extraordi¬
naire , m êine..a vant ; que. d'être parvenu à l’Epi feopat , ôc encore;
? F- Médecin.-.
Tndiii. _ K AU L/ UECc .de nation £2:. Médecin de P rofefiion , donc
Prmiere P Me. Chap. IV. isj
avons 1-Hiftoirc dans Paul Diacre de Merida la grande , fut
§gLiz. Evêque de cette V ide pour fa vertu , i5C y opéra ' des CUreS' pAtrum Eme^
BDiraculeufes. fuul.r.
E Î I P H A N E Evêque de Conftance eft mis au nombre des *
Médecins par quelques Auteurs , pour avoir fait quelques T rai- fenp. Med.
cez de Philique ou de Medecine. c q c u u-i T>uthmar: chrmè^
*T H 1 A D A G E Moine de C.orbie en Saxe ) ci rort nabiie log.mfi. saxonenf,’
Médecin, quiaccompagna Boleftas Duc de Bohemcàla guerre &
de l’an 9^^. devint enfin Evêquo de Prague. '
S a h I D £ ou Patricide^ ,tdont il a été parlé cy-devant dans
PHiftoire des Médecins Arabes, Patriarche d’Alexandrie , étoit
Médecin de Profeffion fous le Calife Hanied Aradibella. Il
mourut Tan. de PEgire jiS. après avoir tenu le Siégé fept ans Si
jGx mois. . .rr
Nemesius , dont le temps, PEvêché &la Patrie paroilTent
allez incertains,étoit à la vérité grand Philofophe. Aulfi Paurois-
je mis parmi les Philofophes , fi l’Ouvrage natma hominis qui
porte fon nom, n’étoit un Ouvrage appartenant àla Medecine i'
puifqu’il y eft fait mention^ du corps, des élemens , des fens ^
& de leurs organes , du poux, des maladies, de la refpiration, de baudtum é*
la faculté senerative & de femblabl CS matières. C’eft ainfi qu’on ai
O r T' \ O operts.
pourroit mettre en ce rang Synehus Eveque de Cyrene, o^un
certain Theobaldus Epifeopus, puifque l’un a fait un Livre
Jnfommts ,èc.V3.ntrc un de Namra xi j. Ammalium. Mais il eft cer¬
tain que
W I G E B E R T fut: Evêquc dc HildesHim Pan S 8 o. qu il y
tint le Siégé quatre ans , & qu’il n’y exerça pas moins la Me¬
decine du corps que celle de Pâme. Aufii voit-on dans la Bi- ^
bliotheque de cette Ville plufieurs Ouvrages de- ce Prélat
Médecin.
Deroldus étoit' Médecin de Profelîion Pan 915). quand
il fut nommé Evêque d^Amiens. Il mourut Pan 9^40. «tenf.ith. 4. c.
A L B E R T le Grand-, également grand Médecin & grand
Théologien, fut Evêque de Ratifbonne, Pan 11^0.
Go N SALVE de Tolede ne m’eft connu que par Lio- 57^- deipi$
nardo di Capoa qui le fait fameux Médecin , & Archevêque
de Leon en Efpagne 4 car après avoir cherché dans tous les
^ -^’^^urs de 1 Hiftoire d’Efpagne , je ne trouve qu’un Gonfal-
ve^Eveque de Leon, qui vivoit au temps du Roy Ramire ll.
environ l’an ^00. mais iPne paroît pas dans cette Hiftoire qu’il
été Médecin. X üj
Ce^ienjts Bpifco^
fittiis.
Êlôdvvîn, in feri~
fterib. Anglkis.
Chrijjt,
Vanderlinden^ de
Med.
Vanderlinden, is
fcrip. Med.
Vanderlinden, d*
firip. Med.
0ifi. de Bleis.
, ^Jfals de Medecme,
Nicolas Perveham Anglois , fut auffi grand Medccia
que grand Philofophe , & comme il étoit confommé dans la
connoilTance des Plantes & des autres Rcmede^ , il fut appelé
dans la Cour & d'ans la Famille du Roy d’Angleterre Henri
I II. mais pour cela il ne laifla pas de s’adonneràla lecture des
Saintes Lettres, & à la méditation des chofes Celeftes: C’eft
pourquoy le Roy le nomma premièrement à PEvêché deChe-
ller l’an 1135?. grâce qu*il refufa d’abord 5 mais comme il en
reçût une forte corredion de Robert Capiton Evêque de Lin*
cellfe, il fe refolut à l’accepter. IL^étoit Maître és Arts de
Püniverfité de Paris, 6c Dodeur en Medecine de PUnivcrfité
de Bologne, d’où il fut tiré par le Roy &par la Reine d’An¬
gleterre, pour être le Diredeur de leur confcicnce &de leur
fanté. On dit qu’il écrivit un Livre de Pratique , 6c un delà
vertu des fimples, qui font apparemment perdus.
Guillaume Barfetti natif d*Aurillac, Médecin du Roj
de France Philippes le Bel , dont il étoit fort eftimé pour ia
probité & capacité, fut nommé à l’Evêché de Paris, l’an 1304V
Theodoric Efpagnol DominicainEvêque de Cervie, étoit
confommé dans la pratique, qu’il écrivit l’an 1180. unTraitéft
félon la Méthode de Hugues de Luques fon Maître, impri¬
mé avec la Chirurgie de Guidon, de Roland 6c de quelques
autres.
Alexakder Benedidus Evêque de Civitta di Ghieti
dans le païs de Benevent , cft mis au nombre des Médecins
par quelques Auteurs Allemans 5 mais je crains fort qu’ils fe
foient trompés: car comme il cft certain qu’il y a un Alexmi*
BeneàiBus dans le Catalogue de ces Evêques , il n’eft pas vray
qu*il y foit qualifié Médecin 5 ainfi je croy que ces Auteurs
pourroient bien avoir confondu l’Alexandre Benedidus Mc-
decin Italien de ce fîeclc-là, avec l’Evêque de même nom.
K A M i N T U s ou Ranutius Kamintus Evêque d’Arozc
en Dannemarch , a écrit deux Ouvrages, l’un de la pefte SC
l’autre du Régime de la Santé félon les differentes faifons ào
l’année.
G A s P AR Torella Evêque de Sainte Jutte ,011 félon d’au¬
tres de Valence en Efpagne,acompofé un Traité de Pudendd^
gra , 8c M'& de agritudine Pejlifem.
Pierre Bechebien natif de Blois , oîi il avoit fah
longtemps la Medecine, ayant été quelque temps premier Mc-
PrernkrePmle, Chàp. IV. 14*7
aecin de Marie de Sicile , Epoufe du Koy deFfance Charles
VIT. fut nommé & facré Evêque de Chartres , Fan 1422.
' Guillaume Pellieier Evêque de MonpeUier , compola
félon quelques-uns le Livre des Poiflons attribué à Konde-
Ict , & par confequent obligea & orna la Medecme de ce bel
^PaÏ^ I g V e , fl fameux par les difFerens Livres que nous
en avons, étoit un fameux Médecin, qui pour fon mérité fut * An RegniNets
éWéàrivêchédeNoccra^dansrOmbrie. ^ o,,
Gérard Rambaud, furnommé le Prélat Lettré ,
fçavanc Médecin , affifta au Concile de Trente de la part du
Pape Pie IV. & fut nommé par fa Sainteté àrEvéché de Civma
. di chkti àzns lc Benevent.
H EN R I S TA c H E R premièrement Médecin de Profeflîon, Eijhr, Vnîvtrji^
puis Redeur de PUniverfité de Paris, 6c enfuite de celle de ^arîjfèn^s.
Louvain, fut honnoré d’une Dignité dans TEglifé de Licge , ^ v ^
êc enfin fut nommé Chorevêque de Maëftrik. Trafestlnw^'**
Simon Paulli premier Médecin du Roy de Danne^ *
mark , fi connu par fon érudition & fes écrits, a été de nôtre
temps Evêque d’Arrofe dans le Danncmark.
J E A N S T E N O N , dont» no-us attendons la vie , ou au moins
l’Eloge d’une bonne plume , naquit l’an 1630. à Copenhague
Capitale du Royaume de Dannemark , Proteftant de Reli¬
gion & des plus zelez , d’où il alla étudier à Leide en Hol-
&nde. Etant venu de-là à Paris , il y trouva ce qu’il cherchoit
dans les difledions des corps , & ce qufil cherchoit dans
î’Ecriture Sainte , & dans la lecture desPeres & de PHiRoire
Ecclefiaftique i je veux dire les vérités de la Religion. Ga-^
tholique , prévenu qu’il étoit déjà par les Conférences qu’il
avoit eues avec un Curé d’Amfterdam fort fçavant 5. car les
erreurs de la Religion Froteftanteduy fauterent tellement aux
yeux , qu’il fc fentit dés- lors prelTé d’en faire une abjura^
tion finccrc. Etant donc allé de Paris a Florence, où le Grand
Duc Cofnie III. Pappelk fur le bruit de fon érudition, &s’y
étant déclaré Catholique , ce Prince ravi de cette action , &
de voir tant de feience & de probité dans un homme de cét
«ge , luy affigna une penfion , & luy confia l’éducation Ôc la con-?
duite du Prince Ferdinand fon fils. Cependant ccrtc occupa^
tion ne iempecha pas de vaquer à l’etude de la Medecineÿ&:
tant de belles découvertes , que le Roy de Dannemark ji
’léi j ^jjds de Mdectne, -
jaloux de voir que ce Duc qui s’eit acquis une gloire imiTioiVi
telle , pour avoir honnoré les Sciences éc les Sçavans , polTedoit
Ain tréfor qui avoit longtemps été caché dans fes terres , ig
revendiqua , pour ainfi parler, mais avec des honnêtetés qui
obligèrent fon AltefTe Sereniflîme à le luy envoyer pour (e
voir, ôc pour jouir quelque temps de fa perfonne. Mais Jean
Stenon n’y voulut aller qu’à condition qu’il luy feroit permis
non. feulement de faire ProfelTion de la Religion Catholiquç
qu’il avoit embralfée -, mais encore de la prêcher de voix &
d’exemple ,xc qui luy fut accordé. Il paflà donc de Florence ^
.à Rome , ou il fit voir que fa réputation étoit bien mieux fon«
dée que celle de tant d’autres Médecins & Philofophes, &OÎI !
ia probité éclata encore plus que fes autres grandes qualitet
Aufii Le Pape le nomraa-t^ii Commifiaire General dans tout
. Le Nord , pour y enfeigner & prêcher les veritez Catholiques,
^ ÇrAchi après l’avoir fait facrer Evêque de Titiopolis in partik * mais
les Miniftres qui furent bien furpris de le voir dans cet exer* »
çice, èc qui eulTent bien voulu qu’il eut encore fait honneur ,
â leur Religion , ne manquèrent pas de publier qu’il s’ étoit •
fait Catholique en Italie par intereft , quoi que la vie qu’il i
jpapnoif en ce paüs-là fît bien voir qu’il n’étoit pas de ces Prê*
très qui/approchent dès Autels pour en vivre à leur aife. Ainfi
--Dieu bénit tellement fa conduite , que comme il y avoir dfl
l’ondion dans fes Prédications & fes Conférences , il convertit
quantité de perfonnes de toutes conditions , & qu’il confirmi
le Duc d’Hanovf'e dans la creance qu’il venoit d’enà>raflrer 4
d’une maniéré dont il demeura fort confolé. Le Prince de
Fuftemberg Evêque de Munller , l’appela enfuite dans fofl
Evêché on qualité de SufFragant. Enfin ayant été envoyé
. après la mort de ce Prince à Hambourg , & de-là à Suvcrin
" 1^87. dans le Mekelboiirg pour le fervice de l’Eglife , il y mourut
calTé des travaux de. fa vie toute Apoftolique, dans le temps
quel’ Archevêque de Trêves tâchoit de l’attirer en ^on 'Dlor
eefe ,.à caufe de la réputation qu’il s’itoit àcquife dans celuy
de Muafter. -Q^l^ temps après le Grand Duc de TofeanC
Cofme III. qui vouloir honorer fa mémoire , fit transférer fo^
corps àElorence , où il fut inhumé dans l’Eglife de Saint
^rentvêc mis avec les Princes & autres grands perfonnages qui
y repofent. Au refte je renvoyé le Ledeur aux Ouvrages d®
j^edecine -qu'il nous a donnez pour preuve de la capaeùd*
BrmJeré Parth. Chap. IV.
laifTant ce petit portrait comme un m;roir de defînterelTe-
luentîde diligence, d’érudition & de Religion aux Médecins
de nôtre ûecle., qui n’aiment qu à faire du bruit , qu’a intri-
xruer-ôc à débiter des vanitez pour^’établk & pour gagner de
i’argent, '
Veut-on de fameux Abbez , & des Moines d’un merite di-
ilingué, qui ne fe =foient point ingerez de la Medecine par
faineanrife, libertinage » avarice, inquiétude & prefomption 5
qui rayent faite avec charité ^ ôc connoilFance de caufes ?
Commençons, par ceux:qui en ont écritLqueique chofe.
.Max rMm x- Planudes Moine de Conftantinople , a fait un
Livre des Urines, & un autre du Prognoftic de la Vie & de
la Mort , gardez Manufcrits dans les Bibliothèques de Paris,
de Vienne ôc de Gonftantinop-le 143©. ,
N £ O PHI T U s autre Moinl^ a fait un Lierre dû recueille^
ment des Plantes , un des Medicamens fubftitués , gardés
dans la Bibliothèque du Roy à Paris,
C A L LIST £ autre Moine a fait un Livre des Plantes ,des
huiles, des Antidotes , des Emplâtres., des ünguens, gardé Ma
nufcrit dans la même Bibliothèque, i
Bhrtharius difciple & îucçedeur de Baffalius Abbé
du Mont-Caflln, Jean fon difciple & Religieux de l’Ordre de
Saint Benoift. B afile Valentin , un des grands ornemens de
céc Ordre. Noîkcr Moine de Saint Gai , Peintre ôc Médecin
des plus eftimez de J^on ternes ^ fmnômmé pipem gmmm , quî
fit dans le dixiéme, fiecle des cures fi admirables, partieuliere-
ment en Ja perîfonne d’un certain Crato, auquel on avoit cre**
ve les yeux , que cela fent un peu la Fable, à moins qu’on
n entende par ces yeux crevez, une fimple effufion de l’hu'-
nicur aqueufe. ^ Joanaes ou Joannellus: Abbé de Fefeamp ,
aatifde Ravenne fils d’un Médecin, qui Pîftrui fie dans la con-
noififance de la Meiecinc& des beaux Arts Vétoit d une fi pe*
tite figure, & pâroiflbitfimépri{able,qu’ii futappelé Joannel-
his ou petit- Jean j mais les gens de bon fens ne laifibient pas
de voir tant de dons du Seigneur dans un fi petit corps , qu’ils
le regardoient comme une merveille. ■
M A G I s T E R S I M O N eft uii Moinc fiencdiclin , Méde¬
cin de Râhzenhaklàch , marqué dans la vie de Sainte Eren-
rude Abbefler, en l’Hilloire du fiecle douzième des Sainte
Y
Fetr.DiaeM de ït-
lujîrib. Ca0nenjib.
Blbliethei;. 'SeheSt,
kii, '
Ibidem^-
Ibidem: -
Ekkehardi de Cii->
{ib. Manager i San-
cti G alli. GoLdaB.
Rerum Alemaniî,
tu. I. .y<;.
Chronicü Gabriel,
Bucelin. ad annum
* vide obfer'uat,
117. Ephemerid.'
Medico Fhyfic. Jer.
man. ann. ï6-ji,
pag. 171.
Chronic. S. Benignî
Divionef. Spicileg,
Tlorrm. Luc& d' Ar¬
cher i Tit.i.p, 4 45»
f. 2'tbl. Schenckii.
V. Vanderlind. ^
Tafçhal. Gallus in
Stïliethec.
V. Tetrum C.^fiel-
Un. m vitis illufir, .
B;- BiètmMc. Gëf-
schenki- Van-
dgrlmd^!
149 0'.,
iîîjf., ZMm-
17 0 EJJais de Me^ècînti
de rOrdrc de Saint Benoifl: , page jjj,
T H R I T E M I U s le fameux Abbé de Spanheim , a tant
fait de Traitez de Medecine , qu’il ne doit pas être oublié icy
C O N s T A N t’i N TAfFriquain Médecin Grec fut fort
cftimé des Princes de fon temps. Il étoit fçavant dans les
Langues, ôc. écrivit qüçlqües Ouvrages^ marquez par l’Abbé
Thriteme , après quoy il fe fit Moine au. Mont-Caffin Fan.
1071.
- . C O N s T A N T I NUS Lucas Philofoplie d*A*lexandrie , %
écrit quelque chofe fur le Chapitre de la faignée d’Avicennei;
mais André. T iraqueau , qui l’a marqué , , ne^ dit point, s’il, a. été: ■
Moine,. , I
G i L L E S Galixte , dit Gilîcs d’Athenes dont nous avons i
parlé ci-devant , étoit. aufîi Moine au MontrCaffin , comme
Mophitus & Valentinyqui n’eâ autre que le frere Bafile mar¬
qué cy-deifus i.mais.pourrions-nous bien oublier Sainte Hil-
dcgarde, cette fameufe Benedidine^d’une des grandes Mai^
fîins d^Âliemagne , puifque pour ne- point parler de fes Gu-.
vrages . de fpiritualité > qui n’ont pas été du-genie de tous les.
Sçavans , elle a fait; des Livres de Médecine qui ont. mérité,
l’approbation des Médecins & des. Philôfophes,.
R i.G O R D Moinede Saint Denis,, étoit Mededn&Hîfto»
riographe dû Roy Philippes Augufte. .
Les.Camaldules ont un Hieronimus Surianus , qui a donné:
ItXontmens^ de^Rhafes , & quelques autres Ouvrages.
Les Carmes eurent un Albertr Eeir un Richardus- Ku-
nentius^ un Georgius Replerus Anglois , premièrement Chat;
noine , puis Carme:, & un certain . Theophanes marqué, par
%dfîîus,
Les Chartreux ont Jéan-de;Hagef]i;, dit Jbannes de Ibda^
gine i & le fameux T urifanns ou T aurifanns Rlorentin , quifnî
appelé plufyüam commeméfor , Ÿ^ur zvoïx fait quelque chofe fnf'
lljys de Galien , & qui fe fit de cét Ordre l’an 15.00'
parce que. fbn habilécé n’avoit pas été.fecondée dés heureüX^
fûccês. ’ -
Voicy des Cordèliêrsqui n’étoient ny des Fraters BarhiefS?
sy dés Religieux las dû Cloître.’ Rogerius Bacon donc' ont
fait un prodige dé. Science:, parce qu’üa lonscemps travaille-^
Chimie -
Première Partie, Chap. IV. 17 1
Br T HELE Ml Glannuli autre Cordelier Anglois , mais
Bomme d’un vray mérité Ôc de grande maifon , donc les écrits
furent imprimés à Bologne l’an 1500. Guillelmus Holk &
Helias Autnur du ffeculum ChimU. Joann. Eafol difciple de
Scot , Joan. deRupefcilTa ou de Roquctail^de , fi c’eft le mê¬
me que ce Cordelier Auvergnat fi connu dans le quacorfiéme
fieclc, par fes inquiétudes , fes paradoxes j fes liableries, & bien
different du Cardinal de ce nom , tant çes Cordeliers Mede- "
cins font de grands Paradoxes 3 mais il ne faut pas oublier a
ce propos
R A I M.o N D Lulle du même Ordre , quoy qu’une autre
maniéré de paradoxe , non plusrque Morienus ce fameux Her-
mite Romain qui vi voit du temps de nos peres.
J O A N N E s Gmivetus 145^0. Cordelier de Vienne en Dau¬
phiné» qui fit. un Livre intitulé Amicm Mtàüorum.
Les Dominicains ont.eti comme les Cordeliers leurs Mé¬
decins. '
J O A N N . Æ G I D-. à Sanclo Qmntino naquit i Saint Alban
«en Angleterre l’an 1153. Comme il ne mit gueres à fé- rendre
grand Philofophe & grand Médecin , il profefTa à Paris & à
Monpelier, & devint enfin un des Médecins du Roy dé Fran¬
ce Philippes II. mais s*êtant lafle du monde & de la Mede- ,
çine, il îc donna tout entier à la Théologie , & fe fit enfin Re-
ligieux de l’Ordre de Saint Dominique , après avoir quitté 3. nifioru vni~
l’habit feculier en pleine aflemblée, à la.hn d’un de fes Ser-
mons.
A l b E R T le Grand, dont il a été parlé cy^-devant , étoit
pareillement de cét Ordre.
Ro_BEE.T^’York,oa.Robertus Ebaraeus autre Doœini- ^
cain, ctoit auffi grand Médecin que grand. Théologien , De Bibimhee.
même que
H £ N R Y D A N î E L qui compofa l’an 137^. un Livre des
Urines , & un autre qu’il intitula Mamptdus,
S Thomas d’Acuii N a compofé quelques Ouvrages
qui font en quelque manière de Medecine.
G A MT A NE L L A du même Ordre , que nous touchons en- .
core du doigt, étoitun Médecin qui a fait beaucoup de bruit
far la nouveauté de fes Siftemes.
Les Auguftins ont eu leur George K^lcr Anglois, Poëtc»
y ij
infcri^tcrih . iU
JLnafiaf. inVr^fat.
ad Miracul. SanBi
magni f(tg.
6i. Itinerar. linr.
J). MabilL Relig-
^enediSl..
Matheus Farif. in
Trx-
Fjirif.
Mois parA
h-" .
5®' QMtléîm.
noix in vip^.. Sm&i
Imépsimz.
Ij2 EJJàtsJde Medecinev
MathematiGien, Théologien & Médecin , qui fe fit enfin Knz^
chorette, & laiffa leî> Ouvrages mentionnés par Pitzeu-s.-
Voicy des Chapelains & Médecins de Papes..
U K s O Sous-diacre de la Sainte Eglife fComaine , MédeGin
ordinaire du Pape Nicolas*
Richard de Vendôme , Chanoine dé Saint Paul d©
Londres , fut premier M edecin du Pape Grégoire X. l’an riyok
qui luy légua en mourant une Croix pleine de Reliques. ,
Si.M O N de Gennes-i ou Médecin &;.ChapCi
Iain''du Pape N'iGolas IV. l’an liSS.
R A î M o-N D us , Chalain de V inario , -étoît Medecrn db?
Papes Martin TV* Nicolas IV. Honoré IV. Arnald. de Vili
lanova, Joann. de AleRo> Guido de Canliâco.î.,Raimondus de
Poiolis , Pccrus .FalqEietus, étaient, pareillement Médecins des
Papes g. Campanus . M edecin de Paris , étoit aufîi.M edeein dt
Pape-! Nicolas V. Guillelmus Brixianiis ,. Médecin 6s Chanoine
de Paris , étoit encore Médecin du Pape Sixte I V. Ambrofms
ThurinuSî- V idorius McrviMuSjEahius .Cal vus ,..P.etrùs Pintor
Rîchardus: VandQperanus>- autres Médecrns^de Papes y, comme
Jpannes>.Biodier Cænomanus Médecin de Jules^T I. inhumé à
Saint Sebaftien de Béome -j oiidon. Epitaphedé.-qiialihe tel;
Ma[s|)uifque les Prêtres de Pancienne Loy étoient tous Mé-
de.cins,..& quTLn’appartenoit qu’à -eux de difeernet & de guérir
Tl.:lepre > pourquoy ne ferionsmoiis pas icy quelque mention
-des Prêtr£s.,,d.es Chanoines ^ Curez ôc, autres^ Ecclefiaftiques-
de mérité & de réputation , oai-ont honoré la Médecine, où.
• par L’étude j OU' par la profefTioii qu’ils en ontfaites?.
R O B ER T; Medoci n .de l’Abbé Suggee,^dontil efl: parlé danf
PHiftoire, étoit apparemment Erêtré.:,. '- ^
T H„o jv[ A s. Linacer Prêtre An gloi s veR un Mededh trop
connu par. Tes; Quwa.ges&, par, £à réputation , pour être -oublié;
icy? - /■ .- ■ ' 'T - ■ T ■ ■ ' ■ ■ ' ' ^
; ' P r-E R R‘E de Bloisî ArGhidiàçre de Bathe en Angleterre ^,
connu pâT Tes beaux . Quv-rages-, é,îdit fçav.aiït,danS’ la Mede^
ejne, conme oe IcrpeDty'oir' dâns>ra:vde*,. .
,Duï>o Medécia êce Clerc.: de' Saim Louis j Paccompagna^
dans Ion vovnge:-d’A®'^T^’^- Cnçdic que setant voüéà ce Sainr,.
en une. grandermaladîe:;qU-rE®^^T.ibîi.- ietoiu:.;d’eutre;-nïîSr'?»iE
^ gtteritjmufaeîfe^Smen^ . -î -
Vnmïén'PadiSy X^i.^. I V. 175
Obizo fe fie Chanoine de Saint Vidor de Paris, où il elt
inhumé , après avoir été Médecin da Roy Louis le Gros » ôC
luy avoir rendu la fanté: belle &judicieufe retraite..
P I E R K E Lombard étoit Chanoine de Chartres , où il eft
inhumé, & premier Médecin du Roy de France Louis VIL
R. O B E RT de Douai cm. de Dumo ^etoit premier Médecin
de Maro-ueritede Provence époufe de Saint Louis , & Chanoi¬
ne de Senlis-, ôc un des premiers qui ont contribué à Pétablif-
fement du College de Sorbonne. '
G U I D O- de Cercellis s avant quitté la Profeffion de M.càc- Ei^.v^iverliA^
cin l’an îz6:o. £e fit Religieux au VaLdes Ecoliers à Paris, où
il légua cinq cens livres^.
G U I L.L E E M U s de Saliceto , étoit Dodeur en Medecine^
& Curé de Saneville Diocefe de Roüen, Pan 1 374. ' .
Si M O N Alïïgi^c étoit Chanoine dé Paris, & Dodeurea
Médecine l’an 135;^. -
P E T R U s Ægid. Gorbolienfis Chanoine de Paris 5 fut aufli
premier Médecin du Roy Philippes Augnfte , & Auteur d’un
Poëme de 6o.o^:vers fur la nature des. Medicamens’compofezy
qu’il dédia à un certain Romuald Mededn du Pape.. Il fé dort-
na enfuite tout entier à Pétude de la Théologie , occupation
donc il eft loiié par JEgfd, Parifienf, in [uo Carolino.. :
Jean de MandevilleAngloisy Gentil-homme natif de Saint
Âlban,. philofophe ôc Médecin mais encore plus homme dé
bien , étant un grand Aumônier &: un grand dévot , avoir veu
fort exadement toutes les trois Parties du monde, dont il
donna l’Hiftoire après fon retour, à quoy il ajoûca quelques
.Ouvrages de Medecine. Il mourut à Liege ,où on voit fon
Ep]taphel’an.i-372>..'
J a n Lucas Médecin , fut pourvu en Coi^r de Rome Pan
1481. du Doyenné de l’Eglife de Paris.
J A N V oignon , fut premièrement Promoteur de îa Nation
de France Tan 1573V. puis Redeur de l’Bniverfité enfin
Chanoine de Paris , & comme il fe fit enfuite Médecin , H fe
trouva Doyen de. la Faculté Pan 135)4. Il divers emplois
•.honorables , & particnberementceluy d’aller vers le Duc de
bourgogne aTCG Renaud- de Fontaines , & N. de Coiirtecuiae,
uepuis Evêque de Paris. . . •
E T R u-s de Caftanra Médecin de Paris , eut Phonneur
^tre envoy é lau 135^^. Ambafiàdeur vers le Roy .Richard
y iij
mjkis de Médecine,
d’Angleterre , 5c rUniveriite d’Oxtorc.
J E A N de Marie Prêcre ôc Docteur de la Faculté , obtiu.
Van 1404. dn Pape Benoiil XIII. pemiiffion d’enfeign^p
publiquement la Medecine. ] e a n Grey Prêtre 5c MccUcin
^ut en même temps la même difpence , 6c trois ans après
Gui liume de la Chambre , quoi -que marié jeut permiffion de
regenter.
, J A N Fuforis ou le Fondeur Maître es Arts,étoit Chanoine
5c Médecin de Paris , Van .141 4.
Robert u s Poitevin fut Médecin d’Elifabeth de Bavie. j
j-e, Reine de France 1440. j
Guillaume Meuiiiier Curé de Saint Benoift de Paris,
fut Doyen de la Faculté de Medecine de Paris , Van 14^1. |
J A c q;u E s Sacq’épée , Gentil-homme Pieard d ancienne
KoblelTe , fut Médecin 6c Chanoine de Paris , Van 1414,
Henri T hibouü: étoit Penitencier, Chanoine 6c Medeck
de Paris Van i475>.
Michael de Colonia , Doyen de la Faculté de Paris ;
fut Chantre 6c Chanoine de Paris , 6c fonda l’an 140:0 la MelTe
•de la même Faculté, • V,
G e o F F RO I le Petit , étoit Maître és Arts de Paris, l’an
3414. ôc Chanoine du Saint Sepulchre de la même Ville,
A R RI A s Montanus natif de Séville en E (pagne, fçayant
dans la Théologie , 6c dans les Langues Orientales , Chevalkr
de l’Ordre de Saint Jacques , qui avoit refufé des Evêchez»
étoit fçâvant dans la Medecine, jufqn es à avoir en feigné pu¬
bliquement la Chirurgie , avant que d’être entré dans les Or¬
dres Sacrez O. ,
Mais ne pourrions-nous pas faire îcy une petite digrelFiofl
au (iiiet detant de Médecins de Paris, pour marquer que
jeMiod légua fes tapifleries pour fervir aux ades deJT^,®
» à condition que chaqtié Ma^ître diroit
pour îûy üh MiJererCi 6c remarquer, pour égaier un peu Va
îiere,que Jean TOifel ou l’Oifeau jdit Avis, Médecin decetts
Faculté , 6c des Rois Louis X 1 1. 6c François premier ,dohnak
Continens à\.\M2irïuÇctit de Rhafis de la Faculté, pour être copi^
-6c mis dans la Bibliothèque du Roy , 6c qu’il étoit de i
humeur, qu on le reprefenta en ce temps-li dans une tapig^
âyee'un convalefcent ,5cun fiers colloquteur, ces vers cn .l^
bouche. . . :
Ï75
Première Partie* CFiap. lY.
%c Malade. je ‘voy Madtre }ep.n Ami
fe. nay ni fièvre ny frijjhn.
Le Médecin. GutYi êtes h mon avis,
Puifq^ne vous trouve^ le vin bon»
Le Colioquteur L» peinture de vôtre vis *
à Jean Avis. A plus coûté que lu jupon.
Revenons à nos Chanoines;
Pierre de Troyes étoit Chanoine du Saint Septilchre de
Paris & Médecin, Fan 1 40 ^ - , , . _ ^
Ma'I^siele Ficin cy-devant mentionne , etoit Pretre »
Fhilofophe & Médecin , & Chanoine de Florence, d’une re-’
putation bien autre que tous ces Moines & Prêtres qui fe me-
lentàprefentdelaMedecine.'
G E R V A I s Chrétien premier Médecin du Roy de France
Charles V. Fondateur du College , dit de Maiftre Gervais k~
Paris, fut Chanoine de Paris ôc de Bayeux fucceffivement,
J AC q^e s des Parts Médecin du Roy de France Charles
V I I. qui mourut en 1457. étoit Chanoine de Paris , ôc Tré-
forier de l’Eglife de Tournay.
Guillaume deFîarcelay, ce Médecin qui guérit le Roy
Charles V I. étoit Chanoine de Laon.
E s T 1 E N N E de Monanteüil étoit Chanoine & Médecin de
Paris , Fan 1.5 . .
Jean Froideval Chanoine 8c Médecin jétoit encore Prin¬
cipal du College de Portée , l’an 1538.
Gilles des Champs fut premièrement Médecin à Blois,
puis Chanoine de Senlis Fan iç . .
V I D u s VidiusEiorentin, étoit premier Médecin duRoy de
France François I. puis s étant fait Prêtre , il fut pouvû de
plufieurs Bénéfices , ôc après la mort de cè Prince s’étânt retiré
àPife, il y enfeigna la Medecine.-
jEAN de Saint Amand , fut Chanoine de Tournay .
L E V I N U s Lemnius fut Chanoine de Zirixée au Pais bas.
M I C A I s I U s Ellebandius fut honoré dé l’amitié du Cardi¬
nal de Granvelle , & fait- Chanoine de Pofon ou Prefburg
dans la baffe Hongrie.
Marcus Nevianus étoit Chanoine de Gand.
Jean SanderMedecin de l’Empereur Charles y .étoit Cha-
^oine -de Saint Bavon de Gand.
îyè mjak de Meiecîne]
J AC O B U s de Leugerio , ou Jacques de Letigen ^ÆedeciQ
du Roy François 1 1. ài de Marie Stuard Ton époufe , étoit Cha,
îioine de Pans , témoin fon Epitaphe dans la Chapelle de Saint
Michel de d’Eglife de nôtre Dame de Paris.
François Rabelais de Chinon , étoit Prêtre Curé de
Meudon lez- Paris , Medecm de la Faculté de Monpelier, & du
Cardinal du Bellay Evêque dé Paris.
P H i L A R E T £ ou Phiiber . de Limbiirg, Chanoine de Lie.
ge > fit divers Ouvrages de Medecme Pan 70.
Anton. Miims in R E M A <3 L E Fuchfc Chanoine de la même Eglife , a été
'Avaler Andr. UD Medeciu de réputation, auquel nous Pommes redevables
'in3ihtkth;3éigic: dcs vies de quelques ill U lires Médecins.
M A R c ü„s N evianus de Grammoüt en Flandre, Chanoine
de Gand. ^
, J A N Rofée fut Chanoine & Médecin de Paris , Pan ipo.
. Rueljfi connu dans la Medecine , fut Chanoine de
ïierctsatïjio. SoilTons , 5cdc Paris fuccefii vement , par la fâveur de Jean Pon-
^ertuasiÆuætau. ^Ler Evêque fie cette Ville , après avoir perdu fa femmé.“ '*
. T h A D Æ u s Collicola étoit Camerier & Médecin du Pape
Urbain V I II. ôc Chanoine de Saint Pierre de Rome.
François Gicois Médecin du Cardinal de Richelieu ,
©toit Chanoine de Paris. \ _
Franço is Ranchin étoit Bénéficier & Chancelier de
Püniverfité de Monpelier, avant que de fe marier, ■
F r a n ç ois Vautier premier Médecin de Mairie de Mc-
dicis Reine de France , & enfuite du Roy Louis X IV- écpic
Abbé de Saint Mange lez-Chalons. ,
* DiofôfcdeÇam- P I E A R E Seguin Abbé de Saint ERienne de Femf, * fe re-
bray- tira à Saint Vi(3:or lez-Paris, après avoir été Médecin d’Anne
là’ Autriche époufe du Roy Louis XIII.
:Mai,spo'u]:quoynejoindrions-nouspasencoreâtantdeMc-
d.ecinsEcclefialliques,deshommesinrpirezdefuivrePayer*
ùiremexit E^3.ngé[iquc, Medlce cm te ipfum, ipuKqn ils
relit en effet le commerce & Pemharras de la vie diffipée & iO'
•relTéc ,qLie mènent la plupart des Médecins , pour fe donner
A Dieu dans la Méditation de fes commandemens: car oiure
tous ceux que nous avons marquez ci-devant qui fe P^nt re¬
tirez dans des Monafterës & des Solitudes, comme dans des
• azilesA^d.es païs de Salut,
Y I.Ç T 9 ^ Pailu natif de Tours , apres avoir fervi un gr^^^^
Prince
Première Chap. IV. 177
Prince Si le public en qualité de Médecin eut alTez de cou-
j-ao-e pour rompre les. liens qui le tenoienc attaché au monde ,
&^fe retirer au Port Royal des Champs , où il fit la Médecine
aux pauvres des environs , qu’il affiftoit de fes aumônes , de fes
avisfôi de fesinftruaionsfpirituelles.
Jean Hamon Parifien le fuivit quelque temps apres dans
cette retraité , & dans le même exercice , & finit fa carrière
fort chrétiennement le ii. Février 1687. mais il ne faut pas
oublier icy.que-celui qui a fait quelques dyftiques fur fa vie &
fur fa mort j & particulièrement ce dernier ,
PauferibmgraûsMidicmamexeïcmtunm
Inter tôt Medicos res nova fanefus obit,
a parle fort ignoramment, puifque, comme on a pu le remar¬
quer cy-devant, il n’y a pas de Profefiîon qui ait donné tant de
faims Perfon nages que lar Médecine,
Pierre Mercenne Médecin de Paris, fut infpiré de pren^
dre fa place , 6c ce qu’il y eut de remarquable dans fa vocation ,
efl: que n’étant entré dans cette lice que forr âgé , le celefte
Agonothete le recômpenfâ,conimes’il y eût couru long- temps ,
^ en la maniéré que le Pere de famille, dont il efl: parlé dans
l’Evangile , paye quand il lui plaît les Ouvriers qui ne font
venus, travailler dans fa vigne que le foir.
Il ne refle donc plus qu’à parler , félon nôtre projet ., des
Médecins que nous avons laiilez au douze ôc treiziéme fie*
des, 6c de ceux des fiecles fuivans 5 mais comme le nombre
en efl trop grand , 6c principalement des Spagirifles , je ne
marqueray que les principaux , ne les faifant même connoî-,
tre que par leurs noms , leürs furnoms , leur patrie, 6c le temps
où ils ont fleuri , à la referve de ceux qui méritent quelque
petite obfervation , renvoyant les Ledeurs curieux d’en appren¬
dre toute l’hifloire aux Auteurs qui ont donné leurs Ouvra¬
ges au public , à la tête defquels ils peuvent lire leurs Vies ,
& particulièrement à Paul Freherus Médecin de Nuremberg, , .
qui nous a donné depuis peu un abrégé des Vies de la plu f- dJrTplT/s-pai.
part de ces Médecins , depuis le treiziéme fiécle iufques à
prefent. • . '
Je les range donc pour faciliter la chofe par quelque ordre
fuivant le lieu de leur naiflance , comprenant fous l’Angle¬
terre , 1 Ecofle ôc 1 Irlande 5 fous l’E (pagne , le Portugal 6c les
lues Maïorque 6c Minorque j fous l’Italie , la Sicile ôc les Ifles
Z- .
1
I Ejfdîs de Médecine .
de Sardaigne & de Corle j fous l’Allemagne , la Suède , la
logne, le Dannemark , la Suiffê , les Païs-bas , & tout ce qui
fait partie de cette grande partie de l’Europe j & enfin fous la
Erance, tout ce que le Koy Lonïs le Grand pofTede depuis les
Pirenées&des Alpes , jufques au Rhin , à l’Océan & à la nier
Mediterranée. *
Ainfi je commence par l’Angleterre , où je remarque un
Albricius natif d Londres , qui vivoit l’an de Grâce 1087»
Adeldardus ou Adelardus , qui a fait un Livre de Que-
ftions naturcllesjôc quelques autres OuvragesdeMedecine,! 130,
Joannes à fando Ægidio , qui écrivit une pratique de Mé¬
decine l'an iiîi. . .
Gilbertus Legleus fameux Médecin , Phiîofophe & Mathé¬
maticien, grand voyageur & fçavant dans les Langues, Mé¬
decin ordinaire de Hubert Evêque de Cantorberi , qui deurif-
foit l’an J220. & dont Pitzeus & Symphorian. Gompegius font
l’éloge' mais qu’il ne faut pas confondre avec ce Gilbertus
M agnu s Théologien , & General de l’Ordre de C idéaux*
Poëte, Hiftorien, ôc Orateur * Anglois de nation , vivoit
l’an 1180.
Edmundas Hollingus natif d’York, qui vivoit l’an iiîf,
Rogerius Bacon, ce prodige de fcienceêc d’cfprit, mention¬
ne cy-devant. .
Joannes Gadefdens , ou de Gadefden , Auteur du dfh
* glicaftor , 1320.
nd. Gefner. é* Albauus Hillus dun temps incertain , mais fort edirne de
i»3ibiiotK^2L^i3.nm Lândus.
Henrieus Daniel Dominicain , marqué cy-devant , 1370.
Nicolaus Hodroham 1440. marqué dans la Bibliothèque de ■
Pafchalis Gallus.
Georgiiîs Riplæus cft un grand Chimide de l’an 145)0. dont
les écrits font marquez dans Vanderlinden.
Riehardus marque cy-devanr.
Thomas Linaeer , homme d’un d grand merke ^ qu il eut
l’honneur, d’étre Précepteur du Prince Anus , fils du Rof
d’Angleterre Henry VIL il fleuridok Pan ijzo. & mourût
Fan 1524. apres avoir fait amitié avec Erafme, & tous lesfça-
vans de fon fieele , fondé des Chaires de Profeffeurs dans le
College d’Oxfort ,& donné fa maifon au College des Médecins
4e Lomres , & fut inhumé PEgiife de fkint PauL
Première Partie, Chap. I V. 17^
Guillelm. Tûrnerus qui fleuriffoit l’an 1^48. donc on peut
yoir Télogc & les Ouvrages dans la Bibliothèque de Gcfner.
Eduardus Vottdiius Oxonienfis , fur lequel on peut conful-
ter le même Auceufi ôc meme Paul. Freherus inThentroviror*
JErudit. claror.
Joannes Caius Nordovicenp , a vécu jufqucs à Tannée i J73.V
mais 011 a tant mis d’écrjts Ibus fon nom , qu’il y a lieudedou-
ter s’ils font tous de lui. . -
Thomas MoufFetus a écrit un Dialogue Apologétique pour
les medicamens Chymiques , mais il eft fore décrié quant aux
mœurs , 15S0,
Duncanus Lidellkis eft un Ecoflbis qui a fort bien écrit de
la Medecine, & qui a vécu en ce dernier fiecle , auquel il
faut ajouter Robert Flud , ou de FluM, Philofophe & Méde¬
cin , 1:62.0. *
Nous avons encore eu en ce {îccle-cy les doélcs Guillelm.
Harvæus , Nathanaël Higmorus d’Oxfort , Jacobus Primero-
(îus, Thomas W illis, Joannes DaviiTonius Scotus , Georgius
Elit, GuaUherus Charleton, & tant d*autres qui ont brillé » &
qui brillent encore à prefent en Angleterre.
L’Allemagne nous prefente d’abord dans fes extremitez
Albertus Magnus, Suevm VnLZo.
Daniel Bokerus Dantifc. gendre du fameux Melanchton ,
qui n*étoit pas ignorant de la Medecine non plus que fon gen¬
dre, 152,0. Mathias Michovius, P<îW. 1523. s.
Jodoc. "W^illichias 1550.
Francifeus Tedefeanus, Bantifeajf. ,
Melchior Guillandinus Borujjius , qui a tant écrit au lîeele
paffe, & qui fut Intendant du Jardin de Medecine de Kohif-
burgenPruflè, 158^,
Petrus Severinus Danm^ 1370 Joann. Pontanus Dams y 1571.
Joannes J elfenius àJelTen Hungaras ^ ijço.
Thomas & Gafpard Bartholinus , pere & fils , natifs de Co-
penhaguén, fi connus par leurs écrits.
Qlaus H afnienf. 1600.
Joannes StenOn , 1630. ‘
• Oiaus Vvormius , 1624. ^ .
Joan. Agricola Ammonius,qui a fait divers traüez' de Me¬
decine, & qui étoit Profcflêur dans la Langue Grecque , vivoic
environ Tah 1480. different de Georg.Agricol. Mifnienf. 1530.
Z ij^
I g O Bjjais de Medeclne,
marqüé par Pauli. Frekerus 6c Vanderlind. grave Auteur.- car
quant à un Joan. Agricôla qui a écrit en ce liecle de Plicd Po.
lonica , & à un autre Joan. Georg. Agricole, qui a écrit
Uio ccrvi excoriati ,.c’eft peu de chofe.
Voicy les autres Allemans félon Tordre de leur tems.
^ '^SiCohus Roterodam.i‘)00.
Marquardus Frekerus , ou Froër Fvittembergenf, fleurilToit
Tan 1770. Il eut un fils de mêmè nom, qui mourut Tan 1^30.
Martinüs Pollickius Médecin , Pkilofopke ôc Tkeologien,
Mflerjïaâienfis ■) ^
ÀureoT. Pkiiipp. Tkeopkraft. Bombait connu fous le nom de '
Pàracelfe.j Suilîe;, grand problème, de dourine & de mœurs ,
puifqu’il ell mort après avoir tant guéri de malades ,, dés Tâgc
de 52. ans j faute d’avoir obfervé les préceptes de^ la Méde¬
cine, 1540.
Paülus Ricciüs Xuif converti j ami d’Erafmo j fleurilToit Tan
Henricus StromeruSj-^/^r&^r/^/W, 151^.
Reinerius Batavus ,
Giiillelmus Goptis ^B^ftleenfis ^ Médecin de la Faculté dePa-
ris , qui fur Médecin du Daufin de France , fils du Roy Fran¬
çois ï. dont Petrus Ramus a dit :
nohilium ^eâico^m gloria Cofus,
Ét avec raifoU f püifqu’ila travaillé fur .Hipocrate, GaliemS^^
Paul Eginette. II n’eft donc pas vrai, comme on Ta écrit dans
le Scaligerana i\ qiTil n*avoit Fait autre ckofe toute fa vie que
de commenter Rabelais.
^ Euricius , ou Henricus Cordus yHaJfiacus a Simeffa fago.F^o,
étoit Poete , Medecrn 64 ennemi juré deS AJlrpiogues:^xontre
lefqneis il a écrit. Ôn le fait Auteur de TEpigramme TresMe-
dici fades ■) ~^c. Il futperede V.alerius Cordus grand Herbo'
rilte 1544.
• Mi^^Pkîias Tkrivèrius 1^40. “ .p-
Geqrgjus Pilânder, Mifnienfs Cygnaus i54P* ’ :
Gilbertus Longolius , 1540. , - V' -
Joannes Guinterius Anderaac. Colomenf Médecin du
François I. & du Cardinal du BelTcy', 8c Doven de la Faculté
de Paris ,1145-, ' ' >
: Qûio ^ïiinicXÇms Mogmtmusÿi‘^10. .5 r
Henricus Cornélius Agrippa Colomenfîs y Problêinc2e
[i c. ' ^ '
Première Pmle, Chap. î V. I8i
mœurs & de fcience , 1^30- ^ ^ .
Adolphns Occo feavanc Antiquaire & Medecm , 1^03. eut
un fils & un petit-fils Médecins de Ton nom , dont le dernier
né à Aufbpurg mourut 1 an 160^.
Joannes Cufpinianus Suinfortenfis. ,.1530. Poëte, Phaoiophe ,
& iVîedecin de l’Empereur Charles Y. donc Joannes Sanibu-
cus a donné le portrait , hi donc Paul Jove , Mclchior Adam
8c ’V'ofiïus font une grande diftinaion. .
Joannes Sanderus autre Médecin de l’Empereur Charles V.
Candavenfis^ 1540.
Gafpar Nævius Chemnic^s 1550. eft different de Joan. i^/vï»-
tous deux célébrés p^ leurs= écrits. - ^
Kdoimm homccrus Mar^urgenfisi
Georg. Krant Hagenœffus , I-530. . :
- Hermann. Cornes à Nevenare 1530. qui a écrit
Tcbre puddtoriii êc de Plmtis. . .
Philippus Appianus ,^cet illufirre infirme qui fe guérie par
l’étude de la Medecine , Jngolfind, 15 85). - ..
Juftus Velfius, HagmuSi 1540. claruit 15^0.
Thomas EraftuSî Bafdee?^fis ^
Jafon Pratenfîs Ziricceus marqué avec fes JDuvrages dans
Vanderlind. i5’30. n’eft pas le Joann. Philipp. Pratenfis marr
quépar Pauli. Freherus J 1576. *
Hieronymus Tragus Brettenfis^ Médecin 8c Théologien, 1550.
Antonius Niger Bmunfvigenf. 1550. <
Reiner. Solénande^^«/(S?rm^;iï?y/5 , ij^é.
Jodocus ’V’villichius^Wofellian. 1550.
Laurent Fri fins > ijao., difeent de Jacobus FrR
fius , Tigurinus y ôc de Jacobus Frîfius > Regiomontmus.
Georgius Stujkiàes MijJinenfts ^ 154^. Ppëte ôc Médecin^
Camillus Squarcialupus , PlumbenfisH<^^o. -a
Leonardus Jachinu-j T^ü^or/V^y/5 } 1 540.
Balduinus Roiafæus ^ Gmdenfisi 1550. .
Anton. Niger 1550. ,
Marquardus Freherus Sénateur d’Aufbourg, & Médecin de
l’Empereur Charles V. Bunkerfpulenfis , m^renà de
Joannes Marquardi Fiennenjîs \ qui a vécu jufqucs enranM58o.
Gafpard Peucerus Lufac. Btidihm , un des gendres de Mé^
lanchton, 15^0. ®
Julius Alexander a Neuftein Tridentif^* Médecin de l’Em^
Z iij
1
€efn«f,3ihX
Gefnêr. Btil.
igt EJJais de Medecine^
percur ÎFcrdinand I. ij^o.
lacob Bontius , Roterod. 1 5^40.
Getzrd.Bontms Gcldnenf. 1590.
Reiner. Bontius cjus filius, iSoo.
Balduin. Ronfîæus Gandcnjis » i j8o. .
Gemma Frifius Docciimienfis j fleurifloii l’an 1 550.ÎI eut un filj
nommé Cornélius Gemim né à Louvain, & Médecin comme lui
Gafpar Peucerus , I J JO.
Jom. DtigLndcti Tepemno HejjuSi 1^60.
Leonhardus Fuchfius Vvimhdingtnf. RhjituSy ij^o.
Gregorius Pidorius ri///»^4w«^ûeariiFoit en 15^0.
Marcus Nevianus Gemrâimonte^ c\m fut plufieurs fois Con^
fui de fa patrie, & qui fut Chanoine à Gand , 1560.
Petrus Lotichius ijjo.
Goropius Bccanus Brah^j^ntin , fleuriiloit fous Philippes II. Roi
d’Efpagne , & avoit été Médecin des Reines dé France & de
Hongrie, fœurs. de Charles V. Il étoit Philofophe, Théolo¬
gien , Médecin, & eftime le Varron de fon tems , & qui eût
pu être Chevalier de la Toifon d’or , s’il eût fait quelques
avances pour cela ,• mort en 1172.
Andréas V cfalius yFefalknjis a Phafnlâ olim dicîa civiUU Cu*
mit ^tus Clivm i
Wolphang. hzTAMS -, ViennenfiSi
loannes Langius , 15(30.
Conradus Gefnerus , , 1560.
Nicolaus Biefius , Gmdavenf. i5éo.^edecin de l’Empereuf
Maximilien II. W
‘ Güillelmus ViiîO i Lugduno Bat av. i<^^o. different dé Nicolaus
Pifo Lotharing. ôc dé Garolus Pifo Parifierifis, ^ ^
Levihus LemniusX/>jfrff^»yîCanonicus i j6o.
loannes lacobus^ Vvëkei^
Gerardus Dornseus . . i j6o.
Pafehafius luftus EchelaJt€x^Jis t i^vd 2. écrit de Aléa
euranda Indendi eufiditate i different d’un autre luftus Méde¬
cin marqué dans ¥anderlinden.
lanus Cornarius , , I J J 8.
Guillelm. Adolph. Scribonius , Marpurgenf. lygj.
îaeobus Miiiehius v 1550*
Laurentius Grilius ,
Herman. Cruferius, , lu'dsii-
Première Partie. Chap. I V. ni
Joachim. Cutæus , Frijlad. SiUfim. Auteur des Annales de
Sflcrie,i570. _
Volcher. Coiterusj 1570'
1. Moi^znm y ^rfijlavienf.1^60. ^
ÿem3.Td\is DcffcniiiS ^ 157®*
Adrianus Junius, 1570.
Jacobus Skchius y Schorndorf. Fvitmberg. 1580, Médecin &
Théologien; 1 . 1 ta
Joan. ^ierius > Brabant. Gravius , Médecin du Due de Clc-
yes, 1570.
^02inn€s Vi^chénis -, F'vinhdingenf. i^Sqf#
Joachimus Camerarius r Normhergenf. fils (Te Jean, a été un
Médecin fore célébré , lequel a vécu jufqucs à Tan 1^40. Il y
a encore un Joan. Rodolph. Camerarius de notre fiecle , dont
Yanderlind. a marqué les Ouvrages.
Salomon Albertus, 1580.
Thomas Eraftus , Bad^us Hduetm ,15 80. Médecin , Théo¬
logien ôc Aftrologue.
Joannes Grato, Silefim Vratijlav. 1580. Comte du Palais Im¬
périal, & qui après avoir été Médecin de trois Empereurs , vou«
lut mourir à Dieu & à luy-mêmé , fe retirant de la Cour.
Rembcrt. Dodonæus,>î/^cI///;?/^»f. 1^80,
Godefridus Stcechius, Amerfortius -, 1580.
Bruno Sciàclïus ^^erfurünas , ^80. Poece6cMeda:in.
Ifraël S^âcKius J Argentinenjis , 1580.
Joan. Pofthius, Gemershemius PalatinuSi i y^y.Poëte & Mediecin^
PauL Lucherusq Ijlebienfisi 15 «>0. fils de Martinus Luchcruf
rHcrefîarque. . ^
VéttMsPovcdkmi Alkmarian. i\ÿO. v
Fortunat. Plcmpius, 1550.
Petrns Monavius ,.^ratijlav. 1^80.
Jacobus Theodorus, Tabernamontantii 155©. dfBus^ fatria
in ditiont Principis Bipontinorum.
Joannes Opfopœus, U ao.pere de SimcMî
^pio^ç&MS i Hildehergenf.
^ BafiUenJIs i i|9o. Hiftorien > Medscis» CefatrMU^
rocte Couronne , & Comte Palatini "
Lauremius Seholtzius, ^ratifiav. 1550.
Joannes Vifeherus > FvembdinfenF,
Michael, Neander,5v^ew. 1^80. '
184 Aiedecine.
Joannes Schenkius , à Gmfemberg. 1550. difFerent d’Eufc,
bius Schenkms i Burgjîadienfis , 1620. & de Theodor. Schen'
kiuSilemenfts, fils de celui-cy , more en 1671.
Hieronimus de Rantzau , qui donna quelques écrits de Me,
decine l’an 1580. & c’eft de cette famille qu’eft forti Henry de
Rantzau ,aufii fçavant Médecin ôç Poëte , que grand Capitaine.
Luberc. EfthiuSj&Francifc. Eil:hius,^;'^f;iî^on 160.
Martinus Rulandus , , pere &;fils , i(joo.
Raimundus Mindererus , léoo.
Joan. Pincier : léoo. Andr. Kra^ius , léoô,
ijoan. Heurnius, VltrajeB. 1600, Otho fon fils, idoo.
Nicolaus Taurellus , 1600.
Carolus Clufius , Atrebas^ 1600.
Félix Platerus , Bafdeenf. Rmmc. 1600.
Barthol. BrunneruSji’^xc» 1^04.
Jacobus Zuingerus Theodori.filius , BafiUu^i 1610. '
Laurentius Hpfmann. Halofaxo , i6ip.
Henric. Fabric , Tabemmont. Poëte 6c Médecin i éi 2.
Erneft.Honnerus , i<3i2.
Melçhior Utenhovius, 1^13.
Henric» Ludoviçus Neujîad. i6î 3 . Joan. Ürfinus , Leopqldj i6iy
Gcorg.'Wî^th) Lufrtms^ i6î^. Henric. Smetius, Jlojimm,, i6ii.
Félix Platerus , , 1^14.
Ludovic. Gravius , 1^15.
Petrus ^Sivlns y jimfielodam. iSiy.
Chryftophor. Mylins, iéi*4. ^
Mathias Lobellius,/»y^/4^. iSi6, Andr. Libavius,H/*^if/ÿ
Hermann. W^olphitis, 1^20.
Joann. Ncander, Bremenf. 1620. Francife. Joël, Rojlûchknfi6%o.
VetmsLsLurembergms.BoJiûchienf, i6io,
Martin. Va.nÇ3L y SchUfîfingetfs i 1610.
Melçhior Adam . . . . . 15:^0.
Meichior Sebizius Falkemburg. Silefius 1^25. perc de
SQhi7À\iSi Argentoyat.^i^'j/^.
Joan. Stephan.ScrobelbergerusjLMr;^/: 1^20.
Vetrus Knî y Bdfileenf. 161.^.
Rodolph. Goclenius, T^'vitemberg. 1^20.
Michaël Doringius , ‘Vratijlav. f^ao.
Joann. Neander Bremenf. 162,0. .
Joan. loïkQLQïim i Amplodam. 1^30.
Première Partie. Chap. IV. 18/
Gréo-or. Nymmannus, Fvttemberg. 16^0. different de Hicro-
nimus Nynunnus. , '
Guillelm. Fabric. Hüdanus, Badenfis , 1^30.
Joan. PrcDotius,
Daniel Sennetcus, J 1^30-
Mævius ^olfchonius , Gnffudd. Pomeran. 1^30.
Nicol.Foncanus, Amllelod. 1^30. different de Joan. & de Jacob.
Fontanus Médecins François.
Joann. RHcnanüs , Frmeofurt. 1^30.
Thom. Fienus , 1630.
Laurent. Scholtzius, 1^30.:
Guillelm. Fabric. Hildanus, Badenf. 1^30.
Joan. Beyerovicius , Bordracenf. 1640,
Hermann, ConringiuSjJ'r//^, 1^40.
Petrus Kirftenius , ^ratijla>v. 1640.
Joan, Freitagius, r^p/or//V. 1540.
DavidHelicius,-^-^/»^'«^>i<33^-
Georg. Kirftenius , ) 16^0.
Joan. Anton. Lindm. feu Antonides Vandcrlind,
Joan. Schroclerus , Vinmm Saxo , 1390.
Philipp. Jacob. Schroëterus Vunnen^. Aujlriac. i6ij. fils de
Joan. different de Joann. Fridcric. Scroterus, de Maurit. Scro-
terus , & de Joan. Scoderus Momfrancof. Auteur de la Phar¬
macopée Chimique, 16
Joannes RodoJphüs Globerus . , , . . . 1^50.
Thomas Reinefius , , ce prodige de fcience de nôtre
ten^ps.
Joannes Veflingius, 1^30.
Joannes Daniel Horftius , Gefberus Horftius , & Jaeobus Hor-
ftius , différons de ce Gregor. Horftius , Mifnienf. qui a tant écrit
en ce ficelé, perede Greg. Horft. , mort en 1660.
Gafpar à Reics , Francofurt. 1650.
Adrianüs Spigelius, 16-50.
Chriftianus Langius homme d’un grand meritc,vir-
voit encore r,an 4660.
Anton. Deuflîngius , i^éo.
Hsnrie, Meibomius , ce grand Phïlofophe de nôtre fiecle ,
natif de Hermcftald,^fut pere de Joan. Henric. Meibomiusi, qui a
compofède nôtre temps plufieurs bons Ouvrages de Medecinè
Joan. Hieronym.’^lRhius ,,^f«gif^ vinddic. tS^k
A a
mfiiis de Mededne
JL’Ialie Vit îlî^nqué noD plus que T Allemagne de grande
Médecins. Àufli elle nous preféntedans le douzième fieclcun
Saladinus de Efculo. Médecin du Prince de Tarente,
Joann. de Mediolano qui a écrit fous Iç nom des- Medecins^dc I
Salerne, l’Ouvrage addrcffé à un prétendu £Loy d’Angleterre» i
fous le titre de SchoU Sdemitma.
N rcolaus B ertrucius , l^omnienfis ,1250.
Ludovic. Fra^cus , 12^4.
Thadeus Florentinus celcbrc pour fes guains , vivoit encore a ^
Florence fa patrie, Pan 157p. car quant à Thadæus Dunus Lo-
cariiienfis autre Italien , il vivoit dans le dernier ficcle à Zurich,
comme le marque Oefocr dans fà Biblioteque.
T urrifanus de T uritoi? j ou Drufi anus Florentinus , difciple
de Thadeus Florentinus,, ce fameux Chartreux dont nous avons
parlé cy-devant î^oa.
Lamtrancus Mediolanus.Medic. & Chîrurg. 1 29^4.
Petrtis de Aponc, Patavm^mQn^ Page de 80. ans , Pan 1305, j
Aftrologue , Philofophe ôc Médecin , furnommé le Conciliateur,
Sc grand Problème de vie & de Dodrine.
Gentils Fulginas , Perufims , 1510; grand Partifan d’ Avicense,
mourut à Boulogne âgé de 80. ans.
Petrus de Ub^ldis » , perc de trois toieox |urilGcm-
fuites , Pierrei^Bilde & Ange , J 2.3 4.
Dinns de Garbo , Florentin, difciple de Thadeus Florentie*
Mathæus Si.lvatieus nohilis Mantuanus , 1500.
Thomas de Garbo e|us filius, 13 46.
Guillelmus Variguana , 1300. ,, -
Nicolaus Rheginus , 1330^ ,
Mundinus àc Lentiisj, ^/<?3»'(f^, f "HÏQcAxxS i Flormt. 13^^*
Axeda^n,.
Galeac. de SandaSQphia,i40D.
Chriftoph. Georg.de Honeftis , 14^0.
Fiugo Senenfis , dit Bencius^eet homniefifçavantèc fî magoi'
^que^, c]^’aprés avpif L domé tin graruf repas à tous les S^avans
qui étoient à Ferrare pendant le Cotieile , il les défia tous à ^
difpute, 143 g.
Sancles de Hardoînis, Fifmrkaf 1430. Bernard. Trevifan. 143*’'
joannes Michaël Sayanai:oiâi»rfr«2;. Chevalier de Saint
de Jerufalern > 1430,
Jacob,PoTOljyi«afii^ 14^0. Joan. 4c Marliano ,143
Premkre Partie. Chap^i y. 18/
Bartholom. Moncagnana, Patav, 1440.
pctr.Leonms iS^olefa?f. 1440. Joan. Arculanusr(fn>^.i4^o.
Uuh^i3LS de Gr3Ldïbus,MedioU».i46o.
Cleoientius Ckmentinus, 1470.
Anconius Benivemus, i7/tfr^»//»/», 145?^. ,
Mardi. lEïcin.Floremnus »i^Zo. Amon.Zcnoi Tenet.
Gcorgius Vüh > Placent, i ^^o.
Gabriel Zerbixs , ou de Zerbis , vivoit Ban 1500. en reputatîoa
de grand Anatomiftc > mais il n*en z pas moins été cenfuré par
M- Anton. Turrianus , c]ui n’a pas plus épargné Mundinus. Ü
fut mandé par les Triballiens pour tri^itcr Schenderbaffé leur
Prince hidfopique ,* iSc n’en ayant pu achever la cure jils Be^
gorgcrent lorfqu’il fe difpofoit à retourner à Veronne fa patrie.
Antonius Guaynerius, 1440. .
Anton. Cermifonus, 1470. Alex. Benediâ:.^<?w». 14^5.
Antonius Gdatheta sdentmmy 1480; homme fçavant dans les
belles difciplines.
Nicolâus Lconîcenus , Vimentin, 14^5. Médecin du Duc
de Ferrare qui vécut ^o.^ans> h homme de bien , qu’il ne eon-
ûoiflbic pas même l’argent , 1524.
Laurentius Laurentianus ,
Guillelmus Brixius, ïpo;
Petrus Cfinitus , 15x0.
Marcus Antonius Turrianus , eA bien diâFerèht du
Chartreux Turîfanus. Il étoic fils de Hieronimus Turrianus,
IJovicomenfis i d’une des grandes maifons de là Lombardie. Il
fut Profeffeur à Padouë & à Pavie , grand Phiiofophe , gràiidUm-
plifte, grand Anacomifte, & d’une preftance agréable aux fains
& aux malades^. Il fut le Maître ôc le Paranimphe de Paul Joue
Médecin , Evêque de Noccra^ ; mais il ffîOümt de pefte d*és
làge de 35. ans, pendant la fameufe bataille de Ravenne 5 re¬
gretté de tous les Sçavans qui luy firent cette Epitaphe.
•^nfe annos feim^e nocei -i nâm maxima virtus
Perfuafitmorti ut crederet effe fenem.
Amfi je jje voyjpas pourquoy Jules Cefar Scaliger a emprunté
le nom de cet excellent perfonnage ,pour fe moquer d’un Chi-
i^urgicn qui tranchoir du Médecin.
De mane furgit Tûmanus ut vivait '
Ffi rafeo Turrmnus at^ae- *
Aa ij
7. Taul. Frehef
'Theatr. virvr.
erud, darer.
Itt Hip^Mare.
yide Treher. ii
Tbeatr.
T
jg g Effah de Medecme,
De mme ^urpt TuYïmms ut hihdt.
Il y a encore un Barihol. Turrianus de GenneSjqui à écrit
Medica confultatione , & un Joan. T u rrian. marqué dans Vanderl. i
Barthol. Cochles yBonon.i j 8. Joan.de Vigo, Gemenfisf |
Jacob. Mantinæus Judæus 5 2110. - |
Maççus -Gatinaria r W
Mathæus Currius , TicinenÇ. i: 44. Petr. de Bairo, Taurin, lyjo.
. Guillelm.'Gratarol. 1561.
Marcellus Virgilius 5 Secrétaire & Médecin de fa
Patrie 1520^>; '.iV/: ‘ ^
r Jpjyines Maîiàrdus., > i5’30. Médecin de Ladiflas
Rûy de Hongrie J &: ProfelTeur à Ferrafe’ , s’étant avifé de fe
marier avec une jeune femme^ dans un âge fort avancé , mou¬
rut dés la première. année de fon mariage ,1535.
Anton. MufarBrairayol. Pw/îr. 1540. "
:Benediâ>-¥i^Qrm^ Fa'vemin.. y ’
Antonius Ftimanelius , 1550.
^ J. B^tiftaiConfaloneriuS5 rw;^r/?y? ijjo.
. Leonardus de Jacchim y Emforienf. Florentin. 15 40. |
Ludovic. Bonatiolus , 530.
Antonius Donatus ab Altomari , Neafolit, 1 3 y 0.
Marcell. D on2.ms yMmtumus . . Chevalier de l’Ordre de
Saint Eftienne
‘ Amon. Fiim3Lne\\us,Ficentin.
Andr. Thurinus, Pifeienf. 1 540. Ant. Mundella , 1550.
^ Baiîîanus Landus, 1560.
; Aloîfius Mundella , Brixianm, 1550,
J, , Barxholomæiîs Euftachins , 1 5 50.
J. Phiiippus Ingraffias 5 V Médecin de Philippes- H.
Roy d’Efpagne ,,furnommé l’Hipocrate de Sicile , pour avoit
prefervé ce Royaume de la peftc j 1570.
Leonardus Botallus, 13(50.
Joan. Francifcus , Ripenfis , 1584. Poëte , Médecin & Muficien.
Petrus Romanus, Médecin ôc aQii de Saint Ignace dé Loyola.
^,7 J* OdusdeOddis iPatav:. 1558. Paul Crâlîus , Patav. Iî74;-
Jui. Gæfar. Scaliger, Feranenf. 1 53o./Nicol. MalTa , Fenet. 15^0.
P.:îtrus Beroldiis , Fkentin. 1-550.
Joan. Bapt. Giraldus , i^T
Joan. Bapt. Rafarius, IJ78.
Hieron. FracaRqrius ,.;^^rÉ?i^r»j?r, l yp. grand Poëte & grand
Premkre Partie, Chap. IV. I89
Médecin en l’honneur duquel Jules Cefar Scaliger fit
^^Hieronimus Cardanus, 157(3.
Petrus Andréas MathioL Ser^enfa:, 1577. . ^ ^
Andr. Turinusji’/y^^#^ >^^e^ecin'des Pape^eiement Y 1 1.
& Paul. III. 1540. .n. ^ t w •
Mundinus eltun Anatomifte , critique par J acç^b. Garpus.
Tacob. Carpenfis, Médecin & Chirurgien , qui mit le premier
le Mercure en ufage pour les maladies Veneriennes 5 mais qui ne
pût éviter le doupçon , d’avoir diflequé vif un Espagnol, 1550.
Joannes Bapnfta Moncanus , d55ifjj£Qrt diffe^^^^^ de
Cornes Montanus j & de Joannes Môntaniis SiUJi^i
qui mourut en 1(304. . ' v
- Baffian. Landus djfciple.de J. Montanus j ;r 56o.
Joannes Argenter^ius , Cajie/lom^enfis jPedemmtm.j,3m\ - àc ce
Vincent Laure Cardinal , qui avoit été Médecin , i57;2,.,’ ^
' :;:Rhald. eoloa)bas ',:P^r/^^^^^^ Maître de.Jqan. Vaiverda
Efpagnbl. Julius DelphinuS;î Ticinîenfn , 1 550. _ Ki/ S-; - ts
GdihndiidWo'^ms , Mutinenfis i 1660.
Michael Angel. Blondus, 1540. ^
Arnold us ’Ltnïd^ns.y Belliolan. 1 5 jo.;.Jl fut inandé par le Duc
de Mofçovie pour être fon Médecin , & pour luy apprendre les
Màthematiquês. ' i 2 /I .'C/noioiH
, Franc. Bonafidns , 1558, , ■ d ; '
: Bartholomæus Maranta , 1550. -
Andréas Alpagus , 1550. 6i
Petrus And.ræas Mathiolus , Semnfif^ 1 57 7* ' i S -2; [
Alphonfus 'QQïmcin.\iS f.Fapenfts 1550.. il ‘itæSiri
- ' Alphonf. Fer;rius;,vi\r^4^o//>. 15 50.
Jacobus Antdnius'CortufuS ^ 15510.
Albertinus Botonus, Fatavin. 1596. ^ l'I xd."
Andr. Baccius IJElpidius »;i:58o. Simon Simonius>sZ^rr;^y?
Hieronym. Don2elinus> jv.3 H '
Vidus Vidius , Florent.! 5(37. Marcell. Cagnatus iFeropenf.!^?>o»
^ Vidor Trincavellius , PhUofophe , Médecin & noble Veni-
i5^g, .T : . ;
Andréas Baccius, 158©. different de Baccius Baldin.
o^tin. 15^0, & de Bernardinus BaldiUé Bapienf. ièoo.- n
Wieronymus-Capivaçcius.,^^^^^ ■' •
etrus-Salius JDiyerfus.j ^jSp, ■ ! riq -
A a iij
Voyez VaacJcrllni.
pro Comité Mon-
tano Vieentin. Ni-
col. Montano Pc-
tro Montan.& Ro¬
bert. Montano ,
marquez par le mê¬
me.
J P O Medecme:
Felicîan. Beten , Bnxtan. 1570.
Conftantius V arolius , Bmon. 1575.
Scbaftianus Montuüs , Alkhrox. pere de Hicrony mus Montuuj
Callu4^ 1550.
- ^Joannes Bapd% Silvaticus K^^^io/^»^ , "
Gafpard Tagliacotius , 155)9.
Eüftàebms Kudkts r
Joan. Zechius, Bonon. 15 70. JuL Cæfar Arantks , Bûnon. 15 $9.
Bernardin. Pacernus, Sdoàknfis Brixim. Profe^r. TkmenfJi^^^
M. Àntonius Ulmas, Patavin. 1590. difterenc de: FrancHe.
ülnms Brixian. qui Vivdit encore en .
Barcholom. luftachitis ^ S-mSto Stvmnm\ 1 5 8 o*;
Andréas Chioceus , J 1 590.
Albcrdn. Bottonus; P/îmf;?/zi,i596.
Joan. Martnellus j Fenet. 1570.
Archaügêlas Piecolbominius, , 1580. /
Gabriel Frafeara^, Brêàrnm V- AÀrologue Médecin Bâëtc
de r Academie des Affidatr ». qk mourut defigné Médecin du
Roy d’E {pagne Fan ifS av
fabius Colomna. , Bo^opt. 1^90.: AngeE Sala,.F/Vm/;z. r5:90i.
JacobuS Aâtoîâitis^ Gortufos r Bmivin.
Eùtecbdu^ RudiusV
Hieronym. Niger. Patavin. 1600. Il eut un itis; nomme Aiii.
tonius , auquel lePape Clemenc V III. fit de grands honneurs.
Il mourut en léid. & laida un fîk Médecin nommé Jeronae i
comme Ton ayeul,
Joannes- BaptiRa Çbdrbnchîus , Imolenfis , 1-590.
. Alexander Ma j[raria,‘f!fç^r/»«S', 15.98. " -
Hercules Saxonia, Putn'ôin. mort en 1^7. dififerentcFMcû*
ricusde Saxonia Allêmànd, dîrcipie d’Albert le Grand. .
Félix Platerus-, I (5 1 4.
.vi ^homa^ Ptorus fôere de Felîxï, r^iS.
Hicronim. Fabric. /îé ^ÿ^ssja^ff»^ 1^.19.
- üllfieS' Aldfeandüs y 7 ^
Joas; Bape-PoptaP, MêofëUtmp. iSi^.
Hieronym. Scipio de Mercuriis Ordinis Sandi Domiû^^
Romanm i i6k^. •
FabritiUsiBardîoîëttis ,
} U 1. Cefar Clau éM nus qui a v-écu^ dans n^trè ' fîëclé , Po^^ ’
Médecin & Philo {bphéiâmi du» Giiaîrini ^ 'fiÊ''lAri<^®.
Première Pmie, Cjiap. I V. 191
Cotnedic Italienne, pourks Noces de Charks Dac _dç.%yoye
avec Chriftinc de France. UliC A\dTo^nd. 3à»cfuenJiri iièo^.
Paul. Sarpa dit Fra. Pol peut avoir icy une plaGe,^’,deil vray
qu’il a le premier découvert* la cireulation du fai^ , ^Jes V a-,
luules du cœur, comme le marque Pam Fdgenùu^iQ^,j^ y\pr
-Andréas à Cucc , Vencm \ Médecin de notre ficelé. ;
Horac. Augcnius , i , léo}. [y,--.
Fabius Pacius, 1^14.
Jalius Guaftavin. i^io.
Jul. Cafièrius, Placmt. Fljppolit. ObiciuSïP^/t^r^/^yî i6io»
Vincenr. Thomas Minadous , Rhodigm. 35^7. ü^ol , si-r?
Cæfar Baricellus , à Mam, 1600, ^ TcboJ .neif
Antonius Santorellus , Nolmui , 1(^50. .-gdx, ,
Hieron. Fab. ah Aqua^endmP. i^i^. Franc. Pona , i ^âo.
VicFor Maürilius Protonotar. Apoftolic, Medic. ôç Camerar.
Paul. V*. Pontif.'Max. Joann. Stephanus ^ , 1(330.
Joannes à Colle , 163Ï.
Baldus Baldius , Floremms y iè^o. ^ -
Antonius Ricclardus auffi éloquent que fçavant Médecin ,
Bf/xian. i 6io. Pauius Zachias , 1610.
Angel, ri^orius , un des Médecins qui vérifièrent les mira*
des de Saint. Philippes de Neri , ïèii. : L-d -
Hieronymus Mercurial. Forolm, Eques. Tprqjuat. &
Maximil. IL Imperar. Mcdicus. - -
Félix Cûy nus , R^ivemas ^ i 6oj^. Médecin du Pape Ciemenc
yilL Profper Âipinus , ïéié.
. Æœilian. Campolongus , 11^04, v ' .;
Andréas Cæralpinus , Amims y 160^. ; .
Joannes Coftæus , Lmdenf. 1 ^03.
Çhriftoph. Guarinonus , Feronenf. Glarus i^oo.
Joannes Baptifta€mperiâl. 1^35.
Julius Gaflerius, léi j.
Fabius Pacius^ r/Vm//», 1^14. P(3ctç & Médecin , Auteur de
* , Comediç Italienne. -30
Francilcus Redi Florent. 'Q\k\:s Hetruriæ Medicüs.
Ludovicus Septalius , MedioUn. 1633. /
Marcell. Malpighius ,
L Efp^ncala vérité ne nous retiendra pas tant quc rltalie,
âis elle ne laiffera pas de nous faire voir de grands Médecins,
premièrement J
- ^ EJJds de Médecine»
■ PetruS Hirpanus , qui' fut Pape Jean XXI. en l’an
K3citDonà. Lu\ihs, Majorac. r^i^.
Arnaickis'à* Villanova , que quelques-uns font Efpagnol , quoi.
que plus apparemment François 13^5.’ vijo:
* • Chriftophor. Orofcius i 1 490. — i • -
Pctrus Pintor, Médecin du Pape Alexandre VI.
Lüdovicus à Luceria V ï 5 xb.
Pemis Garcia Garero , CaUgurhan. 1530.
Antonius Cartagena , Profeff. Compluti , qui demeura prés des
chfanà de Frânce , otages- à Madrid pour Le Roy. François I.
leur pcre , loüé ■ par les Hiftof iens de . foh temps »: 15 30. ' ; ;
Anton. Ludovic. OUftpponenfti \ 1540.“
Jacob. Almenar. 1530.
Brudus , &
Henric. à Guillard.
^Profejfeurs À Conimbre, 1J40.
• Joannes V-aly^dai-^r *
Andréas Lacuna Segobieufe fils de Ferdinand Lacuiia , Me-
déciri de plufieurs Papes j 15^1.
'Blafius VilTàfraUca FH^^
V rsLncKcns Mic^ims i Figue^f. if^o.
Martinus Akakia Gatâlaun. 154.0.
Ludovicus AbulenfisvMedecin de Charles V. -
Ferdinand.^dê MenàvZ^/r^?j^^ , ^
GomcTÀusVcrçiïZiMephmmDuUenjîS-ji^^o.
Nicolaus Mbnardus , 1555.
Petrus de Peramato , 15 70. Al vares Nonniiis, Hifpàlmf 1570.
Joan. Roderic. CaRelli vvulgb diélUsAmàtus iji®*
Chriftoph. de Y y Complut. Médecin de l’Empereur Char¬
les V. 1550. ?
Gardas Lopinsï> Z*^r4^». 1576. ' ;
Francifcus Arcæiis i 1370.
Andréas ^ a Gu^/Uax^ yl^no,
Petrus Vaérmsv<b/^'^Z/^^^^^ g--.'
Petrus Nonnius , Lujit. 1570. *
Alphonfus Daca V^/z/^W;?/ 1570. - ♦ ' .
Ambrofins Nonnius j -1600.
Emmanuel Nonnius , OLiJîport. 1580.
Ludovicus Mercatus , 1600. #1 ;
« Ludovicus LcmofiuSy 1580.: . ;
Thom.^Roderiç. à Yeiga, Eborac. ^
Illefonfus
Première Partie, Chap. IV. 1^5
Illcfonfns Nunefius, 1^00.
Petrns Paulus Pereda, SefabenJtSy 1 580.
Michaël Pafchalius, Fdentims ,1580.
Garcias ab Horzo , Lufttan. I57°*
Mathæas Adriani fils d’un Juif qui le fît Chrétien. Il étoit
fçavant dans la Langue Sainte , & fit imprimer fes Ouvrages en
France , après avoir enfeigné en Allemagne 3 où il fit amitié
avec Erafme.
Francifeus Valefius 3 Covmuhimm y ce fçavant Médecin de
Philippes II. Roy d’Efpagne.
Ludovicus Mercatus , Fallifokt, Médecin des Rois Philip¬
pes II. & Philippes 1 1 1.
Aloifius Torrez J 1580*^
Simon à T oüar , Hi^alenfis .... èï
Antonius Alvarez, ]?rofefreur à Alcala & à Valladolits 158 o,’
Alphonz. Lupeus , 1580.
Joannes Fragofus , Toletm. 1580.
Laurent] us Gozar, Fdentm. 1580.
Scholaftic. Silvi.
Hieronimus Ximenes, C^far-dugufl. 1580.
Henricus Georgius Henriques J 1 5po.
Ludovicus Rodriguez de Perrofa ....
Joannes de Carmona >1590.
Joannes Alphonf Fontecha , i 550.
Joannes Gallego de Lacerna > Médecin des Rois Philippes
ÎÏI. &.IV.
Alphonfus Lopes de Corilla. NoniusàCoftai Lujit, 155)04
Roderic. à Fonfeca , 1580.
Petrus Jacobus Iflemius , Fdentin. ....
Francifeus Scoburius , Vdentîn. 1590.
Joannes Braws , Petrafilan. 1 55?o.
Joannes Bruflamantinus , Camarenf. i 590.
^ Foicy ceux de nôtre fiecle,
Georgius Hcnriqués, Lueerms y 1600.
Giouan. de Bagnolo , loüé par Lionardo diCapoa.
-^acutus , Lujitan. Juif de ce fiecle
Philotheus Ælian. Montalte, Z»&, Hoo.
Gafpar Caldera de Herediâ, 1650,
y. Bihlioth. à S/ini
&o Feregrin. ijAlj
E^ais de Medecine.
Francifcus Ximcnes, 167.0. Anton. Ponce à S. Cruce,
Francifcus Sanchez, Baccarenjis , 16 30. *
Ludovic. Oviedo; Bencdid. Matamorus»
Alphonz. à Caran^. Didacus Moranus.
Didac, de Soria , Gramtenfis , tous Médecins Efpagnols 6c.
Portugais , marquez avec leurs Ouvrages dans les Bibliogra-
phies de Nicolaus Antonius ^ & à Sando Peregrino,aufquels.
on peut ajouter fi Ton veut la fameufe Oliva Sambuco , qui
sxft piquee de Medecine^ôc de Philofophie».
/ Nous voicy enfin en païs de connoiffancc, & dans la terre
du monde la plus fécondé en Médecins, tant bons que mau¬
vais, c’eft pourquoy je me retranche aux plus Gonfiderables,
de ceux qui ont donné quelques^ GGMts ,ou qui ont été d’une
grande réputation dans les Üniverfitez , dans la Gour ,ou dans
les Villes de France*
Nousavons marqué cy-devant Aufonius, npoi
hxnûà. àFülmova-i 1300. vendiqué par les Espagnols j mais
plus apparemment de V illeneuve dans la France Narbonnoife,
que de Villeneuve de Catalogne:.
Guido de Cauliaco 1360.. Médecin du Pape Urbain V.-
Valefcus de Taranta; ProfeHeur z Monpelier , 6c Medeeitt'
du Roy de France Charles Vil 1380;
Raimond. Ghal^, dt Finario , 1380.
Joannes de Tornamira Doyen de la Faculté de MonpeHcrr
1450-
Jacobus de Partibus n’étoit pas de Tonrnay comme l’â écrit
Vanderiind. mais Chanoinede Tournay, comme il paroîtpat
la Préface de fon Ouvrage imprimé à Lion aux dépens da
Roy de France Charles VI, dont il fut Medecin après l’avoit
etc du Duc de Bourgogne.^.
Stephanus Gourmelenus , 1300..
Bernard. Gordonius , 1300.
Deodatus Baflblus Chancelier de Monpelier, Médecin des
Rois Charles V 1R& Louis X I.
Joannes Trofleleri, Chancelier deMonpelier>
Médecin du Roy Charles V I I L 145)5.
Joannes Martini Doyen de la Faculté de Monpelier , Mc-
dccin du Roy Charles- Y PI L & Maître des Comptes de cettc
ïille ^
»9i
Vrennere Pmie, Chap. IV!.
Gérard, de Solo. 14S0. PtofelTeur à Monpelier.
AdafflusFumeus, TumenfisMeàecm des Roys Charles VII.
louis X L & Charles VlH. & Maître dès Rcijuêtes de l’Hô-
jelduRoy.
Jacobus Ponceau , -v
Honoratus Piquetas, J dtt Moy chartes
joannes Burgenfis , V r/i/.
Joannes XSrafTini , \
Rcginald. Freron ou Futon. J
Gabriel Miron Médecin & Chancelier de II Reine Anne
de Bretagne, pere de François Miron , qui le fut de Marc
Miron premier Médecin de Henri 1 1 L ,
]omnes Gmivcms , Fùmef^s , 14^0, dont F Ouvrage inti¬
tulé, Amicus Medmrum y fut imprimé! Lion Tan 1456. par les
foins d’un Gondeflaus ou Gondifalvus de Toleto , qui fe dit
BkStm Regius Zfégdmmjts & Prorex , Médecin d’Anne de Breta¬
gne Reine de France , èc cependant employé fimplement fur
l’état de laMaifon de cette Princeffe pour 1 50. livres de ga¬
ges, à quoy Symphorianus Campegius ajoûte que fon époufe
étoit de rilluftre Maifon des du Terrail de Dauphiné. On
voit dans les Ouvrages de Campegius une Epître que ce Gon¬
difalvus écrit a fon fils , où il paroît favorable aux ARrologues.
Joannes Kiicllïm , Sue^ome^f 1520.
Guillelmus Rondeletius, Monf^el. 'Decan. 1520.
Symphorianus Campegius , Lugdunenfts , qui fut Echevindc
Lion, Médecin du Duc de Lorraine ^ & Chevalier de l’Ordre
de Saint Georges , 1 520.
Simon de Papia eft marqué dans Symphorian. Campegius ,
parmi les illuftres Médecins. C’ëtoit un homme fi charitable ,
qn il rebâtit l’Eglife des Cordeliers de Lion de fes guains »
qui étoient fi grands , que le Duc de Bourbon fon maître luy
donna tout d’un coup dix mille fraiK:s , fomme grande pour
ce temps-là. ^ ^
. Joannes Hortenfis ou des Jardins^ fut enfigrande réputa¬
tion a Paris l’an 1 5 20. que quand la mort luy enlevoit quel¬
que malade , on luy appliquoit ce vers de l’Ecole de Salernc.
Contra yim mortü non ejl Medicamen in hortis.
jôann. Morifetus, Burgund^ Bolanfti , 1 540.
Joann T agautius , Amhianus , i 54a.
tancifeus Valeriola, Arelatenf. 1540,
3 b ij
^ chapelain,
CaÜeUn.
EJfais de Medecine.
Joanncs Canapæus étoit un des Médecins du Roy François
î. quoi-que je ne le trouve par fur l’écat de fa Maifon. Sytn.
phorian. Campegius en fait cas. Il traduifu le Livre de offibm
de Galien , de Grec en Latin.
Jacobus Sylvius, AmbimuSi eft un fçavant Médecin de la
Faculté de Paris , mais homme fingulier dans fes maniérés.
Joann. Gorrhæus , Panfmus » 1540.
Honorât. Caftcllanus fut Médecin des Rois Henri IL Fran¬
çois IL Charles IX. & de Catherine de Medicis, &:pere de
Joan. *Medecin du Roy Charles IX. car quant à Petrus Caftel-
lanus natif de Grammont au Païs-bas , <jui écrivit la vie des
illuftres Médecins , il a fleuri jufques à l’an 16 3 2 .
Francifeus Rabelefîus , Chimnenfis , & non pas Lngdmenfu ,
comme l’a écrit Wolphang. Juftus, trompé par fes Ouvrages
fur les Aphorifmcs d’Hipocrate , imprimés à Lion,
VctrusBcllonmSiCdmmm, 1550
Antonius Mizaldus » Menlucim. 1560.
Joannes Gorrheus , 1 540.
Carolus Stephanus , , 1 5 50.
Dionyfius Fontanonus > MonffeL 1550.
Ludovicus Vaflæus , Cathdmen. i 5 50.
Sebaftianus Monz\x\is y Rivirenjis , 1530.
Jacob. Dalechampius , Cadomenjîs >1550.
Joannes Fernelius , Ambim, 1550, le Héros de l’Ecole de
Paris 5 & qu’elle appelé Nofer^ quoi-qu’il ne foit rien moins
quant à fa pratique , ne faignant que rarement, ôc fe fervant
de tous les Medicamens que les Arabes ont découverts, & de
ceux qu’on tient ordinairement dans les difpenfaircs j de forte
^ queScaliger n’a pas fait difficulté de dire qu’il répandoit éga-
" lement les fleurs de fon expreffion Ciceronicnc, fur les excre-
^ mens du corps ,6c fur lies humeurs que la nature a travaillées
avec plus de foin 5 & D uret , qu’il avoir débité la lie des Ara-
L bes , à la faveur de l’élegancc & des fleurs de l’élocution Latine,
La^tinitatis quodam neBare Barharorumfeces condivityZ on peut
ajouter fur le nom favori de iVo/tf^'jcequ’Alexandre MalTaria^-
a dit dans fon Xraite de la goûte. Summk cum ïMtoue hic
fua libro Titdum infcripftt Médicinal Femelii y namque fi totam
infiitutionent omniaque dogmata diligenter advertas , ea ma]ori
f^rtefunt ita ejus propria ^peedaria, ut propè müiui fmt alteritts^
Premtcre partie, Ch^Ÿ, IV,
Augcrius Ferrerius , Tholojan. fie pendant le dernier fieclc
plufieurs beaux Traitez de Médecine , & fut Médecin de la
Reine Catherine de Medicis. De plus fçavant Jurifconfulte &
Mathématicien, homme poli , bien fait & d agréable converfa-
tion. Sa mort eft marquée dans les Eloges de Sainte Marthe,
l’an 157^. ,
Michael Noftradamus, a Perto SanliA MarUifrope Burdega^
a fait quelques Traités de Médecine, & quelques tradu-
dions marqués par Vanderlinden 5 car je ne m’arrête pas à
CCS Prophéties qui ont fait dire à Scaliger Hiponace,
Si Nofiradamm i ^uid pudere fo,nefcit:
^upd efi paratum , nec recondmm-^ ^ prAfem
nam futura notîone mentitur ?
Antonius Mizaldus, 15^0.
Jaeobus Goupilus , fçavant dans les Langues 5 mais fi jaloux
de fes Ouvrages , qu’il mourut de douleur l’an 1 500. voyant
que les Soldats luy avoient enlevé fes Mémoires.
Jaeobus Grevin Poète Ôc Médecin delaDuchefie deSavoye,
& ami de Ronfard 1570.
loannes Huchcrius Profefifeur à Monpelier, Bellovacenf 1 5^0.
Antonius Fœfius , Mediomatric. 15^0.
•Lâurentius loubertus , 1580.
loann. Hollerius, 1570.
Mauritius Cordæus , Rhemen/iSi 1 5-70.
Pafchal. Gûlus ^ Fillefanenfis PiSlo , Auteur d’une Biblioffra-
pfiie, 1580. ^
Defider. lacotius , , 1 5yo.
Petr. Palmarius , , 1580.
lacobus Dalechampius, Cadomenfisi 1580.
lofephus Quercetanus , Aminiacus ,1570.
Ludovicus Duretus, I 580.
Petr. ïoan. Faber , Cajlrinovid,
Vincent. Burgundus, Pellovac. i6io.
Re^mald. Stmmms y Suejfon. 16 zo.
lofephus Trullier , que Stephanus Roderic, à Caftro , dans
un 1 raite intitule Popuma Farktas , qualifie Médecin & Am-
aii^deur du Roy de France, & Auteur d’un Traité
coptra Romanos,
yitnnàoWus y AquenfiS
Jaeobus Qu^ercetanus , Aminiac,
B b iij
Ejjais de Medecîne,
Pbilipp. Gtiibertus, Parijin, Carol. Pifo , Pmjin^
\2,cob.G\x\\\d.m. Amlim, 1570. Barthol.|>erdulcis,f^^
G.BûloniaSt P arijlff. loan. KioUn fenior, " =
Andréas Làurcntiu s, l
Abraham.Frambcfarius, ^ l
Joannes Marquis ^ Viemenfis ad Rhodamm 3 ami de Jufttis j
tepfius qui luy a addreffé des Lettres. 11 fît quelques** Ou. f
vrages doncil ne nous refte que la continuation de la Chrono¬
logie de Geqebrard, il mourut Pan 5.
Francifc. R^anchinus, Lazar, i
loann. Varandæus ï
Francifc. Citefms , Piciav.
Tbeodor. Turquetus de Maierne- j
îoanp. Chicotius i.,SUvamHenfi
Renatus Moreau^ ^ndega'venp^
îoanii. Riolanus fdiùs ,
îoann. lacobus jChifletius , •
loann. Fequetus,
Marinus Curæus de la Chambre , PariÇmm , Fhiîofophe l
^renommé» & Medeein ordinaire du Roy Louis XIII.
• Petrus Petiteus, Pariftn. Philofôphe, Poëte & Médecin. ^
Francifçus Bernier , Andega^tnp^ Phiiofophe , Voyagedr^
Médecin. ‘ '
Ariton. Meniotus , Panp.
Mais il ne faut pas oublier icy ceux qui ont travaillé pouf
ia Medecine , quoi-qu’ils n ayent pas été Médecins, tels qu^oJit
été Philippes Beroaldus , m emrrat, fmjl, Tufcdanar, Dc^der^
Erafmus, loannes Bodekenus, ïofeph. Mantenfis, loann. Fi-
tefacius , Ahafnerus Frit2chius,qui nous a donné depuis peu uU
petit Ouvrage intitulé Medicm PeccanSi fort utile pour la con¬
duite des Médecins. Les Sçayans lefuites Maxîmilianus San-
dæus , loann. Beir, Leonard. Leffius , Jacobus Baldus , Anton.
ij uaiD PoflTevinus , Theophil. Rrenedæus , qui l’ont tous illuftrée paf
de bons Ouvrages. |e croy même que nous ne deyo*ns pas
paffer fous filencc quelques hommes de qualité qui ont honore
îa^Medecine par Pétudc ^ ou par la profeflîon qu’ils en ont
faite I car outre une infinité que nous avons marqué cy-de-
^oaavunusXo- vant , il s’eft encore trouvé des Doges , & des Sénateurs de
jfgy. Genaes , & un Prochit^ Seigncuj: Napolitain qui faifoit la
' ' lîçd^iiie , ayec une charitd & une generofité héroïque. Nouî
Première Pa^rtiev Chap. IV. 1^9
j^oûS encore eu en France un Eftienne Boüet Gentilhomme
Tourangeau , qui non content d’avoir exercé 1 a dignité de
principal du College de Sainte Barbe à Paris, Employ encore
bien plus honorable en ce temps-là qu'à prefent d’avoir
pafle par tous- les^ degrez de la Médecine-, en voulut encore
mrc l’exercice , dans la feule veue de ferv ir fes amis & les pau¬
vres , comme fit quelque temps après Gui de Molins de Roche-
fort, Gentilhomme Blefoisjdoüé par I. Augufte de Thon,/, vi¬
ra frofria,àLcommtont fait longtemps en Picardie les Seigneurs
de Sacqu’Epée, à quoy nous devons ajouter comme une remar-
queTiiftorique , une famille que leDuc de Bourgogne n’enno¬
blît qu’à condition qu’elle exerceroit toujours la Medecine
comme elle avoir fait avant 5 pour ne rien ajouter, comme nous
le pourrions encore , à ceux que les Princes ont honnoré de' leurs
Ordres de: Chevalerie , d’Ambaflades & autres Emplois con-
fiderables , &pour ne pas entrer dans la penfée de ceux qui
eroyent qu*uneMaifon Souveraine qui honore les Saints Cof-
me & Damien comme fes Patrons , doit une partie de fon ori-
gineàla Médecine. Q^y-qu’il en f6it,il eft affuré qu’oti eni
noblitles Médecins aprçs quelque temps de feryice > non feu¬
lement en Ecoile, mais encore en d’autres EftatsV ô^ que fî'
eela ne fe pratique' pas à Venife , ils' ne lailfent pas d^y être-
diftingués du peuple, & regardez comme des fujets tous diP
gofez à pafler dans la noblelTe. Ce qui doit être dâütanr'
moins -furprenaut que les premiers' Médecins des Empereurs
qui fuccedêrent au grand Conftantin , & même quelques-'
uns de Ger Médecins qui ne fuivoient pas la Cour^ &: qui de-
mcuroient dans les Villes , étoient Contes du premier ou du
^cond ordre. A quoy oii peut ajoûter que la fameufe ville de-
Tauris ou Thebris en Pérfe, doit fa fondation à la Medecine,
Gomme nousde'verrons dans la fécondé partie de cét ©uvra-'
gf. Enfin que la grandeur des Pharaons , oü au moins Icurfaom,
^^tdu Médecin Pharao ou Phariaco , qui tranfmit à fesfuc-
Gefleurs Rois le nom Si l’Empire, avec les belles connoiflTances
ÿiil avoit dans la Medecine. Aufiî voyons-nous que comme
aphael fignifie Medecine dans la langue Sainte , de même
p^phaim^ qui fignifie ordinairement des Geâns , fignifie non
des hommes puifians & confideràblesi mais encore
A ^^^.^Gcins dans le particulier : Ht funt patentes a j/tculo.. Mais
icequi palfe tout ce que- nous- venons de remarquer, 5c qui re-
Simon Pafqua S,
R. E. Cardinal.
Borcholom. Mc-
tellus Senatot Ge-
nuenf.
CliriftophorusRo-
fciu^ Dux Genuenf.
V. Bartholom. Tur.
rian. de Media»
confult.lib. z.e. 9-
2.00 de Médecine,
garde nôtre temps ) quel plus grand honneur à la Meu^
que de la voir honorée de la confiance du plus grand Roy dj*
la terre, en un temps ou une infinité de pcrlbnnes de mauvais
goût, la dés-honorent en tant de maniérés ? Par un Roy qyj
ne s’écarte point du chemin Royal , pendant qu’une partie
même de fa Cour, & prefque toute la Capitale de fes fiftats
s’égare 8c fe pert dans des fentiers détournés ? Par un Roy qui
veut bien fe fervir de ce bon fens, ôc de ces lumières dontle
Ciel l’a fi libéralement pourvu , pour avoüer 8c infmucr par
fes exemples , qu’il eft bien plus leur de fuivre des maximes
fondées non feulement fur la raifon ÔC l’experience , mais en-
^■Eccîejiafi. c. 38. core fur un Oracle * infaillible , que d’abandonner faperfonne
facrée , au hafard d’un remede donné témérairement par quel¬
que étranger , ou par une perfonne fans aveu , qui n’ayant
pas fouvent plus d’honneur ôc de Religion que d’étude , n’a
pas toujours une fidelité à toute épreuve? Auflî la Medecine
aiiroit-elleici une l)elle occafion de loüer ce grand Prince de
cette confiance , fi elle le pou voit faire dignement : car quel
autre pinceau que celuy d’Apelles pourroit peindre Alexandre,
prenant un Remede de la main de Phjlippes , ôC quelle autre
plume que celle de Cefar pourroit apprendre à lapofterité jiif-
qu’oueft allée la raifon, la patience ôc le courage de Ceiar,
dans fes maladies comme dans fes autres affaires ?
Voila les Honneurs de la Medecine , Martirs, Confefieurs,
ôc autres Saints ôc pieux perfonnages j Papes , Empereurs , Rois,
Princes , Cardinaux , Archevêques , Evêques , Abbez, Chanoi¬
nes , Prêtres , Religieux , Chevaliers d’Ordres j Philofophes,
Poètes, Orateurs 8c Ambafiadeurs , que j’ay bien voulu ajou¬
ter a tous ces Médecins Grecs, Latins 8c Arabes dont j’ay don¬
né l’Hiftoire Chronologique : car à propos des Ambafiadeursi
il eft bon de marquer icy , que fi quelques Hiftoriens fe. font
* Nempè caums ^^cyiés fur ce que le Roy de Franche Louis XI. avoir envoya
Rex diffidentia Olivier le Dain fon Chirurgien , en Ambaftade vers la Du-
§S°T4tioncm cheffe de Bourgogne, un bon Auteur * foutient qu’il le fit en
hcxnini fîdci ex- bon politique, choififiant un homme de confiance , qu’il enno-
pense, qui certèca blit par cét Emploi. Mais pour ne laiffer aucun doute à ccs
Ccàùm-mcm^no. igoorans ÔC gens de mauvaife humeur , qui pour tout ce qo®
vum nobiiemanus nous vcnons de marquer à l’avantagc de la Medecine i ne lad*
‘f “ guerre , voyons avec quelles armes ils
c»i. IJ. l’attaquenti& quelles raifons ils ont de la vouloir décrier.
CHAPt
Première Pitl'tie. Chzp. V. zoi
CHAPITRE V.
Des ennemis de U Medecine,& du jugement qu'on en doit faire'.
CO xM M E il y a trois fortes de libertins en matière de P^e-
ligion , il y a trois fortes d’efprits particuliers qui décla¬
ment de vive voix, ou qui ont déclamé par écrit contre la
Médecine. Les premiers , gens fort ignorans , le font fans
fçavoir pourquoy ny comment j les autres moins ignorans, pour
faire les beaux cfpritsj les derniers! quoi-que gens d’efprit ÔC
même d’érudition, font à peu prés à l’égard de la Médecine,
comme ces vifîonnaires qui ne fe trompent & qui n’errent que
fur certains objets j mais qui ne'peuvent revenir de cette er¬
reur par un malheureux effet de la prévention.
Je remarque donc que lès premiers de ces efprits particu¬
liers Sede ces ennemis de la Médecine, ne font, de même que
la plûpart de nos libertins de Religion , que des miferables qui
veulent parler de toutes chofes , feulement pour parler , igno¬
rans, dont toute la raifon cft qu’ils ont le bon fens , quoirqu’ii
n’y ait rien de fi rare que ce bon fens, & qu’ils ne fçaehent pas
même ce que c’eftjla plupart brutaux ôc fac-à-vins plongez dans
une vilaine, crapule , qui croient avoir dit des merveilles,
quand ils ont fait rimer d’un air goguenard , vm à Meâécm , êc
qui après avoir bien dit des pauvretez , difent des injures à ceux
qui fe mettent en état de leur répondre, le tout prefque fans
penferi ce qu’ils font. Ceux du fécond ordre ne font pas fi
bêtes que les premiers, çe font des tiercelets de fçavans, qui
s admirent eux-mêmes qui fçaehant bien qu’on n’aime gue-
rcs les remedes, croient faire leur cour à la compagnie , en
attaquant quelque miferabie Médecin qui fé défend mal , ou
qui n ofe leur faire voir la mifere de leur raifonnement , de
crainte de les fâcher , 6c de les trouver apres cela dans fon
chemin: car enfin tout ce que ces .beaux difeurs entaffent de
ucours, n’efi: ordinaiirement que confufion ,fau^^cté,galima-
t las , oa tout au plus fophifmes 5 mais quoy , en fe déenainant
ainii , ils croyent s’être érigés- en gens du bel air: Etç’eft
c ces deux fortes de critiques donc Galien fç plaint , leur re-
- Ce
E'îrictaté quidam
beri dimiferuni:, 3c
de bis agereaudent
qùæ exercicatiflîmt
non fine timoré
tttéksint.GaUft.ad
Trafibul. e.
Epis de Médecine,
prochant qu’à peine ont-iis cuvé leur vin , qu*ils ofent porter
jugement fur des chofes qui ne font connues que des plus fa,
gcs& des plus graves Maîtres de l’Art.
Quant aux derniers , j’avouë que ce font fouvent des gens
. d’efprit , de bonne foy , & mêmes commodes , pourvû qu’on ne
les mette pas fur le fujet de leur averfîon, étant fimàlheureu,
fement prévenus à cét égard, qu’ils n’y tombent jamais fans
errer 5 mais d’une maniéré bien differente de celle de cette'
pauvre fille , laquelle étant tombée dans une pafïioii érotique,
qui la rendoit extrêmement penfive 6: chagrine , ne forcoit de
cét état pitoyable, que quand le temps étoit ferain, & le Soleil
entièrement dégagé de nuages, comme elle s’en explique elle- .
même dans un de fes intervalles.
Non co$i vibbra il fol mi sfacce m
il celefie mi mvi'va,
Il mio U cor mi friva
Corne pm dfitr mi morte t
La vita il Sol , ria forte / ~
Car Idin d’avoir aucun bon moment , ils n’ouvrent jâmàis les
yeux aux lumières de la raifon pour fe défaire de leurs pré¬
jugez , foit que quelque mal-habile Médecin ou Chirurgien
les ait maltraités , ou que les maximes de la Médecine flc
s’accordent pas avec leurs pallions Sc ieurs mœurs. Ainfi ils
font refolus à foûtenir la chofe opiniatrément, jitfqnesà fe fai¬
re une loy ôc un honneur de n’en revenir jamais 5 gens à peu
prés du caradere de ceux dont je vais examiner les duvra-
ges ôc les fentimens: car pour les autres, iis ne méritent pas
qu’on s’y arrête , crainte de donner quelques poids à leurs lé¬
gèretés en les voulant réfuter. Pour connoîcre donc à fondées
derniers , examinons ces Auteurs dont ils fe jFont les partifansj
ôc dont ils ne font fouvent que les finges ôcles copiftes.
P0R.TIUS Caton le Cenfeur efl celuy par où je commence , pâi'ee
O. qu’il eft le plus ancien, le plus déchaîné, ôc celuy dont Pl^^
fe fait le plus d’honneur. Premièrement tout ce qu’il écrit à fo^^
fils Marcus fur le fujet de la Medecine, dont il n’a voit qu’nne
connôiffance groffiere ôc campagnarde , regarde bien plus les
Médecins que leur Art, ôc ne conclut tout au plus que contre
quelques Grecs de fon temps. Toutyèft d’un efprit opiniâtre,
» Atroeem animû prévenu , ôc pour ai 11 fl dire héréditaire à fa famille ÔC à fes
caroiiis. fcendans.-^ Il invective mal â propos contre toutes les difei'
Première Partie, Chap. V. 2.03
«liûcs du païs , d’ou ia Medecine elt veiiuë à Rome 5 & comme
y esprit humain n eft fouvent c^ue bizarrerie ôc illufion , quand
la paflîon le domine , il ne laifl'e pas de témoigner enfuite une
complaifance ridicule pour d’autres chofes qui viennent de
ce païs-là, fans en excepter les habits. Il le promet enfuite de ' *
convaincre ces gens qu’il appelé indociles , fans penfer qu’on
ne ramené pas fi facilement des gens de ce caraélere , & par- vincam iniociiè
ticülieremeat des Grecs , fur tout quand on eft encore moins
docile qu’eux i mais quoi- qu’il en loit , il tranche hardiment '
du Prophète pour le faire croire à fon fils, 11 veut qu’on croye, diiffe!
fans fe mettre en peine de le prouver , que la Medecine eft
la plus tnéchance chofe qui foit venue de la Grece en Italie 5
&pour faire croire que les Grecs en veulent à ia vie des Ro¬
mains , il donne maiiGieufement la gehenne à un endroit d*unc
lettre d’Hipocrate, pour faire de ce grand homme un meur- BftfiMCratevam,
trier interefte , luy Caton , dont l’épargne & la lefîne alloic
jufques à l’inhumanité > revendant fes pauvres Efclaves comme
des bêtes à jufte prix > pour fe difpenfer de les nourrir, quand
ils ne pouvoient plus tuy rendre des fcrvices confiderables 5
mefquinerie 6c cruauté , dont Plutarque le blâme., Enfin ü fe tîtttmh.inCHton,
met fi avant dans Pefprit la haine qu’il a conçue contre la Me¬
decine 6c les Médecins , qu’il luy en coûte fa femme 6c fon fils
qu’il facrifie à fon entêtement , pour avoir voulu faire le fça-
vant en une matière , oii il n’étoit qu’écolier ; car pour le beau -
Livre de la Medeetne qu’il fe vante d’avoir compofé , je laifTc
a penfer entr’autres chofes , fi ce n’étoit pas bien rafincr fur
le régime des fains & des malades, que de choifir comme il
tait les cannes , les pigeons fauvages, ôcles lièvres pour leur
nourriture.
r ^ E , à la vérité , eft un homme incomparable à prendre P l i n i u s
onHiftoire Naturelle en gros 5 mais quant^àce qu’il dit de la major.
^ Médecins , qui ne voit qii’il y a bien des con¬
ta ictions , du travers 6c de la paffion, tant il eft vray que les
grands-hommes ont de grands défauts ? Il ne faut donc pas
J Hiftorien 6c Philofophe
4 2 Médecin , n’ayant jamais pratiqué ny veu des malades, il
erre en tant d*endroits , particulièrement quand il a blâme
a J medicamens exotiques : car n’eft-il pas vray qu’il y
fe pourvus deremedes, * qu’il faut neceffairement * ^^regrma rcme-
ervir de ceux qui viennent des païs éloignés omnts
Çc ij
lih. câp. S.
Oportcî Medicum
immifericordem
cffc &G. Ce if.
Minimè hcTcIè
Don rem antiqui
camn^bant^fcd ar-
tcm.
Hiftor- natural. 1.
204 ' EJJàis de Médecine,
fert omnia Tellus. De plus quand les maladies fe tranfplan,
tent d un païs en un autre ,,ne faut -il pas avoir recours
aux rcmedes que la providence divine a fait naître . dany
les païs d oîx ces maladies fe font tranfplantées ? Il blâme auffr
mal à propos , les comportions de remedes : car le mélange gj
la fermentation de ces remedes , ne font-ils pas ordiriairement
ce qu’ils ne pouroient faire feuls ? &fe donnant ainfi les mains'
ne peuvent-ils pas devenir par cette mixtion , ce qu’on appelé
dans la Medecine îfes mains falutaires de Dieu? ll dit encore
que les Arcadiens ne fe fervent d’aucun medicarpent, ôcqu'iisr
ne vivent que de laid , comme li le laid n’étoit pas fouvèntun
médicament alimenteux^ & un aliment médicamenteux , quand on y
eft accoûtumé , & quand il ny a pas de difpofitions dans le
corps qui y répugnent. Il impute à la Médecine , ( quelle injnfti-
ce î ) les fautes des Médecins ignorans, & prend de là occafioa
de déclamer Contre cette Science , qu*il s’avife de loüer en un
autre endroit , quel railbnnement , quelle conduite ! Il dit ,
fans y faire reflexion , que les Médecins ignorent la vertu des
minéraux , ce qui n’étoit pas même vray de fon temps , les
plus anciens Médecins ayant connu leurs proprietez , ^ les
ayans mis en ufage. Il dit aüfli fauflement, comme nous le ver¬
rons en fon iicu,que la Medecine a été proferite à Rome pen¬
dant doo.ans i ingrat! qui a pris des Médecins tout ce qu’il 2
écrit-de meilleur , & qui n’a pas voulu comprendre que les Ko-
mains ne condamnèrent que les Operations du Médecin Ar-
chagare,&de queiqiies autres Chirurgiens venus de' la Grèce,
gens intrépides , aflurez & tels que doit être un bon Chirur¬
gien. Car après tout ce procedé^du peuple Romain j inarquoit-
il autre chofe que fon inconftance , ayant d’abord honoré Ar-
chagate degraces & de privilèges , &l’ayànt enfuite traité dp
hourrea.u, plehi non judicium non 'ueritas. Ên effet, ce qui
voirque Pline parle en homme paffionné 5 c’eft qu’aprésavoir
pris di'oit fur les jiigemens & fur l’inconftance d’un peuple
encore groffier , il fe demande par une conrradiebion nianifeft^j
s'il faut croire que. les. anciens ayent condamné une chofe falutaire '^
car'il ferép€»nd, en 'vérité, ils ne condamnèrent pas la Science •>
mais la maniéré de d' exercer , après avoir dit fauflement &
raifon que /«« morum non aliunde quàm ex Medicina. ComnieDC-
veut-il donc qu’on entende ces paroles .? Mille peuple ne peu'vent
ten pafer, quoi-quils fe pajfent quelques-fois de Médecins. Accot-
Premien Pmk, Chap. V. 20 j
dez cela. Car je refervc pour un aucre lieu a répondre , non
feulement à fa prétendue proscription de la Medecine pen¬
dant 600. ans 5 mais encore à ee que fes partifans ont voulu
inferer d’un autre' palTage de cét Auteur mal entendu , pour
mettre la Medecine aux fers , avec les Efclaves du peuple Ro¬
main. Te reviens donc à fes autres fentimens, & pour réponfe à
ce qu il dit, qu’il n y a que les homicides des Médecins qui ay ent
le privilège de demeurer impunis , ne fçaiuil pas q^e de fon
ternps même , la malice & rimpcritie des Médecins étoient pu-
niflables , & que la Loy A^uilU y elï formelle ? Il fe plaint de ce
qu on ajoute foy aux cajolleries des Médecins , comme fi cela
ne venoit pas en partie de la crédulité , & de. la fottife des
malades, qui veulent être flatés , & en partie de ces difeoureurs , . _ ;
qui ne font rien moins que de vrais Médecins, puifque la Me-
decine * fe plaint elle-même dans de bons Auteurs de ces Mc- .
decins , pour lefquels on devroit établir des grands jours , &
faire revivre la Loy Coruclea deJ/W/w, puis qu’ülpien,qui
eft bien plus proche de nous que ces Loix,eft dans ce fens-là,,/
difanc que quand il parle des Médecins , il ne reconnoît pour
tels que ceux qui procèdent par ordre & par méthode , & non
pas des ignorans & des empiriques. Ainfî nôtre Auteur après,
avoir furieufement déclamé contre la Medecine & les Mé¬
decins , ne laiffe pas de revenir à luy-même , tant la vérité a.
de force, avouant de bonne foy que U Medecine efi U feul de
tem les Arts qui ait l\a'van^(ig€ de donner la loy aux Souverains y ^ /«l». 2.-4.
que s'il fi J. en a point de plus Jujet au changement »cela fi empêche pas
quil ne foit le plus uüik de tous. Auffi fon. neveu fut-ibbicn plus jHnim
équitable que luy yêcbienplus confiant dans le jugement qu’il
fit de la Medecine , défendant à fes domeiliques de luy don.-
ner autre chofe que ce que fon Médecin ordonneroit dans fa
inaladie. Je demande donc enfin aux partifans de Pline l’ainé,
quel jugement on doit faire des> fentimens d’un homme fi in-
qonftant , & quf ayant nié rimmortaiité de Pâme , contre le fen-
timent de prefqiie cous les fa ges de l’antiquité , pourroit bien
encore nier fa propre expérience, & tout ce qui tombe fous les.
eiB dans Pcxercice & dans les heureux fuccés de la Medecine.
-kJi o îî Y s I U s Ægeus pourroit être mis au nombre dès Dionysiusî
cni^misde la Medecine , quoi -que fçavant dans cette feien- Ægeus.
e, il aYoit fait paroi tre quelque confiance dans, fes opinions.,
les Didiaques ne font autre chofe que cent Chapitres ,
C iij
2,06 de Médecine.
* c. dont les Sommaires font marqués dans Photius * comme des
chofes qui ne font pas d’un grand poix. Car cét homme bien
plushabile Dialedicien que Médecin , établit dans les 50 prc.
miers de ces Chapitres quelques Theoremes qu’il prend plaifip
de détruire dans les ^o. fuivans , Suamm ipfe legum conàitor^
T*cit. de psmptio ^^^r.Enfin c’eft tout dire que de marquer avec Photius qu’il eft
‘ ‘ pamonné enplulieurs endroitS;&: qu’il n’eft gueres propre qu’à
des Dialecticiens , qui fe plaifent à foûtenir le pour & le contre.
P E T R U s Pierre d’Apone, dit le Conciliateur > tout Médecin qu’il
de jpone. femble un de ces hommes qui n’ont pas fort bien parlé de
la Medecine rationelle, parce qu’en effet, il a trop donné dans
V-. voftum lih. I. PAftrologie , & dans d’autres vanitez ; ce qui le fit condamner,
de idoiolatr. c. Comme Heretique par les Juges de i’Inquiûcion de fon temps,
Toutesfois à prendre les chofes comme il faut, il eft affuréqtie
tout ce que les ennemis de la Medecine en ont pris., n’eft tiré
que des objections qu’il fe fait luy-même, aufquellei il ré¬
pond quelquesfois fi folidement, qu’il a été appelé le ComUktm
pour cette raifon. Mais quant à l’avarice qu’il réproche aux Mé¬
decins de fon temps , outre que cela ne fait rien à la Medecine ,
il a dautant plus de tort de s’ériger en cenfeur de ce vice, qu’il
paroît luy-même extraordinairement incerefle, comme nous le
verrons cy-aprés. ; ^
F. P ET R A R- P E T R A R E à la verité eft un bel efprit , homme ini*
.CH A. mitable & original en fa Langue} mais tout ce qu’il a fait en
Latin n’eft que copie en comparaifon j fur tout quand il a at¬
taqué la Medecine Ôc les Médecins. On n’y voit que paffionôc
emportement , point de raifonnemens folides , & aucune de ces
belles faillies d’efprit qui font fi frequentes dans fes Poefics*
Mais pour bien comprendre ce que j’avance touchant la MC'
décime, il faut fçavoir le fujet de fes invedives , & de la quC'
ccntfn Ueiitur» ^e Pape Ciement V 1. étant tombé malade , Pétrarque»
Gniiutnmonim.é' qui vouloit faire fa Cour aux dépends de la Medecine,
écrivit une lettre fort injurieufe à la Proféflîon , & même aflX
Profefleurs qui étoient auprès de fa Sainteté. C’eft pourquoT
un de CCS Médecins fe vanta fur launouvelle qu’il en eut qu^J?’
lettre ne manqueroit pas de réponfe , & qu’il écriroit une Pni;
il
iippique fi forte , & contre la lettre & contre fon Auteur ,
auroit fujet de fe repentir de fa témérité 5 & apparemment
le fit. Car Pétrarque qui cherchoiq querelle , fit les qu^tï^
invedives qu’il intitula contre le Médecin Anonime ^
9 ^
Première T^^rtie. Chap. V. 107
cote depuis occafion d*écrire tout cc que nous lifons dansfës
jEpîtres contre les Médecins & la Medecine. Encore s’il fe .
fut contenté de faire le procès aux Médecins qu’il attaque ,
mais il s’en prend même à la Medecine avec tant de chaleur ,
que tout ce qu’il écrit n’eftqu’injures & contradidions. C’eft
ànfi qu’aprés avoir nié la Medecine qu’il ne fait fohfijier que
dans Vidée de Dieu » il dit » quelle nefi chez, les hommes que VArt ^trumSenil.l.u
de tromper y de voiler é" de tuer. Mais comme s’il ne fc fouvenoit uhm»..
plus de cét emportement, ou qu’il en eût honte , il dit autre
^zityquil ne méprife pas V Art y mais fes Prof ejfeurs. Il dit en un
lieu , quil ne connopt pas un bon Médecin , & en un autre , qu il
y a certains Médecins quil chérit y ont la prudence nece^aire l'ovtdu'o.x.
au plus noble de tous les Ans. Tantôt il ne faut pas s arrêter aux
Médecins quand on eji malade y puis il confeille, de cbôifrun \Me~ -EptJ^adClmtm
decinfideile ér ff avant. Il Cc moqiic des Medeems^Ÿ^^
lerie afFedée contre le WM d’Hipocrate , & autre part
il louë Hipocratc & Galien ne fe fou venant plus qu’il a dit
au Livre 15. Epijl. rerum Senil. qu’il n’y a pas de] meilleur fcccrc breviffimai-
moyen de fe bien porter, que de ne le fcrvir jamais des Mede-
cins,6c qu’il n’enconnoît pas un bon, il avoue dans la premie-
re & dans la deuxième de fes invedives , quil fe trouve de bons
Médecins. Bien plus, il conclu le petir nombre des bons ne rend
la Profejfon que plus honorable % é" ^ue la difficulté qu il y a a parve^"
nir a la perfeBion de cét Art , doit fervir d aiguillon aux nobles effi
pries y pour les exciter a s élever au rang des illujlres. Tout cela après .
avoir nié la Medecine, & après l’avoir appelée l’Art de trom¬
per , de voler & de tuer , pendant qu’il obfervoit luy même fe^^
réglés & fes maximes jufques" au ferupiile. D*bû on peut con¬
clure que tout ce^ qu’il écrit fur ce fujet , n’eft qu’égarement
d un homme piqué au jeu , tant la paffion eft capable de méta-
ïîiorphofer le Poëte, & le bel efprit en braillard & en harangere.,
c O RN E l L L E Agrippa, tout Médecin qu’il eft, s’en prend Cornélius-
ffieme à fa ProfelFion , tant il eft pofledé de la rage de médire.
Auffi avouë-t-il de bonne foy dansi’Epitre liminaire de fon *^"'-
^lyre de la Vanité des Sciences y qu il efi fi chagrin érft peu fatis-
P^tt de fa fortune y quil fe regarde comme uneHecube transformée en
^ ^e» , tant il luy prend envie d'aboyer y de mordre ^ de médire ÿ ^
f^e^qaant il penfe k fes dJclamations Oratoires , iï y trouve tout d'un>
QiPi] fl^tene y quoique neceffaire à un courtifan teV
" eji. Âinfi quand il traite la Medecine dans la dcciaa;
xog . de Medecme,
mation qu’H a faite contre elle en particulier » d’ Art de tuc
&de tromper , qui ne voit qu’il ne fçait ce qu’il dit ? &
ne parle qu’aprés Caton , Pline & Pétrarque 5 & que quand i\
s’étend fur les conteftations des Médecins , & fur leurs difFe,
rentes opinions , il ne fait que ba'tre du païsj tout cela n’a,
boutiflant qu’à faire voir qu’il y a bien des ignorans , &;
temeraires qui palfentà la montre fous le nom de Médecin
& qu’aprés tout la Medecine efl: bien pleine de conjedures.
Voila donc de grandes nouvelles qu’il nous apprend , & bien
de quoy faire tant de bruit j mais ce qui! y a de plus outré 6c
de plus malin dans cette déclamation, eft qu Agrippa y donne
un mauvais tour au paflage de Pline Medicos omnes ^ urk
totà i é* totà Italie pepulere. Et {mt ce toL\r-ik qp.QThù'mis
Lanzius , Melchior Junius, Roborcellus Michel de Monta¬
gne, & quelques autres ennemis de ia Medecine , ont voulu
la décrier comme une chofe dangereufe. Pour la Chirurgie
&; la -Pharmacie , qui font parties aneillantes de la Medecim^,
il ne faut pas s’étonner s’il n’a pas mieux traité les fuivantes
que la maîtreiTe. Car n’eft'il pas facile de voir que tout le
mouvement qu’il fe donne , n’eft que pour foutenir fon Syftê-
Oiejde la V anité des Sciences aux dépens même de fa Profeffiom
Âimii tout cela n’eft que flèches volantes qui ne font que fifler
' en paflant , bien loin de donner quelque atteinte à la Medecine.
J. N O V I Z J.- J ,0 A N N E~s Novifanus , efl: un Auteur fi rempli de Fables &
K U s.. de badinsrics, que tout ce qu’il dit de la Medecine ne méri¬
té pas qu’on y réponde. Pour Hieronymus Cardanus , Eudo
Nehuhus , Ferdinandus. Abduenfis, Vincentius de Petragone,
il obertus Fevinus, qüoi-qu’ils femblent d’abord fâvorablesaiix
^ enaemis de ia Medecine, il eff certain qu’ils ne leur donnent
aucLines armes offenfîves : car ces eontradiélioiis apparentes
que ces Auteurs allèguent , ne font fou vent, comme celles qne
Has nu’ia vishu- d’Apone a marquées , que des difEculcés qu’on fe
maaa, müia regio- peut former. Si aufquelles ils donnent du jour , ôc quant me-
num locorümçiue contradidions feroient efïedives , cela ne marqueront
p=^- que la foibielTe de Pefprit humain , ou l’inftabilité qui le
ertitAcd invioiaca fouveiit Contraire à luy même: car pour en parler franche'
uffæcSo'iûîiémr ment, je tombe d’accord qu’il y a bien de la conjedure d^ns
tare immatabiies l’Art ,loin de croire avecFernel , que les loix de U
nzXSS.dTÙ'g. éteynelles y invariables y é indépendantes des hommes y des
Médian. & des umps , ^ loin de m’imaginer que cette tirade de ^
^réméré Vé/rttèl Chap. V.
âuffi vraye , qu*elle eft bien écrite.
LisetBenantio Médecin de Poitiers , qui écrivit
en François ati commencement du fiecle pa{ré>&:donc ic Livre
fut traduit en Latin l’an 1571. par Thomas Bartholin^ marqne
à la vérité bien des abus qui fe commettent dans rcxercice de
la Médecine j mais tout cela regarde bien plus les Apotiquai-
res & les Charlatans , que les Médecins & la Médecine,
Guevaare eft un Efpagnol qui n*a pas fait fi grand
mal à la Medecine qu’on pourroit fe L’imaginer : car quant a
l’Epitre qu’il écrit au Seigneur de Mclgar Médecin , elle ne
conclud rien de défavamageux à la Medecine. Il fe plaint
feulement du peu d’habileté de fes Médecins , parce qu’ils
n’avoient pas été heureux dans la cure de fa maladie. Après
tout, fi ce qu’on lit dans cette Epîcrc n’eft pas plus ferieux
dans l’original qu’il paroît dans la traduction françoife , oa
peut traiter cette lettre de goguenarde , & par confequenti
d’ouvrage fans force Se fans confcqiience, Ge qu’il y a de
meilleur eft qu’aprés avoir bien déclamé contre fes Méde¬
cins ordinaires, il revient à la Medecine , qu’il ertime,dit-il ,
iîifiniment,, & même les Médecins qui ont de rérudition ôc
de la probité, jufques adiré qu’on ne peut allez reconnoître
leurs foins. Mais quant il vient à parler de l’origine de la Me¬
decine , il le fait avec fi P eu d’ordre & de connoifiance de cet¬
te matière, qu’on voit bien qu’il né parle qu’avec des .Auteurs
Païens & fabuleux , encore place- t-il fi mal leurs autorités ,
quelles ne peuvent avoir aucune autorité de la manière dont
il s’en fert. . /
Su L P I T I O Severo eft un autre Efpagriol qui ne paroît
pas fort ami de là Medecine: car il faut fç a voir qu’un Anoni-
Qîc de fon'païs ayant écrit Pan 16 éS, un Livre en faveur des
principes de Galien , un Jacobiii en fit uq pour le contredire,
qn il imitula. Moxi^ro de traitant Galien de ce nèm, parce
qu il fe déclare hautement pour la faignée. Sur quoy un troi-
fiéme noilimé Sulpitio Severo forma un nouveau Syftême fous
le titre de Negromantico, qui fut imprimé à Sarâgoffe &,a Ma¬
drid, -mais qui n eft pas fort injurieux à la Médecine , puifqu’il
y déclaré qu’il n’en vent point au Médecins fçâvans , habiles
expérimentez , mais aux ignorans & malicieux: car quant
indurions qu’il y fait contre ces derniers , elles ne font pas
Çee iieù, & pourront revenir autre part.
pd'
tr SErBE-,
N A N T I Ov
Guevarre.
SUL P I T
Severo»
FÊROtKAKD.
^onrûHs^
Garcia
Gamar
liO’ EJJàts de Medeciné,
Ferdinand N unes de Gufman auti*e Efpagnol , étoit
à la vérité un fort habile homme j mais qui doute avec toute
fon habileté, qu’il n’ait pu s’entêter contre la Medecine &les
Médecins ? En effet , fon entêtement alla fi loin , qii’ àyaut
trouvé un jour che2 un malade certain Médecin qu’il n’ai-
môit pas, il luy porta ce trait en paffantj/^î/ï^rrw ex inimim no-
Jlris ! mais ce qu’il y eut de remarquable , eft que le Méde¬
cin Iny répQndit fur le champ, en s’appliquant les paroles fui.
vantes j ^ de mmu omnium o^ui oderunt nos. /
Pendant que nous femmes fur lesÉfpagnols,il ne faut pas
oublier
G A RC I A 6c Gamar deux Jurifconfultes , aufquels nous
pourrions affocier GhaflTanée ôc à de certains égards , André
Tiraqueau deux autres Jurifconfultes François. En effet,' le
le dernier femble avojr propofé des objections contre la Mé¬
decine, aufquellcs il n’a pas toûjours répondu comme il faut,
quoy qu’à prendre en gros fon Traité de la nobleffe dela Me-
dccine-jil y ait de fort bonnes chofes , toutes confiifes & mal
digérées qu elles font. -Quant à Chaffanée ôc à ces deux- Efpa-
gnolsion n’a qu’à les fui vré pied à pied, pour reconnoitreqae
chaque trait qulls décochent contre la Medecine, n’eft pour
âinh dire que Telum imhjêlle fme iBu , à quoi on peut ajouter
que Hieronym* Bardus , qui répond, d*un bon fens dâBs la
page 5;44. de fon Medicus PoUïkus à ces Efpagnols,-fait enco-"
re voir qu’ils ne font en effet, que de pauvres êQle foihies
Jurifconfiiltes ^qui méritent plus de compaffion qu’ André
Tiraqueau n’en a eu pour Chaffanée. Mais à ce propos qui
. a-t-il de plus injufte poiir dés Mlniffres de là Judicè 6c des
interprètes des iaix,que d’avoir voiilü ravallér la Medecine)
jufquesà la mettre au rang des Arts les plus vils , comme quch
ques-uns ont fait, parce , difent-iis, qu’elle traire des chofes
viles ac mécîianiques ; comme fi les Jurifconfultes ne s’occu-
poient pas fur des fujets auffî' vils, ce qui ne doit être impnte
ny à baffede , ny à honte- aux uns &• autres , quand il
pour lé public, & dans refprit de la charité. Que ceux-là
donc qui voudroient fe fervir de ces autorkez, au mépris de b
Medecine , fçaehent que fi les fages,.femmes fe trouvent en
inémé li^ü que les Médecins dans quelques loix ,
qu’eneffèt ces femmes font en quelque maniéré li Medecine
aux autres femmes en de certaines occafions , 6C que la - Jurif-
tiruàcüce a ah devoir expédier j ce qui regarde le faîaire des
Matrones, & leurs interefts en traitant de ceux des Médecins &
des autres ProfelTeurs. Et quant à cét mr de lliperioricé qu’ils le
donnent, il faut fçavoir qu’Albertus Gândinus 6c Joan. Baptift. conira lurifcenfult.
Goyneus , ont, été d’âffez bpntie ïpy pour préférer les Med^ T/rA/’S
cins aux Jurifconfultes , parce que ceux-cy ne traitent, que
des chofes inanimées , 6c de bieas fort au dellous de la famé 6i y-Tarquin-q^-Uip^
de la vie. CJu'ils fçachcnt éncorê que le fçayanc Jean' de. la “XSrÿifi
Mirandc , abandonnant l’étude des loix fe referva celle de 3.
la Médecine , parce qu’il la croypic digne d’un PhilofopheSç
d’un honnête homme. Que Philippes Beroalde de 'Boulogne ch ms confiât^
fuppofe le Teltament d’un pere quia trois enfans , un ,Mçde— 4^.
cin,un Orateur & un Philofoph'e, 6c qu’il inftitué fôn heri*
tier celuy des trois qui fera le plus utile à la République , ^ M^ orin
marquant tacitement par cette difpohtion de fes biens le Me- desxceiilimi^^.
decin. 'Qu’ils f^achent qu’il^s’en faut beaucoup, quedes
decins foient fi maltraités dans Tacite dedans Florus , que les
Juges 6c les Avocats : qu’ Artrëe n’eft au Giel, comme a dit quel- ~
qu’un , que parce qu’elle s^y eft cachée pour fe mettre à cou- 4-
vert des injures que luy faifoient fes propres Miniftres , 6c
qu’au contraire les anciens y ont placé les Efculapes ôc les . > , ,, n
Chirons , après avoir été longtemps en honneur fur la terre ,
où la Médecine originaire du Ciel' eft demeurée pour le
befoin qu’on en a. Qu’ils apprennent que les Jurifconfultes GreganHs-mpnm.,
ont pris quelques chpfes des Médecins, 6c que les Médecins
fe font toujours palTc d’eux j parce qu’il efl: plus facile do fe
pafler des loix 6c des jurifdiétions contentieufes que de
Medecine , quand on veut écouter la Loy de Dieu écrite dans
tous les cœurs. _
Ite jffi in vefirtz pnetmlia mentis ér intus
Incifos apces i aç feripta *volpmma cordis
Infpicite , tîohifcum agnofeite legem^ .
Qjf au moins il devroit bien être permis à chacun d’être le GuUUoncUc. g$i^
maître chez foy Uq. mxtor.
■Ægris di^m Medicm , dum'fams Jurïfperitus
^ Imper imperk prajit uterque fuo,
Qli^enfîn fi l’on voit quelques Médecins pafTer trop facilement
dans de petites Univerfitez , il eft neanmoins alTurc qu’on y
^ plüs employé de temps qu’à faire des Licenciés és Loix
ans ces mêmes Univçrfitcz, §c que ny Paris ny Monpelier,
Pdij
ÉJJ^is de Médecine,
U ont jamais vcii comme i’üniverfité de Bologne, un'Alcxan.
"der Straticus , Bouclier de fon métier , lequel étant devenu
amoureux d’une Damoifelle, qui dédaignoit de répoiifer i’ii
n’étoit ennobli parle degré de Doebeur és Loix, reçût apres
quelque peu de temps d’etade , le bonnet en prefence de lob-
jet de fon amour, qui fit fon perfonnage dans cette farce.
Michel M i c h e l de Montagne eft encore un de ces efprjts pré.
deMmîffpis. tendus forts qui fe font déchaînez contre la Médecine, mais
fon autorité n’eft pas de grand poix,, puifque, s’il n’eft pas ce
que Scaliger appelé en parlant de luy , un hmdi ignormt ,
au moins un grand problème. En effet , fes écrits font à peu
prés comme ces Plantes d’Egypte ,oû il y a bien autant deve^
nin que de médicament.
fot puni de bien é‘ ntid i
Amas confus de mille ebofeSy
Dèvelopemens i lettres clofes t
Boete de JPandore^ oit les Eofés
Becellent un poifon fatal.
Premieremérit, pou? ne point parler du peu de rapport qu’il y
a entre fes Chapitres , qui ne voit qu’il eft plein de concradi.
^af^H0r lettrt iz. ctions , particuri,erement fur le fait <de la Médecine ? car comme
U y a des Vâllcts qui ne font rien qui vaille pour avoir trop
d’envie de bien faire , de même Montagne s’échauffe telle¬
ment rimagination après la Medecine & les Médecins, qu il
prend le change a tous momens, &: qu’il perd même le j’uge«
. ment, eeqiif me furprend dâutant moins, que c’étoit un efprit
fier , entêté né, comme ill’avôuëffuy mèinc^ à’V-ee une a'uef^
^ fon naturelle pour la Medecintt fans doute , parce qu’elle rom*
poit les mefures â fes plaifirs , qu’il particuiarife fans aucune
ho.mcy[çco’LnŸ^r!Lmauxplusextraô-rdinaires(^^plusdêbûrde^‘^o-
iuptueux , fans en excepter la ^^^arti/la de I^etrone.ll 'pzYOiZCQCOïe
il peu judicieux fur le fait de la Médecine, qu’il déclaré
fe fierait autant aux brevets é* ^nx barbotages des bonnes femmes ^
gliaux regks de la M'eâecine fans faire reflexion fur ce qn’^^j
doit a la ffeligîon ëc à la raifbn , qui ne font jamais d’accord
avec des fentimens aufli bizarres que les fiens, & qui s’accor¬
dent toujours avec la Médecine. Il prend droit fur la. loog*^^
vie de fon pere, de fori ayeul& de fon bîfayeui , ne^ fi M
jamais , dic-i l , feyvis de Medecine , & ne laiffe pas d’a voiier ,
vécurent fort infirmes pfi^ussÀla mon , 8c comme il veut être le^f
Premkre pArtîc. Chap. V. 213
aknc fils & leur imitateur , il meurt enfin d une Efquinancie ,
mâns^ffé qu’eux, & bien plus tourmenté de gouttes, & de
nnelqucs autres incommodités qu il à>YOît bien méritées. C’eft
^urquoy on a dit de luy , f àoit tro^ hâté tn de U . ^
Medmne^é aue iii eût eu quatre^vmgt-dix ms aumt me de U ^
faire , il mroip eu quelque couleur de rmfon. Mais quand Tes peres
auroient cncore^écu plus longtemps.5 que feroit cela à la Mé¬
decine ? puifquc les chofes fîngulieres , & tout ce qui arrive ra¬
rement n eft pas de l’Art , 6: même que les- perfonnes qui vi¬
vent d’un grand régime, n’ont pas moins d obligation à la Mé¬
decine, que les malades , & que ceux qui fe fervent de fes
remedes , les uns &; Ic^ autres luivans Tes préceptes. 11 doute
s il s’efi veu des malades qui apnt: allongé leur vie far les.. feeoürs de
la Médecine i ét faut fier aux exferiences des anciens é" des
modernes. Eft-ee raifi^nner, comme on l’a pu obférver cy-d^
v-anr, & comme on le verra dans la fuite de cét Ouvrages
Il doute même: de la probité des Médecins. Eft-ce là parler
en Chrétien&en Eonnéte homme Mais quand ik veut faire
le Dodeur>ô: qu il fe moque des M edecins^ parce. qu’ils pro-
gnoftiquent une grande maladie par une grande fantè , qui n®
voit qu’il ne fçaic ce qu’il dit , puifque cela ne s’entend que: ^
des habitudes Athlétiques , êc non pas de te.te fanté qui con-
fifte dans la fimetïie§i dans- le jufte accord des humeurs î 11 fs
vante de ne s’être jamais fervi de Médecins 5 6c ne coiifidere
pas que c’eft pour cela qu’il a été toute fa vie tourmenté de
coliques -êfcd. autres incomnaoditésv- lia joute que les Médecins
font âuffi infirmes que lesautres hommei Oüi les ignorans, car
les Sçavaiis vieillifrent; & fe tirent d’affaire par le régime , 6c
par les remedes- quand les maladies font curables j-&- tout cela
n empêche pas qu’il ne revienne en quelque maniéré à luy., -
tant il eit inconltant , difant qu il honore les. Médecins ,, qu il
en y eut qu h kur Mrt^ en quoy il paroîr un efprit .encore pliïs.
particalier-j que ces efprits particuliers quirn’ont méprifé que-
«s Médecins , & qui ont honoré la M.edecine. 'Mais après ce
un grand perfonnage de notr;e: fiede a dit de Montagne-, -
yudroit-on bien s’en rapporter à fon jugement ^ fur lérifsBt ^
une Profefiîon qui n’eft que charité , . que pkié, qu’honnêr-
^cte , & qui s’accorde fi bien avec le ChT\M3:mfmc; Des defauts^,. Tenftesü.M.
^tt4 , âe Montagne font grands , il ejt fîein de mots fales & des^ ^
^^f^étes ^ceLa ne vaut rient fes fentimens fur fhomicide volontaire
.Ddiij,
de Medéçîrie^
fur la mort font horribles ^ il infpire eette nomhalam Wf^^^
çr/tinte & fans repentir. Son Livre n étant point fait pour la pieté\
ny.étoit pas obligé) mais on efi tou]oun obligé de » en pas détourner
^ohquon puiffe dire pour excufer fes fentimens trop Ubres fur pif,
fieurs chofeS) on ne. fçauroit exeufer. en aumne forte, fes. fentiMens touj
pay em fur la mort i çar il faut ■ renoncer' a la pieté y
moins mourir chrétiennement. Or il ne penfe qu à mouxir Uchemem
mollement par tout fon Livre. Voici encore ce quW penfe
chAptm î^. fencimens de ce critique de la Medeciiie. Ze fot projet pu
Montagne a eu de fe peindre^ é" cela. mn pas. en pajfant é‘: contre fu
maximes ) comme il arrive a tout le Monde de fai/lir ‘). mAk,par [u
propres maximes^ é- par un dejfein premier ét principal: car de dire
des. fottifes. par hafard par foiblejjé ) cef un mal ordinaire) mm
dfn dire à Jejf ün , ctf ce pui ni efi. pas fupportable i £ en- dire de. telk
D’où jFon doici conelure que Montagne ;»elî pas
un bon Juge y ô£ particulièrement au fait de la MedeCinCjqui
a’eif que prudence y charité Sc bon fens que loin de la mé-
priferiy il eût bien mieux de la confulter ferieufeihemi
jrour : apprendre à temperer les fucs mékncholiques & brûlez^
q,ui âv oient déréglé fa conHitation 6c fes meeurs. \ :
<SiiîLî.AUM:E G:u ï. e L A U M Ei&ochet Libr.ajre 6c juge-Gon£ildcs Mar-
Bouchet. cha-nds. a Pnitiers-, -traite la Medecine Comme une marchandife
de contrebande 5 mais il ne la met pas pour cela au raval , fi
oa appelé de fes jugemens à la raifon : car tout ce qu^’il écrit,
-regarde bien plus quelcpies. Médecins que la Medecine} outre
4.^rrée}i^, qrron nc.vok dans toütes fes SetréesySc pardculieretiient dacs
celles ou if .parle de la Medecine } que quelques rapfodics ti- |
rées de Stobée , dè Montagne, & de quelques femblablesPb*
flaires* Car an, fond il n y a rien de raifonné ny de fin , 1^
contes en fo nt fades , vilains 6c hors de propos , ôc d’un Libraire
qui a pris plaifir à s’imprimer Itiy -même , pour parvenir enfid ^
l’IionneuT^de la relieure. .
G Eo RG 1 us G E O R G I U s Homius femble avoir fort mal penfé de h
Hormus. Medecine , quant il a rapporté PHiftoire de ce Prince , lequel
ayant -perdu fon ffls-unique; par l’ignorance de quelques Me-
fmm. rnf Mun fàécms ) fie vœu de. ne, plus confier les enfans qu’il plairokf
dijitt . Arcii ^oc. P ieu de lu y donner , à cette forte de gens. Mais fi on Ikee^
Auteur fans prévention , on verra qu*il n’en veut qu’aux
loufies, ala defiinion J 6c au peu d application de ces Mcdecin^’
qui préfèrent leurs interets au bien 6c à la fanté dc$ maladeS'
Premiers Panîè. ^ Chap. V. 115
R Descartes à la vérité na prefquc rien lailTé dans R. Descar-
fes écrits qui puiffe faire tort à k Médecine dogmatique i tes.
j33ais on fçait aflfez qu’il avoit defleni d^en ruiner les princi¬
pes s’il eut pû , pour établir d’autant plus: facilement les fiens.
Duels principes hélas i puifquepour avoir traité fa goutte fui-
vaut fcsprincipes , & s’être imaginé quelle ne venoit que faute ^ .
du mouvement de la matière lubfeîîe , il s’écliaufa tellement.
le fang, qu’il vouloir rendre plus fluide, par reau de vie doiit il
{cgorieafînîaiàpropos,qu’ileniîîourutmiferaMément,fep-
blable au Philofophe Heraciide, lequel ayant voulu foute< -
nir laverfion qu’ilavoic pour la Médecine , rationnelle, & pour
les Médecins de cette fede, s’enfevelit jufqu’au cou dans du-
fumier de borufs , croyant diffiper fon hydropirié. par cetw^^^
chaleur : car loin du foccés qu; il le promettoit de ce vilain ,
remede, s’étant endormi dans cette ordure les chiens vinrent :
& le mangèrent , vangeant ainfi les Médecins ^ qu’il n’avoit :
mandez que pour leur demander en raillant , au fujet de cette r
hydropifie, s’ils pourroient bien fâire füceeder un temps ferain?
àuntemps huînide 6c pluvieux : :: ^ ;
Mol I e R E êc fes Partifans , po’urrbient éffe mis au nom-- MoLiERjlt-
bre des ennemis déclarés de la Medecine, fi Quintili en. .n’avoit
remarqué , qu encore que les- Comedks [oient bien . reçues du f ublic ^
cmfe de la grâce que les ABems leurs donnent , elles ne trowvent
êc fi-ce Gptoedten îikvoit luy-
même retradé > ou fi l’on veut interprété eiî: faveur de la Mé¬
decine tout ce qu’il avok écrit de plirs : outré contre cette:
Proféflîon. Mais pour ne laifTcr aucun doute fur cét article ,
il faut apprendre' au peuple jaux^demi fçavans , 6c aux adora¬
teurs de la Comédie, que Moliere n’a fait nronter là Médeci¬
ne en fpedàele de railîërie furie Théâtre que par intcreft>
^ pour fe vanger contre une famille de Médecins, fans fe met¬
tre fort en peine des réglés du Théâtre , ;6c particulièrement
if <ielle de la vrai-femblance : eax de-toutes les pièces dont ice
^oinedieaa outré les-caraderes;,ce qui luyed fou vent arfivé,
qu on ne voit guere dans l’ancienne Gomedie , celles où il
jnuë les Médecins font ineompàrâîdement pW outrées que
^ ntes les antres y mais comme il faut^être maître pour s’en
^|*P^^t:evoir , ceux qui cherchent à rire ne penfent qu’à rire , ^
étn* ^ ^^^ttre ea peine suis rient à propos. De plus j comme il
encore meilleur Adeur que bon . Auteur .^ il
Ejjals de MeâecmK
foin d’accorder fes fujecs j fes caraderes & fes ^erfoiïftagçjj
fon gefte naturel , & à fon vifage qu’il ^voic , comme
dans Tes mains. Ajoutez que comme il vit que la- Medecinç
étoit fort décriée à Paris, il crût tic pouvoir mieux prendre
fon temps qu’il le prit alors. Ainfi il n’y avoit qu’à jouer toû,
jours'à bon compte , & fur refperance que le jeu ne dépiairoig
pas , fans penfer fcrupuleufement à joücr dans les réglés. De
forte que fi on iuy' eût demandé fcrîeufement , comme oa fit
depuis à un Comédien Italien ,: pourquoy la Comedie aavoit
plus rien de fon ancienne régularité , fans doute qu’il auroit
répondu comme celui-là j ntvouloît rkn reprefemerfir
le Théâtre que de régulier i on verroit mmrir Je faim bim des Çem-
diens avec de bonnes Comédies^ Quoi-qu’il en foit , fi Molière fç
moque avec fuccés^de quelques Médecins , Je ne çrpy pas
pour cela qu’il ait; riiiné le métier ; car s’il arrive qu’un tom¬
be malade au forfir de' fçs reprefentations,oh ne kifie pas
d’avoir recours à des ignorans & même à des empiriques i pires
que toutes les Satyresiôc tous les Théâtres.^ Après tout, il n’y
-eut pas trop à rire pour Moliere t car, loin de fe moquer de
, la Médecine , s’il eût fui vi Tes préceptes, s’il eût moins échau'
£é fon imagination & fa petite poitrine , Sc s’il eut obfervc céc
avis d’un meilleur Médecin , quoique bien moin^ bon Poëte
queluy^: . '
Et Von en peut gutrîr pourveu que Von s*ahjlienne ;
T)n peu de Comeàie é^ de Comédienne -,
Et que thoyant un peu fes poumons échaufés.
s’il eûë difrje füivi cét avis , & qu’il eût bien ménage l’Au¬
teur & l’Adéur, ceux dont il prétendoit fe railler n’auroient
pas eu leur revanche & leur tour , outre qué c’efl: une grande
témérité àun mortel defo moquer dé la maladie & de la mort)
& particulièrement à un Chrétien qui n’y doit penfer
tremblant. Q^nt aux pauvres malades qu’il prend tant de
plaifir à railler , comme les vifionnaircs mêmes font en cela fott
à pleindre , il me femble qu’il les devoir laifler là, s’U n’^®
vonloic avoir compaffion.
Aüffi que luy arriva-t-il d’avoir voulu jouer les mîfefabksj
il fut luy-méme joüé en diverfes langues, puni félon
merite,d’avoirïaitfottementlemorc;
Rofeius hk fitus eft parva Mûlierus in urna
Cui grenus humanum ludere ludus erat,
î
'^réméré tdhk'. V.
'^ocmUni'
^nm luàit morum .
CoYrmt \ & mimum
Ci gip un ^uon moyt f
f^uy s’fl l'eflou s’it dorf,
' Sa maladie imagmaire
Ne fçauroît V avoir fait prir :
C'efi un tour ^u il jouë à flaijir i
car il aimoit à contrefaircy
Comme il ètoif grand Comédien
Four un malade imaginaire
S'il fait le mort il le fait hkn.
Car pour tant d’autres pièces tant bonnes que mâüvàifès for
ce fujet , je ne m’y ètendray pas icy , renvoyant même le Le-
deur quant aux E pigrammes du Pere V avaiTeur à fon qùatriémè
Livre. Retournons donc aux Auteurs qui fèmblent avoir droit
de prétendre quelque place dans les Bibliothèques , puis que
les Gomedies de les Go mediêns en font exclus.
On a veu depuis quelque temps quatre Livres , dont le titre
fembloit foudroïant pour la Médecine; mais quoi-qu’ils ayent
furieufement grondé contre elle , & qu’ils fe foient un peu
foutenusàla faveur de l’ignorance publique, enfin ils n’ont
pas laiffe de tomber.
Le premier meriteroit à la vérité quelque èfl:ime >fion n’a- dialogues
voit égard qu’à la beauté du ftile, &aux qualitez perfonnely santé
les de fon Auteur i mais comme le folîde & l’intelligible ne
s’y trouvent pas , il ne faut pas s’étonner s’il a manqué de Le¬
cteurs &d’Appro’Dateurs, Car pour ne point parler de la faute
qu’onafaite en le ventant trop,6ten le faifant trop attendre,
après l’avoir tant préconiféi il pàroit fi âbftrait, qu’il échape
^ar tout > la fin ne répond ny au commencement ny au mi-
mu, & paroit même encore plus obfciire que tout le refte.
plus il faut obferver avant que de pafler outre ,que l’Au^
teur n’aété ny le feul ny le premier, qui fe (oit ivifé de faire ca*-,
paner tes parties du corps humain ? car Symphbricn Cham- fegü Médicinale
pîcr , fçavant Médecin de Lion , fît au fieclc paffé un traité > cordis&
la guerre , ou il reprefentoit le cœur & le cerveau, 7rJmZepr^ncipJiîl
miputans ^ la primauté dans l’occonomie & le régime du corpsi tate hummi carpe •
Oîais comme il n’y faifoit intervenir que ces deux parties , &:
Uiane meme de Venus etoient du Dialogue ? il pana a la fimus.
E e
l;
il 8 EJJkîs ie Mèdecint^
montre déguifé qu*il étoit en Latin , en un temps ou on n*é-
toit pas li difficile à contenter qu’on l’eft à prefcnc. L’Auteur,
des Dialogues de la fanté eût donc bien mieux employé fon
temps ôc Ton ftile, s’il eût écrit fur quelque matière plus agréable
& de fon reffort : car enfin des Protbpopées du foye , d* larate &
de l’eftomach : la Santé, un Sauvage , un M edccin fur le tout
desexpreffions métaphoriques , ne. font gueres propresa^perfua-
der, & à divertirdes.Ledeurs , en une matière où il ne s’agit pas
de moins que de la fanté & de la vie. Mais quoy , on s’efl: imagi,
né de nôtre temps qu’il n’ÿ a qu’à courir fus à la pauvre Medeci-
ne,pendantqu’elleeftdi{graGiée,&qu*ellen’aplusquequeU
ques amis bien fenfez qui la foutiennent^On s’imagine qu’ifn*y a
plus; qu’a débiter des plaifantcries contre elle , fade ou afiai-
îbnnées d’un fel attique, il n’importe, dépuis qu’on t’a fait mon¬
ter fur le Theatre, où tout paroît bon aux fots & aux rieurs
de. profeffibn, C’ed ainfi que Tes cœurs étroits fc font de tout
temps, déclarés contre les malhéareux , & que tant de petits
erprits, pour éviter d’ecre tournez en ridicules , plaifantent les. *
. premiers aux dépens de quelque miferablej.G’eiiaiiîfi, dis- jc^
que les animaux de la fabie- qui avoient mangé tout le pré^
^s. Moines facrifi-enc , pour fe tirer d’adaire , ce pauvre âne:,,:,
qtii n’en, avûk tondu que la, largeur d’un pied ou deuXi
Bt' Jihi qîdjqîte ùmehMr
^■nms m.miferhŸernkiemconverfa tul'ère^ ■ ' "
liE: MEOECiN^ Le âedecinde foy;-mémc,.oupar inftin£t,âété Bien;.miéux
4e.f0y-mùnc. reçu, du peuple' que les Dialogues de ki Santé : car comme il
fèmble plus, populaire , & qu’il promet bien davantage, lé peu¬
ple s’ed imaginé fur lo Titre, qu’il fe pafietoit aifément deMe-
decînsavecèe: beau paireport ;: màis.poa r îoo.t cela je ne v.oy paS'
qu’on y comprenne davantage qu’aux Diaiogues j.ny qu’aùcun
fe foie prefervé ny guéri d’àuçune indifpôfition par ce beau
fydême.. Car je demande' & au L.edeùr &: à T Auteur , fi
quand ils font ma-làdcs4ls.fe;ntent quelque indind qui les, por¬
te aux choix d’un remede particulier éc fpeeial, à Texciiilion
' de tous les , autres*; Pour moy je croirois plutôt ou qu’ils ont
inclinatiGn de n’èn prend re- aucun , ou au moins dé n’en pren¬
dre que d’âgteaWes. Car de dife qu’on fe détermine plu^^fa-
eilementponr Pua que pour l’antre, quant un Mededn en fait
la propofition^ ce n. eft pas dà ce qu’on appelé un inftind, c’eft
Premteré V; îïÿ']
tin e5*et de la raiibn ou de rinçimation natureîlé , & du goût
du malade, Pourroienc-ilsbieû>dis-je,ces partifans de i’inftinâ:,
me citer quelque exemple du fruit qu’on ehtire ? Trouveroicnc-
ils bien quelque chofe dans k nature qui fut à l’homme , ce
qu’eit le Gramenau chien , PEclaire aux hixondelîes ,1e Di^a-
me au cerf, &c ? Non alTurément: car comme la Providence,
divine a fait naître une infinité de remèdes qui ne fervent à.
Phomme que félon Papplication qu’il en fait ,xile iuy adonné
la raifon pour faire ccïte application 5 mais quatte a l’inflinà:,
pure chimere , idole qu’on fe forme pour Pencenfer , 6: pour
le faire encenfer au peuple & aux richards idolâtres des nou¬
veautés. En effet , je ne doute pas que fi je demandois à nô¬
tre Auteur, ce que c’eft prédfement que Pinftind dans rhom-
me, il ne fe trouvât iuy-même aufii empêché que fes Leéleurs*
qui la plupart lifenc pour lire , & qui s’imaginent ehfiike
avoir trouvé au fond du fac , ce qu’ils y ont cherché for la foy
de l’étiquette. Il faut être bien bête pour ne pas fçavoir qu’il
ïi’y a que les bêtes qui fe portent naturellement à quelqu’un des
remedes qui leur font propres , la nature ne leur ayant donné
ny la main ,cét inftrument des inftrumens, ny l’efprit.TArt de
tous les Arts : car ç'eft fauté de ce dernier que le cheval ne gué¬
rit jamais de la fradurc des os, non plus que les autres ani¬
maux , parce que n’ayant pas comme l’homme la raifon pour
guide, ils ne comprennent pas qu’ii faut du repos, après la rc-
dudion des fradures &dcs dlflocatiohs. Voila donc nôtre Au¬
teur retranché au foin détenir le boyau Coion netôc vuide de
toutes fortes d’excremens & d’ordures, mais je Iuy demande
de bonne foy quand on aura hicn nétoyë ce Colon , ne fe
. trouvera-t-il plus d’excrcmcns dans les autres boyaux ? De
plus, le foyc, la ratte, le pancréas & le mefentere, aufqucls ces
boyaux font attachez, ne fe déchargent-ils de leiïrs fuperflui-
tez,que for ce feul boyau ? Faudra- t-il dorénavant qu’il de¬
vienne le foyer des maladies longues & rebelles , qu’il faffe ce
«lue faifoient naturellement le Pancréas & le Mefentere , qui
u’aurontplus, félon nôrre Auteur, aucune de ces fondions que
ia Médecine leur a de tout temps affignées avec tant de raifon?
S il étoit ainfi, k belle invention 1 il n’y auroit rien de fi com¬
mode 5 les apéritifs , les purgatifs , les fpecifiqties devien-
droient fuperflus ôc inutiles aux longues maladies. Iln’yau-
rokplus quâ fe fervir de quelques kveraens po^^* déloger
Ecif
ilo Ejjms. de Jktèdtcîné.
les maladies^ qui ont leur fiegc dans la balTe région , & qui
auroient,feloncétAuteur,élu leur domicile dans le Colon.:
Adieu les Colons & habitans. du Colon , adieu toute la colonie
des maladies croniqucs , puis qu’avec le torrent de deux ou trois
petits cliftercs on Cntraineroit toutes lescaufes conjointes & an¬
técédentes des maladies. Mais encore une fois, Monfieur l’Au¬
teur de tant de belles inventions, croyez- vous effeclivement
que ces excremens qui croupilTent dans le Colon 3. ces matières
pituiteufes, & ces vifcolîtées dont il cfl: enduit, croyez-vous,
qu’il les faille ainfi déloger fans délay ? N e fçavez-vous pas que
ce font des excremens utiles , &:que fans ces excremensil feroit
continuellement expofé à l’acreté &au piquant d’une infinité
de fuperflultés,qui le précipitent de toute l’habitude du corps,
dansie Mefentere 5 mais dontles impreflions dangereufes foi^t
éludées par cette humidité glaireufe , comme on le voit dans
les diarrhées &;dans.les diifenteries , ou le malin & le corrofif
de la bile coùle& paffe fur ces vifeofitées, dont la nature les a
enduits, pour empêcher qu’ils n en foient ulcérés au premier
abord ? Mais quoy n’y auroit-il encore , félon nôtre ' Auteur j
dans toute la baffe region que le Golona nétoyer , &: ces autres
parties ffparfèmécs de. glandes & de petits vaiffeanx , ne con--
riendroient- elles que des fucs alimenteux ? j*cn fais juge l’ex-
periencc, & les Anatomiftesqui en font le reeeptable, & la fenti-
ne de tant dordures ,êc de tant de caufes des maladies longues &
rebelles. Encoreiî le Colon avok quelque fympathie particülicre;
avec les autres parties du corps ? car s’il eft vray que toutes les
parties fouffrent par fympathie,, je ne voy pas que le Colon ait;
plus de fympathie avec rôtîtes ces parties que le ventricule ôs
îes autres boyaux dontnôtre Auteur ne fait aucun compte. En
vérité ny lesrnethodiqiies , ny The;mifGn de Laodicée leur
brave Chef,. qui fe vantoicntde pouvoir.enfeigner laMédeci-^
ne.en moins de fix mois , avec le fecoursôc révidencc de leurs
Commmitesji nj entendoient rien en çomparaifon de. nôtre;
Auteur. 0,n n’a félon lüy qu’à fui vre. l’înftincl: , & à tenir lo
Golon bièu net;, iScon a trouvé l’abregé^e la Medecine., U le
plus beau fecret du. monde. Il n’eft plus queftion d’autro étu¬
de i mais feulement de jouir d’une fi belle invention en vray
Quietifte delà Medecine : car au refte fi on vouloit fuivrepas
à pas toutes les autres pauvretés dont fon Livre eff plein , il en
fe.udroitrfair6 u.n glus gros que çclui-là , encore ne fçait-on iî
Première. Partie. Chap. V.
on raincneroit ceux qui en font leur bréviaire & l’abrégé de
là. Médecine : car pour rAnteurj fans doute qu’il n’abandonr
uera.pas fon beau iyftcme, &,qu’il fera fidelleàfou Idole juf-
ques a la. fin. Apres tout cela je laide à penfer fi. l’Auteur des;
nouvelles de la République des Lettres , a eu raifon de loücc
dans celles du mois de Juit i6U. cét Ouvrage : car outre qu’il
ne prend pas la peine.denous en marquer les beautez & les.
traits les plus délicats , il fe contente de dire ^ueA'uîuteur fedé^
chaînant dans un fécond Ouvrage manu fer it. contre tes Médecins
il y prouve fis principes fur toutdC.égarÀ du Colon fiege des maladies » >
^ ^uil ne doute pus que MejJleurs de la Faculté y ne fouhaittent que
cét Ouvrage, ne voye 'jamais le jour, x^nt. il eil: vray que ceux mê^
me qui font habiles . en toute autre matière , ne parlent, de la
Medecine que comme les aveugles des couleurs. Mais quant à
ce qu’il dit d’une critique ^de cét Ouvrage , il faut avoüer * Régime dé u,
qu’il en parle bien plus jufte que du Traité de l’inftinck , cette *imituic'^1c -
prétendue critique n’étant, comme il le.reconnojt, ,rien moins Mededn de foy?-
qu’une critique imaisu’eft que certains hommes brfi lent d’en*^ ®^®^"
vie de faire un Livre.} tatus moriar ■> ôc. de luy, donner un
îUuftre Patron un titre fpecieux : car qu’eft-ce que ce beau
Régime qu’un Anamniftic de l’Indication , d ju.vantib. (jrledenT
foA qu’un homme qui ne fçait ce que c’efi , veut, apprendre
aux gens du métier J- -
Le Traité.de la tranfpiration dés humeurs, que fon Auteur Disc ôxjR-s-
appelé Difcours Philof&phique ^c. n^ft qu’un difeours en Pair , Philofophi^ue fpr
& dont Ja matière n’efl: que lie., quoi-qu’il n’y fdit parlé qne^“®^“*
d’efprit., &; que l’Auteur j^^rometteAa-guerifon de tous les. maux,
fans le.trifefecaurs de la faignée, ^ particulièrement du pied^ enquelqut
maladie que . Car afiiirement.fî le malade guérit , ce ne.
peut être, qu’en la maniéré d’un qui mourut pour avoir été tn hyh euyar. aàa
guéri de travers, & pour âvoirprécipité la caufedu malfur une
partie noble j morbus curatus ejî,d\t Galien d’une telle cure , fed
^^rmortuHs. Mais pour . venir plus précifémentau fait, qu’efi^ce, ,
jevousprie, que laprétenduë Panacée. de cét Auteur, qui fait
lans aucune remiffion le procès à la faignée? Acro /o, U n efprit de ■
.Vîn. V oilacét Fffrit Adminiprateur^ & miraculeux de l’ Auteur, & :
^ntla fingularkéconfîfte en ce qu’il ne marche que tres-rare-
nient, en compagnie des autres remedes, E {prit particulier, foli>- -
taire, qui fé paffe de toute compagnie & dé tout fecours, qui fnffit ?
a tout, qii^i. n’admet pas mêmeie cliftere,tout înnocénc, toutfar,-
Teiij^
iiL de Meâsdne]
miüer & tout mfmuant Q^nc aux expériences ^
.aux hiitoires qu’il nous aîlegiie faute de raifons,je m’enrap^
porte au fait comme je fais au bon feffî 3 mais quant à l’adnl*
niif ration de ce remede., & à fes prétendus v ebicules , quelle
extravagance de vouloir qu’on n’ait aucun égard au fexej à
l’âge , au lieu, à la faifou&au 'tem^eramment ? indicatioHs,quî
ne feront plus , félon luy , i’ame & le fin de la Médecine,
■comme elles rétoienc de ^ouc temps , tant il paroit à ciiaque
page preffé de vendre fon baume. Avançons:
Il parut un peu après ce beau Traité un autre Livre , de
* Traite fur Us efprit & de même mérité que celui-là , fous le nom de
1/ Panacées. ^ Il eft bien vray qu’encore que les principes de fou
Majfard. A^utcur hefoicnt pas reçûs dans des Ecoles,au*moins ily râifonné
fur fes prineipes5maiseomme il nous ehvelope fes dilFereates Pa¬
nacées dans les tenebrés épailTes d’un fecret , & qu’il veut qu’on
lé croye fur fa parole .> fur fes expériences , fur fes écrits ,
je ne voy pas que nous foyons obligez d’avoir plus de creance
â CCS Panacées yqu’â tara d’autres qui courent les rues , êcdont
les afficlicstapdrciit les murs de tous les carrefours de Paris
quand elles feroient écrites en lettres d’or, & revêtues de tout
Tappareil qui donne dans la veuë de la badauderie. Ën effet, ce
Traité, comme tous les autres de cette nature, refTemblent à
ces batimens , dont k f rontifpice ÔC l’ in'fcription p romettent un
Hôtel magnifique 3 mais oùToa ne trouve, quand neft entré
qtfune ou deux petites chambres mal tournées 3 à ces Hôrellc»
ries , dont l’cnfeigne promet bon vin, bon logis^,& où on ne -
- trouve qu un méchant lit & du vin de Brie 5 ou, pour parler en¬
core plus j ufte , à CCS Carvànferas de 1* Afic , dont les malTes ne
contiennent que de grands vuides.
Neanmoinsjeveuxbienqu’onfçachcjâpropsdecesdiftiî-
lateurs ^ ôc pour ne laiffer aucun fcrupulc for cette matière V
que je ne mets au nombre des ennemis de la Médecine , ny ks
Arabes qui cultivèrent les premiers la Chimie, depuis qu’elle
eût été négligée pendant plufictirs ficelés, ny Bafile Valentm»
ny Paracellc fon difciple, ny plufieurs autres Chimiftes qui
nous ont tous enfe igné quelques chofes qii’ou avoit peut-être
ignorées avant eux , pas meme pour venir à nôtre temps , l’Hi"
bernois Meara , Jean Faber , Campanelie Glifibnius ,
Seü0 fite tarera. Silvius Dclboc, & tant d’autres dont Lionardo di Capoa ad¬
mire les inventions , quoy qu’il tienne leurs fyftçmes coini»^i
Premkre Pdffh, V:. -
iflfbûtcîiablcs. Je n ay garde, dis- je, de mejctrc tous ces Auteu rs>
& encore moinsL Arnaud de V illeneiwe., Raimond Lulle, Joan.
à Rupeciffa, le Docte Libavius & tant d’autres Ghimiftes., au^
sombre des ennemis de la Médecine , puifque les uns & les
autres ont reconnu fon exiûencè , qu’ils ont cherché avec foiu»
ce quelle a de meilleur, & qu ils ont tous découvert d’affez
bonnes chofes , encore qu’ils le foient trompez qnelquesfois
& qu’ils n’ayenc pas tous pratiqué Suivant les principes de la^
dogmatique : car qui doute quil n’y ait quelque-chofe de bou
dans toutes le.^ Sedcs^pourveu qu’on le mette bien en œuvrcL
En effet j qui ne fçait (fi on juge des chofes par l’antiquité., ) ^
que la Chimie eft encore plus ancienne que la doffrine d’Hi*
pocrate , puis que les> vertus- des métaux ôc des minéraux com>
Hiencerent à être connues dés les premiers ficelés ? Gar fii*baî
en croit de bons Auteurs , Ghus-Fils de Gham qui avoit étu¬
dié fous Trifmegifte difciple de Moé fon ayeul , fit paffer cer
qu’il en fçavqit aux Chatdéens & aux Babiloiiîens , qui le- -
communiquèrent à tous les Orientaux, Il y a même un endroit:
dans. Job qui paroît des plus favorables à la Chimie, natu- * Lapis foluta®
relie, fur qnoy on. peut, voir le Dode Valefius
rr^a:, 45ji;; Bernard Comte de la marche Trevifane , cite à ce pro¬
pos. l’Epitred’Aros au Roy Meffoc , par laquelle il paroît Lihr,defe{feti0^:
la Chimie fut revelée aux cnfansd’Ifraël, S: que d’autres peu-
pies . en eurent connoi{îànce ,.;quoi-qüe d’une maniéré moins*;:
parfaite, par la fimple méditation des Oeuvres de:ia?Divinité3
ôc d’autres enfin par lar^taBle Smaragdine d’Ermes , dont' ils eu¬
rent l’intelligence par une fbrte & heureufe application. Mais per/,' Trevî.extr^
à propos des enfans d’Ifraël , il eû bon qu’on fçaehe que Ca- citation, in uir dé
^ubon s’eft trompé , quand; il a écrit qu’une
foeur de Mbïfe , avoit fait un Tmité de Chimie : car le manuf-
cr’t, Grec, qui eft ce prétendu Traité que j’ày eu curiofîté dc-;
voir dans la Bibliothèque- du Roy à Paris , n’eft autre chofer
un opufcule touchant la pierre philo fophale, fous dè nom
d une Marie ,. dite la très -fage ,élogequi ne nous rend pasplüs^:
ff a vans fur (es qualitez. Car quant au temps ou elle a vécu , .
Comme elle n’èû: mêm e. citée qu’aprés Cleopâtre , & avee quel-'
Auteurs des cinq premiers fîecles de l’Ere Chrétienne » il?
^ a croire que cette prétenduë fœur dé Moïfe ffefl venuê'que.-
^^geemps après la Cleopâtre-dé Cefar, laquelle a écrit dc îa-
vommotique * & des fiirds 5 maàs pour revenir aux S9aYans.qiff * ptmmm-
2frnxrd. Scardeon.
tn Antiquit. Pata •
vin. I. Maptifi. Voÿ'
ta in magia natu~
rai. CArahden in
Britann Epheme-
rid. Germanie, ohr.
fervat. ta.ann. g.
de(!^r. I.
^CcCpitat jampro-
pè fine hac ars
Mcdicinæ.
* Lionardo di Cet~
foa , nel Parère in-
terne la Medicin.
■Tajtenït Hij>oerat:
€hitaicHS‘
■%z^ Éjjdk de Medeme,
onc pratiqué cét Art , Democrice, qui avoic tant étiidié ea
Egypte ne l’ignoroit pas , témoin le caillou changé en émew
faude.par fon induiirie, &ce qu’jl a écrit du Mercure fous des
noms Hnigraatiqués. Les Romains en eurent enliiite quelque
connoiiïance, comme on le voit par le Tombeau de Maximius
Olibius-, par la lumière & les infcriptionS'qu’on y trativa , & par
tant d’autres monumens de rantiquité. André Machiole nous
alTurejScnous l’expcrimentons tous les jours, qu’un Médecin
ne peut être habile fans la connoilTance & lufage des Remè¬
des chimiques, & particulièrement dan^ la cure des maladies
longues & rebelles. Le Doétc Hurnins dit bien davantage,
puiîqu’il adure quela Médecine n’a rien d’alluré *ians le
cours de la Chimie , & fî Ton s’en rapporte à un fameux Méde¬
cin * de nôtre temps l’Agriculture , rArchitedure , la Navi¬
gation, l’Art Militaire, la Sculpture, la Peinture & meme la
Philôfophie tirent tous leurs ornemens de la Chimie. Ce n’eft pas
que la méthode Galenique 6clès remedesn’ayentleur ufage fé¬
lon la nature des maladies , les unes demandant des rcmedes
doux 3 d’autres de médiocres , 6c d’autrès enfin de violens. Ainfi
nous^n’avons pas peu d’obligation à ceux qui ont fait renaître
l’Art admirable de tirer les differentes fubftances des végé¬
taux , des animaux , des minéraux 6c des métaux 5 mais il ne
faut pas croire pour cela, comme a, fait Raimond Luile , ôccom-'
me ont fait après luy quelques Médecins de nôtre temps,qu’eû-
cores que cette Science foit plus ancienne quel le grand Hi-
pocratc , on la trouve dans les écrits , 6c qu’enedre que De-
mocrite en ait pu avoir quelque connoiffance , il en ait fait
part à ce grand homme, puifqu’il ne nous en paroît rien dans
fes Ouvrages. Ce qu’il y a d’affuré , eft que les Médecins qui
font venus après Hipocrate n’y connoiffoient rien , ou qu’ils
n’en ont rien voulu laiffer par écrit, Galien ne conndiffoic
qu’à peine les differentes fubftancés du vinaigre , 6c fçavoit en¬
core moins lé moyen de les feparer ^ de forte, qu il ne fair
point de difficulté de dire, qu’il n’eut épargné ny dépenfe ny
fatigue pour avoir ce fecret qui cil fî connu a prefent. La Chi¬
mie a dune été perduë pendant quelque fiecles , comme tant:
d’autres belles connoiffanccs , 6c n a pour ainfi dire été réfiufci*
téc que quand les Sarrafins fe font établis à Damas, fous leur
Roy Maina , Rafes , Avicenne 6c Albucafis ayant commencé d®
le faire revivre par le moyen des diftillations. Chacun fç^i^
Prermefe partie. V -iij
'coiame eîlè s eft perfedionnée depuis ce temps la- jufques à ce
qu’une dufinicé de vilains foufleurs rayent défigurée, au point
que fide dcde êc diligent Libavius ne iuy eût rendu fon iuftre, Adco AIc&imra: di-
elle étoit profcritc par l’ignorance de ceux qu’il a fi manifeîle- gniratcm rcftitnit
ment coîivainçus de fon Utilité & de fon mérité.
Il n yadonc que ces prétendus Chimiltes qui ne jurent que nii arcpüus aMA
par leurs vifioas , leurs fourneaux Bc leurs fecrers , qu’il faille >.
mettre au nonabre des ennemis de la Medecine 5 ces gens qui ^
verroient crever un malade de plénitude Bc d’inflammation -,
plûtôt que de luy tirer une once de fang , vrais martirs de leur
opinion j foutenans d’ordinaire la chofè jufques à fe laifiér mou¬
rir eux-mêmes faute de quelques faignéfes 3 gens au refte qui
ne veulent que renverfer fans rien établir d’udlé &d’inreiiigi-
ble , pour la diagnofe & pour la cure 5 ■un VV’anhelmom ôç un
Corneille Bontekoe Hollandois 3 dont le difciple Abraham
Gehema a fait FEloge fans fçavoir , non plus que fon maître,
ce qu’il vouloit dkc-, au commencement de la Tradudion Ita¬
lienne qu’il a faite de cèt Auteur.
Van Helmont eft donc un de ces hommes qui ont plus
fait de bruit que de befogne dans la Medecine 5 vrai baragoin
qui ne s’entend pas luy-même , homme qui en veut à toutes les
Seclês , & particulièrement à la plus raifonnable de toutes. Enig¬
matique , Barbare , fans Religion , B^ qui fut .pour cela retenu
dans dès Prifons de l’Evêque de Malines , jufques àec que la,
faveur des grands , g^ens ôrdinairement fort curieux , mais fort
crédules &c fort ignorans , l’en eût tiré > pour finir fa vie par une
pleurefie' faute de quelques faignées. D’où l’on conclud qu’il à
plus écrit par un efprit de fingularité , le plus dangereux de
tous les elfiits , que pour fe rendre utile au public 5 mauvais
«ceur , & plus agité de l’e^rit Arlènical , que de cét ciprk Bal-
falmique qu’il vaiite tant. .
euûr ffotervo 3 che-foec furo hahea
-Con molto j^eccia.
. Car s’il faut avouer qu’il adonné quelque chofe dé cet Al¬
cali, & de cet Acide, donc la connoiflance bien entenduë n’eft
pas tout à fait mutile dans la pratique , quôi-que trop à là mo¬
de , il faut auffi qu’on tombe d’accord, que comme il a voulu
donner à fes principes trop d’étenduë', jufques à les faire princi¬
pes des mixtes, q^u’il n’y a rien de réglé dans Içs imaginations
de ce Maître, ni par conîêquent dans celles de fes difciples i &
•dell. Ôrldnd. fu~
riof.
-
«•
' EJfais de Mêdeeme,
que comme ils fc détruilènc .les uns les autres , il les faut aban¬
donner à leurs imaginations fans fe vouloir égaccr avec eux >
Cant îindinvcntio- renvoyant les Lecteurs curieux du furplus. à ce qu’en a écrit
. Monfieur Bertrand agrégé au College des Médecins de Mar-
{eille* ' ^
BoNTikoE*» pour ne pas pafîer fur le dos d’un homme de
même farine que V anhelmont , fans le belutter un peu , a tâché
de détruire tout ce que les anciens, nous ont laide des caufes
des fièvres imais tout ce qu’il a allégué n’eit que Sophifmes ,^
que fuppofitions. qu’ignorance de la vraye Medecine,. n’éta-
, blilTant rien , ny pour la théorie ny pour la pratique j comme
on le peut voir dans la réponfe que Monfieur Bezançon Mé¬
decin de. Monpelier a fait à ce Paradoxe », longtemps avant que
de fe donner à Dieu, comme il a fait dépuis quelque temps en
prenant les Ordres Sacrés , ok il a trouvé le repps , & le remede
aux chagrins qiiecaufe àprefenc Texercice de la Medecine>à
tous ceux qui ont de l’honneur, de la Science & de la con-
fcicnce. Et à ce propos, je croy qu’il faut que l’on fçaehe en¬
core qu’un autre Ouvrage de ce Monfieur Bezançon , intitulé ,
les Médecins à la Cenfure , n’cft pas, comme on poûrrpit
croire un Livre fait contré la Médecine ny les Médecins , mais
un Eloge de cét Art a^^ec des réponfes^ fort folides à quelques-
unes des objections faites par fes ennemis.. .
Finiiïons cette matière par un bel endroit & afiTez difficile â
décider : car qui fçait fi le Scignor Lioriardo di Capoa a pré¬
tendu prouver qu’il n’y apas grand fond à faire fur la Méde¬
cine pratique, ou s’ ila même voulu en attaquer l’exillence , tâ¬
chant de détruire les. fyitémes de tous les anciens Sc nouveaux
Médecins ? En effet , qu’on examine fon fyiléme avec tout au¬
tant d’application qu’^il fe peut , fon intention elt fi cachée , qu’il
échapc par tout au Ledeur. Et c’efl: pour cela que j e donne iey
un extrait du Livre intitulé, del Seigmr Lionardo âi €a-
poa divifo in otto Ragionamenti y né qudi partiiràmente n^irrmnâ'o fi
l origine , (^progre^o délia Medicina t chiaîammte V in 'cérte^l^ deli^
Medejimafi fa manifejta , pour ji^er de fes intentions.
Le premier de ces raifonneinens , contient les commencemens
de la Medecine , & le caradere des plus anciens Médecins. H
s^éteiid enfuite fur la Sede-des Empiriques, & fur celle des Me-
«kodiquçs-, & fait voir avec quelles armes l’une éc l’autre attaque
Première Pam» Chap. V. .
ia Scchcdes Dogmatiques. Il n^oublie ny les querelles des Me-
decins anciens ôc modernes , ny la différence de leur opinions.
II marque non feulement les erreurs des PHilofophes &dcs Mé¬
decins 5 mais encore particulièrement celle d’Hipocrate & de
Galien ,& triomphe enfuite avec tant J de joyc de leur foiÛe,
qu’il fcmble en le lifant , qu il n y a eu que ces grands hommes
capables de faillir 5 doù il conclud qu’il n’y a rien de fl incer¬
tain , ny de fî problématique , que lès dogmes de la Médecine»
puifque fes deux plus fortes colomnes tombent au moindre
branle qu’on leur donne.
Dans le fécond il prouve à fa maniéré , que les anciens loin
d’avoir perfectionne la Philofophïe & les beaux Arcs, ne nous en
ont donne que de légères teintures , & qu’ils fe foht trompez
évidemment en une infinité de chofes. Il ajoute que c’*cft pour
cela qu’il ne fe faut attacher à aucune Sede , ny même jurer
fur l’autorité d’aucun Maître, fi fes dogmes ne font d’accord
avec la raifon & l’experience , &: le prouve par cette honnête
liberté de Philofophe , qu’une infinité de fçavans^Mcdecins
ont prifç, retournant à la charge contre HipocrateôC Galien ,
qu’il reprefente comme des Maîtres dont les fentimens ont en¬
fin été abandonnez par ceux mêmes qui s’ étoient déclarez leurs
difciplcs.
Le troifiéras raifonnement efl: une exaggeration des differen.»
tes opinions des Galcniiles , de leurs jaloufles, de leurs diffen-
fions, qui fans les mener à la découverte de la vérité ( chofe
difRcile , comme il le fait voir par l’Anatomie des corps naturels,
& par raütorité de Dionyfius Hxiguus , ) les entretient dans fo-
piniâtreté de leurs fentimens , & dans des vanitez infupportables.
Il e3q)ofe pour cela au grand jour, quelques contradidions qui
fe trouvent dans Galien, puis il retourne à rhiftoire des Sedes ,
par laquelle il prouve l’incertitude de la Medecine , & la part
que le hazard a eu à l’invention des remedes, marquant enpaffant
les plus confiderables Médecins des difïérentes^parties du monde,
. Sc particulièrement ceux qui ont été divinifez,
'Dans le quatrième raifonnement il examine avec aigreur , mais
d’une maniéré divertiffante , les fyftêmcs des anciens Médecins ,
fans épargner même ceux d*Hypocrate qu’il ridiculife , particu¬
lièrement fur les matières de Phîlofophie , que le bon homme
n’àvoit pas pris la peine d’examiner en un temsoîi la belle Philo- .
f>phie n’avoit pas encore paru dans le monde , & s’attache fur
. Ffij
' EjJaU de Medecimt
tout aux A'phorifmes , comme à ce qu’on a le plus eftimé d’Hy^
pocratc 5 de force qu’il n’oublie rien pourperfuader à fes leâieurs
qu’il ny ani ordre, ni deflcin,ni foli dite dans cet Ouvrage.
' Le cinquième Raifonnement regarde la doctrine & le mérite
des Médecins de réputation qui ont vécu après Hipocrate , auf*
quels il ne fait pas plus de quartier qu’auxautres> exténuant le
plus qu’il peut tout ce que la pofterité y a trouvé de bon j & le
fait avec tant de fubtilité & d’éloquence , qu’on eit tenté de le
croire.
Le fixiéme eft refervé pour les ryftêmes duFrere Baille Va¬
lentin, de Paracelfe j de Campanclla , de Roderie Caftello> de
Vanhelmont, de Meamoz2arono,de\!i;î^illis,de Srlviusd’Eboé,
de Fabri , de la Dona Olimpk Sambuco,de GlilTonius, & de queb
ques autres, ou üabien-tôt trouvé l’incer-titude , la vanité
qu’il y cherche i d’oii ilconclud que les anciens , ni les mo.'
dernes n’ont pû rien fixer dans la Medecine , & qu’il n’eft pas
mcmcpoffiblê d’y rien établir de folide. A quoi il ajoute la maiiv
vaife foi, l’envie., la jaloufie & les autres vices des Médecins
de chaque Nation de l’Europe , & même des païs les plus recu¬
lez , comme autant d’empéchemens êc autant d’obRacles^rx
avantages & aux fruits qu’on peut tirer de la Jdedecine 5 mais
tout cela n’empéche pas qu’il ne revienne en quelque manière
à iuymiême daFiS<
Le feptiéme Raifonnement; C^eft là qu’il établit , que hoâ^
obftant toutes ces incertitudes , les Médecins doivent fecondni*"
re dans lc traitement des maladies cachées & rebelles aux re¬
mèdes , comme feroit un homme quf fe voyant expofé à la tedi-
pclle, fc fauve du naufrage on fur un mats , ou fur iine^planf
che 5 & qu’il doit fe fervir en ces -occa fions , des conjeé^res ,
de l’experiencc, delà Philolbphie de la méditation, comme
feroit un ^voyageur fnrpris de la nuit dans une épailîe forefti
tnarchant doucement , à la faveur des éclairs, ou des ioibles
rais de la lune. ïl demande donc de ccluy qui penfe à. fe fmrs '
Médecin tout ce-qu’Hipocrate même en demande , les âifpor
Etions naturelles , lè lieu = commode pour letude , un pende
bien de fortune , &: outre cela les .Mathématiques , rHiftoirc,
la^Morale , l’Anatomie , la Botanique fur lefquellesil s’étend
fort dodement particulièrement la Chimié , qu’il éleve
comme le bras. droit de la Medecine j mais il ne manque pas
d,’avertir .quç les fecours qu’on tire de. cette derniere , luy to’*
Premierè PMfé, GHap. Y-, ,
Moït âuffi dangereux quand ils font préparez & donnez d’u-
cc mauvaife. main , qu'ils font utiles 6^ admirables entre les
mains d’un homme lage ôc expérimenté j ce qu’il fait d’une
maniéré à perfuader qu’ilxft prefqi^ impoffibk- d’être jamais
un fort grand Maître dans cette Science.. ^
Le huitième & dernier raifonnement met hors de page tous
ceux qui ont deffein de philo fopher , leur permettant de ne
s’arrêter à aucun Maître , & de fuivre tout ce qu’ils trouve¬
ront de bon dans^ les Ouvrages de tous les Philofophes anciens
& modernes. G’eJfl pour cela qu’il prend la liberté d’exami¬
ner Ariftote , Zenon , Epicure , &C quelques autres Philofophes
aufquels il fait le pjroccz dans tous les < chefs qui femblent mé¬
riter quelque cenlure 5 puis retournant tout d’un coup au de¬
voir de fon Médecin, il paffe de là à celuy- des Apotiquaires^ ,
promettant dans quelqu’àutre Ouvrage le relie de ce qui re¬
garde fa matière 3 le tout avec des varierez , des narrations &
des inductions , qui paroiftroient encore plus agréables , li fon
Ouvrage n’avoit pas le^ défaut de ces pièces de Théâtre 5 dont
la chute ell fort au dellbus, de ce ..qu’on s en ctoit promis. .
Je laiffeà ceux qui auront fuivi cet extrait» & plus partieulie-
rement àceux qui voudront lire tout l’Ouvrage , àen .conclure
Gomme.il leur plaira : car quant à moy>j je ne voi pas que nôtre
Auteur puilTe inférer de tout fon difeours* autre choie , linon
que la Médecine n’a pas toute k-cerenude qu’on en peut fou-
haiter: auflî le titre ne promet-il rien autre chofei car-enfîn ces
conjeélures dont on la veut , battre , . que -font-elles contre fon
cxiftence & fon utilité , quandelie elt faitefuivant fes principes,
& félon les . maximes de; la prudence ôc; de la probité ,,‘toutcs
les autres, difciplines, à les bien examiner , -n’étant -gueres plus
aflurées Ainlî comme la plufpart des Raifonnemens; de nôtre
Auteur tiennent non feulement du Sophifteî, mais encore du
Rhcceur , ôc qu’il ne cire que fort rarement les garens de ce
qu’il avancé , . je conclus pour moy que fon fyftêrne ^ quel
qu’il foit , n’ed: pas feur, particulièrement quand il paroîtop-
pofé à l’exillence de la Medecine. A qaoy orr peut ajqûter
qu’il écrit d’une maniéré ft tirée , qu’il n’eft pas luy-mèîTae fort
perfuadé de ce qu’il écrit , m (peci^m- 'veri,
fentire fuiieatm, : _ _
^ Au refie puifqu’on comprend au nombîe-des ennefms dè la
Medecine tous ces .faifeurs.de petites, objedions ,4€>nç on cil
F;f iij
2-5^ ^JJats de Medecîm,
fatigué daiis lalcàure desméchans livres , & quélqueFols mê*
me, dans les converfations , je croi qu’il ne fera pas malàpro-
|)os de leur faire encore iey quelques réponfes en paffant , quoi,
que tant de bons Auteurs aient travaillé fut cette matière fans
les ramener : Cumvimm Babylonem 7 ' é* non eji fanata.^ & que je
ne prétende pas être plus heureux qu'eux 1 m’attendant bien
de trouver en laplufpart de ces petits Critiques , des gensfemi
blables â ces avares forts en billets portans intérêts ,, qui ne
trouvent aucune, monnoie de mife , ni de poids quand on veut
fortir de leurs mains , & fe mettre à couvert de leurs du* '
■rctez. , ■ ■
Ils allèguent donc premièrement que les Empereurs Tiber^
( car ils ne,^ connoilîènt gueres d’autres autoritez que celles des
, Grands'ôc des Riches ) Héron , Verpafien , Adrien, Macrjn ,
Chârlenjagnejêcc. étoient ennemis de la Medecine-.que les Rois
d’Arragon Ferdinand & Alphonfe ,, prefererent la leebure de
Quinte-Ciirfe êc de Tite-Live à celle d^Hipocrate pendant
îcqrs maladies i 6c comme ils ne veulent pas laiiTer ces
grands Princes fans efeorte , 'ik leur donnent Muiinnerme &
AriRopbane, Poëtés , aufquels ils alFocient Jodocus Harchlus,
' , philipp. Hatizius , Sigirmond. à Goës & rnême Luther hom¬
me h emporté contre les Médecins J qu’il ne iç's accule pas ^
do moins que de tuer à prix d’argent, n’oubliant encore au-
^ cun de ceux que lîous avons examinez & réfutez cy-devarit:
comme (1 l’autorité dé cès Princes & de ces Auteurs étoit dé-
ciÇ\yiQ, ÇÆi ctttz m'SiXAQtiQ'. Meâicorum efi^Ÿ^omittant MeMcL
En efe Euripide importuné dé ceux qui cenfiirerent une de
fes Comédies , leur répondit de bon fens, qn’il ne l’a voit pas eom-
pofée pour prendre des leçons, mais pour en donner. C’eftén-
core ainfi.qu’Anacharfis rioit de ce que des Grecs qui he-
îoient pas Muliciens jugeoient des Mudeiens & de la Mufique,
•Epi^oUAÀîamme- Snx quoi S. Jerome dit excellemment après Fabius Piétor U
ehium^^ QMiillen que les Arcs feroicnf mieux traitez , s’il n’y avoit
que ceux du métier qui en jugeafTent. Aufli Sidonius Âpollk
naris entre-t U tellement dans ce fentiment , qu’il foutient qu^
ceux qui n entendent pas" un métier , ne font pas capables d’a>d-
mirer les bcautez des ouvrages des gens de métier. Mais s’il
n’eftqueftion que de rai Tonner â la maniéré de ces Critiques,
Sc que d’alleguer des autoritez , n’ay- je pas cette foule de Pet-
Tonnages il çonderables par leur naifiance , leur rang j
Prmkrt Partie, Cbap.V\ 13.1^
mérité > que j^ay cy-dcvant montrez aux Lecteurs ? De plus ne
petK-on pas leur répondre que les plus confiderables de cepetic
nombre de leurs partifans, n eft-ce pas qu ils penfent ? puifque
pour commencer par Tibère , Çimarque luy répond , que ç’eft
farler moins de mifon que d"/irrogance é‘ de confiance en fon
propre fins , que de fie moquer de ceux qui donnent leurs bras au Mé¬
decin quand ils ont fafifiê fioixante ans. Q^nd à Néron qui ap-
pelloit les Médecins des bourreaux 3 il faut remarquer que cec
Empereur vit pendant quelque tems d’un œil affez favorable
les livres de Medecine qui luy furent dediez par des. Princes
& des Médecins 5 mais qu’aprés fon fameux ^mnquennium , fes
organes cftant gaftés comme fon Efpric , &: ayant pàffé de
Phumanité à la cruauté > il s’imagina que les Médecins étoient
des gens faits comme luy. Adrien à la vérité écrivit une lettre
fort chagrine contre la Médecine & les Médecins : mais pou-
voiuon attendre autre chofe d^ün malade de mauvaifè humeur^
Tiberiam CçGurc»
dicenté inetninî ri-
diculum effe homi-
nern, qui fexage-
naiius%manüm por-
rigit Medico : fcdl
ille mihi videtur
dîxiffc arrbgan-
tius. JSt Saint
Tirend.
’Epfhcnius lib.
Msnjitrü,
& qui vouloir que des hommes qui ne font que les miniftres.
de la nature , s’en rendiffent maiftres en le guerilïànt d’une
maladie incurable.. Mais quand à Charlemagne , ne fbnda-t-ip
pas l’Univerfité de Paris , au moins n’établit-il pas des Pro«.
îefleurs pour la Medecine dans fon Palais même? N’a voit-il. pas
des Médecins auprès de luy i Car pour le paffage d’Egy-
nard qu’on s’efforce de faire valqk contre les Médecins j voici^
ce c^ne c g9[. Ce fut dans fia derniere maladie y qu il fie conduifit plu-
tofi par fion propre fins ^ que par l’avis de fies Médecins t pour lefiquels
il fiembloit avoir quelque fiorte d’averfion , parce qu ils luy confieilloient’
de ne manger que dû bouilli.. Voila bien de quoi faire tant debruit>
& de quoi faire grand tort à la Medecine. Il en eft de mê¬
me de touslcs autres r dont le fentiment ne mérité d’être confî-
deré que comme celuy d’un particulier j gens > { Principautez.
& Dignitez à part ) faits comme les autres , peut-être hommes
d’une grande fancé, 5: dont on peut dire qu’ils avoient raifbm
de vouloir fe pafTer de Médecins , parce qu’én effet valentibus
»i>» ^ Gar ^quandaMuimnerme & à Ariftophane 3
tout ce qu’on en cite n’eft qu^injurcs & calomnies de Poëtcs Sc
d’Entoufîaftcs , aufquels même ce dernier femble déroger>
par des louanges qu’il donne à la Medecine en d’autres endroits> .
& d^s fon feng froid.
^ Pour Clenard , c’eft allez que Scaliger T'aic traite de petit SMligerum ftmss,
ignorant pour vérifier que ce n cft pas à luy a s^ériger en ceny
*■ ExceptisMcdicis
nihil cft Gramma-
ticis
pt0/»^h.
Medicina ici com¬
mune habet cum
bonis Principibus ,
UC bene faciat &
male aadiat.ExI.«-
vm^Lemn. jé^ Pon-
tm.
t. ie fenfti-ié'
U.
2^1 mjkis'deWehme,
feur des Médecins , ©acre que quand il les appelle SanicÙei<
il ne fçait ce qu’il-veut dire, püifqu’on ne s’en lert gueres que
pour les malades,, heureux au refte d’êcre-morE fi jeûné qu’oa
n’euit prefque pas le tems d^ le mettre -au nombre de ces
Grammairiens & de ces Médecins donc Athenée fait la peintu¬
rées , & pour lerqucls je n’ay garde de plaider icy. il en eft
de même de Luther homme de feu &; de bile , qui n’en vou-
ioic fan-s doute a la Medecine, que parce qu’dle ne s’accdm-
ffiodoit gueres*à fon genre de vie & à fcs maximes. Enfin s’il
m ’elf permis comme je l’ay déjà infînué cy-deflusj de -rétot^
quer contre ces Critiques leur propre argument. Combien
d’Empereurs , de Rois, de Princes , de grands Capitaines , de
Philoîbphes , de Pdëtes, d’Hifforiens ,'de grands- Prélats & de
gens de bien -46 notre coté ? . .
■ Concluons donc que la Méàecine a cèla 'de ^commun avec la
bans f rinces i qu encore qu elle fajfe bien a tous elle ne Idffe fos de-
tre la matière des fots entretiens ^dù une 'i7}fimté d/ignoram ingrats.
Mais ne iâifibns pas-pour cela de répondre aux ob jéclions tél-
les quelles de nos CTitiques f car- quoi que je néfpere pas de
pouvoir convertir i y auray au moins la Tatisfadion de lescon?^
vaincre, parlés raifons que j^’oppoferay ‘a leurs fophîfmes.
La diece , dîfent-ils , & lés alimens ordonnez & prisa propos»,
font les meilleurs rémedes dont on fe puiirè fervir , puis qu’au
ièndment même d’Ariftotc, les Médecins en font bien mourir.
J’avduë que la dicte tient fore Ibu vent lieu de remedes y mais
cette dicte n eft-eîie pas une partie de la Medecine preferva*-
tive'ôc curative , 6c cela empêche-t-il qu’on fe fèrve des Medc"-
dns dans le bef<5in , ôc pour éviter les maladies qui nous ména-
cent-fQuant aux malades quimeurerit entre les mains des Mé¬
decins , toutes les maladies font-cHe curables ? Les Médecins
peuvent-Hs être ^arans des fignes équivoques, des vices de
conformation , des tranfpofitions de parties , des erreurs de la
nature , 6c pour ainfi dire de fes prévarications ? Les reflèm^
blances ont trompe le grand Hipocrate , mais H nén a pas
moins mérité l’eftime de la pofterité 5 les maladies d* Autono-
mus de Phaetufa,de Namifia, 6c d’autres accidens ne font pas
empêché de paffer outre dans la recherche de la natuîe. De
fcmblablcs accidens , dit Galien , ne doivent quéxcitcr IcS
Médecins à faire leur devoir ,6c à ne pas donner dans Texcés
oh donnent ces ignorans qui promettent des guerifons , -6c qui
Prem^e PdA CKap. V,
ce pas de kuxs svSmmioiis leLîTS fiâfeisa-bs.èc
c'eft à le bien prendre de ces gens qk Ariiloie parle dans t'ob-
jecïion , & non pas des bons Médecins , luy qui les eftinioic tant.
Mais, dit-on, la Mediscine étok fini éprifée cher les Roaiains;, .
qu’elle ne s’exerçoit que par .de miferabiescEfclavcs. Je répons.
d la première partie de robjection- , que ces Raniains qü-’€)îî
Tante tant n’ont été long^temps que des Rufitesi qu ib nAot
commencéà fe polir & à .fe faire fçavans que fort tard 3 que leur
.Etat n ccoit pas-encore formé,-&quals;nc fai&iene aucune figure
iorfque les Egyptiens ^ ies fireps , & quelques? autres peuples
faifoient déjà une gi^de éfiime de la Medecine. C^ant à ikf-
clayâge, remarquons premièrement que les Efclaves aufquels
Abraham ordonna d'embaumer Sara îon époufe , n’étoient pas
comme quelques uns l’ont crû Médecins , mais Embaumeurs ,
ôc que fi quelques loterpreces^ont traduit Le mot Grec * par ce- *
lui de Me dtck\ SaiHc Auguftin 6c quelques autres ont traduit
PoUinBoribus, Mais venons au fait : car voudrok-on' fo'uteUir
que ces Médecins qui ont fait figure à Rome du- temps de- la;
Republique & des Empereurs n’étoient que de miferabics Efcla*
ves , puis qu’on aurok peine d’én. marquer deux ou trois, Sc
plus d'alFranchis- dans toute i’Hiftoire ? Après tout^ s’il
trouve quelques-uns qui ne foient pas venus à nôtre conliôif-
fance , c’étoit des Grecs ou d’autres gens réduits dans la fervi-
tude par le fort de la gucrrcvmais qui étoient nez libres ,i&:
qui fefvméiit- leurs patrons: félon leurs taleris , de gré ou de -
force , la loy naturelle afliijetiiïànc le vaincu au vainquàtr. _ '
y a bien plus , puis qu’un bon Auteur ^ foûtient par de bonnes m
raifons & par de bonnes indudiions , qu’on n’efi: tombé dans l’er- feientiamat.
reur de croire que les Médecins ont été Efclaves chez les Ro*i
mains , que parce qu’ils donnoient ;à garder leurs confedions , " v ^
Plantes , onguens , & autres remèdes à des Efclaves & à des fem¬
mes , qu’on fut obligé de chafier , quand on fe fut apperçû qu’ili^
en abufoient , ôc qu’ils s’érigeoient en Médecins. Sur quoy on
peut voir l’obfervacion lxxx. du v i . Livre de la fécondé Centurie-
des Ephemerides d’Allemagne pag- jé 4. Car quant iauK'afïran->
€hts,qLii nefçak l’honneur qu’on leur rendoic dans l’exercice de
la MedecineVôcqne ces hommes parvenoient Fouventaux plus^
hauts degrez de faveur dans la^ Republique ôc dans la Cour F
hiais quant la Medecine auroitkté- exercée par quelques Efcla¬
ves ir û ces diftiadioàsd^Efclaves d’afifcaHichis , de Li&resibdeGhe-
SJ 4 ElJats de Medècmei
Ro^anus^*^aw^'^i- dcs chimercs , * la Médecine en eft-ellc
bertinus aut fervus moins noble pour cela ? Au moins fi nos petits critiques , fi ces
nominaexarabitio- petits tirans cfe là Medeciue , qui ne la condamnent pas à moins
<lu’àrErclaF.age &:auxfers,prenoientle terme d’Elclav.eaa fens
de certain Bacha de la Méque. 11 étoit. malade , mais, fur une
terre où il n’etoit permis qu’aux EfclaFes Ghrétiens , & aux..
Chrétiens libres qui vouloient bien tomber dans refclavage de
mettre le pied. Monfieur Bernier Médecin . François , fi connu
par fes voyages & fes autres bonnes qualitez ,.pafloic par-hafard ^
aux environs de cette ;T erre ,on raporte au Bacha qu’il y a.un,
fort- hab.ile Médecin . qui n-eft pas loin, de là , & qui le peut
guérir , s’il eft poffible de le faire venir feuremenn Èerfonne ne
pouvoir dénoncer ce, nseiid fi, fatal au. malade & au Médecin »,
— lors que le Bacha s’avifa de dire qu’il n’y avoir pas de difEculté.
àlVaffairé î les. Medecins.deyant .erre regardez. coni.riie les Efela-,
vesidu publ iCi M jurant ilùn -{àrtête ôzlùr celle de fon Empereur^;
que le Médecin ne fe repentifoit pas d’être venu. Voila tout
l’efçlâvage de la Medecine,, au fentimçntjnême d’un Barbare,-
' Eourluivons., / : v . ï
.ï, ;dll3’elb|;as'q)lùs;cvray; que lès Romains le (oient pafftz f^n-
darii (îx çensîans de M^ecins ; car premièrement ils ne (çar
voient pendant les trois preimexs fiecles de la fondation de, Ro¬
me ce que c’étoît que de Médecine , &. ain(i igftoû mlU mpdo.
De,plus;,;cetteobgeâ:ion eft ûfrivolei que ceujc qui la.fontee
font .nullemcntjd^aecord entr’eux car fi -Pli ne êCiXite-E.îve y
hieteent le^ fix cens ans tous enrierSî Ifidore n’ên mef que .qua-
“ tre cens , Denis d’Halicarnafie n’en met que trois cens > diîànt
■ pofirivement qu’il y eut une fi grande pelle, à Rome Fan 301.
de la fondation 5 qu’a peineitrouvoit-on afièz de MedeçinspPttt
* lib.^e Sera m- affiftèr. lès malâdes. Hlutar.iqae ^çRde ice fentiment , .8c de n.q-
tnms vindiiia.. trç temps Ic fçavànt & fpijriruelcLançellot dans fbn Hoggîdi.:
*Mais ne/çaic-on 'pas' encore que lès Romains étant afilig^^
secmdus -unceUt. dc: la pelle l’an 460. de la. fondation de leur Ville î nepcbiie-
fartej.caf. il. qu’ils, en avoient été délivrez par E feu lape venu d’Epi-
daure fou.s la figure d’un ferpent , que pour n’êtrè pas obligez
d’avoiier “qu'ils avojent été lecourus -Se guéris, de ce mal par
l'affi.(lanGe :d.es: Medeeins, de -la Grece ? ; Il n’eft donc pas vray
précifément parlant quedes Romain:S:ayent ,cha(Fé tous lés Mé¬
decins par averfion pour là Mèdèclne > ma.is par Fayerfion qU’ib
a voiçnLt:d.e5i'.^arec5:j qu’ils regaf deientreonîme -dés .ènnemis de la
Tfèmieri V4mè. CKâp. V.' 255
ILepabli-que. Encore ne chafferent-ils Archagâte , qü"à cauie
de la cruauté prétendue dé fes Cperations Chirurgicales : car -
ceux qui furent exilez après luy , ne reçurent cette difgrace
qu à l’inftance de. Caton le Cenfeur ^ qui: ne croyoit pas qu on
fe pût fier à des hommes d’une nation qu’il haïlFoit morcelle¬
ment, 6c dont il fe défioit peut-être avec raifon , ces pauvres
eeiisdà n étans gueres contens du tmkement qu^ils recevoient
de leurs patrons. Mais quand on auroit chafFé tous les Méde¬
cins en haine même de là Médecine , ce qui n’cft pas vray /les
Mathématiciens , les Orateurs > les Avocats , les Philôfophes
n*ont-ils pas été challéz à leur tour de cette Republique tumul- ,
tueufe? Q^i-qu il en foit , ce qu’il y eut d’honnorable 6c d’avan- -
tageux pour la. Médecine , c’efi: que Jules Cefar, Augufte la
plupart de leurs fucceffeurs , rapcllerent ces Médecins 6c les ho¬
norèrent de grands privilèges , particulièrement Augufte , qui
voyant la Ville preiïee d’une grande famine, en chafla tous les
Etrangers , 6cpluficurs perfonnes de differentes Profeflîons, éx^
cepté les Médecins qu’il retint , '6c aufquels il accorda le droit
debourgeoific , ^^odramm,àït Tacite, mfi virtuti futrnm.
Cequon ne feut emre,diz encore Cafaubon , été pratiqué d
l'endroit des Efclaves- , d moins que d'être infenfé. Aufîi faut-il que
Pline même tombe d’accord que le peuple Romain ayant chafTé
les Médecins d’Italie long-temps ayant le temps d’ Augufte, cét
Empereur les retint avec privilège. C’eft donc d’un autre paf-
fage de Pline maiicieufemenc interpraé par Agrippa P Lanzius,
Junius , Montagne, Robortel, qu’on a confondu les Médecins
avec ces femmes 6c ces ferfs téméraires , 6c avec ces - Grecs du
temps de Caton , dont nous avonsi parlé ci -devant. Car ces
mots expertamr damnarunt , ne. Veulent pas dire qu’on ait con¬
damné 6c bani la Medecine , mais qu’on la défaprouva , non rem
fed artem , dit Pline , c’eft à dire la maniéré hardie de trancher
les membres pourris , qui faifoit horreur aux Romains du temps
d’Archagate. En voila plus-qu’il n’en faut pour fatisfaire à l’ob-
jedion: car il feroitaftez difficile de fatisfaire ceux qui en font
encore de plus pitoyables , 6c qu’on pourroit renvoyer à Cafau-
bon,à Talentonius ôcàMeffieurs Drelincour6c Spon , Scmême
aux nouvelles de la République des Xettres sMls fçavoient lire.
O n aj oûte à ces objections , ç’eft Dieu qui guérit , a quoi donc
bon d’avoir recours à la Medecine. Voila à peu prés i’argumeiic
des Anabaptiftes,qui vottlansjrendre cette Profeffion méprifa-
G g i j
Sueton. in Angkfi.
In notii adSueten,
FrAfat.lib. 19..
î>ijfertap. in Sue¬
ton.
Talenten. in The-
fauro ricenditor.
Oratione huhiiLug.
dun Batavor
Mifcell. Erudit,
aatiq.
Mois de Septembre
^ Qâbtqnot Me-
dicina deorum ope
vincit eft deorum
mapus,& remedio-
rum cfîicacia ab eis
pendet. Hi^ocrat..
iib. de ^legmtia.
Xmfm. libella de
fref»rat. ad. tnor-
tem.
Horrorem operis
frudtas exculat.
Ub.. de Â.nmai
* Quafî ver ô fît fe-
îicius diftendi cra-
pûli , rumpi venc-
rc V ccrevifîa tur-
gcfccrc , fepeliri
ibmno.
Scalig ’Epdarj^J. ji,
; . Ejjm de Médecine,
ble , fc contcfitoient de dire omnis Medela à- Dto ej{. Car qui
doute, que Dieu ne gueriffe, puifqu’il eft Auteur de tout bien
& que les Payens mêmes en tombent ^ d’accord. :*,Mais il fatij-
comprendre que quoi-qu’il guerifle , il ne le fait gueres que par
l’entremife des.caufes fécondés ,& que c’eft le tenter & s’abufer
foy-même que d’en attendre autre choie. 11 eft bien vray que
la Gonhance qii*on a aux remedes doit- être bien au deffousde
celle, qu’on doit;aYoir en celui qui les a créés , & quefe floy
^zechias fît enlever ;du Temple de jerufalem ce Livre que Sa^
lomony avoitmis,parce que les Juifs le confultoient dansleurs
maladies au mépris de Dieu i mais il ne s’enfuit pas qu’on doive
méprifer les remedes. Il faut premièrement prier Dieu qu’iMes
be.Gifïe;, après quof on ; peut > & on doit meme s’en feevir. hardf
,menr. ■ :
On nous vient encore alléguer , que les mediGamens ufent le
èorpsj mais faut-il appréhender un petit mal quand on en erpere
mn bien tel qu’eft^lalahtèjoutre que ce queie peuple appelé uièr
leeorps,n’cft foüvenî.qiLhine alteration paffàgere qui fe repare
par le repos: & les alimens , quand les remèdes ne font point
trop violens. Car s’il fe trouve quelques mauvaifes qualitez dans
certains remedes , ne peut-on pas les adoucir & corriger ^ les
mëlanL avec des cordiaux des alimens,,, & d’autres éorrodifs ?
Ge> nefont.pâs, dit admirabicmeht T emilliên j les remèdes qui
font mal, mais la main d’un, mal habile homme qui les prépare
mal , & qui les donne mal à propoSi
Mais difent les voluptueux ^ neft-ee pas toujours vivre mife-
irablement que de vivre medieûmümmu^^quoy fc priver éternel¬
lement ideces douceurs 5cde( ces plaiftcsque la nature nous pre^
fènteq Belle objeclion., répond-Erafrae i comme £ la félicité de
la. vie confiftoit à vivre en Sardanapale, a boirdêc manger en.co^
chon , à fe. veautrer dans l’ordure des plus fales voluptéz ? & a
iè; préparer matière de gouttes , de paràifies -, de fluxions , Sc de
cent autres inèommoditez.-
fTitar leo edens confulit^hiiud Uhidmatur ■>
Cur folus homo ut difp,ereat: iniuenit àrtem ?
* Sel iïibs SycôpKantas; qiiîd opus .eft refcUcrc , cbm. ipfî petüîantiæ.Tuæ làtis ïiiâ-
gnas ■dent ^#nas aftji. moV podàgra coHrorti, paralepfî $tnpidi', 'defîpiemcs , antètem-
pws ,ç3ecutjeÉr«..Jyn3quLe prias 'viruperatæ , Mçdîcinæ .çxemplo- AtlîçriqoviiCe: am canunt
palyiiodïa«i‘inïfer4& tâipçn bis liccc irKtigniff.mis ’artis bonjtas Don gravarurefle grae';
üdio ^uàittnîaiiçct. Erü/m. in Mftcomio-''Medici)tA.
Premkrt Partie. Chap. V. 2.5 7
Bu effet efb-ce pas. là luivre à la lettre l’Evangile de Luther
un des plus grands ennemis de la Medecine t
yim fi te reflenjcris
J^Otmite fidtifK ^Oteris» ^ Maximil. Sandius
:Et pod fomnum vmtriculum TheoUi. Meàtc. l.
r ^ , t ■ ■ n. lit
yiao replebîS4temm 5 ^ .
Nam Alexandri Régula
Rr^fcribit hac Remedia. '
Sentimens dignes d’^un homme, dont un des plus beaux Apho-
rifmes ëtoit y ludite ybibite , & qui eut enfin l’impudence
de répondre àxeluy qui luy demandoit pourquoy il avoir com¬
mencé fon Commentaire furies Evangiles le jour de fes noces j.
Que c’étoit pour imiter Saint Mathieu , qui commença, fon
Evangile par CCS mots .
Ce n’eft pas là tout ; car félon nos Antagoniftes , puifquc
tant de 'Peuples &: tant de Nations fe font pafl'ez de Médecins,,
pourquoy ne vous en pas paffer ? lis s’en font paffez je l’avoue,
mais ils ne fe font pàs paffez de la Medecine ;_car fi ces Peuples,
de l’Amerique qui n’ont point de Médecins fc guerifient de là
fièvre en avallant un petit poilTon , qui a la propriété de les tireri
d’affaire par une grande évacuation, cela ne conclud rien con¬
tre les Médecins , puifque ce remede opérant com^ne tous les
autres, fui vaiÿ la nature & la difpofition des fujets-, il feroit
encore plus feur s’il étoit employé par dès gens expérimentez, >
& qui ont la raifon pour guide. A quoi en peut ajouter que
ce que font tous les peuples les plus barbares , n’efi: qu’une
tradition , quoi-que dépravée , de l’anGienne Medecine , qui a
paffé de main en main comme la Religion , mais fort altçrée
jufqu’â eux -/mi f^uam Mtdüina fion efi. Puis donc qu’il y aune
Medecine , il l’a faut chercher 3 c’eft ce qù’ônt fait autrefois , ,
& ce que font encore à preferrt les fages & judicieux Médecins, ,
ceux qui ont de l’honneur, de l’application de la probité. Car
enfin quoi-qu’on veille dire, on ne peut fe paffer des miniftres
de la nature quand elle n’opere que foiblement , & quand iî efl: -
queftion d’un grand remede. Qt^ant aux Turcs & à quelque^;
autres Nations qui ne s’adonnent gueres à la Médecine , c’eft
qu’ils Ignorent les Langues, la Phiîofophie & toutes les belles
difeiplines , ne s’appliquant qu’a l’Art militaire , 82 à détruire
au lieu d’édifier. Sur quoy il n’eft pas mal à propos déremarquer
ici que ces Nations ne lailfent pas d eftimer les (çavans Me^
i38 Effàs de Meiecke.
decitts , de s’en fcrvir dans le befoin Sc de les diftingnef dans
les occafionsj témoin ce Xi-Hoam-ci> lequel plus de deux cens
ans avant la naiflance de Jefus-Chrift , ÔC dans uii temps où la
barbarie regnoit encore dans la Chine , ayant fait brûler tous
les Livres , épargna les Loix 5c la Medecine.
On demande encore fi les Médecins memes tirent de grands
fecours de la Medecine i s’ils ne font pas aufîi infirmes que les
_ autres hommes, ôc s’ils vivent p^lnslong-ternps? Il eft vray,di-
fokà cela le do de Gemma Frifius à fes Auditeurs > que le inon¬
de efl: plein d’impertinens qui nous jettent continueüement au
nez ,1e Medice -ctirnte-iffum , qui n’a été dit par celui qui efl la
Medecine même que dans un feus figuré. Mais quoi-qu’il en
fbit , peut-on inferer de-là que les Médecins fbient plus infir¬
mes que les autres hommes, ôc qu’il leur foit honteux de parta-
Nunqull tare mcâ -ger les infirmitez dç. la nature avec eux ? En effet, quand on
caro aenea cft. io<ï. ygf foit de M-edecins infirm'ês qu’on n’en voit , cela
cmpcchcroit- il qu’il ne s’en trouvât de fça vans Sc d’cxperimeiî-
tez? Au contraire , dit Platon , il ferok a fouhaiter pour le bien
des malades , que les Médecins euffent eux-mêmes’ été mala-'
■îih^^. ieRepuU. jdcs , üs auroicnt de la teiidreffe pour les malades , ôc connoî-
troient plus parfakement ce qu’ils aiiroient expérimenté fur
■ Terentms in ^ux- mêmes , convalefctmiis mgrotis recta conÿiia damus. Pi-
thagore , Demoerke , Chrifippc , Platon , Caton le Cenfeur ,
Antoniûs Gaflor, Saint Çafilejl’illuflre Pàilippes Appiand’In-
golftad , ôc tant d’autres , n’ont-ils pas prolongé leursAies , par
l’étude ôc la connoifTanec de la Medecine, malg'ré les maladies
qui les tourmentoient. continuellement ? Mais comment vou-
droit-on que les Médecins ne fulTent pas valétudinaires , pâles,
maigres , ôC tout ce qu’on voudra s'imaginer , quand iis font
leur devoirs i Le travail d’efprit ôc de corps , les objets lugu'
bresjles penfées melancholiques , l’air corrompu des infirme¬
ries, la crainte de la calomnie , les contradiâ:ions jlc méchant
goût du peuple ôc même celui des riches , Ôc particulièrement de
ces riches qui étoient nezq)auvres,la plupart gens infuportables,
tout cela peut-il rendre un Médecin de belle humeur , bien fain
ÔC bien coloré l Après tout , no fe trouve-t-il pas des hommes
de toutes Profeffidns d’une anflî pauvre figure que les Médecins?
fttrui Kirfiemus ^ ^ ^ gucrcs quc dcs gcns fcmblables à certain Ambafla'
de ufu é* puifTent fouffrir la maigreur d’un Médecin,
Medicim, & qui en demandent comme faifoit ce barbare un bien gras , ôC
bien rubicond.
Premtère Partit. Cîiap.
Hais fî nos jours, dit encore ia critique, fontenmptc^ ,pour-
quoy fe mettre tant en peine de la vie ? Jç répons première^-
ment à cette pitoyable nonchalance , que toutes^ les maladies ne
font pas mortelles , & qu’en ce cas4à , ne s’agiffant que de ren¬
dre le mal plus fupportable & plus court , il eft toujours de la
prudence d’appeler un Médecin. . Quant à ces jours, que l’om
croit comptez à la lettre , il faut que le peuple fçache qu-ils tTe.,
le font que quant a la prcfcience de Dieu j mais que cette pré-
fcience ne fait- rien à |a liberté de l^homme-, à la vertu des
rcmcdes. Cette neccffité meme dont ouparle tant , n’eft qu’unc-^^
neceffité de confequenee , Dieu conduifant toujours chaque :
ehofe à fes fins , & fuivant l’exigence naturelle avec laquelle ïh
ha produite. La durée de là vie , toute contingente qu elle
n*eft donc neccFaire qu’à Tégard de la prévifîon dêDieu. Ainh
cét homme.en qui Dieu avoit mis en fa première conformation^
un fond d’humide radicâl & de chaleur naturellè , capable de
le faire vivre quatre-vingts ans-, n’en vivra que trente ou qua-
rente , parce qu’il abufera en plufîeurs maniérés de la bonté de
fon temperammenr. B’hamjnei àh Elie éc QrctCyéfi eondamf^À^-
la mortdés le premier momènt de fa vie tmak le ternes de cette mort
efl quelqueifois retardé , far les règles de la Mèdecihe , d’ou il faut
conclure avec Saint Jerome , qu[H ne fam -pas méprifer la Mede-^'-
cine , & que-fur ce beau principe de jours comptez ,11 n’y-auroit.t
qu’à lailTer voguer le Vaifféàu an gré des vents, fans PiloteVi
fans bouflble- , dormir , faire bonne ehere , &: chanter VôguedAi
Galers. Il faut donc que les ignorans fai féurs d’objections
apprennent encore quejputes les infirmitez font difpal éea par lâ.i
providence divtne comme toutes les autres chofes crées 3 maisi
avec cette dilFerence 3 que quelques-unes deces infirmitez, font’
envoyées -comme im châtiment , 2 d’am-res pour réndreles amisi*
de Dieu plus iÜüftrcs , & pour confondre le Démon 5 d’autres b feb.,x. xehu 4:
pour accroître le mérité des Saints , gUriabor in infrmitatihm
fneis 3 les autres -enfin pour convertir quelques pécheurs , les
abandonnant aux paffions &aux débauches qui les font malades^ ‘
Quelques-uns dè ces- aecidens à là vérité n’ônr pas befoin de
Médecins i parce qu’étant envoyés commeles- exécuteurs de ia^
Volonté de Dîeuj ils ne font nullement curables 5 maisquand ces J
maladies viennent par les caufes ordinaires ,& qu’elles paroif-
fent eqrables, le malade-& le Médecin ne peuvent faillir 3 l’un ?
fc foume-itant^ ux -remedes, l’autre fuiyant les préceptes .de.::
"" 2-io Meâtcmei
l’Arc , mêmes dans les maladies délefperées ^ où le malade peut-
êcre confolé par la prefence d’un Médecin , Ôc mememeiît tou-
lagé par fes petits loi ns y dum Jpirap /perat, C’eft le fentimènt
non feulement des_ Ghréciens , mais même dps fages Çayens^-.
*' Fato vivimusi car à la fatalité prës, que Qui ntl lien * v fait ençrer s neà-ii pas
mu°Medicinaquid Véritable quc la Médecine empeene- iouvcnC;que le paiivr^tma^s
praeftasnifiut jux- lade tic fe défefpeje? En effet, nepeuc-on pasi pour ainfi dire,
tajc ncmodcfpe- ^^jiic^ner quelquesfois la vie-,:6c^n’ei|:4lpas à propos de le faire.
pour la confolation., & pour- l’intereft; de- la^^ fa;mill^,& des amisi
G éft ai n Ci que D émocr i ce fe voyan c^mpUFi^ % Çq laifïanealjer doi>-
^ cernent au torrent qui remmenoit fi naturellement , ^voyant d’au¬
tre part fa foeur au defefpoir , en un-temps où il n écoit pas bien
fèant de mêler le; lugubre , avec là joyc deS; fêtes de Gérés- ,
lny.dit; A;yez bon Gci«^e.ma foeur , Je f^y le moyen de vous
contenterjje ne monray 'pà^s avant la fin de la fete. Dit & fait
Dhge». in car avec. un peu de pain chaud , & d’excellent miel, qu’on luy
emeentp. ^ quclques temps fous Iç; nez , & proche- de la^bouphe , il fe
maintint eui vie par les vapeurs, qui en exliajoient, après quoy
ihcedaiàatOtrepi-qdbl^porra faute Aeepntinuër ce remede,
■ViokyeUGotevdeuRoutrQisqbjediQnS j qui-^femblent de quel¬
que poids jôCta.ùfquelks je m^recra^ ne pas m’arrêcet
âtànc d’autres qui font populaires & puériles. ,
La Medecinen’a riend’affuré, il y a bien dela conjedure &da
Problématique , témoin les differens fuccés d’un même remède j
' les differentes conftitutions des corps , 6c niêmes les differentes
Ad Tritfihui. é* 1. opinions dés Médecins fur un même malj.chofes dont Galren,tout
de compof. Medic. philofophe & tout Medecîn qùîl cft , HC difconvient pas. Je ré-.
fecund. pons premièrement à cela , qu’on pourroit oppofer Galien , bien
centra rcig . ^ Galieii_.mal interprété , 6c que ç’eft affez pour con-
• • eft couve- tenter Ics gens de bon jens de dire que ce même Galien nous
fs*' fdrma. & apprend quc fl la.: Medeeine'n’cfl pas une. Science , parce que
nunquamàtationt^^jQj rigüeur de l’Ecolc , la Science ne fe trouve pas. dans
naturelles , au moins eff-elle un Art fciéntifiquc.
lofophospr'çfercim yH:.eJi,idiJîfHe qtfe l' homme ne fe trompe quelqûesfois i fit
igmmnçe fomMe des cho fes qui , font au dtffis_ de fin efpr/t y fif.
Eivcnics .mukofa- gft figeant de.trasterStfait en écrinjant trop négligemment ? parce qu d
UC minus m remc- Dicu qui ne fe trompe points C’hom^ne au contraire ^ fe trotn-r
ytihoe%?^àiâtn.ac pantjouventluy^meme yapres avoir trompe les autres. Quant aux-
adhomincsjaidcm contradictions qu’on croit voir dans les Auteurs , loin d’être
toujours. Véritables , elles ne font fouvent qu’apparentes > êç,
dans
.■
Premiers Partk. Cliâp, V, 2,
dans rerprit des ignorans. A a refte, s’il y a de la variation quanc
à l’effet des remedes , quant au temperamment des malades > &
à la conduite des Médecins, cela n’empêche pas que la/Mede-
cine n’ak des principes generaux, & la raifon & l’expcriencc
pour baze. Si donc avec tout cela les chofes ne vont pas com-
.me on le fouhaite , il n’en faut imputer le malheur qu’aux cau-
fes externes, à l’ignorance du Médecin en particulier, Ôc non pas
-à l’Art. L! erreur-, dit Platon , ne fe muvmt ou V Art fe ren^ ,
-contre y, parce que L'Art ne pem '^'amnn itre erreur. Ce qui fe doit, à.
mon fendment, entendre de ces Arts honnêtes , au nombre def-
quels Cicéron met la Mcdecinei de ces Arts où il ne faut pas
moins de prudence dans l’execution , qu’il fq trouve de diffi¬
culté pour parveniràlâ fin, &de ceux dont Lucien fait la Mé¬
decine le premier & le plus honorable. Mais je demande à ceux
qui nous font cette objedion, s’ils trouvent quelque chofe de "
plus affuré, même dans les Sciences , que dans la Médecine
qui n’eft qu’un Art. La jurifpmdence a-t-elle d’autres rai-
fons que la loy qui cliange comme il plaît au iPrince , & qui
s’i nterprete commé il plaît aux Commentateurs , ou Expofiteurs
& auxMagifi:rats> La Philofophie eff-elle bien plus feurc dans
fes dogmes. & dans fes maximes , témoin tant de Sectes diffe¬
rentes qui ont été;chacune en fon temps à la mode , & particuliè¬
rement celles qui font tant de bruit aujourd’huy , en s’entre-
heurtant & qui font qu’on ne fçàit plus à quoy s’en tenir ? Ne
difpute-t-on jamais fur les dogmes des Mathématiques malgré
leur évidence & feurcté prétendue ? La Théologie même, hors
les veritez revelées qu’on ne révoqué point en doute , & qui ne
dépendent point du raifonnerpent , qu’a-t-clle qui n’ait été at¬
taqué , & qui ne le foit tous les jours > On difpute de part &
ù autre , on tient êc foutient le pour & le contre , & on fe fépare
ayant bien criaillé , fans rien conclure , laiflànt par honneur le
foutenant maître en fa maifon. Si la Medecine n a donc rien
d’affuré , fi elle ne guérit pas toutes les maladies , e’eft qu’elles
ne font pas toutes curables ; c’eft qu’on ne peut prévoir tous
les incidens , c’eft que le malade celle une partie des caufes de
fon mai par ignorance , honte , oubli , ou qu il n’obéït pas aux
ordres du Médecin. Ce n’eft pas tout de dire & même de
croire , il faut faire & pratiquer ce qu’on entend &,ce qu’on
croie, autrement tout cela eft inutile i c’eft pour cela qu’un
4. cnf 6,
t âbdiciit.
EJJdh de Aiedecinei,
Lcgat du peuple Romain étant interrogé , ce qu*il penfoit dc'
certaines difpuccs qu’il avoit enteuduës en une Ville d’Afie,
où il avoir été invité à des Thefes de Morale > .répondit que
tout cela étoit bean , mai s . qu’il n’en faifpit aucune eftime ,
n’ étant jamais mis en pratique , ny par, ceux qui en dirputoient,
ny par ceux qui en entendoient difputer. En effet , .de quoy.
fert la loy ü elle n’eff obfervée j mai s , quand tous ces obftaçles
ne fe trouveroient point. dans le chemin des Médecins-^ je de-,
mande de bonnes foy, files Rethoriciens font oblige:^ de per-,
" fuader les braves de vaincre > lès fages de parer atout j l’ëfprb:
humain ,n’eft-iL pas bnrné , peut-il être toujours en même fitua-
tion , fes operations ne dépendent- elles pas quelquesfois des dif-
îtiamfi perpctmm pofitions du corps , de celles des caufes externes ? ;Le bon,
eÆ quod fi^ri aebçc, Hpmere , coqame on dit , ne femble-t-il pas quelquesfois réver ?
Voùdroit-on que EArtifan fût toujours aùfli-exacT: que le font,
qui convcnit. Ce/- les réglés de T Art? y La nature même ne fait-elle pas quelques-,.
fois des Monffres , & fi Edn tombe d’accord avec les Doffes ,
qff il y a bien a conjeffurer dans rexerçice ^'de la Medeeine ,
G^amïtiaHcus ,.ab- pourquoyr-.les ignorans ,eu demandcnt41s pluS;qu’èile,ne peut ?
la grâce à un Livre dçje croire bon , parce,qu’4fy a
noravit remédia /quelque chofede bonaveçdu mauvais 5 & on ne fera pas rhpn-
an noît conjerooen- neurà la Medecine dc la croire bonn.e , parce quelle ne par-.
ms Harceiiin.. viciit pas toujpur5 a .la np ? En yerite je trouye le iiecle admi- -
p/;*fo^ é^4«^<»^»^«^- rable de demander l’infaillibilité en un Art plein de conjèdu-,
^Siun hæc ar? ^cs , aprés avoir - fi folemnellement dégradé une infaillibilité
cenjcaoraiis , ne- qu’ü avoit fl long-temps raverée ^ foutenug j & encomparailoii :
queeircfpop^e^,
non folum conje,- - i /->• ' •> ' r i .
ctaræ, fcinececia Encore une Objection v,que j ay .reierveé.pôur jladin parce
expericHïiæ.Cf//»./,, qff eÜc femble fort Gonfiderable à-celuy qui la fait, & qu’il eft lui- ,
Phirima-in M^ici- mêmeun hqmme fort confiderable. Il n’yu rien , dit Bacon, dé fi :
niiterata à Scrip- .fterilc que les preçeptes & les inventions de là Medecinc s tous^
dSbofinâcuP ^^^ Auteurs n’ écrivent que -des redites , ils ne font que fe copier
tu non in progref- Iqs uns les autrcs > ils tqurnoyent continuellement fans avancer.
de Jtui-^ Cela eft bien .dit en Latin, mais- cela n’eft pas-fi vray que. ce
g^nd Perfonnage fe. le figure.^ Car ûf fùppafe premièrement :
il ^edid -curanî animal humi natum ut conlî fum- .fdcntîæ srentali , fed inarteftt^^''
picabili pofitum , & conjedurarum æftiraatjonibus nutans.
Hipocratis- difcipulos Ht mihi confulant confuïo, incerta lemper ab eis orâcaîa repop"
tans^^qüi in _Tafcj?iuco «qloris & fubftantiç peccatadircerni^a:. St$^han. Tornaeefijt:
eu Oîi ne fait point d'obiervations de cc qui arrive dans la Mé¬
decine pratique, i. Qu’on ne peut' trouver de remede afluré à
la douleur. 3 . QoMl n’y a point de remede particulier à cha¬
que maladie. 4. Et qu’enfîn l’Arc n’a pu aller jufqu’à compo¬
ser des Thermes cubains chaudsV propres à la fanté-, qui imi¬
tent ceux que la nature nous donne. Mais premièrement qui
ne fçaic qu’il y avoir dés le tems même de Bacon plnfieurs li¬
vres d’obfervations touchant les, maladies , dont le nombre s’ ell:
bien augmenté depuis cc tems-là ? ^ue s^il y a tant de Méde¬
cins qui ayent copié lés Anciens, il- y en a beaucoup qui né
l’ont fait que pour leur donner quelque jour , par le dénouë-
ment de quelque difficiilté pour confirmer ce qu’ils ont écrit,
& pour l’accommoder au tems ^ aux lieux , par des raifonne-
mens Ôc des expericnees particulières. Quant à la fécondé par¬
tie de Ton objedion ,- qui nè fçait que la faignéC eft prefqgé
toujours un rémede affiiré contre ia douleur , ôc qu’il y a , ou¬
tre ce remede general , des Jimdms , des T^regm^ues t é" des
Sommferes dans la matière medecinale,qui font fort fou vent l’elFet
qu‘il demande^ Pour la troifiéme , fi nous n’avons pas beaucoup
de fpecifiques afiiirez , c’efl: ou parce que la nature n’a pas d.ai-
gné nous faire ^ces riches prefens pour des raïfons qui nous
fout cachées , ou -^ elle en a qui ne fonrpas encore venus à
nôtre connoiflance , c’efl: qu’elle cache ces rèmedes à nos re¬
cherches j de crainte que nous n’abüfions d’une trop grande
fanté , & que nous y ayons trop de confiance. Quoi qu’il en foit,
au moins ne peut-on point nier qu’il n’y ait d’excellens anti¬
dotes fimples & compofez , contre les venins & contre la ra¬
ges des extraits contre les affections comateufes 5 des fébrifu¬
ges outre celuy donc leTérou nous a enrichis contreles fièvres
intermittentes, & que nous avons méprifé depuis qu’il n’a plus
cté un fecret à cher prix. Ainfi ces rèthèdes dont la pluf-
parc n’avoient pas encore paru du tems de Bacon , étant aujour^
d’huy connus & publics , ceux qtii fe fervent de fon objeélion ,
& qui fc veulent faire blancs de cette épée , ne doivent être
regardez que comme des gens qui jouënt dt l’efpadon contre
la Medecine. Pour les Thermes , il efl: feur qu’ils ne font pas
de necefficé nabfoluë dans la pratique de la Medecine , quoy
qu après tout il ny ait guercs de Royaumes , où la nature
^ ait fait naître des eaux chaudes pour le befoin des malades,
î-aiflbns donc la tous ces déclamatcurs paflîonnez -, ces fai~
Hh ij
5,44 Effets de Medecïne,
feurs d*obj estions'} & particulièrement ces petits efprics j qui cHaw
grins de ne rien comprendre à la Medecine , ou de n’en pas
recevoir tous les-fccours qu’ils en défirent injùftement , s’effor-
cent de la déchirer dans leurs difirours , femblables à peu prés
à ces/ ambitieux dont parle Montagne, qui dcîefperans depa^
venir aux grandeurs après lerquclles ils ont fi long-tems foûpi-
^ré > difent en eux-mémes Puif que mus n'y pouvons averndre^
^vmgeons-nous a en médire j gens^au refte ordinairement fi lâches
& fi mous dans leurs maladies , qu’aprés avoir bien pefté contre
la Medecine , pendant qu’ils n’en avôient point afFaire , font
mille promefies chimériques aux Médecins dans le befoinjeur
rendant des honneurs & des obeïfifances qui les rendent ridicules
, & confus ,.(juand ils font revenus en {ànté & à leur bon fens ^ d’a¬
voir chanté la palinodie , & d’avoir tant fait de düFerens Per-
fonnages. Concluons donc enfin avec l’Orateur Romain ,
Medlcina-proinco- Medecine Comme toutes les Sciences ^ tous les Arts a fe s ufagesj
lamûare rctineudâ ^ui ne~ peuvent -être pervertis, que pur la- faute, des Minijlres ou des
externes,. Et avec d’àutres; grands Perfonn âges Jî' la
philo fùphie eft une Science fort élevée-y-eUe ne fert^qu a peu de per-
utilis prætcrca & qf^g (i l^ éloquence eÈ admirabie ,- elle ne fait ' pas moins de
jwm vitæ , ut, cum mal en de certaines occajwns . , que de bien en d autres î or qu enp»
cietcrarum quidem . Medecine feule €Ê une fcience, dont, tous les - hommes ont b e foin. ,
artium ftcdia aliis ’’ ^ -
- ■ præcjpuc profint ,
Medicina ipTa &--r— — ^ - - - ««w»
aliis &, Medico ipfî -
ufui fit. 'Lihftmus- C H, A P I T R E V r» ,
iKd.Attkum*
De la Médecine des V'ajens 0^ de, celle, des Chrétiens,.
Pre’s avoir- traité de Texifténee dè là Medècinei de fôn
/.X^origine, Re fa définition , de fa fin , de fon excellence , de
fes honneurs,: & de fes ennemis , il femble qu’il fau droit en¬
core dire quelque chofe des Seâ;es , des^ parties, & de la pra¬
tique de cet Art., Mais comme on . a pû apprendre EhiRoire de
la Medecine , par celle que j’ay. donnée; cy^devant
celle dé fes/Seétateurs-, &.que’ce n’eft. pas mon defiein de
donneitdcs préceptes ny dé la' théorie,. ny de. la pratique, j’d-
niets ces maderes.uh peu trop feiches pour les Leéleurs , S&pl^^
propres pour l’école que pour mon defiein , remettant à Ja< troi-
Ûéme partie -de :cet Ouvrage ;i - à. marquer les précautions qu’on
PremtiT^ Tdrtie, Chajr. VI*
doit prcûdre touchant i’ufage des remedes. Je pafledonc à la
différence qui fe trouve entre la Médecine Chrétienne 6c la.
Payenne : enfuite de quoy j’ajoûteray- quelque chofe de la
Médecine Chrétienne Catholique en particulier , 6c finiray
cette première partie de mon Ouvrage par un Chapitre, dta
Pecret qui eft l’anie de la Medecine.
Tous les Medpeins Egyptiens , Juifs , Gentils , MaHometans
6c Chrétiens , ont eu une même, fin dans la pratique, qui efi:
la fanté.. lls.felônr prefque tous fervis des mêmes indications,^
6c des^ irrêmes moyens pour parvenir à cette fin : car quoy
qu’on puiffe dire des Méthodiques , des Empiriques , 6c des au¬
tres Sectes, ils avoient comme les Dogmatiques iafanté pour'
but , 6c quant à leurs remedes ils ne diteroient les uns dés autres
que de quelques degrez dé vertu. Il ne s’eft même trouvé aucu¬
ne différence entre les dogmes de l’ancienne ,6c de la nouvelle
Medecine, que celle que la Philofôpbie, l’experience reïterée
endiverfes maniérés, ôc quelques découvertes- ont ajouté à Ix
nouvelle.- Mais ce que l’ancienne a-eu de particulier, 6c ce qui
la mit en une tres-grandé confideration , eft qu’elle n’étoitc
exercée que par les Princes 6c par les Minières de la Religion,
particulièrement, chez les Egyptiens. 6c les Perfes. C’eft pour
cela qu’elle s’âccommodoit ordinairement aux maximesde la
Religion 6c de la Police. Ainll. la Medecine Juifve 6c la Chré¬
tienne, qui ont eu. raifon de fuiyre quelqqes-unes des maximes?
de,la, Police 6c de la Religion ayant penfé, tour autrement: de :
Dieu 6c de l’ame raifonnable que la Medecine Payenne , là-
quelle corrompit ce que les Egyptiens, avoient déjà altéré desi
traditions^ des Ifraëlitcs j la Medecine , dis-je , .Juifve 6c lai
Payenne ont eu bien plus de confideration pour le corps hu—
ir»ain , que n’én a eu la^ Medecine Payenne; > Payant regardeL;
Gomme le domicile d’une ame immortelle , 6c lé llempie ' du
Dieu vivant : d’oii elles ont tirécctte conclufion, qu’il ne iàut pas .
abufer-des remedes, que Dieu n’a faitsquepaur laconfervatioa .
de la fanté prefente, 6c le: recouvrement dé celle qu’ôn a perdue,:,
de crainte, que les employant temerairement , 6c mal à propos, ils i
ne délogeaffént l’àme defon domicile: avantlè temps preferirpr-
r en Gonfequence dé cette creance que^
mMedecineChrétienne marche avec bien plus dé circonfpedibns
aansdej:raitement.des.maladies, 6c .en tout ce qui reearde la vie de:
Ui iii;
EJJais de Med^âne
Mcdicus noncon- quc k Medecine Payenne, & même que la TuiFvs
Biciem vcr^unta- modcme j ^cclle^cy ne taiianc pas grande diffieulce de fe fervir
nimarum-: meiius
eft enim fempcr
ægrotarc, quàm
cura Dci contamc-
lia fanus effe.
f. Baptifia Man-
tua».
a Michaël Bodevi-
nus in ventilabro
a Medico Theolog.
Baulus Zachias l.
S.Titul.i.^.7-
qu&fi. Medic.Thee-
des remedcs violens & des poifons pour faire mourir les Chré¬
tiens. Car non feulement la Médecine -Chrétienne ne permet
pasPufagedcsmedicamens qui font contraires à kloy de Dieu,*
mais elle ne permet pas meme rufagc des rcmedes douteux
qu’à l’extrcmite , encore veut-elle bien de la prudence & de
la difcretion dans l’exhibition.
C’eft pourquoy-les Loixde PEglifea^ défendent encore plus
précifément que les Loix civiles , comme~ nous Pavods cy^
devant remarqué , la Pratique de la Médecine à ces terne-
Ug.i.B. crodron- raires , quille connoiflent point -d’autres retnedes que les vic-
dechrifit^edendi ^^ns , ôc qui n’ont aucun caracbere pour Pexereer ordonnant
ration. ALfner. poficivemcnt qu’on les puniiTc 5 parée qu’outre qii’ ils font igno-
IriîzchiusMedicus '■
feccans Concluf. i.
S, ils mentent efteclivement le difànt D odeurs : iMtntïtur fe
: Do^orem jroftendo i temmr fôena fdfiXzï c^o^
Biin.i. t: cap. éj. rant pLiifle guérir quelquefois par hazard , ^ qu’il n’arrive pss
mfi.natarai. toujours du mal dcXa Conduite ;9 ü n’en eft pas moins coupable
* Venenutn cicüîa £,felon les ©odeurs. . '
‘ .(C^eft encôfe^f^ principe de Pimmonalité de l’àme , que
monem expetcôDt- ia''Médecine Chrétienne ne croit nuiiement,’ que k nature ait
bus. ^sioi^Coo fe- i^aître Ics ’i^eniiis pour être un pronipt fecours à ceux qiii
?cra ei^aa' font las de vivre : car combien de faux fages fe font-ils eiix-
■mêmes dépêchez fur ce principe par des voy es violentes & in-
.famés-? Encore s’ils cui^nt tous fait comme Pompon. Atticiis
atis énec -iqui tciita premièrement la voye de ia Medecine , pour fe tirer
mcvitabiii ^’aftairc , ôc qui ne fe fit mourir que quand il fut afinrê-quefon
mal etoit incurable ., ils n auroîent pas dérogé a la ©oy de ria*
fu^ore corn- toa , qul lc 'permet en des cas approchans de celuy d’Atticus,
"&animi foSido^ ^ oon pas à CCS fous qui le fai {Oient par vanké i & à ces im/
lofi imbeciiiicatc , paticns , qui pour éviter rardeür de la fièvre fe ’faifoientbrûier
Sirarlri/ïïr '^dt vîfs. * Car quelle lâchctê aUx uns & aux autres de for-
deieg. * tir dê' fon pofte fans Fordre du Commandant , & quelle in fo-
* Turpeapud lence d’attenter ftir les droits de celuy qui a feul droit for nô-
icri. Siqaisaïuem tre amo ëc lur notrc corps ? Sur qüoy il eft bon de remarquer
yereturfeiprum per avcc k Lov qui a établi des peines pôLirles rifMti/^iL, que celui
pyfa^o'Smaî fï q«i ^ft afféz fou pour fe faire viotènee , l’eft . apparemment Æz
per campci-unaus pour là faire aux autres. Nôtre Médecine défend donc Fufaje
tamoSfiotot ‘ie TOUt ce qui nous peut ôteria vie, & particulièrement -les
StrahoGeogr.. Lig.
banc.
* Qui le vitâ pri-
vaverif, ncc
cio civitatis
trifti &
fortunæ cafu coae-
tus. neque extremo
, CHap^ VÎ. 247-
venins , employez fur foy-même & fur le prochain j foitparin- l. e^uirei sk /ttt^
terêc , vengeance j defefpoir, & même fous prétexte de jufticej
îafques-là queles Loix de certains païs condamnent les emppi-
fbnneurs nez Nobles au fupplice des roturiers. ;Et c’eli, en cela
que la Medecine Chrétienne différé encore de la Medecine ^
Jaifv« qui empoifonnc les Chrétiens même contre le Précepte
du Décalogue contre la Loy de là Synagogue * ancienne, iethak aat inalios
Car pour la Payenne , ? fes Sectateurs ont fait gloire de s’emppU
Tonner eux-mêmes , &: l’ont imputé à:da,v force d’efprit , peut- bcrc/^od fi quis
être fondez fur la tolérance ;6c l*impunixe: , le Droit:
ne rayant en effet jamais . défendu, fi précifémenc que le D roic lullk.
Canon. , Mais il ne faut pas oublier de louer la Médecine /• 4 s.
Fiiyenne de ce qu elle n’a pas. voulu eœ.poifonner fes ennemis,
l’Hiftoire ayaiit détefté la cruauté .d’Âquilius* qui empoifonna tyrçs. Himnyn^.
les. fontaines des Villes qu’il affiegoit , pour les obliger à feren-
dre. cùm contmfas Deum morcjquemoilorum meU^ ihrus ky. e.%9.
hUfS im^urii, in iâ tejnpm fMro^fanBa jtrma, Romana 'violaffet. .
Nôtre Médecine ne s’émancipe , pas. aufîi facilement qu’a V
fait la Payenrie en des expériences faites; fur les criminels , fok ^
par le moyen des; végétaux ^ des: animaux , -.des. minéraux &
'des exhalaifons empoifônnées des terres ; :ou par lés operations .
de la Chirurgie ; car fi des Rois Payens comme :Mithridate ,
Attale, & quelques autres experimenterent des poifons fur des Hîfiortarà.ujMff:
criminels , É ces cruels Vandales , dontïïPaul Diacre d’Aquilée
detefle l •inhumanité,. firent ouvrir un ^Chrétien vif par les Me-
decins.v pour- connoitre la poficion .dés parties internes i s’il efl:
vrai même que le Pape Clément VII. .ôç Plmpereur RôdoI-’
phe. permirent d’ expérimenter, la: /Terre dé Lemnos & le mer^ çronique de: faint
cure fubiimé fur un voleur^ condamné, à mort > A; fidc.-franc
Archer de Meudon fut ouvert vif .pour avifer , s’il y ayoït quel- rp» *
que remedeà la pierr^jS’il eflr vrai , dis-jé v des Princes
Chrétiens en ayent uféfi librement, neanmoins comme cela pour¬
rait dégene^er en cette damnable euriofité , dont on aceufe non :
feulement Erafiftrate , Herophile, ces Rois p^ens &ces ’^an- /. coireneh^i.
dalesque noiK.venons.de marquerî mais/ençofe quelques Medé-
cins & ^quelques Peintres Chrétiens j la Médécinc Chrétienne xom' -
Ci tombée d accord avec les plus fages Theoloiîiens êC Turifeon- s-
fnlré»® nf* • « .J . nar.¥ritz.chmi can<‘<.:
mites ae ne taire aiieune de ces expériences^: dupjf.
Elle a encore tant; d’égard au bien de :fes Cîtoiens, que non
fçu-iemientreUe défend Pufage -de tout fé qui leur peut .nuire , .
* Et quac origînem
fututi fctninis cx-
tingunc parricidiu
faciunt antequam
pariant , Minut.
7eltx in O^Avian.
, Homicidii fcftina-
tio prohiber! nafei-
'Terttil. Afolâgetk,
\cAp.9.
Sepeîitur nova odii
rabic . anteqaam
nafeatur marris ^
jam in utero , fèd
fèpulchro , incog-
nitum pecus , quod
legititnam nec mot .
tem potuit fentire
nec vitàm- Zenv
Veronenf. Zpifeep,
*V. campe g. Com¬
ment. lih. z. in-Hi-
fior. Gale». .
Michael Bodevin.
quaji. z6.Aiphonz..
à Tontech. fpeculi
Medk. Chnfiim.
lummae. -z. pag.
517. é* ^15-
V. IvUihom Com¬
ment, i» fusjur Ht-
pDCtat. -pag. i)pf .
Michael Bodevin.
B.-Ctdronch.
Ahafner. Britz-
thins Medie. pee-
tms.
Michael Bedevin.
lib. 1.6. '
EJfais dÿ Meâednè.
mais encore quelle ctend fes foins jufques à l’homme futur
défigné Citoyen, * ce que la Payenne ne fait pas à beaucoup prés
fl précifément , puifque non feulement il s’eft trouvé bien des
Médecins Payens qui ont donné des abortifs , mais encore parce
que nôtre Medecine va jufques à condamner tout ce qui peut
caufer la fterilité. Il faut donc qu’on fçache ,quantà eequ on.
appelé avortement. ou écoulement, qif encore que la Médeci¬
ne 5 & la jurifprudcnce; Chrétienne ayent donné leur approba¬
tion à quelques belles'Yentences d*Hipocratc , elles ne voient
qu’avec Horreur Pinobfervation de fon fameux jurénient dans
un des Livres qn’on lüy attribue, * quoique nous devions à l’ex-
perlencb qui y eft marquée la connoidance des trois ampoulles,
celle des premiers lineamens du Fœtus , celle de la manière
dont la nature travaille dans fa première conformation. Ainfî
la Médecine Chrétienne na garde de dire, pour fe confoler du
mal que cette expérience a fait, l’arbre de, la Scien¬
ce du Lien & du mal , ne produifant à fon égard que de mauvais
fruits , elle préféré une humble ignorance à une fcience crirni-
hellc , & regarde comme des homicides condamnables efFedifs,
tout ce qui n’a paru à quelques Cafaiftésrélâchez qu\in homi¬
cide négatif, ne voulant pas' préférer , comme a fait Ariftote, le
bien politique & civil, au moral, quelle fait toujours marcher
le premier., ‘ ; " ^
E lie ne permet pds ihemcj comme fait hardiment la Medecine
payenne , qu on “employé de ceïEai ns remedes pour fça voir fî
une femme eft enceinte , parce non feulémentque tout ce qu’on
fait pour en avoir xonnoilîànce eft fort incertain j mais encore
^arce qu’on ne le peut faire fans rifquer la vie de lâ^ mere , &
celle de l’enfant , & qu’enfinde femblàbles curiofîtez condui-
fem inrenfîblemènt à d’autres, enfin à dés crimes énormes : car
non feulement elle abhorre, comme nous l’avons remarqué, tous
les ahortifsj mais elle ne permet pas même que quand on or¬
donne dans les maladies des femmes grofles des remedes que
la Medecine appelé oh ait intention de les faire accou¬
cher avant le terme i h’étatnt pas permis de provoquer diredû-
ment l’avortement. Elle ne permet dQnc ftmplement que de fh
fervir des remedes qui peuvent tirer la mere d’afïàire , au ha"
fard d’accoucher .parce qu’il n’arrive pas toujours qu’elle en
acouchc , ni quand elle en accouche qu’elle meure. Ainfi dans
' la jufte apprehenfton qu a la Medecine , que la mere êc Fenfant
Pd^tté Châp.Vl.’ 5^1*’
ce perifTent en de cCFtaines occaÆoiïs, elle fe met bien pîivs en
ccinc de fauver l’arbre que lé fruit , ménageant eependant le
tout , & fongeant particulièrement à aider la nature qui a grand
befoin de fon fccours en ces occafions.
La Médecine Chrétienne ne permet pas Tufage des fards ,
non feulement parce qu’il efl: dangereux , mais encore parce
q[uc toutes les inventions de la Commotique > * dont la Méde¬
cine Juifve &la Payenne ont abufé, luyparoiffent indignes du
Chriftianifme , comme nous le verrons à la ha de la troifîémé
partie de cét Ouvrage.
Elle défend encore bien plus préciêufemént que la Medè-
éine Payenne , qui n’enaprefque pas fait de difficulté , les Phil¬
tres &: breuvages amoureux provdcàns la fenfualité , parce que
c'efl: tenter un crime par un autre crime, &; que quand ces re-
medes feroient quelques fois ce qu’on en demande , ils pour¬
voient anffi perdre le corps 6c l’crprit de ceux qui les pren-
■droient, comme il arriva au Poète Lucrèce, à l’Empereur Ca-
ligula , au Calife Vaticus marqué ci-devant , & à tant d’autres
don^la plupart font morts , ou par la jaloufîc de leurs femmes y ou,
pour avoir voulu irriter la fenfualité. Mais nôtre MedeGine né
prétend pas pour cela condamner les remedes qui fervent à
Pimpuiirance , ou aux maladies fecretes , ny tout cc qui peut
entretenir, ce qu’on appelé conmpifeentm nMumlls , nm mpiditas
dans le mariage, Semême de certains remedes en des maladies
& en des occafions qu*il n’eft pas à propos de particularifcr ;
Ainfîcomme ces occafions font fort rares, & qu’on ne peut s’en
expliquer afiez nettement en nôtre langue, les Médecins pour¬
ront confuker fur cette matière les Cafurftes , ces Médecins
qui en ont traité*-Car enfin la pudeur ôcla neceflîté doivent ré¬
gler toute leur conduite , quand la Loy divine ne leur paroît
pas formelle ôeprécife. hac fale conâiMuriUt fine
tis jaBum ^tger jMutem confequatur.
La Médecine Chrétienne croit que la virginité cft un état
de perfedion , contre lopinion delà Medecine Juifve & de b
Payenne , qui n’ont pas connu le mcrite&le prix de cette vertu:,
dont on peut bien dire fans faire tort au mariage , qucllé n’a-
gardé de defaprouver.
Nec dulces Veneris nec pTAfyii/i cuyat,
cftainfi que le fage jean Chemnidus Secrétaire de b pâtrici
Sa.rda une virginité perpetuçlle jufques àl’agç de quatre-vingts^
li
* Ars fucatoria.
Michael Bodeuviit,
14.
tontech
lumin. s. F. é/i.
Bodeuvin, ^ ly.
18. zo. II. Z4. 44^,
* Qaia crat Sccre-
tarius éc Magiftta-
sus Oedancnfcs.,
Si qaiit fpermà-^
tis, profiuax fiipra
quam natiira tolé¬
rât obeft magis
quatn û quadra'
gies ,, tantumdem
fanguinis eraanarit
^vicen. libr, de
Animal.
^ Fraacifc. Bro-!
gQonini.
, 'Demûcrit. Epicur,
Flutarch.R^hi Mo-
feu ,RhetJfs.
Gai. m.lfetgoge^
m lib Epidm..
^mm. &%:.
EJfkis de jH^edecine.
ans , auquel il mourut , ce qu’il fit d’une manière fi extraordi¬
naire , que l’Hiftoire n’a pas dédaigné de la parcicularifer ,
Ohfervat, 59. Centur.i. mno £phemerid. Germanie, bien éloio-né
du fentiment de ce jeune voluptueux , lequel peut-être pour
fâcher Py thagore , luy ayant dit qu’il aimeroit mieux palier tou¬
te fa vie, avec des courtifanes qu’avec des Philofophes , s’attira
cette belle réponfe , c*efi ainfi que les pourceaux préfèrent la houè
d l'eau claire. Aulîi la patrie de ce Page & courageux vieiU
lard , l’honnora-t-^ellc d’un tombeau fur lequel elle fît graver
ces vers:.
^uem fpeSéas tumutum cherrmîi fufpice Leêéor t,
Hic vir intadfo corpore virgo cubante
Grande virum Mufeque decus, Fejfalis amore
Otirt cuit nunquam mta nec utla Venus,.
^efeioquid tulerit tihi patria^ ferior apiSy
Hoc fcio , non feribet cafiior uüa manus. *
C’eft pourquoi les X.oix Chrétiennes n’ ôtent aucun privilège â
ceux qui viveirt dans le Célibat , & veulent même qu’on eu
garde éternellement le voeu quand on l’a fait librement 3c avec "
connoillance j la Juifve étant toute pour les noces , & la payen-
ne n’ayant approuvé ce vœu que pour fes Veftales , encore n’é-
tok'ce que pour un temps que la fuperftition avoir fixé.
Nôtre Médecine fc contente donc de conl’eiller le mariage
quand on y a quelque inclination , & de ne le pas différer en
cas de befoin prellant, ce qui u’eftpas improuver la virginité,
dont elle ordonne laconfervation au péril même de la vie quand
onachoilî cét état, la Religion & la Médecine nous fourniflant
alTez de moyens, licites capables dcicontrecarer les fâcheux mo-
mens d’un temperamment importun. Ne voyons-nous pas me-,
meque quelques Philofophes ôc Médecins payens , Juifs ôc Ara¬
bes* font honte à quelques Canoniftes * qui fe font relâchez en
faveur de Pincontinence , Sc qu’ils craignent tout de cettepaffion,,
qui ne peut jamais être félon eux que préjudiciable à la vie &
à: la fauté , fentimens que Galien appuyé de fon autorité , quoi¬
que: d’ordinaire fort attaché à celle d’Hipoçrate ,,nc pouvant
s*imâginer- comme ce bon vieillard avoit fait que la maladie de
Pithion vînt de s’être abflenu de femmes.. Quoi- qu’il en foit »
c*efl au fentiment d’un autre fage payen , une allez honteufe
manjere de guérir, que de le faire avec des remèdes- mal-hon--
;pêteSi,
Première Pdrtk. Chap. Vî.
'*Vhi Turpis eji Meàicinev Çanari fudet. (.
Nôtre Médecine a donc grande raitbn d’avoüer que,'
Candîda virginitas res efi gratijjima divis.
êc de ne rien permettre de ce qui peut blefler la pudeur , bien
dilFerente en cela de la payennc,dont la Théologie approuvoic
en la perfonne de fon Jupiter, 8c en celle de Tes autres falcs di-
vinkez , toiit ce qui eit contraire à cette vertu. quelques
impudens Médecins falTent donc tout ce .qu’ils pourront pour
corrompre le fens naturel de ce beau fentiment, malo mariqu/nm
nôtre Médecine conhderera toujours la palleur dexes
fages Princes, ( encore plus remarquable par la pureté & par la
blancheur des Ermines , que par la Pourpre qui les environne )
comme la fleur de leur vertu t fulcher fublimmm virorum jlosy èc
pour ainfî dire comme la candeur de leurs belles âmes.
£ fmarifee il bel volto en an bel colore
Che non e falide^a ma candore.
Tels furent Cafimir fils de Cafimir troifiéme Roy de Pologne,
Cardinal delà création du Pape Calixte III. Robert Cardinal
de Nobili neveu du Pape Jules III. Jacques ou Jaimes neveu
de Jean I. Roy de Portugal, Archevêque de Lijôbonne , Car¬
dinal du titre de Saint Euftachc. Saint Pierre de Luxembourg»
Cardinal. Michel Vcrrinficonfiderablc dans rHiftoire^ & au¬
quel on a fait dire ,
Promittmt Medici coïta mihi Paale falutem
Non tmti vit a fit mihi certa falas.
Âufquels on doit ajoûter le Comte de Monterai Efpagnol , parce
qu’en effet ,
Ne fe polîueret matait ipfe merî.
Pour les Dames dont la conftitution du corps femblc deman¬
der bien plus apparemment des fecours contre les aflauts d’Af-
modée , on peut neanmoins dire avec vérité , qu’il ne s’en
trouvé que tres-peu qui ayent été aufli incommodées de leur
virginité ou de leur veuvage , que cette vertueufe Galla, à la¬
quelle il arriva le même accident qu’à la Phaëtufe d’Hipocraie,
& que cette Impératrice de Conflantinople dont Zonare nous
dépeint la mort pitoyable. Ainfi je laifle à penfer finos héréti¬
ques Albigeois n’étoient pas de vrais Turlupins , quand pour
foutenir qu’on nétoit pas obligé d’être chafte , ils difoient, ne^
imnem peccare ab ambilico deorfam 3 & fi le fçavant Symphorianus
Campegius n’a pas parlé en véritable Chrétien, quand ilacon-
Mauelî.
■niu$ in Ca^ricorn^
Greg. de
paLore.
Torq. T‘ijTo cant..
x 6. Stanz,. t.
Angel. Poliiian.
Gfegor.Dialog Ub.
4.
Symph. Cmpeg. l
i. Commentar.
Galcniffififriof.
J,' ç.- Ss^Uge-r. Epi
1, c, jf
Vy MaximiL San>
dmm Theolog. Mt
dicfn.p^g,.izS,
ifÿ Effkis de MHmne
. du fur cette mâtîcre, qu il ctoit plus expédient de vivre malk-.
* de que de fe bien porter en violant la Loy de Dieu. Kos autem
quihus frofofitum ejl nunquam À Catholica Rdigione difceden coitum
mAtrimomi leges flocci/pendimus eligéntes nos magis [emper ^gro.
tare qukfn cum Salvatorh contumdin [Mvos ejfe.
Nôtre Médecine n eft pas plus indulgente à l’ivrognerie
qu’elle l’eft à l’impudicité , quand même il s’agiroit de la vie dui
malade, ce qui n’arrlve jamais, quoique 1 a, payenne ne fafle au¬
cune difficulté fur cette matière. Comme on peut donc s’enU
vrer de toutes fortes de liqueurs , elle n’en permet pas plus,
l’excez que celuy du vin, parce qu’il n’eft pas permis de gué¬
rir le corps au préjudice de l’ame ,* que rivreffe fait perdre k;
raifon , quelle peut caufer des afFèdions de cerveau mortelles ,,
& qu’encorc que le vimpuiflé provoquer le fommeil & le vomîf-.
fement , la, nature ne nous l’a pas. donné pourcela j mais pour^
aliment & pour cordial pris modérément j &qu’enfin elle nonsa;
donnedes vomitifs ôc des narcotiques pou rie befoin? qui ne eau-
fent, point tous ces accidens,& dont Tufage eft confirmé par la?
raifon , l’experience & l’autorité des Lpix divines. & humaines.,.
Quant à cette diftindiond’ivreire materielle ou formelle , dont
parle Michel Bodeuvin , je croy que fi on vouloir s’y arrêter ,
elle ouvriroit la porte à bien des. abus fur cette matière jamais
quand il; n’y aurpit pas de péché, quelle honte, de, s’adonner Av
ce vilain vice h
F^dnm.cr^’pulAjfadms-ommhmlàtrmis
Contenta fufillofihinatumqusefiip.
Car enfin rivrognerie eft un yiee^ maudit dans rEcriturc Sain-*
te , plus atroce iélon , Saint Auguftin que le, meurtre , 3c félon
: Saint Ambroife une maladie incurable , & pour laquelle: il a
fallu des miracles dans, la converfion de Saint GuillaumeDuc
d’Aquitaine, dans celle d’tm homme que Saint Ma.Gaire guérit:
, ,de ce vice , & dans cclle de cette Siriene qDe.le, S:aint hommC::
Macedonius ; guérir avec l’eau benîte. Qu’on m’allegiie donc-
tant qu’on voudra j Eexemple , de Socrate parmi les fagesi
payons , qui ^vbic le don dé tenir tête aux plus braves beuveurs^
fans s’enivrer , celui de Pontus de Thiar parmi les.modernes >.
qui n’a pas laiffé de jouir d’une grande fanté & d’une longue-
vie J avec tout ce qu’on a;dic de ion intempérance ,• quand on ne:
rogarderoit même que l’honnêteté & la vie civile, l’ivrognerie:
ri^eft plus A p^efent à ia - mode. En efFeç , qu’elle vie pour
Ptmkre Partie, Cfiap.,VI.. if j
gens obligez à vivre en fociccé ? ne vous femble -t-ilpas voir un
mari & une femme fujets au vin», s’entre-manger en l’autre v^ic
comme ils a voient fait en celle-cy.
0 hc vir ^ uxor non litigant
fnmus non dico.) fit ippi' dicatn ~
Hic Bhrim Bebritts y me EhrUm nmcuiap:
Non dico amfUh , hei uxor
Etifcm mortua litigas.
Nôtre Medecine eft même fi éloignée de rintempcrancc:
au manger > 6c de. ce qu’on appelé grande chere , quelle eft..
non feiiicment toute pour le jeûne , mais encore qu’elle ne.
connoît ny ces commoditez du corps , ny cette évexie de
la Medecine payenne , que comme des chofes qui ne font;
point d*accord avec le Ghriftianifme , 6c qui même font fou-r
vent contraires à la fanté, 6c aux fonctions de l*âme j ne dif-
penfant du jeûne. 6c de l’abftinence des viandes preferites par
rEglife en de certains temps î,quc les enfans , les vieillards , le^
nourriçes jies pauvres malades , 6c ceux qui travaillent beaucoup. .
Gar quelques conformes que foient quelques fois la Medecine
Glirétienne ôc la payenne 5 touchant la quantité 6c la qualité des-
alimens necefTaires pour entretenir la fanté 6c la vie , cellc-cy^
ne prive neanmoins jamais le corps de fes aifes, craignant toute
forte d’inanition , parce quelle ne connoît pas la fin du jeûne
Ecclefiaftique j 8c qu’elle ne s’oppofe pas trop àl’inclination de
lâ nature Corrompuë, . Avec tout cela il ne raut pas laiffer d’à-
voüer icy 6c d’avertir ceux qui l’ignorent , que ce qu’on appe¬
lé mortification 'dans le Chriftianifmc, ne va jamais jufquesà :
intereffer la fanté , parce que l’Eglifc bien éloignée de cette
intention dans i’inftitutioH du jeûne , condamne ces miferables
martyrs de la fuperftitioiijqui tombent par dés abftinences cruel¬
les dans des maladies d’inanition , 6c qu’on les regarde dans les
Communautés bien réglées comme, des efprits fiiiguiiers , dont
nn ne manque pas à reprimer le zele indifcrecquandil eft connû.
Je ne cmy pas même m’écarter trop dé mon fu jet, remarquant
encore icy que comme le jeûne ne nuit à la fanté que quand
d eft exceffif , auiîî l’abftinence des viandes de bon fiic, ôc l’u-
fage de celles qui en font un mauvais , eft d’une perilléufecoii-
fequence en un feçle qui nous a tant fait Voir demaladiesnou-
^Hcs , dângereufes , malignes , compliquées : car ft l’on veut
‘Sen.conûderer que ces, alSniens . font encore pires quand ils ont
Il iij ■
'Epitafhi tn nialét
gue.
Itb. y, Lupiditri
Mufeoli
reti.
Efca Yentri& ven-'
terEfeis Srdcftmcc
hos doîmaus*^
/. B'apf. CDivemhh
lib. I. 2.
Sic^ autem Dcus->
fîbi ferviri vult , '
non ut nimictate-
fuâ débiles fiant ,
& poftea reœedio- -
rum fufïragia te-
€p.iîant,Ambr0f, m-
Cemmentapr
Daniel. %Jlterdem
de curatfone mor-=>
borum an. mi
corpçr.
EJJais de Meiecke,
paffé par l’huile & le beurre , fouvent gâtés; par le Tel , le pdi*
vre ,lcs herbes chaucles & acres , & cenc autres aflaifonneni^cns
picquans 5 on n’aura pas peine à comprendre qu’un fi loiig ufage
de ces alimens ne peut rien produire de bon. Si l*on pouvoir
donc réduire la pratique du Carême au jeune, permettant Tu.
Tage modéré de la viande le matin , 6c fixant le repas du foir
au pain 6c au vin, ( chacun étant obligé de jeûner en la maniéré
qu’il le peur, j fans doute qu’on ne verroic pas tant de malades,
qu’on en voit après le 'Carême /pendant l’Eté ôc pendant l’Au¬
tomne , outre que tant de gens qui tranfigreffène fi facilement
6cfi ordinairement le Commandement de l’Eglife, ne fcandali-
- feroient plus les foibles comme ils font; défordre d’autant plus
grand , 6c plus honteux qu’il vient en beaucoup de lieux de
ceux qui font obligez adonner l’exemple 8c à maintenir les Loix
de l’Eglife 6c de la police. Ainfi quoi- que je n’ignore pas que
l’abftinence de la viande *eft cenfée de i’effencc'du jeûne Ec-
clefiaftiquc , je n^ défefperepas que i’Eglife Catholique, la¬
quelle comme une bonne mere ne vetK ny la mort ny la ma^
ladie de Tes enfans , n’entre enfin dans la confideration des
temps , des climats , de la nature des maladies neuvelles qui
régnent dépuis plus d’un demi fiecle , 6c de la décadence des
eprps en general ,« 6c en particulier des langueurs de tant dé
perfonnes , qui portent les peines duëfaux pechez de leurs pc-
res 6c meres. Car enfin n’eft-ilpas à croire que tant de maladies
nouvelles , 6c inconnuës aux anciens ont formé des Hébrides
dans la Medecine , 6c pour ainfi dire des monftres de maladies
qui demandent un régime nouveau ? Pourquoy donc, tout cela
étant bien confideréi, ne pas efpcrcr que l’Eglife aura enfin les
mêmes raifons d’une nouvelle condefcendance , que celles
queile a eu en divers temps 6c en divers lieux, quand elle Ta
jugé à propos vcroyant cependant qu’il s’en faut tenir aux an¬
ciennes conftitutions , 6c à Tes faints ordres ^ A quoy on me per-
metra d’ajouter que ces charitables eondcfccndances doivent par¬
ticulièrement avoir lieu , à l’égard des nourrices 6c des femmes
enceintes^ la Republique ayant intereft que les enfans dont les
maladiesproviennent ordinairement de la chaleur Ôc de la for-
mentation des humeurs foient formés 6c nourris de bons fucs ,
jufqucs à ce qu’ils foient en état d’apprendre à fervir Dieu 6c Ic
Prince: car s’il eft.vray que la chair efl: à T égard du poiflbn ,
ce que font le jfeuôclarerre à l’égardde l’air 6c de l’eau 5 coiDine
Premkri ^ntnie. Chap;VI. tsf
on fait des vafes d un fort bon ufage avec ces deux premiers
élemens , on ne peut rien faire des dieux autres que de ces atn-
poulies , èc de ces petites bouteilles qui fe crevenc & s’évanouif-
font en l’air ^ dés le moment qu’on les y élevé. Pourfoivons.
Gomme le Démon ne s’eft pas moins attaqué à k Médecine
pour la gâter , qu’il a fait à la Religion dés le commencement,
du monde, ily aintroduit non feulement des badineries te des
luperftitions ; mais encore, les vanitez de rAftrologie , qufont-
parû* quelque chofe de folide aux curieux. De plus, la Chiro-
mantie, la Metapofeopie , Ouromantie. , & cent autres efpeces
de divinations dont on peut abufer qui pis efb vies horreurs > ^Geof^. vaiu di
de la Magie , comme ond’a pu voir - cy-devant dans Vhiikohc.inventath MeUis.-
Chronologique de nos-Medecins, dont les pius anciens étoient.
Ailrologuesj. Augures , Devins êcMagiciens 5 ce qui a fait dire:
3. Ariftarque que la Medecine avoit commencé par la Magie 3 ,
c’eft pourquoy Hipocrateaeu beau déclamer contre les
ûrationsjkspurifications, la magie, &tant d’autres abus. C’eft en. * ” *
vainqu’il areprefenté , que l’Epilepfîe venant de caufe naturel-
le,elle doit être traitée par des remedes naturels. Il s’eft toûjburs^
trouvé, dit le dode Langius, des Médecins particulierment parmi-
les Juifs , les jfâux Moines & les gens à tout faire , qui ont donné
dans les Aftres , quoi-que quelques-uns , comme il eft arrivé à.
Pierre d’Apone, à Cardan & à fon fils, n’ayent pû éviter leurs;
difgraces,avec routes leurs prétendues connpiflancesv Ainfî k>
Medecine Chrétienne ne permet en aucune maniéré l’AftroIo- '
gie judiciaire : car quoi-que. quelques Médecins Chrétiens Se
même de réputation y ayent donné , leurs erreurs font fi bien-
réfutées par une infinité de bons Auteurs , que cettcroccupa--
tion eft à prefent ft)rt méprifée, ;& fort décriée.-.
Elle n’aprouve donc pas plus tout ce qui s’appelle obferva-
tion des faniez. Smitiimm ohfervantmt, tout- ce qui n’agit • point Miédel 'Siiemm. .
par une vertu naturelle : & par l’applicaiion des chofes actives
aux, pafiives , les prelervatifs, ks ligatures , les billets , les. talif-
maiis, les charaderes , charmes , ceremonies , enGhantemens v "»'^»/'’'. s. -f*
Scmêmc les-amulettes, s’ils ne font.familicrs à notre naturelles
chants, memesv eonj urations, exorcifines, Qraifijns * & Reliqùesv Gabriel tmtjm.
ficclan éft fait&approuvépaflesMiniftrcsderEglifequiohtca, ^Yoy^eUe^tUido i-
radereicar quant à ces billets & charaderes,il y a une obfervaEioa d'Anne ^oUnçç^Z
(10 é. ). fur l’àn 8 5. d es Ephemerides d’Allemagne d’un aveu-
glement arrivé.àiune femme qui avait la fièvre, pourayoir avalé:
Mekéne,
uQ billet où il y avoic certainvS caradercs , at;cident qai
accompagné d’une fi grande douleur- de tête, & d’un fi g^and
bruit, quelle s’imaginoit que toutes les cloches du monde
Pémfômc. de i»- étoient en branle. On remarque à ce propos que les anciens
gmmionih. Exorciftes , ne coùimençoient jamais leurs abjurations , qu’aprés
avoir bien purgé la bile brûlée des poffedés. ’
Ce n’eft pas que notre Medecine ne croye que les Saints Ânge^
les Apôtres & quelques amisde Dieu , n’ayêet rendu la fanté aux
malades, par de fimplcs commandemens faits aux Elemens, & aux
Corrnth. ï%. maladies , armez qu’ils étoient de la vertu du Tout puifTann
Ce n’eft pas , dis-je , que l’Apôtre ne nous parle de la grâce des
Smtésô mais,& l’ApotteScles autres Saints, n ont pas laifiTé de
confeiller Tufage des remedes naturels & ordinaires , qu’ils
n’ont blâmé que quant on y a plus fait paroitre de confiance,
qùcn la puifTancc de Dieu, C’efl^donc avec beaucoup de rai-
yfon que la Medecine Chrétienne, condamne rufage des reme^
des fuperfi:itieux & diaboliques , qui ne r éuffilFènt jamais qu’à la -
confufion de ceux qui s’en fervent , tombant dans les lacets que
le Diable leur tend finement pour les perdre. C’efl pourquoy
^ ; Saint Bennard refnfa de guérir d’une grande douleur de têcé
îp^ar le fecours d’une Sorcière, qu’il chafia d’un figne de Croix,
qui le guérit en même inftant j c’eft de cette màniere que le
brave Duc de Nevers , aima mieux s expofer au péril de mourir
que de fou-ffrir qu’on luy arrêtât fon flux de fang pàr des paro¬
les. Ai nfe Saint jean Chrifoftome nous confeille quand Dtett
nous envoie quelque maladie de ri’écouter jamais aucune pro-
Qrafhne adverfits pofitiou dc remcdès fu^ecfes de fuperftition , de refifter aux per-
■v^letndmem. foafioiis des méillcurs amis , à fe préparer par cette genereufe,
refolution une couronne de Martyr.
Ajoutons , pour ne rien oublier fur cette matière, que quoi-»
Dieu ait fait de tout temps des grâces différentes à fes fer-
vltcurs , il s’eii faut beaucoup qu’il leur ait donnné a tous cette
grMe des Santés-^ laquelle n’efl: plus à prefent necefiTairc pour la
confirmation dé la foyid’ou l’on doit inferer qu’il l’a encore
moins donnée à tant de gens qui s’en vantent , & qui n ont ny
probité ny aucune autre qualité qui nous en puiffe afiTurer ,
que ceux mêmes aufquels Dieu fa donnée, ne rontaffiijetieny
aux jours, ny aux paroles , ny aux Agnes, ny aux fexes. Tout
cela neanmoins fans préjudice des grâces de cette nature, que
n/tvitYY. f Egliie Gallicane ôemêmes quelques Auteurs Etraneers recoft-
-11 s
Première Pdytii. Chap. Vf. 257
BoiÛTeût avoir été données à nos Rois ; car quoique veuille di¬
re le Docteur Navarre en faveur de fes compatrioccs , je ne croy
ni CCS Salutadors , ni ces Tlamens enfans de la Pafque , guercs
plus grands Médecins que tant d*autres de cette nature , quoi
qu’approuvez par Delrio qui n’a peut-être ofé faire autrement.
Ajoutons encore que fi la Médecine Payenne a donné hardi¬
ment dans ces fuperftitions -, non feulement les Loix des Em¬
pereurs Chrétiens qui font venus eniuite , les Conciles & les Dé¬
crétales, ont foudroié toutes les impertinentes & honteufes ma¬
niérés de faire la Medecine 3 mais de plus que les Pages Payens
mêmes avoient oppofé aces défbrdrcs la Loy ComcUa dC quel¬
ques autres, & particulièrement a l’égard de ceux qui employent
ces remedes à corrompre les femmes & les filles 5 que les Perfes
leur caflbient la tête entre deux pierres 5 & que les Loix & les
Magiftrats étoient fi feveres du temps des Antonins afégard de
la magie & des fortileges, qu’Apulce qui en étoit accule ne fe
leroit pas tiré d affaire avec toute fa Philofophie & fon belefprit,
fi Lollianus Avitus ami de Claudius , n’eût intercédé pour luy
auprès de ce Prefident.
La Medecine Chrétienne ne rcfulè fon fecours à perfonne,
pas même aux Barbares , auxinfideiles ôc aux ennemis de l’Etat,
fi l’intérêt du Prince & l’intérêt de la patrie ne s’y oppofent :
car s’il eft certain qu’il faut fecourir un méchant homme, par¬
lant en general, comme on feroit un homme de bien , on n’eff
pas pour cela obligé de quitter fa patrie, comme le Roy Arta-
xerxe le demandoit d’Hipocrate, pour fe rendre ingrat envers
elle , par un efprit d’intérêt.
La Medecine Chrétienne ne permet à perfonne de feindre
des maladies 5 mais elle le défend bien moins, crainte d’être
trompée , & de fe voir expofée à la raillerie de fes ennemis , que
de crainte que le public ne foit trompé. Elle blâmeroit jufques
a la folie Emulée de David chez le Roy Achis s comme elle
blâme^elle de Junius firutus,d’Uliire,de Solon & de quelques
autres , dont les intentions n’étoient pas fort droites , fi elle ne
fçavqit que la feinte de David venoit d’un mouvement du Saint
Elprit 5 mais pour cela elle ne va pas jufques à exiger le fer¬
ment des malades , comme a fait la Medecine payenne en quel¬
ques reimontres , pour éviter d’être trompée en la perfonne de
es Miniftres , parce qu’elle n’a pas droit d’exiger le ferment
autruy ,ny même de jurer fi elle n’cft interrogée judiciaire-
V. Sa»-'
iéLum in Théologie.
Medic. lib. i. eorn-
ment. ij.fag
Tslrio difquijst.
magicar. ca^. 3.
qu&B. 4.
Alfhoaz,. a 'F^n-
tech.lumn. i.p. ë.
Meihemius
jurand. Hipocrat.
f. B. Gendronch.
cap. a.
Adultcrmum eft
quod fïngitur. Pe-
trus du Bé, de ver»
Medici idea.
lib. t. de Pnfag.
ex puljîb. cap. I.
EJJahdèM^dèmei:.
ment., Câf s’il eft vray que Galien fe doutant qu’ùn certain ma*
lade vouloit fe divertir à fes dépens , l’obligea de jurer folcm-
nellemcnt, que ce qujl difoic écoic vray , c’eft. que les Eayens
ne faifoient aucune difficulté de jurer par leurs Dieux, & par
tout ce qui leur venoit dans refprit ,,tant ils avoient peu de
connoiffànce de la majefté du Dieu vivant;, & de la cenfide^.
ration qu’on doit avoir pour tout ce qu’il a créé. Enfin nôtre
Médecine, fe contente de rechercher les caufes naturelles, de
tous lesévencïnens furprenans, par des- voye^ licites & honnêtes^
& quant avec toute fon application , ellenetrouve pas ce quelle
cÉerche , ou quelle ne fait que l’entrevoir , elle n’a garde d’au
tribuer ny à des- Princes , ny à; des Oracles- , comme a fait là:
payenne , tout ce quelle ne comprend pas : car elle ne per-i
met: jamais de tromper , quelque avantage qu’on, en puifle
tirer, &.fe contente de laiffèr croire- pieufement aux Ghré-
tiens ., que le Giel peut avoir bonne, part à, de certains éyene-
mens , quoy qu elle, ne. les croit; pas abfolument parlant . furna^
tureis.,-.
Jmcrt^fama.^kncorfécixts'^ajc^^
4d,arfeum^n’iQAamimbildpra,^
^enèpkt/j>içh£laypietad'a-^u
*Vmm\credendoyAMQr.sncnda>U
C’éft.ainfî que lasMedeeine Chréfienne ne-donne creance-
aux miracles ^ que. fur les témoignages de-perfonnes pieufcs , &
fur fes obfervatîons ôc expériences, de crainte qu’une trop gr im
de facilité ne fàlFc tort aux miracles eflFedi fs , ôc„que les faux;
dévots ne prennent fujet- d’èn feindre , comme, il ^arriva.a ces
Moines qui gueriffoient, des Eoireuxfappofez , pourTs’àttirerdes-.
admirations &Ies,auGndiies -des bonnes géns> G’ éft encore âinfi'
qu’elle ne donne rienaux ;fouges , fi.,el'lc n’a desanarquesafihT
rées qu’ils font de Dieu > au lien que là^ayeune donne indifFèj
reniment dans les diaboliques comme, dans les- naturels > .car
l^xception de quelques- uns dé : ces derniers qui peuvent^ luar?
quer les temperamensdes fains & dès maladèS î Jés éaufcs Sf les i
, pro^noftics des-maladies-.,il:ya bien de là vanité dans; toucdc ;
rèftev Mftis.me dira-t-on peut-être,- Empeddclè fongca qu’ily
avoit dés œufs fous fdn couffin. .Il confulta f Qnirocritique , ^
il lUy répondit qu’il cherchât dans fdn lit , & qu’il ne . perdrel^
pas fa peine,' EuicfFet, il y trouva êc or-& atgenE, ^ comme il
■^uloiç pas fee- ingrat , , il. envoya qviclques -unes des pic*'
Premkr£p^rtfKC3iâ.p.Vlï,
ces d’ârgent à rineerprete du ioBge> cjui lùy manda pour re^
mercieraent qu tl ne luy avoit envoyé qu’un peu du blane des
ceufs, &qu’ils’étoit refervé tout le jaune. lien eft de -ffiêmc d’un
Holandois fort impécunieux , il fonge que s’il va vers un cer¬
tain puits , iiy trouvera bonne fortune. Il s’y tranfporte àfon ré¬
veil , & il y trouve un güêux > qui luy dit qu’il vient de fon-
gerqu’ily a un tréfor dans un jardin 5 if comprend l’Oracle,
il y court ,il y fouille , & il y trouve dé quoy s’enrichir. 5ont-ce-
là des fongcs diaboliques ou naturels , dir^ quelqu’un ^ ou des
fonges qu’on a fongez^ en faveur des fonges
CH AI T R. B Vit.
De la Meàecîne Catholi^e.
COmkîe l’Eglife Catholique Romaine n’efl: autre chofë
que l’Eglife Chrétienne , défendant les droits , & les dog¬
mes de la Primitive , contre les attaques des anciens heretiques,
celles des nouveaux & celles des Schifmatiques j la Médecine
Catholique marque bien plus précifément les devoirs d’un Mé¬
decin Chrétien , que la Médecine des hérétiques & que celle
des Schifmatiqües. '
Mais avant que efen venir aux preuves en particulier, je
croy qu’il eft à propos de poïcr pour fondement que le Ghri-
ftianîfrac n’a jamais crâ , comme Çc le font imaginé qüelques
dévots prévenus fur ce fujet par leur zele , que les Préceptes
de la Medecine foient contraires aux loix de Dieu & de fon
Eglifc. Car qui ne voit que la Medecine eft toute dans la tem¬
pérance, dans la modération des paffions , & qu’elle fait le procès
al’oifîveté mere de tous les maux , recommandant lés exercices
du corps & ceux de l’efprit , modérant même la joye , toute nc-
ceflairequ elle eft pour fe bienporter ?Qm ne voit encore qu’el¬
le eft charitable envers le prochain , fî religieufe & fi dégagée
des afîédions baffes &terreftrcs, que fî l’on en croit Arnaud de
Villeneuve, elle efi le chemin dtt Ciel y d’où elle eft originaire , ôC
<pi’elle conduit naturellement les hommes à la pieté , à la dou¬
ceur J a la mifericorde , à la continence & àplufîeurs autres ver-
? Qui jamais, dit ace fujet le fçâvant Erafme , a prêché plufe
hautement la fobricté , P abftinence , la modération dans les plai-
Kkij
V. Épip^&iero'üjfvî,
Mer curial, ad î.
Baptifi. Cedronch.
Triftitia exdecit
.Modejfi»’. P. lih:
zj. Text. I. Cedie.
Th^dek lib. T.
%.
I. Bapt. Godronch.
lib. it. cap. I. ij".
Ahafnerus Fritz r
ehius Medicfts Pec -
ea»S:iÿnci»f.prma'.
Laînez lib.i.Thdc^^
log. moral.
de Medecîne,
firs , la paix & la tranquilité del’efprit, que la Médecine ^ ^
quoi on peut ajoûter que TEglife même fe repofe tellement fur
elle en plufieurs occafions , qu*elle ne canonife pas même fes
Héros fans la confulcer. Que fi l’on m’objeéte que Saint Am-
broife n’cft pas fort d’accord avec les préceptes de la Medeci^
ne, & que Saint Bernard n’êtoit pas pour Infage des remedesi
Je répons que le premier ne méprifeit que la Medecine payem
ne, dont les préceptes luy étoient fufpeâs , en un temps ou elle
n*âyoit prefque que des Mini ftres Payens. Quant au fécond , il
n’a retranché les;fecaurs de l’Art à fes Religieux , qu’à régard
des maladies chroniques, & non des aiguës , croyant celles-là
neceflaires pour exercer la patience de les Athlètes , &; les te¬
nir toujours en haleine II en cft de même à l’égard de Sainte
Agathe , & de Sainte Pétronille , lefqueiies n’ont janiais me-
prifé les remedes, quofqu elles ayent cherché les fbuffrances
Il ne tenoit qu’à Saint Pierre de prolohgèr la vie de celle cy ,
êc ü ne le fit ny par les remcdes naturels , ny par fes prières ,,
fe contentant de laiffer agir Dieu & la nature > mais pour cçla il
ne méprifbit pas les fécours humains , les voyes. qu’on fuit or¬
dinairement dans les maladies. Je remarque donc pour venir
àu fait, que l’Eglife n’ayant ofé parler hautement de fes mille-
res y ni même des devoirs des parcieulierspendant tout le temps
qui précéda la paix que FEmpereur Conflantin luy donna , elle
n’a pas. manqué enfuice de faire des rcglemens à mefiire que les
occafions s’én font prefentces,,& particulièrement à l’égard des
Mçdecins.i
Elle a donc condamné depuis ce temps-rà bien plus préci-
fément qu’elle ne failbit fous les premiers Empereurs , tous
ceux qui n’étans pas parfaitement inllriiits des préceptes, delà
Medecine donnent hardi ment des remedes-, s’ils ne. font^benins,
&fi ce. n’ell dans de légères maladies j. parce-.qufil y a toujours
du danger à faire un métier que Fon ne fçait pas quand il y
va de la vie , que cela peut, donner de mauvais exemples aux
téméraires que qui aime le péril y demeure ordinaireméîff^
De plus comme cette Eglife a donné des. attributions aux Uni'
vcrfitez qu-*elle a établies avec, les Empereurs & autres Princes
Chrétiens, les Officiers: dé FEglife ny ceux de ces Princes ne
donnent leurs approbations qu'aux Médecins, qui ont ffiit les
ades proBa tofres dans ces Uhiverfîtez.
Elle n’approuve pas même tes opinions nouvelles & celles
Premieri Pdrth.ChsLŸ. vil,
qui choquent la méthode établie par une longue expérience ,
quand elles n’ont pas des demonltrations évidentes , & parti-
oïlierement quand elles ont quelque chofe de la bizarrerie de
celles de ces anciens Médecins dont nous avons parlé cy-de:-
vant 5 encore moins la malice de ces modernes, qui pour, fedi-
ftinguer fe font une pratique toute oppofée à la pratique otdir
naircj pas même ceux qui outrent l’ufage des bons remedes „
& ces hommes de bonne-foy qui tombent dans rerreur de ces
imprudens,dont le Poëtea dit ,
Dum mtmt fidti ‘vit'mm in eontrarin currunt.
II y faut joindre ceux qui traittent les malades fans les voir^ Hipecritt.&etifus
farce il ny a mmne maladie oh il ne foit necejfaire d' interroger le
malade i fi on vêtit le traiter feurement^ GaUn. conftl. pr»-
Mais parce qu’on peut demander icy s’il n’eft pas permis au
Médecin de donner quelqucsfois fes avis pour des malades ab-
fens. Je répons avec de bons Auteurs qu’il le peut, foit que la
malade ne foit pas en état de le chercher , ou qu’il ne puiflb , ^ eoirmeh
luy même aller voir le malade , pourveu qu'il foit inftruit de 4;,. jfw.
toutes les circonftances du maUpar une perfonne intelligente , zachtMlik o. terni
qui ne confonde ni les temps > ni les lignes , & qu’il n’ordonne 3- /•
que des remedes generaux & feurs , comme nous le. dirons plus
particulièrement en un autre lieu.
Elle ordonne une grande aiîî Juité & application aux Méde¬
cins qui fe chargent du foin des malades : car s’ils en entre¬
prennent un trop grand nombre , ôc quils ne les voyent qu’en^
courant, cela s’appelle fe dépêcher, de dépêcher le pauvre mav
lade , mn obfervafii occidifii. Ce qui eft fî vray que Galien paf< V; Cmmnm. îm
foit la nuit chez les malades , quand il le jugeoit à propos , tant ^
il y a de difFerence entre currere d* enrare , ce qui a fait dire à
quelqu’un que qui frdiferibit ex equa > fraferih-it fro equo non ex
aqno. Ainfî l’on demande fur cette matière, fi le Médecin ne
pourrorc pas en feureté de confcience quitter quelquefois le
malade? Les opinions font différentes, ün nouveau Gafuifte
qui n’enteud par le mot de quitter que quelques petites abfen^
ces, répond qu’il le peut , quand- le malade ne fait que de pe- "
tîces fautes contre fes confeils jamais ce n’eft pas là ce dont il
sagit dans la quefiion , puifqu’elle regarde cette défertion qui
laiffé le malade iansfécours & fans afliftanco de fon Médecin-;
ordinaire. Qi^iques Cafuiflès tranchent' net, que le Médecin?
peut abandonner fbn malade quand il eft ingrat qu’il na
K fc iij
lËjJais âe
reconnoît pas Tes foins, i. Quand il rèfiife de fc conîtiTei-
mchttel Badtvin. 5. Qi^nd la maladie cft concagieufe. 4h Quand le malade n’a
I. lih. confiance au Médecin. Mais pour moy , je Croy que
-6. e*p. 6, \ c*eft Taire plus chrétiennement & plus noblement d’affifte? le
Gmiieim. onciacus ^salade tout ingrat qu’il éft, entre que fi le Médecin cft imp.
I. Baptifi. codron- relie , il â Ion aaion en jultice contre luy. De plus que ^uand
ehiHicap.is &i^‘ même il ne voudroic pas fc eohfeffér , il doit füffire au Mêdeî
xin de l’avoir avertie & que quand il h’auroit pas de confiante
en luy^ il doit demeurerj fi les affiftans renprîent , parce qtrele
pauvre malade ne fçait fouveiit ee qu’il veut,, ny ce qu’il liiy
faut-, fur tnut dans les maladies aigues 5 êccnfîn qu’il eft’ encOré
plus digne d’un Medeciti Chrétien de voir le malade,, quand
fa maladie feroit contagieufe., que de s’enfuir , parce que , ieicà
nip/t truStxf. Aè quelques Auteurs, s’il y pieritjc’eft finir par une çfpécc de mar-
cft-ce dans cet c^rit qu’Eufebe loué la pieté de
canciuf 9. ' cès Médecins d’Alexandrie , qui fous l’Empire de Galienus fe
Theophii.Kenedms dévoüerent genercufement au falut public j mars je n e croy pas
pour tout cela que le Médecin y foit obligé en confcience , s’il
n’eft aux gages de la République GU d’un particulier 5 avec le¬
quel il a r fttpùle de ne le point abâiidenner;
Oii demande encore fi le Médecin peut abandonner les ma¬
lades qu’c n appelé déplorez ? Les uns répondent quil eft àpro^
pos de le faire après avoir fait un prognoftic fincere ,cràitite de
seipto Merçuriûs prophaner les remedcs en Ics employant inutilement, D’autrcs
de gU erraripopul ^jpg^t quc commc ott fc tfomuc quelquefois dans le progno-
ftîG, rfne le faut jamais quitter pendant qu il reipire. Ce qu u
y a d’afiuré , eft qu’il ne faut rien craindre à prefent de ce c^é-
là .- car nos Médecins ne déferrent plus, & ne fe laflent gueres
de continuer les vifites , femblables à ces animaux qui ne quit¬
tent jamais là paille pendant qu ily fentenc du grain.. Serieu-
fement je croy que fi le malade & les aflîftans demandent des
vifites dans des maladies déplorées , le Médecin les doit con¬
tenter pour leur confolation , à moins qu e d’y trouver des Char¬
latans, qui ne confultent que fur leur fecret j des fâcheux» ou
de ces ignorans qui croyent avoir droit de luy faire quelque
indignité , parce qu’ils font en Charge ou en fortune: car en
ce cas là il faut fe tirer hardiment de telle cohue , fans crainte
de bleflcr la charité , qui doit commencer par nous mêmes.
On pourrait encore demander icy, ce que la Medecine Ca¬
tholique penfe de ces Médecins , qui fè chargent d’autant de
Ptmiert partie, vu, itfjj
fiialaclcs s’en prefentc j qui n’en font aucun fcrupule , &
qui croient avoir rempli leur devoir quand ils les ont vifitez en
courant î.Cardan , Godronchius , * Zadiias ,.Mereurial &-quel- * ‘
ques autres Catholiques j font du fontiment de Celfc. , qui Th f
croie pas qu’un Médecin, puiffe fe charger d’un grand nombre ‘
de malades, s’il veut faire fon devoir, croyant même-^u’il n’y: Metmnd.c^fixs.
a rien de ii dangereux qu’un . Médecin trop employé^ . Ainn
comme la chofe efo un peu problématique que. la queftion Franco a Rehs
pourra revenir dans la fécondé partie deedt Ouvrage, je tom- î-
iJepar provifion dans leur opinion , ajoutant que quand les Me- RTle7.‘h.cafirl‘ in-
decins font parvenus à une.: vieilleffe-, qui leur ôte la mémoire Me-dico PoiitU. iib,
& quelquefois, même le jugement 3 la Médecine ^î^tholique
ordonne qu’élis fe défàlfent de cette horrible , démangeaifons./i^. ^^ xif. !.^ ;
qu’ils ont de voir des, malades.
Ellerddfendteneore aux Médecins d’ordonner-aucun remedé*
à,leurs,malades , qu’ils nayent parfaitement connu leur mal 5
j^rce qu’il vaudroirmieux les abandonner à la nature 3 qui T^-Cidrweh.my
rit queiquesfois>fans aucun fecours^que de rempêcher par des i. cap. z. de chrU
rcmedes donnés à contrei^temps. Car quantà cc que leDodeur,/^?'*”-
îïavarre , appelé dans : fa diltinélion des remedes innocens , ils
peuvent toûjpurs plus faire.de mal que de bien, s’ils font donnés
fans cônnoiüance de caufe , nôtre Médecine étant fi circonfpe^
àe , même quand aux alimens i qu’ellène permet pas qu’on en. ’
donne aux malades , quoi-que déplorés, s’ils, font dé fi mauvais-
foc qu’ils foîent capables d’abreger leur vie de quelques mo-
mens.
La Médecine'Càtholique défènd; même n poftivement aux Sà*Sds
malades de s’adminiftrer les remedesà leur fantaifie,- ^ de rc--
füfer le fccours des Médecins, que nos Théologiens ôcnos ^h:secmd.-
fuiftes lés obligent fous peine dé pechémiortet de recourkvaux
remedes ordinaires ôc naturels. , Arueuh^.
Elle défend d*employer aucun médicament gâté, fàlfifié, al- Micbdei mdtvin^
teré par la négligence des Artiftes ou des Marchands , commet-
tant les Médecins fur leur confcienccâlawilite de ces medica- 14.
mens, ordonnée par le Magiftrat; Mais fur toute chofe la Mc- ^ . . , . ,
decine Catholique exhorte les malades à la Cbnféffibn dé leurs 7^ -
Juchez , particulièrement fila maladie efl: aiguë & dancrereufé,; .
Surquoy il faut obférver que lès Médecins pèchent bien moins .
contre ce PreceptC: que les malades & les affiftans , fur tout àj.
Baris Sc, chez les f^rfonnes de.qualité , qui font fo iuquietc^i.
Primo pîaceutDcü.
dcindc Mcdicum
advocent.
y. Annal. Aug.
T'êrnieli. ad an-
nam mundi 3r8,
is Az>a Rfge.
Recherches Cdrieu.
fes far les Echotes
de Paris ^ de
Monfelier.
1(54 Medecme:
qu’elles s’imaginent qu’un prognoftic net&'finccrc , & un boa
confeil donné au malade , cft capable d’augmenter le mal. Mais
comme cette Ordonnance enferme bien d’autres queftions,en-
tr’autres fi quand la maladie cft mortelle , le Médecin eii doit
avertir le malade j s’il doit dés les premiers jours luv parler de
Confeffion 5 s’il le doit faire luy-même , ou s’il fuffit qu’il le
faffe par une perfonne interpofée; s’il doit abandonner le ma¬
lade qui refufe de fe confeffer i fi les malades abfens font com¬
pris dans cette Ordonnance comme les prefens. Comme cette
Ordonnance, dis- je, comprend plufieurs queftions qui nous pour-
roiént arrêter trop long-temps ,& quelles pourront revenir eu
quelque autre endroit de cét Ouvrage , je dis rimplement icy
que le Médecin doit infinuer doucement au malade , que fui-
vant la Philorophie & la Théologie , lexorps ne pouvant fc
guérir que l’efprit ne foit bien purgé , il ne peut mieux faire
que de commencer par l’invocation de celuy qui feul guérit
les langueurs du corps de l’amej parce que Dieu fe plài-
fant à voir le pecheur humilie, il ne manquera pas de le con-
foler quand il le verra contrit aux pieds des Miniftres de fes
Autels , & de bénir les remedes qu’il a créés pour fon ufage.
Car enfin que les malades faflent tout ce qu’ils s’imagine¬
ront , Ils ne ceiferonf jamais d’être inquiets , irrefolus & mal¬
heureux , s^ils ne commencent par la paix de la confcience,
6c s’ils ne donnent enfuite toute la créance raifonnable Ôc ne-
ceflaire au Medeçin qu’ils ont choifi. S’ils font autrement , tous
ces fauX: amis^ ces donneurs d’avis, qui fe mêlent de ce qu’ils,
n^'attendent pas, leia: gâteront tout , augmentant leurs irrefo-
lutioiis, ou les jettant dans unelnfenfîbilhé pire que le mal, &
encore plus funefte à l’amc que rirrefolutionêc Finquiétudenc
le font au corps.
LaMedecine Catholique eft encore fort circonfpe<fte fur ce qui
regarde les Monafteres des B^eligieufes^ , puilqu’clle en défend
meme l’entrée au Médecin Catholique hors de la neceflitév
& abfolument aux Juifs Mahometans &: heretiques, juïquesâ
ne pas permettre au Médecin Catholique de conférer avec eux*
Riolan va fî loin , à l’égard des Juifs , qu’il ne croit pas qu’on
s’y puiffé fier , s’ils n ont été redificz par plufieurs générations.
Âuffi Langius & SimonScultzius n’ont-ils pas crû qu’on les doi¬
ve admettre aux confultations fondez fur les Decrets des Pa¬
pes & fur l’autorlce des Dodeurs. Sur quoi j’ofe dire avec toute
Première P arm, C liap . V . . 26 s
la foûmiffion poffîSle aux Ordres del’iiglife j que je ne croy
pas qu’on puiffe Ufurer à un malade la confolation de voir uiï
Mcdccin } de quelque Religion qu’il foit > s il le louhaite paf-*
fionnémenc , s’ il y a confiance , & fi le Médecin eft un Médecin
rationnel 5 mais qu’on ne luy doit jamais permettre de l’avoir
en qualité d’ordinaire , s’iln’cft Catholique , de crainte qu’il n’a-
bule'de fa facilité en un tems oii l’efprit eft affoibii par là mala¬
die yja^ce quipas^ans exemples. En quoy nos Pr. R. de Fran¬
ce ont efté bien plus politiques , que les Catholiques , n’en ,
ayant prefque jamais apellé d’autres que de leur Religion ,
quandilsenontpûtrouver.-àproposdequoyunPlaifàntdî-
foit , qu’ils ainioient mieux un afiie de leur Communion , qu’un
barbe de celle de Rome. Mais fi cela eft de confequence , il
l’ eft particulièrement à l’égard des Princes j comme le fçavant f
Pofievin l’a judieieufement remarqué. Aufiîle brave Duc de / * 4 ^
Nevers , non content d’avoir refufé de guérir par des remedes tj' ' *
fuperftitieu:^ » ne voulut pas même qu’on luy amenât un Mède- .
cin Huguenot. A quoy nous pouvons ajoûter l’exemple d’un
Roy, qui eft un modèle de bon fens , de Politique & de pieté ,
& qui a fait leçon fur cette matière à tous les Princes*Catho-
liques ; car loin d’en admettre aucun prés de fa perlbnnc fa*
crée, il n’a pas même permis qu’aucun foit entré dans fa Cour,
pour le fervice de fa maifon.
' La Médecine Catholique a encore un grand foin d’examiner
les befoins^de ceux qui demandent à eftre dilpenfez de l’ab-
ftinence des viandes ôc du jeûne Ecclefiaftique , ne permettant
pas aux malades de confulter là deffus des Médecins hérétiques,
ni même ces Médecins relâchez , qui donnent dans les raifons
captieufes de Fuçhfé. En effet y a-t-il rien de fi ridicule ^ L.^ d^mtrhis.
moins Catholique , qiJft de prendre avis d’un Médecin qui fe
moque des ordres de i’Eglife & de fes Miniftres ? i
La Médecine Chrétienne Catholique ordonne de plus à fon
Médecin de ne pas abufer de l’état pitoyable auquel fon mala¬
de fe trouve fouvent , en exigeant des falaîres excçfiîfs 5 & de
fe contenter de ce qu’il peut faire. Ainfi je ne croi pas , comme c. 1. 1. chrifi
a fait Codronchius , qu’il puiffe faire marché avec le malade, ued.Mtthl
cela fenc trop le charlatan , fi ce n’eft en des cas dont nous
parlerons autre part 5 mais s’il a fait marché , & que le ihaladç
retombe , je ce doute pas qu*ii ne foit obligé de le traiter gra-
Zachiâs q. q.l. è'
GuilUlm. Onc’m.
Colloq mixtor. c,6.
Codrench, e. zj.
Ahafner. Fritx.fh.
^encinf. g.
* Oftcïidàt xgro
morbi magnitudi -
ccm , per hoc
concitct ojus folli-
citudinem , ne lan-
guorem ncgJigat ,
pars Medicinæ vi-
àebimï.ZenoVero».
E^ifc. Sert», de li.
vere ^ invid.
Mcdicus falfum di-
cic quandoquc, non
tamen fallitaiit inê-
titur j. idcninx re-
îertur ad ^ntem
ejus an jus curam
gcrit. Sextus Empi-
ric. advtrf. Math.
f,zz .Gâlen.l.de Of.
Symphorian, Cam~
pegiut Speculi M£~
4ici Chnfiian.doStr.
7.
Meihomius in jus~^
jurand. Hipocrat..
pa^ Z.IZ-
266 de Médecine
tuitement la fcconde fois.
De plus fi la Médecine Chrétienne Catholique veut bien
que le Médecin vive de fon travail , elle luy ordonne d’tutre
part de fervir les pauvres gratuitement, ^ même de leur donner
comme un charitable Samaritain les medicamens dont ils ont
befoin y parce que perfonne ne fçait mieux que luy ce qui eft
neceffaire au pauvre malade , ni qui puifie mieux prendre le
tems de le donner efficacemènt. - ^ ^
Elle veut encore bien plus précifé ment que la £ehifmatique 8^
que rherètique , que le Médecin dife fincercment aux malades.
& aux afiiftans , ce qu’il croit de rifiuë de la maladie , tant par-
ce qu’on ménagé enfuiîc .fajdnvinirtradon des Sacremens , que
parce qu’en effet e’eff en cela' que eonfifte la prinéipalè partie
de l’Art , & lé devoir de l’Artiîàn. * Mais ellc ne défend pai
pour cela de donner de la confiance & de rerperanGe par des
paroles équivoques ôc même pofitives quand on a fait le de¬
voir de Chrétien » parce que cet adoucifiemenr pcut Goncribuet à
la guerifon jqucce n’efi: pas mentirjquand de promeffespafèifc
ne fe confirmènt pas par des jurcrnens b 8c qu’enfin la iiature
à quelquefois des refiources malgré nos lumières 8c nos progno*
ftics, fort avantageufes aux malades : il fuffit qu’on ja’imke pas
Galien qui fit périr un malade par un menfongé affedé, car ayant
àlFûréa deux charlatans au fquels il abandonnoit un"^malade<|^
que l’épaule de ce patient nétoient pas luxée ,, ces ignorans le
firent mourir pour l’avoir traité fur ce pied-là* Mais fi cette
fincerité eft fl neceffaire dans la pratique, c éft particulièrement
a régarddésaffirmations verbaiesà cai literaHestque les Médecins
font;, quand ils fdnt interrogez: judiciairement j parce que lé
jurement que nous faifoüs en cesdimeem une reiigieü^
fe affirmation faite à Dieu , & qfiei etiffi: abufer dé fon nom j
que de ne pas: répondre jufte aux interrogations, du Juge qui le
icprefente. Car qtioy qu’on paiffé; petextsr: îd cdiadté dans des
rapports faits en faveur de ixs mifefealdes,, qui font retenu
dettes , & piu5 particulièrement de. ceux qui font retenus pài?
les Fermiers 8c Officiers du Prince. , on nepeut gueres fervir
les particuliers eùces occafiôiîs , . fans donner lieu à^des abus dé
€onfequcnçe,5 outre qu’on fait un.naenftmgé^ qui- eff unmalef*
fcclif ï-pqur c-aufer bien: qui à^éft pas ceitai n;- Ainfi commé
rôdeur du: iîi4;eft ; taujours. maâ^ife fies .mieux
Première Pmis. Cmç, y,
lent que leMcdecin dife mû jpuïs la vérité ea in aticfe de rap¬
ports & d’affirmations -rdâÆnc à Dku te foin dès ffiiféfables >
qu’on pourroîc peut-être fecourir par une cfpccc de parjurG.
Quant à ces Canons de i’Eglife Catholique , qui > dit-on
communément , défendent au Médecin de fe traiter îuy-même
quand ii efl: malade, c’eft une chimere : car quand il s’en trou-
veroit, il ne les faut pas prendre à la lettre & fans diftindion.
En efe à moins d’une vieilieiTe décrépite , ou d’une perte de
mémoire Sc de jugement , qui fçait mieux que le Médecin ma¬
lade , ce qui luy eü: propre , fur tout dans les rnakdes croni-
ques.
Gomme TEglifc ne permet le divorce que pour les maladies
honteufes & contagieiucs , pour des vices dé conformation , &
& des indifpofitions qui regardent F Officialité j la Médecine Ca¬
tholique veut que fes Miniftres , les examinent ferieufement Sc
avec application , & que tout s y paiïc avec toute' la deccnce
poffible.
Il en eft de meme des atteftations quelle donne, fur tout en ma¬
tière criminelle , oii les Juges ne concluent que fur ces atte-
ftations & ces rapports 5 ce que je marqué encore ûûc fois :
car quoy-qoe la Medecine fchiïmatique & l’héretiqué ne fôîént
pas éloignées de ce fentiment , elles ne laiflént pas â’avoîf:qtrel>
ques reïervcs en faveur de la Religion & des Rciigidhttâirés ,
comme nous le pourrions vérifier par plufîeurs exemples. Enfin
il y a des Dodeurs dans l’Eglife Gatholique , dont le fentimént
& la pieté vont jufqu’à croire que le Medecîn ne doit .traiter
fon malade qu après avoir invoqué le fecours de Dieu , qui eft
le véritable Archiatre. Car que feh , difent ils , le diciame ,Jp Dieu
ne luy donne la vertu ^ préférant même un Médecin homme dé
bien moin fçavant, à un plus fçavant moins vertueux ^ fondez
qu’ils font fur le proverbe Plamant , qui veut que de trois Meé
decins il y en ait deux fort mauvais Chrétiens j fiippofition quo
nous examinerons en fon lieu. Çes mêmes Cafuires non con-
tens de propofer au Médecin l’exemple d^Aza , Roy de Juda,
pour le propofer à fon malade , ÔC de luy mettre devant les
yeux l’avertiiTement de TApôtre faint Jacques , F O rai fon dé
S^aeides^, les Conftitutions d’innocent Pape IIî. CésGafuites,
dis-je , blâment encore les Medeerns qui fe confient bien plus
en leur étude qu en la behedidion dii Seigneur , & qui ne. luy
chius l. i.f. j8,
Baul.Zachias tiîul.
de Ter /trente q 6 .
Fatd du Bé in vsYst
Medi'ci idea.
Roder !c^ à
Meiico Rolmc.
Taul, Zachius q.
1.6.
Z ach'mTii . q'.p
I. s. Codronch Li,
C.37,
Ojtdder^ Rrehagîtit/
Theofhiltts ,Spize~'
Ifus deinfeticit.Lit--
terat. Ahufnerus
Frhzch. conclu/, t.
cè» î. Henricus
(t’Jpu ex Bodevin.
t é$ EJfais de Medecine»
rapçrtent pas les heureux fuccez : Hoc ego fecl^ tune fiant fece^.
Pour ne point parler de tant d’autres fautes qu’ils font ordil
nairement , & que nous examinerons à loihr dans la fécondé
partie de cet Ouvrage , qui ne traitera qu’une Morale tres-u-
tile aux Médecins ôc aux malades qui en voudront profiter,
mais d’une manière dégagée des fechereffes & des épines de
l’Ecole.
C H A P I T R E VUE
Du fecret de U Medecine.
T T O I c I Tame de la Medecine , ce qui luy donne le mou-
Y yement > ce qui la rend pratiquable , & la faitenxrer dans
le commerce de la vie. Àufli cft-ce pour cela que j’ày gardé
cette matière pour la fin , & pour la perfeâion de ceue pre¬
mière partie.
Ce n*eft pas fàns raifon que rOratéur Romain introduit Ar-
z. de jtmiehU. çhias ^ difant que toutes les beautez des deux ne touGheroient
- gfieres celuy qu’on y auroit enlevé , s’il nY avoit perfanne en
cesHicux-là ayec qui il pût s’entretenir , puifque comme le
remarque Ariftote , Phomme aime fi naturellement le colloque)
qu’il eil appelé En efifet il n’y a irien/dans la vie
. civile qui en adoucifiè davantage les amertumes prefquc con*
tinuelles , que cette joie qu’on lent d’ordinaire dans la eonver-
. . fation d’un amy fidele. C’eft là qu’en épanchant fon cœuï
^ avec ïiberié & fans crainte, on fe décharge du pefant fardeau
d’un ennui .mortel , ou qu’on reçoit un confeil fîneere ) qui
tire de la peine , qu’une trop grande referve , & un filence
, fcrupulcux rendoit fans reinede. Mais quoy-que la Medecine
n’ait rien d’incivil ni qui interrompe lafoçicté , toutefois quand
il s’agit de ce qu’on appelle le fecret , ,dans les converfations
mêmes les plus particulières , il n’en eft pas de même que des
autres affaires de la vie civile-, c’eft l’intereft de nôtre pro-*
chain. Le - malade ’peut bien s’ouvrir à fon Médecin 5 il Y
cft même obligé, s’il veut guérir 5 mais le Médecin ne doit jamais
faire entrex le particulier de fon malade dans la convenado^^’
Première Partie, Chap. VL
quoi-qu il y puiffe faire entrer toute autre chofe , pour parta¬
ger avec fes amis cette douceur fi neceffaire à l’entretien de
îa vie &c de la focieté dont nous venons de parler. C^nddl a
donc reçu le précieux dëpoft du cœur du malade j il faut que
fon cœur & fa bouche renfeveliffent dans le filence > & qu’ils
luy fervent, pour ainfi dire , de tombeau : ce n eft plus alors"
une matière de converfatiôn s & il n ’eft pas moins obligé à
garder ce fecret , que le ConfelTeur à garder celui de fon péni¬
tent. En effet fi 1 un & l’autre n’y étoient obligez , quelles fui¬
tes &: quelles confequences dans la Religion & dans la Repu,
blique ? En combien de maladies du corps & de l’ame ne crou-
piroit-on point tous les jours ? Q^ls doutes , quels fcrupuîes»
quels chagrins ^ quels embarras , & particulièrement pour les
temperamens melancholiques , de n’ofer recourir aux remedes
qui leur paroiffent fi neceffaircs ? S’il eft donc vrai que te Me-^
decin foit le Çonfefleur des infirmitez corporelles il nt îmt Miche Isodetnn^
jamais que ce qu’il fçaît forte du lieu oii il a été mis éh de- 2-
Îoft , tout cela ne doit être que pour luy pour le ma-
ade 5 2c loin d’étre le lien & rentretien delà focieté civile r
il ne .peut fervir qu’à la diffbudre. Le lieu qui reçoit ce dé-
poft, doit reff^bîcr à ces vaiffeaux où l’on fait entrer tout ce
que l’on veut , mais d’où rien ne fort , quoy quÿn faffe , quand
il y eft une fois entré A moins de cela plus de Médecine Pra¬
tique. Sur quoy on peut remarquericy j, que ce qu’on appelle
fecret , a deux faces dans la Politiquç j l’une qui cojijpj-end & . ^
recelç les deffeins Idüabîes . êc - les plu^ nobles entreprifes , dé '
crainte qu’elles n’avortent en voiant le jour 5 l’autre qui caché:
les trahifons, les QefobéiiTances & les révoltés j pour! efqu elles; ;
le silence n’eft pas moins neceffairej, que pour les plus honnêtes &
les plus loüablespro jéts>Çl’cft dans le dernieridé t^s deux fens que*
Tacite parlpit de fonBeau-pere Agricola : Secrepum ^ füentmm-
pjtis non timeres & que le Dde d’Àlbé appeiroit îë Prince d^Ô-
range A Mais il n’en eft pas dans la Medecine com¬
me dans la Politique , Je filence n’y peut avoir qiCune bonne
face , il n enferme rien de mauvais^'C’éft ppucqudy if eRcfens:
dans l’école d’Mipoerate ÿCe qu’il étoit dans eelIéd’Epemcnides
& de Pythagpre;, où il étoit fi préçifément reçomrharsdé q ué cé:
luUcy en chafla Hyparchus , pour en avoir révélé lé fêcret'v
Êifant ériger une colomne en fà place avec une figure dù ^
L I i§
L. de Cftpt/miet uti-
litnte ex ennicis.
Siracjd. c,
Ejii/. ad ElvUiam,
Injus'urand.
Medicam cffc piS
& (cpclicticem pri-
vata rcveiaca ipÆ.
Rhxjtsl.z^. _
Contin. c.^ .
I. B. Cadrer, ch^
T. B, Silvutic. in
Med,c.%.
Zachias
Ahafner. IritT^
'Concluf.
zjo Bjjah de Mededût.
lence. C’eft ce que Plutarque appelle nonmitor pm virfmhiSip^
confequcnt ce qui rend le Médecin accompli. Car enfin fi l’ons ea
rapporte au Sage Siracides , celai qui revele le fecreip ptrd tome U
creance , é* toute Vejlime c^a on a’üot'f pour lay , parce que c*eji le prcr.
pre â* un fourbe de rfietfre au jour ce qu'on Uy: confie -tCOinm défila
marque d’un y eritable àmy -de nè rien f épeler de u qut dott-Ptre ces-^
ché. Rmgijfez,., ajoute-t-il , à la nfomdre ttntaiion de revder le fe^
cret , fi vous voule^ éviter la confufion dé dvdir trahi vûm âevofr\
é’ fi vous voule^ mériter C efii'mt umnetfiede. Gonfeil qui fembiè
d’autant plus fait pour lés Medecïm en particulier , qu
cy doit êcre regardé comme le ' meilleur amy qu'on pdidé'falre.
Saint Jerome parlant des obligations du^Môdecin , luy^ôfdâîî':*
ne particulièrement de garder le fecret des familles bii il eïïap;
peîîéjdê ne regarder que foil devoir en tant dé dfiFé.rens endroit^
du tarit' d’objets cüfféreîis preFeiTtent tfà. hûë
.ginatipn î Sc l’avertit que fi Hipocrate; rouf ÿàyèid qu’l! étoifi
a fait dé fl belles leçons à fes difcipies fur cette matière 5 à plus
forte raifèn. îés 'Chrétiens à la fidélité defquels dn fe; commèt,
fprit ôbligé^^ de côûfîdefêr le prerchain comme euS-mêmes; H
ri’eft ÿas jÙfqneS: à ce fagé Jiïf ? qu’uit de ripi ÂfaBes clm fi)ü>
vént^a f ^i 'rie fecqmmïnde ’i fôn Médecin aPeriievCi
fir> .pdur aîrifr dire , tout cé qti’on 'éoriffci à' fa difcretiori. Mais
ce qui cft bien plus conlîderable , FEglife dé Dieu s’explique
Ci fdrmetiemént fur cette mâtiere j qued brdoriné âu Mede-
eih de garder le fècret fous peine de pètliémTonel , & particu-
Herement dans les maladies qui font une fuite du péché 3 U
é’êC ce qui a faitdireau jurifconfultc'qüc le Médecin n’éft
pas obligé de révéler le fecret du malade même ^ jugement»
Ccè û’etb ppur des faits generaux > ,&; quand par exemple il
s’agit iié malhdlès çontrigieurès , Iqur infecl:eroién publi,^ >
âpres ayoit Irifeéïéfe particUlier rfidn n’y ‘mettori ordre
populî fuprema lex^^c^ TôuSles Maîtres riiêriic de l’Art j n'orit
jamais publié Ce precepté danS léiirs ouvrages , parce que le fc^
crCt ifembîe ctré le lien qui attaciae le m'aîadc au Médecin SC
le Médecin aumal^e. Ænfi le grand filpéeratew^
te pas de jurer par ce qu’il croit le plus tClireTriBle , qtfd mè tè*
velera jamais rien de ce que le malade kiÿ âu^ <St 3 mâiièff'-
corc- il protefte de garder la même fidélité en toütës
dmceafions Si dé rencontres qui né regardent pas. la Médecin*
PrewW P^c.Chap. VIIL 271
AuÆ l’Orateur Romain veut abfolameût , que Us. Mtàeùm qui
ent Centrée Uhre des chambres & des cféinets^ emhem tout ce qui doit Subeam , ^hl
hrt caché, ^ufques à fe taire même af rés ànjbir été effenfe^^ quay qu il teçcrcdcbcntcnam
foit aÿeK difficile de ]c taire qmnd on efifafcU i>küic -^dkvà ee ÎL
fujet qu’un Médecin doit plus fçavorr & plus penfer que par- àoicsit.eicer.inof,
1er. Le Conciliateur veut que fcs difciples Ibient , pour ainfi di- f
rej les receleurs des yaffionS' qui perteüt la éon^ujion avec elles, ün PafBoièjm ignomî-
autre Auteur » de même païs ne inet pas de diSerence entre un “iofarum fibi rcvc-
Medecin Sc un Conféfleur quant auXecret.-Le dode V aleriifc ^ zlT£fferjjT'‘
quoy qu’en termes differens de ces deux Italiens , eft de même a Ludovic. d’Avi-
fentimenc , Si fait une grande afiàire du fecretà un Médecin..
Une Moderne foudent que c’eft du feexet que ce vers de Vir- hEn^.rrat,Medic.
crilc doit s’entendre :
. Mutas a^abat ï^rm ariesi r imundarum
La Loy de naturequi ne permet pas qu’ôn faffe à autrui ce que*
nous ne voudrions pas qu’on nous fît j femble iî délicate fur
cette matière , quelles premiers fiecles n’ont pas manqué de
marquer cette vérité , par des Apologu^ ^dés Hyttrogliphcs
qui fautent aux yeux des clairvoyans. € ’eft ainfi que l’antiqui*
té a feint que Sifiphe roule éternellement une roche dans les-
enfers > pour avoir révélé aux mortels le fecret des Dieux } de
c’eft pour cette fai fon que le fàmeux Scite .Anacarfis n^étoit
jamais reprefenté que dormant la main gauche, fur ce qu'on-
ne peut nommer honnêtement , de la droite'fur lia bouche , pour
marquer qu’on doit s’alTurer de l’une de ’èt L’amre de ces par¬
ties , & particulièrement de cette derniere ccanmife à la droite
comme à la plus forte. Mais ce qni fcmblfe de plus précis fur ‘
cetre matière;,: c’efl: qu’on dirait que la conjèqanee des noms
adocie Harpocrate avec H^ocrate,, pour nous apprendre, que
le fecret eft pardculieremem-rccommandé au Médecin » U que
quand Harpocrate fe trouve jmnt ehex les Egyptiens avec Hist
& Ofiris inventeurs de la Medécine , c’eft men moins pour
nous enfeigner que les peuples ayent voulu envelopper dans.
un filence affedé , que ces Divinitez ont été des hommes ejfte-
clifs, que pour nous feire voir que; par tout ou il. y a"~dü
malade & du Médecin , le filence doit le trouver au milieu. .
Qa’âinn ne foit ,on ne voir gueresde reprefentations d’Efeu-,
lape appuyé fur fon bafton noüeux & entortillé d’un ferpent,
qurqnr^ne y.oye un Harpocrate à côté:, tenant un doigt iur fà
Ejjats de Meieçine,
bouche > & affis fur la Heur du Lotus confacré au folêil fo^
pere , auteur de toutes les produdions de la .nature , & par¬
ticulièrement des remedes. Soit donc que le Médecin confè¬
re avec le malade feul à feul, ou qu’il conféré avec quelqu autre
Médecin pour ce malade j foit qu’il falTe quelques indudions
dans les ouvrages qu’il donne au public , il ne doit jamais man-
quer au fecrec , épargnant toujours & les noms Sc les quaUteZf
de ceux qui entrent dans cesindudions.
Uifctll. Erudit.
jfntiquit.Tabul.tS
fed. i. art. i.
^75:
ESSAIS
MEDECINE
SECONDE PJRTIE.
Des défauts & des devoirs des Médecins.
Définhim du Médecin . ^ O* çeMe des quatre plus fameux Médecins
qui ont fait la Médecine d Paris de notre temps,
CHAPITRE I.
PRES avoir écrit de la Médecine & des Méde¬
cins qui luy ont fait honneur aux fiecles paffez ,
je viens aux Médecins de nôtre temps 5 & pouf
mieux marquer les devoirs des Médecins en ge¬
neral, aux défauts de ceux qui déshonnorent la
Medecine par des fmgularitez qui n’ont rien de
conforme ni aux préceptes de l’Art, ni à ceux delà Religion;-
C’eft ainfi que le droit étant & la règle de l’oblique , & fa pro¬
pre réglé , je commence par la définition d’un bon Médecin.
_ Homere qui nétoit pas feulement grand Poëte &: grand
Théologien dans le Paganifme j mais qui étoit encore fçayant
Mm
2,74 Ejjais de Adededne
lUni.'L: ^ans la Médecine, dit que c’eft un perfomage excellent y, ^ Um
V. p.Tahnm.Uh. deffus du commun des hommes, Hipoçrate va bien plus loin.y
4. c. }i. Thejauri puifqu’îl Ic fait égal aux Dieux , en quoy il a été fuivi ^ar Ari-
rerum rcmdtm- {tote, &: par quelques autres Philo fophes.
^ " Ne pourrions-nous donc pas bien dire d’un bon Médecin fur
nos propres expériences , ce que quelques Poëtes ont dit du So¬
leil , que l’Antiquité a regardé comme le Dieu de la Médecine?:
C’efl le Dieu fenjihle aux humains y .
Ce fl II œil de la nature ,
Sans luy les œuvres de fes mains.-
- Kaîtroknt a P avanturCy, ' '
Bt fans luy l'on verroit périr ,
Tout ce quon voit naître ^ fleurir,.
■ Ciuthio ch'm ciel d'^honor, can cinthio ayarMi
Scorri ^ alcui corfe illuflire y an^al eut vûlô.
Termine: anguflo €■ l'un èfl'alm polô:
Senfa meta-i ^ occafo. etemo , è chiaroi.
Non hk di te naîura altto piu carœ
liglio £: mimflr.o.é. di que raggi- folo.
: €into tenv ai flrà numéro fo fiuolo ^
ch' al gran vecchiôidt Qoo Ja chiorma. ornarœ
-A Tu de mortali a le caduche falme. '
Render faivita -, ^ knmortale intanto,
Di due morti m m punto bai do^pe palmê.-
M ne Tarte faluhre, hai doppiovantOi
che f&i non men che'p corpp a fanar T aime:
. ‘Vfoyhnôn meni ho con la man col cantoi.
Mcâicas rcrum En^-ej^.t, outrc It rémoignàge: de tant dc gravcs A.uteurs4’^^
fc^nSmuT^^^na- periencc UC nous apprend-clie pas tous les jours ,, ce qu’on peut
tuS”iauafvekum attendre des fecours d*un excellent Médecin ?;Ne voyons mous
minifter, maiorum qu’il pénétré dans Ics fccrets de la: nature les plus cachez»
faimatis comes^^^ comme fon plus fidelleminiftre? Les coétions , Ics diftributions,
raierioi.iocor.ci>}s* Iqs générations , & tant d’autres Ouvrages de la chaleur natu-
mmJtb. I. cAf. 4, j-gjie jtout cela ne dépend-il pas dans le petit monde , des foms»
de réconomie & dés fécours , du Médecin , à peu prés de même
maniéré que dans lé grand monde , . où tout (e fait & fc perre-
dionne par la verturdu grand luminaire ? Les folutions des ma¬
ladies, les fondions de Pâme fenfitive di végétative, & quelques-
Seconde Partie. Cliap. ï. 2^7:5
fois même celle de d’aaie railonnable iroient-elles pas à Tavan- y. 114.
tare fans la prudence , 6c fans la conduire du Médecin ? Que de
morts, que d’ayortemens , que de inonftres , Ôc que d’autres dé- J^^c.
fordres , fans cette main eharitable qui remet fouvent la nature
égarée dans fes voyes , ou qui l’empêche de demeurer court
en tant d’occafions • T out cela eft vray f mais à parler franche-
înent ôc fans figures , comme ces deferiptions de Poètes que nous
venons d’alleguer patoilîent un peu hiperboliqn es, elles nefonc
gueres conformes à l’idée limple 6c nuë qu’on doit avoir d’un
bon Médecin , ne Tétantpas même à celle que je me fois faite
pour l’économie de cette fécondé Partie de mon Ouvrage.
Difons donc fimplemenc 6c fui vaut l’idée d’Hipocrate, que le
Médecin nejl rien mm chofe quun homme de bien , -qui ^r/zü^ue 4^
V Art de guérir avec conmiÿance é" exactitude^, Vir bonus medenâi legs, feu de Muâtes,
pritus , fentiment appuyé^ non feulement des Médecins de la.
Sede de ce grand homme , mais encore des Théologiens 6c des
jurifeonfuites , comme on le verra dans la fuite. Ce ne fera jr Tirpqutii. dt
donc ny l’étude , ny rexperience feule qui nous donneront un 31.
Médecin j mais la probité jointe à l’étude 8c à l’experience 5 La
fcience6c les bonnes moeurs , fans cela point de Médecin. Fir
bonus medendi peritus. Aufli ce fera fuivant cette réglé ôc for ce
plan-là, que jechercheray des Médecins en cette; fécondé Par¬
tie , ôc que marquant ce qu’il y a de plus oppofé à la perfédion
-des ProfefiTeurs , je feray voir ce qui a rendu la Profeffion fî
méprifable depuis quelque temps. Car y-a-t-ii un meilleur
moyen de ramener au bon chemin, les Médecins qui s’en fout
écartez, que de leur faire obferver qu’ils font comme des
Afpics dans la voye des pauvres malade-s , ftcut cerajîes in via ,
au lieu d’y paroître ôede s’ÿ faire regarder comme ce faluraîrc
ferpent qui fait la devife des bons Médecins , Fenitcjue falutifir
orbi.
G’eft pour cela que je commence par les portraits des qua-
tres Médecins de notre fiecle , qui femblent avoir fait le plus
d’honneur à la Medecine,dans Paris ôc dans quelques-unes des
Provinces , ôc que je laififeray enfuite à conclure dans l’état oii
la Medecine eft réduite depuis quelque temps, i. Que le juge¬
ment qu’on fait du mérité des Médecins eft fort trompeur ,
2.. Q^ les Médecins qui font le plus de bruit, le font fouvent
par la cabale , ou par des artifices ôC des dehors qui impofent.
^ Que la fortune a fouvent plus de parc à leur réputation qu’un
Mmij
'JLnnAUS
lik
'tj6 EJJais de Ad[edecme,
vray mérité' 4. Et qu’enfin les beaux jours de la Médecin^
étant paffez , c’eft fait de eét arbre de vie , dont il ne refte tan¬
tôt plus que le trône , fi le ciel ne fufeite quelque puilFant gé¬
nie, qui fafle reverdir ces branches qui s’étendoienc autresmis
iî loin , & qui donnoiènt de fi beaux fruits j le rajeuniflant com¬
me il arriva à l’Empire Romain, fous les heureux aufpices de
Tior. in Trajan..
■ Le premier donc de ces quatre Médecins de; réputation que
je vais dépeindre paroîtra fous le nom de Neptune: Le fécond
fous celuy de Grand; Le troifiéme fous celuy de Politique, &
Le quatrième fous celuy de Petit-homme , pour les- raifons . qui
fuivent chacune en fon lieuv
Le Neptune' eft ainfi nommé , non feulement-parce qu-il éroic
le plus vieux des quatre , &; qu’ilavécu prés d’un fecle ; mais
bien^ plus., parce qu’il- a prefque toute là vie prélide aux plus
fameufes Eaux Minérales du Rdyau me ; que fa- voix ,/a chevé-
lure ôc fa barbe impofoient fi naturellement à- ceux, qui cher-
choient dn- fecôurs dans ces eaux , qu’il fembloît un autre Ne¬
ptune., Oi humerofque Deo fimilis , ôc qu’enfin il fémbloit àl’en-/
tendre parler, qu’il fut non feulement le Seigneur de toutes les-
Eaux Minérales mais- encore rihtclligence motrice, de. celles-,
qu’il Gomparoîtà la Pifeine de Jerufaiem;
Il naquit à la fin du feiziéme fiecle , fur lés rives dû Fieuve
qui mêle fes eaux avec, celles- dé la Loire , un peu au defibus
de Nevers.. Comme il étoic fils dc-Maître& d*an alfez bon Maî-
tre-5 qull avoir beaucoup-de feu-, qu’il; fut fort bien, élevé 5 il
prit fes-. dégrez à Monpelier avec de grands éloges., Ainfi fom
pere- qui^ étoic fort en confideration ala Cour , où il oceupoit
un des premiers polies de là Profelîîbn , ne manqua pas dé lé pouf¬
fer j mais ipne fe foutinc pas long-temps dans lés divers Emploie
qu’il y eut. Son humeur fiere & emportée luy fit des affaires , ^
Ion imprudence étant allée jufquesaen conter àdés Dames de
qualité , & à faire des Vaudevilles & des chanfonettes fur déà
matieres-tres-délicates, il changea tant- dé fois de maîtres , qu’it
n’en eut plus d’autre que le public. H parloir à là vérité fort,
bien pour fon. temps, & avec une volubilité de langue furpre-
nantejmais ilmêloit tant defables & d’èxagerations- dans.fès
difcôLirs , qu’on v-oyoit bien qu’il -parloit plus parodentatron que;;
pour une bonne fin. G’ell ainfi qu’il faifoic un mélange fi parti--
ealier. liaœ^ne?av,eç laiMe.^cine', .&4’ûne maniere“
fécondé Vartie'y Chap. T. 277:
CrapitlSj qu’on n’avoit nj le temps déjuger de ce qu il avan-
çoit xoy le ioifîr de luy répondre. Voila, pourquoi ceux qui le
Gonnoiffoient parfaitement ,& qui ne v.oubient pas fe commet-
tre avec cette humeur hautaine , cedoient quelquesfois aux
premiers efforts du torrent, fçachant, bien que tout impétueux
quil étoit , il ne laiffbit pas de paroître à fec , quand il a voit
coulé certain temps.. A quoy on peut ajoûter qu’encores qui!
fît fduvent entrer la fainte. Ecriture dans. les difcours qu’iJ te-
noit aux malades , il y méloit tant de. vanités , qu’élis n*en étaient
pas plus confolez.ôc édifiez. Il eff vray qu’il avoit de l’étude , 6c
qu’il connoiffoit âflez les .remedes de la Medecine j mais pour,
ne pas s’arrêter àL'ufage bizarre qu^ilen fàifoit, ce qu’ily avoit:
de plus avantageux pour luy dans la pratique, eff. qu’étant afTez..
heureux pour ^ever d’abord les efprits médiocres par lès ma- av
nieres affirmatives 6i.par fa hardieffe,.il n’ayoït pas enfuite grand-
peine, à faire valoir Les heureux fuccés , &:.à les attribuer a ùl
conduite ,rejettant adroitement les fuites malheureufes des ma?
ladies fur ceux qui n’avoient pas le bien de lüy plaire... Car non.:
feulement il ne vouloit jamais avoir tort dans, la pratique j mais,
jufques. aux matières problématiques , loin de revenir & de:
prendre le bon parti , -après les avoir agitées , il ne faîfoit pas de.
difficulté de pouffer la chofe jufqirau paradoxe ôt au galimathias;^.
Souvent, e’étoit affez qu’il, l’eût dit., pour vouloir qu’on le. crut
fur fa parole ,4emblab lé en cela au Géant dé la Gomediè, donti
il avoit quelque chofe dans la taille. dans le parler. .
m Uty dit commeMjl répond »■ je k
En effet.
Ces grands Sommes pleins dé chlmeres^i .
Sont dé un raisonnement fâcheux ,
Et fiers d" être au dejfits da hommes ordinaires^..
JPenfent que l^ raifùn doit être au de Ifous dieux -
^ Q^nt aux honnêtes rétributions qu’il pouvoit prétendrc dc"-
lâ Medecine, quoi-qull Temblat définterelè.jtout ce qu’il far-
foic n’étoit qu’apparence , jpüint toujours fièrement fôn jeu par-
le moyen de fes Apotiquaires , de quelques autres affidez '
qu îi faifoit intervenir , jufques à employer dès moyens encore
p. us ï as pour yenir a.fes'finSjComme nous le verrons dans quelques
Uns Chapitres fuivans. Jureur dautant plus hardi, que par un
Oiaiteat déplorable, lés juremens étoient non feulement .alorsà -
M-m iij^
1
:ï 78 Effais de Medeme,
tolcrez ,• mais pour ainfi dire du bel air ôc un ornement du dif.
cours. Il ne laîfla donc pas .avec tout cela d’être long- temps '
la mode , & dautant plus que -contre l’ordinaire des Médecins
il fut long-temps efclave de la mode> 6c meme de celle des ha-
I)lts; car les fraifes étoient toujours des plus proprement gode-
ronnées,fes habits des mieux chamarés êc découpés, fes caftors
6c fes bas des plus fins j 6c comme fa cüriolïté alloit jufques aux
rofes de fes jarretières ôc de fes fouliers ? on n’auroitpas manqué
de le prendre pour la véritable Belle rofe", -s il eût eu la douceur
de cet Acteur qualité qui luy étoit d’autant plus nècelTaiîe
auprès des Dames , qu’il n’enrrôit jamais en madere avec elles
qu’en Capitan, qaoi-quii n’en fortic ordinairement qu’en Pan¬
talon ou en Gratian. Enfin on nepent s’imaginer plus de dif¬
ferentes Scènes dans la vie qu’on en voyoit dans fés -actions ,
changeant à tous les momefis du blanc au noir» 6c du noir an
Elanc. Il avoit les apophthegmes pardculiers, mais qui nc paf-
feroient à prefent que pour des turiirpinades. Enfin après avoir
fait fort mauvais ménage avec fon éponfe , 6c après avoir dè-
meuré veuf pendant un long* temps , il s’avifa de fe remarier à
iage de 78. ans. Je ne fçày pas bien s’il le fit pour la fanté de
fon, corps ou pour le falut de foh ame 5 mais je fçay que la
femme qù’il époula étoit fort jeune 6c fbrEpauvre , qu elle mou¬
rut peu de terhps après, 6c que ces deux femmes ne luy ayant
point laiffé de mauvais enfans » la première luy^laifla de fort
bons procès , ce qui luy donna bien plus d’exercice lùr la fin
de fes jours, que n’ay oit fait la Médecine toute fa vie j de ma¬
nière que de tout ce qu il avoit gagné 6c de tout fon patrinaoi-
ne , Î1 ne laiffa prefque rien en mourant que la feule réputation
de grand Médecin. On fe contenta d’outrer après fa mort les
Eloges qtfil avoit tant ambitionnés pendant fa vie , 6c avec
lefquels on le payoit quelquefois, comme il arrive à tant d’au¬
tres Médecins. -
Ô E C U s M E D I C I N Æ , R. E G n M D E L I C I Æ , G A L E I Æ
P&æsidium:, Oasis Of^aculum. Oasis Æsculapius
ET G aeLi Æ Me aeuKius.
Fixip fub Ttihal Re^èm, am ptms fué ^0 vtxm.
En voulez-vous davantage ? encore E cela âvoit été mis
vers , comme la Poefie a les libertez , on le foulFriroic auÆ
tiemment qu*on a fait cecy.
2-7^
Seeondk Partie. C&ap. 1.
^acet hoc tumulo quant multos vivere fecit
Tu mirere hoffesr hune potuijfe mori^
C’eft ainfi qu’on a die d’un autre.
Hic ejl Pat . . ^ inclitunt AfdepU genuy
Fer quemperire nm U(^^t tnortaUby
Ainfî: je laifle à penfer àceux qtii feront réflexion fur ceqtrc
Je viens de remarquer > & fur ce que je^ remarquera)^ eu quel¬
ques endroits de cet Ouvrage , touchant la conduite; de nôtre
Neptune.» fl fa réputation étoit fondçeTur la vérité ou fur les/
apparences 6£ la; prévention..
J’appelè le fécond de nos quatre Médecin s^^X e G r a n d ^
plus par rapport à, fa taille ôc à foii bonhenr , que par rapport:
à fa fcience &. à fes autres qualicez. Aufîi eft -ce en ce"
fens - là q»Xün Médecin d’une riche, taille cfl: appelé Héros
chez ülpien. M naquit vers la fin du feiziéme fleclc dans une-
des Villes de k Loire fîcuée entre Nevers & Orléans 5Xameu—
fe par fes Antiquitez&par (es Foires.. Il fit fes études à Paris,.
GU il prit fes Dégrez dans la Faculté de Medecine. . Après y avoir
pratiqué quelque temps fans fruit &. fans bruit r il fut obligé dc-
fe donnera un Ptince peu' liberal, mais d’ailleurs fort commo-
de, &avec lequel il vivoir au, moins d’efperance jamais comme:
il eut reconnu aprés-quelque temps qqe ny la continuation, de
fe fèrvices, ny la - Gaîenique pour laqueiléiLavoit juré, nc ren-:
doient pas fa fortune, meilleure, & que l’Émpirique Semini avoir
gagné quelque argenté fait bien du bruit à/Paris par une mé¬
thode fort hardie j iLrefolut de: changer la flenne & en même-
temps de quitter fon Maître , pour fe donner au peuple & aux
riches, de cette grande Ville. . Gé qui le détermina particuliè¬
rement à rompre- fes liens , efl: qu’ il apprit que fon Patron im--
prouvoît hautement la conduite d’un Seigneur fon beaufrere
qui cnrichiflbit fes dbmeftiques en fl peu de temps , qu’au lieu-
d’etre affidus au fervicei,' ils allpient fe promener dans leurs mai-
fbns de campagne,& qu*il difoit- à/ee Seigneur que Punique moyeiî:
d’être bien fervPétok dé promettre toujours » & de ne donner
que peu Ôs fort: tard.. Voyant donc par là qu’il perdoit fôn
^mps, & ayant donandé fon congé if vint s’établir à Paris, ou
H ne^ mit gueres à fe confirmeri dans icette creance » que fi un-
Hmpirique qui n’étoiE^j guidé que par uneexperienceinfideUe,.
ne laifïoit pas de reüÆrquelq.uèsfpis avec des remedes; incon--
nus à la Galénique , il feroic dau^anr mieux fes: affaires ^ celf-
1
aSo de Médecine .
les des malades ayec de lemblables fecours , qu il les cônduîroi
avec bien plus d’ Art & de prudence , que ne f'aifoit un ignorant
téméraire. En cfFet, s’étant fervi des memes remedes que Se^
mini , premièrement parmi le peuple & la -bourgeoifie , & enfui~
te chez les perfonnes de qualité , il fe diftingua fi bien de fes
Collègues par le fuccés de fes remedes , qu*il fut enfin recher-
ché des Crands Sc du peuple plus qu’aucun autre Médecin de
fon temps, & que de degré en degré il monta fi haut, -& parvint
ft de fi grands honneurs , qu’on n*a veu en France de mémoire
d’homme, aucun Médecin fi applaudi êefi recherché, quoi-qu’il
y en ak eu Eon nombre de bien plus fçavans & de plus agréa¬
bles. Car quoi qu’il eut afiez la mine d^un Médecin , qu’il fut
décifif , qu’il eut l’exprelfion mâle , le naturel franc , jufquesà
avouer â fes amis que le liafard n’avok pas peu contribué à fa
réputation , il n’avok pas une fort grande étude , & encore moins
cette douceur fi necefiaire à un M édecin pour s’ in fin uer dans
refprit des malades , & pour s’attirer leur confiance. Il paroif-
fôk même quelquesfois fi brufque, qu’il fâchoit fes égaux fans
fçavoir pourquoyf & qu’il perdoit le refpeâ: aux Grands fans
penfer à ce que la raifon & k bien-féancé veulent qü’ori leur
rende. Q^nt à cequ’on appelé rhonnoraire ou reconnoifianee,
il étok fi intereffé-, qu’il continua à prendre de l’argent desma-
lades après toe entré à la Cour, fçaehantbien qu’(^ ne pou¬
voir être malade riy ^mourir honnêtement êc dans leÿ#rmes ,
fans quel ques- unes de fes vifirers.
La fortune le mena encore fi loin , qu’étant allé au fëcouîs
d’un grand Prince perilleufement malade hors du Royaume, non
feulement on fe perfuada que l’heureux fuccés des remedes
droit un efede fa capacité^ mais encore qiie les Députés des
Villes allèrent à fon retourau devant de lüy , avec des prefens 6C
des complimens extraordinaires^ le conduifant comme un Éfeu-
lape. Enfin il eut ieplaifir touchant de fe voir dédier une Tbe-
fe ornée de fon portrait, où ilécoit a^cle, Medicus
C I r UM E T M E n 1 -C'^O R Ù M pRilîf GE^S) FJR BiS ET ORBI?
M e d ïc u sU' pour ne point parler des menus lùffi'uges qnî
donnoient du relief à ces Titulades. Et voila comment K
calté,-quoi-qùelle ne 1 eftitnât mpem c^uc fon prix „ &
crut avoir quelque fiijet de s’en pleindrc,ne laiffà pas, tant elk
étok bonne, de faire l’Apoi heofe d’un fujet vivant , dC dû» ^
grato che 'veH^mente non le mtri^A'ua, ior. , ‘ '
S-econde Pmte. Chap. I. 2.8 1
Le Politique eft ai nfi nommé , parce qu’il étoit en efFec le
plus politique , le plus accommodant & le plus infinuant de tous
les Médecins de fon temps. Q^i^que fa mine & fa taille ne^
promident rien de fort grand , il faut avouer qu’il ayoit efFe-
éfivement de la douceur > de la politelTe j de 1 elpritj de l’érudL
tion , & qu’il icoic lionnête homme. Mais fon pere qui s’étoic
tranfplanté delà Champagne à Paris, s’étant fait recevoir Doc¬
teur de laFâcaké, &fe croyant obligé dé le mettre far lés bancs,
il ne manqua pas de fuivre Ig. méthode , les maximes & les
allures quon luy montra. Neanmoins , comme il avoit les
inclinations nobles , cela ne l’empêcha pas de continuer lecom-
merce qu’il avoit eu dés fon bas^âge avec les belles Lettres.
Caroalo mufe Encor, Ainü ,{bit qu’il parlât François ou Latin ,
fon expreflîon étoit lî ai fée, ôcfes compofîtions ii pleines d’agré-
mens & d’érudition , qu’on ne pouvoit pas mieux confulter, à la
Galénique, qu’il faifoir. Outre qu’il pofledoit Hipocrate , Celfe
& Galien, il s’étoit tellement mis Fernel dans la tête, qu’il le
débicoit prefquetout pur. Quanta la fortune , ayant pratiqué
alfez jeune 5 fon perc luy ayant laide de grands biens , fon époufe
ne luy en ayant pas moins apporté j & ayant été l’un & l’autre
fort bons ménagers , ôc s’écanc enfin vou dans une reputatiojçi
bien au dedus de celle de tous les autres Médecins , il ne faut
pas s’étonner s’il mourut le plus riche Médecin de France.
t‘ Il n’éxigeoit rien à la vérité des malades ne fe fervpitd’aucun
artifice bas ôc honteux pour entrer en pratique 3 mais il prenoic
tout de toutes fes mains & de tout le monde , & ne rctournoit
gueres le foir quand on avoit manqué le matin au devoir. S’il fe
fut donc donné tout entier ou au moins en partie , à qui plus luy
donnoiCîôC s’il n’eût pas toujours été pred de fuivre qui le deman-
doit,on ne fe feroitpas étonné de le voir faire valoir le métier^
mais de bonne- foy, étoit-ce faire la Medecine & gagner l’ar¬
gent comme il faut , que de quitter les malades aufii-tot quhl
Tes avoit regardez, après avoir ordonné deux ou trois faignées,
du' fenné , de la calTe Sc du laid clair, dont il commettoit la df-
redion à quelqu’un de ces Médecins qui l’adorofont , & qui
n’eulTent ofé prendre la liberté de Farreter un moment en in¬
terprétation de fes Arrefts&dc fes Oracles , s’eftimans trop ho¬
norez de le fuivre ,& d’avoir fon attache pour s’introduire dans
le monde malade î Ainfi je laiffe â paffer fi ce qu’il donnoit fî
charitablement aux pauvres^de la même main avec laquelle U
1
Ejjdis dé Mèdëcme,
Favoit tiré des riches, doit s’appeler aumône ou reftitution. Au
relie trois & quatre fois heureux , fi avec les grands biens & les
belles qualités qu’il ayoit, il le fût-appliqué à toute autre chofe.
qu’à la Medecinerpii l’on n’eft pas. toujours .guide des- le cornr
inencement dans , le bon chemin , & dans les maximes les plus
méthodiques ^ les 'plus nobles , & oii orr conferve ordinairement
la teinture qu’on reçoit d’abord.
Le Petit-homme , Iç dernier en toutes maniérés de nos qua^.
tre Médecins, eft bien moins nommé Petit-homme par rapport
à fa petite taille-? que par rapport à fon peu de mérité , n’étant-
rien mpins en effet que ce qu’on s’imaglnoit , & que ee qu’il
affe doit de. paroi tre: ; ^
II naquit au commencement de notre, fîecle fur les rives de
la Loire , d’un pere-qui ne fe contentôit pas de paffer pour har
bile Ghirurgien jamais qui tr^nchoit encore du- Mcdeeih. , com- .
me font tant d’autres Chirurgiens. Après avoir fait fçs Huma¬
nités &: fa Philofophic -, il alla prendre fes Djcgrez à MonpeÜer,
d’oii il retourna s’établir en fqn païs natal , reToiu d’entrer dans
• .. laPrariqueâquelqueprixquecefut.MaisaYantquedeleçon-
fîderer dans cet-exerGice , je croy qu’on fera bien aiie que je -
le reprefente un peu par lès traits & par l’air de fon vifage., ffil
-eft vfay que chacùna fa bête fut la face, comme quelques Au^
teurs fe le font imaginé , on peut-dife fans exaggerer qu’il avoit
toute la phifionomié d un cMt , ôt par confequeot d’un tygre ,
•cachant lin naturel: impitoyable fôus un extérieur: qui tenait
de la dpuceuf du poil de -ces animaux > non ieulement fin ,
rufé, flàteur, ôd traîtré: comme un chat,., mais encore crttel
comme un tygre,quandil s’agidoit derfon intereft de fa pafr '
don, Avec tout cela fort éloigné de la hatdieffe: du dernier
tant il étoit lâche ; car quoy qù’il fe picquât de dermeté de
generpEré , il étoic plus' rempant que,, le, pins -petit des. repti-
lés^ quand il ; avoit affaire aux- riches , . & paroiflpit le plus mef-
quin des meiquins , quand il s’agiffoit de répargne :& dù'gàin ? :
n-entreprenant-;.m€me jamais-rien dihmnê.te -que Ÿa^ 'vanité:
le bien ^ue foùr fmiwir. faire de .mai impunément^
quiet v legcr , inGonfta;nt 5 n’étant jamais .. où il vouloit être J
preft à -partir dé la chambrc'du .malade dés qu’il y eiuroit , con-
lùltant fa 'montrn y & ne manquant jamai s ' d’y-, trouver rhearc
qû’iLavoit promis àManfieur de Comte youi-M^nEeur le Marr
quis.'i Pétit- chez, des Gjrands , aider , hautain & : inftippprtablcj
Seconde Chap. î.
a-^ec fes éo-anxêc fa famille, parciculibemenc avec fes Çdi^
k^rues , qu’il ne les loüoic lamais que pour les .pouvoir calpni^
nier plus adroitement .V ^ ; 1' :
-JParUr faconâo e kfinghkro e fcorto ' i V' " '
^fieghemii coflumi , r vârio ingegno : ' : 7 7' ^ ‘•7 ‘
Aljingerfr^ntOiaVingannareaccorto 7 ‘7
Gmn frbyo de cdonnie > aàorne tn rnodi
2^-ovi ^ chc .fono Hecufe ègaion lodi. , \
Si diflîmule d ^is-jo > qo*il pleurqit avec ' les pléûreüfs , 6c quiî
rioit avec les rieurs 5 on un mot le plus 'grand Comédien du
monde , jufqu’à fes habits qui paroilfbient toujours à là mode 7
quoi-qu’ils ne fuffenc pas toûj ours fort neufs/ Àuffi àvoi'c -il
plus étudié pour furprendre que pour apprendre , ôc plus pour
paroître que pour s’inftruirc , fe mettant peu 'én, peine du/uc-
ces des maladies, poLirveu qu’il gagnât 1 argent ô^ramitié des
gens j bref un de ces hommes qui n ont Pour toutes vertus que les
vices qui fervent m commerce de hn vie.. Il fit long-temps la cour
à un homme de fon pais natal >braVe&: fçavant tout enfemble ,
6c dont il apprit plus d’Hellenifme que de cette generofité qui
ne le diftinguoit pas moins que les belles Lettres 3 mais fl nè
paffa parmi les Seavans avec tout fon Grec , que pour une tres-
foible copie de cet original , ne connoiifant iiy les Aüteùrs
qu’il citoit à veuë de pais , ny les lieux oii il falloit placer ce
qu’il en citoit. Cependant il ne lailfa pas, d’acquérir dè la ré¬
putation dans l’exercice de la Médecine , quoi-qu’il ne fçut
que par cœur tout ce quil en àèhitott , flum en verlorum iguitüla
mentis ; mais il le faifoit fi hardiment , 6c il avpit tant de foin d^’é-
viter les conférences 6c les entretiens qui femt connoître les
hommes pour ce qu’ils font , qu il pafToit à la faveur de l’iglno-
rance publique pour un Efculape. Ce h^eft pas là tout^ce qui
le faifoit valoir , 6c par ou il fe rendoit neceirairè 6c agrcâble ;
car il étoit aufiî grand négociateur que grand nègociaût , don-
ûantà tout , faifant & dcfaifànt des mariages , des rnarchez, des
parties 5 débitant des rimes;, delà profe, des Anagrammes , des
Devifes , des Bouts rimez, quoi-qu’il n’y entendit rien du tout,
& qu’il n’y paiïât pour Maîtrequc parmi les écoliers. Gom-
plaifant r^haHeur, joüeur, jufqües à manier lès gobelets après
avoir fait tous les tours de cartes , portant & rapportant des nou-.
velles des belles 6c des galans de la Ville ôc de la Cour , à fes
amis 6c à fes amies 5 donna.nt. à manger 6c mangeant avec tous
Nhij
à, 8 4 ic Medeànc,.
ceux qui le pouvoient prôner jjufques à boire avec îes bcuveurs
quoi-qu’il n’cut ny la tête ny l’eftomach propre à ce commerce?
ouvert eii apparence jui'ques à ouvrir fa bourcc félon les veuës
qu’il avoit.àceuxqui luy proiffoient en avoir bcfoin 3. vigilant
toûjours à Tertei infatigable à cheval & àpied, la nuit com¬
me le jour, dormant à cheval & preft à y remonter dés qu’il en
étoit défcenduffoufFrant tout des malades & des fains, des Grands
6c des petits , ôc ne reputant rien à perte que la feule perte de
l’argent , qu’il pleuroit toûjours avec des larmes de jang , & pour
tout dire en peiî de mots , vmy corps âe bron^ ^ frofitr^
mm.. Avançons. plus vindicatif des hommes quand il pou¬
voir faiivcr les apparences 6c couvrir fon jeu , n’ofant rompre
en vifiereà perfonne , ôc faifant toutes chofes fous main : car s’il
arrivoit parhafard qu’on le convainquit de^ce qu’il a voit nié
d’abord , il avoit fcs diftinclions 6c fes détours tous prêts , nniÊ
faut par des proteftations. d’amitié 3, êc par des lamies capables
de défarmer les plus irritez;. fi on luy fermoit la porte cHez
les malades par quelque renierciment prématuré , ou parce qu’on
étoit mal fatisfait de fa conduite , il rentroit pour ainfi^ dire par
la fénetre 3: 6c s’il arrivoit quelque chofe de finiftre dans la ma-»
ladie ,il fe gàrdoit bien de faire comme ceux qui s’enfuïeiit ,,car
il retournoit hardiment chez le mort comme un Cid de la Mé¬
decine, une ou deux heures après l’avoir expédié , pour y pouf¬
fer les fentimerks de condoléance avec la première Chimene
qmil y troUvoitrêc pour fe difculper fur le mort même , ou fur
quclqa èi acid eut, s’d nerrouvoit occafion décharger quqlqu un
de fes Collègues de tout le malheur. Il ne faut donc pas s’éton¬
ner E avec d’auiîi grans. moyens que cèux-là , un fi petit-hommé
fe fit un àufiî grand nom que celuy qir’ilavoit dans, la Proféfllon.
Car pour comble: de bonheur, qtioi-qivil eût lait beaucoup d’en-
neinis: par fes maniérés, Sc qüM' n’eût pas Tapprobation de tous
les honnêtes gens , un ne laiflbit pas de le protéger quand il luy
arrivoit quèlquO aÛàire:, tant il eif difficile aux gens prévenus U>
aux hommes d’habitude d’abandonner leurs amis. dans le bèf^oim
céiix^m’eme qn’il avait fbuvent fSchez , fe mêlant quel<^uesfbis
de fanq la paix avec les autres., quand il l*avoit faite avee euX-
car lé iûoyen de rèfîEer aux larmes. 6c aux bafiefics d’un hom¬
me qui'rampe ? Comme ç’étok donc fur ce pieddà qu’il fortoit
des plus mauvais pas , c èft Eir le même pied qu’il entroit de
maifon e maifcn,^ 6c qu’il slemparoit de la pratique après avoir
Seconde Pame^ I. zsjr
chaffé fcs Confrères , aidé des Eniifîàires qu’il cntrcrcnoit afin
de faire naître l’envie de le voir , fur leur rapport & far l’idée
qu’ils donnoient de fa capacité.
^ C’efl: ainfî qu’il gagna à faire la Médecine tout ce qu*on
pouvok gagner en Province de fon temps ,Joit en grâces, foitr
en prefens, ou en comptant , qu’il droit même en refufant, ou
demandant d’une maniéré inimitable; fécondé dans ce manè¬
ge, des Apodquaires fes affidés , ôc encore plus du petit Trou¬
peau où il faifoit une fi bonne figure, qu’il étoit compté parmi
les meilleures & les plus grafTcs de fes- ouailles , & eonfideré
comme le Millord Protedeur de cette petite République.^ Ou¬
tre tous ces avantages , il fut encore fi heureux qu’il vit la
mort ou la chute de tous les Médecins, de fon pars , qui pou-
voient luy faire tête v& que tous fes progrès ne furent inter¬
rompus , nj par aucune indifpofition , ayant toujours été d’une
tres-grande fanté , ny par la haine de fes confrères , de fes pa¬
ïens 6c de tous ceux qui pouvoient avoir des a:i^ires avec luy
ny par le fcandale des coups qu’il donna 6c qu’il reçut en di-
verfes occafions, ny par les affaires qu’il eut avec fes femmes „
Scavec celles d’autrui, qui luy attirèrent cent Vaudevilles. Tout
cela n’ayant donc point diminué fon Empioy , ne l’empêcha pas.
de paroître content ôc heureux , les chofes ne le touchant qu’au-
tant qu elles touchoient à fa bourfe. Ainfi ,.quelquc affaire qui;
luy arrivât , .{bit audehors , fcùt dans fon domeftique , il ne penr
foit jamais à y remedier quand cela ne fe pouvoit fansqu’il luy
en coûtât, oubliant jufqucs aux plus grandes injures quand clles^
demandoient une vengeance de dépenfe 6C d’application. C’eft
pour cela que n aimant la dépenfe que quand die luy produi-
fok de quoy s’en dédommager graffement , étant fur le point de
prendre une troifîéme; femme après la perte de fa fécondé ,11
fe rendit facilement aux remontrances de fes amis, dés qu’ils,
luy curent, reprefenté que cela ne le meneroit â rien qu’à un
repentir bien qu’il fût de ces gens qui ne peuvent vivre fansi.
femme ny avec les femmes. _
Enfin après avoir long-temps demeuré dans la Efpvincc, ÔC aprés>
avoir reconnu enfuite de la mort d’un Prince qui en^étok l’ar-
Qîe, qu’il n’y avoitplùs moyen d’y vivre, Ôc que même fous le^
commerces dont fes affidéz l’avoient mis dévenoient fforiles, il
Vola pour ainfi dire à Paris dés qu’il en eût trouvé J’occafion
^ un âge où les fages fe retirent quand ils le peuvent des cm?-
- Kn- iii
2.^ é Ji^eiecme,
barras de la Coiif pour jouir de quelque repos. Il eîl: vtay cm^
comme il étoic de ces hommes qui reffemblent à certains ariJes
dont récorce fait tout le mente y tutto U b-en'jla nelU
il n’y fit paroître d’abord que ce qu’il avoir d agréable^
les 'autres endroits de fa vie demeurans cachez dans robfcurité
ôe dans le lointain de la Province. Ainfî une genereufe & bon¬
ne MaîtrelTc, un-Patron d’autorité , bien des eonnoiffances, foa
âge , foR extérieur , la nouveauté qui plaît toujours^ fa vio¬
lence & fa cupidité , furent les moyens avec lefquels il fe fit
bien-tôt une réputation d-aiitant plus grande ,cqu’il n’y avoir
alors que fort peu de Médecins à Paris 6c à la Cour, qui euf-
fent cet agréable extérieur qu’Hipocrate demande en un Me^ *
decin : Car s’il s’y en trouvoit de bien plus fçavans qu’il
n’écoit , c’étoitpour ainri dire de ces vins dont lesmuids fales
& défigurés ne promettent rien de fiiî&de'délicat au dedans.
J’ay gardé k religion de notre Petit-homme pour le dernier
trait fa peinture, parce qu’il Pa mettoit luy-même au dernier
lieu , & que c’ étoic la chôfe du monde à laquelle il fongeoic le
moins. En efiFct , quoU qu’il ne parlât jamai-s que de confcUnce
& d'homeur~,^ ^t\à\ ne laifTât gueres paiîer de Dimanches fans
faire un voyage- , êc quelque petite fladou à Charenton , il n’y
altoic que pour y parier des nouvelles 5 que pour y voir les riches
èoen être vû , fe poftant toujours pour cél a à la plus belle entrée
du Temple^oii le ^rufé Pharifîen ne maaquoit pas de prefenter
de l’eau benîte de Cour à^tons les publicains qui pafibientl de
maniéré que S’il fembloit par intervalles y faire quelque petite
Oraifon,ee nétoit pas fans doute celle de quiétude.
Voila comme il vécutdans la Province prés de 45. années , SC
à Paris prés de 12. ôc comme il fit fes affaires- avec les malades
ôc avec les fains:, quoi-qu’il ne fçût plus ee qu’il faifbit ny ce
qu il difoit pendant les trois ou quatre dernières de fes années j
6c voila comme on boit à Paris, jufques a ladie , le vin qu’on a
pris pour du Champagne fur la foy de quelques côtcauXjqüol-
que ce nefoit affez fouvent que du Brie.
Pour conclufîon le Petit-homme finit la vie qu’il avoir menée
dans la Province 6c à Paris, d’une maniéré à faire paroître toute
la foiblefle dont l’efprit humain eft capable , ou pour mieux
dire , à faire admirer les jugemens de Dieu , qui pumt les
gUmens volant mres par des avet^glemens mcojnpréhenjihles: ca^r loin de
fe difpofer doucement àla mort 6c de s’inftruire delà vérité » en
Secondé partie; Chafn 1* iZy-
uti temps où une infinité d’konnêces gens de la Religion Préten¬
due Reformée rentroient dans le bon chemin , il ne parloitqne
de jolies femmes , que de chalîe) que de balTets 5-que de cuer
des hifondelies en- volant) 6C- des- perdrix de quarante pas > luy
qui ne voyoit pas plus loin que fon nez. . Toujours inquiet j-,
vain & envieux 5 toujours en quelle & toâjours- ardent ,, au mi^
lieu même des glaces d’une vieillelTe décrépite.
Feemmeo prada & fpoliorïim ardebM amore. .
Cependant comme il avoit été Iny-mêmeun grand Saigneuvr
dans la Medecine, les plus Grands de Paris me manquèrent pis à
lé traiter pendant fa derniere maladie: comme il avoit traité les :
autres. Ainh jamais coehou dé la fameufe troupe d’Epicure ne
fatmieuxTaigiié, &ne fatlaifié pour mienxmort> tant les chofes ,
fç palFerent dans les formes ôc dansPordre. Heureux encorcea
mourant d^avoir' évité les Dragons qui ÎCîtalonnoient îduy qiH
comme le Capitan de laGomedie, craignoit jufques à la fureur
d’un Poëte. Mais quel prodige dans la mort de ce Héros delà Mé¬
decine, & dans la MedeGinc.même de voir en un petit homme un ;
de fes Colodes par terre, & quel dommagepourdes malades qui at-
ment la crème foüectée,dc voir tant de crème de Bî . . . * répandue
Mais quelqu’un médira pent-êcrc cll-ii poflible que ces hom*-
mes dont vous nous avez fait le portrait ayent impoféàtant de
mondé ?'.Creve-t-bn ainfi les yeux>du public, &nell- il nycfprit
ny bon.fenspour difeerner le faux du vray, en un fieçle-oû on ^
fe pique tant de bon feus ? Belle queftion,! comme s’il n’ètoit:pas >
facile d’impofer en une matkre où il y tant d’dbfcurité, que
les Maîtres memes les plus clair voyans n’y voyenr pas toujours .
fort clair j eu un fiecle où rentêtement domine par tout ) où la .
plupart neirvoient que-par les yeux d’autruy , où on fe làiffe
agréablement fürprcndre par les -apparences,- & où chacun fe :
fait juge des matières les -plus lùblimes.r ^'ais pour prendre la? .
cliofede plus- hault , n’a-î-‘0& jamais împofé au public en ma.-'
tiere même de Religion &: d’Etat ? Le Paganifine ha-t-il pas ;
impofé par fes fables à' prefque toute la terre dés les^uremiers ^
fiecles contre ton ce ^apparence, contre toute raifon, & prefques v
ala veuë des grâces , que lespremiers hommes & même le peu- -
pie de Dieu âyoient reçues de leur Creareur ? DèsfHér^ù^^
pèinc-elle pas impofé premièrement- aux- Juifs, & énfukeà une
^d^-fhède Chrétiens , malgré la refidance, des ruecedeurs des -r
ApQîress .& ce, fameuXi Arigiûfme qui Igilîa le, monde, d’autantit
de M^decm,
plus confus & étotiné qu*il en avnit enlevé lî fubitement la plus
grand part , ne prouvent-ils pas affez qu’on peut impofer ? Le
l'aganifme, dis-je, des Egyptiens, celuy des Grecs., eeluy des R.o.
mains., celuy de la Chine , des Indes , du Japon , du nouycaii
monde , a-t il trouvé de la refiftance ? Les fables de Mahona^
ne fe font -elles pas établies prefquc dans toute LAfîe Sc tout-ç
r Adrique , avec une promptitude incôncevable ? La crédulité
iî’y a-t-elle pas, donné lieuàrirreligion , à la barbarie & à l’igno¬
rance i Les plus fertiles campagnes n’y ont-elles pas été chan¬
gées en déferts , ôc les plus belles Villes en autant: de nids de pi¬
rates & de hiboux par la prévention , bien plus par la-facilité
des peuples aiifquels onaimpolé par Les apparences , que par la
forcedes armesj, puifque cette force n’eft qùe foibleffe quand l’ef-
prit eft en garde contre les fùrprifes de l’illuhon ? Pour ce qui
regarde F Etat, qui ne fçait qu’on impofa dès le temps même dç
Nembroth , autant par le Cortège , l'a Majefté , êcles^ autres dé-
hors de la Domination, que par la contrainte 5 accoutumant les
bommes quoi-que nez libres au pefant joug de la tyrannie , &
leur impofant doucement & infenfiblemcnt J ufques à leur faire
ïencenlèr les Idoles de ceux qui les dépouiHoient de leurs biens»
& qui les rendoient Efclaves? Le peuple de Dieu ne préféra.
æ41 pas la domination des Rois dont Samuel luy fit tant de peur,
• au paifîble gouvernement de fes Juges ? Ne fçait- on pas que
la Grece fe laffade fes équitables Legiflateurs pour choifir des
Tyrans qui Fopprimoient en luy impofant 5 quelle fabftitua
aantôt l’injuftice des Oftracifmes, 5c tantôt celle des préfèrent
i^cesàia jLiftice diftribndve qui ne regarde que le mérité ?
ces Romains , un peu avant ïi jaloux de leur liberté , 5c dont les
Ancêtres avoient détrôné les Tarquins , ces mêmes Romains,
Gublians tout ce qtf ils avoient de Romain , retombent fous les
Tiberes 5c les Nerons , en un état pire que le premier : Jta flu-
* Q^afi diCtatorcm dits , ‘uotifque ceriabatur, nec metu , ant amore ; fed libidine firent
SSem^Aa' uftum du nom d’Empcreur , * auquel ils étoient accotitu-
profeq^eremur. més , le noin de Roy qui leur avoit tant &it d’horrèur i tout çÇ'
Tacit. Hifi. Uh. i. la bicu uioins par la forcé des armes, que par une fotte préven¬
tion , puifqu’ils mettoient comme àFcnvi les mains dans les fet^»
O homia« ad fer- qui , non contcns de leurû^
vimtes natosi la liberté , le mocquoicnt hautement de leurs lachetcz î
prétexte que Rome, qui avoir été fi long- temps libre,
f.us [euffrirny une entière liberté ny une xntkre [ervitude. ApJ^-^
Seconde Pmie, Chàp. î. 18^
tovLZ cela , doutera-t-on que l’amour de la vie & de la fanté ,
qui eil l- affaire de chaque particulier , ne pmlfe faire regarder
comme des Efculapcs des Médecins qui n’en fçavent pas plus ^
que les autres, & que ces hommes n*ayent pâ impofer par quel¬
ques dehors , particulièrement en une Ville où çet amour
de la vie mène les gens jufques à la confier à des valets , à
des pieds déchaux , des banqueroutiers , des brutaux , des vi-
fionaires, des Etrangers 3 tant il eft vray qu’il ne faut que faire
du bruit, payer de mine & d’affirmation pour impofer ,& pour .
être prôné de la renommée , qui' fe plaît tant à donner l’appa¬
rence des grandes chofes non feulement aux médiocres , mais
encore aux, petites , & même à faire croître de certains objets
jufqu à l*infini.
Che tofio 0 bmna ê rin qne Ufama efee
Ftiord^unaboccâtininfirntacnfce,
Qq qui a fait dire à Pline qu’il n’y a n impudent menfbngc qui
ne trouve des témoins 3 & à Saint Auguftin, qu’il ne fe voit que
trop de gens qui comptent fur la facilité de ceux aufquels ils
débitent des apparences pour des realitez. On n’aura pas, dis- -^2,.
je ,de peine à comprendre comment des hommes qui-en-fça- '
voient plus que des ignorans , & qui fçavoient le faire valoir par
quelques talens,ont impofé jufques à fe faire eftimer bien au-
delà de ce qu’ils valloienc,,ny comment plufîeurs autres Medc- /
cins de moindre mérité impofent encore à prefent à tant de
monde , au préjudice de ceux qui ont de la fcience & de la pro¬
bité , & qui ne biffent pas de demeurer cachez dans^quelques
coins de Paris & des Provinces , où ceux qui n ont des oreilles
que pour les compères & pour les comercs , & des yeux que pour .
les fauffes lumières , n’ont garde de les appercevoir, n’eftimans ^
que ceux qui impofent par des promejf es y par des compiaifmces ,
par des rtverences éc par des paroles étudiées. p-ilo graia hos d -
C’eft donc pour cela que voulant faire connoitre autant qu’on nTmfnr^
le peut par des deferiptions & par des raifonnemens hiftoriqùes
& moraux, les bons Médecins, en oppofant à leurs caraderes v
ceux des mauvais , comme je me le fuis propofé 3 je difculperay
^ns les quatre premiers Chapitres de cette fécondé Partie les
Medecim , de ce qu’on leur impute fauffement , & de ces dé*
buts qu’ils n’ont tout au plus qu’en commun avec tant d’autres
ùommes de differens états & conditions , & que je marqueray
ans les autres Chapitres ce dont on les aceufe^ particulière-
EJJaîs de Meàmnt,
ment & avec f aifon , d’où j c concluray qu e ceux qui font exempts
de ces défauts , & qui poffedçnt les qualitez qui leur font
GUt AM font les plus parfaits j que ce font ceux qu’il faut choil
fÇsecieM. fc^qn’nfaut ùonorer dans le befo^ du befoin.* Com.
niençpns par l’irreligipn dpnt le peuple fait tant de bruit , ôc
vojonsiî les M cdecins ont , comme oii fe l’imagine, plus de pen-
clîant, au libertinage que les autres hommes..
De llmligton prétendue dés Medednsl.
CHAPITRE ÎL
^ne Gâlîcn & même Hipocrate , après avoir for^
^ tement inveâ;ivé:contreles Medecinsùeleurs cefnps, neieur
0ncrienreproGhétouehantrirreligion,'c’cftqu’en^fe4esMe-
decins &Ja Medeckic du Paganifme penfoient Eien de D jeu & du
culte qpi lu y eft dû , aa moins en la ; maniéré qu e les ehofcs lears
étoicnt propofées. par les Philofophes & les>Miniftres de
iigion de fuivant lès lumières qu’ils avoienn Les^Idiftoriens.^,
/ ' les PoëteS;& mêmes cesrennanis de la JVÎedeeine que -npiis avons
re^futés cy - devant ne. leur ont fait aucun procès- iùr cette
matière, qüoi-qu’ils fe foieiit déchaînez contre eux.. .C’éd donc
‘ fans rairon que le peuple- s’eft lailTé prévenir infenfibîement fur
cefujet , au point que de. les taxer d’Athei-fmè. Car ûnoMpî'^-»’-
_ nous la chofedésle commencement,nous verrons que les Prêtres
Egyptiens ceux des Grecs étoient . Médecins j que.les plus ha-
Biiesde.ceuxTGyétoientP:rêtrcsdEfcülapcjqu’ils-^traittoiént.ks.
- malades avec, les viandes oiFçrtcs aux Sacrifices par lineefpec^
de pieté j que les .Romains avoient leurs Fêtes, M de cmdesi qu®
Ids.fbixànte du Collège d’Efcnlape:, la plupart Medecinss ns
nîânqnôient pas de s’afiembler fort fouyent en un petit. Xco?-^
pje pour luy facrifîèr^ xémoin cette infedption qu’on peut, voù
dans ^Gruterûs , & dont j’ay cy-devant, parlé, au Chapitre de la
Santé. Q^nt à.la nature dont on veut que. la plupart des Mer
decins fe fuient , fait un Dieu , fi on les croit un peu P.hilofophes,
poiirquoy en penferoient-ilsrautrementque:celtii-cy?,^«'^«e^f^^
iZlfif.éap.tl ^ uflexeris ibiUlum Deum vUebis oçcurremem tibhKihil ab ttk'^^'
, opus. fiiiim ipfeF3pplep ; , èrgg nihil . agis, mortalium
Seconde Partie. Chsp. lî.
qui té negas Déo debere ,fed nature » quia nec namra fine Beo efi^mc
^Deus finenatura. Mais. voudroit-on quelque ch^e deplus prôæpt
du côté fie la Medecine , voicy comme elle s’eu exprime par
l’organe d’un de fes Minières. La nature fécondé ~efi la vertu des Natara naturata.
fermes inferieures défendantes des fuferieures d"o» elle tire fin être y
^ fa conftrvation. La nature fremme , ou caufe fremiere , ne défend î^atura naturaas.
iauvune 'caufe y étant la f réméré de toutes & leur origine, s'il j a
quelque Medeem qui fenfi autrement , je ne f en fe f as qu il difiere
beaucoup de-ees enfans qui regardent leur nourrice comme leur mere -,
aumoinsyteuthien confideféydevroient-ils les imiter y en ce que quand
ils fintfirtis de enfance ils ^reconnoi fient leur fueritahle mere y é*
avouent que cefi d elle qu'ils font redevables de la ^ie y é‘ q^te la
nourrice n étoit que fa fervame. ou fa Ikutenante. Et c’eft for ce fon- -
dement que le grand Hipocrate prend la nature pour l’auteur ^ ^
de nôtre être, comme font, die Galien î ^ tous les fages î qu’il / .
détefte la Goëtie, cette efpecc de magie fi injùrieufe à la.Di- L.-de:prtyhititf.^é‘-
vinité , voulant qu’on s’adrefle à Dieu dans les grandes mala- taedtc.
dies , jufqu’à s’exprimer par le lingulier , parlant de ces au- ^ merifo fairû.
rres prétendus êtres fouverains des Payens. Déplus il penfe lî
raifonnablement . de l’ame râifonnable, qu il l' appelé une nafture Lih-Ueinfmrfih.
inviftble qu il e fi mpojjible de détruire-, La Medecine , dit-il en¬
core , ôc les Médecins penfent bien de Dieu, ôc rendent à fa
Majeftc tout le refpeâ: qu’il luy eft dû. Ên effet, Galien dit
pofitivementyr35^tf nature efi l'ouvrier de toutes chofesy -èc malgré Lih. ^uid animi
fon irrefolution touchant la nature de l’ame , il femble enfin «^ores fequumur
donner dans ce qu^il a appris de Pkilon le juif -qui la croit un
écoulement de la Divinité, avouant qaelle vient du Ciel & de
l’ame uni verfelle,lâqu elle n'efi: autre chofe que Dieu. 11 efti-
me les difciplcs d’Erafiftrate, parce quik. compenfent ce qui leur f
manque du côté de L Art par leur probité , a-u contraire , de teux
far tle levain des vices mêlent la corruption dans la fincerité de la
difcipline.lla]<shtcquec€fiunethofehonteufedevoirdtsgensfuer
toute leur vie pour fi faire bons Grammairiens ou bon Médecins y é‘
ne pas employer un moment a fe tendre vertueux. Il paroît exad &:
tout-à-fait religieux dans l’execution des promeffes & des vœux
qu’ilafaic,rendant à Efculape ce qu’il croit luy devoir pour
lavoir guéri d’un abfez apparemment mortel , & chante enin Lth uitim de uju
tin Hymne admirable en acEion de grâces de fa formation au
Grcateur de toutes chofes. Tous les grands Médecins qui font
Ÿenus devant êC apres ces deux Princes de la Medecine , & par-
O O ij
V. M^rcil. Ficin.
Hieronim, Bar-
dum /).3o7. é'fff-
Bafil. lib. ReiuL
interrog. /.
Fifiorius Micr«-
evfm..
ÉccleJiitfi:..cM^- 38.
V. Goldaft. Pars-
^dox. de honore M-t-
Ejjais de Médecine,
ticulicreiïient ceux qui ont été Philoiophes ont été dans Icura
fentimens , avoüans , comme fait le pieux Médecins d’Enée , que
les grandes cures font bien plus de Dieu que des hommes.
. Non hfic humanis opibm ^ nanvarte magijira > -
Trovemunt > ne^ue to Ænea mea> dextera fervat
Major agit Deu$ > atque opéra ad majora remittit.
Ce qu’il y a eu de défectueux dans la Religion de ces Mcde.
cins , eft: qu*ayant connu Dieu comme tant d’autres fages de
l’antiquité fous des noms & des attributs differens j iis en ont
fait autant de Dieux ne l’ont pas glorifié en la maniéré qu’ib
dévoient j mais ils n’étoient pas pour cela/fans Religion > puis
qu’outre le culte qu’ils rendoient à Dieu félon leurs lumières
ils reconnoilTent avec le peuple de Dieu que la corruption des
humeurs piouvant caufer celle des mœurs, il faut commencer là
cure du corps par celle de i’ame. En effet , fi on xonfiderc la
Medecine de prés , n’eft-ellc pas une Théologie naturelle ôc
une pieté? Si elle ne parle que de charité > que de régi er les
paffions, & fi elle ne contemple que des objets de m*ortification y
comment pourra- t-elle faire des.libertins,& des Athées ? De plus
fi ellemtne au Ciel, comme nous l’avons cy- devant remarqué^
avec Armand (fe Villeneuve,, comment pourra-t-elle mènera
l’impicté & à l’irréligion > Quoy cét Art que Dieu a créé pour
le foiilagement des corps & des âmes, que fon Fils a luy-mêmc
exercé fi charitablement, porteroit à mal penfer deTa Religion,
comme veulent le peuple & les ignoransj Quel compte tpuiÉ
que le fage Siracides paroît fi éloigne de ce fentiment qu’il nous
alTure ceux-là mêmes qui traitent les malades yprians le Sei¬
gneur de conduire leurs intentions y ces malades obtiennent leur guéri-
fon par cette entremife, La cure , dit même un Arabe , ne peut*
être heureufe fia crainte du Seigneur ne la prévit nu C’eft dans
cet. cfprit que Saint Bafile, comme tant d’autres Peres de l’E-
glife , a tant donne de loüanges à la Medecine , qu’il félicité
un Euftachius de ce qu’il s’attache |)ien moins à la Medecine
du corps qu’à celle de l’amc ,. & qu’il le remercie fi affedueufe-
ment des avis qui! reçoit de fa part fur des matières de Reli¬
gion & de Medecine. C’eft encore ainfî que les Peres du Con¬
cile de Lion accordent aux Médecins les mêmes avantages
qu’aux Miniftres des facrés Autels, les jugeans dignes des Pré¬
bendes & de toutes les Dignités Eeclefiaftiqucs s & c’eft poni^
cela même que la Glofte ne fait pas de difficulté d’attribuer
Seconde .
aux Meciecins le premier lieu après les Êcclelkftiques. Il clt
vjuy qu il s’eft trouvé de temps en temps des Médecins bien
éloignés des pieux fentimens de tant d’autres, qui ont regardé
le Bis de Dieu comme le véritable Archiatre , & fes Comman-
demens comme leurs règles & leur Aphorifines 5 qu’il s’eïl , dis- '
je , trouve des Médecins qui ne penlbient pas trop bien de la
Religion. On fçait mêm:e que parmi ceux qui ont fait profeffion
de la Religion Catholique y il s’en eft vû, qui plus animez de ^
l’efprit d’intereft que de çeluy d^ la chafité , renvoy oient aux
Saints les pauvres malades , témoin ceux dont Csefariusa niar- m. tU miratuih,
qué fi- précifement le dépit ôcla jaloufie contre une image de
la faincc Vierge qui faifoit des cures miraculeufes. J eTçay en¬
core que le Médecin Montuus a rapporté à des caules natureK
les les merveilleux Stigmates du bon Saint François J que le
fameux V efal crut qu*ll n’y avoir rien que de naturel dans l’eau
qui fortit avec le fang du côté de Jefus-Chrift. Je fçay même
qu’un Médecin de nôtre temps étoit ft mauvais Catholique ôc
h imprudent tout enfemble , que d’expofer dans fa chambre la;
peinture d^une Thiare foutenuë en l’air par des flammes , avec
cette înfeription à l’entour. Jdea Platoms -ignitis fuffulu chimeris^
vray rebus qui ne marquoit qu’un elprit particulier & fortement
prétendu fort. Mais quant au fameux Curé de Meudon , fl fça* -
vaut dans les belles Lettres 6c dans la Médecine, qu’on a fi hau¬
tement aceufé d’Atheifme 6w d’impieté > il faut fçavoir qu’on
luy en fait bien accroire en matière de Religion , & que ce qui
paroît fous fon nom n’eft pas tout de luy 5 & qu’enfin bien loin
d’ être Athée , comme on a voulu fe le figu rer , le fçavant Car¬
dinal du Perron a afin ré Antoine du Verdier qu’il ayoit en fa cUexus.
dilpofiticn le Galien dans lequel ce Médecin Curé avoir écrit
de fa propre main à l’endroit oà ce Prince des Médecins fcmble hp. ^
avoir douté de rîmmortalité de rame v2àÇonnûAc paroh ,
tn ceU tmt-k-fait defiituê de hon fins ér de jugement: Et quant à
I herefie dont Lionardo di Capoa raceufe , j e voudrois qu’il nous oftcndiw
eût marqué où il a lu que Rabelais s^étoit joint à Marot par urr
complot fait entf eux, pour la Propagation de rhcrefie de Çab
vin^en France.. Il n y a pas jufqu’au Livre.inrituié Relrgio Me-r
dicl, qui ne (emblc favorifer les préventions des ignofàns fur
cette matière tant bn prend plaifir à juger des chofes fur de&
ternes , fans lé mettre en peine d’en déveloper les équivoque^.
II faut donc qiiùii fçaehe que l’Auteur de ce Livre s’appelom
O’d iij
15 4 EJfdis de Mtitcm
Brovvon Anglois de Nation, & Médecin de Profcflîon j qneli
taille-douce du frontifpice repreCente un enfant qui tombe du
Giel avec ces mots Cœlo s dm tout cet Guvraec
ne contient autre eîiofe que les' fentimens de ;ce Médecin en^
matière de 'Religion , écrits premièrement en Anglgis ,"puîs'
traduits en Latin en un temps & dans un Royaume où prcfque
cous les particuliers avoient leur Religion en particulier j
mais que ce Livre cft fi favorable à la Religion i & dnin Lu-
tberién fi mitigé , qutl n’auroit qu a' baufler pour ainfi dire
de quelques crans pour fc trouver dans la Romaine. Y à^ tUi
la de lirreligion ? Car fi la Médecine a eu quelques impies,
iès Kîanés , fes Æces , fes Sopoles & fes Socins , outre ceux
que nous avons marqués ci-devant , tout ce petit particulier
fait^l quelque cliefe au general , & à cette iroufe qti il eji im^
pûJJ^hle de nomhrer'i Audi ne voyons-nous pas que ces pieux Ecri¬
vains qui ont déclamé contre l’Irréligion de quelques Médecins
de leur ficclc , y ayent compris tous ceux de la Profefîîon^Peut-
on donc raisonnablement inférer du particuHer que les Méde¬
cins Soient plus enclins à l’irfeligion ,que les JuriSconfultes.,les
Mathématiciens , les fhilofbphes , les Poètes , les Orateurs &
mêmes les Théologiens , qui n’ont pas moins leur place dans
rindice expurgatoirc de Rome que les Medecins.-Car au refte
lii’Eglife même du Fils de Dieu, après avoir avoué qu'elle Souf¬
fre qu elle eft affligée des moeurs corrompues de Tes mauvais
enfans .-^ de Ses mauvais Miniftres, ne s’en croit pas 'pour cela
moms'heW , nigra fed formofa y % Médecine dont les Miniftr^
font admis au Sacré minifiere dès Autels, perdra-t-elle quel¬
que chofe de Son luûre & de Son éclat , parce qu’elle a de
: mauvais Miniflres ? i " ’ -
îl cft vrai que le 'Petit-homme , car je vais commencer dés ce
Chapitre ce que j’appelle mes exemples & mes induftîons,
qui Seront autant d’additions & de traits nouveaux auX. qua¬
tre portraits que j’ay propoSei cy-devahe. lleft yray dis-je »
que le Petit homme -n étoit pis un fort^ boh Chrétien tant il
àvoit peu de connoifSance de la Médecine Chrétienne , mais
pour ic 'Neptune îl avoir apparemment une Religion i ayant
lu qLielques bons livres de Religion &: de Medecine , quoique
Ses difeours & Ses Sentimens SemblafScnt extrêmement bigar-
Si^fïdé Pdme, CilZp, IL
J5CZ. Quant au Politique , il fcntoit fort bien delà foy , & n’é-
toit nullement Politique en matière de Reli^on. Il en parloit
& en croyoit comme font les honnêtes gens, &. les vrais .Sça-
vans. Nous n’avons pas même vu que le Grand ,-quoi-quc
bicn'moinsvfçavant que le. Neptune & que le Politique, eût
des opinions hétérodoxes. 11 aeft donc. pas vrai, parlant en ge¬
neral , comme nous Pavons; déjà fait voir cy-devant , queies
Médecins foient moins attachez à la;R.eligion que les -autres
hommes ^ - - - :
Mais ce qu’il y a de déplorable dânsila Medeeine en matière de
Religion, eft d’y voir depuis quelq^etems deshypocrites,;^ilains
•jÉ^uIceres & fauiïés cicatrices cachez; fous une apparence de gae^
rifon. H vaudroicmieux , pour ainfi dire , ^ libcc-
tins declaréz, on s’en garderoit.!. Iiiy auroit même quelque ef-
perance de changement , puifqü’on voit quelquefois d es con ver¬
rions de libertins & de fceléràts , mais prefque jamais d’hypo¬
crites. . Pourquôy la Medeeine ne: les; regard eroit-eliè donc pas
comme des; monflrcs , , puifque toutes les nations & même 1^
Payens lesonc en hoïveurl il nj a pas ^ dît on yde plus grande- in-
jujlice ^ue de contrefam le ]ttjie. Les hypocrites font -y félon Plutar^
'que, fi ntal-traite^mx enfers, epuils ne font jamais en même état.
On les tourne ^ retourne [ans de fus défions , ce qui. étoit n'agueres
au dehors , efi au dedans ce qukétoit au dedans , paroif en même
tems au. dehors, ils fe-renverfent é' fi repliem- contre nature comme
les Scolopendres marines, ils écorchent les autres damne^, pour faire
^oir leur P er'verfité é* 'vilainie intérieure. AuJJi , dhcc même Au¬
teur , lés Ephores firent-ils mourir un homme , qui contrefaifiit le.
Eenitent public , une haire fur le dos comme un fac , pendant qutl
pprtoit fous cette cou'vertureun habit pourfilé de pourpre. C’eft pour¬
quoi nous ne fommès pas furpris ac voir que le Legiflateurdés
Ghrétiens les decefte encore plus qu’il ne fait les Pubiicains,
& les Idolâtres?^ue Tertüllien rit à Ton exemple de leurs jeû-
, qu’il regarde toutesdeurs penirencês comme des momme-
ries.-En effet néG:-cC' pas tuer la vertu des armts mêmes dé la vertUy
:que de fe feindre vertueux 3 Cf fontçdk faint Bafile , des arbres
^^pûutUezn de feuiUes :, des murs recrepis ^ des Comédiens qui font
les Rois, quoi-qu ik-m fiient que .der mifirables. Ce font , dit enco¬
re farint Grégoire de Nazianze , des vieilles ridées qui ont recours
plafire , a la^erufe ér au vermillon, d^ autant plus laides, quelles
: ^-^ff^trcent.^aL::k.fropûs de faire les. b elles 4 oh venufiatem invenufia ».
* ViSuiâam in^'Di.
Bion. iî'sk'Aj) *ajh!.
JSe ferA mmms
viniiB.
in -
V«i vobis Hipo«
critae.
'Adverf.
^ de IdeloUtriAi^
Chrifofiem.
Proverbes Ara¬
bes.
- Jîotting. Hifi.
Orient, l. c. ty.
De Thilofephiâ.fn^
cm c.
196 Ejfm de Meimûtv i
atc[ue oh fœà'mtem déformés. Les Arabes mêmes difent au fuU
de l’hypocryfie , qud fi faut biens^arder d'avoir les yeux dans les
larmes , & io cœur ers joie ; de porter . un habit blanc dans i'obfcuri.
tè de la nuityé‘ qa on découvre bien fiuvent beaucoup d'orgueil dans
une tefle panchèe vers la terre en ftgnt d^ humiliation* Le doêfce Va-
iefius remarque qu’ils font d’autant plus à blâmer » que ce yice
ne vient pas d’un mouvement fubit , qui poiir ainlî dire, tn-
trâ-iiiQ : Nojp emm habetperturbatfonis -^uas caufetur.
Avec tout cela rien de lî frequent que des Médecins hypo¬
crites, depuis que la faulTs dévotion a pris la place de la véri¬
table. Téî étoit ilny pas fort long-temps ce fameux Luthé¬
rien Pierre. Heilius natif de Lubec , qui faifoit gratuitementla
Médecine aux Chrétiens du Caire , & contrefaifoitle Catholi-
t]ue Romain , & l’hômme de,bicn;,trcpandant à la faveur de
CCS dehors le venin: du Lutheranifme. dans plufîeurs Villes du
Levant. Tel ctoit encore ce vilain Marran , dont nous parle¬
rons au Chapitre des Charlatans, qui fe fît Médecin d’une bon- •
ne 6c pieufe Princefle par fa cagoterie 6c par fa fatifle dévotion.
Tel celuy qui ne parloit que de chapelets ôc de médaillés, quoi¬
que toutes les plus vieilles médaillés lui fuffent bonnes , faute
d’autres, T el Lonpi furnommé le Pape, qui àlFembla toutes les pa¬
rentes 6c toutes les voifines d’un enfant nouveau né ,, pour leur
faire obfer ver fur fa telle lafigure d’une mitre ou d’une thiare,
6c quelques autres caraderes , qui cachoient , difoit-il., desiny*
itérés 6c des évenemens favorables à l’enfant 6c à fa famille :
ilium.
. Magnum fata ^ fatifyue canehat
Comme h on ne pouvoit être bon Médecin 6c hommetic
bien fans faire le marmiteiix ? Mais quoi .! il ii’y a tantoft plu*
d’autre moyen d’entrer en pratique , que défaire le petit collet,
le petit fc/pent , 6iC le petit porteur de rogatons. -
Concluons donc malgré ce defordre , que s’il ie trouve dans
la Médecine , comme il s’en trouve dans toutes les autres. Pro¬
férions , quelques libertins déclarez , ^u quelques hypocrites
averez , il les faut éviter comme quelque chofe de bien phe
que la maladie. Car comment un homme jnfidelle à Dieu pour¬
ra-t-il être fidelle à fa créature ? Comment fera t-on uneac*^
tion de charité , fi l’on manque de cette charité , qui ne fe trou¬
ve jamais ou Dieu ne fe trouve pas ? Enfin comment fe^^poér-
xa-t-il
Seconde Partie, Ch^pAll, %^-j
ri-t-îl faire que la Medecine qui n elt que fageiïe U. que pru-
dence , fe trouve dans une ame impie ? in ma.levolmi
Quelque peine qu’on fe donne pour affermir le bâtiment, iieft
^folide , quand la benediaion du Seigneur y manque. Apol¬
lon &: fes Difciples ont beau cultiver 6c verfer de leau fur la
plante, lî le Seigneur ne luy donne raccroifferaent. Cette bene-
didion , fans laquelle rien ne peut avoir une" bonne iffuë, ne
me femble promife ny à l’impie , ny à l’hypocrite. Malheur à
ces gens , dit un grand Médecin , qui mènent une vie dont la
ün ne peut rien avoir que de tres-funefte.
.Hyeocrita adJesum conveb.teke,
AlhMa fepîdchri fMtes ^ quiâ intus fines \
- fiie hombilis fœtor fihominabilis mXé
Admittite [olem mefi feMora imminentem -i
Ne fortè fi mm admietere pojiea 'velitis
^ AverjïiSt agens alto flammeas quadrigas
Vos dejlituM , tum Plu'viis Typhonibufqite
Sitü prada agenda tempejlatibus atris..
C H Â P I T EL E III.
De tY'vrognme ^retendue des Médecins^
IL n y a perfonne qui ne fçache que les Anciens, & particu¬
lièrement les Grecs , ont été fi fujets à l’yvrognerie , que la vie
de ces derniers a paffé en proverbe Ôc en exemple d’intemperen-
ce, -k & fur tout celle des Bizantins. Les Poètes , comme Ana¬
créon chez les Grecs , 6c Horace chez les Latins , femblent
n’avoir chanté que pour le vin. Aufiî étoit-on allé jufqu à di-
vinifer ce vice long-tems même avant Anacréon. Neanmoins
Dieu n’a pas permis que la rapidité des torrens que ces Poè¬
tes ont fait couler de leurs veines dans leur belle humeur, ait
entraîné tout ce qu’elle a trouvé dans fon chemin. Il y a eu de
tout tems des Sages , amis de la temporence, 6c malgré meme
tout ce que nos Poètes François ont pris des Grecs 6c des La¬
tins, l’yvrognerie n’a pas laiffé d’être enfin bannie de la compa¬
gnie des honnêtes gens, Le tems eft venu où la crapule n’eft
pas plus à la mode en France , que l’impieté , les blafphêmes 6c
les duels des derniers régnés >
î, c. ScaligerJ
"Bpderftor. Ub.
%Sl% Bjjals de Medeclne.
Oit Von n au oit condamné
Ce Carnaval désordonné
I>e juelques-ms de nos Poètes y
^ui fe trouvèrent convaincus
D'avoir facrijié des bêtes
Devant l'idole de Bacchus.
pyéAgor. fragment Cependant Comme il ne fe trouve encore que trop de païs
ta rojate. ^ de Conditions dans le monde , où les fureurs de la débauche ne
:Bafilius in cap.i^. font Ÿ^s tout à-if ait éteintes i où Von fait gloire de fe défier i ^ de
provoquer à ces combats d' intemf erence , d'où les vainqueurs ne fortent
fas avec moins de honte que les vaincus ^ quelle feureté pour les
pauvres malades , quand ils confultent des hommes fort'ans de
cette lice 3 des Médecins dont les bouches & les têres fument
comme des Volcans , du fouffre des vins qu’ils ont engloutisi'
Car enfin la Medecine n’a garde de dire comme la Poëfie :
Qj4,id non ebrietas prodefi ? C’elï pourquoV' j’entreprends d’exa¬
miner en ce Chapitre, fi le peuple , dont les Proverbes’» font
quelquefois fondez en raifon , en a eu quelqu’une ductribuer
particulièrement aux Médecins l’y vrognerie, comme-file Bar¬
bier ne pouvoir effcre glorieux , & l’Apotiquaire fantafque que
le Médecin ne fût yvrogne ? Nous avons remarqué cy-devant
qu’Hipocrare & Galien avoient leur morale 3 éc c’eft fur ce
fondement que nous pouvons affurer que dans ce détail qu’ils
font des vices des Médecins de leur temps , & ou ils ne leur laif-
fent rien pafler, ils ne les taxent pas plus d’y vrognerie que d’ir¬
religion. Les Médecins qui les ont fui vis dans l’ordre des teiBS
&de la Docîrine , n’ont rien de formel fur ce vice dans les rç-
proches qu’il s’entrefontjny même ces ennemis des Médecins
que nous avons examinez ci-devant, ne leur imputent rien qui
en approche. Voila pour l’autorité des Anciens. Car pour les
Peres &; pour les Dodeurs de ï'EgWÇc altum filentium fur cette
matière. Quant à la raifon , la Medecine étant de fa nature
oppofée à tous les excès , ne conclut-elle pas évidemment pour
les Médecins plus que pour toutes les autres Profeflions ? En
effet, Apulée remarque fort exprelTément en faveur de fonAf-
clepiade , que s’il fut le premier à donner du vin aux malades ,
il ne le donna neanmoins jamais qu’en temps & lieu , fid dando
fcilicet in tempore. Androcede ce grand Médecin , qui fçavoit
que le grand Alexandre s’en gâtoit fouvent , ne luy en voyoir
jamais boire , fans luy dire avec une refpedueufe hardiejTe ,
Seconde Partie, Chap. III.' 29^
Soffi/efte&^zrous Trince que U vin efi le fang de la terre , ér le pifon-
de l'homme , pour luy marquer en peu de paroles , que comme
le vin pris dans le befom , eft le plus précieux des fucs de la
Terre , il eft un deftrudeur de nôtre nature quand on en abufe.
Non feulement Hipocrate , Galien & prefque cous les Grecs j
mais encore les Latins & les Arabes, comme nous lavons déjà
remarqué êc comme nous le ferons encore voir dans la troifié-
me Partie de cet Ouvrage , fe déclarent hautement contre le
mauvais ufage du vin : Car pour ne laifter aucun fcrtipule fur
cette matière, je veux que l’on fçaehe que fi quelques An¬
ciens femblent avoir avancé qu’on peut guérir quelques mala¬
dies par l’excès du vin , on ne doit pas pour cela inferer qu’ils
ayent pris le parti dei’y vrognerie j ce qu’ils appeloient
n’allant félon eux ,, ni jufques à l’habitude de boire , ni jafques à
troubler la raifon , quoi-qu’il foit blâmé des Chrétiens , parce
qu’il choque la tempérance. Je répons encore queXi Petronas,
entre les anciens & quelques autres marquez cy-devant , ont
donné dans l’intemperance , &: que fi le fameux Paracelfe, Sc
même quelques Médecins de nôtre temps fe font dés-honorez
par l’y vrognerie cela ne fait rien au general , 6c que la plupart
des derniers n’étoient que des Alchimiftes altérez , & peut-être
les feuls qui ont donné lieu au Proverbe qui a fait les Médecins
yvrognes. Quant à ceux que je fais entrer dans nos indudions,
j’avoue, fi onîe veut, que le Petit-homme s’enyvroit quelque¬
fois auffi franchement qu’un gros ôc grand homme , & même
que comme il avoit l’eftomach petit & la tête foible , il en deve-
noit fouvent furieux 5 mais il fautaufîi luy faire juftice,en difant
qu’il ne beuvoit pas habituellement comme les véritables yvro^
^es , ÔC que quand il prenoit trop de vin , c’étoit bien moins
par inclination que pour faire le bon compagnon , & s’accom¬
moder à l’humeur des gens qu’il vouioit gagner en leur paroif-
fant homme à tout faire. Le Neptune , le Grand & le Politique
étoient fobres , Seft nous voulons en venir à l’experience , je fuis
feur qu’on trouvera plus de cent Médecins qui ne boivent que
tres'peu de vin, ou qui n’en boivent point , pour un qui en boit
par excès.
Il faut donc conclure que l’y vrognerie n’eft nullement particu- * Ebrietas volunta;!
liere aux Médecins, mais que s’il s’en trouve de fui ets au vin, * eft.dæmonvo-
J Itintarius maiit.æ
Siater j virtutis immica , virum reddit ignayum , ex tcpiperantc facit lafciyuni , juftitiain igneiat , prudcatÛH;
CâEJuiguit , ex Büfilio. ' * c
P P ij
300 Bjjkls deMedecme,
Ebrictasfomcntum il faut bien fe garder , quelques habiles qu’ils foient , de tom»;
ïibidinis, incenti- lç^^YS maîus , ni faiii ni malade , puifquils ne peuvenr
vum infaniæ, venc- i i r i r • i -rr' r
num infipicntiæ. garder le lecrec i que les lemmes , qui haillent ordinaire-
Ex Atnbrof. Vide ment Ics yvrogncs J ne fcroient pas même en feurcté avec eux
^IroverT!ii!’ ^ 'vtmm in quo luxuria ejl ; & que tous les fexes , tous les âges
toutes les conditions feront toujours expofées s.a quiproquo en.
une occafion oiiil n y va pas de moins que de la vie, Auffi un
fçavant Médecin a-t-il écrit de bon fens.
EMor^flfbx' Extmguere me malo fiti^quam ehrius e^e
■ ' ‘ Stola fi ]ovi$ efi ehria, ne Jupiter efiQ,
C H A P I T R. E l Y ,
I) es Médecins prétendus Homkidèsl
Avoir les hommes parler & agir comme ils font ordinaire;
ment , il femble que la nature aeu grand tort de les faire
naître mortek.
Muoiono le Citth muoiom i Regnl
Copre i f afii , e le pompe arena ^ herba
E l'huom d'ejfer mort/tl pnr çhe fifdegni.
Quelle honte donc de ne pouvoir apprendre â mourir pendant
une allez longue vie, & de mourir tant de fois , de crainte d’u-.
ne mort inévitable , puifqu’il ell certain que
A chi morir è grave .
Ogni momento e morte -
Et que qui ne fe peut refoudre à mourir , n’avoit pas befoin de
venir au monde.
Si non voleva morire
^ Non hïfognava nafiere.
Craindre la mort , c’ell au fentiment d’un ancien , craindre le
terme & la fin du travail. Encore, dit Saint Am broife , s’il étoit
poffible d’éviter la mort , à la bonne-heure j mais s’il faut quc
CS moment arrive enfin , pourquoy ne le pas accepter aujour-
dhuy comme demain? Vous ne voulez rien foLiflfir,dit Saint
Auguftin , & vous voulez encore moins ce qui vous mettra en
état de ne plus craindre les fouffrances, la captivité^ vous dé-,
plaît 3 & vous craignez d’en fortir.
#
^econàe Partie, Chap. IV* joi
ija morte èfin pigion ofcura,
^ gli animi gentilii ^g^t altri e nota
Ch' mm pfio nel fango ogni lorcma.
Mais encore quand il arrive que quelqu’un meure contre
nôtre gré , quel entêtement & quelle fbiblefle de chercher des
confolacions autre part qu’en la volonté de celuy qui nous fait
naître & mourir quand il luy plaît ? Faut-il en accu fer les hom¬
mes particulièrement ceux J qui bien éloignez d’en être la
caufe , font les inftru mens Scies Miniftres dont Dieu a bien voulu
fe fervir pour retarder la mort, Sc rendre la fanté aux malades à
Car fi le Medécin n’a été appelé que, trop tard , par négligence
ou par avarice, comme il arrive tres-fouvent, ou que les cho-
fesexcernes Scia conftitution du malade , n’ ayant pas fécondé fes
intentions , on ne manque jamais de le faire la caufe de la mort, •
le malade Scies AlTiftans n’ont jamais le tort^ on compte même
pour rien les decrets de Dieu 5 & fi au contraire j tout fuccede
bien, ce n’eft prefque jamais le Médecin qui en a la gloire. Encore
fi on la rendoit à Dieu j mais profpera omnes ftbi vmàicmt , aàverfa
mi yi^àXco. E rrMo meo nulla veni^i , reBe faBo lam exigna. C’eft
pourquoy le grand Hipocrate fe plaignoit fiamerement , avoüant
que tout bien confidere , la Médecine luy avoit moins fait d’hon¬
neur que de chagrin , Sc que quand quelque malade mouroit ,
la faute en étoit attribuée au Médecin-, Scia gloire de la con-
valefcence à quelque divinité imaginaire. De-là eft venu qu’on
s’eft tellement accoutumé à crier contre les Médecins, qu’en-
fin l’abus eft allé jufques aies appeler meurtriers , camifices ^pro-
pinatores ^ bourreaux Sc empoifonneurs. 5 dit Galien de
£onM.2Litre i était fort habile y avec tout cela il ne lai fa pas dl être
chaffé de Rome comme un meurtrier. Voila l’endroit par oii non
feulement le peuple , mais encore tant d’Auteurs ont attaqué
les Médecins , Sc par où ils leurs portent , comme Is le préten¬
dent , le coup dangereux. Ce font, difoit le fameux du Mou-
ftier, àla vérité bon Peintre , mais- aftez mauvais Auteur, les ma¬
gnifiques bourreaux de la nature en faîinés s il y
a long-temps de ce qu’on n’en fait pas bonne Sc brieve jnftice ,
foli Medico occidiffe fumma impunitas efi. 11 n’y a pas félon le vul¬
gaire jufques à la reconnoifFance qu’on leur fait qui ne foit un
gage affuré de la mort. Arrha mortis RrTedici pratium. Mais foit
que ces gens-là ayent parlé ferieufement, ou comme il arrive
louvent pour fe divertir aux dépens de qui il appartiendra ,
Pp iij
Cicer.eonirâ KutHy
Hipocrât. Epip. Siè
Dion^f.
^0^ ElJais de Medecîni
examinons un peu ce qud les Originaux & ceux qui les ot^
copiez nous font voir lur cette matière. Commençons par les
Poëtes , aurquels nous ajouterons les Hiftoriens, & mêmes les '
faifeurs de contes , quoique ceux-cÿ méritent encore ,moins(dc
creance que les premiers. v
Martial dont les pointes font fi perçantes & fi aiguës, femble
avoir eu particulièrement en butte les pauvres Médecins , tant
il a décoché de traits contre eux. Il ne faut à fon compte qu^
fonger la nuit en un Médecin pour dormir, écernellement.
Tarn fubiu mortis cauj^am Fmjlim requirk
In famnis Medicum viderat Bermoemtem.
Il ne faut être que touché du bout du doigt d’un Médecin pouf
avoir la fièvre.
Non habui féhrem Symmache nunc hdbeo.
Quelque -commerce qu’on ait avec luy , quand ce ne feroit quô
par Procureur ,il n’y va pas de moins que de la vie.
‘Vxorem chMtdùmt fois ipfe Jïnifyue
A Medico . . . . 'vü fine febre mon ?
Jupiter même ne peut garentir fes Statués , quand un Medec^
y a mis la maim
-.cUmetis en Murcm marmorjovis attigit é‘
Jnpiter effertur fit Ucet file lapü.
Penfée que le Poëte Aufone n’a pas manqué d’imiter dans le|
Epigrammes 71. & 75. & après luy quelques autres Poètes.
On feint au Parnafie que certain Hermogene, qui apprehea-
doit d’être foudroyé par la même raifon que le fut Efculape,
s’avffa de faire mourir tout . autant de malades qu’il en voyoitî
pour éviter cette difgrace.
P.hœbigenam quod yuondam mimas revocajfet abOrcs
.Occifum mdierat clinicm Hermogenes •
Hoc ne illi accideret fubko demifif ad Ormm
Mille mimas agYorum , ingemofius homo !
C’eft ainfi que dans le langage des Poëtes , les Médecins tuent
dés la porte les malades qui font au lit , fans aller jufquesàJâ
ruelle. ^ ^
Multomm Medicorum ingrefius me perdidk.
Il ne faut point dans ce langage de remede pour faire monxi|
-h malade, le nom du Médecin feul peut faire le coup.
Non eUfiere ufiis Phifion migi^^^
Seconde Pâme, Châp, IV. •
Kme» ut in fehre commemini prii.
fen fécond s’avife d’une nouvelle invention j il fait d’un
tnêine homme deux differens meurtriers > ou fi vous voulez un
Médecin ambidextre 6c expéditif.
Es fmd Medicus fmd & chirurgm-
Cur^ mittis fiigium vihs ad Orcum
Et manu fmd é' venem.
pn a dit d’un autrej
^mfueratChironcepratef'eCharon^-
Si chacun afon fait chez les Poètes ,011 les Avocats & le Fi£*
que du Prince font comparés à l’Enfer qui prend par tout, leg;
Médecins ne manquent pas de s’y trouver, même avec le- Sou^
drille & le Bourreau.
Caufidicis , Erebo , Ffco y fas vivere rapto
• Militib.MtâiciSitortoriimpunè mcare-i
Mentiri Jjlrologo , Pictoribi atque Po 'étis'
£n veut-on d’une autre fabrique?
Conf Uo atque armü rpultorum adjutus Achïlles
In bellis fudit millia mdta 'uirum , -
Tu fine confilio ndlis adjutus & armis
Interrimis , virtm major Achille tua efi, •
Chirurgm Medico quo differt ? fcilicet illü » -
Enecat his juccis , enecat ille manu.
Carnifici hoc ambo tantum differre njidentur-
Tardim hifaciunt quod facit ille cito, .
^ I-nNi colaum Medicum.^
Ttunc video haud rerum tantum y fid é"‘ ipf^ 'virorum -
. Nomina , non tem ere ■ fed ratio ne dari,
Nicolaus mmen M îdici efi , qui convenit , inquis.
Hic pottus mmen debuit ejfe Bucis ÿ .
Bux populos armis vincit ; fed é‘ ifie venenis
Et pofulum fortes fiernit uterque Duces.
Sape Bucem belLo répétant y h'ü nemo rebellât
Huic um dico ver 0 efi nomine Nicolaus. ■
Prudence même- eft de la partie , luy qui fçavoit fi bien que là
fauté eft le but de la Chirurgie 5 mais quoy il falloir faire
r/aloir le T ragique aux dépens de la Médecine.
-fe .
/<?«»». fecmàJ'fé'i
mtnitùbi •
Véùiégm'i » -
m.
MÀxmil,
Thom.
F. Erafm. in Chi-
JEgid. Menug. .
Ub^
50^ • Effak de Medeclnê,
Horretid omnss mfce c/^mificum mmrn
Num meliores funtmmm meàtntium ■,
Lmiena (^mndo fgvit Hi^ocratica ?
Vivum fecMur vi[cm i recem cruor
Scal^elU tingit àum putredo abmdïtur.
Le fameux fiapcifta Mantuanus les, faic encore monter a chevà!
pour amener la mort en poftç.
Sunt é' cquejire genus Medki ^ui tangefe vm-M
.NomunquamillmtdtrSaudent,^pmerequM^m
Mon mtelle^ü tememria^ nominal morbü.
Mii ^ fi tembms efi ptefias
Excmciandi dgros , hominefque impn?fe necmdi.
Louis B U rgen fis premier Médecin du Roy Louis Xlî. ne p^
éviter des vers ou il y a voit, fans doute plus de rime que deraL-
fon^.^ qui commençoient ainfi. ‘ -
Mi^gifier nofier Burgenfo
Emt unm bonm en(ls.
Encore fi la Poëfie avoit parlé auffi modeftcment que fait Balde,'
qui ne les faic pas, îoûj ours, & tous tant qu’ils font meurtriers |
Audifiü Medkos facios 0Uqumdo Tf^gœdos.
pais de les peindre de ces couleurs,
. plemmque ipp facitis medk amine morbum
Et dm mu diem agrotos dimktkis Orco,
Scilket hoc ^obis indulfit opnio rerum
^na pèens^^clades infer re impune fer orbem
Mercedemque alkno obku j Imdemque farare,
i£t d’en faire expédier des .millions à un feul 3 comme fait eetl|
imitation de rAntologie.
Automne agrotos qui flures fufiuUt une
^uam folia Automni frigore lafj'a cadunt
Langmhat Medkus Themffon , é‘ fiamina vk&
I Pracifki ardebat feindere f area manu."
Corrifuit âextra fufci Regnator A-verni
Iratufque Ve a talia 'voce dédit :
Tune ilium fiygias toties qui mktit ad -undas
Millia tôt hominum tôlier e fiultavMss^
En voicy d’un autre,
jul. . occubuit tandem y res mira tôt inter
Carnifices ^furem vix fotuiffe mori.
Paffe ÿ d oîi vouIqIi tomber d’accord qu’ils tuent quèlquesfoi^
gratisé
Seconde partie, Chap. IV. ^05
$mis j mais on veut encore qu’il en coûte, ôc qu’ils ne fafleat
pas plus de quartier que les bourreaux memes.
^ Carnifici Mtàicus par ejl , nam cadit uUrqut
Tmpune & mercesc/dis utrique datur ^
Judicium melm fmit ftihnlfe latronis
Gennadii Medicas quam pemjfe manus,
llle etenim c^des fan^e execratur ér odli
Bic pratium capit ^ ducit ad Elyfios
de Profe Latine qui pourroit aller du pir avec la Poefie, t'. chiliad.Erapmi
elle eft outrée & gaillarde \ Solis Medkü licet impme occi- ventM».
dere. Samdotes é‘ Medici Utius & liherm qui cantant mfunm , ^ in i>iaL charentié^^
quih, pcrmhtitm ocçidere,
LIBERATORI PATRIÆ.
C’eft l’Infcription dont on régala à Rome le Médecin qui avait
affifté Leon X. Pape, dans la maladie donc il mourut. Voicy
pour ceux qui fe tirent d’affaire.
FATIS VICTRICIBÜS.
Et voila comme on remercie les Médecins quand on cft guéri.
PoLirfuivons.
Un Efpagnol &un Italien meurent après avoir pris une Me*
decine de leur ordonnance i c’eft le Médecin & non pas la Mé¬
decine qui les a tuez , qui en doute ? & l’on ne manque pas d’é¬
crire fur le Tombeau de l’un , ^ui en ]acio per ejlarmeiori Sc
fur celuy de V2.mtQ»Stavo bene é' p^^ ^eglio jlo quk : Car les
Italiens n’étant fouvent que les copiftes des Latins, il ne faut
pas s* étonner ff leurs Poëtes ne traitent pas mieux les Médecin^
qu’ont fait les Poëtes Latins.
fon fegni che non vuol merire
Ma i Medici lo non voglion ammazgart
Ferche non fi farrebe il lora onore ^
s'egli u fcijfe termino , ddalle mani
Avendo defto egli , e fpaciato , e nrorel
Oeft ainli qu’on nous donne du Pline travefti en la même
langue.
Ma perche un tal fi puo donar la mortt
Sen^ punitione é‘ fenZa pena
For^a € che si gentil Titol * raporte.
Enffn e en: dans cet eiprit que la Comédie Italienne nous af-
^oC Medecme,
fure qu’on ne fe fort point de bourreaux dans TEmpire de la
Lune pour faire mourir les criminels j mais qu apres les avoir
condamnez , on les abandonne aux Médecins.
Les Poètes François autres copiftesdes Grecs & des Latins ne
, les ont pas plus épargnez j tant il eft vray que les enfans d’4- ^
pollon s’entremangent , par tout païs comme des Canibales.
Cy gifi far qui gi fat les autres
Dites4uy des Fatenotres.
.Voicy du clinquant & du plus brillant >
Cet Art qui fait le meurtre avec impunité
Et dont notre foihleffe accroît V autorité»
Mais voicy quelque chofe de bien plus galandf
Croye^moy charmante Do rife y
B'annïjfe^ tous vos Médecins y ,
Ce ne fat que des ajfajjins y
la crédulité du malade autorife» ’
Ils fat fort éloquent , ils ont de bons defans ^ •
Mais quoi-que leur jargon vous dife , '
La fanté qu ils vous ont promife y .
EJÎ une trop haute entreprife y J
Pour être l'œuvre de leurs mains» ' ‘
-i - . . ^
En vain leur fauffe conjeélure >
Farl'infaBiondudehorsy
Juge de ce qui brûle ou pourrit les refforts y '
Far qui t' Auteur de U nature -V
Fait agir l'ame dans le corps»
Jls rai fanent à Favanture t ,, ,
£t ces tr^vif blés accords > /
Sont pour eux une tablature 9
OÙ malgré leurs doéfes efforts y
Jts ne U fat qu a l'ouverture
Des cadavres de ceux que leur feule impoffuTCf
Vient de faire partir pour aller chez les morts»
r r . . ^ .
ze jang qut coule dans vos veines.
Ne vous a pas été donné y
four être au moindre mal par vous abandonné y
Aux effuffons inhumaines
D' un Doéteur ignorant a faigner ohfliné y
Tout ce qu'a le répandre uy^ malade a de peine y.
Seconde Vam. Chap. ÎV. J07
Ce froide cette langueur, &ce teint tout fanné ,
Sont-ce fas des preuves certaines ,
fontaines
Aujji d'habiles gens é‘ des têtes bien [aines,
N'auroient jamais iey fait venir le Senné ,
la nature avoit tout exprès condamné,
A naître en des terres lointaines »
De peur que nôtre mande en fut empoifonné.
Mais ces précautions fi [âges furent vaines y
Dés que l’Ecole en eut autrement .ordonné >
Avançons en ce beau chemin 5
Souverains juges du bien dire,
^^e le bhondin Phebus infpire >
Sur le choix des mets les plus fins ,
JLequel des deux faut il gu on die :
Jules mourut de telle maladie ,
Ou mourut de tels Médecins ^
ün de nos Poètes décrivant une Fête pendant la-quelle chacim
quittoit fon employ pour en voir lafblemnité -, dit que/f Atede^
tin même quitte [on malade , & que
Le malade n en efi que mieux..
Finiflbns par ces vers ck)nt on a voulu faire honneur à ce Co¬
médien de notre temps qui a plus fait de mal aux ignorans
dccins.5 qu’à la Médecine,
Contre Moliere un Médecin >
Ayant fait un mauvais defiein.
Avec un pere d Patenôtre,
Tous deux V attendoient d fa fin |
Mais Moliere fut le plus fin >
Et fe pajfa de l* un & l^ autre >
Moliere d chacun d fait voir.
L'inutilité du fçavoir ,
De ceux qui font la Medecîne :
Car pour parvenir d [afin.
Et nous mieux prouver fa doBrine ,
Il meurt dés qu'il efl Médecin.
Bref, queünous nous arrêtons un pexi à la Gomedie ancienne
^e le cours precieux de ces vtv
veut point être détourné ?
lirmiAft. Lacianp.
infiipHt.
508 Effais de Medecine»
&: moderne , nous verrons que la mort neft prefqite jamais
introduite fur la Sqene , que par le minifterc d’un Médecin
c’ellle Choraguc , & même quelquefois le dévouement de la
Piece. Si la Mufe n’eft donc pas plus favorableàla Médecine
en fa belle humeur, que ne luy fera-t-elle point en colere ?
Qi^i-qu’il en foit , il cft facile de répondre à tant de gentilles,
jolies penfées ; car qui doute qu’il y ait quelque chofe^ de plus
outré , de tout ce que le plaiîir de railler a dicté aux Poètes, que
ce qu’ils ont inventé contre la MedeGine& les Médecins,
Meurtre ér Poifonyi^^s moins que cela ? Je m’étonne même com¬
ment ceux qui fe font imaginé que Saint Luc n’a jamais été
Médecin , n’ont point donné le jour des Morts , ou celuy de
foetîs neque vigi- Saint Barthelemi pour Fête aux Médecins: car voila comme
lantibus credam. [a Mules’égayc ordinairement fur ce fujet 3 mais de bonne-foy,
cela s’appelle-t-il gayeté ou fureur Poétique ?- De plus l’argu¬
ment prouve-t-il quelque chofe quand il prouve trop, ou pour
mieux dire, quand la concluilon effcauffi fauffeque les premiffes î
Sont-ce des raifons que des faillies de bel efprit qui fe termi¬
nent à peu prés comme ces feux d’artifice , qui après avoir atti¬
fé pour quelques momens nos yeux & nôtre attention , crevent en
l’air oii ils s’ évanouirent prelque au moment qu’ils y ont paru ?
^ Tcla qn^ gr^- factum crepitüs : * ce n’elt que du bruit , rien d’eieétif ny qui
porte coup. Venons aux Hiftoriew. ^ ^ .
tedis fine uiioha- Comme les Médecins vendoient anciennement les poifons ï
bitanoms incom- donna Heu a leurs ennemis de croire qu’ils en abufoienn
foivitur. stnee. S il U y avoit do'pc cu qu uu Foctc qui eut irait dire a un de res
'mt inUercMo , certum efi tbo uà Medicum r^atfue nie ibi intoxieuho,
' * cela feroit pen de chofe 3 mais Cicéron même parlanc d’un Me-
orap. pro cîuenm. dcciii de fon ccmps , l’apcle jam cognimm ér metorem.- C’eft de
Qui jam multo- manière qu’ Apulée nous en reprefente un autre j * Era-
ticrj^imarum fpe- fiftrate dic-on , 6c Herophile dilFeqnoient des hommes vîvans >
?- Les Médecins donnent un breuvage aflbupif'
tropaea numerabat. fane 6c mortel aux vieux Denis pour faire plaifirau jeune. * Cer-
* Flutareh. Theffale , fl Ton en- croit Juftin , empoifonne le grand Al^'
xandre.. Cynias Médecin de Pyrrhus- propofe le meurtre de
citer orat. pro- ^"^7 à Caïus Fabricius Capitaine Romain , pourveu qu’bn le
■Rege T>etot*ro é* paye bica. Ancigonus empoiibnne les pla-yes de Phafael frerC
Fimn ch.tnFtïrho fq^rodes , 6c Glycon celle du Conful Panfa apres la- bataid^
de Modene. Antonius Mufa abrégé les jours de l’infortus^
Tacit. JLnvo 4,. Marcellus pour faire fa cour a Livie femme d^Augufte
Seconie Partie. Chap. IV. 36>
l^dccin Eudemüs cmpoifoniie Livie temme de Drufus. Xe-
cophon achevé l’Empereur Glaudiüs avec une plume em-
poilonnée donc il fait femblant de le provoquer à vomir. An-
tonin cft empoifonné par un Médecin gagné par Commode.
Caracalk Tcd par fon propre Médecin. Hermogene montre à
l’Empereur Adrien l’endroit par où il fe peut porter le coup
mortel. Marc Aurelle fait mourir fon frere Verusr, ou par cet
artifice que rapporte Jules Capitolin , ou par la faignée que liiy
fait le Médecin Pofidippe à contretemps,- Il ne tint pas aux Mé¬
decins de l’Empereur Frédéric lï. qu’il ne fut empoifonné la
follickation des Parmekns. L’Imperatrice Zoé fait empoifon-
ner fon malheureux Epoux par fon Médecin. Jean de Scho-
nen fait mourir Valdemàr Roy de Dannemarb, par un médica¬
ment affoupifTant, qu’il luy donne pendant fa fièvre. Charles le
Gha-jave Roy de France cft empoifonné par fon Médecin Ze^
dechias Juifi Mainfroy fait empoifonner rEmpereur Conrard
par des Médecins. Sanche Roy de Caftille ôc Grimoald Roy
des Lombards, font empoifonnes par leurs Médecins. Ladiflas
Roy de N-aples Sc Comte de Provence , eft empoifonné au fiege
de Florence par la fiüe d’un Médecin de PéroUfe , inftruite
pour cela d’une maniéré auflî difficile à exprimer honnêtement'
qu’elle eft difficile à comprendre. Ün Médecin Juif Emiffairé
de Soliman II. Empereur des Turcs , trahit les Chevaliers de
Rhodes avec Amarate , quel meurtre ? Joachim Electeur dé
Brandebourg. I L du' nom , eft- empoifonné par Léopold Mede-
ein Juif. Ün autre Juif , fi l’on en ctoit Sulpitîo Severo , em-
poifonne un homme en luy touchant Amplement la langue du
bout du doîgtv Selim; I. fils de Bajazeth 1 1. Empereur des
Turcs , eft empoifonné par Hamon Médecin Juif avec une
poudre d’aimanf. Un Médecin offre à Henry ^ J X I. Roy
d’ Angleterre, de le' défaire dit Cardinal Volfey. Le Médecin
Monteeuculi empoifonné le Daufin du Roy François 1. On
teiit mênie que comme lés Médecins avoientfait Leon X.
Pape' par un artifice qui dépendoit de la Mcdecine,' d’autres le
deffirent par un remede donné à contre-temps. Le Czar de Mof
eovie eft empoifonné de nos joürs, par, un Médecin fait comme-
celuy de la Gabrine du Poëce Italien.-
. ; b Cht for -^j^glio uccider de vekno
Ô.X iij
ii'ti. Ils,
CAptoii’A. inèie^.
CQ.
Cedren. in Èifis¥.
I. Lfcliania.
Saxo lih. if.-
Sigihert. ^ Regi-
nald. in Chrenic.
CrmzÀu: l<h': 9. C\
19. Ritius- lih. i,-
Neapolit.HiJhr,-
in ^eerem»nti/(fl
Thuan.aàann.i^ji,'
V. Catnerarium
horar.fttlc
y cap 7.
Effets âe Me^cîml
Voila à k vcrité quelques faits de la plûpart defqueîs m
ne peut douter. Mais qqanc a^x partifans de Caton qui ont
youlu s’imaginer avec luy , que les Médecins de la Grèce
avoient delTein de faire mourir les Romains , pure prévention;
Pour les Arabes dont on a écrit qu’ils avoidnt inventé une
Rhlan. Rechsrehes pratique oppofée à celle des Orées pour faire mourir les Chré.
‘'mT calomnie inventée pour décrier
onpe ter. mcîhodc > ,6c potir établir celle des Botaliftes , & qu’au con¬
traire la Medecine leur a obligation de Finvcntion de plüfieur5
„exceliens remedes î Quant à ce qui touche notre nation , fi Bell^
Foreft a franciii le mot contre Adam Fumée fur la mort du Roy
.Charles VII. je n’ay qiï*à répondre que cet Fiiftorien eft for|
rhum, a ad c&kem infidelîe. Il elf bien vray quant à nôtre fiecle que Louis Duret
'^erroman&. avoit refolu de faire le coup fatal à la con^iration de Mantes
& du Tiers Parti j mais il ne le vouloit faire ^ ny par le poifon,
ny en qualité de Médecin , mais par le fer & en Jbtave , qui
croyoit pouvoir tirer fon parti d’intrigue par cette voye. Aquoy
nous pouvons ajouter pour égayer un peu la matière , que cett,e
furieûfc démangeaifon qu’avoit le Médecin Blanquevaux de
tuer des hommes , ne procedoit que de la bravoure dont il fe
pi quoi t ySü de rhabitude qu’il avoit à battre le fer : car quoi-quil
fut habile Médecin, comme il paroît par le Commentaire qu’il
a fait fur le prognoftic d’Hipocratc,^^ par les Eloges des Can¬
didats de la Faculté , qu’il ht l*an lé oS . il n’ay oit pas fi-tpt ache-
vé de faire Leçon & quitté fa robe de Prçfeflèur, qu’il prenoit
jun manteau d’écarlactc^j & qu’il s’en alloit l’épée au côté faire
afTant contre les plus Prévofts dé Sale, cherchant de
plusdans les querelles de fe^ amis , quelque occafion de fignalcf
jfon intrépidité & fon adrelïe aux armes. On dit même à ce fu-
jee 5 qu’ayant rfaité malade gratis un fort vaillant howe , qui
ne fçayoit comment rcconnbître fes foins obligeans ,cet homme
s’avili de luy montrer un coup de jarqae qu’il ne fçavoit pas,
A ^tie ce Médecin l’en remercia , comme du pins beau prête
qu’il eut pu luy faire, voilà comme il yivoit avec les vailkns^
mais quand aux malades ils luy paroi floient facrés ô: dignes ^aj?
toute fon application. On dit du Neptune qu’il avoir cmpo*"
fonné fa fécondé femme quand elle mourut 5 maisdans le yraf,
ce n’étoit qu’une raillerie faite fiir le mariage d’un hdmme df
y 8. ans, avec une fille de 18. oii comme au tourmenè de Me-
^pnçejle mort ne met gueres à dépêcher le vivant. Le Te-ir"
Seconde Parm,Ckap, iV,
hoasüC, quoi qu oü en ait penfé , n’ëtoit gueres capable d un
tel coup, tout vindicatif qn’il étoit. Ge n’eft nir des fanguins
ni des voluptueux » ni des poltrons , ni des iiieonftafis eoniiiie
Juy qu on peut dire :
Illt robur é ^eBus erat.
I>c pareilles réfolutions demandent des^ mélancoliques brMez
& déterminez au maL Qu^nt au Grand & au Politique, je ne
doute pas que la mort ne leur ait , pour ainfi dire , bien enlevé'
des malades fous la mouftache j & que comme ce Medecfo doiiE'
on nous fait un vieux conte , ils n’en eufTenr pu compter autant
qu’ils avoient de poils au menton. Mais tout cela ne s appelle tuer
que danS’ le langage du peuple , & des gens de trop de loifir.
Qu’on dife donc tant qu’on voudra , que ks Proferiptions des ^
Médecins furpalTcnt celles de Syllayon ne le peut entendre que
du Prognoftic. Le bien qu’ils font, dit Erafme, eftun effet de
leur bonne volonté , & le mal qu’ils refufent de faire, quand in^neemMeM
on les tente , eft une marque de leur probité. Quand même on
roudroit tenir quelque compte des malades que d’ignorans M c-
decins font mourir , que fcroit-cé en comparaifon de tant d’au-^
très , que les Sages & les expérimentez ont tiré d’afFairc? Ainô
pour toute réponfe aux Hiftorkns que nous avons bien voulu
citer cy-deflus , il fulEt de dire que la plufpart des Médecins^
qu’ils aceufent , n’étoient que dés Payens , des Juifs, dés Héré¬
tiques 5 & même que tous ces* Hiftoiriens ne font pas
fûrs pour y faire fondsi Les Juifs , dit-on , font obligez par
' les loix du Talmud de faire mourir les Orbrétictis: mais quant
aux Gentils ^ s’il s’ eft trouvé quelqu’un qui ayenr abtifé de
la Medecine , il s’en eft aufli trouvé en grand nombre >-qüï, à-
Pimiration d’Hipocraté > ont eu horreur de Fhomieidéf & qui facW, Ann^ijjrf^
loin de donner dans cette facilité criminelle du Médecin An-
fiius, qui fournit du poifon à fon ami las de la vie , aurbient pré^
feré la mort à cette adion^feomme il arriva à üh des Médecins
de l’Empereur Hadrien. C^ant aux Chrétiens, il eft affûré qüc
knombrede ceux qui fe font laiffé entrafher a la t^tàtion , eft
lort petit. Car fi nous venons même à nôtre tems , on peut dï-
ïc à l’honneur des Médecins, que la faneufe Chambre des
poifons qui éclaira tant d’ouvrages de tenebres il y a" peu dfe
^ms, n a pas fait voir un feul Médecin impliqué dans les in-
numanitez qu’elles ^ découvertes^ Venons aux contes pouf
rire. ^ ^
Ejjais de Aiedecîne.
On peut dire de ceux de Stobée , qui a ramafle la plyf
part de ceux des anciens , que ce ne font que de vieux ccm!
tes , qui n'ayant pas ce ici èc ce piquant qui fatisfait encore
que la vérité , ne font aucune impreffion capable d oSénfer^riy
la Médecine ny les Médecins : inais pour cela il ne faut paj
laiiïer d’en marquer icy quelques-uns. Un homme, dit cet Au-
teur, interrogé pourquoy il avoit mal parlé de certain Méde¬
cin , puifqu il ne le connoiffoit pas ,, répondit ■: e’efl; que j*ay crû
que je ne ferois pas long-tems en vie , fi j' a vois quelque habitude
avec luv. Un autre appeilpit bon Médecin celuy qui ne lailTbit
pas loqg^tems languir îés malades , mais qu'il les expedioit promi.
ptemenc. C’efl en ce fens-là que quel qu’un s'imagina av<Xr fait
qnc belle réponfé à un grand Seigneur , aux charitez duquel
on rccommandoitun Médecin de nôtre temscomhédans la mife.
re: car comme ce Seigneur demandoit jfi ce pauvre Médecin ns
voyoit pas encore des malades 1 ce quelqu’un lui dît qu'il étpic
bien éloigné d’avoir dçs Pratiques , puifquil les avoit toutes
tuées. Pabfanias interrogé comment on pburroit fe défaire des
Thraces ? En mettant, dit-il, un Médecin àia tête de l’armée.
£)iogenes ayant appris qu’un malradroic & lâche Luitteiir s’é-
. toit fai|^Mpdeçin , dit : Sans doute qu’il n’a changé de métier
que pour reüvçrfcr ceux quilerenverfoienc en luittant.Lcs Ro¬
mains ^ dit Pâni îove,:{ car il n’y a rien autre chofe qui vaille
dans Stobée ; ne pourvoient allez eftimer Curtius
Pape Leon X. s’imaginans qu il les avoit délivrez de ce Pon^
jtife eh changeant fon régime ordinaire pour fe diflinguer des
autres Medecins.Et à ce propos RaphaëPGarrero racontequ’pû
Villageois nommé Bertolde qu’Alboin Roy des Lombaros air
moic à caufe de fes naïvetés , ayant été traité par les Médecins
comme un homme de qualité , luy qui avoit accoutumé déman¬
ger des fèves & des navçts , &: 'qui en demandoit inftamment
^pour tout remede » ne mit gueres à paflèr dans l’autre mon¬
de, malgré les bons alimens^& les bons medicamens qui luy
rent donnez , au lieu de ce qu’il defiroit fi paffiopnémçmft'^
quoi on ht cette Epitaphe au pauvre mort.
quejlo' tomba tefrebroja è ofeura
Giace un villano, dm dijfoyme aipetto
Chè fiu d'orfo che ddhpiman havea figum
Ji^a di Si alto è mbil întelletto
Çhe fe Jitipir il monâo ^ è la natum^
Semà Partie. Châp. IV", |ï|
'Mentre egU vi^e fu Bertoldo detto
. ÎFu gmtoM Re, mon con af^ro duoli
Per non fotCT mftJ^gi’^r (jy fdjeoli.
Voilà bien des contes de Médecins meurtriers : mais celuy-
jcy n’eft-il point encore nn de ceux qu’on fait à plaifir. Un mi-
fiable ayant peine à vivre de la Medecine , trouva moyen
d’entrer par faveur dans laMufique du Roy d’Angleterre Jac¬
ques L mais il y tint ii mal fa partie , que le Roy s’en étant
apper.çu j le cafla , & le mit luy^même dehors de fon cabinet ,
après s’en être plaint plufieurs fois au Maiftre de fa Mufique, qm
ne luy en avoit daigné faire raifon. Comme ce mifcrable en for-
toit , quelqu’un entendit qu’il difoit qu’on s’en pourroit bien
repentir., Û que malheur à ceux qui fe trouveroient apres cela
fous ià main ,• ainu on l’arrête , on l’interroge & ©n luy deman¬
de oii vont ces menaces. Enfin après quelque filence il répond,
que voyant bien qu’il n’y a plus de moyen pour luy de vivre
de la Mufique , il eît refolu de reprendre fon premier métier aux
périls 6: fortunes de qui il appartiendra. Mais n’eft-cc pas ré¬
pondre jufte à ces contes , que de dire que ce font des contes ^
& qu’il n’y a rien de plus vray que ce qu’on lit^' & qu’on ob- ^^rôdia» -n
ferve d’une infinité de Médecins femblables à ceux de Cara- senec. i. de bene^
calla , qui aimèrent mieux mourir que de faire mourir Severe, fie- +- ^
& aufîi généreux que Policlcte, qui prelïé, comme nous l’avons ^^**^‘**^^
vu de fes compatriotes d’expedier leur commun Tyran pour le
bien public , ne voulut jamais y entendre , quoy qu’il eût pû
jetter fur la maladie de ce méchant Eommé , ce qu’on deman-
doit de luy avec tant d’empreflement au nom de la patrie? En
effet , difoit Arctée , un Médecin qui a famé noble , & le cœur
Eien placé , non foulement ne fera mourir perfonne , mais il
n’enfeignera pas même le moyen de fortir de la vie , & s’en
fer vira encore moins pour luy-mêmc , quelque malheureux
qu’il fait , quoht^e la mort paroilfe douce & fouhaitable aux
malheureux^
llyabien^plus: car je ne croirai pas avancer un Paradoxe,
quand je foutiendray qifil n’y a pas au monde de Profeflîon
moins meurtrière que la Medecine. Qu’ainfi ne foit combien les
armes font-elles mourir d’hommes, foit dans les querelles par¬
ticulières J foit dans les .mauvais traitemens que les gendarmes
font a leurs hoftes : car je ne parle point des ennemis de l’E-
îat qu’il eft permis de tuer dans la guerre jullç, ouverte 6c de»
'Effm de Medeçlne,
ckrée ? Gombieii de Harpies , Icfquelles abufant du nom &
de l’autorité du Prince , Ôc fous prétexté de fes droits , font
mourir de faim ôc de defefpoir leurs compatriotes par des exa.
dions cruelles & infupportables ? Le feu des Decrets dejuftice]
pire que le feu gregeois , quoi qu’on dife qu’il ne fait que pur*
ger les affaires-; ce purgatoire fi étrange > que le debiteur &le
créancier n’en fortent iouvent que pour devenir plus malheuî.
reuXî tant il fe commet de defordres dans les ordres j auffi-bien
que dans les autres procedures de ces Decrets. .Çe Lacd’Aver.,
me , dont on peut dire :
Façilis àefcenfm Averm ^
revûcme , hîc oPus , hk Uhor ejl.
Enfin les prévarications /le feerec trahi , ou dont on abufe e®
tant de maniérés dans le Palais, tout cela, dis -je, ne reduit-il
.^erfonne en un état pire que la mort ? Tant de jugemens de
travers ou paffionnez , en matière civile Ôc criminelle , n’eft-ce
pas quelque chofe de bien plus mortel , qu’une faute d’omif*
Son même de commiffion faite par un Médecin , que la na^
ture repare fou vent ? Après tout , paitron dire raifonnablement
d’un Médecin ce que Scaliger, qui n a pas épargné les Mede?
cins dans l’occafion, a dit delà plulpart des gens du Pakis,?
Mémo efi eorum cj^ui ejfe fe O.eo s cenfenp"
Hoc f^culo} atque temfoye hoc ab&rtivo ,
grMîa-)mt feientiki aupferis armip
Sïhi fuifgue vinàiciit heum pimum f
ÿmm qui loquaci conmmMîpr lingu^t
Fretus dçlojis artibus fort diri i
Intermci^u> beüa comminutuYus 9
Mefmdus occuptpre nil timet quicquam^
Audisy mdefqae confpicmfque comivei
^ui miu ppim^ Fegna GalUa Torques ^ .
Qui Rex es unus , ferre tôt potes Rtges ?
Mais il y a bien encore d’autres meurtriers parmi ceux qui
obligez de diftrihuer le pain aux membres du Fils de Dieu. Ik
n’en veulent, comme font les gens du Palais , ny aux riches,
ny a ceux qui font encore en quelque état de fe défendre.
Les pauvres dont ils font établis & conftituez les œconotnes,
font par une horrible prévarication les objets de leurs cruauteZ
& de leurs meurtres : Non paz/ijfi ,pccidifii, Veut- on douter
ie témoignage. defPeres, & après ce qu’on lit de I mtention d#
Jeconde Vmie , Chap. I V.
Foùciateurs , que c’eft les tuer , que de ne les pas affifter d\in
bien qui a’eft donué que pour les nourrir. Le Médecin eft ex-
eufé par le jurifeonruke même , qui ne regarde que fon inten
don , quand le malade fe trouve mal d’une Medecine : fôn igno¬
rance fouvent étoit invincible. Mais il n’en eft pas' ainfi de cet
Geconomc, il tuë feiemmenr le pauvre , ic laiifant mourir de
froid & de faim. _
Concluons donc que tout ce que la paffion ô: la prévention
ont avancé contre les Médecins touchant l’homicide , n’eft
qu*une outrageante & outrée raillerie, & qu’il n’y a rien de plus
digne d’être écouté & d’être pratiqué au fujet de leur minifte^
ré, que ce qu*un grand Prélat nous propofe en fe le prOpofant
luy-mêmè. fe ntiy garde de rien dire (yui pnijfe choquer les Mede^'
cm , tombant dufji [onvent que je fais entre leurs mains f-our mes pé¬
chez. H fe faut bien garder de leur faire in]ure i au contraire il Uur
faut faire mille honnêteté^ , loin de dire , ni même d'en penfer ce que
tant d' imprudent en publient ft hardimenP ^ fi fauffement, le croy^
qu il ny a rien de fi ne ce jf aire dans la 'vie , quun Médecin fage é"
prudent; parce quil efiieminifire ^ le difiributeur S une grâce dont'
Dieu efi l'auteur.-
G H A P I T R E V;
B es Richejjesf retendues des Medecmf
CE n’eft pas que le public ait grand intereft de fçavoir fi
les Médecins font riches ou pauvres j neanmoins comme
on peut être avare fans être riche , que le riche efi prefque tou¬
jours ou méchant , ou heritier du méchant , & enfin que le Médecin
doit être homme de probité, & exempt même du foüpçon d’a¬
voir exigé des malades Ôc abufé de Pétât oiï ils font^ ilmefem'
blequil ne fera pas mal à propos d’examiner dans ce Chapirre
fi Galien donne les riche fies ^ comme on le chante ordinairement j
ou fi en effet il y a peu de fortune à faire dans la Médecine.
Mais avant que de paflèr outre , & d’en venir précifément àla
queftion , je croy qu’il fautpofer pour fondement , quelesfcien-
ces ne font prefque jamais de fortune en comparaifon des finan¬
ces, des armes , & de quelques arts : d où nous pourrons con-
Rrij
Sanantii non nb-
cendi anirtio dedit..
Cujeû ad, Leg. Cer-
neL de Sicâr.
Tcliacaticî l. z. tï'
Zÿ . 1. Sarifb.
3:1 (j; Bjjais de Meiecine,
Glure,quc de tous les emplois , la Médecine cft celuy
le moins de fortune , fi ce n’eft dans les Cours, ce qui ne fab
rienà la queftion , tous ceux qui ont le don de plaire au Prince
de quelque condition ôc état qu’ils foient , ne manquent ja¬
mais de faire fortune. Pour commencer par les finances , il nV
a qu’à oavrir- les yenx > fi on veut voir une infinité dé^ mou¬
ches, & d’autres infedes metamorphofés en vautours. Quant aut
jtript. ra iôUtie. armes, ne f^ait-on pas qu’elles font naturellement tant d’horreur,
qu’il a falu propoler des recompenfes aux hommes pour les^
obliger à faire la guerre , Ôc a répandre le fang humain , leur¬
re dont les fciences nkvoient pas befoin-, chacun fe iaiffant
aller doucement au plaifîr de les cultiver ? tant il eft-vraytquc
Militia e frmo i C la fcien^ un jiore.
deil^ar^ rameaux d’orne font que pour ceux qui battent lé fer i
tf miitari, pour des^^ Avanturiers , comme Enée>&que ces tiges dont, on
couronne les Sçavans , ne produifent que des bayes, aufil peu
agteables à la vûë , quelles {ont ameres & defagreables
goût, mgghe&^a ài laum, ^uai dp mirto '^ Combien de'
mcti,LaurjMmh. jj^iferables foudroyez par la pauvreté à l’ombre milme des lau-,
0>.c. Maîtrife 6c du Dodorat ? Povera e rmda vai fitofofia.
La Marchandife, les Arts-ôc mille petits commerces qu’il neft
* pis a propos dé pa'rticuîàrifêr icy , mènent bien plus loin que
la fcience, qui pour l’ordinaire ne-fait que laificr les gens en
état où ellé les a trouvés.
Temftî Arlit. <» ’
S/iPyP.-
plago crédit magno fe fanon tolUf,
fugnas ér cajlra fetit y fracingitur aufo.
yüis adulator fiôlo jacet ebrius Ofiro
Mt qui jo tu citât nuftas , ad premia peccatt
Sola pruînofis horfet faeûndia panms , * '
Atque inopi lingud difertas invocat art'es.
fid’on m^âllegue ceux que k'Morale , les Dîredions , oü
l’éloquence dé la Chaire élèvent aux Prelatures , je répons
qu’elles ne font jamais cé qu’mon appelle dres fortunes U des
maifons 3 les uns' ne faifant fimplement que fe tirer de là mife-
re oti ils' étoient auparavant , 6C les mieux pàrtageZ n’ëtantqud
de fimplcs trfufrtiitiers , 6c s’ils font leur devoir , que les Econo¬
mes d^un bien qui ncfb pas à eux ^ toujours occupez de la fain-
teté de leur mi niftere, 6c par confequent n’àya'ns que lé vivre
êc le vêtement. Appellera-t-on donc cela des* fortunes , ou des
affaires des foins 6c des charges ? Car s’ils ne font pas leur de-
Seconde Chif , V. yij
Vôir, diffipans' ou theraurifans^qu en arrive-t-il ordinairement î
:tes uns bien loin d’être riches, nefont que des mirèrablcs , pou-
fui vis de leurs créanciers , vi vans prefque toujours fans argent,
êc mourans en gueux j les autres étans comme ces avares &î ces'
vilains hommes qui manquent de tout , au milieu même de . leur
abondance, ôc raoiirans de faim comme lés pauvres dont iis en¬
ferment le patrimoine dansleurs coffres. De forte que de quel¬
que manière qu’on le prcnne- , les richeffés n’étâns pas faites^
pour ceux qui n’ont épôufé que la pauvrçté de Jefus-Chriff , ’
il n’eft pas vrayr de dire qu’ils ont fait fortune , h^bentes tun- '
cjpianfnon h^ibentes. Quant aux gens du Palais , quoi-quils cou¬
rent fi vice qu’ils femblent vouloir voler après la fôftuhei ils ne ’
l’attrapent pas toujours pour cela.' Car fi l’on en excepte quel- '
ques Magiftrats, dont les uns reçoivent des' grâces du Prince , =
& les autres augmentent par leur bon ménage ce qu’ils ont eu
de leürsperesou de leurs époufes, nous ne voyons pas de grands '
biens dans tout le refte, &:à pcine trouvera^t/on trois ou quatre '
hommes dans chaque çentaine de ceux qui. font ait defîous de
ces grands Officiers 3 lefquels apres avoir fué&gelé une bonne'
partie dé leur vie , perdu le repos êc peut-être leur ame, ayent
une fortune de Croupier ou de petit Commis des finances. LH’i-
ftoire , la Poëfîe 3 & tout ce qu'on appelé' les belles Lettres n’ont "
pas un fort pkis heuretix.
Mm
T>ulcis erÀtmercedé labor t temj^ufque fè^mtum efi'
fubito gmttx. frmgtrît arWopes.
- , «
Frange puer calamos , ^ inÀnk dêfmè ' Mufa "
^md enim' tïhi fijlula réddit ■
tutere famam ? cerû mjea carmina nemof
.. ^ pTdterquam fcopulü ventopi remurmurat Echo.
Combien , dis-je ,'en voit-on qui peftent à prefenc contre les Mu-'
fevêc qui crient d’un ton plaintif.
Sed me litterulas Jlultp docuére parentes '
Iteprocul J\rfufeJiüon prodejlû alumnü
Jte^'prociil Aduj^ Ji nihtl ijla valent.
En effèt^, pour prendre les chofes de plus haut , 6c pour dé--
cendre imenfiDlement à notre temps , le prefént que fait Ar-
c elaus Roy de Macedoine au Poëte Cheriilus, a-t-il quelque
R r ii j ,
S^at. Eficid. in, P4-'
trem.
O'Vid. Fafir'é, '
Cal^hùrn.EcgUg.-^,
'dnmin,
bandeaux de Mm*
fitur de Benfer»de
fur les Metamer-
fhefes-d’Qvidë.-
Jii-ueital. Satyr, 7.
5.1^ ÈJJais de M^àhe,
chofe de Royal i Un écu d’or pour chacun des vcïs d^Oppiao
paroît-il quelque chofe de proportionné à la magnificence d’un
Empereur , & à la beauté de ces vers ?'car fi la pofterité les a
nommé dorés, elle a fans doute eu plus d’égardà leur élégance
& à leur mérité , qu’au prix que cet Empereur y mit. Qupn van»
te tant qu’on voudra ceux qui ont été plus heureux du temps>
de nos Pe res J un Des-Portes qui eur trois mille livres de rente
en Bénéfices J pour un Sonnet qui avoir plu au Duc de joyeufe
favori dir Roy Henry II I. les huit mille écus d*6r donnés par
le Roy Charles I X.- pour le Rodomon^f i les deux mille écus don¬
nés par Henry PII. pour quelques autres Sonnets y les mille
écus donnés à- Claude Aquillini Poëte Italien pour le Sonnet
qu’il fit fur la prife de k Rochelle 5 qu’on tâchej dis-je , dé faire
valoir ces prefens , on aura toujours rai Ton de. répondre que la
fortune de Des-Portes , égala celle des Poëtes paflez , prefens &
avenir , tant là chofe eft finguliere, & qu’il n’y a rien de fi rare
que les exemples des liberalitez faites aux Poètes. Et de fait la
pauvreté femble être tellement le fort de là Poëfie, qu’il nefaut
qu’un peu de contant à-un Poëte pour le foupçpnner de quelque
méchant fçavoir faire..
ils m' foumienP s'imagmèf',
S^m foupçàn de beaucoup de crimes
on trouvât faut a butiner ■i-
Swunfimplefaijeardermes,^
Ainfi tant d’Àmphions qu’il vous plaira , les pierres ne s’alTem-
Bleront pas pour leur bâtir un domicile qui approche de celuy
d’un Clerc des finances jc’eft ce qui a fait poufiér ces jiiftesplain-
tes à un de ceux de nôtre temps.
Ah ! pour bâtir files charmans accords ,
Si les beaux vers tenoienflieu de thréjors
,^e de Palais de fpiendeur infinie i
Nos Ahiphions font m chambre garnie ,
sHls n y font pas ■s défi qu ils logent dehors.
Comme lés riches font rarement fçavans & beaux clprits j ceuî^-
cy font bien plus rarement riches "en un temps.
mufi& maU funt y docta^ue fuma famés.
Encore fi ces pauvres enfans d- Apollon avoient le fort desEû-
fans dé Chœur, &:quuls chancaffent pour du pain bien blanc j
mais malheureufement prefques toutes les Mufes meurent de
kim , comme Homerc j fl elles ne montent fur le Theatre pour
en vivoter;
Seconde Partie. Cliap. 'If. -3j|i
Efurit, ÎKtacfam faridi mfi >vmdett Agavem,
a^Çiéics ne s occupent à chanter les Myrtes, ôc les Myrtilles,
loin de chanter les Lauriers des braves & des fçavans , comme
«lies feroient Ci elles étoient bien nourries , & qu’on pût fe
mettre dans la xêre ces raifonnemens , de leur malheureux
nourTidons, , n
Neque emtn cantate fab antra
fierio Thyrfum^e ptefi conüngere f&wa
faaprtas , atyue aris inop, quo no^e àieque
CotPm A?et
^ - \wy\wy
tyetto nido 9 efca dolce .i aura cortefe
Bramam i Cigni^ & non fi va in P arna fia
Con le cure mordaci : e chi fur troffo
Col fuo defiin garifee , e col difagio. ^
Wien roco , e ferde il canto.., e lafavella.
ÇJn de nos Poëtes ne fçachantàqui fé prendre d’un fi grand
malheur , en accule le cheval Pegafe, & jette tout fur la pau¬
vre bête.
C'étoît fegafe 9 ^ ce âoBc cheval^
De la riche fie ennemi cafital »
d'Helicon fit naître la fontaînt.
T mt d'une traittt & toute d'une haleine 9
Mené foîivent fon homme d L'Hafital ,
Sans s écarter
Encores fi eét Hôpital étoit bon , & qu il fe fentit de la
magnificence de ceux que quelques Princes de l’Europe & de
i’Afie on bâtis & rentés , on n’auroit pas fujet de fe plaindre
de la dureté de ces Miniftres mêmes qui ont voulu paner pour
des Mecenes, Car qu’arriva-t-il à un pauvre Poëte qui avoir
demandé à un Cardinal Miniftre , par une requête en vers ,
quelque addition à l’ordonnance qu’il luy avoir fait délivrer ,
pour un habit qui ne fe trouva pas auffi complet qu’on le donne
ordinairement aux Poëtes 1 je m’en rappone à la réponfe faite
en rimes au Poëte par ce Cardinal , pour le payer de même
ffionnoye. -
Surintendant de Buüion .
Elargi fie[ un feu la main ,
En faveur du grand 2Peuf germain %
yMais four moins que d'un million.
Rondeaux furies
Metamorphofe d’O'
vide, par Monfieuf
de Btnferade,
EJJkh de Medecine,
'Çonclurion que tout fuc ,
Réduit h fiix ante livres farifis , Pour la fetite oye de l%âhk.
Mais quelle plus grande dureté , que celle avec laquelle il ren,
vqya bien loin les beaux yers de rilluftre Ménard , que je veux
bien mettre icy , quoi-que tout le monde les fçaehe par coeur^
^&que je les tfoûye par tout. ' ^
A rmand l’âge affoiblit mes yeux ^
Et toute ma chaleur me quitte y
Je verray hien~tot mes ayeux y
Sur le rivage du Cocite^
iCefl ou je feray des fuk/ans. 9
pt ce grand Monarque de France j
fut le p£ve des Sfavans j
Èn un fiecle plein £ ignorance,
pés que 'yapfrocheray de luy ^
Il voudra que je luy raconte ,
Pout ce que tu fais aujourdlhuy ^ ' /
Pour combler lEfpagne de honte,
le contenteray fomdefir y
Far le beau récit de^a vie^ -
Et charmeray le déplaiftr i'
j^ui luy fit mreudire Favie .f
'Mais s'il demande d quel Employ a
Tu m^a occupé dans le monde 9
Et quel bien y ay reçu de toy 9
^e veux-tu que jè luy réponde f
Car enfin cet or du ParnaiTc fut encore moins eftimé par
Cardinal , que roripeau de Neufgermain , & demeura comme
terni par ce vilain Rien , qu’il mit au bas de ces beaux vers pour
toute réponfe. Les chofes n’allercnc gueres mieux fous l’Emi¬
nence qui fucceda a celierià dans le Miniftere, tant elle eftimoit
peu les Livres , jufquesàfaire crier un autre Poëte.
Ce n ejl que marroquin perdu 9
^e tes Livres que F ôn dédie 9
Depuis que Monnerot mandie !
Comme fi les riches ne pou voient comprendre que tout hommC
qui leur prefciitc un Livre a droit d’en prétendre quelque re^
.êonnoiflance^ quand il h’efl: pas fort à fou ailé.
pauper ego cqntoy ÎMca vir mqximus audi^
Seconde fmù, Chap. V". '321
«enfcût-ils qu'on foit encore au temps d’Euripide, & de cette
infcription du Temple de Delphes , où les beaux efprits ne fc
rcpaiffoient que de- gloire , tant il failoit bon vivre en ce temps-
Nolo ego fauper dona dare tibi diviti
Ne me (^mentem futei, fi dmdo fofeere videar.
Mais fans remonter au temps d’Euripide , combien le ficelé paflTé^
étoit-ii plus heureux que le nôtre , puifqu*il n y a rien de plus
vray que ce qu^en dit ce Kodeau ?
jbe bel efprif m fiecle de Maroty
Des dons du ciel faffoie pur le gros lot , '
Des grands Seigneurs il donnait accointaine»
Menoit far fois, à noble fi'ùilfance i
Et pi plus efi, faifiit boüi/iir le pot,
Gr efi pajfé le temps ou d'un bon mot y
Stance ou Balade y on payait fon écot »
Elus né voyons qu on prenne pour finance ,
Lebelefprit.
A prix d' argent V Auteur comme le fit y
Boit fa chopine é‘ ^^^ge fon gigot y
Heureux encore d' avoir telle pitance y ' : .
Maints ont le chef plus rempli que la panec y
Le fat efi riche y & nous voyons capot y
Ze bel efprit.
Combien encore étoit plus heureux le ficelé qui précéda cc-
iuy de Marotjoù les Sçavans & les gens d'erprit, loin de fe faire
la guerre comme ils font à prefent , s’aimoient & fe prévenoient
par de bons offices, Sc par des maniérés nobles & genereufes , au
point que Dante légua par Ton Tefl:amcnt,dc quoy avoir un
habit à Pétrarque pour étudier commodément en hy ver , au
lieu que tant de gens d’étude gelent à prefent depuis les pieds
jufques aux dents , pendant que tant d’heureux ignorans lùent
le dos au feu Ôc le ventre à table. Il y a bien pis : car les Mufes.
au lieu de mener à quelque chofe de bon , mènent fouvent à des
précipices.
Mn les Jttivant on s'égare , on fe perd ,
Ces pauvres fæurs marchaient dans un déferty
il pleuvait fort i ^ l'on ne voyait goutte y
On les logea y ce n tfi pas peu fans doute y
^e d'étre Mufe éf d'avoir le couvert
S f
IRcndiàux fur
Metamorfh
vide.
'V.Æüm. VArtA'
Kijhr. c.
îacilius fait Apoî-
loni venire in
latium Antonini
ex Chalcide, quàtn
ex doxno fua.
T>ettv di GhdAnni
Seterû.
Itîner^ium ItAÎte.
D. femnis Mabil-
loa. BsneàiSt.
5 21 Medecine
Chez, un amant brutal é" peu diferet r
Fut leur retraite yil parle d cœur ouvert t
Les veut forcer , les pref ? (jr rien ri écoute y
En les fuivan f.
Les voila donc toutes prifes fans vert y '
Toutes auj]i s- envolent de concert ^
É court après > é* ferit fur leur route 5
A fes pareils ycef le moins qu il en coûte y
Ét tel fs nuit bien plus qu*il ne fe ferty
En les fuivant.' .
Cela eft fî vray que Théodore de Gaze n’^ayant reçu que 40-
ducats pour la cradu^feion du Livre de la nature des Animaux
fait par Arihote,. qu’il avoir dédié au Pape Sixte 1 T. jetta pre¬
mièrement le prefent dans le Tibre , êcTé laifla enfiji te mourir ,
•de chagriii de fe voir fî mal-traité.
On dira peut-être à tout cela, que P&atariséonfidera beau¬
coup le mérité de Stefichorusi que Phiiippes Koy dé Maecdoi-
ne & Alexandre le Grand lionorerent les Sciences êc les beaux
efprits ,par des prefens magnifiques & des penfions,^ Que Denis
Tiran de Sicile fie triompher la PMlofophie dans fon char en
la perfbnnc du divin Platon, qu il fit afibir à fon côté ? pendant
qu il tenoit luy même les* refnes des chevaux des mêmes mains-
dont il tenoit le Sceptre & les rênes de fon Etat. Pbmpée
honora Pbfiidonius,. Marcelîus Archimede , T rajan Oion Phi-
îbfôphe de Prufe. Qu’Antonin né pouvoit vivre fans lePhilo-
fophe Apollonius , & qu’encores que ce Philbfi^phe em abufé de
fa b9nté& de fa paiicnce, il né fit que cette réflexion fur fa eon-
duite ; Cela eji furprenanf ^u il ait été plus facile d Apoüonius dt ve-
nir die la Chalcide d Eome , que de venir de fon logû dans mon È'daùi
qumà ]e le mande. O n ajoûterafiion veut, qu’AthalarieP^oy d®
Rome ordonna , tout Got qu’il étoit , des penfions aux Proreb
leurs qui enfeignoient les Sciencesj que Ménon Calife de B ag-
det, & P Empereur Michel difputerent à qui auroit 1© PhilbD-
phe Leon ; qu un^ Roy d’Aragon metipit autant dé différence^
entre un Prince ignorant & un fçavant , qu’ij y en a entre no
homme qui a deux yeux , &' un homme qui n’en a qu’un.
le Pape Sixte Y. témoigna tant d’eftime-pour lés Ouvrag^^des
Sçavans,qLi ayant placé fa Bibliorheque au deffus du lieu qh- O
avoit rangé le magazin de fes armes , il y mit cette inferiptioO*
Sub]eùt arma litteris. Q^ le Valeftein afiigna par an deux mio^
Seconde Partie, Cha^. V.’ 313
Talefs,pâyc!zpâr avance à Batifte Seny Aftrologuc Génois retiré
à Vienne 3 après avoir dit à l’Intendant qui avoit voulu régler
CCS appointemens à ving^-cinqTalers, qu’il auroit hônte X avoir
des [çavansà fi bon marché. On remontera même filon veut aux
temps qui précédèrent l’invention de rimprimcric,oules Grands
prenoient plaifir à faire dépencc, en mignatures , * en or ÔC en
précieufes couleurs , 6c autres ornemens dont on paroit alors les
Livres 3 ourdira que les Dames mêmes ont donné des marques
extraordinaires d’eftime aux Sçavans, témoins les Abaillards, les
Chartiers , & les Clopinels , au dernier defquels Valentine dé
M ilan fit de grandes honnêteteZjêe enfin qu’il ne s’eft gueres croU'
yé de Petrarques , qui n’ayent reçù^dés témoignages d’amitié , ou
quelques autres faveurs de leurs Laures. Mais que fait tout cela
à la République des Lettres , ce particulier au general, ce font
des chofes fingulieres , dont ny fUniverfité, ny pour ainfi dire
rUniverfalité des Sçavans n efl: pas mieux/ Qi^nt même on a
érigé des Statués à quelques Dodes & aux inventeurs des beaux
Arts 5 en ont-ils été plus à leur aife 3 ces Statués mangeoieht-
elles pôu^ux î Non afiurément 3 ôcc’eft pour cette raifon que
l’illufce Prefîdent Faüchet,fc vpyant fi mal recômpenfé de
fes belles veilles , en marqua fori ebagrin par ces , jolis vers,
fi ay bien trou'iré a Saint Germain
Be mes longs travaux le falaire y '
Be Roy de Pîene m a fait faire t
Tant il 4fi courtois é' bénin, . -
s’il fouvoit me guérir de fai^ , ■ '
AuJJi bien qu il fait mon image t :
,^e jt ferois un beau voyage \
fiy retournerois dés demain.
Ope le Fleuri Ferrârîus admire donc tant quil luy plàifa ce
rameux Maracot , ou les peines & les douleurs , fembtent avoir
etireujement dégénéré en une , il n en éft pas au pars des
J-ettres comme en eeluy desf ardins & de ces Iiles , ou les fleurs
Allient fous les pieds,
- Ou ton ne^voit ]amaïs fleuvotr^
Si ce n efi des rubis échafés dt aurore ^
des champ fortune^ ^lus glorieux encore i
- Haignent d feint recevoir, ’
^oiitraire, ce que les Mu fes ont de plus fleuri dégénéré
nt en epines 5 n a-t-on pas vu julques dans Rome le pais
S f ij
mytoift du Hoy dê
Suede Gufiave
delphe , par Mon-:
fleur de Brade
J6s6.
* Inficiûtur memi
branæ colore pur-
purco aurüm li-
quefeit in Littcraij
Berr*rtus in Flora
cap. de Flore Faf^
fion.
Pœnas degeneraC-,
fc ia florein.
Commènt^nffœm.
3^4 2\dedecîne.
des Lettres', les plus innocentes veilles déclarées criminelles?
Res nova & inaudita etiam de fladiis [upflicia fumi. ^ La fortuné
même ne s’eft-elle pas déclarée contre les Sçavans , au point
de fournir la matière des volumes entiers quidcploreut lcsfouf-
frances des Martyrs des Mufesî , ^ '
Voudroit-on donc après tout cela que la Medecine qui n’a
rien de fi fleuri que tant d’autres Sciences&tant d autres Arts,
eut eu un fort plus heureux^ Quant elle auroit été aufli venale
de tout temps, que le Barreau l’etoitàRorae au temps de Cor¬
neille Tacite, elle n’en auroit pas été plus riche, parce qu’on
ne paye pas fort largement ce qui n’eîl pas fort agréable aux
fens , & ce qu’on efl: en poffeflion de ne payer qu’à fa commo¬
dité. Cependant on fait fonner bien hau|: le
, Bat Galenm opes i dat jujtmanm honores.
Ou pour parler avec Accurfe, un
BatGalenusopesyt^SanêtioIujiimana
, Ex ifiü paleas y ex illis collige grana.
Car de quelque façon qu on li faces vers , je ne voy pas qu’on
en doive faire grand cas , puifque cette autorité n^e trouve
que dans une glofle pire que le Texte. On n’a donc qu’à fè
promener un peu en efprit dans Paris & dans les Provinces ,
pour voir fi on y trouvera ces richelTes , qu’on s’imagine chez les
Médecins. Cherchez bien , & je m’aflure que vous ne les trou-
verez qu’a peine dans une ou deux familles das Médecins de
chaque Province tout au plus dans quatre ou cinq de ceux
de Paris, fi même ce "qu’on y trouvera de plus confiderable ,
peut être appelé richenes. En effet , qu’un Médecin. ait tant
d’employ qu’il vous plaira , qu’il courre le trot & le galop , à pied
& à che val , à la ville & aux champs , l’argent ne liiy viendra pas
pour cela en pofte. Il s’en faudra beaucoup que toutes les vif'
tes & tous les ayis foient payés , les amis , les parens , les ingrats,
les impécunieux., les efcrocs ne font jamais fomme, decent tw-
rati Ç»nt ér unus . egit gratias. Quoi-qu’on puiflè dire même de
Tancîenne Medecine , elle n’a été gueres plus riche que la nou¬
velle r car fi l’on en excepte les Médecins nez. riches , & ceux
qui ont fervi les Princes , on trouvera cinq cens pauvres, Sî
peut-être mille pour un qui aura gagné quelque chofe. Ve¬
nons à la preuve le plusbrrévemenc que nous pourrons par
reveuëde ceux dont nous avons donné l’Hiftoirc Chronologr*
que, après avoir fuppofé > avec Galien , la fin des gran^
Seconde PartfC. Chap. V. >25^
^edechs na été ny l* utilité ^ ny mèmt La gloire , inhumanité Ôc la
compaffion feule ayant été le mDtif qui'ies excitok. Qu’ainfi
ne foit> on ne convaincra jamais Efculape d’avoir été riche ^
car pour nous faire croire qu’il ait thefaurifé , il faudroit de
meilleurs mémoires que ceux que nous avons examinez en
parlant de luy, de meilleurs témoins & des juges plus défintè^'
reàcz que des Poëtes poür faire le procezà un Dieu. Les graiv
des alliances dé Podalire & de Machaon Tes enfans, des rendi¬
rent fi puilfans qu’ils ne tirèrent rien de leurs malades , n’ayant-
en effet befoin de ricn^ Gorgafus, Pplemaque,N^icomaqiie en-
fans de celui'Cy ,ôc mêmes leurs defeeadans furent heritiers des^
biens de leurs peres, comme ils le furent de leur mérité, & fu¬
rent adorez- des peuples comme des divinkez-, parce qu’ils fai-'
foient la Medecine en Héros de l’Art, Ceux qui les ont fiiivi
|ufqu’a Hipocrate ne nous ont pas paru fort riches, au^ moins^
par la voyedes rétributions populaires : car ceux qui s’enrichi-:
rent comme Melampus,^ne le firent que dans lès Cour-s^ Hipo^-
eratemème qui put fe faire puiffant en biens , s’il eut voiilui
tâter de la Cour , pratiqua partout fa belle Sentence
Artis liberalia^quoy^ue funt opéra. Il refufe tout ce que le Sénat
d’Abderc luy prefentc, êc méprife tout ce que Perdicas Roy de-
Macedoine luy veut donner,- s’il veut bien fe donner à luy. Il
poufife la genèrofité jufques à ne vouloir pas entendre aux pro-
pofitions du grand Roy de Perle Artaxe^xe j il vit de l’honneur
qui le^fuît par tout-, ôc la couronne d’or que le Sénat d- Athènes-
luy décerne , n’efl: qu’un cercle oii fon domaine s’étend bien=
moins que fa gloire. Dexippe,-qui fut fon difcipleôcfon com¬
patriote, l’imite jufqiies à méprifer les richefTesd-’Hecatombus-
Roy de Carie, qtfil ne veut fervir qu’à condkionqu’il ne fera
plus la guerre â£a patrie. Si Thefïàle eft plus riche que ne fut"
Hipocrate fon perey c’eft- parce qu’il veut Bien être Médecin
n Archelaus Roy de Macedoine* H en eft de même de Policletc
8cde Democede Medecins>Pun de Denis Tiramde Sicile,. îau--
tre de Darius Roy de Perfe , de même d’Androcedes qui àit
Médecin de Philippes Roy de Macedoine &: d’ Alexandre Ion
fils j dë même d’Apollophanes-qui fut Médecin d’Anaochus , de
Stratius qui le fut d^Eumenes ,'d’Erafikratus qui. fut Médecin
de Seleucus 5 de Calligène quifervit ce- Philippes Ps.oy de Ma¬
cédoine qui fit la guerre aux Romains 5 d’Archigene Médecin
de Philippes Roy de Sytiey de Diofeoride Médecin de Mar c-
S.f iij
y. Pli» é? Tir^-
411.
Scipio .de Uetcmils
de gii errori pof o-
lar. d’îtalia lib. i,
cdp~^.
Lih. 4. de fompofit.
Medicam fecund.
lûepf.
In yadenteA^ti h
Scetf. 1,
^1$ BJJkis dff Meiecme:
Antoine & de Cleopatrei de Mufa & d’Euthorbe fî*efcs Méde¬
cins , l’un d’ Augufte ôc l’autre de Juba Roy de Mauritanie. C eît
ainfi que Philotas s’enrichit au fer vice du frerede Marc-An¬
toine, Simon r Athénien auprès de Seleucus, Caricles auprès de
Tibere , Vedius Valens en la Cour de Meflàline , Androma-
chus en celle de Néron, Arnutus en celle de Domitien, Her-,
mogene en celle d’Adrien, Il n’y a donc jufques-là que Cri-
vias?que Charmis , que Caftor , que Q. Stertinius , qu’un Ar-
chontius Chirurgien , taxé par l'Empereur Claude à deux cens^
cinquante mille ècus> & peut-être deux ou trois autres qui âyent
fait fortune avec le public. Car pour Decimus Merula , le
moyen de le croire tef qu’on le dépeint , puifqu’on le fait fi rh
che > qu’il eft impoflibie de comprendre comment un fimpiê
Médecin pourrok avoir tant gagné de bien? Çalien même, loin
d’avoir été riche d’avoir -fait fortune avec le public, ne fit
qu’a peine quelque petit gain à Rome ,ouil s’établit , bicnq)lüs
à la faveur de Demetrius premier Médecin de l’EmpereurAn-
tbnin , que par fon mérité qui ne fut pas fort connu du public ,
18c qui nefervit qu’à luy attirer l’enyie des Médecins. Cela eft
fi vray qu’il dit de luy même en un de fes Livres , qu’il n’efi
pas riche , 5? que quant aux autres Médecins , il y en avditaur
tant de femblables à ce Médecin de Plaute , que R’honimes
nialades.
^iâmmncMtdicm-es^usfg^ ,■ ■■
Imo Édepol unaUttpm plus fum i^ukm Medicus.
Q^erenus SammonicLts , pribafe , Æce , & tant d’autres
mentionnés cy.-dfevant , fans ©ubiier la plupart des Arabes'
étoienttous Médecins de Princes, ou riches de leur eftoc 3 de
forte que fi l’on cherche bien der-ià en avant jàn en trouvera à
peine quatre ou cinq qui fe forent enrichis avec le peuple. Pour,
■les Médecins de nos Rois : car ce feroit une grande afiàife de
vouloir parcourir toutes lesHifîoires, tous les temps &:tôûsies
païs, quoi-que ces Princes âyent çté mâgnifîqiîes dés la première
race autant quon le pouvoit être alors , ces Médecins ne, furefiç
recoBipenfez qu’avec des Prébendes Ecclefiaftiques ,;fiÇl’dn en
excepte ce Pierre Médecin du Roy Clotaire PL. marqué cy_'?
devant page 124. Marilelfe qui perdît tout par un rêvers dé
fortune i 1^ Médecins de Contran Roy de Soiffons ,qae la cruel¬
le A uft ri gilde fit égorger, & Zedechias Juif connu par la mort;
de Charles le Chauve: çar je ne yoy gueres d’âiitres MedéciM
Seconde Pâme, Châp. V. ^27
qui ô’ayentété Moines , Chanoines , Abbez, ou Evêques dans la
Cour, jufques à Adam Fumée premier Meddfcin du Roy Char¬
les VII- lequel ayant été Maître des Requêtes & Garde des
Seaux quelque temps après la mort du Chancelier de Roche-
fort, fe trouva bien plus riche de fon fond ôidcs faveurs delà
Cour, que de celles de la Médecine ambulante. Le fameux-
Jaeques Gottier Ce fit encore bien plus riche que Fumée ,' car
quoi-quil eut été taxé à quarante^huit mille écus fous le Ré¬
gné du Roy Charles Vil L fomme grande pour ce temps-là , il
luy enreftabien davantage , & infiniment plus qu’iln’eh me»
ritoit, de la maniéré dont il l’avoit gagné. Si on en excepte en¬
core Jacques.Fonceau, J ca:n Trofiêleri, Jean Martin,- Jean Mi¬
chel , Jean Bürgenfîs^^toùs Médecins du Roy Charles V IlL
Gabriel Miron premier Médecin & Chancelier de la Reine-
Anne de Bretagne, Salomon de Bombelte , André Briaü ,Jean
d’Alez . - . . de Fràncieres Médecins du Roy Louis XI
Louis Burgenfis Médecin du Roy Franf ois I. Jean Fernel
Jean Chapelain Médecins du Roy Henri I L Jerome Mantuus^
Médecin de François IL ôc de Charles ÏX, Mare Miron Mé¬
decin du Roy Henri III. André du Laurent d’Henri I V.
Bouvard de Louis X HL à la referve, dis-je, de ceux-là, tous
les autres furent recompenfez par des Bénéfices qui les mirent
à couvert de la pauvreté fans les enrichir. Les Médecins des-
Fapes n'ont pas été récompenfez autrement que la pki:^ârt de
ceux de nos Rois , je veux dire avec des biens d’Eglife ; car'
on ne verra gueres quun Thadæus Florentinus s ce Médecin
fi interefle qu’il ne partoit jamais pour te campagne tens faire-
marehd à cinquante écus d’or par jour j de forte qu’en ayanc-
exigéGentdu Pape Honoré IV. famaladieluy en valut dix milles
qu’un Pierre d’Apone qui n’étoit pas moinsr avare .-car' quant à-
Arnaud dé" Villeneuve fon difeiple ,vqUoi-qu’iI ait cherché te
pierre Philofophale , on ne voit pas pour cela qu’il Fait trouvée^
O.nfaicquelque bruit des pratiques &duCabir^ de lahmm y
•^0 aqüa pÀme , Médecin ambulant Scpopulairé, mais avec cct-
te fpecieufe infeription qu’on lifoit fur la porte de ce Cabinet
I^ucri negle^i luçrum i fçaitfi tout ce qu’ilyavoit dedans n’é--
point de ces colifichets fur lefqiuels à peine pourroit-on ma¬
rier uiie fille qui ne ferôit pas fort jolie i Ffochke le Napohtaiir
ecoic riche, mais comme il n*ëtoit pas moins grand Seigneur que'
.grand Médecin , Tes richefies ne venoient pas de la Médecine'
jiS ËJJaisdeAîedecme.
qu li cxcrçoic fort noblement. Gardas ab Horro tira
mille écus d’un Roy des Indes qu’il avoit guéri 5 ïnais eft-ce
une recompenfe digne d’un Roy de ce païs-4à,& de quoy ren¬
dre un homme riche 2 II eft vray que T urquet Maierne alaiffé
de nôtre temps de grands biens qu il avoit gagnés en Anéie,
terre, le Pérou des Médecins , oii on1uy donnoit une Guinée
par chaque viiîte, Ôc s’il en faut croire tons les contes qu’on fait
ârce fuj et, autant de Jacob us chez les grands Seigneurs qui! y
avoit de degrez à monter jufques dans leur chambre. Mais
quand on aura pofé qu’il étoit Médecin du Roy d’Angleterre,
^ on ne s’étonnera plus de fa fortune. Je veux même que Car-
pusôeGapivaccius , ayent mis au fiecle pafTéàun prix exceffif
la cure des maladies Napolitaines , comme firent à leur imitation
quelques autres Médecins êc Chirurgiens , dont fayarice fut
caufe qu’on appela tres-précieux ces pauvres malades , tant ils
mettoient leur cure à haut prix. Qoqi-qu’il en foit , ce ne' font
que deux ou trois partieuliefs du pàlTé , qui ne font rien au pre-
fent,.& àces Médecins de nôtre temps que je yais examiner,
•pdur voir s’il eft vray que
Le Politique, je l’avoue, a été un tres-riche Médecin am-
bulant , 6c fi f on veut le plus riche de nôtre temps ; mais fi l’on
Gtoit de ces richefles fes biens de patrimoine , ceux dé fucéef-
fion , ceux de fon épdufe , 6c ce que le bon ménage y a ajouté
pendant-plus de quarante ans , le refte ne paroîtra pas des ri-
ehefiés. Qmnt au Grand , au Neptune 6c àu Petit-homme , quoy
qufils ayent tous fervi des Princes , ils ne font pas morts plus
riches que ley ambülans. N’oublions pas même fi l’on veut les
Pais Etrangers où l’on paye bien mieux qir’en France les^vifites
des Médecins , & tout bien confideré, nous ne verrons pas que
la Mçdecineyait jamais parlé par tonnes d’or, comme a fait
le commerce, ny par millions comme ont fait les finances dé
nôtre pais. Qiron déterre tous les Médecins Von n’y trouvera
ny Jacques Cœurs ^ ny Foukers d’Aufiboure , ny Ronis-j Oy
aucun de ces noms que les richefies ont rencui célébrés depuis
un fiecle daiis la France. La fortune de quelques Médecins
cft donc comme rien en comparaifon de tant d’autres fortunes :
car même pour quelques-uns qui ont vécu du métier , combien
en avons-nous vu qui ont croupi dans la mifere , 6c combien
en voit- on encore à prefent qui languiflent dans lapauvrete>
riches qu’ils font de mérité ?
Seconde Partie* Chap, V. 3 lÿ
D^où il faut conclure que la Médecine n’étant pas riche , elle
mérité au moins- qu’on l’honore premièrement delà fttbjlmce
des Cônvalefcens de tm fifbJiamÀ , en £cconâ lieu de quelque
diûindion , Ôc de quelques-unes de ces grâces que le Droit
Romain luy accorde , h on ne veutluy accorder quelques-unes
de celles du Filquci & enfin qu’on l’épargne dans les Satyres
& dans les compagnies, oii bien loin de rdlimer autant qu’elle
le marice , & de fatisfaire au Precepte du Page fils de Syrach*
on iuy envie même jufques à la moindre tituïade dupaïs où les
titulades font fi -communes. Zes grands Seigneurs dit Apollon
protedeur de la Medecine, f)nt jaloux de 'isoir les Mei^ins pren¬
dre J comme font les furifeonfpltes i le titre d^ Excellence. Ils ont
beau aüeguer quils font plus anciens que les l^ucs t les Marquis ^
les Comtes , ceux - cy leur répondent quils ont le titre d’excel^
lence. , comme un Titre -onéreux \ ^ acquis a beaux deniers eom^
ftms , au une Excellence de cinquante ècus déachapt y nef pas
compar^le h celle dé un Duc qui vaut des millions. Apollon là-dejfi-
fus prend le parti de Tes enfans , difant aux Seigneurs ^ que
leur état vient de leurs deniers , celuy des Doreurs de leurs veilles ,
ér de leurs fueurS o & renvoyé enfin V affaire aux Sages qui jugent
que les grands Seigneurs n honorant V excellence qu avec les biens de
fortune eér les Deiles luy faifant honneur avec les biens de l’ejprit,
fi ceux-là veulent rendre leurs Excellences confiderables ^ en quelque
maniéré au deffus de celles des Do0es ? Us n ontqu à mettre la main
à la hource , ^ à enrichir la vertu, i que c*efi te moyen de tàcque^
rir le Titre de liberal , qui vaut mieux que celuy de Duc , ^ même
que celuy de ? rince au jugement de tous les habiles. Voilà ce me
femble un jugement fort fpiritnel & fort équitable, & dont la
Medecine pou rr oit comme les autres Sciences fe prévaloir , fi
^5^ Seigneurs nènavoient appelé à la coutume, & a laprefcrip-
tion , & fi le peuple n’étoit en pofiTeffion de dire des fottifes de
la Medecine , fans penfer qu’ils en peuvent avoir befoin , &
quelquesfois même après en avoir tiré de grands fccours. "
A i’ég-arddes jeunes gens qui prennent parti dans la Medecine, -
concluons encore , que cette Siciencc ne prpduifant d’ordinaire
que des fqiîfs tardifs ôc petits, on ne doit pas s q engager fi on n’a
quelque petit Titre patrimonial , ôc affez de patience pour atten¬
dre doucement le temps de la moifibn ,fi on eft àlFez heureux
Pu^lauxaper car en vérité la Medecine étant auffi noble ÔC
^Uui charitable qu’elle l’eft, 'ne peut être gucres honorée par
* Hoaora Medî-:
cum»
Tral^ne Bocealinî
neUi Ragienameu*
ti.
Ibid. 4^,
ment. "
1
EJJais de Médecine,
une jcunefTe, élevée dans la pouffiere &; dans la crade des Col¬
leges i paf de malheureux reftes de familles ruinées , fouvent
des cfprits bas ôefans aucune des difpofuions neceffaires pour fc
rendre habiles , par une jeuneflequi s’y engage dautant plus
facilement qu’on y eft bien-tôt reçu Maître , quoi-qu’on n y de-
vienne grand Maître qu’avec bien de l’application, du genie,
ôedes années. On fe fie fur l’exemple des plus heureux , &
quand on eft une fois en chemin , on ne penfe qu’à entrer à
quelque prix que ce foit,pour fatisfaire fa propre cupidité, pu
l’impatience de la famille, ayec laquelle on:n*eft pas en paix
qu’on n^agne bien de l’argent , fans penfer qifen fe jettaut
Êchement aux pieds ,.&pour ainli dire à la tête des malades, ou
ne trouve pas pour cela le moyen de parvenir , quol-que cette
voye ait réuffi à quelques-uns. Car en vérité les chofesiroient
bien mieux qu’elles ne vont , fi l’on avoit toujours devant les
yeux> le Medmm rogata, àc cc beau précepte de Vitruvé > qui
femble être fait pour les Médecins. Sic agmm pmxi utyogam
non TQgms anus jufei^ias,. ‘
C HA F I X RE VL
De t Avarice des Médecins.
CO M M % nous avons fait Juftice aux MedcGins- touGltanc
cê^ qu’on leur impute en particulier par un efprit de pré¬
vention > aufiî ne faut-il pas oublier ce dont on ne les çeut
difculper, pour les obliger, s’il fe peut , à être plus honnêtes
gens , U à fe défaire de . ces defauts , dont iis ne font que
convaincus. Car en vérité il y en a bien de femblables à eeuX
que Cardan & Jules Cæfar Sealiger ne pou voient fouffrir , ^
qu’ils nous ont dépeins comme une foule de miferables qui 1^
piquent d’être de fort braves^ens'*' au relie envieux,
* Tutbam Ÿîdcmùs à prixnis Ikerar^m' redimentis fcipfatïi veadirantem j
ïnalcd;cam obtreflatricem novarn fpeèiem eÿnîéomm ,, avaraàî , fupinam y
fimvtî atqaé iguaram. lE» Sealiger. • o
Medidna facit non reium memores ^ fed verborum calMos j vetratiles
invidos » avares y dolofos , ïaboriofos , non ingeniofos . & minimè graves . ï ^
«orum & exercitatia inkimè- qùàia-Hbcraîis cü.- Suin autem improbiïeiiac ormws®®"
014 suce , adeo et ail pejus cxçi^ii fojEi, Ex Car dm.
Seconde Parth^ Châp. Vî. $3x
e^r(Ætei, vains, ignorans, avares. Mais avant que d’entrer
en matière par l’avarice, que je regarde comme le premier &
le principal de tous les défauts dont on les peut acculer, il faut
reimrquer que les Auteurs, & même le peuple qui leur repro¬
che l’avarice , la dépeignent d’une maniéré à la faire pren¬
dre pour l’ambition , quoi-que celle-cy ne foit pas ordinaire¬
ment un defaut de Médecin. Car fi elle eft , comme a dit qucl-
qu un, l’erreur des grandes ames> ü elle n’a que les honneurs,
pour fin , nos Médecins n’ayant pas ordinairement l’ame plus
grande que la naifiance , & fe mettant bien moins en peine de
la o-loire que du gain , l’ambition ne (éra pas de leur goût. Un
homme né dans l’indigence &: dans la mifere , comme iCarri*
ve àla plufparc, fonge bien moins à monter bien haut qu’à
fortir du néant. A quoi il faut ajoûtér , que quelque mérite
qu’on ait dans la Médecine , on n’y dit pas Afandam avec au¬
tant d’apparence de réuflîr dans ce beau projet qu’en quelques
autres Profefllons. Non feulement les Armes , la Cour , les Fi¬
nances j mais quelquefois auffi les Mathématiques , les Loix , la
Théologie peu vent élever un homme fi haut,qu’on le perd pres¬
que de vûë, &; qu’il ne fe connôît plus lui-même. Etc’ eft pour
cela que Jafon Maini célébré Juriîconfuke ôc grand Orateur,
interrogé par le Roy de France Louis XI I. qui lui témoigna
de l’eftirae , après avoir écouté une de les leçons à Pavie ,pour-
quoy il ne s’étoit pas marié , il lui répondit d’un air de con¬
fiance : Pour confersuer-i Sire , la difpofmon que '‘\ay au- Cardinalat ^
qu'il ne tiendra qu aV^M. de m obtenir du Pape Jules. Ce n’eftpas
comme nous l’avons remarqué dans nôtre Hiftoire Chronolo¬
gique , qu’il ne foit arrivé à quelques Médecins de monter
fi rt haut: mais outre que cela cft rarement arrivé , il eft cer*^
tain que la plufpart de ceux qni font parvenus à des dignitez
confiderables, y font arrivez par quelque canal qui o’étoitpasua
de ceux de l’Art. Mais , me dira pent-êcre quelqu’un , le moin¬
dre Médecin ne peuc-ii pas être pouffé de l’ambition de fe voir
Comte des Archiatrçs ? Sans doute, & j’avoue môme à ce fii-
jet que le Médecin du Prince étok autrefois o^ielque chofe
iafiniment au deffus des autres Médecins Primipû di-
eiturhabere dignitatem , &; que Caffiodorc ne fait dire cei:t bel¬
les chofes au Roy Theodoric à l’avantage de ce pofte-là , que
Ppur en marquer la dignité. Mais outre que ce ii’eft plus à pre-
fent .cela dans toutes les Cours , ôc que des Comtes jadis du
T c i 3
Ta verb' ftîi:-
îàm pacis inftillâto
tanc', hocceft æ-
ncam vcl argcr*:
team , qualcs ha^-
beat- Médkû
21. dèi^dècenty cmx^-
tH , é' Ef ifi: xd
Ahderi tan.^ in fit-
rejurrndj.
351 EJJats de Aîedecme.
premier ordre , tels qu’ëtoient alors les premiers Médecins^’
font bien à prefent au deffous de ceux du dernier 5 jeneeroi-
pas qu’un homme qui feroit touché d’un véritable efpr4t d’am¬
bition, la voulût borner à une dignité de Jadis. En elFec quV
a-t-il dans ce poftequi diftinguè fort un homme d’un autre i
Y paroît-on. fort élevé au defliis des autres hommes > Y im.
pofe-t-on par les ornemens , par le cortege, par l’autorhé , & par
quelque carattere , qui attire lerefpeét & la confideration d’un
chacun ?. Car enfin qu’uil Médecin fe date tant qu il voudra
d’efperance , il ne fera jamais que Médecin , habile , heureux,
ambitieux , fi vous le voulez ^ toujours Médecin , s’il ne fçait,-
Sc s’il ne fait que la Medecine. L’on s’cngage dans le métier
fans y penfef ,• l’on y vit quelques années courant après ce qui
Eeut garantir de la pauvreté , & l’on y^ meurt enfin après en avoir
ien VU- mourir d*autres qu’on a. fait femblant de regretter.^
Engagement bien précipité , trille employ , trille confolatiou ,
trille fin pour un homme qui auroit été touché d’ambition.^
Voilà donc nos Médecins pour l’ordinaire réduits à; l’avarice ,
Ibit que l’indigence dans laquelle ils nailîent fouyefit,leLir faf-
fe appréhender d’y retomber , foit que le tempérament y con¬
tribue. Car, quoi qu*il en foit , l’avarice des Médecins a telle-:
ment pafle en Proverbe, que le Conciliateur qui étoit luy-mû*
me fi a v-àre, l’a reproché aux^ gens du métier.
lyicifque fàcifque quoà'
Non fani êffe hommes :>Mon fams prat Orejles,
C’ell elle qui a donné lieu à- la fable d’Elculape foudroyé pour
fbn avarice fable qui pour trouver plus facilement la eau Te:
de là corruption des ruifleaux , s’ell avifé d’en empoifonner la
lôurce. C’ell: ainfi qu Arillophane * ne rend les Médecins coin-'
modes cheï. les malades qu’à force d’argent 3 & que Mar^iahloin*
d’en, demeurer là , fait- même le Medeéin Herodes voleur, de’
fon propre malade..
Glimcm 'Heroàes Tmllam fuMuxerm'
Deprehenfxs. dixit : Stulte quid ergà bibist
Aulïîme- Gomerois-je pas pour grand chofe l’autorité de ces Poë-;
tes' , fi je n*avois celle d-Hipocrace même , qui regarde raya-'
rice comme propre des' Médecins. G’ell pour cela qu^l inve-
dive contre ce vice au point d& Và^üeW&r plus gr^^^de des md-"
ladies ,, fire même que la fplk- y.&. une mcine fi amere & fydan^^
Seconde PaHfé. Ÿ 1. 5B5'
> me fi Von ne VarrMhe àu, cœur du Médecin ,• il ne féru frin l.
L de corps , ny iefirit. La Politique Romaine:* dit,Pline, ne
permit l’entrée de fa Ville aux Charlatans* que pour reprimeri
par certe digue , l’avarice des Médecins qui fe me^coient à- trop
haut prix j; mais if eft certain que comme ce remetie étoit en-i
eore pire que le mal r il n’empefcha- pas qu’on ne criât enéore
depuis dans cette Ville : fis morborum fretin medentibus, Pline raût. Àmai \i. ^ »
le jeune fe plaint hautement, dans fes Livres du prix exorlsi--.
tant que ceux de fon tems mettofent â leurs cures yquoi-qu’ ris curmd.aKmi^feâ:
fuâent fort ignoransî Galien nedifconvienrpas de ce fait quand
il parle de ceux du fien, Tertullien efi: dans cet efprit.-K r hileraon ^sîcutjSiedSïpe-
dit dans ,Stobée que les Médecins ne fouhnitént In fanté , ni ù leurS' cunüs , Sk chri-
pmnsy nidjeurs amtsynià leurs compatriotes y é" qtVUs fembknt ne.
fe bien porter que qunn^ tout le monde efi mnlnde, S. J-. Chrryléftorne in
lemble marquer dans fon Commentaire fur le 8 . Chapitre de S .
Matthieu parlant du Lepreux , qnon n’a raifon des Médecins-
qu’avec de l’argent. Saint Bernard, & jean dé Salifbery fe plai-:
gnent fort de l’avarice de cenxvde leur fiecle.' Elle prend J dip
ce dernier , adroitementr le tems de la douleur pour en tk
ïtr sevsintgLgc : cdm dolor cruciat ngrotantem y fibique cooperatur
lunguentis exukerntio , ^ an^aritm rnedentis. C eft- pour cela que^ Medicbrurii dràncs.
Goldafte a écrit que l’exercice de la Medecihe n’eft plus qu’un’ rcs vcnto-
commerce , OU i on vend ce qu op ne peut pas garantir , ec que- curas,
Roderic. Zamorenf. fait les Médecins fi intereftéz , qu^ils vou-, dox\ Ae honore Me--
droient J pour ainfi dire î que tout fut brûlé ) pourvu qu’ils euk .
fent la cendre. Un Moderne tranche nettement le mots
fant qu’il n’y a rien de fi avare qu’un- Médecin : Nihil hodie mu'- cmÀüionihus\
gi^ uvurum^^ efi Medicày^ç^'As {ornions àts ic.ràç.s z\-}
terez : omnes enim fitibundk Un autre dit qiie lé Médecin ne fe
trouve jamais ou il ne fe trouvé point d’argent * L’illuftre S^au-^? artfeirtotftaat
ihaiTe les -appelle des mercenair es dans fes Obfer vations furié ■ îucfuin no'u eft
ï^roit Attiquev' Ils n’aiment , dit-on communément v que l^s .
playes , Vuinrn um ut Medicm: Le dbde Minderer fait entrer éi tUfity
|Iedecine dans ces fentimeoS î en ces lamentations qu’il: lui fair
toe fur fes difgraees.- Enfin il h’y a pas jufqaes'à la Verita'
Raminga Gomedie joüée â- Venife vers la fin du fîecle pafTé -
ou un Apotiquaire & un Médecin ne fe'rèjouïfient de voir que-
’lesinauxpubiicsvomfaireieurbienpardcuiier'.-
Si on en s’en rapporte à Hierocles , on eii' tellement prë'/ehu - ^
^ lâ3pinion qu’on de leur avarice > = qu’un Ecolier demande- HiericUs facaîA.
— Ttiij:
1
334 ÈjJakâèMedecine,
pardon à on Médecin de ce qu’il y a long-temps qu’il n’a ét'
malade : tant il a peur qu’il ne s’en fâche : Qu’un Païiàn rit
fous cappe de voir qu’un Médecin prend Tes luneties pour cxa^
miner Targenc qu’il luy prefente , Ôc qu’il les quitte en exa^
minant l’urine fur laquelle il le confuhe. Mais voicy bien en-
core un autre avare 6c larron que n’eil: le Clinique Herodes
puifqu’il ne peut s’exeufer fur l’intcmperance du malade*
comme cet efFronté Clinique. Cela cft un conte à la -vérité
dans Efope 5 mais c’ell une vérité dans ce que nous n’avons
que trop fou vent vu , ou au moins dans ce qui en approché de
fort prés. Une bonne femme qui avoit la vûë fort baffe, Bcqui.
craignoit de la, perdre entièrement, promet à un Médecin de
le bien payer, fi elle guérit par (es foins j 6c elle le laiffepar
provifion maiilre de tout fon petit ménage. Le Medediiéioït
fort foigneux de la venir voir , 6c ne manquoit gueres dé fe
payer de chaque vifite par fes nmins ^ emportant tous les jôur$
quelque chofe de ce qui l’accommodoit le plus. Comme il fut
à bout defesremedes, 6c qu’il ne refta plus tien de bon dans la
chambre , il demanda à la bonne femme fi elle n’étoic pasguc-
rie, & fi elle ne, vôyoir pas fort clair r Je voyôis, dit-elle , il n’y
a pas encore long-tèms qnélqne chofe dans ma chambre 5 mais
je n’y vois plus rièn à prefent. Elle avoit raifon. Tout le mon¬
de ne fçait pas Ehiftoire d’ Afpafie , elle vient affez_ à toariçc
- des Médecins pour être icy rapportée brièvement. La nature
qui avoit fait naître cette 0le pauvre, n’avoit pas manqué dé
Ecn dédommager en quelque manière par une beauté raviffan-
te. Mais quoy-qu’ elle eut eu un prçfléntiment çn fonge des
grands avantages 6c des grands, biens qui- luy en devoienc
venir, elle né lai {Ta pas de demeurer mconfolable , & dé
prendre fon fonge pour une véritable rêverie , quand elle lé
vit quelque tems apres une tumeur au menton , qui la défign;'
roit horriblement, Son pere qui avoir pçur elle unç tendreffs
toute paternelle ( car fa mere éioit mortç ]à mettant au mon^
de ) la fit voir à un Médecin , qui fans avoir égard à û
vreté ny à fa beauté 3 mit àfi haut prix la Cüte de cette ^dil^^
mité 3 que le pere & la fille én demeurçrçnt défolez, Alpafi^
pleure donc continuellement, à la tablé, au lit, 6c particulière-^
ment au miroir : mais enfin un jour ou la douleur femble Ea-^
voir affommée , elle fe lai ffe doucement aller au fommeil , SC
voilà quelle apperçoit une çolombç ,qui prend çnun
Seconde Partie, Chap. VI. " 555
la forme d’une femme , l’invitant à prendre courage , & à ne
fonder ny à fon mal , ny au fecours que les Médecins luy refu-
fcnt fl impitoyablement. Cela dit , la femme Colombe luy pre-
fcntc un bouqûec de rofes confacrées à V enus , &c luy ordon¬
ne de l’applicpicr fur la tumeur. Elle obéît, fans diflFerer , & la
voilà en même-tems non feulement guerie de fon mal , mais
plus belle que jamais , malgré l’avarice du Médecin qui luy
auoit refofe^fon fccours. Voici bien pis que de ravarice & de¬
là dureté envers une fille r ou quclqu autre particulier : car des ^
Médecins ennemis du public y paroifient fi enflammèz^ d’a vari¬
ce , que les eaux vangereûTes qui les engloutiffent , font feules
capables d’éteindre ce feu , & de les punir de leur crime. Les
bains de Pouzolles faifoient des cures fi mervciUeufeS ) que; les
Médecins de Salerne fe crurent ruinez. 'Les voilà donc refolus pereur Frcckric lï.
de les empêcher » & de palfer fur une barque p2n.dant la nuit
pour rcnverfer rédificé ôc les canaux de cecte pifcine. Guam.
fec , conclu. & exécuté. Mais au moment qu’ils repaffent com-
me en triomphe de cette hslle execution , la barque & tout
qu’elle porcoit eft enfevélie fjus les eaux. Punition divine dont ■ciîu. lUr, de
il demeura des marques fur un marbre où ratrentat Je.
1 r " 1 TV -i-i- di{lmmmiirmortt$\
nom des Medeems demeurèrent expolez auxyeu^ du VLmhc ’YetrarchXi.Epi^.
d’une manière fi exemplaire, qu’avant que le trembiement de 4-
^rre qui arriva l’an' 140 Si. eût tout renverfé 5 on en pouvbit
encore dire ce qu’on difoit du tems de Pline * des reftes. du^ * ^
fameux taureau de Phalafis iAd^uc fer'vdtntur ofem tnu ^ utq&ot
Broiffard parlant de la maladie
du Roy Charles VI. gueriepar Guillaume de Harcelay , repro- .
che aux Médecins que c ejl lk ta fin ow ils tenâmt fouvenf , ^ue d’a^
'oiifr de grands fdmres & profits. Et après avoir remarque que ce
Médecin ne dépenibit par jour. que deux -fols panfîs , il tjoù-'
^{Bt deitdté^s'iferges fôftrh II m y prefquèi
perfonns qui ne fçaehe PEpitaphe de Silvius fameux Medeci®;
du dernier fiecie -, _
Silmm hk fitus efi y grath .^ui nit dedif antqaam r
Mortûüs efi vh r
Mais touc le monde-ne feait pas qu^il ofEât^airx? Médecins ^de^
MoûpsÜer pr une daigne avariée à’hm h Cburtiêrideieur
Lcole, d’y faite venir des Etudiant , sdls voùfoiené luy- rc-.
1^ Licence gj dn Dotoat »ie« pl®,. il ne
t^avoît -fôtiftrfr en-' Ion liteditoire aucun -Ecolier ÿ Vil n avoir lafiiccrum.
’ ÈJJkisdeMedecme,
payé le piix qu’il avok mis àfes leçons , s’etnponant de cofer^
julqu à ce que les autres Ecoliers l’ enflent mis dehors. Il vivoit
encore fl pauvrement , quoy qu’il eût du bien , que pour épar¬
gner un fagot , il montoit ôc defeendoie {bii efcalier une grofle
bûche fur les épaules , jufqu’à ce qu’il fe fût échauSé par.co:
exercice. Mais voicy un avare bien moins crafleux queSilvius,
8c dont l’infolence 8c favarice efl: payée de la même monnoig
quil a donnée à un Philofophe impécunieux. Il n’y aperfonne à
Florence qui ne fçaehe le feptiémp fpnnec de Pétrarque , qui
commence ainfiî
, La Gola e ilfomoi e l^otiofe
Le Médecin dont efl: queftion , ayant rencontré , tout fier '
,quil étoif de fa chaîne d’or 8c de Ta fotaue de foye , un aflez
pauvre Philoibphe dans lé logis dun de fes malades , 8c luy
ayant fottement reproché fo^a indigence par cçs mots du SoU’
metj . ^ ■ :■ . ^ .
Lèvera ignuâa vaifilofdfia. - '
Le Philofophe ne manqua pas d’infiilter à l’avarice des gens de
ia Profeinon d’une maniéré d’autant plus fpiritueile ;8c plus jü-
fte , qu’il le fit par lé vers qui fuit dm wdiatemon^ eeluy dont
; on Pavoit battu. . ; v ; ; ;
Dicela Turba a vil gu/ailagm intéfa,
Qu’eflrce donc que n’eût pas dit fur .la chaîne du même Mé¬
decin , celuy .qüi ne pouvant foufFrir les etaavâgancesîd’un
homme paré d’un femblable bijou » dit fi heureufeméût-
alînpaz,z^i bafla um mtem i la paz^ia.M cojli^pf tàl i^^
pêgli ebifogm. i ■
Le Neptune pour continuer nos indûÛions , faifoit le libe.-i
rai avec les malades : mais outre qu’il avokv^sss û^
près a en tirer toujours quelquc chofe ,ijufqiîés à tenir un TmftC
placé dans fon Icfcalier , oii les Gonfultansdtoîent iuviteî'^î^
mettre cé qu’ils vouloient pour l’Office deS : Trêpaifez:, dont
quelques devotes luy avoient, difoit-il , laiflç la direélion .en^
tiere » il étoit encore d’accord avec quelques Apotiquait^s 8Ç
Chirurgiens de ce qui luy devoic.vreveuir des .pratiques avant
que dé les leur mettre entre les mains 5. fc quoi -qti’^PF^^^®:^
nrent il n’eût plus gueres befoindé viatjque^/ les-*dfrt*i^l’^^‘^^^^
nées . dé fon pèlerinage , il ne laifToit pas de prendre de l’argca^
de ceux dont ïi çroy oit ne pouvoir tirer 'autre ckofe » &! ee ‘
étoit plus à fildmef >;par df^s â feas? ,ique rjé
les oniettre içy. '
Seconde PMe. Châlp. VI. 337
Gfand- difoit haatenicnc^, <3u.’«;2 Medecm ne puvoit rieft
■faire avec les gens de Paris, ^sil-neies trompait. Cela elttrop vrai,,
iaiais il ne faloiç pas pour cela' -le dire à -de jeunes Médecins I
gc encore moins le faire/ Ainfi quol qu iî fût- enfin 'parvenu à
uu Pefte,^ où il n’éroit pas fort konüête de •frendré dé f af-
o-enc , il ne ^paroiiîôic ,pas content quand on ne lui donnoic
rien du tout.. On dit à ce fujet entre autres particuiaritez ,
qu’une manière Ù’Âbbé qui dui avoit fait écrire une grândé
ordonnance pour un petit mal qu’il avoit , ne lui ayant n en
prefenté, il le folvit pas à pas la porte ^ & qué ^ Ab^^
ïbé lui ayant réitéré ^our la ’derniere fois ^avec une grande re-^
verencej& en pliant refpedueufement l’ordonnance , quil ne
manqueroit pas de l’obferyer ponduellemênt i il lui fepondit
d’un ton d’indignation : Fe/» pauve^liMonjieur:^mf^^^ quil
vom plaira , le papier vaut mieux :qu€ du Voilà ce que peut
d’avarice , & ce qu’on appelle ramoür d’intêreft. Cet amour
Géant veut trouver fon compte par tout : car comme les autres
amours font des enfans en comparaifon de celui-là , & qu’ils
ne penfent jamais qu’à rire , ils n’ auroient fait que rire en leur
cœur dans une occafîon où celui-là n’entendoit pas ràiMerie/
Le Politique palToit pour liberal & pour charitable par Tes
aumônes, mais il ne laifloit pas de paroître fort intecefle dans^
l’exercice de la Médecine .- car outre qu’il ne retournoit gue-
res le loir où on ne l’avoit pas payé te matin , comme nous
layons hiarqué cy-déirus, il gagnoit lârgënt fi cavalièrement ,
qu’entrer , prendre & foftir de la chambre du malade n’avôiént,
pour ainfi dire, qu’un tems -, à moins qu’on n\ilat dé delay
pour le payement. Sur quoy^ on raconte , que quittant un
jour la chambre de certain malade de qualité , fans avoir tou-
de la confulcation., il rencontra fort à propos dans
1 antichambre des perlbnnes qui T arrêtèrent pour lui deman¬
der des nouvelles de ce malade f.&: que comme il les entrete-
noit de fa maladie' fort éloqiiemment , un Valet-de- chambre
^i apntcouijé un^ccu d’or dans la main , fl treheha net le;
ducours qu’il avoit commencé ^ ê:: dont ils attehdoient fort '
la conelufion", prenant en même. temps l’efTorc ^
^ difparoidant plûtoft qu’on n’y eût pefffé: tant il étoitpreàe
d aller où un autre écu d’or l’attcndoit.^ .
Le Petit-homtne pe^Teroiepas aiPez marqué au coin de ï’a-
J quand on, diroit que, c’etaie Àvqxitu- Pelagtis'. Eh effet
' ^ ' Vu
Effkis dc: Jideiecine:^
ne i’a-t-on pas vu rendre fouvent fa honte publique plûtoft aoe-
de la couvrir avec quelque petite dépenfeï-&.rcdcmander pucri--
lement. f argent qu’il avoit. donné pour ètouffer de mauvaifes'
affaires. , quand ilorage écoit paffé , les fàifant revivre par ce
procédé: racfquin.. C^ant aux rétributions qu’il efperoit de la
Medéeinev s’il voyoit qu’on ne. le payât pas > ou s’iL avoit re-
fufé l’argent. par des, vues . doublement intçrcffces.,,il parloit?.
ou fâifoit parler d’acheter ce qu’il fçavoit à fa bienreance danss
la maifon , & feifoit tant par fes . artifices , .que: la chofe. lui tom -
boit enfin. entre les mains. Quelque fomme d’argent qu’il eût
par devers lui , ü faifôit toujours. binipecunieüX } .& ne parlôit
que de ^ingratitude; de certains malades, pendant qu’il faifoié
fdnner. haut d ’ùn autre côté les liberaîitcz dc:ceux dont ilavoit:
. reçu quelque prefent , comme.- une leçon aux ingrats. Enfin ili
fit voir julqu’à la. fin de . fa vie tant de paffièn pour l*argent
qifau iieui de faire retraite à propos , comme on le lui confcil*
.loit en un temseu-on avoir perdu la: creance qu’on avoit eue
de -fa fufiîfanfe dans une Clour , if aima mieux y demeurer par ;
un efpritrd’àvaricç , que de s’épargner mille chagrins , ,& par-
ticulieremept celüi de fe. voiriun Gôadjutéur qui marquok
caducité ^ ou fon peu de conduite. Puis-done que l’avarice clfi
*symfhsr.:fam> une maiiicre de fié vre étique , ^ qu’ùn avare n éft jamais boii;
âirien j qu’iE {émblecondamné commeun «miférable à masiérr
lo, ' les métaux J qu’îl eft ; certain que toutes les vernis le perdentr
N .fl captatio. lucri dâns i’â varice.,, comme les flèuvfô dans fâ. rosE’- , : enfia^qp^
LpUbèT:Dÿ1Sl, i*^vare cft fon propre boureau-& un Idélâtrcï ’
Ap‘id subôf(in>^^ Pem^pâ fùrdidius nd ejl^ymh fi^us avma^^
’sitA jjumaaA^ . NU amat aiiud qmm
Procter quÆ fdet qmne fc élus fatrare i B eumqu^
" NuUum iiimà frAter nummum v4pinm uàorat.' .
Puis , dïs-jc , que l’avare cft un fi: vilain perfonnage, concluôns''
que- lés •Medécins doivent être exemptS-d’avarice v .6^
qu’il leur eft : fort mefleant de tourner en des èqiiivoques ri¬
dicules , comme ils- font entre eux l’ Aphoîifme de leur Maî^
ttc \ /ÿi fimes labbmnd^ -ntm eJti M f^^ tant d autres turlupr*^
nadé^de cette fabrique, dbne nous pourrons parler autre part
^ blefiént la charité , .ô£ Tentent lé Médecin de quart d’^écu.'C^^
quoi-qu’it fëit permis de- vivre de la ProfeâSôn , lé Médecin i
ne: doit paroître. ni difficile au payement , pi négligeât > q^^^
Seconde partie. Ckap. VI. 339
’flüc lc malade manque à fon devoir. Ceux 3 » dit l’Hipocra-
Romain , ne fenfent ^um gain^ ne fine pur ïoràintiire
.^ueres foigneux de kurs malades ^ & font en cela une fort vilai¬
ne a^on. Mais voicy une: efpece d’avarice bien plus étrange
Æue toutes les autres 6c une b véritable cruauté d* allonger ' pr
malice ou far négligente , les maladies quon put terminer en
"peu de tems , é' fe faire- par un fordide interefi une maniéré de
£erme d'm pauvre malade. En effet ce n’eft pas de cette manie-
j-c qu en ont ufé tant d’honnêtes Médecins , dont quelques-uns
fefont acquis par leur generofite le glorieux nom d’ Anargire,
4es autres fe font déclarez dans leurs Ecrits ennemis de tout
ce qui fent ravaficc. Au moins que ceux qui ont befoin de ri-
vre, comme on dit de T AuteU en ferrant T Autel, fc fou vien¬
nent de cette belle fentencc de Seneque , où leur devoir eft
écrit d’une manière qui ne fait aucun ^ort à leur fubfiffance.
Medicis gravis annus in qüaflu efi fed qualem non expetit ipfe non
defderet. Jn qmbùfdam civitatibus impium votum fcelerk vicem te¬
nuité at fi res ita contingàwqmdni fiibi fuifrne conjuluerit Medicus ^
'Q^nd la pauvreté même les prederoit de fort prés , qu’il faf-
fcnt quelque petite reflexion fur ce confeil qu’un -Médecin c at*-
stribuë au grand Hipocrate. Il efi plus avantageux d'êtrepuvre i
que d'étre inquiet avec des riche fies. On nefem guerts les incommo-
dite^ de la pauvreté^ quand on fiait fe contenter de ce quon a. lEn
itoutcasil ne faut pas foùhaiter ce quon ne peut obtenir , fi on veut fe
pofieder en quelque manière ér ne pas vivre en efclave ; ou tout au
plus i il ne faut fouhaiter que ce qu on peut facilement obtenir. En
quelque état, dis-je, que fe trouve réduit un Médecin , quel^
le honte de ne vouloir rien faire que pour de l’argent , ôede
dire comme celuy-éy ? Aperi buifam , . ^ aperiam buccam^
Aurea Caufidicus loquitur fufieffus ab aura
Bulgam ctaude tuam , claudit é" bic labium.
Ilurinra diviiihm Medieus y fed feribit egem
Fro nihilo iffelixt accip nil é" tebi.
fetvmtït, amplcxantiir pr-çcepra <juæ fcdulitatem non exi^nt , ita ncc
® icclcrc fc ipfes vindicant. '€«//. /. 8. 8.
V cft Medicas ços morbos qui poffunt Rancis diebus vcl horis repelli , io
■iongam protrahcrc tempus , & segr-os tanquam in teditus habcie.P/i».
^ Timorc cum divitiis paupertas fccura cligibilior «ft. Vitabit quippc indigentia qui co
^od. modicum eft , contentas crit. 0111 liber omnino vuk efle , quod nequie habcrc
Qui itidem quod optât -vult pollîdere . cupiat quod facile nancifei poteft-
TrtomptdiI Fmanh. triimfo dcM0pameâ.Cafito} 4.
V U ij
TUn. Vuleria,'!.^^
Terttf&ian ^a^m.
tib. 6, de Bênsfc.
eap, ti.
5*- eshitiod. 6f,
34Q
Efftiis ie Medkîm.
C H A P I T R. E V I L
Bé l’Envk dès. Médecins,.
itnPM. Carhr
p.fgus h de ini'mi
^.coypsris.. r/rnhis.
% "^peres mUi me-
s^ûrabiL dettP.
Mieflexhns'Ih Jfef'L.
J). D. /
:B.althafar Gratim.
^lh..Qot=tK..
ffl, 10% S >
'Satis eft invido m-
Tidia fua..
MPadiref:- Tf'ene-
VO I e I; le pechê mignon des Médecins , leur Dalila ,
ce fpible dont les plus forts iieîe peuyem deffendre; L’en^
vie ,..dit uii: feavanx Médecin , eft larfiévré inalîgne &
tieUe de. re(prit:5..d'’^utanti pluiS'dangereufe' qùe ie:tnalade. né k.
fenc pas. .Qii pent faire quelque cbofe de l’avarice' /.paii^üé
celle divtémsieft permifej.riiais' on ne peut rien faire de l en-.
vie. Qfoop Ipipare tant, qu’oia vondra- des^ habits & des'cpuleüfs..
de : l’émulation , iellé , ne jfera tout au-plus que comme èés ad^és-.
dontvles fouïUeSÿCont. verdoyantes r. mais> dont le*'cœur éft'toürr
corrompu : appÂrenz^pi, frendof^^ âi Âéntro ta-’-
dit, un bel efprit,' r/? é;^wf.plus muomilimUt que.
Ip efl^inême pire, que la mort. , puift|Uer feëükmé:
■ ^..voilà pourquoy, ; ^ ^ ';h;:'7 V '
^ lîîméid.Suuli 'mn inmvere: Tfrmm . ■ . '
Mé^^m ■ i
T^uffi r.^uteut dé ees; yersme:naanqU^t^ft pas de la;me£tfrealaà
tété. de tousvfevicesi;^ ^ ' '7,- - ' ; 7" • ■'■77 '
'. ^I^idm-^rimcùndm^’fdners y^Wüfîk’ a b a-’
C’efopour ainfi dire la bête de Matreasïqul fo dévoré^ efle^Piê^
me 5 c’ eft, aftez.. d’elle. 7) difentiés - Arabes s pour être (on pro'’'
pre bourreaiî. .Zoifo- oft tGÛ|o.urs le plus.iH'fame perfonnagé'dé.
la Gbmedie , il . s’en,..pr.erKb.atiié'foam^ m'êmési des "^Homnies 11-
lüftres. G’pft pour- cela que Galien qui le peinb àcharné-^f7
celle: d’Homere > dit qu il » éjl. fèmbiM iuy.-méme. ÿ:^
ny a rien de fi . lâche i qàoy:;qu U fie lè SpUmonée: ^ le facril^^^’ -
C’eft donc une grande douleur à la- Medécine de voir qu^-.
l’envie, goüEinande- teirememfés enfansiv-qufolle donneinTatiÊ^
re au Proverbe : inyufifim Mediça. Gè qim l’oblige- à s’es plaindre'
ameremenc, dans les lamentatTons qu’clle-faic chez un bon Au-
teur,c*eft qu’elle voit dela-concorde dans tout:es''les. autres Profe^
fions , SC rîen;quetœé£,aîelligence chez elle,. h;es gens du Palaiyr
dit-on J 'S’accordent a manger les, pauvres Parties ,.,mais les S^dér
Seconde Partie, Ch.3iŸ> YII. 54?;
cHîS s’entremangcnt eux-mêmes. Leur hainceft cette tache d’hui-
le,& cette teinture qui ne s’en va qu’avec rétofFe, X^»^Z)^^^/^^
ijPviâU Medica.. Je.ne recherche-point icy fi la .paffion de domi¬
ner naturel le à l’homme ,-eft pkis furieufe dans les Médecins que
dans les autres. Profeffions étant d’un temperamment chagrin y.
inelançholiq.ue r&qui ne peut fouffrir de compagnon vou fice-
ia leur arrive , parce qu’ils croyent fe dédômniager en quelque
maniéré auprès des malades; du peu de conüderation qu’on a»
pour eux,, quand on n’eiî a plus befoin : car quoi- qu’il en foie >
il eft aiîuré; que ce que les. Italiens appelent Cmra di Medico y-
la pâleur 3 ia maigreur, la taeitiirnité , L’air refrogné & chagrin
font-, des- traits bien approehans de ccux de l’envie,
|o i fonnh dont il ne caul e que: des cmtr^idi^iom de., l'ergueil: > des,
ù)mnies..T:des -imures 5.. de, ces eoùps fourreZ- , & de ces affronts; ré¬
ciproques.. bien plus effedifs que ceuxa^ue Tertuliien s’eftavi--
fé d’ appeler à fa maniéré, hardie, & Affricaiue;, Cmtumelmm
, ' . .^n affront fi cruel
/ À Phomeur de‘ tous, deux il. qforte un: coup mortel. -
Æuffi le. bon cœur; du bd la homme Hipocratc faigne-t-il pi¬
toyablement decc défordre: Penme ^ .dk-iï y des Medeems efila^’
ffus grande des Uçhete^ , défi elle qui les. sparte kimprouver fmi'
raifon ce qu'un. autJte a ordonné- au pauvre malade. J Ih. fe plai nt mê- ■
me des EeholleS'&;des- ProfeAeurs del £bn : tempsv, qui loin de;:
convenir doucement des; chofes , Ù ne rien Laire que par une'
honnête émulation j paroiffent poffedés: de l’envie comme d’une
furie. Galien met .encore ce vice comme av:oit fait -Horace a--
vanc luy devant tous; les autres ,. nous xeprefentant rés. ^jaloulles
des Médecins : dqifon Eemps y comme: quelque: chofe; dè terrible:
pour lés liiités;.* Pline ne parle de.'Lheffàle que eommedu plus:
déchaîne des mvieuX;,^^ ôçde - autres Médecins "de fou
temps,, que commVde gens incommodes chezdes malades:- Cæ-
has Aurel, nous parle, d’un; certain Afclepiadé .qui défaprou-
''^oit tout: ce quon avoit.propoféavanr.Iuy , ôc propofëit coutee-
Aa un autre n’a^roiE . paSi encore propufé;. . Le -Conciliateur" ne
pas rnoins ddn Médecin , qu’un véritable: ^ l'envie r
^^idra- P élagué. Cardan n e fe contente pas ■ de pei nd re : ceux dè
^ temps , comme; des- avares , des fourbeSj'^dès diffimidés-^
vie, comme le véritable, caraétere. du MedecimSea^
s’.accord:6. au moins en cela, avec Cardan les traittans de;
^viq.
y- Ovid, Uetm
mrph. lib. X,
Gdî de frAcegnit,
tfd Efigm.tn,
* 'Ceüjug^hdehi^-
Lib.' de ViB‘, ' mtr»'-
ne in acut. ^ libi/
de-pruef tienilH. ■
Bé'fŸAden: ad lfi- -
genenti
'Hinc rniferæ a- ■
pud ægços concer- '
fatis.nes nullo idem-.;
ccnfcntc ne vrdea-
, t6r accefîio ake---
riüs.
34^ Mtàmne.
medifans , de cyniques , de vautours , d’avares , d’ignorans de
jaloux & d envieux : car . ceft paree dernier trait qu’il croi^e
avoir fini le portrait, Guevare chez les Efpagnols fe plait^
-dans la lettre qu’il addrelTe au Médecin Melgar de lenvie dç
ecux de fon teiups., comme du capital de leurs défauts. Il
pas jufques à Bouchet qui ne demande dans £eS fades Serées
Q'kp'enànom-nous des prfames àe même Vacation qui s accordem
moim enmdks}, Lc^ eclebres Médecins Hieronymus Montuus&
Rodericà'Cartro , tombent encore d’adeord que renvie efteom-
mc naturelie aux gens de leur Profeflîon, Mais outre que cc
vi]ain[vicea chairé Galien de Rome&deritalie,& qu’iiamêaïc
fak mourir Saint Pantalcon calomnié par les Médecins de foa
temps,, auprès de r£mpereur Maximien , pour ne point aile-
guer icy tant d’autres exemples de paréilics inhumanitez j n’a-
^ons noüs pas dés les premiers fieelesPenvie d’Apollon j qui tua
/Linus Médecin & Poète , meti de jaioufic & de cruauté î ce qui
donna occafion au célébré Êmmeco ^ ou Vaudeville des Egy¬
ptiens au des Latins qui en ont confervé la mémo c.
JM’avpns nous pas éu enfuite l’envie des Grecs contre les La¬
tins , celle même qui regnok entre les Grecs , celle des Latins
contre les Latins t&contrc les Grecs > N’en cft-il pasde même
des Allcmans , italiens^, Anglois, &de toutes les autres Nations
qui fe font fait la guerre dans leurs écrits i Les Arabes ne fc
font-ils pas pour ainfidire traités de Turcà Maure, après avoir
fait la guerre aux Grecs dans leurs Ouvrages, Arnaud de Vil¬
leneuve &fes contemporains ontTils pu fe foufFrir ^ Les palc-
niftes ont-ils fouffert les Cbimiftes , &; ceux-cy lés Galeniftes ?
Si nous approchons de notre îîeclc , &que nous delcendions
aux particuliers, nous verrons Cardan oppofé à Scallger, Car-
pus à Mundinus , Vezalà Silvius, Joubert à Rondelet , Fernd
à FlefeËcs, Riolan àPequct , & ainfi de tant d’autres. Enfin les
Médecins de Paris , n’ont-ils pas déclaré la guerre à tous les
autres fans fçavoir pourquoy ? Tous font fur le wî'epour u®
rien V & s’entredifent mille pauvretez dont l’envié -eft la fed®
caufe 4 ou au moins la principale de celles qui les font agir*
N’avons-nous pas veu que les Médecins du temps du bon hnrn-
me Tichobrahé , ne fc contentèrent pas de le diffamer 5
qu’ils s’en prirent encore à fon curieux laboratoire d’ÜraniP
Bourg, qu^ils renverferent de fond en comble i
Ou remarque meme tous les jours dans ce qu’on a|pdc ^
Seconà Tmie, Chap. VII. f
Pratique de la Medecine , qu’il n y a rien de fi inquiet qu’un
Mcdâ:in quia foii plein, ny défi envieux qu’un qui ne i*apàs.
Cclui-cy v^udroic que tous les autres fuflent au moins fur k
grabat pour fe voir en pieds. Les jeunes fur tout brûlcnt d en¬
vie d’oecuper le pofte des vieux, fans, examiner s^ls le peuvent
dio-nement remplir. j ils f^ pouffent toujours^ bon compte à la
feveut de leurs hâbleries', de la complaifance ô£ de la calomnie
qui leur donr^nt entrée chez: les gens crédules. Pline le jeunei
priant des jeunes de fon temps, nous lesd-écrit ff infolens , qu’il
toble que Galien en ait emprunté cette, defeription. Ils ofent Mèthod. caf 7 é*
tout, dit-il, ^ në fë flaifent a contredire c^e furet quils
uejf le moyen d' acquérir de la réfutation e ejj: fmr cela quon ne cttf. il. ^
sy doit fier ^ue de. bmne- maniéré. Cefifii tanquam difcifulus àudes
4»/?/» C’eff ainfi que ^envk monfl:reinfa--
tiable5 né avec leS'Seélcs & qui ne vit que de- les entraillés * a
Élit dans là Medecine ce quo le-Satyrique remarque des habb
tans de Cfotone i oii on ne voyait que dès corbeaux qui déchi-"
roient you des. corbeaux déchirés ï aut- cami qui lacérant , aut qui petron. ia sàtmc^
, .défm'droqui me fait fouvenir de co chef dé parti,,
quo-chaque foldat K;omain vouloit avoir, l’honneur: d’onlevér ■
dans une mêlée , & qui pour avoir été trop ambitionné d ’un QïïPP*: «îuïn ard
^acun , ne demeura à perfonne en pa-'i^k^-dkr , ayant été
ré de tous,. Voila l’îdée: de da-. Medecine. Pratique , loin de la tendit inîer rixan-
p>ircder en commun , & d’en tirer douGeœentd’àvatitàge qU*on pïaed^
en peutpréténdre railbnuabrèmentjchacun la déchlrca forcede
la vouloir tirer toute^ foy...Voila comme on ne peut pas même
fe refoudre quelqucsè)is à voir- mourir ou guérir, le malade en
patience , quandiquelque Médecin plus-lage que les autres fait
balte aux ■remedes , ..&: juge a propos d’attendte quelque ehofe
^^^s^nsitmei-TharmacaPharmatiscumulàté'VtMa.covamtYctir"
v^eux ; aime mieux n e rien faire qui vaille , que de paroître
ptoins fecourablc 6c moiîis empreiré que Ion Gollêgue. On va .
Mques à px-omeître là cure des maladies incurables , pour s’in-
«nuer par cette adreffé STprendre enfuitè la place dkn autre.
^ envie en mené mêmes queîques-uns fiîom, que de dire tant.
fout impudens, qu’ils trouveront toujours lé moÿên de con-
^«dire ceux qui n’âuronc pas le don dé îéuf plaire. C’en de-
maniéré ^pour venir à nosinduélions , que le Petit -homme
, toujours preft ^^contredire & a calomnier fës Confrères. .
^1 voyoic qu’un remede ^yoit mal réûM j-le Médecin ordinaire-
344 Ejjais de Mededne
ai entendre parler, ou i’Apotiquaire n’avoient pas penféip^
quinoxe , au S Aftice , à une Conftellation , à certain quartier d”
la Lune, il avoir toûj ours de quoy charger quelqu’un de Tey/
netnent s’il étoic mauvais. Il .embrafidic tour, il était par tour
êc ne , difoir jamais de bien d’aucun Médecin. s’d n’étoit établi
à ^b. ou 6o. lieues, de luy. ' - '
Pour, le d^oiitique ôc le Grand , comme ils avoient leur plein
ils étoien't à proprenient |)arler p^^^^ inquiets qu’envieux , üs.fe
voyoient Suivis H adorés de prefques tous les.: autres. Médecins,
ppoirit (Poppolans y s’il de çrouvoit quelqu-dn > aii^
pour les contredire l’un ne luy répondok que par un ibus-rirc
méprifant j& r autre luy impodoit filence par des parales rudes,
par Lia air dedoimnation. Ainfi point de jaloufîe,,poiEt(i’en-^
'vie étans les maîtres par tout. , Le î^eptunej^oit une autre ma-'
niere d’envieux , car comme 11 m’était pas fi eâcLé vmi ii replié
iCn luy-même que- le Petit-homme -,11 avoit des farllies , d’en¬
vie affaifonnées d’un fel , qui pour n’etre pas Attique , rielailfoii
pas d’être du goût .de quelques-uns i mais qui ne lailloir pas
auffi de le , jmener qLielquesÆis à des violcnaes indignes d’un
honnête Médecin. Etm ce propos , je croÿl qu’on :\mudrâ bien
que je f aide voir icy , pour divertir un peu le Leâ:éur , quelques
traits de cette paffion d’envie qui le polledoit di abfolurnenr H
ne pouyok fouffrir quele premier Médecin d’un grand, prince,
qui n’étoit pas à la vérité; en des premiers Medeclhs;- de fon fié-
cle,, mais au refte. bonhomme , occupât un pofte,qtsfil avaklaf
même occupé quelque temps avant ,. & qu’il n’avo'it perdu quc
’par fonlmprudence. Il avoit déjà piufieurs fois Brufqué ce bon¬
homme , quand la converfation les ayant nm certain jour en
prefenGe du Prince fur :lcs ,co<k,ioiis r ils tombèrent, enfin fur ce
qu’on appelé dans la. Médecine ,7^ vMe ou défmt
Le_bonhomm€ qui ne fçavoit pas trop bien la chicanede l E"
cole vcrût dans l’embarrasoü il fe trouva, que le plus Gourtefo|^
de répandre d’un air qui marquât que la matière ne veuP}^
.gueres à propos pendant le repas„ Mais le Neptune qtii n’étoïc
pas accoutunaé adilfimuler fe yoyanttraitté d’un air de mépris»
le prit fur un ton fihaut , que fans penfer où il étoit ,illuy
te au même temps ce coup de Trident dont il l’étàurdit.
chè'vdy brutal ije te méprifs, va ]e U méprife. Ainfi le bon Pri^®
qui faifoit quelquefois ce;.contevnenténdQit jamais; parler
çfets de 1 envie des Médecins;,: qu’iliaç.jfe fou vint du vice d«l^
troifiéflsc
Seconde Partie, Chap. VIÏ.
Tîoifîémc coction. Au refte comme il arrivoit fouvetrt des af-
iFaires de cette nature à nôtre Neptune , voicy la plus forte & la
plus honceufe que f envie luy ait jamais faite. Il nepouvoit fouf-
Irir aucun Médecin fur fcs T erres , ôc encore moins fur ces EauXr
dont U ie difoit le^ Sur-intendant. . -
Non illi imperium PeUgi f^vum^pie triâentem^
Sed mihi forre datum.
Mais de tous ceux dont la prefence luy déplaifoit,il ny en
âvoit aucun qui le cliagrinâc plus cfFcctivement qu*Ltn vieux
Médecin de Bourges , honnête ,mod^c,compofé, fçâvantj&
d’an flegme aie defelperer , luy qui vouloir toujours quereller.
Le" mal venoit de ce que ce Médecin luy gâtoit fes eaux , ne
les eftimant que leur prix > & ne les ordonnant que dans le be-
foin. Ce qu’ilyavoit encore de fâcheux, eft que le bonhom¬
me fe trou voit Ibuvcnt dans fon chemin qu’ils étoient pref-
quesàtous momens en concurrence. Le ^os ^0 ? cette auto¬
rité du Trident , étoit trop manifeftèment méprifée par les ma¬
niérés indépendances , défîntereflees & unies du bon homme.
Il faloit donc exciter quelque orage , qui eflfaiât cet adver-
faire , qui le fit défcrter & qui laiflat le Neptune rendre' fes
Oracles en liberté & fans compagnon. Ils avoient tous deux
leurs partifans fur le lieu ; car prefques tous ceux qui venoient
des cxtrémitez du R.oyaume& des pais étrangers aux remedes
de la Pifcine, après avoir pris l’avis du Neptune , prenoient en¬
core ceiuy du bon homme , ôcchacun enfiiite félon fbn inclina¬
tion , 6c fa prévention prenoit parti pour l*un ou pour l’autre.
Voila donc la Meàecine des eaux réduite en parti , 6c Ion y
éemande qui vive en faveur des deux Médecins courtifans ,
comme on avoir fait à Rome au fiecle paffé pour les deux plus
belle^ourti fanes de cette Ville.
^oi che mi ricerc^e cJoHo ve
^e fcrivo’ alcuna cofa , non vipof-
fo dire accidente pin mirabile d'u~
n incontro che fi fece in S. Apofio-
i^ fra lor due. Le traditore fanno
^ ^Sfer tenute le pi» belle di Romay
ér eiafeuna ha corne fapttelafua
f»tione di quelli che l'amano , che
de ammirano , ^ che le celebrana.
Voicy rHiftoire de celles- cy pant 1, de le ut*
tirée de l’Original d’AnnibaR^^''^/^^^^*'*’'^-
Caro , fur laquelle on pourra
faire le paralelle , de l’envie
des deuxMedecins,&deIa ja-
loufie des deux Courtifannes.
Comme il n’y arien de fi tiran-
nique que la beauté , qu’on
appelé pour cette raifon une
Effets ds MfdectÈev
jJcrndatme , che fm fm Loro , ve efpece de Royauté ^ S Empire
la doMte imsginare.. Entrarem iLn yarien auffi defi dominant
in chkfa.d'î^n^ da la prima for^ fur les malades , que la crainte
ta , l'altra da rulûma i:& apun-^ de ne pas guérir, Res eji imperh^
ta a la pila de Vacqua benedetta fa timor. Mais il y eut cette di£^
s affrontarom infieme. Subito che ferencc entre nos Médecins-^
p feoprirono , fi raffaz^onarono y, nos Courcifanes au commen--
fi riforbironby fibrandirom , agu^ cernent ^ que les Médecins ne
^arono irt- un certo modü tutte le fe connoifîoient que trop , ^
lor belle^^e \ fi fquadrarom tutte . les belles ne fe connoilfoient
dal capo a le piante. Confiderate que de réputation. 'Il y eut en-
^ei medefimo con quali. occhi fi. core celle-cy enfuite , que s’il
guardarono , con quali eram guar- n*y eût que des coups d’œil &
date da. una- corona ehauevam de tête donnez du côté- des>
intorm di tanti. ammiratori \y.. é* femmes, ily eut bien des ceups-
amanti loPo.. Dopo molti affalti.» de poing. & de dents du, eocé;
che fit fecero con gli occhi li.unaa des kommeSi Et s’il y eut quefr
l'altra^figlififfaromultimamente que chofe de commun entnî'
addoffo in un modo i che ciafeuna les deux fexes ,v ccil:_que !és
parea che dicejfe , Renditi.: P en- Hommes avoient même envie;
fate quant e fcintUle , quanti fi>lg&^ que les femmes de fe défaire ?-
ri , quanti dardi corfero allhora. ou de faire au moins quitter lé
per quel Carnpoyqmnfi effettifpfi terrain ifon concurrànt.- Le:
fera ne gli animi de ppueri am^ Neptune ayant donc un jour
martelati : quanti: hattimenti di trouvé fom rival au: logis d’un:
cuori 3 quanti mutamenti devifiÿ Seigneur , où quelques-uns de
quanti atti dimeramglia (p a leurs .amis étoient comme eux
la fine quante difputefi fieno fiate. pour faire leur cour , , chacun;
di parole. Imaginatem Gandolfp ne manqua pas. de s’in^elfet
padrmo da una parie P Aile- félon, le parti qu’il a vœtpû*'
gretto da Paîtra ^ confiderate dansla dirpute quifurvinttrog-
poiquella chèfdPdjfetîionê negW facilément fur un ^ic Ûcs
huomini, che ciafeuno di loro gri-^ eaux , & comm e cette di fpntc;
do. Vittoria.y ^ corfiè il Campa per s’écHaûfa infenfiblcment y
la fua donna fit une telle impreffion dans l'cf"
prit de nos Médecins , qu’ils 1®’
trouvèrent enfin tout difpoféz a vuider, avec d’autres, armes que
des paroles , la querellé que lé Neptune avoit cHercIiée, ^
pafiér comme on dit^V de 'uerhis ad 'verbera.. Mais voyant qu
^ y ^e^moyen dans une maifon de refpeâii) & en
fic&nàe Partie , Chap; ŸH. 34:7.
fcncc de tant d’honnêtes gens qui s’y feroient oppofés ils en
forcent comme de^concerw & dés qu’ils font dans la rue femar-
teiienc le vîfage d’une grêle de coups de poings qui les ren\rér-
fe fur le pavé. Le fang fe mêleà la boue dont Ils font
&4ic un {pectâcle adez rare de deux têtes grifes , & de deüx
fameux Docteurs en cet- étar. Cependant les amis qui étoient
demeurés dans la chambre dû Patron', arrivent au bruit qu’ils
entendent dans la rué , &; les féparent enfin 4 quoy qu’avec tant
de peine qu’il parole par les y ilaniés qu’ils s’entredifent que leurs
cœurs font encore plus ulcérés que leurs vifages, Cataftrophe
certes bien differente de celle de. la querelle des deux courci-
fanes,ou il n’y eut ny coups ny injures quoi-que l’aigreur vint
du levain de l’envie du côté des femmes, comme de celuy des
hommes. Que s’il y eut quelque ehofe de commun dans la fuite
de ces deux affaires , ce fut que la rencontre des deux Méde¬
cins fervit d’entretien aux Tenans des eaux , ainfi qu’a voit fait
fiecle avant celle des deux Côürtifahs à lèurs Paladins. Mais
‘iflinme chacun de ceux-cy avoient quelque raifon de donner
fuivant fon inclination, rhonneur du champ de Bataillé à quel¬
qu’une de ces deux belles , il eft pâreiliémént ÿray qu-ôhs’ar- ,
corda facilement entre les beuvéufs ôC lésISaighéurs dé la Pifei-
ne à donner le Blâme d’un combat 6c d’un emportement fi fean-
daleux au N éptuné- j comme à l’agreffeur 6c à l’enyieux.
Encoré'S’it re fut trouve quelqu’un dés Parali tiques de la
Pifeine qui fefâ't âu'ffi bien frotivé du' fpédaclc . dés deux Me-
cihs aux prifésy que fc trouva un malade prèfque deféfpérëj
lequel ?étant éveillé d’un aflbupiffement dangereux au bruit
de deux- Médecins qui fe battôient au pied de Ton lit, en fut
telléuientému j qu’une évacuation auffi favorable pour luy qu’à
contretemps pqurTon heritier , le tirad’afFaire , forçant non feu- j
lement ce collateral à rapporter ce qu’il avoit déjà enlevé , mais '
encore le réduifant de chagrin dans le même état d’où s’étoit
tiré celuy qu’il avoit dépoüillé par avance. En voila allez ce
me femblé pour conclure que Tenvie étant lé principe de ces
divifions qui arrivent entre les Médecins ,;6C ce qui dé foie fou-
vent les malades , ils font obligez à éviter un fi vilain vite. Car
enfin fi nous ne fermons les yeux aux petites profpérités de nos
Collègues , l’envie ce collyre qui a la faculté comme a dît quel¬
qu’un d’aiguifer la veuë , nous faifant voir les prolperités du
prochain plus grandes 6c plus fouhaicâbles qu’elles né font en
^ XTc'ij ^
EJJàis dé Mededne,
f^tcinume[ue^ecusgrandm uber habet.
Cette envie ,dis-je ,,ne nous laiflera 'jamais en repos , &:ne noua
donnera des defîrs que pour occuper la place d’autruy ^ & sop-'
pofer ainfi aux, ordres de la providence^
Je finis donc par cette belle, leçon d’un Médecin , Payen àla*
vérité J mais digne d’un Médecin Chrétien. LUnvie efi unvkt
Sêribovim Lxrgus ([ui doit faire horreur a tout ce quily a d’hommes au monde > & partie
in..prAfxf. peru, culurement aux Médecins^ qui fe trouvant obligez, à l'humanité '
la mifericorde far le droit de leur ProfeJJion , doivent être en exécra¬
tion aux hommes é‘ Vieux j quant ce vice les emf êche de fra^
tiquer ces vertus^
C H A P^r T^E VIIi; :
E)eh.vmitéfé^dHridîcdedes.Medemti.
W
CO M.M E iPn^ÿ a rien qui enflé fiordihaireménEque là Séien*'.
ce , & qui édifie tant, que la charité , les .Médecins n’onr
pas tant de raifons-d^être vains , qulls ont d’occafions-d^difier
le prochain:: car outre qpe les belles lettres.ne leur peu vent en-
flêf le courage J tant ils s’y appliquent , rarement , la Médecine-
n’étant que charité jjl me lémble qu ils ne devroient pcnferqu'’a;i
paroître modeftes dans la’ converfation des pauvres maiaaes:.!
Cependant à les. voir fi préfomptueux , pn .les prendroit pour la-
grenoüüied’Efope , tant ils ont d’enflure ,.011 pour la mouche-;
qui croyoit avoir obfcurci l’airpar la pouflierc que le char pu:
elle étoit aflife avoir exckée-j quoi-que la plupart n’ayept pâs-
encore fecQüé la.pouffiere de rÉ€ole ;,.qui les rend de fort vi-
T. Tertuh lains' hommcs. Tércullien appelle le Philofophe Pédant ^ fama:
negotiatorèm,^ Saint Jérôme animal gloria. 'j Xnzxs cela rien ^-
icw en comparaifôii de la plupart de nos Médecins, ambulans : c^t;
courant commeils font en vrais mercadens après le denier^;!^:’
ne laifliént pas dé paroitre encore plus vains xpielès Philofoph'^-'
dcrantiquitévqupî-qp’'qs né foienc rien moins que Philorophes... ■
Ils veulént être montrez, . du doigt par. tout où ils paflent, & ié-
plàifent aux acclamations St aux applaudiflemcns dés ignoranSjo
bien que tontes lènrs adions & tous leurs dïfcours n’ayent fieh= ■
que dé'fervile & de mcprifable. C’efl ou plaifir devoir cesbeaux
Meflieuts diïputer trok ou quatre heures fur un rienî &exâr
Seconde Partie, Chap*VIII. 549^
0ZTCÎ eux-mêmes leur prétendue capacité devant ceux qui ont
le loifir de les écouter, & qui feroicnt mieux de leur dire.
Omnibus in morhis effers te Didim.e nobû
Hipocratem ynes te malumus Harf ocratem^ ^
' Ils ne parlent que des cures miraculeufes qu’ils ont faites ,
fc hafard^ny la nature, fi on les en croit, ny ont nulle part ,’ ik
ne permettent pas même àpieu d’y en prendre, cela feroit boii>
aun Médecin de Roman, tel que celuy qui dilbit fi ingénue^;
fficnt ôc de fi bonne foy., " i
Kon hac hummis opihus -inon arte magijlm
Provenîunt ^ neque te ,Ænea.mea.dextemfervat:
, Major agit Deus .
' Ils ont , di fent ils , des fpecifîques Sc des remede^ infaillibles -
pour tous les, .maux riU n\en ont jamais manc^é aucun , quoi-que
laprupair ne connoiffent pas mêmes toutes les herbes potagères»
Les jeunes s’imaginent en fçavoir autant que les vieux quand
ils ont commis quelques lieux communs a leur mémoire , &
qu ont quelque conrultation bien élégante par devers eux ,
Meam ex Commentario. EK'jiChiff wCmiTM,. Q'eiï ainfi qu^ils font
auffi avides d’èmploy que certains eftomachs l^guifTans & in-
c^bles de digérer le- ^ont de beaucoup d’alimcns. Quant aux
vieux , ce qu’il y a-de: pitoyable, efi: que les nouvelles lumiè¬
res les fiirprennent tellement , qu’ils craignent en ouvrant les
yeux de voir quelque chofe quf mérité leur applieatioru lis
fint tant d’effime de ce qu’ils fçavent & de ce qu’ils, ont une-
fois avancé , que la retradation leur paroi t un mal honteux r
car qudle honte à de vieux- Maîtres de retourner à . l’Ecole , êc:
de fc défaire dé leurs préjugés» :
Turpeputantp/frerem'uenib.^i^Mise-
Imberbes dedicere fenesperdmda fatèri.
Enfin jeunes ou vieux , il fulEt,cc leur femble , qu’ils foienr
, pour être d.es/»//Vm fauwurs comme Menecrates ,
^ eftadire le ridicule&la-yanké m.ême, ,Qgoi-qu’ils ne portent
P us gueres de longues barbes ny de longs Eabirs >pn peut nean-
oins dire avec vérité des mmkeresj. des habits., des momures ,
^J^^^^olierement dles diicotirs de k|luparc ^'h^bam
^ ^^Meâicum autem peinture en-
PiT de. ces Medeci;ns-& d’aprésmature ^ écoutez
^ Apone c eft un lipmme- du’-métier &-un connoifTeur ,
^^Htéres , elati , logaaces , jckntiie ]^;lâudis' Aliéna detra^ons ,
X x iij
dern^rdBéuhuJfm
V. Lîh. 7. Epijfffl.
Medic. foMt» Ma-
nard- ^rafm^ Ut
Chiliad.
Herod, Atthuî
ApnàAul.GeU.lih,
5. cap. %.
^al. in If^gop,
350 ’EjJkis 'de Medecine,
négligentes i vam gîoru é" f^prbu mhtmtes, K€ les feconnoif
fez^ypus pas.à ces, derniers traits nos^ petitf ridicules & nos périt*
fuperbes ? Sont- ce la les Sectateurs d’Hipocrate , luy c^uj étoit
filage , fl avifé , fi ingénu en Tes difeours &enfës adions ? Sont-
çe de véritables difciples de Galien » fi ennemi de là Phikuric
& de Tefprit particuüer :? Non affeu renient > puîTquê;de feinblaV
blés préfomptions ont . donné lieu à firiyeritibh'de tarie de Fables
injurieufes à la- Medecinei les Poètes aficiens n^'yàhs pàs ’tedins
jFait faire de figures ridicules à leurs Mcdecins-que nos moder-'
, BrumSe Bulfa- nes. Ccs Peintres *' de bellè humeur que Bocaceiritrôdnit fi fou-
laque. vent ne fetnbient jamais plus enjoués , que quând le ridicule
maître Simon Médecin leur, fert de Maneqiiiri. Lé Poggetrou-
ve toû jours facilement à- broder fur cette vanité dès Médècib,
'?aTgfflF qui adonné lieu au Proverbe Meàicbmm frfefhia i ^ îècxtMcc
qu’on lit dans Siobée fur ce chapitre 3 où je ne vols tien de
F. Erafm. i» Chi-
Und,
comparable à la fumée de cêt cncenfoir , dont le Roy Antigo-
nus regala la vanité de Ménecratès. C’eft enfin' cette vanité qui
a fait que le Theàtre Frànçôîs n a jamais été plus frequente
ny plus applaudi , que quand on y a fait monter les Medeèits >
quoi^qu on y ait un peu outré la matière. Mais ce qùile^ rend
incorrigibles, c’eft que s’ils fçavent bien que la vanité n’eft pas
un bon arbre , au moins il ne laiffe pas de leur apporter quel¬
ques fruits qui font du goût de leur famille , & que Paris eft
un lieu où plus le Médecin a de vanité j plus oii ell tenté de le
croire : car ; •
On peut ttier avec imf mité ^ i ^ * ^ •
^mnd on a pris en quelque Faculté i , ;
Frefent ou non t bonnet ou bien Licence .1,
en fon maintien m a quelque prèjiance y ' 'T .
,^u en habit noif i [oit fropre ou bién trotté y
On parle aux gens avec facilité,'
Êt quant enfin fait bien ou mal monté ,
Pourfadévife onprend la vigilencey^ - . „
On peut tuen ■ -
J^faù fi Von a beaucoup de vanité i -
tous venans on promette fanté ,
^uon fe commette avec grande afifurance > z
Ah ic’efi alors qu avec rècompenfe , '
bien plus efi qu avec impunité y
On peut tuer. ,
Secondi VIH. .3^51
Excinp;les , où jjeime.retranGlie à, nos quatres fameux » laiilanc
cette ^onle yqam diparnem nemo poi^ri^
Le Neptune écoit fi plein de vanité , qu’on n’avoit qu’à le
^aarder, êc à l’écouter quelques momens pour être perfuadé
que c’étoit le iVlenecrates de fon fiecle » aulTi paroiffoic-il fi ri¬
dicule que ceux quine le connoiflbientpaspour un Dodeuren
Médecine J le prenoient pour un Comédien. Ils’ intituloit entre'
autres vanitez de trois Rois -, Ambaffadeur de l*un de ces
Jiûis auprès du Duc de Nt'vers ^ ^ Noble. Vénitien, H prenoit poui^
fa deviiùun Hippolite feffufcité avec, ces paroles » 2)/« geniti
pgtuere. Il par loi t aux perfonnes de qualité comme s’il avoit été
fciir égal , & fouvent d’un air ii extravagant > que pour dire à
des ComtelTes & à des Marquifes bien marquées > .qu’elles ne
dévoient penfçr qu’à guérir , fans trop étudier leur mal , ny s’en
mettre en peine s il les renvoyoit à leurs quenouilles 6c a leurs
cguilîes.. Tout ce qui luy venoit dans ta bouche luy paroiflbit
toujours (i jufte , qu’il eût crû le dés- honorer en fe retradant i
éefl pour cela que luy étant échapé de dire en prefence d’un
fçavant Evêque favori d’un grand Prince .qui s’étoit embarqué
fur feS' eaux » que Saint Auguftin avoit écrit qu’il eft permis
d’avoir une Concubinej ôc que le Prélat luy ayant nié que cela
fut dans Saint AugulBn , il ne lai (la pas d’infillcr li opiniatré-
ment qu’on le défia d’en venir à la preuve. Après donc qu’il
eût cherché 6c. recherché long^tcmps ce qu’il ne poutoitpas
trouver , enfin le Prélat laffé d’une vanité. & dune opiniâtreté-
fi-ridicule, ne pût s’empêcher de traiter la propofition de gali-
mathia^.&c’eilce que le Neptune: attendbit pour lôrtir d’affài-
re.: car étant monté en même temps fur fes grands chevaux >
& s’etant écrié qu* on ne devait pas traiter ainfi un homme- qui fou--'
tenoit depuis tant dl années l'honneur de la- Médecine , un homme
quon confultoit comme L' Oracle de la Prof e^iop , qui: avoit paru avec
tpnt d éclat dans. Us cabinets- des Princes ^ des Rois y ^ dont T efprit ds*
^ expérience animoit ces eaux qui rendaient ïame ^ le mouvement
mourans y\\ ajoûta quil fe retirons quil abandonnait le Prélat
P fon fort J (jr quil fe repentirait peuti-etre hien-tot d'avoir méprifé
Oràele qu'il avoit tant de . fois confulté. 11 le croiôit comme il le
iloit tant il étoit vain;6c perlùadë, que tous les^ au très Mede-
^^ns n étoient que de petits génies en comparifoh de luy qui
1 Ange moteur de la Pifcine.. Mais ce qu’il y eut dé fingu—
dans cette affaire , 6c:qui confirma . le Neptune dans fa va-
35t Efjdis de Meieme,
nité jC cft que l’Evêque étant tombé malade deux ou trois 10
après la menace, il fut aflez foible pour avoir recours au
gnoftiqueur. Ainfî je laiffc à penfer fi les minauderies ridicul^'
& puériles, donc il falut fe fervir pour le faire revenir, ne le con
firmcrenc pas plus que jamais dans Ùl vanité. Le Grand ne tja*
roilToit pas le plus vain de tous fes Confrères , lorfqu il
dans le grand Employ, mais comme rappetit vient en mangeant,
il s’accoutuma fî infenûblcment à reiicens que luy dpnnoientfes
adorateurs Médecins & malades , qu après avoir reçu chez les
Etrangers des bonneurs aufquels il ne s’attendoit pas, &quinc
s’étoient jamais rendus qu’à luy , il foufFrit encore fort douce¬
ment ceux qu’on luy rendit à Paris dans des ÎThefes dont iesTi-
tulades étoient dautant moins juft es , qu’elles luy atCribuoient
Solidairement des Eloges qu’il ne pouvoir prétcndre,touc auplus,
qu’en commun avec tant d’autres Médecins de fon temps. Le
Politique tout honnête & modefte qu’iiétoit,ne fe îailTa pas al¬
ler moins doucement aux honneurs del’Ecqie & du publicqua-
voit fait le Grand, quand il fe vit occuper tout féul une place
dans la pratique , qu’il n’avoic long-temps occupée qu’en tiers ;
car il en faloic palTer par oh il l’a voit ordonné , fans que prcfque
aucun de fes Collègues ofât le contredire, Âinfi quoi-qü*il ne
tombât pas dans ces fades vanités qui expofent h fou vent les
Médecins au péril d*êtrc tournés en ridicules, il eut neanmoins
peine àèviccr quelques-uns de ces accidens, que la précipita¬
tion des Jugemens, êc latrop grande confiance qu’onaeh foy-
même attirent fouvent , & qui font rire les rieurs : car faifant
un jour faigner un malade, & le Chirurgien luy ayant deman¬
dé après qu’il eut tiré trois ou quatre palettes de fang s’il con-
tinuërok, comme il avoit pris, faute d’application, le bras d’un
Frater U prefent , pour celuy du pauvre malade , il répondit
dhn ton Magiftral &de confiance , U un fo'ux de
^TGcjjettur. Et bien eh prit au patient de ce que le Chirurgienj
qui avoit obfecvé la méprife , ne palîà pas outre , après en avoif
peut-être rendu raifon à l’oreille du Médecin, Autre vanité d’u^
toute autre confcquence , mais dans laquelle il faut avouer qn d
fut entraîné par celle du Petit- homme. Le fils unique d’un
grand Prince étoiç malade à Paris , oh on l’avoit déjà faig»^
plufîeurs fois, .& peut-être trop, & deux Médecins de cette Cout
là, prévoiant que Pair du Bureau ne feroit pas pour d’autres lâi-
gnées-, actendoient le Petit-homme & le Politique aux opinioi^^»
Seconde Partie] Chap. VIII. 353
&ceuX'Cy ayant encore été d’avis dune faignée, comme les
Dames y refiito;ï.nt , ils firent femblant de ccder & de différer le
remede pour un befbin plus preffant. Mais étant retournez le
foir en rabfence des deux autres Médecins qui étoient de i’a-
vis des femmes , & le Petit-homme étant refolu de les tondre
fur l'urgence prétendue , il conclud avec le Politique ferieufe-
ment U tout haut , qu’il falloit encore faire une faignée au ma¬
lade. Il n’y avoit pas grand mal jufques-là : ( car peut-être cette
évacuation étoit-elle neceflaire , ) fi le Petit- homme n’eût ajou¬
té J qu’il le falloit pour le bien du malade , ^ plus bas pour l’hon¬
neur de la Profcffion. Je laide donc à penfer fi ces dernieres paro¬
les tombèrent à terre, 5c fi après avoir été relevées par des femmes,
& portées aux deux autres Médecins plus habiles Courtifans que
le Petit-homme , 5c plus politiques que le Politique ,• ceux-là
manquèrent à broder fur l’honneur de la Profe dion. Il efl vray
que le Politique n’avoit fait quetauper delatête aux paroles du
Petit-homme, mais la Cour ne laifTa pas de leur donner leur con¬
gé, & les Courtifans de s’entre-demander à propos de faignées,
fi les Médecins n’avoient pas raifon d’avoir égard à l’honneur
de la Médecine en de pareilles occafions ? Nôtre Petit-homme
étoit encore fi vain, qu’il faifoit donner fon nom à des remedes
que des Apotiquaires fes afKdés avoient préparés de concert
avec luy. Outre cela il avoit des EmilTaires gagez 5c entrete¬
nus , pour porter fon nom par toutou ils pouvoient porter leurs
pas , ÔC cette vanité le mena jufqu’à vouloir ajoûter la quali¬
té d’Ecuyer à celle de Médecin du Roy qu'il prenoit , fottife
qui eut été pardonnable , puifque tant de roturiers y avoient
donné comme luy , s’il n’y eût ajouté une bien plus grande fotti¬
fe: car demandant grâce pour fa taxe à l’Intendant de la Province,
Sc s’étant difculpé pour l’obtenir plus facilement fur les Notai-
te^s , qui donnent affez facilement du cetera , il fut affez lâche
pour dire que TU fe fut fenti un grain de Noblejfe , il y auroit appliqué
trois grains de cautère , vray raifonnement de Barbier , comme
fi la Nobleffe étoit une chofe à ne pas eftimer , foit qu’on l’ob-
fjenneparle mérité , ou qu’on l’a reçoive par la naiffance? Q^and
d s’embarquoic à faire des contes meffeans, 5c mêmes fa^, &
qu’on l’arrêtoit fur quelque particularité du conte , ou fur la
«üffecé d’une ^citation , il croyoit être bien forti d’affaire en
ifântjpar une vanité ridicule , ou non-» je ne men mets gue-
t'ej m peine , é' ne men crois pas moins bon Médecin i comme s’il
. Yy ,
îd gnod pueloram
eft ut ad garrien-
dum promptiffimi ,
gcnerare aurem
non pofGnt. "Ëaccon
de augmenta fsUn-
tiar.
Jipoplexia animt
gua tument & tan¬
dem detruduntur
adinferos. Lib. z.
de corpûris ^ mni
mimorhis.
D lices & Medici
uihil âgendo (æ-
pius îïiultum pro-
ficiunt. Lîvius lib.
ij-
Effkis de Adedecmf,
n’y eût eu que luy de bon Médecin , ou qu’il eût été permit ÿ
un bon Médecin de dire des fottiles & des faulTctez? Mais quoy’
il vouloir être veu & montré dix doigt ,
hic efi? auffi t’écoic-il fouvent d’une terrible maniéré, & pour ainfî
dire , Infami digito. Il ne nous refte donc après tout cela,poup.
l’achever de peindre d’un feul trait , qu’à dire qu ibétoit le
nitas vmitatum dQ.^M.tdcc\ns. Ainfi '
Concluons qu’il n’y a rien defî préjûdiciable à l’honneur de
la Medecine , h i la famé du malade que la vanité du Méde¬
cin 5 que les jeunes ne fe peuvent faire habiles avec lès Livres
feuls qui ne fervent qu’à les rendre de ridicules parleursîmais
quhl leur faut encore rufage , rexperiençe 6c la docilité.
Seris venit ujus ah annh r - -
Multa vemfias [cire dédit. ^
Qujl faut qu’un Médecin reûémblc cîï'diiTelque ce*
luy dont il eft dit, Cui plmima mento cmities 5 que ce tféft pas
allez de parler , He£iicus infip^em Mèdicum non Rhetora
que les paroles ne font que des fruits de Cyprès qui ne l'erveiït
à rien > que le Pôëte'Aufone appelé les jeunes gens f
- Juvenum tememrm _y
Comme pour marquer que là témérité eft fille de la vanité, -vi»
ce des jeunes gens > 6c qu’enfin le dode Bacon compare- tous
ces petits difeoureursà des enfansqui parlent aft'ez, mais qui
ne produifent rien d’utile à la République. Quant aux vieux
qu’ils fe mettent s’ils le peuvent dans refprit, que ce n’eft pas
eelny qui a travaillé le plus long-temps qui a fatisfait au devoir
de Médecin ; mais celuy qui a travaillé avec plus de méthode
6c d’application , Mon qui dm cecinity Rhetaricatus eji yaut gubernd^
'Vit yfed qui Imdamr. Que la fuperbe eft appeléepar un do¬
de Médecin , l’Apopiexie de Famé qui précipite les Médecins
dans lesŒîifers J apfés les avoir endormis j que tous ces em-'
prelTemens qu’ils ont les uns 6c les autres d’ordonner bien des
rcmedes par vanité , ne valent pas une judicienfe furféancè >
puifqu’un grand Politique n’a pas moins éftimé les fages délais
des Medeems, que ceux des Capitaines. Enfin ce qui fait par'"
ticuliercmenc à nôtre fujet , tous les Médecins doivent êtrepci""
fuadez que s’ils font trop prévenus de leur merke, c’eft le vray
moyen de dire adieu à Pétude & à l’expcrience d’abonder en
fon ifens, & de devenir des fuperbes 6c des ridicules. Et
pourquoy Hipocraçe demande de la douceur, de la modeftle ^
Secû&de Pmlel Gliap. ÎX."^ 55j
^ick docilité en fon Médecin , & pourquoy Galien détekanc
la fuperbe & la vanité , ne manque pas de leur adbeier Tigno-
rance j aiTarant qu’un Medecm [ufceftible de vaine gloire ne fe dés^
honore f as meins qtt un gai and homme ^ui feroit la cour- à une EÇ-
jclave pur en obtenir queli^ués pûtes faveurs, A quoy nous pou-^
yons ajouter avec Seocque , que les humbles ne font pmais tant
de fautes dans la> f fuprbes , qui d'jordinairé gâtent
Sout. Ce n’eft pas toutesfois pour ne rien oublier fur cette co.n-
^deration ., qu’d ne foit permis au Médecin de -faire raiibnna-
blemcnt ce qu’il peut pour conferver la gloire qu’il s’eft acquife
avec tant de peine, pourveu que ce ne ioit que pour fe confer-
ver la creance des malades , qui nobeilTent gueres qu’à ceux
âufquels ii ont confiance; & c’eft peut être pour cette raifon ,
que Galien ^-aroît en'quelqu es endroits de fes“ Ouvrages un
peu trop content de luy-même. Quoi-qu il en foit , quand nous
aurons bien des Ga liens, nous ne trouverons pas àredire qu’ils
3 eftiment autant qu’il s’eft eftimé^
C H A P I T R 3E I X.
De la Pedenterk des Adedems^
CO MM E la Pedenterie eft une fuite de la vanité , elle ne
manque gueres à être la chute des Médecins. En effet il
y en a, qui loin de fuivre t’ufage, comme le bon fens le veut,
affectent des termes barbares ,j que le peuple même n’entend
pas , quoi-qti’il les admire. Ils font dans leur langue maternel¬
le ce qtfétoient dans la Catine la plupart de ceux dü fiecle
paffé^, comme on le peut voir dans les écrits d’un fçavant &
poli Médecin de ce temps-là. Encore fi fuivant le confeil de
^laton ils fe fervoient de Periphrafes, & de détours pour éviter
les termes barbares,, on fçauroit peut-être ce qu’ils veulent di¬
re. Galien, la venté ,avoit fait un Livre pour exeufer les fo-
lecifines qui peuvent quelques-fois fe gliffer dans la chaleur du
ifcours j mais je ne croy pas qu’il eût pardonné au jargon de
Pedens , dont la plupart ne peuvent traiter un malade qu’en
^^■ec , en'tâtin , ou avec un Nerveze & un gâlimathias affecté ;
^ quclqucsfois même en la langue de leur village, témoin celui
‘ Yy ij
Lih. de deeent /<?&
natu.
J. Methad. eap. iC.
^ lih. de cognofe.
cura,nd. mimi
eiffeSl Énib.
Epifi. 4?.
Plarîmj had tempe,'
ftate incompti,
quib. fài eft, imo ex
induftria eos dclc-
(ftat rudis fcriBo. .
Symphor. Campe-
gm de îhi,ebot»m..
iP’. Erafm. Chiliad,
faj.yoS,
Erafm. in Uncm.
Morin.
3j(? tjjaii de Medecîne,
qui ayant fort rong-tems fait la Médecine & le labour tout enfem-
blc , parloit de fa Profeffion quand il fut dans la grande Villè
comme de faFerme, Sic cmibus catules fimiles\ car pour exprimer le
ConcoSta Medicari , d’Hipocrate, ce nouveau venu, &; Rupto rohore
natus , difoità fes Confrères & à fes malades qu’il faloit labourer
rhumeur. D’autres encore pires , afFedent comme on dit , de
parler en chifFre. C*eft ainlî qu’un de ces galans-homrnes m,
terrogé par des Dames comment il feroit pour allef au devant
d’un tranfporc au cerveau dont le malade fembloit menacé • il
répondit qu’il empecheroit l’alFomption des humeurs/ Un autre
pour dire qu’il relfoit un levain dans les entrailles après la fiè¬
vre , difoit qu’il y avoit encore une matière lévineufe. Car
pour celuy qui parloit en bon lieu de fièvres quintaines,fextai-
nes & odaines , & qui demandoit magiftralement à des Médecins
du premier otdre s’ils avoienc lu rHipoemte là-dclFus , il fau*
droit un Chapitre entier pour fon galimathias &pour fon Nerve-
ze, tant il eft fingulier dans fes expreflipns & dans fes vanité^.
On appeloit cette forte de gens. Médecins d’eaü’ froide dés le
temps de Pline, comme nous les appelons Médecins d eau dou¬
ce. Galien les compara en fuite au Poète Jalemus , le plus im¬
pertinent 8e le moins intelligible de ceux de fon temps. Car¬
dan les dépeint d’après le Conciliateur , qui nous les reprefente
comme de pmvns garpom , fms i jdm hien ,pins éducationf
fans polite^e , fans exprejfion i bref de véritables Cmftres ekaltez.
En effet , jamais ils ne parlent que d’Hipocrate , quoi qu’ils ne
l’entendent pas, que de maladies qu’ils ont difent-iis gueries,
& que des malades qui les demandent, quoi ^ que leur plus or¬
dinaire artifice foit de fe faire demander dans les compagnies,
par quelqu’un de leurs domeftiques ou par un. affidé pour des
malades fuppofez. Ils vont 8c reviennent continuellement d’un
heu à un autre, Lahor aefus in orhem. Circm^^ quarensy 8c ils ap-
pelent cela aller fon train, La b'plle alleure i Au refte fi mal¬
honnête-gens, qu’on en aveu refufer le falutàceux quijespre^'
venoient de cette civilité, parce qu’ils n’étoient pas de leur caba¬
le, hors laquelle ils croient qu’il n’y a point dè îàlut, ôc que tout
efl Arabe, ou hérétique fembkbles à peu prés à. ce Pedentqm
foutenoitque le pafFage de Saint Paul hominem hareticum às'nit»
fc devoir entendre ainfi de 'vita , fuppïe toile : car félon eux
de mons moins d’ennemis. Cependant ces maîtres Pedens, ée
quelque Faculté qu’ils foîent j car il s’en trouve de toutes
Seconde Partk. Chap. IX. 557
[ont pas toujours fort mal dans l’elprit des Dames , pouryeu
qu’ils ayent de ccrcaiiies complaifances, & qu’ils traittem à fort
jufte prix: car toutes ne reffemblent pas à cette bourgeoife qui
en chalîa un comme un impudent , pour luy avoir dit qu’il h.
faloit Phlebotomifer.
La Pedenterie ne déplaît pas même toujours aux perfonnes
de qualité , il y en a de tous les goûts , jufques à la prendre pour
une application particulière à l’étude. C’eft ainfi qu’un Mé¬
decin de Cour fraîchement débarqué du Village , ayant fait
une incongruité devant un grand Prince , à laquelle il ajouta
pour la reparer quelque chofe encore de plus ridicule y il fut
alTez heureux pour qu’un grand Seigneur auquel il àvoit été
recommandé , inlinuât doucement au Prince & à la compagnie
qui rioient du Pedent , Que ne s’étant jamais appliqué qu’à l’é¬
tude & au foulagement des malades , il ne faloit pas s’étonner
s’il manquoit en des circonftances qui ne faifoient rien à la chofe.
On dit d’ordinaire à Paris , au fu jet de tous ces Pedens , qu’on
ne peut prefque jamais fe méprendre en voilpi un Mede-
cin , quand on voit quelqu’un fur un cheval gris à houlTe noire >
la mouftache épaiffe, le caftor retrouÛTé fur le front , ^ une ba¬
guette en main haut-élevée. Mais je croy que pour en porter
un jugement infaillible, il faudroity ajouter bien de la crotte,
une mine balTe & un jargon tout particulier , tant pour les cava¬
liers que pour ceux qui .font à pied : car qui ne fçait qu’ils font
ordinairement ce que font fur nos Q^ys ces Charretiers , qui
ne fçaehant faire autre chofe , font continuellement claquer leur
foüec, ôc s’offrent à tous les paflans. Mais ce qui entretient en¬
core leur commerce , eft que comme il y a bien des gens di¬
gnes de tels Médecins , & comme on dit des malades de toile
autant que de Médecins de drap, toutes les pauvretez que leur
difent ces Médecins , ne laiffent pas de pafTer pour de riches
expreffions , & pour des Oracles quand elles donnent dans leur
foiblc , & quelles font accompagnées de baffes flateries. En Adoîcftemes îa
, efiPet, n’ayant rien appris dans les Ecoles de ce qu’un bon Me-
decin&ua honnête^homme doit fçavoir,que peuvent-ils débi- exHs^quæir’
*^er que des Pedenteries dignes d’eux, tC delà plupart des gens ùiu habenmr niî
«lui s’en fervent? Après cela venez me dire qu Athenée n’a
pas parlé jufte quand il a fait marcher les Grammairiens ôc les
Médecins à peu prés fur le même pied. Qu^ainfi ne foit:
Le Neptune écoit le plus grand Eedenc du }âétier , quoi-qu’“il
Y y iij
EJJms de Medectnf ,
fe picqu^t de galanterie en un âge, où il ne pouvoir plus être
qu’à la vieille mode ; car comme il avoir commencé jeune &
en un temps où la Pedenterie, n étoit pas encore décriée coin*
me elle Ta. été dépuis,ilmêla jufquesàlafin de fa yjc kXheoî
iogie, la Chicane & les Humaninex avec la Médecine, fans pren¬
dre garde s’il y avoir de la liaifon &de la fuite dans ce quil éi,
^it : car enfin le Grec, le Latin , le François & la Métaphore
étoient fouvent'de la partie , & Dieu fçait qu elle Symphonie >
Mais ce qu*il y avoir dé plus ridicule , eft que bien loin de
.prononcer fur la nature de la maladie ^ fur le remçde qu’elle
demandoit , il commençoit & hniiroit par un difeours confola^
toire, qui laifToit le pauvre malade plus embaraffé quaupara-
vant* carde bonné-foy un malade cloué dans un lit par un
èruél rhcumatifme, ou par la goûte , netoit-il pas bien . fatisfaic
d’entendre dire à un Médecin. qu’il avoir attendu comme un
Sauveur, était hien-rheureux de nêtre p^s pamliti^ue;^ AmCt
fi’âuroit-il ^as eu raifon de luy dire comme un ancre Job, Fom
M^étes impertmem ér in]î^e confolMcw , ejlis iniqui Me^
dki (jr cmfolMores ainfi que quand 11 s’agiÙmt de la
maladie de quelque pretieufè , il luy difoit quil ny que
des lourdes qui eurent une grmde -famé 4 fi elle étok vieille ,
faleit fonger qu elle n était plus jeune s 6c s’il luy reftok encore
quelque Jcuiiefle.^ que de fem'blablcs indifpofitions guerifFoietic
ifouyent par l’agé. Ce Grand avoir rexprcfîion & les manières
rudes .& de vray Pedent , n^épargnant coinme le :î^eptune ny
les femmes, ny lesperfonnes de qualité., qui en efTuyoient non:
feulement des termes barbares , mais des difeours -fâcheux.
,^a{îi ne haïflbit-il pas ces petits Pedens qui l’encenfoient pont
feie rendre propice SC avoir fon approbation. Le Pecit-hommene
paroilToit pas Pedenc à ceux qui étoient prévenus en fa faveur,
& qui ne lexaminoient pas d’afîéz présumais au fond c’étcaf
l’homme du monde le plus copieux en exprefhohs ^ en
du fiecl^ paflé & de l’Ecole , & le plus grand difeur de mots
de Province , de Quolibets 6c de proverbes.
Il n’y avoir done de nos quatre Médecins que le Politique
qui pariât port bien, -ôc qui ne fentit point le Pedenti en effets
on n’obfervoit rien que de naturel dans fes difeoursj il n’y avok
.rien d’afFedé , de compofe,, ny de guindé dans fon expreffioS
& dans fes maniérés s en un mot h le langage de Celfe^ deGa-
;iÿn , de Fernei, ^ même celuy de Malherbe & de Palfac
Seconde Partie, CHap. I X. 35P
lent pu faire un Praticien, il ne faut pas douter qu’il n’eût été
üh des premiers de fon fiecle.
S’il eft donc vray que le grand Hipocrate même , quoi^quc
laconique &: un peu oblcur, femble demander quelque éloquen¬
ce dans fon Médecin , pourveu qu elle nait rien de la hâble¬
rie &du théâtre, Ôi qu’on ne luy puiffepas dire avec raifon
O fera hic vojlra condu^a efl non oratio^ à quoy bon d’^alFeder Ics^
mots de rÇcole , 6c dés termes encore pires ? Si Galien veut
qu’un Médecin i obligé de fréquenter les honnêtes-gehs ^ & les
perfonnes polies , évite au moins les termes barbares , 6c la Pe^
denterie, à plus forte raifon les Médecins de nôtre fiecle font-ils
obligez de s’accommoder à fes manières > 6c à fes expreffions
autant que la matière le yValgo fàrcendum ^ Vténdum fa-
ro y Servienàum feena. Car quand à ces gens dont le goût dépra-î
vé leur fait trouver de l’érudition dans la P^edenrerie , je leur
feuhaitte des Médecins Pedens , comme Guevarre fouhaittoit
la vie des Galères à ceux qui n’en vouloient pas concevoir les
horreurs.* /
Au refte, comme il fe pourroit trouver quelqu’un qui croyant
ajouter quelque chofeà ceque je viens de remarquer touchant
la Vanité 6c la Pedenterie des Médecins, leur voudroit encore
2.^^\\(\ucr\Q Parabolani des Jurifconfultes j comme ont j^it quel¬
ques Critiques 6c quelques Logiftesj il me femblè fort â y^opos
de faire ici jtiffice à la Medecine d’un jugement fi précipité 6c
fi peu équitable. Car quoi-qu’il n’y ait que trop de hâblerie y
de V anité 6c de Pedenterie dans l’exercice de l’Arc ^ W/arabo-
lani ne doit être nullement interpreté comme il a été par Aic-
curfe, ny du langage, ny des difeours à perte de veuë de quel-
ques Médecins. Premièrement parce qu’il n’y a pa^ moins de
difcoLir-éursdans le Palais 6.: dans toutes les Ecolesy que parmi
les Médecins. En fécond lieu > parce qu’il ne s’entend elFe-
clivement 6c proprement que de ces , tels qu’étoient
anciennement certains Frétés Servans dans les Hôpitaux, gens
fe hafardent où il y a du danger, pauvres hommes fans^. étu¬
de j fans lieu, fans rang , aufit affujettisà c'ét exercice , que les
ferfs l’étoienc aux Eglifes , aux Evêques , aux Abbez 6c:àqucf-
es particuliers des Villes 6c de la campagne j gens qtii n'euf-
fent ofé quitter: leurs Patrons, ^Sokaïoi afirifû Gleb^e , à peu
P"és comme nos Freres de la Charité , qui ne font diftinguez
ces Affiftans que par le motif qui les porteàfc voüer volon*
Lib. de Medico ^
effich M.edi6i
* Qui aîifflé îa vie
des Galères , I>ica ‘
Ja luy doiüt.
V. Hipbîit, ^hieiÊ'-
de nohilit. Medi^i'
V. Scaligeranttt»
fecundsm ex codiez
Theodbf.
circa glc<
bam.
5 (JO Bjjds de Medednél
tiers & charitablement à cet exereice. 11 eft donc certain qu‘il n*ÿ
a rien de jufte dans Içs fens on forcez ou injurieux , que Pétrar¬
que, Arnaud de. Villeneuve, Scaliger & quelques autres don-
- nént au ParaboUni, Aquoy nous pouvons ajouter avec le do-
dè Cujas que ce qu on appeloit anciennement Parabolmi étant
de l’infpedion &: de Péledion des Surveillms-» & les Médecins
de celle des Décurims il y a une entière dilFerence; 11 ng
faut pas aulîî oublier ,puifque nous en fommes fur ce térme-là,
que les. Gentils donnoient ce nom aux Chrétiens îp.fèc quon
le donnoit pareillement à de certains hommes qui combattoienc
volontairement contre les bêtés dans les Théâtres , & qui fem.
bloienc méprifer la mort, ce qui les faifoit appeler ÇonfeBores,^.
Enfin on remarque qu’il y avoir encore à Alexandrie certains
Charlatans qui s’expofans au péril pour foulager les peftiferez,
furent appelez Pamholani , peut-être parce qu’ils méprifoient
la mort comme ceux qu’on appeloit , quoi-que par
un motif infiniment moins noble ^ moins héroïque que çeluy
des Chrétiens, .
C H A P ï T E X,
De ' tî^nounçe des Médecins,
|U oi-QUE j’aye avoüé dans la Préface de cet Ouvrage J
_ f qu’il y a encore à Paris 6c dans les Provinces des Me^
decins fçavans ôc de bonnes mœurs, je croy, qu’il n’eft pas mal
à propos de réïterer icy cet aveu , tout ce que j’ay à dire de
rignorance des Médecins ne tombant que fur ceux dont le P^'
Vit genie , 6c le peu d’application dés-honore la plus honnora-;
bledes Profeffions. Bien qu’on n’ait fait dire que dans un leos
vague 6c general à Trifmegifte, que la plus grande part des cho->
^s que mus fçavons , e^ la moindre de celles que nous ignorons , 6cqa^
le dode Heinfîus femble ne s’être écrié que dans le
c^aantum eft quoi fcns : Hélas i Combien y-a-t-il de chofes que nous ne connoil-
aefeimus. fons pas ? Il eft neanmoins certain que ces plaintes femblent re¬
garder plus particulièrement , 6c plus précifément la Meded^e
que les autres Sciences- Car fi Bon ne marche encore
ratons, dans les Arts & dans les Sciences, dont les principes ont
Séconde Pdrtîe, Ch^^.X- 3(5î
quelc^ue évidence , que ne iievons-nous point penfer de la Mé¬
decine qui fou vent n’eft que conjedurc ? Les fignes y font fî
équivoques , & le fujec change fi fouvent de fîtuation , étant
compofe de corps fi mobiles , 6c de fi differentes formes 6c figures,
que le -grand Hipocrare avoit raifon d’avoüer qu’il n’étoit pas
encore parvenu j tout vieux qu’il écoit, àla perfedion de l’Art.
C’eft à fon exemple que Laurent Joubert digne Chancelier de
la Faculté de Monpelier ^ dit de luy-méme , fois DoBeur y
mais bien éloigné £ être àoBe-, 6c qu’un autre Auteur a dit de bon
{ens, que nous reffemblons tous au Renard de la Fable, qui ne
faifoit que lecher le vaiffeau à coi étroit où la boüillie écoit en¬
fermée, fans pouvoir atteindre au fond. Ainfi comme il eft af-
fùréqu’ily abien plus de Médecins paroles que d*ef’et, 6c que
chacun craint naturellement de tomber en de mauvaifes mains,
quand il eft malade, on fe plaît tellement à reprocher aux Mé¬
decins leur ignorance , qu’on n’en épargne prefque pas un , Ôc
qu’on ne fait pas même de difficulté de leur attribuer les évene-
mens , qui ne font fouvent qu’un pur efFet du malheur , qui rompt
les mefurêsà la prudence 6c à la fageffe laplusconfommée. G’eft
peut-être pour cela que le malheureux Acefias paffa en Prover¬
be d’ignorance .chez les malades de fon temps. Il n’eft donc
pas mal à propos d’apprendre à ceux qui l’ignorent , qu’il y a une
ignorance fimple , dont l’ignorant eft luy-même convaincu , 8c
une ignorance dont il ne s’apperçoit nullement. Platon les ap¬
pelé ^ ÔC a<3rxa , ignorance Jîmple , ^ ignorance de ignorance ^
l’une ôc l’autre , dit Plutarque , font l’impieté quand elles fe trou¬
vent dans un naturel dur , & la fuperftkion quand elles tom¬
bent dans une ame tendre. C’eft pourquoy Hipocrate a crû que
I ignorance étoit la mere de l’audace , ôc de la timidité de cer¬
tains Médecins de fon temps 3 c’eft , difoit-il , à peu prés corn¬
ue ces tréfbrs quon cache dans la terre ou ils ne produifent que de
^ inquiétude ^ du chagrin j infpirant félon Voccafion ef^ fuinjant la dif-
pftion des fùjets > ou lé audace é ou, la timidité au préudice ^ an
dés-honneur de la Pr&fejfion , penfée qu’un de nos Poètes a âinii
expriinde. ^
y4t contra ejl infeitia mater
Errorù culpa éf fcelerü
C’eft pour cela que l’ignorance des Médecins du temps de
Malien , étant d’autant plus grande qu’elle étoit volontaire , il
parle ainfi. Ces gens font quelquesfojs tombés d'accord que leur
'Zj%
Laurent- Ifofmannl
de vero ufu, e^ fero
ttbufu Medicaw.
Chimicor, in Pf<e-
AMedico indodoâ
cibp incoCtOjà ma-
la mulierc. Libéra
Hos Domine.
Lih. de lege.
V. Cernari LeSie^]
netn.
Marcell. Paling.
S te Hat. inZodiOf,
viu human.
/. Méthode
EJJds de Medecms.
méthode nef: fat la plus feurcy mais qtiils f^'ofent fuwre lamtiüeun^
n ayant pas d'autre moyen de fe mettre en réputation chez k peupl*
quils endorment par la complaifance. C'eji la raifon yui ma mpê
ché jufyu à prefent de mettre une méthode au jour > prévoyant qu elle
ne feroit que pour peu de perfonnes : car a parler franchement ^,s*U n'ar¬
rive dans les affaires du Jiécle quelque changement que je nofe efpe»
ref 5 je croyque c’efi fait des homes lettres •> tant H y a de corruption y^
tant on. ejl content pourveu qu on fafe du bruit : car vous.f^avez
bien y vous ï ayant dit plufieurs fois , que je ne cannois pas feulement
cinq hommes qui préfèrent la folidité de la doBrine. aux apparences y
avec lefyuelles on impofe p'refques a tout le monde. Les iiçckS'quî
ont fuivi celuy de Galieji , n’ont apparemmem été gueres plus
heureux que le hen tcar quoi-qtfil îe foit trouvé queiques bons
Auteurs depuis luy^on ne fçait s’ils ont fait de bons difeiplesr
Nous voyons, dis-pej quelques Medeeins de réputation depuis
^ / le troifiéme-rieclejufques au neuvième & au dixiéme , qui. fu¬
rent des fieeles de fer d’ignorance 5 mais à parler générale¬
ment , il y en a peu qui ayent iailïo de grands témoignages de
leur eapacité dans leurs Ouvrages , n’ayant, prefqoe tous été
- , que des Plagiaires , fi on en excepte quelques Arabes dont les
découvertes méritent quelque eftime. C’eft pourqtioy les
Médecins du onze, du douze & du treifiémehecle font fi mal
traittez par Saint Bernard ypar Jean du Sarilberi y Eftienne de
Tournay , le Conciliateur & l’ Abbé Tricherne. Et quoi-que: le
: quinfiéme & le feiziéme fieeles .ayent été fort fertiles en Méde*
dns , il y a neanmoins bien de l’apparence qu’il s’y en elt ben
plus trouvé d’ignorans que de fçavans , non feulement parce
' qu’on n’y^ voit que peu de bons écrits , -& que Symphorien Gharn"
- pea & Scaiiger s’en plaignent hautement dans leurs Ouvragesr
mais encore parce que le fameux LSylvius affure n’avoir trouve
tous fes voyages , que Sy'îïiphorien Ghampjer &HisroiB^
^ontuus de bobs Médecins, rk C^aiit à la plupart des Me^ie-
reique Wdicæ in- fi*as de nôtre fiecle qui fe font fait connoître par leurs écrits >
famem ac probro- ils, prétendent, fondez fur leurs Principes & fur les nouvclksde-
^ couvertes , que tous ceux qui les ont précédez ont été fort igno^
rans dans la Phifique... C^obqu’il en foit , il nkft que trop vray
qu’on pourroit appliquer à prefent à une infinité de DoÆeiirs»
qui inondent Paris & toute la France, ce que l’Abbé Tridi^*^^
difoit de ceux de fon temps , Rôties indoBm , ér fine feientia -honf^
in BoBorem fuhlimatur y -gratus, magifratùs datur 4n fi^numi^^^
Seconde Partie^ Ghap. X.
(affickm non invenitur fignnmm , cc font des enfeigties qui n en^
Iciff lient rien j drculus ante âomicilium pofitus , ubi non venUtur 'vi-
Enün que ne peut-on point dire de tant d’ignorans qui
n’ont qu’un ou deux remedes pour tant de difFerentcs maladies?
Mais que ne diroit-on point encore fi leurs fautes écoient con¬
nues , §c fautoient aux yeux comme celles des Hiftoriens , des
Orateurs, des Poë tes, des Peintres, §c même des Artifans qui
trayaillentau grand jour. Mifcri eà infelici mi il munào ariva^è
afaper maik deboloze noJire ,che ne meno ne pojfiam frometter collà
no (ire Medlcina avéré a guarir in ficcioÈû Carboncello , certamente
elle ne converrebe apparar altro rnejïkre ? mais plutôt quel bien n’ar-
riveroir-il pas fi Ton pouvoit difeerner les fçavâns d’avec les
ignorans , puifqu’il eft certain que ceux-cy renonçans au métier^
ils ne feroient plus enrager les habiles , comme ils font à la fa¬
veur de l’ignorance publique, qui s’en accommode mieux que
des docles. Ce qui les devrok faire rougir de leur ignorance j
c’eft qu on n’a jamais eu plus de moyens de s’inffruire qu’en ce
temps-cy : car enfin les Ecoles , les nouvelles découvertes , les
Conférences , ne font-elles pas des moyens d’aller bien plus
loin. que nos prédecefleurs n’ont été , fi l’avarice , l’envie, la va¬
nité &roifivecé n’avoient tout gâté, & fiTon n’avoit introduit
les vifions de T Aftrologie , Phyfionomie, Chyromantie , & parti¬
culièrement celle des lecrets prétendus qui l’emportent tous les
jours fur la fincerité de fur la feureté de la méthode, confir¬
mée par le raifonnément & par l’experience. On ne fe met plus
en peine dans l’exercice de la Medecine , de cultiver l’arbrè
dont on joüit,on ne penfe qu’a le dépouiller de fes fruits. On
penfeàfe rendre maître du fond, & jamais à l’entretenir en ban
peré de famille. Mais voudroit-on voir un râcourci de l’igno¬
rance du fiecle, jointe à cette vanité pedentefque dont nous avons
parlé cy-devant. Un Dedeur qui pafibit peur un des habiles
fur le pavé de Paris , étoit allé voir un malade de confequence
a la campagne , où on l^avoit conduit dans un carroffe à fix che-
vaux , & où il trouva un de ces Médecins de Village qui en
fçavent fonvent plus que les Médecins des grandes Villes.
E>’âbord que le Médecin du carrofie voit le malade, il propofe
fon avis à l’autre d’un air à luy faire comprendre que c’eft un
Arrcft qu’il prononce ,& dont il auroit tort d’appeller. Celiii-
répond à ce beau début en des termes fort modeftes , & qui
^arquoient neanmoins affez qu’il étoit fondé en raifon, ôc qu’il
Zz ij
Marco ZUcckar*
3(54 Ejjdh de Médecine, , .
avoic lu non feulement les bons Praticiens j mais mêmes le
Cicerons de la ProfeffionCe langage étoit trop relevé pour |ç
Médecin cà fix. chevaux , c’eft pourquoy il ne manque pas àcriti, '
quer ce qu’il n’entendoit nullement > s’en prenant même aux
termes les plus élegans qu’il traitcc de barbares & de ridicules
tant il eft luy meme ignorant & ridicule, Ainfi le Médecin de
Village outré de chagrin & d’indignation r liauffe les épaules',
quitte la partie & fe retire au petit pas ^ ne pouvant comprendre
comment on s’étoit avifé de. faire partir de Paris avec-tant de
ceremonie un Médecin fi fat & fi. ignorant, Car ce qu’il yeut en-
core de fingulier &: de fâcheux pour nôtre pauvre Médecin de
Village , c’eil: que le. Médecin à carrofFe emporta tout l’hon.
neur de la cure, quoi-quil eût pris tout le eontrepied de la
vraye méthode. Avançons : car on feroit un Livre de pareil-,
les Hifiaires J fi on vouloit s’y arrêter, 11 faut avoüer que les
quatres Médecins qui viennent à la fin de nos Chapitres 5. n’é- -
toient pas de ces ignorans-là qu’avec un peu d’application-,
quelque rectification de leur meth-ode & de leurs maniérés ,
iis auroient été afiez, bons praticiens em Gomp'araifon de tant
d’autres. Car fi le Neptune eût pu regkr fon imagination , les
Ÿanitez , Tes eniportemens , fes jaloufies , fa cupidité > il avoit
affez d*étude êi d’experience pour en faire quelque chofe de
bon, Mais'par malheur ils’était accoûtumé à qurer par fes éaus
.avec autant d’entêtement &dê ceremonies qu’un ] upit-er d’Ho^
nierèpar cellesrdu Stix faifant au refie Ton Non flus, ultrkàes,
pilules gommées 5 du crocus & du bouillon rouge. Le Grand
n’alloit pas encore fi loin que cela , n’écoutant d’ordinaire que
fons fens, n ayant gueres d’antres rem,ede^que la faignéé',la,
purgation , l’Emetique , le Diaphoretique , & ne faifanr pas ay
refte grand cas de l’ayi'S des autres Médecins. Combien de fois
s’efi-ii contenté, de renvoyer les MeUnchoikon.f^‘,
après avoir tenté ou rEmetique^ou l’Opium , ou le The
qu’il mit en pratique dés- qu’il yh qu’il étoit du, goût delà
Cour? Il étoit même qiielquesfois- fi court de remedes.,.qu?
fçachaut plus que dire à une femme de 75-. àns qui fi
d’une toux dont elle était incommodée depuis 40. ans., il
renvoya, luy difant : Je fouhaitte y Madame , que vous la gardiez
encore autant que vous i’avez gardée. Voila le firop de Ion*
gue vie dont il l’a régala, C’eft ainfi qu’un Médecin qifi| ^
toit pas plus fort en remedes que- luy , ayant répondu à ui’
Seconde Pâme, chip, X. 565
yre malade qué fa maladie étoit une maladie de cette année
a , il luy repartit : Je /<? croy > Monjear 5 car je ne V avais fas Han
- -, Vm ... -
Le Politique fçavoit ce qu^il y avoit de plus agréable dans
le Diagnoftic & le Prognoftic de la Medecine : mais il avoit
-fi peu d armes odennves contre les maladies , qu’il difoit ordi-^
nairemeiit a ces jeunes Médecins qui luiÆfoient la cour; Je
fais pour. GMien > farce qu il ne tue pas r comme font les Arabes
les Chimiftes. i comme s’il eût fait grâce aux malades de me les.,
pas tuer , 6c comme 11 Galien tv étoit pas copieux en remedesf^ . .
Audi eft-ce parce qu il n’en employoit que trois ou quatre,
que les maladies lui enlevoient fouvent les malades prefque
fans coup ferir. On raconte à propos de cette derilité dé re-
mede-s , queme fçaekant un jour que dire à une femme qui fe
plaignoit de ce que la derniers medecine qu’elle avoit compo- '
fée 6c prife de Ton ordonnance , ne lui avoit fervi dé rien ,dl-
lui dit enfin d’un ton traîné > maîs-déGifif en la quittant;
te^y encore un peu de .cerfeutL- De bonne foy toute la matière
médicinale , toute cette foreft de remedes., dont la nature eft fi
liberale , ne lui eût-elle prefencé qu’un peu de cerfueil s’il
l’eût étudiée avec autant d’appîication que la langne Grecque
ôc la Latine , 6c s’il eût voulu fe fouvenir de ce bel endroit de
fon Bréviaire ? Nullaque ufquam ejl remediomm penuria , fed^ no* VernA, inABrxfaf,.
ftra plerumque turpisjgmratto. .Quant au Petit-homme il n^eii ^.4 huth^-ms^
fçavpit que trop pour fe faire , comme il fît , un grand nomparr
mi ceux qui fe payent de confultations tontes prêtes fur tontes
fortes-de fujets. ,Il rçavoit même affez de matière médicinale ,
pour s’attirer reftime des Apotiquaires 6C . des malades, qui ai¬
ment lâdrogne , mais pour, cette application , ce jugement 6c
ce di fcernement qui font le fin ,6c pour ainfi dire jd’ame de la Me¬
decine, il ne s-’e,n étoit jamais mis en peine , ce qui le rendoir
encore plus dangereux que cesmgnorans , qui attendent tout
de la nature , 6c qui ne font que des fautes d’omiffion : tant i’u-
fage des remedes donnez fans diferetion ell: dangereux. Je né
parlerois pas icy de fa profonde ignorance des belles Lettres ,
® étoit que fa vanité ne lailToit pas de. le porter à juger tenfe-r'
yairement des ouvrages d'érudition 6c d’efpric , quoi-qu’on n’eût
vû fon nom que dans des reeipez. pendus aux crocs des
patiquaires , ôc dans des gazettes , oîi il avoit mandié quelques -
.^gQes par fes affîdez , difant pour fe difculpejr de-^fon ignoran-
Z Z fl]
* Nemo juftius
jaffidn^difcit , quam
qui de falutc ho-,
.piihis xraâant.
. ’Sritx.ch.
Medicm pccam.
*Ï.AeveterMeilic,
2, Lib ii.Method.
^.de Unis . ffeâ.
r. ZtMÀrd. di X^a-
EJJais de Meâeme.
cc , qu’il eût mieux aimé avoir vu deux malades , que d’avoir
mis au jour trois volumes.
L’ignorance étant donc encore à prefent fi commune .chez
la plûrpart des Médecins malgré les beaux Ouvrages que
quelques - uns nous ont donnez depuis cinquante ans , qui
ne voit qu’ils font d’autant plus obligez à s’inflruire , que les
fuites de leurs ignorances font de confequcnce , perfonne
îixtant plus oblige , félon 'Caffiodore , * à étudier avec affidui-
té que ceux qui s’employent à la cure des maladies ? En efe
lîos ; G'afuites & nos Médecins font une afiaire decoiifcieiiceaii
Médecin ignorant & peu ftudieux. Paul Zachias tombe d’ac¬
cord avec J. B. Cedronchrus., Michel Boduvin & plufieurs aii-
fr&s Médecins , que celui qui fait ignorammént la Médecine ^
peche autant.de fois morteliement. Ahafnér. Fritzehius 4e der¬
nier des C aruices’quî nous ont donné quelque chofe touchant les
devoirs du Médecin, qft dece lentiment, qu’il appuyé de' l’ati- .
torité de l’Ecriiure fainte , des Peres , des TheolGgiens , êc des
Loix. Mais ce qu’il y a de fâcheux pour la Medecine dans la con¬
duite de nos Médecins ambuians ,eft que le public eft cellément
prévenu de ropinion de leur ignorance , qu’un fameux Librai¬
re de Paris ayant fort peu eftimé une Bibliothèque de Mede-
-reine qui ctoit en venté , répondit à ceux qui lui demandoient
pourquoi il en faifok h peu de cas , C\eft parce que les Mede^_
xms ne Les achètent i ni ne les lifent. Je fçay à la vérité que lavis
étant courte , l’efprk de l’homme fort borné 6c l’Art difficile ,
le Médecin , comme nous l’avons remarqué cy-devarlt , ne laif-
fe pas, après de longues études, d’ignorer encore bien des cho-
fes , 6c qu’il y a des ignorances pardonnables. Géft pourquoi
le grand Hipocrate, -k Celfe, Galien® ^Avicenne, 6c tant d’au¬
tres n’ont pas rougi de leurs ignorances 5 & c’efl encorè pour
cela que le fameux Jean Scenon avoua franchement à Tes amis ,
qu’aprés dîx ans d’etude, d’obfervations & de diffedions , il né
connoilToit encore rien à la conformation du cerveau. Ainfî
Paül Zachias n’ayant pas afiez diftingué a mon avis dans les
queftions qu’ils fe fait fur cette matière, Je croi que quand à ce
que les Médecins doivent penfer d’èux-mêmes , 6ç à ce qu’iîs-
font obligez de taire, ou d’a vouer de bonne foi touchant lèur-
. conduite 5 je crois , “dis-je, qu’un Médecin, qui avouëroit fes
fautes 6c fes ignorances Obliquement devant le vulgaire &
devant eiprits ’ fçroit fort imprudemment ; mais
Seconde Partie. Qh2iip, XI,
quil n^en eft pas de même quand un Med.ecin donne dcsob-
fervations au public , 6c qu’il écrit pour la pofterké comme
eut fait les Héros de l’Art. Car qui doute non feulement qu’on
peut avouer ha,rdimefl£ fes fautes & fes; ignorances en ces.oc^
Gafions j mais encore que cela ne foit digne d.’un bomrne qui
croit ne faire point de tort à fa fnJSfance , comme nous Favonfr
remarqué cy-devant avec Ceife ?' il fttffit: que ces fautes ne
viennent pas de la peritedè de fon genie^^ôc defoiL peu. d’appli-
eatiofl. - AuffifldLegîflateur rBbcchorii 'vouloit-il quton pardon-
‘ nât les -mauvais fuGcés aux -Médecins >dé Ion tems-.i.quand il&
avoient fuivi les loix & lés.maximes de là Médecin^^^ Et c’efl
pour cela que Sénéque , Lucien , même. les Jutifcon fuites 3
dent que deLétude , de ^application -, de l’experience ôE de la
probité , fans fe mettre en peine de cette ignorance > qu’il n®cft:
pas poffible d’éviter. . ; . . /
Concluons donc que comme il y a quelques ignorances par-;
donnables. au Médecin ,'îl yen a beaucoup d’autres, dont: il
fie fera pas quitte au ingement de :Dieu , en - difant : .
ficL -iir- :
: ; .jc h a p i.t r e i
- De ï' impudence des Médecins.
T; t. Es- fautes que, lesMedeelns couîmettent contre lapudeur;,
M f fem bîent d’une Çv gran de eonfèqu ence^quede n’ay pascr u les
devoir paiîèf, ici ibusfilence. Car quoiTquçiefçaehe qu’on ne’ met
gneres le vice tout nud , quand ce iieuérpitquepouf le ciâtier >
que Fimagination n en. fouffre, & queF-Apocre nous défend même
dénommer t tout ce qui choque la pudeurs l’honnéteté, j’efpere
neanmoins que les.fçrupuleux .ne^iroüvêroiat rien àdire en tout
ce Chapitre.^ tant l’yappôfterai de-circonfpeélion. Il faut avouer
que le vice eit bien ingénieux a fé déguifer-, puifqup les anciens
bien loin d’inventer une ^ Etoile de Minerve ou de Diane pour
divinifer quelques vertus .s’aviferentd’enrinventer une de Ve¬
nus pour divimfer d’amour prcçE.ane.^^^^^.fc amir jette à
* Fornicatio aeé
norainetar inter
vos E^hef. S- cap,
-Turpitudo , anc
ftultÜGqaîum , aut.
feurniitas.-
* Quid tantnîa
mali caftitas , auc
uatum boni volii-
EJJkh de Meâeàne,
ftzs coMmeruit , prefent fur l’Etoille toutes les fôibleffes dont on eft capable , 5c
ïïm foÆunr difculper de ce qu’on appelé tendreiïe , on en plrle
Æircumcunt ha- coiupe de US maUdies des mfam dont' feu de gem fe peuvent '
béant fteiiam & ver.' ht voÜa eommcnt le cours naturel de cette paillon entraî-
h^zuAuguft^nJib. ne des gens de tous. ie&' âges &: de toutes les Profeffions , & com^'
I. de emfsnf. Æ- ment les Medccins même qui font plus particulièrement obli*
gez à la pratique de: cede.vertu C|ui:demaude plus qu’aucune
autre de:iia| force ;5cde:4a relifl’ân,ce v ont lâchement, cédé aux- '
attaques d’Àfmbdée ^ Sc^duivideichar de triomphe de ce .Fîlàin^
eanqüer^nt.: £ar'enhn quoi qtié les Profeiîeurs eniMedecmè '
ne foient plus- obligez d^tre Clercs,. & àPaire ies^vœiix quefonc
tous ceuxqui fé confacrént au Miniftere des Autels , ;iis ne laiC-
, font pas d’être obligez â une aulS grande retenuërauprés-.des ma^
i lades que ceux iqui onrvôîié. C’ed pour cela qu’m„%ayant ïnfc
■ terpfeté-de PEpître aux GolôlSehs ,:,qui fcavoit-quelqu^^^
dans la Médecine , ■ a penféjqucxes parolesjdu Texte , Nonpm-^,
eendo corporiy homrem hukere corpon auroient bien pû être expri^7
mées par êes mots, ordine vmeïe , fi d’atroeslnterprétesin’avoient
crdque S. Paul avoir yortiu nous marquei:d;ans:ce:précepte:què
Honorem habe- les Médecins qui, font leur devoir ont coûjouf s; grand foin de
£ccorpori,cuiho- ne rl^n dire & de ne rien faire de dés -honnête auprès 'des ma?- _
STuT^fit^oTdine ladcs , dont Ils ont pout ainfi dire le corps en dépoli , j/r lo^ue-
vivere , fie toques Tctur MeMcus. * Car , coffime' ics Medccins fe trouvent par
fhluf^MeUneht. nne neccfficé indilpenfàble çn la- compagnie A^S-^emmes & des
ttdeap. z. Mpip. ad filles , ils font poùr âmll dire conlïicü es les gardiens de ce qu’Hi-
4e Medico a apele des Thréforsçn fa langue i nom qui convient d’au-
'tant mieux au fexe que les peres & les meres en font fou vent
plus jaloux que de ceux qu’ils enferment 11 foi gneufement fous
la clefo Eli effet , ta-eènverfation , la Gonidence,l’6ccalion,5i
tout ce qui faute- fouvënt' aux yêux leur tend foes pièges ou U
ell bien difhcilè de^ ne pas donner quand on n’a pas fait un
fond de vertu, ^ quand on ne fe pique gUeres de fidelité. Car
enfin ce neft pas d'aujourd’huy que les Médecins tirent avan-
t^e des occâfîons. -C’eff-pouP cela que le Médecin Didyme
y-J>fese». Laen^ èft communémènt appelé Philofophe le voyant
■fi attaehé â‘ la gueri'fon’dèd-oiii d’une helle fille v le-railiedéli-
* catement fur l’équivoque du nom -Grec qui ne figmfièpas moins
une fille que la partie de l’œil là plus délicate , Cd^ve ne Ÿ^pidunt
attifigaS f Ce -fora donc pour confirmer cette vérité , que-comme
ies exemples ont qûdquç chôfo' de touchant , je m*arrêteray icy
fur
Seconde Parti/, Chap. XL
gir rHiftoire du Médecin Apollonidcs , dautanc moins fuipe-
dic de fauffeté , quelle eft rapportée par Gtefias Médecin &
Hiftoriographe d'Artaxerxe ïCoy de l^erfe., & contemporain
de cec Apollonidcs , fans vouloir particularifer tout ce que
les fiecles paflez le nôtre nous fourniffent fur une matière
qui ne veut être touchée qu’en paflant , ÔC qui, ne louffrc
que des exemples des fiecles les plus reculez. Ceiui-cy donc
tirant avantage de la maladie d’Amitis fille de Xcrxes & fem¬
me de Megabizus , qu’il aimoit éperduëment i s’avifa de luy
faire croire qu’elle ne trouveroit jamais la fin de fon mal , que
dans le commerce honteux qu’il luy propofa. Comme la crainte
de la mort peut tout fur une ame foible , la pauvre PrineefTc crut:
que ce que luy difoit l’artificieux Médecin étoit véritable , & s’a¬
bandonna à tous fes defirs. Mais enfin voyant après quelquc'
temps quelle ne laifibit pas de feicher, U qu’elle ne fe trouvait ^
pas mieux du remede prétendu , elle ouvre les yeux fur le dé¬
règlement dé fa conduite. Ainfî, touchée quelle eft de dépit &,
de honte d’avoir été féduite fi facilement par ce. Médecin > elle
s’en explique àfa mere Amiftris , ôc peut-être de la même ma¬
niéré ou à peu prés que Lucrèce s’expliqua de l’entreprife de
Tarquin. Quoi-qu*il en fqit , Amillris raconte le fait comme il
luy plaît à Artaxerxcs , qui ne voyant point d’autre remede que
de permettre la vangeance à une femme outrée de l’injure faire
à fa famille , abandonne le coupable à fa volonté : & voila qu’el¬
le invente tous les plus cruels fupplices que la paffion luy peut
fuggercr,&qu enfin après les avoir fait endurera Apollonidcs
pendant deux mois , elle s^avife de le faire enterrer vif jufqu’au
cou , de maniéré qu’elle a la trifte confolation de le voir mourir
dans les doiileurs , au moment que fa fille expirant de fa mala- ^ ^ g l».
die , femble le pourfuivre jufqu’aux enfers , fhnè adulte^ iT^‘
Tüm ad infem ufque fequeretur. On fçait le fupplice de Veélius
Valens ce fameux Médecin & adultéré de l’Imperatrice Mefifa-
line , celuy du Médecin Eudemus corrupteur de la jeune Livie,
&s’ii:n eft rien arrivé d’auflî tragique aux Médecins dé nôtre
temps qui ont abufé de l’oecafionou du fccret , au moins ont-ils
tant eu de parc aux V audeyilles, aux Satyres , & aux Çomedies >
qu’ils ne font fortis de ces affaires que bjien contrits & confus.
Encore fi ces vilains Purgohs avoient auffi bonne mine que ce
Doaeuf dont le Pogge nous fait le conte, peut-être pourroient-ik i» faeetHs.
fe tirer de femblables pas auffi heurenfement que.fic ce fou-la, ça
Aaa
370 Ejjah de Mededhe.
une ôccafion des plus dangereufes. La République de Florence
l’avoit envoyé vers la Reine de Naples pour quelques affaires^
«imaginant qu^étant fort bien fait,&cette Reine d’un alTez bon
goût , elle ne manqueroit pas de le voir & de l’écouter avec
quelque complaifanee , ce qui arriva en effet s mais le Dodeur
voyant qu’il avoit obtenu avec tant de facilité ce qu’il avoir
demandé pour fon p'aïs, fe perfuada qu’il n’en avoit obligation
qu’à fa preftance , & que la Reine en étant charmée , il n'a voit
-plus qu’à pouffer fa pointe. Auffi ne manqua-t-il pas de marquer
îà paffion à cette Princeffe dans une Audience particulière, ôc
en des termes fi formels qu’elle comprit facilement qu’il afpi-
roit à la derniere dés faveurs. Ce qu’il y eut de joli du côté de
la Reine d’heureux pour rextravagant Envoyé , eft qu’au
lieu de la foudre qui le devoir écrafer , il en fut quitte pour cet¬
te réponfe que luy fit la Reiney La République avoit» elle auffi char^
gé vos cahiers de cette demande t comme nos Docteurs fe
croyent bien plus en feureté chez les malades qiie le Florentin
né i’étoit chez la Princeffe , ces' prétendus fou verains^ des Infir¬
meries pouffent en de fembiablcs pccafioris leur autorité , juf-
ques à ufsr de main mife & de violence , tant les voy es de fait
fent de leur goût , traittant de pauvres malades comme des
Villes prifes d’affaut, où ladoldatefque porteifes mains facriler-
ges jufques fur les Temples de lai pudeur meme t car ces
kins Efearbots ne craignent hy les vilaines exhàlaifons , ni les
ordures mêmes qui fortent du corps des gifans, & prennent l’qc^
cafion aux cheveux fans aucune formalité j infolens Tarquins
qui n’en veulent qu’à ces Lucreccsqùela langueur a mifesJiors
de refîftencc i terribles galans t puifque fans fe mettre' en peine
s’ils font aflez aimables pour être aimés>ils caehenc d’enlever par
de furieufes, avances , ce que les loix de l’honnête gaianteric
ne permettent prefque pas d’efpercr.\
Brama ajfai , poco Iperà ) e nuda chiede.
Ce n’eft pas là tout, car comme on rie manque gueres d’aller .
de vice en vice quand on a une fois lâché la bride à fes appé¬
tits, & que quand on efl: venu à bout de ce qu’on deihande, on
ne pardonne pas mêmes à ces pauvres petites créatures que k
, Republique regarde déjà comme fes Citoiens-i - ce n’efi: pas
merveille , s’il y a des Médecins qui fervent leurs amies à leur
maniéré J ôc s’ils fe mêlent de ce qu’on appelle commerce d’a¬
mour en faveur de leurs amis , tant ils font feurs de s’avànceif
Seconds Partie» Cliap, XI, 57ï
dans la pratique par cette elpece de négociation & de négoce;
On a beau dire ,
O chi un^ue tu fojll che infegnajli
Primo k vender P^i^more
Sia rnaladem iL tHû cener jepulto
E Pe^a fredüe.
Gn a beau dire- qu Eiculape abhorre fi fort ce commerce *
qu’un de ces vilains entremeteurs fe plaint drans la Comédie»
d.^’avoirpafle des nuits entières dans fon temple , fans avoir pu le
rendre propice à fes vœux. On a beau dire que le grand
pocraté’ J nonGontèht de nous avoir fait une leçon de pudeur
& d’honnêteté à l’égard des femmes , dans fon J urement, va juf
qu*à ne pas même permettre les nuditez qu’on* peut éviter , nec
multos corf ons parus nudet ; que Galien blâme le Médecin Xe-
nophon d’avoir agité des matières aufii fales que celles qui font
traittées dans un dé fes Livres , & qu’il afTure en plus d’un en¬
droit qu’un Médecin fujet à fes paflions , ne fera jamais habillé
homme. Ils n’écoutent, dis- je, gueres ces avis : car comment
profîteroient-ils des leçons des Pa^y ens , pui{qu’ils n’écoutent pas
celles dés Médecins Chrétiens. Le Gonciliateur fon fameux
difciple ont beau leur cnQt ^ Soye^fagts ^ honnêtes d^f^s les ruel-
itS i ^ circonfpeBs en des occajiom qui ne fe prefentent que trop fou-^
^ent i que ny la beauté des filles , ny la bonne grâce des meres , pas
même ce qu on peut voir de touchant dans les fervantes , ne fafifie au'
tune impreffion fur votre ame, ils font fourds à ces confcils , ce
n’eft pas pour eux que les Cafuites , les Théologiens ôcles Mé¬
decins Chrétiens ont fi bien écrit fur cette matière : car quant
aux Jurifconfultes , quôi-que rHiftoire dn mari qui abandon¬
na fon époufeà fon Médecin , ne foit apparemment qu’une fî-
dion , je ne laifle pas d’être furpris de voir que ces Meffîeurs
les Legiftes fe foienc plus mis en peine de difculperd’époufe
que de condamner le Médecin qui abufa fi lâchement de Fin-
difpofition de l’époux.'
Mais fi je voulois faire des inductions dans ce Chapitré com¬
me dans les autres , que de fujets de Comédies fur la conduite
du Neptune & du Petit-homme , & fi je'ne.m’étoispropofé de
pâlfer auffi vite fur ces matières , qu’on fak ordihairement fur
les cloaques ôc fur les voiries.
Concluons donc des Medeêihs en particulier , ce qu’on a dit
gcneralement parlant de .toutes les conditions de la vie fur coi-y
Aaa ij
Æquum crat iitis .
caftifEmæ præûdé
parum propkium
efle proftitutæpu-
doris homini. Ter^
tullim. de Lenon.
Flami».
Lib. de Medtc».
L. quod- optimut
Medicus fit Fhilo-
fohpus é' de cog~
nofeend. ^
mi affeü.
Arnald. de Villas
neva l de cnutelù
Medicorum.
V. Tiraquell. r. jr;
de nebilitat» ». n.
Tertul.Ub, de Pflf-
iiciti».
f. S.
Melig. 6.
Piat. in Gorpa.
. Effah de Medecme, ^
te matière i ^âolefcem Luxuriofus peccat fenex infanif : que fi Vÿ:J.
mour prophane eft manfueto fanciullo , il eft fiero 'vecchioy ôc meme
qu’un vieillard qui fait l’amour, ne fçait ce qu’il veut.
A l'hora fe pieta tu cerchi male
Se non la trovi y & fi ta trovi peggîo»
Et qu enfin c’eft particulièrement pour le Médecin , comme
pour le Gardien du corps que la pudeur eft appellée Bonorcor-
forum. Aufiî eft-ce pour inftruire les Médecins de cette \«eritéj
qu’on leur ceint les reins d*aae chaîne" d’or dans la ceremonie de
leur Doftorat , & s’il m’eft permis de remonter à l’Antiquité ,
que les Lacedemoniens adorèrent un Efculape vivant dans le céli¬
bat, & une des Statues de ce Dieu nommée parce qu’elle
ctoit faite; d’Agmis Caftas qu’on croit un remede à l’ardeur des
Lombes. Mais pour revenir aux Chrétiens , pourrions-nous ne
pas obferver icy avec le fçavant Erafmc, que Saint, Luc, ce Héros
de la MedecineChrêcienne > ne vécut fi long-tems , dans une
fi grande famé , que pour avoir tres-exadement pratiqué la
Gontinence î V erité qu’on peut encore confirmer par l’exemple de
tant de fages Médecins qui ont fuivi fon exemple. Ce ncft pas
pour dire le vray fur les difficulteZ- de quelques Cafîiites , & fur
le zeie de quelques dévots , que comme il eft fouvent neceflàire
de toucher les malades , qela ne doive être permis, aux Méde¬
cins dans le befoin j mais il faut aufiî que cela fe fafife avec mo-
deftie , s’il fe peut devant des témoins , & avec une intention
pure & charitable, tant le malade doit être une chofefacrée a ceux
^ui tangere •venas
Nomunquam illkitas audent.
Et tant un Pbëte a eu raifon d’aller jufqucs à ce point de cir-
conipedion, j
Kec '
Morhrum cm fof fer eandida brachia qudrat.
CHAPITRE XII.
T>s U comfilatjànce fiaterie des Medecinf,
SI l’on a dit delà Rhétorique qu’elle eft une partie de la fïa-
cericjpourquoy n’en dirions -nous pas autant de la Medeci-
Seconde VarHe. Chap. XH. 375
puifqu elle ne fe fait plusaprefent c^cpertrijlem aâuUtio-
neml En efièt , dit Platon , comme la Politique âateufe a deux
parties qui regardent refpritr à fçavoir la Rhetorique.&la So-
phiftique yde même la Medeeine complailante en a inventé
deux qui regardent le corps , à {Ravoir la cuifine & la commoti- *
que. * De la vient qu’il n’y a plus d’autre moyen de parvenir
pour les Médecins, que les vilaines complaifances de ceux qui
croyent a voir trouvé le Petazzi , quand ils ont tronvé le moyen
de fortir du néants
Quel chagrin pour les Médecins qui ont de Phonneür de-
Yoir que cette honnête liberté que les anciens confervoienc
par tout ÿ ne foie plus du goût de nos Médecins ambulans? Ils*
font trop amottreux de la Pratique , depuis que les valets fc*
font faits Médecins , & que lés Médecins fe font faits valets y
pour ne luy pas voüer leur humbl.e fervitude , & ne lüy pas fâ- .
crifier tout l’honneur de la Profelîron. G’eft ainfi qu’ils ont mis • '
_ en œuvre depuis ce temps-là , tout ce qu’ils ont crû capable de^
les approcher des Maîtres , jufquesà faire la cour aux portiers^
aux cuifiniers , au5elaquaiSr Toutesleshabitudes&coutes les'
amicicz leur font bonnes ils appelent être populaire^, ce que lesi
honnêtes-gens appelent faire le faquin avec les faquins. Ils
boivent par tout de toutes fortes de yins & de liqueurs , &; d’au-'
tant plus facilement qu’ils boivent les affrons comme on boit-
l’eau , offrant encore leur amitié à ceux qui ne la demandent
pas. Il me femble que je les vois dés le matin faire leurs révé¬
rences àtous les voifins , s’arrêter aux boutlquesde leur «connoif-
lànce , faiuer à droit & à gauche , & n’entrer dans les affemblées^
& même dans les Eglifes que pour trouver à qui débiter les rioü-
veautez de la Ville , & eqfuite leurs belles cures. Ils> fçavent
que comme l’homme eft naturellement vain , il a de la peine à.
ne pas fe laiffer aller aux complaifances, & que fi le flateurefl: ^ in-fhe^p~
une bête veneneufc, là flateric ne laiffe pas pour cela d/être un
poifon agréable.. Et voila comment il n*y a plus que ces Gna-
tons du Comique qui foienc àla mode, particulièrement chez les
‘D2.mQS yFwfnma laudem , ta.m ils font feurs que les loüanges
font la glu où le beau fexe ne manqtiegueres dé fe prendre. C’eff
par ces manières & ces complaifances que cet Afclepiade: de
Erufe , dont nous avons parlé en fon lieu , s’attira l’eftime de
ceux mêmes qui avoient eu de l’averfîon pour la Medeeine, Il
lî’employa pas lîmplement la douceur des paroles , il s’avifa eu-
Aaa iij
^74
cpre de permettre atix nialadcs ruiage.de l’eau froide ; il inTciï^
ta les lits fufpendus où on les berçoit comme des enfans j ii
pjrépara des bains inconnus à ceux de Ion temps, ôc leur accor¬
da tout ce qui pouvoir flater leur inclination. Ayant été allez
heiireux pour reconnoitre qu nù homme, que des collateraux
e^^yoient mort , pour être porté ea terre , avoir encore des
jfignes de vie » & 1 ayant réveillé par quelques petits lécoursi,
il n’en feliit pas d’avantage pour le faire regarder- comme un
honimedercenduduciel ?il eût tranché aulîl hardiment qii’ Ar*
eù^gaf:^ ^ ’)1 ne fe :%■ fer y i- :4ue des: remedes iqne les autres
M^deelns^ittoienjc- en uiagc., ü n’auroitpas Ifbien fait les aflfe
& n^urqk pas étéirecherché colonie il le fut du iloy:M
tliridatev nianiçres du grand Hipocrate M celle des Mede-:
cinfeq^iti failoient comme duy profelTion de fincerité & d’hon-:
. niiar^n’ay4nî: donc.été nÿ de ce tcmps4à ny du nôtre , il n^
faut pis s’étonner fi ceux qui les ont fuivies exadement n’ont
' jamais été les plus heureux. 'C’ell ee qui fait que le bon hom-
me S- emporte contre quelques , lâches Médecins de fon fiecle
de cttrand. mimi tant Ic mal clt ancien daus la Médecine. Galien les compare '
plus vils Efelaves^ , dit-il , qm or^t droit de commmdtr^
dom. Item léb. ad ^ Us fitwe&ttomme d:es 'ud€ts]ufques mx ferfonms f ri-
E^igenem. ^ ^ J,ont jU M gitgnent la ^onfimee que far des fallut ations é' det
Lib 1. de morborum fiatetHS îndigms :£un. homme né libre. Jts fe flaifent faniculieyement
eumionib. àja table des ferfomés de qualité, ils tâchent de i accommoder aieuf
gout^ & leur f ermettent Veau froide , la neige , tout ce qui con»
. tmhe à la fantè. Le vin , le bain , & tout ce qui vient dans l’ef-
r. i. Talent. The- prit du Patron ell fort bon à leur fentiment , fans diftinguer n^
fmr. retondu. c. i$. temps ny les rtijcrs. Maxime de T ir ce grand Philolophe éc '
contemporaîn de Galien entré dans fes fentimens , fe plaignant
hautement de ce que les Médecins ont quitté les nobles ma¬
ximes des defeendans d’Efculape , flattant lâchement les appétits
* des malades. C’ell ainfi que le Gavalier dont parle Stobée J tour
accoutumé qu’il eft aux périls Se aux fatigues de la guerre j ne
peut fouffrir ccrxainMedecin qui tranche & qui coupe. On iuy
amené un doiicet , qui ne parle ny d’incifions , ny de remedes
délâgreables , qui le lailfe vivre à fa mode , &; jqui luy fait de
jolisicontes j comme lepremier luy fembloit un bourreau j C-éé
' hii-cy eft juftement l'homme qu’iLcherchoit. Et voila comme
il faut être fait pour Paris, où les Bourgeois qui copient les
gens de la Çour > loin ^ donner les- mains aux remedes font
Seconde Partie. Chap. Xll. *^75
cènt façons , qui laifîent pafler Toccafion de les employer utilc-^
ment, jufquesàne pouvoir fouffrir un prognoftic quieft encore
plus de leur imcreft que de celuy du Médecin. La cotnplaifance
va bien encore plus loin: car notre infâme efpece de reptiles
n’a pas de peine à fe ravaller , jufques à fuivre les avis des gar¬
des, des fcrvantes , des vallées qui font auprès des malades,
changeant tout autant de fois d’avis qu’on les en veut faire
changer 5 & comme ils s’actriftent facirement avec les trilles , ils
danfent aulli la gaillarde & les matalîins files convalefcensôc les
alîillans le fouhaitem. C’eit par çes maniérés qu’on voit-tant
d’ignorans Médecins faire du bruit dans^ les Villés , & particu¬
lièrement dans Paris , pendant qu’on né dit pas un mot des ha*
bilesSc des vertueux. Ces viUms fatjires ^■dhimhon Autêur , fùM
fouvent comme ceux des Theacres y flus applaudis que les bons ASièufs^
farce quüs fervent dintermede à la Tragédie. Âulîi Quintiliéii
avoit-il dit long-temps avant cet Auteur , qdily a des hommes
femhlables a ces Comédies qui font écoutées d caufe de la grâce que leur
donne le gejle ér- iaélion du Comédien t quoique ces pièces ne trou^,
vent pas de place dans les Bibliothèques. Voila les brodequins de
Theramenes & de la Médecine bien, dépeints ; les minaude^
ries, les loüanges, les carelTes 6: les ftatterîés qu’ils mettent par
tout en ufâge , font qu’on les écoute , mais pour tout cela il elt
affuré qu’ils n’ont pas l’ellime- de's_ fagé^ des jüdicieux , dont
ics. fuffrages tiennent lieu de Biblibtlieqûés âùX bons Medeeinsé
qnoy qu’en petit nombre r fufficit Unm , fufficit huilrn.. Prèlquei
. tout le monde veut être trompé par des complâifanees > & Voilà
pourquoy il n’y a prefques plus de Médecins qui rie trompent j
plutôt que^de perdre la pratique , verfo le donacelle ver-
fa la plebe yjfbno Jlimati perché- mettono la mâno/a' linganno-.. Tels
étoient parmi les gens de Cour dé leur temps, ces Medécinéqui
dirent alTcz hardis êcaffez complaifans pour cohfeiller à l’Em¬
pereur Vefpaiïen d’entreprendre la cure d’une maladie préten*
duë incurable , parce que les courtifans étoient d avis qu’il l’en¬
treprît. , ^ -
: Quant à nos quatre fameux Médecins f j’àuray biéh dé là
peine à marquer Icy nettement comment il% vi voient avec ïéurs
malades , car ily avoitbien du haut & du bas dans leurs manie-
ites. Le Neptune éfoic mèmQ-t dbrupta audacia ■> def-
formeAbjequium. Tantôt complaifanc à faire piiné i trijlê addaHoy
^ûtôtEér , infolent , ôc tranchant teitetent'du Ibüvêrâin^ paf-
Theeà. Zuînger '.in
frœm. fupA Thee-
fhrafi.
'Raphaël CaranKa
nell. confafieni di
Me die.
Tacit. armai.
37^ Ejfm àé Medednt,
ticdieremént fur fes eaux, qu’il n’y avoit point d’appel de fes
jugemens, il en falloit paflfer par là , B/irbatum hoc crede ma^ijirum
dicert. Le Grand n’étoit pas fait, pour la complaifancc , üiivant
en cela fon inclination, parti cul ieremenc depuis qu’il fe vit en
réputation , & depuis que loin d*avoir acheté la Cour , il vit
qu elle l’ayoit .acheté j car ce fut alors qu’il commença à parler
üd’un tout autre ton, & qu’il devint pour ainjj dire pedentefque-
ment impérieux , jufques chez . les perfonnes qui ont droit d’af-
feder rimperatif: Le. Politique ayant , comme nous l’avons re¬
marqué , un fond d’honnêteté, & Ta réputation étant établie , .
ia’avoit garde de donner dans ces baUés complai Tances que
nous blâmons. Toute^fois il faut avouer qu’il ne lailTa pas dé
paroîcre un vray politique 5 ^x^à quotks &
fe rendant plus que eoganiode en de certaines Gccafions , ou fe
tcnaus en quelques autres dans une efpeee de neutralité , juf-
qucsà ce qu’il vît qu’ii étoic temps de prendre parti, Quant au
Petit-homme, il n’y eut jamais un plus grand dateur. H fe dh
fok le meilleur ami d’un chacun indidéremmenu Jl aimoit ^
difoit-il , cous ceux dont il avoit affaire , comme fes freres. Il trou-
voit tout bon & tout beau , quand on le trouvoit bon ou beau.
Ç’eft ainh que s’il yoyoit les malades & les affiftans refolus à
prendre un remede qu’il avoir auparavant improuvé ., il avoit
des raifons toutes prêtes pour reveiiir de fon premièr avis ,
pour donner dans le leur î fufques à paCer du blane au noir , fur
tout chez les riches êc chez les perfonn^ de qualité , dont il
avoit grand foin d’épier lé foible , refolu d’y donner à tout éve^
fîcment. -Et voila pourquoy s’étarit oppofé d’abord à l’établiffe-r
- ment du Quinquina avee chaleur , voyant enfin qu’une Dame
qu’ij craignoic de fâcher jluy avoit reproché qu'il étoit injufte
de laier les effets d’un remede ffêxperimenté , il outra tellement
, .iac6tnplaifânce ,qu’ilordônna depuis ce temps-là ce remede à
tous les malades qui yenoient de fa part , ou qui étoient de là
\ , Oonnoiflançe. Homme à tout faire ,i pied ^ à cheval , à droit ê&
à gauche, Alm nm temc^ e F hum il non fdegno, In cœlum jujfçris ihit.
Concluons donc qu’il ne faut être ny trop rigide , ny frop facile,
l’exercice de la Profelfion i^tbamtas ^ .dit Hipoérate, non
aufleritas, Laborantibus grMÎÀi i foint ces hauteurs que Galien
blâme avec tant de raifon jufques dans fes Maîtres, ny de ces
baffedès contre lefquelles il invcdlve fi fouvent, Car fi le Me?
jdecin veut qup fon ^^alade P^eïfife > ü faut qu’iTs’âttii:e fa çon-
fiançq
Seconde Partie, Chap. Xlî. 377
fiance par des maniérés franches , Aujteritas , dit encore à ce
jet Hipocrace , fani^ & Agm inaece^a. Ces airs de Coxnmandans
que quelques étourdis Médecins aifedent , ne font propres
qu^aux Officiers de Guerre , & aux PuÜîances. Vade , difoit le ...
bon "Centurion , & mais il n’en eft pas ainfî des malades, w°pùeTonSf.
car comme ils font femblables- atix cnfans , il les faut traiter pa- GAen. uh. de
ternellement.* Saint Chrifoftome même nous apprend que les Jf/’
Médecins de fon temps leurs donnoient le baifer d’amitié , pour
les obliger a prendre les remedes falutaires. Aiiilî ne voudrois- adfeptd, *
je pas nier qu’on ne pût employer quelques douceurs , afin de
les faire venir au point qu’on délire pour leur bien 5 mais, dit
Galien, il ne faut pas que cette facilité leur puiïïé nuire , puis
qu’elle ne fe doit mettre en ufage , que pour les rendre oh^iÇ^ commemitr. in ê-t.
fans aux ordres de la Medecine rationelle , mtkn^ihile obfequium,
A cela prés , ces petits accommodemens , qui font Bien éloignez,
& de ces lâches maniérés que nous avons marquez cy-devant ,
Ai tout au contraite de cette noble audace que Jacques Méde¬
cin Grec fit paroître à la Cour de l’Empereur Leon le Grand 5
ces petites facilitez , dis- je, feront qûétquésfôis de faifon , pour-
veu qu’elles ne choquent ny la confcience , ny l’honneur de la
Profèilîon. Mais par malheur pour les Médecins qui s’en tien¬
nent là , ils ne font gueres ‘bien leurs affaires, C'ejl pourquoy , dit
Galien j mes amis me njoyant fi Mtachè h r'étade ^ h l^: recherche de
la verké, me confeillükf^f de faire ma cour aux PuiJfameS ) à leur U-
•ver t d leur table , ^ aux occafims de flaifir y Sur quoy Symphor. f Comment.
Champerius faifant reâexion , il fe plaint que fon époufe , fa fumHifi9riTîrî^
famille & fes amis lüy donnoient le même confeil. . ma,
Ainfî ne laiffons pas de conclure , quant aux fruits 8c aux
avantages que les lâches tirent de leurs lâcherez , que ceux qui
onr de rhonneur ne doivent pas pour cela perdre courage ny fe
chagriner. Ces miferables flareurs ne femblent heureux qu’à
ceux qui ne regardéne que les dehors , êc qui ne fçavent pas
avec quelles peines d’efprit &: de corps ils font parvenus à leurs
fins. Que de railleries 8c de duretez effuyées , que de hau¬
teurs , de mépris 8c d’ingratitudes fouffertes & diffimuiées :
car Toit dans les Cours ou dans les Villes , js ne doute pas que _
. s’ils étoient aufli ingénus que ce Courtifan auquel on demandoic
par quelles voyes il étoit parvenu à fés fins , ils ne répondiffent
comme luy , in]mias perferendo dr gri^tias referendo. Si lu voix du senü. Uh. j.
peuple , dit . Seneque, parlant d’un mal habile , mais heureux per- iî.
B b b
57^
' fonnagc , t^aplaudit , fi tous les igmrms é* toutes les petites femmes
spfi. %9: de la Mie te louent , pourquoy ne nom feroMu pas pitié , [çachans
quelles voyes tu as prifes pour gagner l' e fi ime & la faveur du. vul¬
gaire ? ^mnte villanie e parole injuriofe a [offerte cofiui prima che
d’arrichiare , difoic TEmpereur Frédéric 1 1 1. voyant le magnifi-
que Palais d’un riche Italien. C^ue les dodes & genereux Me»
decins , dont le Chancelier Bacon plaint le malheur avec tant
de juftice , ne changent donc pas de maniérés pour fe voir fi mal
Jurea camînaFi. partagez , puifque félon Pithagore il faut toujours faire les cho»
tkagor. crédit», fes que nous croyons bonnes honnêtes , quoi-qu’il ne nous en
doive revenir riy bien ny honneur.
Tr^ncifc.Tetrmk Pochi compagni haurai per [altravia
pmt.y, ‘ Tanto ti pregopiùyo gentil fpirto
Non le ffer la magnanima tua impreffa.
CH API TR E XIII.
Des hi'^merles t^pp fingulmte^
OU O i-Q^ E' Leonardo-Fioramenti fut luy-mêmc un hom-
m« fîngulier , & extraordinaire dans fes opinions , & bi-
SLârre dans fa pratique autant qu’aucun Médecin de fon temps,
il ne laiila pas de compofer un Livre intitulé Capricci Me-
d:mnali ? oii il expofa les fantaifiesj les vifions & les bizarreries
des Médecins de fa connoilTance ôc de fon pais , tant il eft vray
Babims , indices , cc n’eft pas feulement en France , ou les Médecins feplai»
cuftodcfcîue digni- fent à Pcfprit particulier, & à des méthodes fans methôde. Mais
comme il ne s’agir icy que de ce qui fe pratique en ce Royaume ,
je me retranche à nos Médecins , dont je vais Qbferver les biga'
Proprius habitus , mres,le fantafque , & le bôuru jufqués aux habits, puifque le
T-'m 'lo^rf Hipocrate , & quelques autres grands perfqnnages n’ont
aT pas dédaigné de regler la maniéré de s’habiler honnêtement , SC
hoi^orem que iionobUant leurs avis , les Médecins de nôtre temps l’ont
^ négligée jufques à fe rendre encore ridicules par cet endrOit-là.
Il effc aiÎLiré que la propreté eft requife en tout & par tout > que
Aut îoc^uendüm nous devons quelque chofe au public j & que cette crafle que
nobis cft ut vcaiti quclqucs ancicns Philofophes & quelques Bizares Médecins ont
eft extravagante. Platon , comme on le voie dans fa vie
^ieren :Epfi. le. chez Diùgcne Laërce , éteit propre , &-recommandoit la propre»
Seconde Partie, Chap, X 1 1 L $7^
téâfcs difciples , quoi-qa'il n’approuvât pas le luxe & les ma- Lih.de Medîc»,
nieres efFeminées d’Arillote, Hipocrate marque û exadement
à fon Médecin ce qui eft féanc , quil n’oublie ny les ongles , .
ny les' odeurs j voulant que tout y foit grave & honnête , jufqu’à
la contenance. Galien va bien plus loin que fon Maître, puis
q[u’il particLilarife la Tônfure ôcles regards mêmes. Mais nos
Médecins le font bien mocqiiez de tous ces préceptes & de ces
barbons depuis<^uelquc temsî puifqu’ils n’onc vouki reconnoître
-aucun autre Maitre,que la mode j quoi- quelle ne fut pas faite
pour eux , encore ne la fui vent- ils pas pour cela fi exactement ,
qu’on ne voye bien qu’ils ne font pas plus à la nouvelle mode
qu’à l’ancienne. _ En effet, les uns ont donné dans le Cavalier,
& en voicy. la bizarrerie. Nous avons veu des Trafons montez
fur leurs grands chevaux , à demi caparafîbnnez&émmantelez
de violet doublé de roiage, la mouftache êc la perruque re-
trouffée , la cravate noüée , la canne en la main , l’épée au côté ,
êc la mine meürtriere, tout de Rolans &de Ferragus , & peu s’en
faut bufles a manches de velours noir. Les autres ont affeefé
une négligence pedentefque , qu’ils appelent Philofophique j
croyant palier de cette maniéré pour des Docteurs profonds &
confommez. Il y en a même qui font les coquets & les galans de
toute confec[ueme , en point de France , en rubens , en étoffes de
couleurs & raiées ; mais dont le langage démentant l’habit, n’é-
talle que turkipinades , galimathiasôcfadaifcs. Les vieux ont des
perruques noires fur des cheveux gris , pour faire les beaux &:
les jeunes. Les jeunes ont de longues calottes fur des cheveux
courts pour paroître vieux , & prefques tous des habits noirs ,
blancs de vieilleffe. Les uns & les autres enfin fe font laffez d’al¬
ler à pied , & comme fi ceux qui ont pu avoir des montures ,
( car il en refte encore bien en piçds , ) enflent voulu fe vanger
du fort qui les avoit fait venir à pied à Paris , ils ont affedé de
paroître haut montez, in curribue , é" b>i if^ equis. Mais ce qu’il
y a de pitoyable & de récréatif tout enfemble en cela , c’cfl que
pour deux ou trois riches avares qui ont mieux aimé pourrir
dans la crotte, que d*aller proprement & commodément , Trium-
fhatores Fedanei , il s’en efl trouvé de fi vains , que fans avoir fait
^ucun fond pour cela , ils fe font donné des carroflés , T^riur/f
fhatores bien que la plupart incomplets, dimidiau Biye
âimidiatis Meâicü , demi Médecin , demi voiture. Mais fi Pon
•çonfidere que ces maniérés d’équipages ne font foutenus que
Bbb ij
O "Effais de Medecînel
de refpefânce d’une bonne Automne , Medich gravù mnuf în
efi , ôc que ce n eft que pour donner dans la veuc du peuple
qu’ils font cette dépence. Ad populum Phaleras , on comprendra
facilement que la machine ne uibûftanc qu’en l’air , il ne faut
qu’un Garbin , un zephire , & un petit vent de fanté pour la
renyerfer en peu de temps. Si chaque Médecin ne vouloir voir
qu’autant de nialades qu’il en faut voir pour les bien obferver,
il n’auroit affaire que de fes pieds ôc de fa tête j mais comme
on ne veut que côiirir & multiplier les vi fîtes , il faut appeler
au fecours bêtes & gens. Ce n’eft pas toutesfois qu’il ne faille
tomber d’accord , parlant généralement , que ces vanitez de ca-
rofles , font bien moins une invention des pauvres maris , que
de ces Bourgeoifes , qui par une rage de paroître femmes de
qualité, fe font avifées de contrefaire celles qui le font ,ne fe
contentant pas d’ufurpeh le nom de D a m es, mais ufurpant
encore Béclat ôc le fafte de leurs équipages.
Demem Divas , ^non imipa^bUe fulgur
Au-XOx é" capnpedum
; Aucune ne /voudrait regarder fa ba^ffeffe y
La Dame de deux lours tranche de la Prince ffe ,
' 'h K Lt celle dont la mere étoit Dame-Aliz,pn ,
S\érige en Demoifelle en porte le mm,
Lt admirere^vout point l'humeur de cette fertime y
oj eut qu à pleine bouche on V appelle Madame %
' Pour faire remarquer fa grande qualfté y
^^i jent encore le fuif é’ le /vin frelaté t
Et. qui ne voudrait pas y tant fa gloire ejjr exquifey
■ Le ceder d'un atome k la Dame Marquife , .
Mi fouffrir dans: V état qu'elle a pris dd un plein faut y
aucune autre au fauteuil Veut pris dd un ton pim haut t
Si le mari diferèt , (f" prudent ét mo^fie y
Pour n être pas moqué y ce titre luy côntejle r
Et de trop de fierté doucement la reprend y /
Le fat n a pas. appris .k bien tenir fon rang y
Et qu être fon mari y c ejl a luy trop de gloire.
Encore s’il n’y avait que de ces femmes de MatEieux & de
Zacheesqui en euflent amené la mode, elles pourroienc fbutenir
cela 5 mais des femmes de pauvres Purgons , en vérité , c*eft
avoir grande envie d’qnvoyer les familles le grand galop à l’Hor
Seconde Partie. Chap. XIII. 3&I
pkalî ou au moins de les renvoyer aux lieux d’où elles font ve¬
nues; Voila pour les habits 6c pour les allures de nos gens, ve¬
nons aux dogmes , à la méthode & aux expériences de ces bons
Codeurs , ou fans doute nous ne verrons pas moins de bizarre¬
rie, qu’en tout ce que nous venons d’obferver. Les uns tien¬
nent opiniâtrement la vieille Phîfique, 6cla vieille méthode de
leurs Maîtres. Les autres font pour la matière fubtilc,pour les
Gorpufcules de di verfes figures, pour les machines Hidrauliques,
êi femblabies droleriesj d’autres pour les Acides , les Alkah, ou
le Souffre , le Sel & le Mercure, chacun félon fa dévotion fou-
tenant la éhofe jufques au feu , mais excluflvement. L’un ell -
Ceife, l’autre Paracelfe 3 l’un ne reconnoit qu’Hipocrate au¬
quel il fait dire comme aux cloches tout ce qu’il luy plaît, ou
n’eftime que Galien 6c quelques Arabes , quoi-qu’il n*entende
pas plus leur langage qtie le bas Breton. L’autre ne parle que
de ’^anhelmont qu’il ne- comprend pas , ôc tous general emen.t
ont leur remede favori, qui ne fert fouyent qu’à amufer le ta¬
pis. L’un blâme le vin , l’autre l’eau , l’un faigne les malades
jufques à l’eau , 6c fait tant de cas de cet Elément, qu’il lecroit
a’uffi propre à étourdir 6c à reprimer l’ardeur des fièvres , qu’à
«teindre le feu Elémentaire, pourveu qu’on s’en noyé. Un au-
jtre au contraire, croit fe bien diftinguer des faigneurs 6c des
" Médecins d’eau douce , laiflànt plutôt brûler le malade vif, ou
crever de douleur ôC de plénitude , que de luy ordonner la
moindre faignée , 6C que de luy donner à boire dans l’accès j
tant il eft affuré que l’humanité qui porte les femmes , les en-
fans , les dévots de profefiion , 6c tout le genre pufiUanime à ab¬
horrer l’épanchemcnt du lang humain , mettra cette foule dans
fon parti. Quant aux remedes qui ne font pas de ceux que la
Medecine appelé generaux , * ne fçaît-onpas.qu’il s'eft trouvé ^ 5algnée,piîrga^
des Petronas , des Afclepiades, 6c tant d’autres efprits fl finguliers, ^
q;U’ils leur ont fubftitué les fruits- cruds -, les pâtifferies , les lai¬
tages , 6c qu’ils ont voulu foûtenir leur méthode envers tous,j,6c
contre tous jufquesàla fin 3 quoi- qu’il n’y eût que ces malades
crédules , 6c qui ne fçavoient pas la carte du païs de fingularb
té, qui s’âbandonnaflcnt à ces guides : car enfin un de ces mé¬
thodiques modernes étoit fi pauvre de remedes ,* qu’il croyoit
avoit déployé l’Oriflamme de la Medecine , quand après avoir
coffibatu des maladies rebelles 6c opiniâtres à coups de pommes^
cuites fromages paous,E ^ retraachok comme en un rem-
B b b
5 s L àe M eâeçîns,
part affuré dans l’opiate Écphradique. Pour rexpfe(Gon, Tu^
parle Ncrvcze , l’autre Cyrano , l’un Grec , l’autre Latin, ou
François- Latin , tous tres-mal , & comme on difoit d’un qui avoir
fort mal harangué en Latin & en Grec mde K&i W?. Qi^nt aux
ffliœurs Sc à la Religion , quelques-uns font des libertins décla¬
rez & impudens, d’autres font des hipocrites 6c des grimaciers ,
Janfeniftes ou Anti-Janfeniftes, comme on les voudra, puifquc
le petit collet s’accommode à tout , 6c que pourveu qu’ils en¬
trent en pratique , ils prendront parti où on voudra , témoin
eeluy qui poftuloit un Bénéfice avec un air doux êc de vot , ha¬
bit long . petit collet 6c courte perruque , à quoy il avoit ajoùté
des Chapelets garnis de Médaillés , les uns dans fes bras , 6c les
autres fortans négligemment de fa pochcjquoi-qu il fût connu
pour un franc Deifte , 6c pour un de ces Abbez qui fçaehans
que les biens d’Eglife font le patrimoine des pauvres , croyent
s’acquitter de leur devoir en donnant une bonne partie de ces
biens aces pauvres femmes qui ne tirent pas grand fecours de
leurs maris. En elFet , à voir parler ces bons Freres , toutes les
filles 6c toutes les femmes font leurs Bonnes^ parce qu’il n’y en à
gucrcs qui ne foie nt bonnes pour leur manege. Bien plus, elles
font les Sœurs des plus compofez à les entendreparicr,6cpeut
être de celles qu’on pourroit appeler, é‘ con]ux.
Voila donc bien de la bizarrerie 6c du travers dans la plu¬
part de nos iDodeurs , bien du mélange, du bas Sc du haut,d^
populaire 6c du glorieux > du dévot 6c de Tindevot , 6c bien des
lîommes faits comme ces femmes qu’on appels ad ogm cofrySC
defquels je pourroisdonnerde beaux portraits , fi je ne jugeoisi
propos de me retrancher aux bizarreries de nos quatre Mede-
qins. Mais avant que d’en venir làjn’eft-il pas jufte, pour don¬
ner quelque confolation aux pauvres Médecins, 6c pour faire le¬
çon à tout le monde fur le fait de la bizarrerie , de faire voir
que les malades 6c les fains de nôtre temps ont leur bizarrerie
comme nosDoéleurs ?
X ennuyeux récits y é^comi>ien de redites ,
Leur font-ils ejfuyer dans toutes leurs vijites f
Combien de quefiions leur fait-on à la fois ^
Sur dijferens fujets fans doute dl un grand poidsi
Sans qu’ils filent écoutez, y é" l'on 'veuille attendre
,^ils fuijfent la reponfe en deux mots faire entendre * :
Combien fouvent faut-il mmr le difeours >
Seconde Pmte, Chap, Xllî,^ 385
Hljiorîer les mmx far de fecrets détours »
Selon V humeur des gens & les divers genies
De ceux dont le malade aime la compagnie ?
^^e ne fouffrent ils point de fa mauvaise humeur ,
^uand il devient fâcheux avec combien d'aigreur ,
font-ils regalez, lors qud quelque remede
*Vne mauvaife nuit ou quelque accès fuccede ?
D'un fymptôme impréveu fe treuve-t-il furprü,
c'ejl le mauvais effet dufulep qu il a pris»
Deux gouttes de Ftifane ou de telle autre chofe^
De ce redoublement feront l' unique caufe ,
Et dailleurs quelle peine a choifir leurs ragoûts »
A donner dans leurs fens(jr les connoltre tous ?
L'un cherche des Doéieurs a fon humeur conforme I
Vautre plus avifé veut mourir dans les formes ;
L'un court après la drogue ér nen ef jamais fou y
Vautre aujf ridicule , ^ quelque peu plus fou j
Dans la cuifante ardeur d'une langue altérée^
2/e voudroit pas goûter d'un verre d'eau fucrèe.
Ceux-ld quune faignèe aurait pu fecourir ,
Tour conferver leur fang ^ pourront fe voir mourir'^
Ceux~cy l'offrent fans peine i 0 nen font point avares ^
Tant les goûts font divers, & les efprits bigarres j
Mais qui n admirera qu'étant fi curieux
De leur chere fanté, de ce bien précieux,
^jfavec tant de chaleur les malades demandent »
Ils efiiment fi peu ceux defquels ils l'attendent 5 -
^pii donnent tous leurs joins > leur peines ^ leur temps i
A trouver le fecret de les rendre contens :
Combien fouvent font-ils, pour toute recompenfe»
Traite^d'une hauteur quittent de l'infolence , '
Et fans aucun refpecl fierement gourmande^,
s'ils ne paroiffent pas fi-tôt qu'ils font mandeljj
Ou fi pour quelque avis a leur avis contraire >
Lis n'ont pu mériter le bomheur de leur plaire ,
Comme fi l'écu blanc qu'on leur met dans la main j
Leur acqueroit fur eux un droit de fouverain t
Dans l'état malheureux d'une fi trifie vie ,
Far tous ces beaux endroits fi peu dignes d'envie >'
ils -n'ont P as grand be foin aies ex aminir^
Effkk de Meiectne
T>*atter chercher mlleurs de quoy fe chugrînet.
A]oàtom 0UX frjets de leur inquiétude , ' ■
Leurs fervices rendue ipaye^d’ingratiude f
Lu foule des fâcheux , les pUintes des purens ,
de tous les fuccês cueulent qu ils foient gMms,%
Et le bruit importun que dms le monde excite
Le mdude qui meurt fms quon le re^ufeite,
fuge^ ji (ùr cela Von doit être furpris ,
^^Vunenuit de chagrins noirçiffe leurs. efpritS- i
Et qu une B fâcheufe ér fi trifie p^ratique ,
; Leur donne un air fi fombre dr fi mélanchelique ?
Le Politique i la vérité étoit le moins bizarre des quatre ^ car
fi tparoître quelque bizarrerie fingularité , ce nefut gué-
ces que dans jes differéns .partis qu'il prit, tant, au fujet des Mé¬
decins étrangers , qu'il ne traitta pas tous & toujours de même
maniéré , qu'au fujéc de l'émetîque j pour .lequel il étoit tantôt
Guelfe, tantôt Gibelin, proptermetum.y^ fi vacilant dans
la Pratique , qu’il donnôit dans le fentiment de la fe.rvantc,
comme dans .aeluy de la Maîtreiîe quand on le preiïoit. Le
Grand fut le premier qui jetta pour ainfi dire le Broc aux or?
îles, quittant l'hàbk de fon Ordre avec une bizarrerie d'autant
plus grande que cet habit le rendoit , luy & fes Confrerçs , en
gueique façon vénérables s que depuis ce temps-là les Mede?
cinS ontcommencé à être regardez du peuple qui fc plaît àce
qui frape Fîmagînation , comme des prophanes Bç des farfadets;
Ex. iilo fiuere. Le Petit?homme étoit la bizarrerie même : dans fes
habits , tantôt cavalier , tantôt bourgeois j dans fes entretiens ,
tantôt populaire , tantôt-prétieux j dans fa conduite , tantôt foû^,
mis , tantôt menaçant .,yray Prothée jufqpes dans fa pratique:
Car fi le malade demandoit à être faigné ,11 citok aufil-tôt Sç
Grecs 02 Latins pour autori fer la faignée j h au contraire, ony
âvoit quelque répugnance , il ne manquoit pas de raifons pour le
contre , & fur tout de dire que comme le fang eii le tréfordc
la wïe , êc le frain de la bile., on ne peut allez le conferver j quoj-
que fi quelque pauvre Médecin .eût allegué cette raifon , il l’eut
traité d'écpher Se de difciple des Arabes. Si on ne iuy citoit
ppint HIpocrate il accabloit d’Aphqrifmes , & iî,on le ^citoit plus
"d propos qu'il ne faifoit , il ue manquoit pas de répondre , que
.est Hipocrate. étoit . trop vieux , & qu’il .en faloitiaîre un à U
^de,>îais quelque bizarre qu’il fut jufques dans fa h^eligiom
faifâol
Seconde Partie. Chap. XIII. 3g/
feHant tantôt Tliommc confcicntieux & tantôt le libertin , oa au
moins le commode, & même dans fon domeftique, où il cbau-
geoit à tous momens de refolution & de veuë , & où on ne le
pôuvoit comprendre : Quelque bizarre ,dis-je , qu’il fut , il faut
neanmoins avoüer que ce n’étoit encore qu’un écolier en com-
paraifon du Neptune. En effet , outre les bizarreries que nous
avons remarquez en paflànt dans le portrait de celui-cy , ily a
bien encore d’autres traits de bizarreries à remarquer dans fa
conduite & dans fa vie. Dés l’an idip. il fc-fit faire un habit
de marroquin , croyant fe garentir ainfi de la Pefte qui regnoit
alors. Il mit en fa bouche de l’ail , & de la rué dans fon nez ,
ic dans fes oreilles de l’encens , Sc couvrit fes yeuxde bezicles.
Qui ne reconnoîtroit donc pas à ces précautions , & à cet équi¬
page , les bizarreries d’un Dom Guichot de la Medecine , & un
Palladin armé de pieds en cap, pour combatre les maladies les
plus malignes , & tant d’autres ennemis du genre humain? Il
avoit encore inventé des habits de camelot & de ferge d’Arras,
de treiUis .& de taffetas , comme des armes deffcnfives , fur Icf-
quelles il s’imaginoit que ce glaUe du Seigneur ne feroit que
couler : car quant à la dillénterie qui cft une maniéré de peftç
en de certains lieux , fi l’on en veut croire fon Panegirifte, con¬
nu fous le nom de l’Abbé Malotru , il en guérit plus de dix mille
Ibldats au fiegede la Rochelle , en jes failant afîbir nuds fur des
fieges percez., fous lefquels ofi faifbit du feu de vieilles favattes,
le jolyparfum î Quantaluy il portoit,dk l’Abbé, un pantalon
depuis les pieds .jufqu’à la tête, qu’il confeilloit encore aux Da¬
mes de porter pour fe préfer ver du froid , quoi-qu’elles n’aiment
guercs les pantalons. Son fiege de Rue , continue l’Auteur, étoic
garni en hyver de peaux de lièvres , & quand il faifoit Poffice
de fiege de chambre , 011 le couvroit de catalognes pliées
en quatre. Outre le feu de fa cheminée , il y avoit autour de fa
chambre des vafes pleins de feu, ôcil étoitfi ami de la chaleur,
qu un Chirurgien ayant un jour oublié de mettre une ferviette
chaude furie bras d’une penonne qu’il faignoit,il luy fît une
affaire capitale de cette négligence , Nejçü<ves;.-vous fas , luv dij-
ii ymon ami , qu ily aàesjuges pour^unir ceux qui font de méchan-i-
tes aUionSi é' (yu,e vous ne pouvez commettre un plus grand crime
^u en Otant la vie aux malades par votre négligence , ou pat votre
ignorance 5 ^ que fi les I^edecins ^ les Minifires de la Med^ecim
q^Quloient s attacher a leur Profejfion i le Mpy de France feroit le
" Ccç
386 Medecine,
flus fuiffant Monarpe de la Terre , ér fi»’ Royaume bien plus cuUî^
vé pe tous les autres , quel début & quel bizarre raifonnement
pour une ferviecce chaude ou froide? Continuons. 11 porcoit
pour fe preferver de la Goûte , huit calotes d’eftame fous fa
perruque , & autant de paires de bas d’eftame dans fes pieds
avec un bas de fergè fourré , quand il faifoit froid. Le lit où
il couchoit , & dont il confeilloit Tufage aux malades & aux
fains, étoit enchafte dans un mur de brique , l’imperiale dou¬
blée de peau de lièvres, le tout natté dehors ôc dedans 3 mais
il ne falloit pas oublier de porter les deux bottines de mar-
roquin, doublées de cotton , avec les deux paires de bas d’e¬
ftame, qùil croyoit d’une neceflîté abfoluë quand on avoir pafîè
foixante ans.. Q^nt à la bizarrerie de fa pratique , outre' tout
ce que nous avons cy-devant marqué , il déclama contre tous
les remedes de la Medecine, dés qu’il fe fut avifé de fon bouil¬
lon rouge & de fon Crocus , dont il croyoit que le genre hu¬
main lui devoir avoir une obligation éternelle , comme du '
plus beau prefent qu’il lui eût fçû faire. Entre autres rerhe-
des bizarres , il en avoir un , dont une vieille poule étoit la
bafe : on la mettoit bouillir vive avec la plume & toiit ce
qu’elle portoit au dedans , avec des purgatifs & des alteratift
de toutes les clafles , capables de Gompofer une Oüile médici¬
nale. Apropos de quoy je penfe qu’il ne fera pas inutile de marquer
ky, pour égay er un peu la matière , qu’une Reljgiéufe Infirmie-’
re de certain Ordre ayant un juur trouve cette compofition dans
fon répertoire, & l’ayant mife en execution k en ufage malgré
un Médecin qui ne put Ten empêcher , elle penfa faire mou-
' rir la malade , qui n’en feroit pas réchappée , ft elle en avoir
pris une fécondé dofe, comme cette bonne Infirmière le lui
Gonfeilloit. Enfin nôtre Neptune çtoit bizarre jufques dans l’e¬
xercice même de fa Religion. Car comme perfonne ne dou¬
te qu’on ne puifte adrefter fes prières aux Saints, quand oneft
malade 5 les Sages conviennent aufli que de les leur adrefter
par rapport à leur nom , ou au genre de martyre qu’ils ont fouf-
fêrt, c’eft une bizarrerie fuperftitieufe & populaire 5 êc nean¬
moins le Neptune pribit faint Laurent de lui impetrer autant
de chaleur naturelle qu’il en faloit pour vivre long-temps. C’eft
Servafius à fervan- àinfi quc le Roy Louïs XI. prioit faint Servais Evêque de Ma-
ftrich pour une longue vie , fé perfuadant qu’il avoit vécu trois
âges d’hopmes. ^Mais q[üel rapport du gril de faint Laurent
Seconde Pmh, Châp, XI V. 587
de {es charbons à la chaleur naturelle dans ^l’humide radical ,
dont nôtre Neptune demandoit la confervation à faint Lau¬
rent ? Finidons par une bizarrerie, qui pour ne pas regarder la
Médecine , ne marque pas moins le bizarre ôc le bourru du
Médecin. Il ayoit vendu fa maifon à un Partifan nommé Ja¬
cob, éc le marché étoit preft à être ligné, quand il s’avifa de
demander qu’on y ajoutât que l’Acquereur feroit obligé d’ef¬
facer ces mots qui étoient fur la porte : AbJUne, Sufiine j & d’y
mettre en la place ceux-cy : In exitu ifr^'él de Ægyfto ddmusj-a^
mh de populo barbàro^ , faute de quoy le marché demeura nul.
Je celTerois icy de. reprefenter les défauts de la plurpart des
Médecins, s’il n’ étoit encore à propos de les confiderer en de
certains polies , tels que font les Cours des Princes : à de cer^
tains égards, tels que font ce qu’on appelle fortune , & ce qu’on
appelle charlatancrie. Et pour ne rien oublier de ce qui les re¬
garde , s’il ne me fembioit encore ncceiraire de s’arrêter au
choix qu’on en peut faire , aux abus de la plufpart desconfulta-
tions, à ceux dés vifites-réïcerées & alFeétées 3 à la rétribution ,
nu honoraire qui eft du au Médecin, & à tant de differentes
Eacultez qui nous fournilfent tant de Doâleurs & lî peu dé de¬
mies Médecins. Je commence donc par les Cours.
G H P I T R E XIV .
Des Médecins des Princes,
PU I s <xuE les bizarreries des Médecins nous conduifent G.
naturellement dans les Cours , les lieux du monde où l’on
voit le plus d’éyenemens bizarres & fùrprenans, voyons li les
'malades 6c les Médecins y font mieux leur devoir que dans les
Villes 6c à la campagne 5 fi ceux-là font dans les difppfifions
que la raifon 6c la Médecine en demandent pour tirer le fruit
qu’ils attendent des remedes , 6c fi ceux-cy y portent autant de
capacité, de probité 6c de fincerité , qu’ris fontparoître de cha¬
leur 6c d’emprefiement pour entrer dans ces ferres de Promif-
fion 3 6c enfin fi le choix qu’on fait de cette forte d’Officiers
du Prince , eft toujours, conforme au bon fens , 6c aux raifons
de la Politique. Mais . comme il eft afez difficile dè ne pas dé-
' ^ .... ...
388 EJJétts de Médecine.
plaire dans cette difeuffion à ceux qui peuvent prévenir les
Puiffanccs, je crois que pour éviter cet écueil , il n’y a quà ne
pas defeendre au particulier , fc contentant de reprefenter en
general, les devoirs des malades &; des Médecins de Gour : car
fi les uns & les autres ne font leur perfonnage comme il faut,
toute la Medecîne ne fera qu’une ceremonie dangereufe pour
fes fuites, fc terminant non feulement au deshonneur de laPro-
feffion j mais même aux périls & fortunes des Têtes facrées.
jî horifm J feSt cc n efi fas le Médecin fa^e fon devoir t mais il .
‘ ’ faut encore que le malade é" ajfijlans fafent le -leur. Aphbrif-
me fi conforme au bon fens , que Galien ayant avoué a l’En?-
pereur Marc-Aurele , que fi. un particulier -eût eu l’indifpofi-
tion pour laquelle il: leconfultoit , il lui auroit donné du vin
èc du poivrej mais que les Médecins n’ofant donner aux Princes '
e^ÿ.i I. remedes fûrs , il ne luy confeilloît qu’un T opiqué chaud
appliqué fur^fon eftomach.^ Aphorifme , dis^je , fi plaufible,
que l’Empereur ayant compris cedifeours, il voulut être trai¬
té comme un particulier. Pourfuivons.-
Entre les avantages queles Princes §c les grands Seigneurs ont
fur le^ autres; hommes , celui d’avoir un Médecin tout à eux >
né me femble pas un des moindres. Ils fc peuvent aflurer de le
polïeder , pour ainfi dire, folidairement , commodité d’autant
, . . . plus grande, qu’un fçavant Médecin de nôtre fîecle avance fur le
A^ount. oftimo témoignage de Seneque &: meme de Galien, qu il leroita pro-
fiatft. c. 1-7 . pos que chaque malade eût fon Médecin affidé & ami : car il
ne faut pas douter qu’un tel Médecin n’entre d’autant plus fa¬
cilement dans la connoiiîance dû mal , qu’il s’y applique avec
Qui me inter cos d’attachement & de loifir. Car quis agrot in tranfitu caret? *
ponit-SwE/^îf! a que le Fils de Dieu qui ait eu ce privilège : Fertranfibat
4®- . benefaciendo fanando. C'cl}: pour cela que les Princes qui ai¬
ment kur fanté, & quien fçavent le prix , ont foin d’attirer
en [eurs Cours les plus fages & les plus expérimentez Méde¬
cins , par des honneurs &desrecômpenfcs qui les diftinguent
des Médecins ambulans. Car quoi que la Critique ait dit SC
penfé de la Medecine , les fages Payens l’ont crue fi necefiaire
aux hommes ôc particulièrement aux Princes , que pour faire
comprendre à ceux-cy qu’ils fe dévoient doucement fbumectre
à fon autorité & à fes fecours , ils ont donné un Médecin à
leurs Dieux. Ces habitans de l’Olimpe ne fe trouvant gueres
à la cable ôc au lit dans Homère fans leur Peon , pour Icqu^
Seconde Partie. Châç. XIV. 3«^-
ï’ Antiquité a tant eu de vénération, qu*elle n’a pas erû pouvoir
rendre un plus grand honneur aux grands Médecins-, qu’en les
appellant Peons. Mais quoi-que les Princes foient les images-
des Dieux , & que quelques-uns mêmes fc foient fait adorer ‘
comme des Divinitez , ils ne fe fontpas tous rendus fî obcïffan's
à leurs Pcons Sc à la Médecine , que les Dieux d’Homeref
car s’il s’en efl trouve qui ont mis leurs Médecins à leurs ta¬
bles &au rang même de leurs favoris , de leurs amis , de leurs ^
Miniftres, comme ont fait Phalaris r Denis de Sicile, Darius
Augufte , Julien, & Maurice Céfars 3 pour ce petit nombre, dis-
je, il ne s’en trouve que trop d’autres qui ont bien voulu s’en
palfer , ou qui tout au plus ne les ont retenus que par vanité
pour le conege , les uns apprehendans que le zele & la préten¬
due fidelité d’un Médecin , qui fait quelquefois trop le necef-
faire , ne s’opposât au torrent de leurs paflîo ns ^ & les autres fe
confians en leur jeuneffe , ou en la force de leur conftitution >,
ne pouvant fc mettre dans l’efprit , qu%n peu de précaution
dans la vie diffipée Sc voluptueufe qu’ils mènent ordinaire¬
ment, eft d’un grand fecours contre les maladies qui les mena¬
cent. Il eft bien vrai d’autre part que les Princes ne font pas cemmmtahts
toujours aftez heureux pour avoir les meilleurs MedeGins de
leur temps j k prévention , les favoris , & même le lointain des '
Provinces , oii les plus habiles font quelquefois cachez , les
dérobent à leur connoiftance s’il arrive qu*ils en rencon¬
trent un bon , il arrive aufli quelquefois qu’il eft bien moins à
eux qu’aux Miniftres de aux favoris qui l’ont donné , §c qui lui
font dire tout ce qu’ils veulent C’eft pourquoy je marquera/
premièrement icy ce qu’un Prince qui prend un Médecin , doit
faire , pour ne pas fe repentir de fon choix , d’oix je pafteray
au devoir du Médecin qui s^eft engagé au fcrvice du Prince..
Il ne faut pas que les Princes qui ont choifi un Médecin &
qui penfent à la confervation de leur fanté , refTemblent à ceuîé
dont Galien nous fait la peinture, qui faifoient , dit-il, delà
nuit le jour , & du jour la nuit3 & qui étoient fi attachez à la
vie animale , quHI les appelle des Moutons a la toifon i*or,-Il eft
impofiible, dit-il , de fe bien porter en menant une telle vie
quorum vit a ^ an fagina efi^ nec vivere diu y nec fanos ejfe pojp'-
Hle elt. Il faut donc qu’ils s’élèvent au deflus des fens, & qu ds
s âddonnent à la fagefte ÔC aux vertus morales , qui s’accordent
fi- bien avec h kntc êc la Médecine 3 & quftls fc perluadcnt ,
Ccc. iij
' 59^ de Medecine. ^
que bien qu’ils foient maîtres de tout, qu’ils foient obeïs, jeu^
îics & de iortc complexion , ils peuvent devenir par leurs dé-
réglemens, tels que nous lés dépeint un Médecin Italien : ofirZ
fM âaHe go tte , o forpriji dai çaduto , ottemti d'aile Apoplexie^,
affitti d'cüa pietm , o md tmtîati dl a c arm fit a , o pertugiati da
fetem fifiotô. Et qu enfin ils peuvent tomber dans djes douleurs
bien plus grandes , que m’ont été les plaifirs qu’ils ont fends,
au bâtard encore de ne pas aller au premier ou au fécond clb
materiqiie. ^Mâis je ne vois pas que l’Hiftoire lions fournifie
un grand nombre de Princes faits comme elle les demande ,
puifqu’un Morofophe a prétendu pouvoir écrire les noms des
& des mieux fenfez de Ton temps dans le chaton-d’une
femt.cUudiîapHd bâgue. E oïlivete ^ la bagatelle & les piaiurs oecuperent telle-r
Vêpfmm. ment ceux m êmes des derniers fiecte , pouf ne pas remonter
plus haut , qu’un de nos Hiftoriens tranche net ,
nourris à faire les fois en h ahillemem é* en paroles -, h. (\ue, de mU
ks lettres ils n avoient connoiffame. - V ^ ( peut-être parce ,
qu’il n’âvoic pâs^ fuj et ^d’être fort content de ceux de fon temps)
n’en parlôit pas mieux que cet Hiftorien:: car après avoir fait
faire à quelques Auteurs ce jugement touchant ia; conduite
de rEmpereur Gonftantin : . , r
Molti lo ^ùdicarmo di poCê ingegm
M-che a'veffeilcervellôfopra lachioma. .
^ Atit Rigem mt H ajoute ,, pour-peindre l’entêtement de la iplufpart-des
famum nafdopir- s,uttcs : pfïhccs I cûMe fèfHpre a gran Seignor accadei.i C’eft
aiïifî qu Erafrne remarqué après Seneque, dans un de fes plus
beaux de fes plus hardis Adages , * qu’un certain Craffüs
fut jugé digne d’être Roy : tant il étoit un fat achevér A quoy
iiajoûte , après avoir fait une revûë fur toute la Fable & PHi^
ftoire j êé même fur lel Princes de fon temps , qu’il n’y voyoit
Jÿw ^ rien d’un vrai Prince , & de ces qualités , qui confiftent ifé?
Ion lui , â être le Médecin de fbn peuple , à le fecourir dans
fes befoins , à n’en affliger < ni retrancher aucun membre , s’il
n’efi: neceffâire St à propos^ -pour le bien du corps PolitiqiTC
Avançons, il ne faut pas qu’un -Rrince prenne un Medecia
d’une feule main , ni même fimplement de deux ni de trois i
parce qifêlles peuvent être corrompues ou fufpeétes. Il faut qu’H
fàfiTe chercher* dans fdn Etat, s il fe peut , les étrangers n’étant
iamais aficz furS -,^ie plus^-homnie dé bien , Se ■ le plus fçavant
qu’on pourr^ . 1} aura qu’à le demander aux Façufe
Seconde Pmîe, Chap. X 1 1. 3
tez& aux Colleges des grandes Villes de chaque Province,
ne manqueront pas de procéder à ce choix fincerement & avec
application par refped du Prince , pour l’honneur de la Pro-
fcflion, & pour ainli dire , pour leur propre intereft , Remploi
que Télû lailTera , reliant à partagerentre eux. Plufieurs Piift-
ces fe font bien trouvez de cette précaution , comme on le peut
voir dans nos Hilloires , ôc même dans quelques endroits de cet
Ouvrage, s'il arrive, dit à ce fujet l’Empereur au Code Théo- v. jnnmm -Rohru
dolienj que dé ms Médecins meure , quonen choijîffeun Rerum
mtre en fa flace^ fans avoir égard ni aux foUicitations des Grands ,
ni à la faveur des Juges commis a ce choix , ^ quon mus en faffe
auff-tôt afrés le raforté Bien plus , il n’y avoit aucun des dix
Médecins de l’Empereur qui ne fût examiné avant qu’on l’ad-
mill au fervicc, ôé cela fe pratique encore à prelent en quel¬
ques Cours , ou ils ne font reçus qu après avoir été PmfelTeurs
en des Facultez célébrés , êc qu’enfuite <ies informations de
de leur vie ôc mœurs. Rien par faveur , rien par argent l' ce
feroit pour ainû dire , mettre la vie du Prince à l’encan. Mais
à propos de ces Médecins , il faut que l’on fçache que non feu-^
lement le Comte des Ârchiatres , n’ell plus ondes Comtes Eiéfés
de l’Empire, pas même un Comtetel que l’étoit ce célébré Me- .
decin de trois Empereurs Jean Crato.: trtaià encore que ces Mé¬
decins qui croient tenir la place des dix Archiatres de l’Empe¬
reur , ne font dans la plufpart des Cours rien moins que ce
qu’ils penfent , ôc qu’ils n’ont prefques plus aucune fonclion: , / ;
car à la referve du premier Médecin 6c du Médecin ordinaire ,
ceux qui fe piquent tant d’être Médecins du Prince, ne le font
effedivement que de nom. Cependant ces bons Mellieurs veulent -
avec cette Titulade précéder en de certains païs tous les autres
Médecins , abus dont on pourroit appeller au Prince mieux in¬
formé. Car quelle honte qu’un petit Medecinfraîcheinent lord
de l’Ecole , ou débarqué de la Province , précédé des têtes
grifes & confommées dans rexercice de la Profelîion , la Loi na^
turelle obligeant les jeunes a prévenir les vieux decivilitez,
affurgere feniorihus , la vieillellè étant de foi fi- venerable , que
le Prince même eft appellé pour -cela Senior dans les vieux ti¬
tres , de maniéré qu*on a fait de Senior S eignor y 6c le Sere àcs
Italiens , qui font le Seigneur & le «y/fr des François. AulE
qu’arrive-t-il a ces Médecins qui fe piquent tant de leurs
Charges , c eft qu encore qu’on foie obligé de refpecler les Pa-
ôafieder. ’Epifi. .
Ui.
Ycms Medîcus
«Corporum Prin-
ecps« Pi(H.:L.i*de
M^uhik,
591,’ Ejjais de Mededne
tences qui fcmblent leur donner que^ucs attributions , îl fc
trouve des hommes fi chagrins , qu’ils prennent plaifir à dou¬
ter de ce qu’ils fçavcnc , ou s’ils n’en doutent pas , à y glofcr
chacun à fa fantaifie. Témoin ;le Médecin , qui voyant qu’un
autre le ^vouloit primer en qualité de Médecin du Roy , quoi¬
qu’il fût d*un âge ôc d’un mérité fort au delïûs du ficn 5 fe
a'Ctira lui difant : Je fçay ^ Monfieur , jyue vous êtes Médecin des
Ecmies dé jà didajejlé cejl ^ouryuoy je vous laijje fur votre fumier.
Mais pour revenir de cette petite digreffion , au choix qu’on
cfaifoic aneicnnement des Médecins du Prince , >fuppofe qu’on
le falTe de cette manière , je croy que le premier Médecin
peut être le Juge & l’Arbitre de tous les difterends , & fubfi-
diairement les autres Médecins du Prince , de toutes les aiFai^
xcs de la Médecine » puirque d’autre part Caflîodore y eft lî
formel ^ t inter fdum Magijiros felm habearis eximius ;
ms pdick -tuo.cedmt^ yui fe ambitu mutUA contentionis excruciunt^
Éfo Avbiter mtds wgregU^ eorum^e difingm confiHus qms judk
eure folm folébut ùÿecius. Car enfin il n’y a que cet Officier , fi:
on en croit cet Auteur » dont la Charge ne. doive point être
WQnûc^ dndulge te quoqm^fdMio.mJko ^ hubeto fidmmm ingrédient
di i .qui& mugnü fdmt pr£tiis coMpstrari.' Loin d’être obligé i des
complaifànces ferviles ,^ comme tant d’autres Officiers il eft
établi comme un feu facré ^ comme une lampe , & comme une
fentineile qui veille continuellement àla conferyation du Prin¬
ce : Tu rerum domino fudio pr^ejîantis obfervu. Car iî le Prince re¬
garde Ton Médecin comme un efclave , bu tout au plus, comme
.un Officier de parade , il mec, au hazard fa famé A: peut-être
fa vie & Ton Etat. Auffi je ne Tçay qui penfoit le moins à ce
qu’il difoit » ou cette Princefte qui marquoit à Ton Médecin la
■compofition le temps de fes rcmedes , quand il lui prenoit
fantaifie d’en prdidre, ou le Médecin qui l.ni répondoit dou-
cemeiic; Fort bien , Mudame. II faut "encore que Te Prince at¬
tache le Médecin à fon Tervice^ par le témoignage d’une gran-
Ae confiance : car de le faire par des profu fions telles qu’on en
.lit dans T’Hiftoire , principalement dans celle 4u Roy Louis
Xî. ceîaTent trop Famour de la vie, & la crainte de la mort:
mais il ne faut pas auÆ que cette confiance aille auffi loin que
celle d’Alexandre le Grand, quand il prit d’une main, la mer-
decine què Philippes lui prefenta .9 lui donnant de l’autre ialct-
■sre4> quiL’fy6rtiftoitque .çe remede .étpit empoifonné j car il y
auroft
Seconde Partie, Chap. XIV. 35>3
auroic en cela de ia lemerité. H ne faut pas même que cette
confiance tienne de la bonté d’un Prince de nôtre temps , le¬
quel ne pouvant fe refoudre de congédier un Médecin quiiuy
étoit inutile par fon incapacité & par fon âge trop avancé,
fejgouverna comme s’il n’en eût point eu , & mourut d’u¬
ne maladie qu’il auroit évitée., s’il avoit eu prés de luy, un
bon Médecin, 11 ne faut pas même qu’il fafle comme fit un au¬
tre Prince , qui voulant fe défaire d’un Médecin trop épais,
le changea malheureufement contre un des plus minces de fon
temps. Dé plus il n’efi: nullement de la gravité & de rintercll:
du Prince de railler fon Médecin , quoi-que ce bon Prince que
je viens d’alleguer , tombaft fort fouvent dans cette irrégula¬
rité, tout honnête qu’il étoit. Caries Souverains doivent le di-
ftinguer en cela comme en tant d’autres rencontres , des per-
fonoes privées , tant parce que le ferieux leur lied bien que
parce que faifant , comme ils font , beaucoup de repas Sc peu
d’exercice , ils font plus tributaires à la Medecineque les au¬
tres hommes. Mais quoi i les grands comme les petits aiment
la raillerie jufques dans cés occafions ou il n’y a pas trop à rail¬
ler.. Une grande Princeiîé recevant à fon arrivée en France les
Officiers qu’on lui prefentoit de là part du PrinceTon Epoux ,
ôc entr’autres un Médecin de fort petite fTgure ôc mince en tou¬
tes maniérés, répondit à celui -qui le lui prefentoit , & qui le
qualifioit fon premier Médecin : Vom aviS^rai^on de l" appeller mon
premier Medecm : c" ejl le fremier que j'aye eu, de mu vie. Mais
elle étoit jeune & d’une grande fanté. Il vient un temps oiiun
Médecin eft fort de faiion j puifqu’un fage Juif veut qu’on
i’honorepour la neceffité. Il ne faut pas non plus que le Prince
donne comme le peuple, & même quelques riches de trop de
loifir-, dans les Empiriques , ni dans les remedes inconnus,
qu’un zele indiferet lui propofe fans fça voir ce que c’eft , fans
en connoître la difpenfation , & fans fçavoir affirmativement
de quelles mains ils viennent , ces prétendus fecrets n’étant
d’ordinaire que bagatelles , ou ( s’ils ont quelque force ôC
quelque vigueur ) étant d’autant plus à -craindre , que ceux
qui les débitent , font gens inconnus, ignorans , & qui n’en
connoiflent pas les qualitez , comme nous le verrons cy-aprés.
A quoi on peut ajoûter que la confiance qu’ont quelquesGrands
a_ces fortes de gens, ne s’accorde guercs avec celle que la Po¬
étique veut qu’ils témoignent à leurs Médecins ordinaires, de
Ddd
é
in àftprt-
corn.
GHaria. néüe Ri¬
me varie.
hih. 5^
Effais de Meiecîm :
crainte que leur zcle ne fe refroidiffant , ils ne laiffent tout al¬
ler au grc des malades & des dateurs. Le brave Dud de Ne vers
tant d’autres Princes , n’ont jamais voulu donner dans ces
fortes de remedes , la plufpart violcns & fuperftitieux , & qui
font gémir tant d’hiftoires. Et c’eft aiiili qü*ua Héros qui vaut
fcul tous ceux de l’Hiftoire , fait la leçon & aux Princes &
aux |)articuliers fur cette matière , cet Au gu s t e fc con¬
tentant des avis d’un Antoine, qu’il honore de fa confiance.
Quant aux Médecins qui ambitionnent de fervir les Princes «
il feroit à propos que chacun d’eux fe fît juftice , avant que de
de s’intriguer pour cela , qu’on penfâc de bonne foy £ on a les
qualitez , que demande un émpioy auffi délicat M auffi impor¬
tant ,, £ on a de la vigueur de corps & d’efprit ,
^uid vdeant humefiy Çiuiâ ferre revufent:
Si on a du zeie , de la patience, de la capacité , & ce fonds
de probité qui doit être à touteépreuve : car comme il fe trou¬
ve une infinité d’indifcrets zélez , qui font les bons valets
quand le Prince tombe malade , il faut que le Médecin s’arme
d*une afTez grande confiance , pour ne pa^ ceder aux vents
qui s’élèvent de tant d’endroits , ôi qu’aprés avoir pris l’avis
des fages & des anciens Médecins , il fe fi^xe à ee que la rai-
fon & la confcicnce*demandent. Il ne faut donc jamais qu’il
s’accommode, comme la Manne du defert , à tous les goûtsdes
Particuliers , ni qu’il reffemble au brodequin de Theramenés
propre à tous les pieds , fon miniftere étant d’une trop grande
confequence pour ne s’y pas appliquer avec fermeté.
H y a même des Princes £ mal habîtuez, '*que £ on ne pen-
fe fouvent à la précaution , le defordre des humeurs ne man*
quera pas de faire celui des paffion s.
■ Cotpris efi etiam ratlé non feints hahenâa ;
Corpm enim mdè fi vMear parère ne(ftibit
Praeeptis apimi y magna ^.pradara ]ubentis*
Portant à^des de£rs conformes au tempérament : car hclas i
^^aV immort al che n^ha di terreno
A* terrent dijfetti amor Joggiaee, -
C’efl pourquoi dit Lucrèce :
M'ente m fanari corpus ut agrum e
Jt Nemo fponte tnalus eft , fed ob pravum corporîs ha^itum rudemque educationem
Galen. lih, nnim. meres féq. temp. corpor. Z
Tanta ctt sn mi & corporis neceffitudo , ut fua 'omnia bona ae mala invicc»
£®inmunicenu S^mph Campeg.l. de tmatione morher. animi é" corporis.
Seconde Parth. Chap. XHL
Et pariter jlecfi Medicins pojfe 'uidemus.
Si ceux , dit Hérodote , qui étoient auprès de Cambifés , fc
fuffenc avifez de lui donner un bon Médecin , il n’eût pas fait
mourir tant de parens & de domeftiques. C’eft ainfi que Sue-
cône a remarqué , que fi on eût bien purgé la bile noire
brûlée de Caligula , l’Empire Romain s’en feroit fend.’ li en,
cft de même des Nerons, des Domitiens, des Maximiens
de femblâbles monftres , qu’on eût mieux fait d’humeder St
de rafraîchir , que de les nourrir graflement. De même denos.
Fredegondes , Brunehauds 5 Auîlrigides , & de quelques autres^
fur-ieufes Princeffes.. Car quant .à ceux dé nos:- Princes-d:ont là
conduite. n’a.i pas été fi déréglée j on ne. laifie pas de reconnoî-
tre que leurs nraladies n’bnt été gueries ou entretenues que fui-
vant le bon= ou le mauvais ufage qu’on a fait de là Médecine..
Quelques méfiances & une terreur panique mettent^ le Roy-
Charles V I. dans un état pitoyable,- deux Charlatans loin dç:
lé guérir le mettent en péril de mort , -& le fçavant &: prudent
Guillaume de Harcelei le rétablit au moins pour un temps , Sê:
lui rendant la vie: confote la Cour, ôt tous: les bons fiijets de:
ce* Prince. Au contraire lés inquiétudes , les défiances , Sc les-
durerez du Pvoy Louis X E font entretenuës par l’ignorance
mauvaife foi du Médecin qui abufede fa confiance > & qui:
penfe plus à faire fon compte qu’à guérir fon Maître. Nefçait-
on pas que Loüife de Savoye Mere du Roy François B s’étant,
oppofée à l’ûfàge des remedes neceOTaires a la- gnerifon de:
fon mal, -d fut afiéz foiBle , & les Médecins afféz lâches, pour*
céder à cette terrible Italienne, & Dieu fçait ee qui en arriva; Si-
là Reine Catherine belle-fille de ceFrincefeûcbien fait purger la;
bile jaune & là noire de-tous fes fils , au lieu d’entretenir leurs
paflîon^>onïn’àuroirpas vÛTCgner avec eux les vices qui tenoien t
de lèurs temperamens. Si les Médecins d^douard- IILdit VT. Rot
d^Anglétcrrc euffent parié fîneerement de fa maladie , s’ils en
caflent fait un Prognoltic véritable , & s’ils ne fe fuflenrpas
laîffé gagner- à fa-maîtrefle', qui les en empêcha pendantqu’él-
lé’faifoit fes affaires à la" faveur de leur fîlence , il auroit lui-'
même mis ordre à; fes affaires fpirituelles & temporelles ,.au^
lieu dè s’endormir. , comme- il fit, Air 'le bord du précipice ou
il tomba , pendant que la Maîtreffé-êcles Médecins fc fan voient;
Car enfin ce neft p^s ainfi qu’en ula le doâie Vclal àd’égardi
de IfEmpereur. Ciiarles V. car étant interroge par Ta Majeffé;
Ddiij,
’P/tmhn. Strada
Serrcntus mlran-
fifç» Rege.
Ejjm de Medecine,
Impériale du fuccés de fa maladie , & touchanc le tems qu’il
lui reftoit encore à vivre, il lui répondit nettement quelleau-
roit peine à vivre deux ans. G’eft ^infi que le célébré Jeau
Crato Médecin de trois Empereurs, &: tant d’autres faifoient
profeflion d’une fincérité inviolable , quand il étoit queltioa
definteredde leur Prince 5 Ôcque quelques-uns de ces Princes
de leur côté fe font abandonnez à la fidélité de leurs Méde¬
cins en des temps difficiles & des occafions fort délicates.
Voila pour les fautes d’omiffion que les^Princes & les Méde¬
cins peuvent faire en matière de Medecine 5 venons donc main¬
tenant à celles de commiflion , qui font , pour ainfi dire mortel¬
les en comparaifons des autres qui ne font que fautes véniel¬
les. Une Medecine donnée à contretems à PEmpereur Maxi¬
milien I. ne prive pas feulement l’Empire d un bon Empereur ,
mais elle va jufqu’à déconcerter la ligue qu’il avoit faite avéc
les Princes Chrétiens contre le Turc. Un malhabile Médecin
de Cour ayant trop toft arreté une évacuation que la na¬
ture fâifoit en faveur de la Reine Claude époufe du Roi Frail-
çpis Premier , la mit en peu de tems au tombeau ,-ôé caufa'
en même temps, une confternation d’autant , plus grande ,,
que cette Reme étant la bénédiction de la Maifoir Royale ,
de l’Etat , famort en changea toute la face. Qn n’oferoiîrdirc
combien de Princes & de Princèffes font morts de nôtre temps
par des reraedes donnez mai à propos. 11 faut donc que le
Médecin du Prince , tant pour fe dîfculper kti-même , que
pour faire les chofes avec plus de feurcté, appelle les plus ha¬
biles Médecins de fa connoifiànce fans acception de perfonnes ,
quand il voit que le mal Iç demande. Car quoi qu’on ait fait
dire à un Empereur qui ne parloit plus , que troufe des Medt--.
' dm f avj)jp tué y cela n’arrivera pas , fi les- Médecins font fin-
ceres, expérimentez , fçavans , & d’accord 3 pourveii que Içs
Princes deleur côté, ni les Courtifans pe donnent jamais dans
les remedes inconnus, ni dans ces faux Precieùx de la Mede¬
cine, qu’un de nos Poètes n’a pas oublié de drapper ,. noriplusi
que cette foule de foy difans Médecins , & tOLîtes ces cefe-I
mpnîes qui ne font rien à la Medecine , Sc qui empêeheiic-
qu’on lie penfe au folide. ^
Haud decet mus.
SdUeet Bpprejfor t drcumdat copiajeef^m '
furpumm t ftadf fueco i met/iUe - _
Seconde Vmte, Chap» XIV. 397
Farcttur,ardrentes gemma juguUntur in haujlum .
^^üles invim Ptolemai filia Regü -
Jmfenjura ^rocû ^ totum Cleofatra Canofura.
Tarn grandes anima 'vulgaribtes haud contentai
Tormentü , triflem ]actantur ire [ub orcum , ^
Atque oceumhere amant medio in terrore cornet a.
^tquerogoexilitdafmjovisalesabalto.
Jn campo- Martis 1 quoties fyraf.amma luxa ,,
Offaqtie magnerygm crepuermt Romalidaram A
Cum fejlû elangere alium mittmîur in orbem :
^fqm adcQ vicini etiam fub funeris horam
Jnfanire jîivat y mer ibundt relliquias
Races Jiultitiamx dum exhalanms in wrnam , . :
Infertur mimm àignus majore theatro^
T ant il eft vray que la fanfare , la ceremonie & la flàterre né
quittent pas même les Princes au moment qu’ils quittent la vie.[
Il faut encore que le Médecin du Prince fe garde bien de
luy faire trop valoir ny fes aflrduités> ny les heureux fuccés
des maladies , à moins que de s’expoferàune réponfc aulitcha-
grine que celle que fit Philippes. Koy de Macédoine à ce Mc-^
decin, dont l’avarice ne laifFi paffer aucune oceafion de folli-
citer fa libéralité.. Le Médecin qui dernan de trop y ou trop fou-
vent fait peur ,• & le Prince qui donne trop témoigne avoir
peur.. Les Princes aiment affez la vie ô: le plaifir pour ne paS'
oublier ceux qui veillent à rua & à l’autre. Ils fe comportenr
même en ces occaftons , dit un fçavant homme,, d’une maniéré:
toute oppofée au travail du Prophète VXiÇéQ y Eüfem implebat
l'afa 'vacua -^kna' imptenmr in curia. Mais quoi-que cela;
ne foit que trop vray ,- parlant generaiement , il nc.faut pas-
trouver à redire à la magnificence de quelques- Princes en
de femblables occafions. H y en a de fi reçonnoifians êc de
puififans , que fr ce qu’ils font en faveur de la Medecine fcmble;
trop pour elle* , ce n’eft pas trop pour leur magnanimité:. C’eft.
ainfî qu’un Salomon l’honore d’une maniéré toute Royale ,,
^ a Rege accipm donatiomm , & qu’un- rAlhierus :h^nore
ceux qu*îl luy plaît d’ honorer , jîr bonorahitut quemeumqut
Rex ^oiuerif honorari. Il ne faut donc pas envier ces faveurs aux
Médecins. Comme ils font plus qu’bn ne peut penfer pour les:
meriter& ÿ parvenir, les Princes-qui.dê leur coté ont éprouvé:
la douletïr & la maladie y qui fçavent.par leur propre experieneç:
D dd üj
.
Dtvitiaé
lantur , net eft qur
refpiciar ad ino-
peim & mcndtcumv
Elifcus impiebat
vafi vacua , & die-
ficientibus vàfis va-
cuis olcum ftetit..
In cuîiâ veto con-
temnuntur vafa va-
cua , & plcna im-
plcntur. 2ett. B/ei
fen^s Ef ##.- 14-
* Hbc eft rc^iiteif
& libcraiitcE cCfe-
remunerandam me-
didnara denique
honorandam à ma-
gnis Principibus
quippe qui ope mc-
dicinæ- fæpc indi-
geat- eometiu4 Sà
Lofid, in hme
çam.
lettres ia C*tâi-
nul
Huic foîi liîîertas
dâdi quidquid valt
pfo mcdicamciîco ,
atque ut quifquis
vulï.Êiçit Xïiei^i-
fem.^TettiJîus in
Faraf^m^. fchtoU
OHdic^Fdrif.
: 35 § EJfak de Medeçine,
qu’on a eu raifon d’appeler les remedes , les maim de Dieu y ^
qui fc Tentent redevables à ces mains , n’ont pas moins de raifoa
d’ouvrir leurs mains bien rfailantes fur ces Sauveurs. Mais quel¬
ques magnifiques & liberaux quefoient les Princes, il faut que
les Médecins qui s’engagent àlcur fervicc avec tant de confian¬
ce, en leur prétendue habileté , & en leur éioilie , comme il
mTive trop fouvent , Ôc qui regardent la fortune en herbe, com¬
me fi c’écoit une moiflbn ‘toute prête > il faut > dis-je , que ces
Médecins penfent un peu qu’une habileté même effeâ:ive,ny
tant d^aurres bonnes qualitcîL ne font pas toû jours fécondées
des heureux fuccês , & que la moiffon n’a pas to^ours été éga¬
le à la Cour , pour tous ceux qui ont occupé ce pofte qu’ils ambi¬
tionnent 5 ôc qu’elle ne le fera pas ,, pour tous ceux qu^’ occu¬
peront. :
Enfin dé toutes les qnalitez necelTaire à un Médecin de Cour,
la- fidelité eH la principale. G’eft celle que le fage Cardinal
d’Ofiat recommandoit particulièrement à ceux qui dévoient
donner un Médecin au Koy; Henry I V. en un temps oii fa per-
Ibnneietok fi préoieufe & expofée à tant de périls 5. ear ilefi
certain qu’un Médecin fîdeîle,eft préférable à un plus féavanc
moins fiéelle ôc moins affectionné, parce , dit Celfe , ôc après luy
.Pline, qu’il n’y a que le Médecin qui connoifiTe ce qu’il ordon¬
ne, & ce qu’il donne commé il luy plaift au Prince. U fc trou¬
ve même des occafions 6ii cettè fidelité étant fécondée de zele
Ôc d^applkation , elle produit quelque chofe d’important au Prin¬
ce ôc à fon Etat , comme il arriva lorfque l’Empereur Charles
V.. ayant demandé à Louis Burgenfis premier Médecin du Roy
François !.. ce qu’il penfoit de fa makdie , il répondit à cet Em¬
pereur que s’il nemettoit le Roy en liberté, il mouroit indubi¬
tablement de eha.grin r car dés ce moment Charles fe rendit
plus accommodant , ôc prêta foreille aux propofitions qu’il avoic
toûjours rejettées, tant ilétoit perfnadé par la réponfe du Mé¬
decin qu’il? perdjroh^ unc.rançon confiderable , s’il ne s’adoucif-
lôit unpém i-Ce rt’eSîpas qa après la fidélité, la, Science ôc la
vigiletke ne^lbiyentÂeàtpémenient nccéfiaires a. un Médecin de
Cour - car outre qu’il? doit avoir horreur de; tout, ce qu’on luy*
potirroit propo fer -contre le fervice du Prince ^ il faut qu’il foit
^vâot dans la, Medeeînc-Sc dans toutfô. les belles, difeiphhes^
ponr pquvoir répondre d propos aux demandes du Prineej ôC-
qu’lhfoit; côntinu4^«î^î^*^ ;^^-g^p3 tromime nnu& l’avons. mar^
Seconde Pdmé/CliêJi^, XIV: 3^^
que cy-dcvant > pour prévenir les incommoditcz dont il
particulieremait menacé , :en forte que rien n’empêche - qu’il ne
fe trouve toujours pour ainlî dire furies arçons , parce qu’il n’y a
tien qui arrête tant les eiprits portez à ia nouveauté , que la
contenance vigoureufe d’un Prince toujours preft à monter -à
cheval. Mais s’il eftbon quc le Médecin foit fcavaiit , il ne faut
pas pour cela qu’il fe pique des chicaneries de l’Hcole , ny mê¬
me de Poëhe , ( quoi-qu’il ne foit pas mauvais de fçavoir faire
des vers, ) parce que les occupatioiis Poétiques mènent quel-
quesfois a des Ouvrages mal-tournez ou peu chaftes , & qui pis
eft, à des Vaudevilles & des chanfonect es, qui furent fatales àu
Neptune > ôc qui ridiculiferent chez les fages certain Médecin
de nôtre temps , lequel étant auffi peu aimé de la Poëiie&de
la Médecine qu i! les aimoit éperduëmenc , s attira une réponce
, fâcheufe d’un jeune Prince, auquel il voüloit fe rendre necef-
laire. Car luy ayant dit d’un ton pedentclque , que certaines
legumes qu’on luy avoit fervie 6c qu’il aimoit ne valoient rien,
il luy repartit , EÉes '<v aient mieux que vos^vers.
Mais quelque -fidelle 6c fçavant que foit nôtre Médecin ^ 6c
quelque facile 6c raifonnable que foie le Prince , qu’eft-ce que
le Médecin n’a pas à appréhender dans une mer pleine d’ora¬
ges 6c d’écueils.: car on ne'fçait que trop, que quand il arrive
quelque malheur tout tombe fur le Médecin , ôc que la rage des
courtifans foûtenuéde la prévention ôc de la calomnie , s’en prend
ordinairement aux Miniftres de la Medecine. Hipocrate qui
eraignoit avec tant de raifon ces revers , 6c dont la conduite étoit
fi judicieufe, ne voulut jamais tâter d’aucune Coür , 6c fon fa¬
meux difciple ôc compatriote Dexippe mit fon fervice à fi haut
prix à Hecatombus Roy de Carie, qu’il comprit âifément que y
ce Médecin ne vouloit j)as changer de pofte. Democedes de
Crotone , comme nous Pavons veu cy - devant , ne pût être
retenu prés de Darius Roy de Perfe , avec tous les honneurs
qu’il luy fît ôc toutes les richeffés qu’il luy donna. Galien
n’eût pas fi-côt connu le terrain dans la Cour des Antonins qu’il
s’en retira fagement j ôc pour ne pas m’arrêter trop long-temps
aux exemples de 1 antiquité, Guillaume de Harcelel ayant ré¬
tabli la fanté du Rôy de France Charles V I. aima mieux re¬
tourner chez iuy , que de Commettre fon repos ÔC fon honneur à
Pinconftânce des gens de la Cour , ôc à l’incertitude des éve-
ûcmens. Car encore s’il n’y avoit à craindre _de cette incon-
tim/trd. di Çapea
»el/t ^x^ienam.
, EJJds de 'Medecîne,
itance que le changement quelle apporte à rctablifTemcnt cPun
Médecin i mais ce qu’il y a de pire , c’eft que la palEon des fa-
yoris , 6c celle même des Princes vont quelquesfois jufquesàla
violence j tant il efl vray qu’un Médecin eft toujours en un état
chancelant dans des niaifons dont les efcaliers font fî glifTans,
qu’il faut avoir le pied bien ferme , ou joüer d’un grand Bonheur
pour s’y tenir long-tems fans tomber. Nous avons parlé cy-dé-
vant du pauvre Glaucus il avoir eu foin de T Hepheftion d’Ale¬
xandre î il rayoitguerijle malade n’avoit. plus qu’à fe cpnfcrver.
Glaucus va prendre l’air & paffer quelques momens à voir les
jeux du Cirque , Hepheftion mange cependant un gros coq > il
retombe , il meurt, ç’eft fa faute, & on ne laifle pas de pendre le
pauvre Médecin 5 fottife du côte du malade, & cruauté ducôté
d’Alexandre, qui ajouta encore un facrilege à cette inhumanité,
faifant brûler le temple d’Efculape pour fe vanger de ce qu’il
n’a voit pas rendu la fanté à fon favori. Les Médecins de Da¬
rius avoient fait tout leur poffible pour remettre fon talon dé¬
boîté , ilsn’avoient pu en venir about, Sc ce Roy les condamne
à une mort honteufe , Arreft qui eût été exécuté , fila generofi-
té & le crédit du Médecin Democedes ne l’eût fait révoquer.
Nous avons veu cyrdevant comment Ptolomée traicta le pauvre
Chrifipe.Mufa Médecin d’ Augufte eft accufé&ÿpeut-être à fort,
d’avoir fait mourir le jeuneMarcellus paruné béveuc,& fi l’on en
Croit quelques Auteurs, le voila déchiré par le peuple ^ & fes
ftatuës renverfées & mifes en pièces. L’Emperereur Caracalla
fait mourir tous fes Médecins pour n’avoir pas voulu faire mou-
rir fon pere Severe. Ceux de l’EmpereLir Maximien ont le mê¬
me fort , pour n’avoir pû foulager les douleurs de fes places. Ra-
fes eft menacé de mort par les Courtifans , fi le Roy Ércfdere
ne revient de la fyncope que luy acaufé une faignée. Les Tri-
balliens font cmellement mourir le fameux Médecin Zerbus»
qu’ils avoient fait venir avec honneur , pour n’avoir pu guérir
l’hydropifie de leur Priiiee Scànderbaflî. Le Czar de Mofeovie
ayant ordonné de nôtre temps , à deux Médecins d’avoir foin
de Jean frere du Roy de Dannemark , qu’il regardoit déjà
comme fon gendre:, les condamna à la mort pour n’avoir pu em¬
pêcher celle de ce Prince 3 6c l’Arreft auroit etc exécuté fi les
Âmbâfladeurs de Jean n’êuftent demandé leur grâce avec beau¬
coup d’inftance.-^ (Re files Ordres' des Princes infidelles ne font
point de peur . à dés Médecins de Princes Fidélts , au moins
q^e
Chap. XI V. 401
point de peur à des Médecins de Princes FidelLes>,au moins
que le meurtre de ceux du Roy Contran, & que les difgraces
de Marilelphe les faffènc rentrer en eux-mêmes, ou s’ils veu¬
lent quelque chofe de moins ancien , qu’ils penfent un peu au
danger où le trouva Adam Fumée après la mort dû Roy Char¬
les VII. Car pour les cinquante mille écus qu’on fit rendre
par Jacques Cottier après la mort du Roy Louis X I. il faut
tomber d’accord que quelque confiderable que fut alors cette
fomme , il en fut quitte à bon marché. Q^on confidere un peu
les ordres que donna la Reine Catherine de Medicis , pour fai¬
re pendre les Médecins du Roy Charles I X. après qu’il fut
mort 5 le danger où fc trouva. Monfîeur du Laurens pendant
certaine indifpofition du Roy Henry I V. 8c tout ce que fouf-
frit Monfieur Bouvard à Lion pendant la maladie du Roy
Louis XII I. Après cela on ne s’étonnera pas de voir , quoy
que dans un fens figuré, la Monarchie d’Efpagne m’ècontente rietr» Ai t*rng-
de fon Médecin, donner ordre qu*on le jette par les fenêtres :
car pas moins que cela quand les Puiflances font une fois pré¬
venues contre les pauvres Médecins. Ainfî ce n*efl: pas toû-
jours le mérité du Médecin de Cour qui l’avance 5 mais en
premier lieu , la faveur q^ui fait ^ défait en ce p aïs-là , jufques à
donner de l'efpris & d Coter, * En fécond lieu , une patience qui * oracui. Mamd.
conduife au terme où on afpire , lequel ne peut être que fort maxim: 17,
éloigné» une autre patience qui faffe paffer fur tant de mau-
vâiles heures qu’on ne peut 'éviter après qu’on eft arrivé à ce
terme ,& qui falTe fiipporter les injures au point d’être obligé
de remercier ceux qui les font. A quoy on doit ajouter qu’il
faut encore que la prévention , l’opinion 8c les con jondures heu-
reufes foient pour le Médecin. Car fi celui-là efi: heureux qui
arrive fur le déclin de la maladie , biea plus heureux , à mon
fehtimentj celuy d’un Prince bien fait de corps 8c d’efprit. Ainfi
comme cela ne fe trouve pas fouvent , il y a toujours fort à crain¬
dre pour les Médecins qui facrifient à la Cour ce qui leur relie
de vie 8c de repos , en veuë de ces avantages qui tentent leur
Cupidité 8c celle de leur famille. Car quant à ces retraites qui
femblent un remede prompt 8c alTuré aux engagemens précipi¬
tés , loin d’être regardées dans le monde comme des effets de
k prudence , elles ne manquent jamais à être interprétées de
travers , 8c d’être confiderées comme des fuites d’une conduite
fotte ou criminelle , Factlis defeenfut , fed revocare gradum hic labor.
^oi Ejjak de Medecine,
Et voila comment la Cour étant un fort grand problème , il eft '
difficile de dire qui avoit plus -de raifoii , ou de ce Philofpphe,
qui aima mieux frire des congres, que de manger à la table de
Denis Tiran de Sicile - ou du courtifan de ce Tiran , qui fe
moquoit de la rufticité &du peu d’habileté du Philofophe-. La
Cour 5 dis-je, étrnc du moins un problème, fi elle n’eft un Pa»
radoxe , Jes Médecins qui' confidéreront bien l’importance de.
leur miniftere , n auront-ils pasraifon deprendre garde àce qu’ils
font quand ils s’y engagent?
Turpijjima tes efi
Nimimm folfis cum libçr vlpere parvo
^P^izrere fervitio ma]oris pmHfi’.çenfui
AclibertMemfiM^uàlaudabilemlefi
Fendereié^iff^pcyif^^dommitolerarefuperbi
J)e^en€res mmitprocemmqmd quaritis aulas
I>edecHS ut nobis ^iüis tribuatis homrem^
Fdvobis qu£ feu pecudes pajjtoris egetû i ' .
Tum viles ut non vuleutu vivere pervos..
Car quant à nos quatre fameux Médecins.
Le Politique qui écok le plus fage des quatre en ufa ainfi ,
nonobftant tous les avantages qu’il ayoit de la réputation & de
refprit , ne faifant aucune démarche pour s’approcher de la
Cour, jufques à ne paroîtrc pas moins content quand le fort (è.
fut opiniâtré à ne rien décider en fa faveur.
Le Neptune vit plufieurs petites Cours après la grande., où
ileût bien voulu demeurer j mais il eût mieux fait de prévoir
avant que de s’y engager, que fon humeur inégale , inquiété,
ôc hautaine , ne l’y arrêteroit pas long-temps , &: qu’il n’étoit
pas fait pour ce païs-là , quoy qu’homme à tout faire.
. Le Grand parvint aux grands Emplois dé la Coiir , & s’y
maintint jufques à la mort , quoi-qù il n’eût pas toute la poli-
teffe & toute la complaifance qu’on y demande 5 mais comme il
y étoit entré par la porte de la prévention , il s’y fit valoir juf-^
ques à en remporter le glorieux, titre de Médecin des Princes ,
que tant d'autres avoient mieux mérité que luy.
Le Petit-homme airaoit la Cour paffionnément, il avoir fait
la Cour toute fâ vie aux petits comme aux grands , & c’eft
ainfique par la voye des petites Cours , il s’approcha enfin de
la grande fur la fin de fes jours, que ce vendeur de-Galba^
Seconde Fartie. Chap. XIV. '40^
goûta même en vifion ôCen efperance, ér tu Galba, de-
^ufiabis 5 mais il n’eft pas vray qu’il eût pû y parvenir & y prinicr.
S'il eût voulu changer de Religion : car toutes les machines
qu’il employa pour y entrer fe renverferenc d’elles- mêmes, Sc
particulièrement celle dont il eft parlé dans la lettre de
Guy Patin , où on peut obfervcr en paflànt un de fes plus ordi¬
naires artifices. En effet, comme il eft allez difficile de parve¬
nir à la première Charge de la Profeffion fans avoir du fcrvice,
qui parle en faveur de ceux qui la briguent, & qu’il n’eft pp
fi facile qu’on fe lèj^ojidroit imaginer de déplacer ceux qui
font en place à la Cour , il eft d’autre part tres-certain qu’il
auroittout fait pour parvenir à ce qu’il regardoit comme fa der¬
nière fin ôc fa béatitude! mais deft qu’il app/ehendoit qii’aprés
avoir fait tout ce qu’on eût pû delirer de luy , on n’eût quelque
raifon de ne rien faire de ce qu’il avoir efperé , ôc qu’ayant
quitté Gharenton pour Verfailles, il ne demeurât expofé à la
raillerie de l’un & de l’autre , fi cclui-cy luy mànquoit.
Concluons donc de tout ce Chapitre, que comme la qualité
de Comte des Archiatres n’eft plus dans les Cours ce Comifijfà
frmi Oràïnïsi & cette dignité que Caffiodore fait mar cher dit pair
avec les Ducs & les Lieutenans des Rois des Empereurs j
que puifqu’il n’y a plus de Médecins faits comme ce Jacques
dii temps de l’Empereur Leon 1 5 que puifqu’il faut à pFefent
quelque autre chofe que du mérité pour entrer dans les Cours j
& quepuifqu’elles n’ont pas toûjburs ces agrérhens que les plul
heureux y trouvent auffi ordinairement que les plus dignes.
_ Concluons, dis-je’, à ces égards , que pour peu qu’on appré¬
hendé les revers, & qu’on aimedcrcpos ôc l’étude, on fait encore
mieux de demeurer tranquille dans le port de la vie privée ,
que de s’embarquer fur cét Euripe.
Vive tihî -i nam moriere tihi,
C'eft le fentiment de tous les judicieux , êc en pardcnlîer d’un
Médecin de nôtre fiecle,qui pour avoir bien connu cette carte
donne ce confeil aux Médecins de iexis \ Nunc enim perver-
fam rationém formna inJlituiri Ut m multîi ^entibm prope fit àd egre-
giî animi indicium arceri à Regiis aut m ilUs ]acere »é‘ uhi Mufis
ôiim pmcipuumfùit fasrarium^iibi fitHene fdüoném ponts iviHütü^dm
opmfoUagantmmmi . . . ; lmb pmerlgnorànttamjdr
^ores impudicos nulla pdtet ad honores via. ïtd apud populuiifpdYiter,
ppuli^ue ducès munttà nofir^ fofdefip âè Idmpdâis tnfiar âliis infère
Ece ij
V. Catal. ^lorîê
mundp part^ é.
conjid. II,
Vetas le'ètA apud
Filefac. l. a. 0p»V.
euL. p^g‘ 66»
facohi Churletum
in -Epiphonevnto
opet. ds Scs^httî.^
.^04 Ejjàh de Médecine,
viendo gratis if fis cenfumtmur . . . .Sic màique labo-
rantibsss qaid dliuà fuper efi cBnfiliii nifi ut minimo contenu aacite^
que folatium petentes afiudiis j domi privatim fapere contendamus. Le¬
çon qu*il a peut-être pris luy-même d’un vieux Oracle.
Cunu dut curas j ergo fi tu bene curas
Vivere fecurè, curia non fit tibi cura.
Curia curarurn genitrix , nutrixque malornm >
Jufios injufiis , inhonefios aquat honefiü.
CHAPITRÉ X y.
Delà fortune des Médecins»
COMME la plupart des Médecins qui entrèiit chez les
Grands s’y Soutiennent bien plus Comité fortuna , que vir^
tute duce j nous ne pouvions parler plus à propos de la fortune
des Médecins , qu apres avoir parlé des Médecins des Cours.
Mais pour le faire avec ordre, je crois qu’il faut premièrement
fçavoir ce.que c’eft que la fortune en general , &: commencer
par fon nom. Tout le monde tombe d’accord que le terme de
fortune fignifie quelquesfois les richefîes , & ce que le peuple
appple biens de fortuness & c’eft en ce fens qu*on peut appder
Médecins heureux & fortunez , ceux qui gagnent bien de l'ar¬
gent jquoi-qu’ils le puiflent être encore en un autre fens. Car
à parler proprement, les évenemens qui fuivent les caufes ex¬
ternes appellées des Philofophes , caufes par accident, font ce
qu’on appelé hafard & fortune. C’eft ainfi qu’un pinceau jetté
de chagrin & au hafard contre un T ableau , y exprime l’écume
d’un cheval d’une maniéré conforme au fouhak du Peintre ,
terme auquel ni fa main, ni peut-être fon idée n’avoitpû at-
. teindre. Telle fut encore la bonne fortune de ces Capitaines,
qui s’étant trouvez plufieurs fois chancelans , & prefques hors
d’arçon , par les coups de pique qu’on leur portoit d’un coté
dans la mêlée, furent autant de fois rcdrelîèz & remis en felle
par ceux qu’on leur portoit de l’autre côté, & c’eft encore en
^ -ce fens-îà qu’on dit ü communément , mais fi véritablement , que
nature fait U mérité , ôt que la fortune le met en.œwvre , celle-là
ne pouvant rien faire fi quelque heureufe conjoncture ou quel-
Seconde Partie, Chap. XV*^ 405
que patron ne furviennent comme une machine incfpcr ée. Les
anciens Empiriques , dit-on , mettoient ces évenemens fortuits
au nombre des principes de l’Art j s'ils obfervoient par exemple
qu’une fièvre fe fût terminée par une hemoragie , ils concluoicnc
de-là que la faignée pouvoir être bonne en pareille occafion.
Pour les Philofophes ils traittoient de ckimere tout ce qu’on
appelé fortune , quoi-que la fuperftkion payenne en eût fait
une Deeflè , qu’elle l’eut honorée du nom àz Bonne , * & de
plufieurs autres noms. BonéefonunX) Fortune dmiy F atis vidtrkihuh
& que le Sénat de Smirne eut fait fraper une Médaille en l’hon ¬
neur de l’Imperatrice Fauftiner ou elle étoit appelée j &
reprefentée fous r Image de cette Déefle. C’eft pourquoy tant
de fages ont écrit que la fortune cft ennemie de la raifon , &
diredement oppofée à l’Art : car Ariftotc veut qu’elle foit fans
yeux , fans jugement & fans conduite. Chilon la dépeint enco¬
re femblable à un ignorant oculifte ? qui fait plus d’aveugles qu’il
ke guérit d’aveuglemens. Plutarque la fait refTemblcr à ces Ju¬
ges injuftes des combats Gymniques y qui couronnent fbuvent
ceux qui le méritent le moins i & c’eft pour cela qudns’êft ima-
finé qu’elle arme les jeunes gens , les téméraires ôc les étourdis.
►es Poètes la font fille de l’Océan , pour marquer fon incon-
ftance&; fes fougues , &, G’eft dans ce fens-là que Galien en
parle ainfî , Feteres forpmmn depnxemnrmulieris fpeeie, ut ilUm im*
frudentium amentiumque exfnmirent 5 mais après, tout le- peuple
ne fçait ce que c’eft , puisqu’elle ne fe connoît pas elle-même..
SiAm mro , at quid fum nemo deferibere mvit
He me qui laqmtur plus i mtnus Hk faplt
Si quid agas me egijfe refers ycluijnafque Tyrmnumi
Arque petü dira 'uoce fupnus opern
Si fum , fum dea,quid dira maUUifgatom
Servuslftnonfumfiulmiaippi^tuiitejl,.
Neanmmns combien y-a-t-il de gens dans le monde & parti -
cirlierement dans la Medecine, qui sdiypotequent pour ainfi dire
à cette chhnere, femblables â ce jeune homme dont parle Ælien
qni s’amouracha fi éperduëment. d’une Statue de la Fortune',
qu’il demanda permifTton aux Magiftrats del’époufer j mais vol-
y la Leçon que le grand Hipocrate fait à tous ces petits Mé¬
decins qqi attendent tout d e la fortune, ^iconque fait U Mede -
^m fuivant les principes de FArt y n a pas befoin d^etre fecondé-de la^
prtune} car fi tout ce que les Arts ont de beau leur vient de la Medei^
Ecciij,
* A r A 0 Hî
TTXl XI.
V. M armera O xo-
nienjîap. 84, 117-.
x.77.-i.^4,
ICshmatr. êitmês
artes.
S^ealiger, Æniÿtii-
Di varia
Ub. . eap. 1-5^
EJJats de Medectnf,
, elle aV avantage de ne rien tenir, ny des Arts, ny de lafimnèi
Lib.deveteriMe- Igs bons Medecins étam dans V exercice de leur Art , ce que font les
hmi»^ P/Vo/W dans un Vaiffeau. Qu*on ne m’allcgue donc pas qu’Hi-
pocrate a crû que la fortune peut quelque choie dans la eure
des maladies , puifqu il n’entend par le fameux a r a © h t i x h,
que cette conduite raifonnable & artificielle des Medecins qu’if
âppellc & tvm^iu. Il faut donc toujours faire , dit Cel*
fe, ce que l’Art ordonne , quoi-que ce que l’on en attend n’ar¬
rive pas toujours. Galien dit que ce qui arrive par hafard eft
direâement oppofé à ce qui fè fait avec Art , & que ceux qui
donnent tout à la fortune , arrivent^ rarement au terme qu’ils fe
propofent dans l’exercice de la Medecine. Cependant- il y a des
^ Adedecins qui travaillent avec fi peu d’application & d’étude ,
quon diroic qu’ils jouent à un jeu de hafàrd. Ils font de la vie
des hommes, ou peu s’en faut , ce que certain Juge faifoit des
procès qu’il decidoit au fort des dez. Ils attendent tout de
l’Etmiie. . é '
Nos te nm facimus fortuna deam eϔoque locamm.
’Âpttd stob&um. Jls.£{ïmTiQnt 'Ÿhis une goûte de fortune quune tonne de fagejfe ,
Bc préfèrent comme Sylla , le fiirnom d’heureux à celuy de
Grand. Ce n’ eft pas que comme il y adescaufes par accident
dans la Mcdeeinér il ne puifié arriver quelque chofe qui fafle
. paroitre. le Médecin heureux ou malheureux , fuivant le fens
que le peuple donne au nom de fortune fuivant celuy dont
* Tnfcli«m^inhil quelqu’un difok , ^^^’?/ à proyos de fe repofer quj^nd on ejt
malheureux que d' entreprendre quelque chofe^^ MsLis comme ces
mms. accidens ne regardent en aucune maniéré le devoir du Méde¬
cin 5 ils ne font rien aux préceptes de la Medecine pratique. Un
Médecin qui eft prefques: toujours appelé à des maladies feures,
ou à celles qui déclinent, pourra être appelé heureux , qui en
doute ?& tout au contraire, s’il n’eft appelé qu’à des maladies
morcelles & incurables j mais pour tout cela U n’y aura pas de
fortune dans l’exercice de la Medecine , puifqu’elle opéré d’une
maniéré oppofée aux évenemens fortuits, c’eft à dire avec Ait
&avec raifon. Ainfi ces ladres qui furent guéris pour avoir bû
r ohfif'jat. 15^. d’une bouteille où une. vipere s’étoit gliflee j cette fem-
enai i.. cenmr. i. mc fterüc qui eut dcs cnfans aprés une chuteforntite s l’hidro*
d^Amphiloque dont il guérit par un coup qu’il reçût dans
ceu. oan^ûdeMe- \o YCotTC J CCS hommcs aufquels dés-bleffures creverent des ab-
it£. Hifi. mi, ah, cachez èc inconnus 3 ces boiteux qui marchèrent droit , paf
Seconé€ Pam.Cha.p, XV, '407
4es açcidens qui auroienc.c^tffé. bras & jangbésl d'autres 3 ôc
enfin ce qui arriva. à ua Me Açpia^ Erpaguol , £cmt des fukces des ,
c^ijfes externes, Celuî^cy j dit le conte: > n’efperojc plus rien:
nr fon-maladje ,canc. il étoit mal, ^crovoit le, venir voir pour
erniere fois , quand attachant comnm il avoir: de coûtume:
la mule .dans la cour du logis pour entrer .' de M dans la. cham¬
bre qui. étnit au rés, de chaullée:,ril: entend qu*ort le prie de
monter en haut pour voir une .perfonne: qui fe: mouroitc II y.»
cpurc 5 nws comme fa: mule n etoit pas trop hie^i: attachée, j elle’
neurpàs de peine* à entrer dans la -diambrede- fou malade Edle
y fait; du bruit > elle: approchfiv du lit-r & voyant qu^il y a.quél^'
qu’un:, elle le flaire d’une maniéré icpt fait: ouvrir: les y:éix:&; les;
oreilles du pau.vre malade prefquè enrfeveliî dans une: aifedliom
comateufe J & il en demeure fi Æayé , qudl fait un efiFort pour:
fe parer des dents de la mule. Ainfi ccmouvcment,^ fécondé de
cekiy delà naturej.poufie en même temps par haut & par bas la^
matière d’un abfës caché au malade &au:,Medeciiî. Gependant
celui-cy étant defcendu , cherche fa mule y &: eft étonné de là*
trouver dans la chambre , & la garde qui étoit rentrée après:
quelques momens d’abfence bien empêchée^ à lècourir le mala-:
de. .^ Il le confidere , il touche fon poux j qu’il trouve meilleur
quoi-que fort ému , & demeure aufll étonné de rétrouver vivant
un malade qu’il avoit prefque abandonné, quil l’eft d’en avoir:
kifle mort effectivement un qui fe portoit bien quelques heures,
avant qu on l’eut appelé’-pour le voir. Mais le convalefcent
voyant que le Médecin fe prévaioit de faguerifon j ôc qu’il la:
donnoit au dernier remede qu’il luy avoitordonné > ne manque-
pas de luy dire , ce n’cft ny vous ny vos.remedes , Monfieur le
Doâeur qui m’ont guéri , mais vôtre mulej ôc comme vous ne-
tes qu’un petit mulet en comparaifon^de cette grande & habile
Mukj je vous donne ma parolle que fige retombe maladey ce fe¬
ra elle & non pas vous que je manderay pour me guérir. Tout
cela 3 dis-je , regarde bien le fort dit maladey ôélés événement
dépendans des caufes externes 3 mais non pas .ces fuites, qui ne
dépendent que des réglés de l’Art bien ou mài-mifes empratir
juc, 11 faut Gonnoître les maladies & en faire un prognoflic
jufte , & cela. s’appela raifonnement conduite, de même que
^application des remedes , & non pas hafard & fortune, comme
coups frappez en aveugle , Sç à la maniéré des An-
Sulpit. Stvere
Negromamic,
A
M, L. D. D.:
O g lEJJkis de Medecîne ,
Le Neptune étoit un des hommes de fon temps qui donnoit
le plus à la fortune , tant il abondoit en fon fens , & particuliè¬
rement fur fes eaux: car il ne fe contentoit pasdy commander
defpotiquement j mais il y faifoit encore des expériences témé¬
raires fur des maladies pour lefqucls ces eaux ne paroiflbient
pas être faites. Le Grand étoit le plus fortuné Médecin de fon
temps , au fens des conjondures favorables , & des heureux fuc-
cés qui le menèrent fi loin ,qu il luy étoit permis de tout entre¬
prendre & de tout ofer s julques-là , que les mâlheureuj|^& la
mort même d’un grand Prince j qu’il avoit dû prévoir , & qui l’a-
voit furpris luy-même autant que la nouvelle en furprit le refte
du monde 5 loin de mettre fin comme il y avoit apparence à fa
réputation , ne luy donna pas la moindre atteinte. Le Politique
ne donnoit dans la fortune ny par des remedes téméraires , ny
en fe confiant formellement à TEtoille 5 mais il y donnoit fans
y penfèr par des vifites fi précipitées , qu’il falloit necefiaire-
ment que ces caufès ïècondes&ces difpoîîtions doht nous avons
parlé 5 mffent pour luy , & pour le malade, quand l’un & l’autre ,
îe tiroitd’alFaire, evafit fati ope mnMeMci. Pour le Petit-homme,
comme il donnoit tout au hafard dans fa maniéré de pratiquer,
&que fa réputation n’ étoit qu’un pur ouvrage de la fortune, il
eût bien pu àiweifertüna fufra nos negotium gerit. Car il étoit fi
perfuadé qu’il falloir tout entreprendre pour s’établir, qu’il ne
Siârrétoir jamais pour quoy que ce fût , & qu’il eut mieux aimé
fkkc cent pas hafardeux en avant , que«d’en faire deux en recu¬
lant avec jugement raifon, capo k. Il ne faut donc
pas pour conclufion de ce difeours , que les Médecins s’atten¬
dent aux caufes fécondés ^ à l’Etoille , mais à la prudence & aux
préceptes de l’Art.
Muüa> viam fortune régît
Tout ce qu’on s’imagine de cette prétendue divinité , n’eff
qu’illufion.
Falminetînfuletiludatilafciviatyerret
Sît DeuSinosillam novimm ejfe nihil.
Que le Médecin joüiflè de tout ce qui arrive de favorable
du côté des caufes externes, à la bonne heure , j’y confens >
mais il ne faut pas qu’il s’y attende. Q^’il fe tienne donc , &
qu’il s’afrête,puifquc c’efl: affez, au précepte du grand Hipo-
cra.WiN'd Umere, nil conumnere , natur^m operantem conjîderare î
mirare. Comme il n’cfb obligé qu’à cela , quoi-qu’il arrive il
n’aura
Seconde Partie, Cbap. X V. 415
.iTaura rien à fe reprocher. Si morborum meâicamenta certa funt ^ Hipocrates de Uck
»on ejl fortumepuii altos tam rntàicam&nta quant non meàicamen-
ta cumfortuna exhibifafroderunt. Je fçay à la vérité, à.propos de
Jvledicainens , que le malade peut quelquesfois guérir fans cela,
M qu’il y a même , fi on le veut ainfi , des rencontres où Dieu be-
43it les fecours d’une maniéré extraordinaire , quand il le juge
uecelîàirc pour fa gloire, fuflent- ils ordonnez fans méthode &:
.âcontre temps. Mais comme tout cela arrive rarement , & con¬
tre l’ordre de la nature, c’efl: témérité &: tenter Dieu de s’y at¬
tendre les bras croifez, Quoi-que Dieu ait créé lé Médecin &
les medicamens , h le Médecin eft ignorant , il n’eft pas obligé
de donner cette benedidion aux remedes , quand même ce Me^ _ -
decin feroit un Saint , ü un ignorant Médecin le peut-être. Ainh
comme il arri ve ordinairement que lî le Médecin fait fon métier
fuivant les préceptes , le fuccés fera conforme à la Padion que
• Dieu a fait avec la nature , la fin étant ordinairement telle que y . Mkhaei Berin-
-font les moyens dont on fe fert pour y parvenir : de même fi le
JMedecin agit fans méthode &au hafard , U n’en arrivera rien stis.sea. s.&ai.
-que de funefte. C’eft pourquoy un grand Medeçin du fiecle
pâflé avoit grande raifonde dire qu’il fautfe joüer, de eequ’on ub. i. deinigi-^l..
-appelé jeu de la fortune , êc qu’elle ne peut rien {ùr la bonne nribm m MeAkin.
conduite & fur la prudence,
:^o$ arbimo fars facit impotentes luâos seHî vy e
. -Ludoshabeamus y quoqpie nos dr itpfotentes -: , Jsrpr.
J^am quod fumus iînperium illius ‘vitabit i
Atjumus mimus: corpus hac bona umbra tmtum.
C di A P I T R E XVI.
Dis Charlatans j^retendus Médecins y & des Médecins
Charlatans.
IL y a long temps qifon voit de ces coureurs qui ahufent
de la fimplicitédu peuple , puifqiie Strabon en fait mention
-dans fa Géographie. Jean Tzetzes * les appelle , parce ■^.Geograph.
-qu’ils aflemblent le peuple autour d’eux. Ges gens , dit-on 5 * inchUiadiL
, demandoient l’aumône , promenans un idole de Cybele au fon
des tambours. Quant à ceux des. anciens Gaulois J c’étQient des '
hommes qui vivoient en commun , 6c fans doute fur le commun
-à la maniéré de nos Bohémiens , 6c qui au lieu d’une, idole
Pff
1 ^ Bjjais de Medecine.
promcnoiem un afnc, qu’ils nommoient le Fortuné , en faifant
mille jongleries. On ajoute que les Athlètes mêmes étoient
appeliez Agyrtes , & que ces gueux qui chantoient aux fêtes &
aflemblées des Chrétiens , étoient appeliez Menagirta. Mais
tout cela n’eil pas ce que nous cherchons, puilqüe ceux qui ie
font mêlez de la Medecine , étoient bien plus anciens quêtons
ces Agyvtei j qu’Hipocrate s’en plaint, & qu’il nous les dépeint
comme des gens qui faifoient la JMedecine , fans raifon , fans
experience & fans probité. Mais pour cela Je ne vois pas ni que
ce grand homme , ni les Médecins, qui (ont venus après lui ,
nous aient défini la charlatan erie. Il eif vrai que quelqu’un de
z.deioeisinhomm. nos Medccios a dit affezfpiritueiiementquec’eftiâfaufle mon-
^dedecem. orna- _noye de là Medecîne j & qu’un autre *avôic dit de l’Alchimie
*T>ifcoHn de l'M- efpece de charlatancrie , long temps avant celui là : que cefl:
gine, mœurs, fraiü, un art fâns art , qui a le menfonge pour commencement, la
is ’SarUt^Ta ^ l’inquiétLide pour milieu , &; la mendicité pour fin. Et
•vec leur découver, c’cft 611 cc feiis-là que le fameux d’Aviflbn définilToit les Chi- -
Charlatans &: tous ces chercheurs de
les far f.B M.o. Pierre Philofophale, animal ereddum , mendax Témoin Pe-
T).R.à Faris,chez. TCioi ce famcux Alchiûiifte , qui difoit en mourant dans l’hôpi-
leTi tal d’V Verdun en SuilTe , qtte s’il avait quelque ennemi quil ne-
sât attaquer ouvertement » il lui confeilleroit de fe donner tout nAier
a la pratique de l’ Alchimie , ^ à la recherche du grand oeuvre. C’eft
pourqiioy , à mon fentiment , la charlatanerie peut être défi*
nie Ars illudendi mundum , a qua totm munàm illufus ejî. Car.
encore que les ennemis de la Medecine puifTent nous objeéfcer
que c’eft ainfi que le fameux Sala Médecin de Padouë x défi¬
ni la Medecine, il y a bien de l’apparence que Payant faite avec
► raifon , experience ôc probité , il n’a compris dans cette défi¬
nition que les Saltimbanques , les Theriacleurs J ôcfi Pon veut,
les Médecins ignorans & de mauvaife foy. Car fi on confidere la
Medecine en la maniéré que Dieu Pà creée,& qu’elle efl exercée
par les Médecins honnêtes êi fçavans, comment pourra -t-elle être
l’j^rt de tromper le monde , le moy en dont on s efi fervi depuis
tant dejkcles pour dupper les fats î Anfli n’étoit-ce qu’à l’égard,
d’une infinité de Charlatans & de malhonnêtes Médecins qu’un
grand Prince de notre temps ne pouvoit s’empêcher de dire
u.z.vp, que là Medecine avoir quatre pânies, dont les crois premières
étoient Charlatanerie , &la quatrième Forfanterie. La charla-
taaeric n’étant donc pas fimplement renfermée dans Pignoran- ;
Seconde Pdnk, Chap. XVI. 417
ce des Empiriques , mais même dans la maniéré intcreiTée , ava-
-xe? trompeufe ôc fanfaronne de quelques Médecins dogmati¬
ques , n’aurons-noiis pas raifon de les regarder comme une ma¬
niéré de Charlatans ; l’honneur, la confcience , 6: la pureté d’in¬
tention n’étant pas moins necedaires pour former un bon Mé¬
decin, que l’efprit , l’intelligence &: les préceptes de l’Art. C’eft
pour cela qu’ayant delTein de faire connoitre dans ce Chapitre-
cy les differentes fortes de gens qui exercent lax:harlatanerie ,
je commence par le nom , l’origine ,.la defeription , lés maniè¬
res, la conduite , & Thiftoire des. vrais & fiéfez Charlatans ,
pour voir d’autant mieux dans la fuite, en quoy certains Mé¬
decins leur reUcmblent, à travers la morgue & la figure qu’ils
tiennent en public & dans les Ecoles. Âpres quoy je palTeray
aux Eeclefiaftiques &: aux Réguliers , qui fartent comme des
transfuges de leurs poftes, pour fe riiectre de la partie , & fi-
nïray les portraits que je feray de ces trois efpeees de Charla¬
tans, par la peinture de ces femmes inquiettes , qui en veulent
être par curioficé , vanité ou indigence , puifque tout le mon¬
de fçait affez que
Fingit fe 2\/[eàicus , quivis iàiotti , Saserdos ,
Monàchus , Hijlrio ^ Tonfor y Anus ,
Miles y^Mercator i Cerdo i ITutriX i é^ Armor
Fuit medicas hoâîe quivis hubere m^nus.
On croit communément que les Charlatans fontainfi appeliez
de ricalien Ceretani y & de certains peuples originaires d’une
ville d’Italie âppellée Cemo , fituée entre Spolette .ôi Nurfiedans
EOmbrie , opinion qu’Ambroife Calepin avoir avancée avant
l’Auteur d’un Livre intitulé Difeours de rorigine des churlutum y
imprimé Tan 1611. C’eft: ainfi que quelques-uns font venir jf-
trio àAJîriuy Province donc ils font les Batteleors originaires ,
foûténanc encore qu’Ifter en Langue Hetrufqiie figuifioit ce
que les Italiens appellent maintenant Ludkne , & nous Batte-
leur; Ô£ que d’autres , comme Leandre Albert , ont écrit , que
les premiers habitans de Cereto croient certains François chaf-
fez de leur païs , lefquels ayant prié le Pape de leur affîgner
quelque retraite , il les établit en ce lieu-là , avec permiffion
de mendier & de vivre de leur fçavoir faire. Mais il eft certain,
quoy que puiiTe alléguer cet Auteur, qu’il yavoitdes coureurs
êi des Charlatans dans le monde avant que la ville de Cereto
fut bâtie , ainfi qu’il paroît pajc la Loy du Codde De 'validïs
F f f i j
I.;
IL
ni.
ïv.
Poliddr, Vîrgil. l.j\
c.S.
I» Italk illpgra^
ta.
l. Z.
ji.
1S.kipJtre. 3 ,
'Btfcurfii dèM'edîiis
»on M-edieis.
Lamie Frophete^e
§lle dt Nepiftne.
41g EJJdh de Medecme^
menâicü par Is rémoignage mêaie d'Âgellius, & par qiïelqtïe j,
Epigrammes de Marcial. Il y a donc bien plus d apparence
comme le veut M. l’Abbé Ménage dans fcs Origines des mots>
Italiens, que le terme de Charlatan vient de CiarUre , dérivé-
àu 'Lztm cirmlare i qui lignifie non fealement tourner Alentour ^
mais encore: la même choie que decipere , tromper _& fourber..
L’Auteur du Difcours cy-devant allégué veut que ces gens-làr.
fe foieiit fait un plaifir sL un métier de courir , attirant douce¬
ment le peuple par leurs jongleries , divinations & prédidionsy;
& par les- fauts qu’ils faiioient fur des bancs & fur de petits,
théâtres , d’où font venus les mots, de Chiromantes & de Sal-^
îimbanques. Il ajoûte quùls le- rendirent enfuite plus- agréables,
au peuple par le débit des. poudres aromatiques., des remedes,*
des fecrets & des, curiofitez , avec quoy ils amüfoient les*
gens.de trop de ioifir. Enfin , dit-il , la charlatanerie fut ré¬
duite en Art , & eut fes parties intégrantes:,- dont la premiè¬
re fut la- mafcarade ,Ja fécondé le banc , la troifiéme le men-
fonge ou tromperie ,. la quatrième la raillerie, ôc la cinquième,
les boules ou boulettes. , poudres êc mufcadins , & même les.
tours de palFé -pafiévde cartes êc de goubelets. 11 va bien plus
loin , car il ajoûte que le diable a été le premier Charlatan dece;
monde., le pere de tous les autres ,* & pour trouver fon com¬
pte dans la reflemblance des enfans au pere , que premiè¬
rement il fe mafqiia au Paradis terreftre , feHmettant fous la fi^
gure. d’un ferpent. Qu’il monta fur l’arbre de, vie comme
les Charlatans -montent fur le theatre qui les fait vivre., jv
Qfiil inventa ôc.de.bita des bourdes , en difant à Adam & à Eve
qui étoient de bonnès gens : Fom ne mourre^ point. 4. Qu’il fe
moqua d’eux en. difant : Vous ferez, fcmblabies à Dieu j 8c en
cinquième lieu qu’il leur propofa le fruit défendu comme une
de ces pommes de fenteurs , dont les Charlatans amufent les
femmes, ôc les fimples. Je ne fçay fi le fameux Médecin David.
Sturmius n'auroic point eu lamême vifion , quand il avécrit^
JPrimm Cncodœmon meàimnta pr&pB^iivit FrotopU^is ; ce qu’il y a'
d’afiùre eft que les Prêtres des Idoles , les Magiciens , Lamies ^
^ autres Miniftres des Démons , avoient cela de commun avec
nos Charlatans , que les uns & les autres ont toujours pris pei¬
ne à envelloper ce qu’ils debitoient. Mais pour revenir à l’o¬
rigine de ces coureurs , qui trompent les fimples par le débit de
leurs feersta i ily en avoit dés.le temps du grandHipocrate, com:^
Seconde Partie. Chap. XIV. 41 P
®e BOUS l’avons remarqué cy-devant. Hérodote nous aprend R-aptores MeJici
encore que les Egyptiens & Babyloniens les chafferent de leur
païs , comme firent les Grecs apres eux Galien ne les a pas ou- fdda împeritis im-
bliez fous le nom de ces prétendus Médecins, qui couroient
païs Latin -k ô^l’on n’a gueres vude païs depuis , qui n’aient été graflkbanJ
infectez de ces chenilles- de la Medecine. Mais il ne faut pas in campu ta-
paffer outre fans remarquer que quand on les appelle Empi-'^*’
riqiies; , on leur fait bien plus d’honneur qu’ils n’en méritent,
èc qu’il ne faut pas s’étonner s’ils ne s’enoftenfent pas ; car en¬
core que les- anciens Empiriques fuffent ai nlî appeliez à caufe^
de rcxperience i- à laquelle ils ne fe mettoient pas en peine de
joindre le raifonnement , que les Dogmatiques y ajoûtoient s
leur pratique neanmoins ne lailToit pas de rouler fur la natme- ,
lafor^umAar€'velatiof^yé^Cimitaùo)fyà’oh\\st\ïo\t^nte]uc\(\ues\\i-‘
micres outre celles de l’experiencejgens au refte la plupart de bon .
feosjphilofophans à leur maniéré, dont les Chefs telsqu’étoient
PhilinusdeCos , Acron d’Agrigente,Gorgias,.Philoxene,Sofl:ra- . ; -
te , Hieron , Ammonius ,.Triphonî Evolpius, Meges, firent de - • ^
fameux Difciples ,.ôc dont Galien avoué de bonne foi ^avoir
apris d allez bonnes chofes. Ainfi je laifFe à penfer fi des mi-
ferables , fans étude , fans principes , fans raifonnement 5 fans ' ■
honneur. , ne font pas bien aifes de fe voir appeliez du nom i
d’une telle Secte, Ce leroit les traiter encore, trop favorable.- .
ment , que de les appeller les finges de la Medecine , comme
fait Galien , eux qui. ne doivent être confiderez que, comme, les
inléctes & les efearbots de cet Art. Quoi qu’il en foit , voici
comme il nous dépeint ceux qui de fon temps. ufurpoientda
qualité & le nom de Médecin : Gens qui fe vantent à' è-tre de cer^ Cûminent.^ïn c. ig^-
taines SeBts. G’efl ainfi que nos Charlatans fe difent Mede^"^^
cins Spagiriques , Chimiftes & même de Monpellicr ,. ou ils
n’ont jamais mis le pied. Il ny a rien de fi difficile qu ils n entre.-
•prennent hardiment y, grands menteurs , ]ufquk faire des e'erits pleins
■d'i^pofiures. Voilà les impertinens livres des -plus hardis , les
■placards U les affiches des plus timides fur des matières
n entendent pas.. T émoin. celui qui difoit de Galien , qu’il avoit
écrit en fort beau Latin. Ils ri mt ni expérience ni raifonnement y
comme nous le verrons -cy-aprés. /h comparent jamais les
■ temps ÿ le prefent, le paffé & l’avenir leur font une même cho-
fe. ils ne connoi fient- ni les efpeces , ni les différences des mal/tdies ; u AeTherijtc..
& com.mt ils ne [pavent pas même ce que cefi que divifer, ils font- ^
E £f iij.
■426 Medecme,
comme ces mal-adroits CuiÇiniers , cfui au lieu de feparer proprement
i. Meth.c. 6: membres des animaux , les déchirent & les écrasent. Ils auroient
bien de la peine a dire fmplement ce epue c ejl qu humeur , ^ de com¬
bien d'humeurs la ma^e du fang efi composée. Que dif-je, c’eft leur
faire encore grâce que de fe fcrvir de ces traits de Galien , pour
faire voir ce qu’ils font , puifqu’il y en a tant qui ne fçavent ni
lire ni écrire. Aufîi efl-ce pour cette raifon que quelqu’un les
appelle les fléaux de la Medecine a comme û c’écoit des ennemis
8c des péftes qui portent par leur ignorance & leurs mœursçor-
rompuës , la mort 5c la défolation par tout où ils vont. Cepen¬
dant les uns paroiffent au grand jour 5 publians leurs fecrets, par
un Zani j dû l’Auteur du Difeours cy-devant allégué par un
Gratim & par une Florinde. comme s- il n’y av oit rien déplus ra-
re pour la famé , fans que le peuple s’apperçoive que tout ce¬
la n’eft quémommerie , êc qu’il ne peut rien venir de bon de
gens perdus d’honneur êc de confcience dés l’enfance , 8c de-
Capit. de iis qwi clarev: pécheurs- publics par l’Eglife 3 outre que s’ils débitent
mmnmr tnfam. s. antidotes , ils font fi differens de ceuxdontles An-
articui.C. ïCiens nous ont donne la delcription ; que 11 la diipeniation
sLaürentîHs Hof- qu’ils en font ,5 écoit faîte fidèlement , ils perdroient leur peine
7.7^feJibtifué‘ ^ argent , les donnant à fi vil prix. Il y a même tantd’a-.
vers upi Medic. bus à cc que difcnt 6C à tout^ ce que font ces Saltimbanques j
c j'mc. debiteurs de remedes ,ôc ces difeurs d’Orofeopes , que le
Duc de Rochefter l’homme de foii tems qui fe plailoit le plus à
changer de divertiflemens , 6c à éprouver comme un Pro-
théc toutes les conditions J voülut voir par curiofitéjufques où
pouvok aller la crédulité à l’égard de ces gens -là. Comme
le peuple de Londres ne va jamais à la Cour , 6c qu’il ne
oonnoift gueres lés grands Seigneurs , il ne lui fut pas difficile
de faire le Charlatan dans cette grande Ville. Il y propofà
donc fur une maniéré de theatre lés remedes , 6c les vendit,
après les avoir un peu cajolez , cc qu’il voülut 3 6c comme ils
li’avoicnt rien de dangereux , la confiance qu’on y avoit , fai-
foic d’afiTez bons effets. Il difoit la bonne avanture aux fem¬
mes , 6c étoit fouvent confulcé fur des matières qui lé faifoient
entrer dans le fecret des confultans rainfi. étant homme à pro¬
fiter de tout , il lui arrivoit quelquefois des avàntures Roma-
nifques 6c des plus galantes. Et à ce fujet je ne puis oublier ici ,
qu’un Comédien de Londres , qui n’avoit pas tous les jours oc-
éâfioa deparoîcre fur la fècne de éctte Ville, s’en alloit quel-
Seconde Partie, Chap. XVI. 42,1
qaefoîs faire le Charlatan dans les V illagcs où il vendoit fort
bien fon baume , à force de le préconifer aux païfans j mais
parce qu’il avoit par malheur le cartilage du nez à demi ron¬
gé d’un vieux ulcéré 3 cela gaftoit tout le métier auprès des
Villageois les plus fpirituels. Comme il eut donc appris que
quelques-uns ralloien^de fon nez , il ne manqua pas de leur
dire un jour dans fon allocutioii , qu’à la vérité il avoit un nez
qui fembloic accufer fon baume de peu de vertu 5 mais qu’il
faloit qu’on fçeùt que le mal avoit été fi grand , qu’il n’avoit
plus^ du tout de nez , & que ce qui lui en paroijSbit alors , ètoit
un effet miraculeux de fon remede donc il efperoit une en¬
tière guérifoD quand il s’én feroit encore fervi quelque tems. .
Voilà pour ceux qui travaillent au grand jour : car quand à
ceux qui fé eaehent dans les teaebres ^ il eft h difScile de lesdé^
couvrir 3 que fi l’affiche ne'marquoit précifément la ruë > l’en-
feigne , le voihn 3 la porte ôc l’étage du logis avec le nom de^
l’Erculape 3 on ne le trouveroit jamais.. Et ce qui fait qti’oq
lé cherche nonqbftant f obfcurité du lieu j.. c’eft qu’on s’y croir:
bien caché 3 quoi-que plufîenrs per.fonnes de l’un êe.de l’autre"
fexc 3 qui ne s’entrecherehoient pas 3 fe foient fouvent rencon^
tr ez à- un même Oracle. Oracle au refte qiii n’e/l 3 fi on le
veut bien examiner 62 connoicre à Fond , qu’un valet , qu’um
artifan ruiné, qu’un folliciteur de procès , qu’un ignorant ôc
méchant Prêtre , ou tout au plus , dk un f|avant homme j-uni
Barbier on un Herboriite déguifé en Médecin. Galien parlant
de tous ces gens là , dît agréablement que ce font des voleurs^
des plus finguliers 3 piiifqùàprés avoir volé tué , ils trou-
voient le moyen de s’en faire remercierpar ceux qui devroient
les poursuivre en juffiiee. G’ejft pourquoi lé docle Scaîiger qui
les connoiioît très parfakemem ,.- n’a- pas fait de difficulté, de
nous en faire cette peinture :
Cjnimm fpecies nova pudenda
PVo morte Ah !-■ Ÿtetmm- ^
^anum:^mriif:.cum Amulatorii^^
Argentique fitimlofiores quam
Boni nominis ér boni f udoris ,,
Vdle carnifimm cohors cruenta^r-:
Plena fanguinis éi rieomonum.
Q^nd meme iis ne feroient pas tant de; vols & de meurtres , qui
otite que ce ne foit au moins de véritables^ ufùrpaceurs de %
Z, I Mithoàl^
Freceg.adEf ig, ©ç-
l. I. f rmet.
în fnanîémCAmt^-
liA»t
Medecîne,
%. ie T.iegMt. Medecîne, comme Hipocrace les appelle. Car enfin U MeâeeU
ne efi un Art , (j^ui \comme tous les mms , a fes principes : tant eUe
eflune hubitude, qtd s' acquiert par P expérience é' p^r
. dont les principes dépendent de P étude au on fait^
la raijon
Laaremberg. forti- dont ies principes dépendent de P étude quon fait. De "plus ,
CHS. ÆfcuUfms in Art doit connoître fon fuiet & matière. Ü a des principes
tik. l. cap. î. • ri k Vl -f d . n t » /z ^
^ vrats cr unw^jrjels. Or ejt-u que l expenence jeule n, efi point tout
cela : car elle n a rien que de finguiier-, ^ toute fingularité n efi ja*
mais de P Art : donc les Empiriques ne peuvent fe mettre en pofiejfim
de la Medecîne que par la tromperie ^ par la violence qutls lui
font. leurs patrons difent -donc tout ce quil leur plaira,
cette expérience eü; infidèle, étant fans raifonnement-: C2iv qui-
^UtomHHebo Platon , s^ imagine pQ^eder un Art fans Pavoir dpris
9. Method. -avec methvdt , quil fiache quil n en a que P ombre. Penféc que
inSfecHio vjuha. Galien â empruntée de ce grand Perlonnagc , ôc qu*un autre
*^'**^‘ a empruntée d’eux. ^ Cependant , dit Roderic. Zamorenfis , on fe
fie à ces gens-îà en des maladies s ou les plus fçavanS Médecins font
affe^ empêche^. ajoute cet Auteur après faint Jerome,
zftfi. Médecin prétendu pourra-t-il fç avoir ce quil na apris d aucun
UnHm. Maître. Les Charpentiers , les Ti ferans , les Foulons , les Serruriers ,
''' les MaponSi ^ tant dl autres Artifans ne peuvent exercer leur métier
s'ils ne font leur apprentijfage 5 é" cependant il fera permis dans la
Medecîne , ou il nf va pas de moins que de la vie , de ne rien
fpavoir ? Lis uns confultent les malad..es memes fout en apprendre
la A£edccine , quoi-que ces malades .ny entendent rien \ les autres
s informent des femmes comment il fe faut prendre d traiter les hom-
? mes i les autres apprennent des Infidèles les remedes dont ils ahu-
fent dans les maladies des Fidèles j les autres feuilletent des livres
f' derecept(S) dont ils font fervir les remedes d tous les âges , d tous les
'' r f tems , (jr d tous les fexes : ainfi un av eugU en conduit un autre.
Combien de maladies entretenues & prolongées par ces remedes , 00
3 changées en de pires ? Combien de poifons donnez, en parfums ^ Com-
i: bien de remedes de prix employé^ fans neceffité ^ ^ feulement pour
rendre la cure prétendue plus precieufe en des occafions , ou un peu de
f'*''- - patience ^ de régime auroknt été fu fil fans ’.e^r après tout ^ il fe trou i
n Ciiratio Tcra, proceâif mettodo , fine qua oœnis œcd^jatio ftolidfa & crapîrî---
ca. Ui ex Galeno-artifices errant fine pcrpcndiculo & norm , fie Medicus , fi fanec
non atte fed cafu , fie HippoccEtauros producit , & inanirer ut implumcs ciconiar
fubrultantcs alas vibrât. Sic idem Galeuus; I. 13. Method. c. lo. Si quis adimerec
■3 udîcationem fumptam à parte , totam Medicinam non modo Tex menfibns , fed ctiam
' -Tex 4icb«s addifccret. Liment, Jîofmmn. de fera ahtifH remedierum Chimicer.
Seconde Pâme. Chap. XVI. 41^
bîe» loin de rejfufci fer des morts , ^ comme on V avoit promisy * ijîî ^ mortuîs
en refait mourir des 'vivant^ De plies , dit faint Jerome , il ny a ff-
ni barbon > ni 'vieille caufeufey qui ne déshonoré la Medecine jufques ciebant. sic Simon
i Venfeigner fans l'avoir apprife , impofant au peuple par un air gra- AÎfaToTum
ée -, Ôc par des paroles pefées &: étadies. Auffi eft-ce ce qui piriafcha excæ-
i oblige à emprunter ces vers du Satynqiie, . ;
^md Medicorum eji ■ ^
Promit tant Medki.
Ne feroit-il pas beau voir, dit Sandorius, un aveugle &;im Uhrivi.'
lourd, qui n’ayant jamais vu ni connu les roues & les reflbrcs t^nd.trror.xQ. c.
dnne horloge , voudroient donner des avis pour la rétablir ,
quand elle eft démontée ou rompue. f
Mais quoi ? Antiquum é’ vetuS eft ^ c’eft un viel abus chez les
perfonnes de qualité , & même dans quelques Gours / où on
I» lie le contente pas de protéger des fourbes & des ignorâns ^
mais où on s’en coëfFe encore honteiifement , & quelquefois tfès-
malheureufement. Car pour ne rien dire de nôtre tems, ôc pour
ne fâcher perfonne, y eut-il jamais rien de plus ridicule, que
d.e voir le Lieutenant d’un Empereur Romain donner dans les
promeffés & dans les jongleries d’un Alexandre , dit le faux ""
Prophète, au point de fe faire fon gendre. C’étoit à la vérité, ^ ,
J. . r • *• , , . r ° Alenm-
dit Lucien , un homme bien fait , qui ne manquoit pâs d eb dr.
prit, & qui fembloit fçavoir quelque chofe de la Medecine,
mais dont les difcoLirs n’étoient que des coqs-à-l’âne pour ceux
qui avoient du bon fens , & qui le voùloiént 'faire raifo'nnéf.
Il étoit difciple &; compatriote d’Appollonius de Thiànéç^ &
peu moins fourbe que ce déterminé fripon 3 ôc éepétïdahf il fe
difoit fils de Podalire de Triques 3 quelle extravagance ! Apres
avoir fait publier par fes emiflaires qu’il avoit des remedes pour
toutes fortes de maladies , il ne maüqudit pas de répondre à
ceux qui le confultoient , à la maniéré des Oracles ^ de forte
que foie que le malade mourût , ou qu’il guérît , feS partifàhs ' ■ ^
interpretoient toujours fes réponfes dans un fens qui lui étoit
avantageux. Il s’aÛocia premièrement d’un nommé Coconas j
homme auffi perdu de débauches que lui 3 & comme il étoit
fefolu de commencer le débit de fes fourberies par les gltis
grand badaux de fon fîecle , il commença par les ÇhâléédqJ
niens , qui étoient les plus grofe ganàches dé toutes cellés-de
la Paphlagonie. Cependant il fut allez malheureux pouf voir
tadûrir fon cher Gocohàsî mais il nc perdit pas pour cela èou-
de. Médecine,
rage , & fit tant de tours de fon métier , qu’il étonna tout le
monde. Voici ce qui lui reüflîc le mieux, & qui établit fa
réputation. Il a voit caché un œuf en terre , dans lequel il
avoit ajufté un petit ferpent, & publia , quantdl fut temps ,
que le Dieu de la Medecine fe vouloit manifefter aux hu¬
mains par fon minidere. On fait donc femblanc de chercher
ce Dieu, & on trouve l’œuf, d’où le ferpent ne manqua pas
de fortir par l’artifice d’Alexandre. On adore auffi-tôt ce
Dieu & fon Auteur même. Le ferpent ed montré au peuple
• comrn^ un Génie tutelaire. U change tous les jours de taille &
de itêce : tant on fçavoit lui donner la forme qu’on croyoit la
plus convenable à ia mommerie j de forte que Rntilien Lieu¬
tenant de l’Empereur Marc - Au rele fait venir Alexandre à Ro¬
me par l’ordre de cet Empereur, où il eft conduit comme un
Efçulape fe laiffe enfin tellement mener par le nez à Alexan¬
dre, qu’il époufe fa fille, & facrifie aux Mânes de ia merede
cette fille. Ce qu’il y eut de honteux êc de tragique enfuite
du Comique de ces noces, pour l'Empire Romain, eft qu’on fe
fia tellement aux Oracles que rendoic le ferpent , qu’ils firent
périr des armées entières. Il y eue même , dit Lucien , un.vieux
Médecin à R.oms nommé Poëtus, qui fe fit difcipîe & partifan
jMedecm faux Prophète par un motif à' avarice à'interef ,fai-
fant en cela une chofe indigne de fa profejjion. C’eft pourquoi il ne
faut pas s’étonner il on voit à prefent des Médecins , qui non
^ulement fouffrent patiemment les Charlatans , mais qui font
enpore une maniéré d alTociation avec eux. Enfin qu’arriva t-il
d’Àlexandre ? Il mourut 'à l’âge de foixante & dix ans d’un
vifain ulcere , après avoir publié qu'il en vivrpic 150. digne fin ,
Âit Lucien^ du Jlls de P odalire,
En yoicy un moins extravagant à la vérité , mais qui fut
I)1en pip5 heureux qu Alexandre , quoi -qu’il fut aufii igno-
4. H/^., rant & aufiî effronté. Uranius natif de Syrie , faifolt le Mé¬
decin a Conftantinoplc , & le Docteur fur toutes fortes de
matières i fe pouffant par tout ôc même dans les aftémblées des
^çavans, encore qu’il n’eût pas la moindre teinture de la Phi-
iofqphie d’Ariftote, & que toute fa critique ne vint que d’unô
prefomprion ^ d’une infolence qui le rendoit comparable au
Xerfîte d’Homere ; mais ne trouvant pas fon compte dans cette
Ville , il s’avifa de paffer dans la Perfe , où il s’infinua par ia
f^çur d’Àreobiûdus d^s l’elprit de Cofroës Koy de Perfe >
L 8 '
Seconde Partie, Chap. XVI. 41^
qui récouta prcmicrement avec quelque fatisfa^tion , & qui s’ac-,
ceûtuma enluite de telle maniéré à fes hâbleries j que non feu->
iemenc il le confidera comme un habile homme , mais encore il le
préfera à tous les plus fçavans Philofophes de fon tems >luy faU
fant des prefens confiderables , le faifant manger à fa table , & luy
faifant prefenter la première coupe de vin par honneur. Il l’appe-
loitmême fon Maître & fon Précepteur dans les lettres obligean¬
tes qu il luy écrivôit , & tout cela parce qu’Uranius avoit aflez eu
de complaifance pour publier que Cofroës étoit un fort fçavant
perfonnage , & parce qu’il luy donnoit tout l’encens qu’il pouvoir
fouhaitter. Voilà, dit l’Hiftoire, comme, il amalfa des richeffes
qui le rendirent fi ^in & fi infolent, qu’étant retourné à Con-
Itantinople chaeuh le fuïoit comme un homme infupporcable, ôc
digne du dernier mépris.
Voicy quelquè-chï^ de bien plus burlefque , c’eft un véné¬
rable Savetier qui fe met en tête de faire la Médecine, ne fça-
chant plus de quoy vivre, 5c auquel on donne , tant on eft fot,
fa tête à guérir , quoi-qu*on refufe de luy donner fon^ pied à
chaufler. ^ ^ f
Malus mm futor inopa de^erditm Effgramm, :Bhoêrd?:
Medicinam ignoto facere cepffet loco itki.Fabal.Æfop.
Et vénditaret falfo antidotum mmine
'Verhofîsadquijjivitfibifumamjlrophis. • ^
Hie mm 'pceret morbo confectm gravi
RexurbiS i e]us exprkndi gratia
Scyphumpopfeit : fufa dein fimulans
‘ Antidoto mifeere ilîius fe toxicum
Hoc bibere juffit ipfum i pofito pramio.
Timoré mortis ille tum confeffus efi
Non artis ulla -i Medicum fe prudentU
Verum JluporevulgifaHumfembilem.
Rex advocata, concipne hdc addidit -
putatis effe dementia
capita vejlra^ non dubitatis credere
Cui calceandos nemo commiferit pedes ï
Car qu’on ne me dife pas que c’eft une fable , puifqu’il n’y a
rien de fi frequent à Paris que des copies de ce bel original , qui
feroient rougir ceux qui fe fient à ces miferables , fi on n’avoit
l’honnêteté de fupprimer leurs Hiftoires.
. Le Médecin de Florence fit tout au contraire de ces vilains
Ggg ij
Ejjkh de Medecme,
hommes changeant de méqer. Auffi. fut-il plus heufcuK profi¬
tant dé la crédulité dïin Abbé paflionné pour rArchiteçtuçç j
car au moins mit-il un Palais fur pied 3 après avoir tant renverfé
d*liommes. . d'i , , tk' "
Vms Florence jadis vwoit un Médecin ,
Sçavant hâbleur i dit-on r é’ célébré ajf affina
CmntèntAY. in
^fhorifm. z.Seii.
yyeltagtî neStes
MeiU. ÿag. lo.
‘EpigrammaK K/»-
1er. Cordi l.
: . i C\émt un riçhe 4bbé fpuàe l\Architeciure, ;
f' Le Médecin d'abord femble nè dans cet Art r, . . ^ d tiv.
Déjà des bât imens farle comme Adan^urd. '
, E?^fin pour .abréger un fi prodige .ri i - ]-
.Motre a^afifin renonce afin Art inhumamr , %
Et déformais la réglé (fi Fé^uaire d la main^ d ^ \
Laifi'ant de Galien la fiience fupfpêcîe\
De méchant Médecin devient bon Architedée^
Quel bon- heur pour te public , s’il prenoit envie à nos Char--
latans, & même à touscesiMédeGins dont nous parlerons cy:- aprésj.
d’imiter ce brave Architcde , iis ne rifqueroient , comme le re¬
marque Galien , que des matériaux. L’Hiftoire efl: jolie de cs-
luy qui de Savetier fe fit Baigneur , de Baigneur Cabaretier ,
de Cabaretier TilTeran, de Tmeran BrafTeur de biere, de Braf-
feur Magicien , de Magicien Médecin ,,quelle gradation î Voila,
dit l’Ailteurde i'Hiftoirej rancrefacréej&l’azile des fripons Sc
des fcelcrats , êc c’eft pour cela que l’ânefic d’un de ces guerif-
îeurs , fi l’on en croit un Médecin Poète , fc voyant fi mal traittéc
par fon Maitrejuy remontroit pitoyablement qu’il devoit bien
épargner fon dos & luy faire quelque grâce > en confideratioa
du changement qui pouvoit arriver de foii fort , puifqii’il en
arrive tous les jours de plus grands , &q’Vellc pourroit bien fe
rendre auffi habile que luy , s’il daignoit luy faire leçon*
Non me tam dira mifirandum verbere çæde
,^in condifiipulam des refidere tuant
Hanc venio audiîum quam vùs fie difiitis artem
Huic operam fiudio Inunc daho vefira Cornes^
^o't fi quidem videoy Medicina beavit afillos
Mutabit fortem forfan (fi ilia meam.
Que ne diroit-on point encore du Médecin Grillo des Itaiicùs^,
dont les François ont izitle Medeàn malgré iuy, ce 'Pâïfânüi^rütsL
âc JÛ ignorait 4^’il s’imagina , que par ce qu un de fes freres qui
Secmh Fékftié. GÈap. XVL 411
étoh Médecin , avoir découvert un trefor dans un Ghampe , il
ji*âvoic qu à fe ^irc Méd«cm pour avoir une pareille fortune *
& qui en fit en elFet une conMérable après avoir acheté des
habits de Médecin Si un Livre où;,' quoÊ-qu’il ne fçût pas
lire , ri croyoxt fe rendre un grand Dodeur. La différence qu’il
y a entre ce Gfillo & nos EfearbotS; de lal jMcdecine, eft que ce
brutal fe fit jiche par hafard; & par la fottifé du Prince, qui attri¬
bua à fi capacité ^ee:qur n’ecoic quévfortuneiÿ ac^ü’an contraire
nos* Charlatans .meurent prefqué tous: dans la pauvreté , apres
avoir trompé riches & pauvres. On n’auroit jamais fait fi on vou-
loit donner toutes les hiftoires de pareils éhangémêns , 3^ toutes^
celles où rèffrontefie: d’un côte , & de 1 autre la crédulité , n’ont
jamais- paru fouienabies aux gens de bon fens* Auffi voyons-
nous qu%i bel elprit qui avoit obligationa la Médecine ration¬
nelle , voulant luy donner quelques marques dé reconoiffancéi^-
hxy facrifie dans là Préface de* fés Poëfies. tous ces effrontez
comme autant de bêtes ô£ de vidimés 5 mais d’une manière que
je n’ay pas jugé àpropos de traduire , decraintc d’oten quelque'
chofe à la forQé & à la beauté de fbn expreffiottï £ga mfüpery
Chrijîimi arUs Mtàïci ^ qui vitàm , 'Vitiêque ufuram vobis debeo j
gmti mimi efféMûm Àemonjlmfurm t repamtorib, tejî^ mtd r etiam faeoh tâUe
deliciasfucere conuhiyr y fmüs Mtis 'vejir^ cômplurib.qùales Glmdiolat *»M9*
l^ilUnovunus y'novijjimè JanfiQrdusMedici pr£ÿ4>ntijfi^ depmxere , : ' ^
monjlris quoque: aliquot ut o.culos pufemt-t-m. 'voluptatis ffe^l^acuîtim
adductis yUt delippis é" Touforibm^ ttiuum. Simix Medicma^^^
ta , cinumfoY^nei ycingMi , idiota^ i mulierctdumm malagrnam
compenentium eîiriofa^imô âh^urda fugucit 04 ^Inmonfim Ikebn mmt'^
rorè Atheot^ otquè Judoos.Mi omnes medîümm hoc efiterm
Rmpuhiicj^ côlumm uel infiitm c&rrumfmi i W’d impurtmte
fomornt i digm proinâe qui- fic'ùt alkni mMink oAqm honoris roptores^ .
vic}moru?n ritu oâ tuwtâum Gaîeni moMéntur, Medkis quemad^’-
dnodûm jïmia ogrïs -i kmihm ob 'feBi , fâcrtfiemt olii Galh^ Æfculo^
^ofëgà r# Péëm Foppo pofieris profmim hoc gems hominum^ s a.
'^id^poiriimnolond^ pâtom. deçor^urgetmobilifRmo-
dtrk's pyoMs hfe^^ im poft pampinamùem 'ûitib,-fuccrefeit latiotf
fmœmtao hehcjcmiihus gemmis , deterfa Uhe primœvm. affunditur
fikndor ^c,
' Mais ce ^u’i 1 y a, nonobftant tout cela davantageux pour cesr
helîtres , & de fâcheux pour la Médecine , c’eft qu’ils ne font
^fasfîignorâiis qu’ils ne f^àchent ^fn qu’il y a des gens de tour^
' " .GSS H
•^^2: Effak de Mededni,
scif. MercHt. cap. tes fortcs de Conditions encore plus ignorans qu^eux , & qui' ne
8 • 3- manqueront pas de donner dans leurs piégés , Accorgknào benipT^
nfe,ohe ph di loro fùno ignoranti ^mlli qui di krofifervom > témoin
ecc Artifan qui ne voulant pas fouiîrir qu on luy tirât du fang
pour une douleur de côté preffante, afin d’épargner douïie ou
quinze fols , envoya chez un Operateur dont la Ptifane purga¬
tive étoit en .réputation de guérir de tous maux > qui luy en fit
pour trente fols, une; dôfe , tirée d’une petite tonne d’où elle
fortoit pour aller amfccours de toutfâ les maladies indÜFerera-
mefit. - : ^ ^ ^
Sivisjmandemorh&mfctoqualli
‘ Accip herham y qualcm fed ne fcio i Veî quum ^
Tout •cela pafee t^ue le' peupl^^ 5c tout ce qui eft peuple par fa
fimplicité , eroit que tout ce qu’ils débitent eft un fecret dont
il n’y a qu’eux qui fçaehent le miftere , 5c c’eft ce qu’il faut exa-
"sminer pourle bien public, êcpéur défabuferis’ilfepeut, ceux qui
Tout pitoyablement prévenus de cette erreur, apres avoir remar¬
qué , pour égayer un peu la matîere par uu petit conte , que ny
le Charlatan , ny le malade , ne fça vent fou vent ce qu’ils font ,
'-&felaiftent tromper l’un 5c i autre aufiî facilement qu’ils çroyent
avoir trompé les autres.
flauh 'm ta^tivts , - c/ivet ^ix etiam m'vet y cùm etmm .cavet, '
Eîidm mm> cavijfe mtm efi ja^e ü emtor ca^ptus efl.
Une femme qui avoit de la difpGfition à la Phtifie avoir acheté
chérementune boëte de Pilules d’un Charlatan, dont elle fe
fervoit tousdes jours avec une grande confiance. Son Médecin
i4é. »ni^n ayant été averti par le mary même de cette femme, ils firent
é daire de concert des Pilules avec de la mie de pain , qu’ils co-
^ lorerent de maniéré que la malade ne s’apper^ût pas qu’on les
avoir fubftituées à celles du Charlatan. Cependant le Médecin
îuy ayant ordonné les remedes neceftaircs pour fon mai qu’elle
prénoit pour ne pas fâcher fon mary , 5c s’ étant enfin trou v ée
guerie par cey remedes , elle s’avifâ. de dire que c’etoit un effet
des Pilules dont; elle s’ étoit fervie a leur infçû , êc que fans ce
remede d’un tres-habille homme , elle étoit morte 5 mais quand
elle vit qu’on luy prefenta ces Pilules , 5c qu’on luy dit quelle
îi’avoit pris que de, la mie de pain êc du fyrop , elle fut fi. éton-
: née: que je ne ^ay ce qui en arriva. Voyons donc, je vous
■ yjEÎe , ce que c’eft que tous ces; fecrets 5c toute cette conduite des
Seconde Vartie. Cliap. XVI* 425
CîiarTatans , & comment lé peuple en eft là du pe ?
• Le docle Freica^ius dk d’un fort bon fens que ces Panacées ,
cet or potable , eette quintefceiiGe & tous ces remedes qu’on
cherche avec tant de foin , de dépenfe & de fupcrftition , font
de Yetitshlés nm êtres , à peu prés, à mon fentiment, comme ces
tfprits dont toutle ^p^ondè f 'fcrk^ é^^ n a veus. Un non*
veau Gafuifte lès appelé des enf ms malheureux de la cupidité
En effet, il à’yâ pas jtifques au nom de fecret, qui eft i’ame de
leur négoce, qui ne choque le Chriftianifme, parce que celuy
‘qui emhok un rem ede propre d quelque maladie -, qui loin de le pro~
’pofer dans les' occajions rfoit-aux malades ou aux Médecins Confultansy
en fait un- mijlere' é" le^taiji-,'pech'e contre le prochain é" charité :
€ar s il eji bon , il faut quü entre dam la Fratique , ^ fi après avoir
été examiné , il fe trouve qm ce n*efi pas ce qu oru veuloit faire 'èroire ,
il faut que le public en f oit informe , de crainte que. les Charlatans é*
les ignorant n en ahufent. Le nouveau Cafuifte que je viens d’ah
îeguer , & qui n’^a rien oublié des devoirs & des obligations d’un
Médecin Chrétien , nous apprend encore que le Médecin qui re^
fufe de mettre au ]ôur ce quü appelé un fecret,- ^ fin coup êd ami efi
d’autant pim coupable que nom ne pofiedons rien , que par grâce du
fouvératn- bien- facteur, ^id -habes. quod non- accepifiii Ammaniis
'Spizelius doCté & honnête Médecin & tous les Auteurs qu’il
éite font dé ce même féndment.. Auffi y a-t-il long-temps que
Suidas a écrit qu’il eft indi^ned’un Philofqphe de celer ce qu’il
fcak par on eipnt d’envie , & que c’eft une perfidie de. cacher
ce que-la ioa tu remous a îîranife.fté fi libéralement, en le faifant
'tous'les'jôu'ïs-Eortir de fon fein.. Ces prétendus fages>, dit Mari-
neliUs*;^:Ges prudens du fiecle forÆ des. ennemis déclarez de la
nature y ^^elli che volevam, effiere chiamati favi eram , nemici délia
natura 'perçio che cercando l’honor-e ^ V utile proprio defideravano che
^iunè-k.e foj^^^ ma che. ne havea bifigno foffe cofiretto pre-
gàndoU JC domandare a\uto. Quoi-qu’il en fort , d’autres; ont dk
aiiffi véritablement qu’agreablement ,rque lesifecrets font les
brides- à- veaux de la Médecine Charlatane 5 car qui- ne fçait que
-CCS beaux fecrets , quand même il y auroit quelque chofe de bon,
ne puiffent être contraires à de certaines , indifpofidons , & à des
maux compliquez avec ceux , pour la cure defquels on les
■donne ? Mais quoy on veut des fecrets , quoi-qu’il arrive fou-
vent à ces belles découvertes , ce qui arrive à ces effences & à ces
poudres odorantes qui perdent leur ^rément qu elles
Penfées-D. M. D.
L.R.F.
jîhafner. Fritz,-
chius Medie. feç*
cms eenduf. 31.
Fml. Zachieu T. 1:
lib. 6. q- 16. quafi^
Meditolegai.
Ahafn. Frîtzchiar
cenciuf.
Medicin. deeifcf^
difeurf.
*' Nèlla pr&fat:
délia Medisin, ds
donne.
V. Fplfhànm TnP
dat. de Sii^hut.
G H alter. Charlem»l
de Medieom.
tîupî'àine ingenii
iiumaailibcr-ius ob-
fcura credi. Taciu
hifier.Uh. i.
$9Â^JX'
41^ -- ^IJats de M
font éventées^ S’il y a du mifterc en' tout > ,& par ticulicfement
dans la Médecine , adieu le métier , on n’y donne point i c’eft
pourquoy le Neptune dpnnoit de fi grandes idées , d’une fimplc
poudre de Senne & de ]alap,difant que c’écpit des perles que les
Anges avoient prép-arées. C’efl: ainfi que Loques Chimifte de.iG-
puration faifoit prendre par un femblable artifice , même aux
plus délicats en douze heures ,qnâtre prifes de boüillon rouge ,
où il ajoûtoit :1c Polipode , lc Senné -^ la Gaffe infufez,di5nt
quon n^avoit jumaù veu un purgutif mieux inventé-, ny plus facile
à prendre , quoi-qu’il fut en effet très-commun , tres-foible & très-
dégoûtant, & qu’il eût été impoffible au Médecin qui ne l’au-
roit:pas traitté de fecret , de le faire paffer en pratique. Qu’ainfi
ne foit 3 il efl: évident que plufieurs Médecins de Province ,
de me me quelques-uns de ceux qui font habituez a Paris, ayant
en vain tâché de mettre le Qmnquina en ufage , enfin il yient
un Ângiois qui parle d’ün fecret pour les fièvres , qui r.n en mân-
que, dit-on î^point , &le miftére met aufli-tôt le Médicament &
le Medécin en vogue j on y donne tête baiffée , 6c d’au tant, plus
facilement qu’il eft précieux , é" de ultimu Thule pratium ejm.
Les connoiffeurs ont beau dire que c’eft l’infufion du Quinqui¬
na, on nen veut rien croire. .Qu’arrive-t-il au bout Je ou
trois ans , on révélé le miftere ,.& il ne laiffe pas de paffer enj-
eore pour un fecret chez ceux qui le vantent qu’il rfy a queux
qui fçaventle moyen de le préparer , quoi-que le mifterene con-
fifte qu’à le donner tantôt en infufion , tantôt en extrait,, 6c quel-
ques-fois avec l’opium j ou quelque Sel végétal 5 mais quoi-qu’il
en foit, le fecret n étant plus fecret, 6c par confequent aefier prix
comme auparavant-, perd plus de la moitié, de fon effime chez
les fots dorés, jufquesâ ce qu’ayant réüfli fur des perfon nés da
premier rang, il revient non feulement en pratique , mais il re¬
prend un fi grand crédit qu’on s*en fert quelque temps par pré-
craution , en attendant qu’il retombe encore itne fois , . comme
nous le dirons dans la troifiéme partie de cet Ouvrage. C’efi:
:ainfi qu’il faut des fecrcts & qu’il en a fallu de tout temps. Car
qui doute que les deux Syriens dont parle Lucien , ne fuifent
des ignorans affamez ? ils en tombent eux-mêmes d’accord. Ik
refiemblent mieux à des gens qui demandent i’auffibne qu’à des
Médecins* Cependant comme ils s’ avifent de dire que leur pere
leur a laiffe en mourant un remede fouverains mais qu’ils ont ju¬
ré de n’en donner jamais la connoiffance àperfQnne jjç’eff aifez
Seconde Partie, Chap, XVI. 415
les «outeux y donnent , & s’imaginent d’être foulages.
Syri quidemgente Bama'jcenti fumtM.
Muita famé veto coacii , é" inofia
Terra> ^ mare feregrinamus j errantes vagi -
Habemus autem quoi ^^ter unguentum dédit
Per hoe mala cenfoUmar agrotantium.
Voila les gens & leur fçavoir faire. Et voicy comment il répon¬
dent quand on leur demande quel eft leur remede.
Sacrum tacendi '^am mihi ]urandum datum '
Me talia dicerey mihi fune^ non finit
Nec ultimum morientis edictum faîris
jujfit hanc celare nosvim Pharmaci
^uodfievientemtequoquefcitcompefcere. ' .
Voila le miftere , mais parce qu’on l’ignore on s’y abandonne. -
Qu’en arrive-t-il J le remede ne fait que blanchir 3 ou plutôt que . .
falir la peau 5 de forte que les Syriens tombent eux-mêmes dac=' --
cord qu’ils perdent l’efcrime, 6: que le remede ed trop foible
pour un fi grand mal ? ~
En unximus ^ levât neque dolorem tamen.
Mais le malade n’a garde de s’en plaindre, on fe moquerait de
luy , ôc il laide aller les Médecins , les mains 8ç reftomach vuides.*
C’efl: une fable me dira .quelqu’un, mais ce que Lucien fem-
ble traiter de fable, ne lailte pas d’être une image de ce qui
fe palToit de foü temps, &, de ce qui fe paffetous les jours au
nôtre. ‘
Q^e fl l’on m’objecte en faveur de ces prétendus fecrets que
queiquesaneiensMedeeinSî&mêmesquelques-unsdecesmo-
dernes , ont fait miftere de, leurs remedes; Je réponds que c’eft
parce qu’il ne faut pas en faire conno^tre la diips^tion à ceux .
qui en peuvent abufer , ni mettre le timon du Vaiffeau d’Hipo-
crate entre les mains des palTagers qui n’entendent rien à la na¬
vigation. C’eft pour cela que ce grand homme a dit nettement
que ceux-U méritent d’être châtiez, comme les Efclaves qui
donnent la connoiftance des remedes aux idiots , aux fripons
&âux vieilles corn eres , parce qu’ils font caufe.de ce qu’ils font itveteri Ht-
un commerce , -qui meneàla perte des corps & des âmes. C’eft dkin.
pourquoy^ il préparoît luy-même fes remedes j pourquoy Pa-
chius préparoit fa .Hiere de fes propres mains:, qu’Efch r ion \
Précepteur de Galien cachoit la difpenfation de fon remede
pour la rage 3 ôc pourquoy Forncl au fieclc pafte ne vouloir
Hhh
îJcCalîrer fcciflc-
*aus fcmifcioli ifti
fibi anfam arripc-
lent in viras crudu-
lorum artirquc no-
ftræ gloriam por-
xho precand»G««/-
therus Charleton.
fu^ra^titAt.
ViieTiefenftenew
Ueitcina,%Arm^
Tilefacii,.
Sine- Mcdîco- vicE'-
pocuîum fit îcthâ-
It, Temchrifgleg..
femçn.ôa.
l^iedtn Kérkfm*
gim.
lutuyent. Sofm»ntrl.
fuprâeitiK.
Multîs cauGi fait
tnoricndî morbum
faum noffe Quse-
dam igaorantibus
çoianda. Se-^
ô Ejjak de Medecine,.
pas préparer fes remedes devant des ignorans , & pourquoy un Bâc¬
le Medeciii Anglois a écrit que s’il, n a pas ajouté des rcceptes .
&des formules de remedes à la fin de fon Traitté du Scorbut ,
il a imité en cela Hipocrate. En effet, fi le EhilofopEc. n’a pas .
voulu rendre les dogmes de fa fagelTe fort intelligibles^ fi l’in-,
telligence ôcl’âutorité des loix nefe communiquent ni aux jeur
nés gens, ni aux ignorans, files mifieres delà Religion fe ca¬
chent aux Cathecumenes J fi le. fecret du gouvernement des.
Efiats ne pafle pas le cabinet, pourquoy faire part des mifieres
de la Médecine aù peuple , qui s’ingérera fur des Gonnoiflancesrc
informes dé juger des maiadies ôc des Médecins , & qui après ,
tout ny comprendra rien , nsc pouvant bâtir: qu’^en l’air & fur¬
ie fable, faute de fondemens ôc.dé. principes ? Ees- remedes= ne
font-ils pas déjà tombez en tropde mains faiss & ferviles , & lai
Médecine n’eftrelle pas déjà aflezmalheufeufeTans la profiituer
à tous, venan s, mettant entre les mains d’un chacun des inftru-
mens. auffi dangereux ,6c auffi difficiles que le fon tr ceux dont:
elle fe:fert ? Car enfinàquoy pouroic^être bonne, cette publica'’
tion de remcdes ,'filé:fecret confifte àsfon bien fervir, â prendre ■
le tems Sc ies occafions ,..Ge quele: peuple niles Charlatans ne
peu vent feavoir. Il vaudroit mieux, dit Saint Jean, Chrifoftome,.,
qu’un Médecin -n’eût point de remedes que de s’en fervir â la
ruine du prochain ôc à m eonfufioh , puis que comme le reniar-
qiie un autre Chrifoftome , ûmllixir même. de„ vie: peut eau-
fer la mort , s’il n’éft donné par un fçavanu Médecin , penféc
qu’un habile MédecimpourrOit avoir imitée, quand il a écrit . que
les medicamens chimiques , ne font qu’une Med ecine morte ,
& mêmemorcellé dans lesmains de ceux qui ne fçavent pas les
animer. G’eft ainfi que ce Ghariàtaii dont parle Thomas Era-
fins tua un malade avec quelques goûtes, d’éfprit de vitriol ,
pour n’avoir obfervé ny: la dofe , nv le temps de les donner , ny
k naaniere' convenable , bévue donc nous voyons tous les jours
des exemples dans l’exhibition- dés remedes des Charlatans a
Paris, oû ils eriÈrent dans le corps des imprudens , comme l’I-
cneumon dans le corps du Crocodile , caiifant la mort de ce
grand animal , en luy déchirant les entrailles après s*y être dou¬
cement infinué. 11 fuffit donc que le Médecin ordinaire décla¬
ré aux Médecins fes Gollegues le remede qu’il a dans Telprit ,
& même 2u makde s’il eft capable de comprendre fon raifon-
nc0ent > 6c d’çn un bon ufage. Car combien y en a-t-il
Seconde P mie. Chap. X Vï. 417
qui s’aiHigej-oient & qui fe croiroient perdus , s’ils fçavoienc leur
îual & le rcmede qu’on y prépare , & qu’il faut traitcer comme
cette délicate , & apprehenfive malade dont parle Seneque î car
le Chirurgien qui fçavoit qu’elle ne pourroic voir l’appareil de
fa guerifon fans fe lamenter & troubler l’operation , ouvrit fa
tumeur avec la lancette qu’il avoit cachée dans l’éponge , donc
il fit femblant he la fomenter doucement. Ç^^r fi on me vient
dire que c’eft pour cette raifon qu’ils tiennent leurs remedes
fecrets, qui ne fçait que ces fecrets, n’étant rien ou tout au plus
des remedes vioiens., ilS' ont raifon d’en faire un fccret , & que
quoy qu’on en penie , ils n’ont ny la connoifiance de la vertu
des remedes , ny le raifonnemenc neceflàire pour les appliquer
^feùrement, ôcqu’enfince n’eft pas par un motif tel que celuy
des Médecins fagcs& prudens, qu’ils cachent la connoifiance
-de leurs remedes, mais par intereft, ^ de crainte qu’on n’en
coiinoifle le chimérique. Aufli lifons nous dans Æce qu’un
he ces débiteurs de fecrets , ayant perdu fon repetito ire fut
obligé de quitter le métier , & qu’un aurre mouriK de chagrin
d’une pareille perce, c’eft pourquoy ces jaloux de leurs réper¬
toires feroient bien s’ils pouvoientvdefuiyre ce cqnfeil.
Menti non cMtA ttaàas (^mà J^rihipur jtr^e
N^mfi carta cadit tôt a fcientm eü/tdit.
C’eft ainfî qu’on lit dans Avcrrhoes , qu’un pauvre malade
meurt , pendant qu’un de ces Médecins perd le temps à chercher
dans Ibn jLivre de fecrets le remede à une l^yûë qu’il a faite.
Qifon nomme donc comme on voudra toutes les viCons des cu¬
rieux de fecrets & de remedes nouveaux i qu’on prpduife tout
ce qu’on croira jayoir découvert de pins rare , le bon fens vou¬
dra toujours qu’avant qu’on en ait fait des expériences bien
avérées, on s’en tienne à cette belle fenteace d’Hipperate , Çe
qui ejl nouveau ^ feu ufité nejl jamaùfi feur que ce qui efi ancien^
&qm four avoir été ex fermenté tant de fois , nous ferme t fds de
douter de fes faculté^. C’eft fur ce principe & fur ce fondement
que lesfages Princes, & les Magiftrats après avoir fait examiner
les remedes nouveaux, n’en permettent encore l’ufage qu’aux
yrais Médecins , de crainte qu’aprés les avoir abandonnez aux
ignorans , ils ne faffent encore pafièr ce qu’il y a de comnmii
pour des fpccifiques. Car combien de fois avons-nous veu entre
îes mains de ces gens- là , &; même en celles de quelques bons
Religieux , &dç quelques femmelettes , des Ordonnances & des
Hhh ij
nec. de bfevit. vi-
tAcap. i8.
Lib. deîraeetp. 37.
Tetrah. 4. ferm. z:
cap. Zi,
Obi ceceffîras ur-
get cxcüfàbilis eâ
novitas. Ircm ubi
utiliras. 'Bernard,
cenfider. ■
ÎSTova & ancipitia
præcdlerc avida Sc
.plcruinque faüax
ambitio efï. Tavit,
a/instl. 14.
418 EJfals de Medecme^,
Recipez des Médecins de leur connoifTancc , qu’il faifoient paf-
fer pour des avis & pour des fecrets de Médecins de Rois &;
de Princes, des climats les plus éloignez i mais qui ne lailFoient
pas de tuer quelquefois , quoi qu’il n’y eût rien de. bien malin
dans ces remedes, parce qu’ils étoient donnez mal à propos ?.
Dum cogitât famre , mterficlt Empricm ^ mulier..
i.Lmgm inBfift.. On a donc grande raifon de dire des prétendus fecrets, de tant
de téméraires ôc d’ignorans fouffleurs :
Crede mtem 'uentis y. corpm ne créât Chimijîh i
Ejl t^lis chimkh tntior imda fide.
" Fejlrâm nemo bonus ^ vel fi bonm obtigit uüUs % '
Neficio quo futo res mulu fidUia bonur efi^.
- -
Pfeudo-GalemfiasfugeiferverfofqueS'ofhifim
Audax ne f^Ldceat Pfiudochimifia> tibi.
Dédit d fed Chimicus-» operis fiudüfque Guleni-
Agmind feBeris , jîc b ene tutus âges.
Non tamen ullius' \umndum in 'uerba Mdgifiri y^
■ Judicio gmdent liberiore Sophi.
Voicy comme une femme qui eu avoir peut-êtire époufè «ir»
s*^en plaint en ces vers :
Voyons ms grmds Artifies j
Nos illufires fouffieurs , nos fçavans Alchymifies».
^i fur l'heureux fuccés d'un fummt Athanor
JNe promettent rien moins que des montagnes d'or y.
Et qui d'une belle ame m grand œuvre occupée
Recherchent ardemment la noble chryfopée ,
En font notre rivale é* pour nous de foler
L'embraient de leurs feux , ^ nous laiffent geler,.
Ce prodige de l'Art , qu'en terme de cabale
Il leur plaît de nommer Pierre Philofophale
Efi le fameux écueil où tous les entêtei^
En dépit du bon fens fe trouvent arrêtez, :
les fait tous fùer , qui leur remplit la tête
Du chimérique efp 'oir d'une riche conquête t
Plus fubuleufe encor que celle du Héros
Mlfi /»/■ tirer la laine au climat de Colchos.
Dam un fi grand dejfein où fe font les avances y
Seconde- Paftie. Chap. XVÎ. 419
L'on voit i‘ évaporer an creufet lejm finances 3
Et ce cju on peut ]u^er à,e leur revenant bon 3
C'efl (puits jçavent réduire en cendres le charbon ;
Et pour mieux établir leur haute renommée 3
^u ils fçavent convertir tout leur bien en fumée»
A quoi nous pouvons ajouter ce bon mot du dode Laurentius
Hofmannus , comme une belle leçon à ces gens qui font la Mé¬
decine toujours à- bon compte , quoi-qu’ils ne fçachcnt pas ce
qu’ils font J ni ce qu’ils dilent. ^ui fefipuipedalia fundunt 3 fimt-
les funt Monialibus pfiaüentibus , fied non intelligentibus qua dicunt,
'Quant à l’experienee dont nos Empiriques ne fe piquent pas
moins que de fecrets , tant ils font impudens , il faut fçavoir
qu’ils ne fçavent pas feulement ce que c’eû 3 & que comme il
n’y a rien de fi feur que l’experiencé quaim elle efi: jointe au
raifonnement , il n’y a rien de fi dangereux-quand elle cft feu¬
le , Aphorirme du grand Hipocrate que le fameux Jean Dama-
fcene a illuftré dans les fiens. , dic-il , fine . -
ratione fallax é' incertum , quoniam Litterarumj'udes fy plerumque
patria defertores 3 'C’efi: pourquoi le dode Primerofe a écrit errorîhu't
qaun Médecin verfé dans les principes ér dans les indications de in Medid». l. i.,
VArty fe rendra plus habile en une année d' expérience , quun hom~
me fans principes ^ fans raifons ne peut faire en cent années .
Àuffi Platon difoit-il que comme les bourreaux^n’appren-
nent leur métier que par l’experience , il n’appartient qu’à eux
de la tant vanter. V expérience , dit Leonard di Capoa dont tant
de faux Médecins fe piquent 3 efl jouvent cheif eux ce que le cœnr
à^une Dame ef a Tégard de certains amans , qui au moment qu ils
le croyent tenir étroitement y font fort étomeS^ de voir qu ils ne tien-
nent rien. Il y faut donc joindre la fcience des principes 8c de
la méthode,: car àv moins de raifonner 8c de diftinguer, anne
fait que s’éloigner du but , qu’on s’efl: propofé de fraper , bien
loin d’y atteindre, C’eft ainfi que cet Empirique dont parle
Galien, au lieu de gtierir un ulcéré avec un remede propre à
la cure des mlceres > le rendoit de jour en jour plus fordide 8c
moins curable , faute de connoître la conftitntion ôc le tempé¬
rament de la partie ulcérée, qui ne potivoit foufFrir ce remede
de la maniéré qu’il étoit mis en œuvre : car comme l’expe-
rienee eft ou hiftorique , c’eft- à-dire tirée des- livres , 8c des
leçons qu’on y prend , ou tirée de nos propres obfervations 8c
pratiques, le moyen de la diriger, fi nous ne connoifibns exa-
Hhh iij ^
^30 EJJais de MedecirfS,'
dement la nature des corps , tant en particulier qu’en gcnerâT '
celle de chaque partie de ces corps , & enfin les remcdes qui
différent en fubftance,, en qualitcz premières , fécondés ^ vtîer-
ces i manifeftes j occultes , 6cc. de forte que ce qui feroit Tcf»
fer d’un remede à certain homme , ne ferviroit que d’alimei^
à un autre, ôc feroit tout au contraire l’effet d’un poifon^ ou
d*un violent remede en un autre fujet.
Qi^nt aux maladies , de combien d’efpeces y en a-t-il fous
un meme genre , tels que font les fièvres, dont les unes de«
mandent qu’on commence par l’obftrudion , & les autres par
la fimple intemperie i Qui peut %avoir par l’experience feule
ü le remede doit être donné fimple ou altéré , à qui ea
quelle maniéré & en quel tems toutes circonftances dépem
dintes de l’indicatlbn à de la cokrdicàtion des forces prefen-
tes & abfentes 5 ou diflîpées par l’âge , l’exercice , le poifoa
ou par la malignité des humeurs enfiâmées & bouillonnantes
par une nouvelle fermentation , chofes inconnues à ceux qui
Cita tam parler, initiez aux principes 8c aux my-
ft^^res del’ Art , & faute de quoi on contre s
caquômodo,, circa contre U temps y contn la mmiere é" contre l'occajion,
. Ârs,amy fortuna.^regioy Compkxioyvirmy
t^ru. Mo S (jr fymptoma , repletio , tempus ^ ujm.
Ou h vous voulezî
Temperiesy dtaS y edi (latus y ars rata ymorbus J
‘^fus -, caufa , locus , jymptoma , innata façultas ,
^Conpniks morbi , moSy motus , Phurmacuy gujluc.
îl faut donc appeller tout au confeil de la Medecine pratique,
à moins de celi il arrive cent malheurs , particulièrement aux
“aux femmes êc aux filles que ces ignorans veulent traiter d s
maladies du fexe. Car combien y en a-t-il qui pour avoir pris
^es remedes apéritifs des mains de ce téméraires , ont été pré¬
cipitez dans des paralifies ? Combien ont-ils dépéchez d’hom¬
mes travaillez de la colique ou 4e la pierre, par des remedes
r. E^emerU.Ger- phcs que ces maux , puifqu’il y tant d’exemples funefles de ces
manie, tcmcritez , à la vûë defquels le peuple ôc les perfonnes de
qualité s’efforcent dé fermer les yeux. C’eft ce qui a îmt poufîer
t. B. UmtHoa. in cette trîûe plainte à un bel efprit : rurfum generishumani
<xjicem y quod in fe grajptri tam diu hanc infeitiam patiatur , at^uC
interdum •vita fpem pratio emat , unàe mors cèrtijfma proficifcafur%
Mi drfi tenebras palpant ejl faMa potejlas
4 3J
Seconde Pmie, Chap. XVI.
Difcmciandi Agros j hominefque imfun'e necandi.
Xbns leurs remedcs , félon eux J font propres, à tous les âges &
bons en tout temps 5 & par confequent ce Vindicianus dont
faint Auguftin fait tant d’eftimc , lequel avoit ordonné cer- ^ ^ umtV
tain remede à un infirme qui s’en étoic bien trouvé , avoit ^
grand tort de répondre à ce même, homme qui fe trouva mal-
de s’en être fervi au bout de quinze ans i que s’il l’eut encore:
alotï-confulté J il ne lui auroit pas confeillé de s’en fervir,.
En effet détoit bien le même homme , mais ce n’étoit pas
lâs même conftitution , ny le même tempefamment i maiscom-
me nos Empiriques n’y font pas tant de façons , les Parifîens.
ny prennent pas- garde de fi prés. Après tout cela qu on mette:
en avant l’experience d’un homme fouvent allez jeune, ou qui
n a rien moins fait pendant unerlongue vie i que le métier dont
il s’àvife quand, il eft , vieux , & quand il ne fçait plus de quoy:
vivre,&enfînquinefçaitpasia,moindre.deschofesnecefrai—
res pour former un Médecin. Soranus dit à ce propos , qu’ony
appliquok de fon temps les jeunes gens à l’étude de la Mode-
Gtne. dés l’age de douze ans. 0 11 lit même qu’A verrhoes y fut
mis par fon pere qui éioit du métier , , dés l’âge: de fèpe , mais-^
apparemment cela ne s’entend que de cette étude, qui con-
fifte dans l’Autopfie ou fimple infpeétion des- parties- du corps:
humain> puifque Galien blâme ceux.qui veulent apprendre, nb: de Librhfm-
Medecine avant la Grammaire & avant la Fhilofophie. . S’il eft:/>«w.
eft donc, vray que même un Médecin qui s’efi donné à l’étude:
de cette fciencc dés là jeimefïe , fera jamais habile fans cette sealig. dere^poetfe^i^
dimm- é’ fameîife Encyclopédie , feule xapable de rCTidre V homme heur^ * '
teüx ^ content en ce monde , que peut-on attendre de ces préten*
du^s Médecins qui commencent fi tard t<. fî mal , & qui ney)our-
roient répondre àfcla moindre quefïion de Phifiologie? G’éflr peut-
être pour fe didmguer de ce.s ignorms hefez , qu’il s’eh trouve:
qui contrefont : les fçavans » parce qu’ ils peu vent trouver des gens* :
qiii léur idemanderont quelque chofe de plus qu’un feeret. Aîn0 a
Ity uns fe piquent d’Aftrologie , témoin celuy qui la poufE fri
loin il y a quelque temps , qu’il promettoit de guérir les fièvres , .
pourveu qu’il fçât le nom du malade êé Pheuré de fâ nativité.-:
D’àutres font les Ghimiftes confommez , qtioi-qu’ils meurent
fouvent jeunes , Sé empoifonnez des vapeurs arfcnicales de ces :
remedes , avec lefquels ils ont fait partir leurs malades les pre--
miers. D’autres font les méthodiques , fe difaiw Médecins de:
^3.2 Effais de Medecine.
Monpelier , étourdiffans les malades de quelques mots de Latin,
leur ferrant le poux , & regardant leurs urines attentivement.
Quant aux premiers , je ne diray rien de ce que les finceres AC
tronomes en penfenc , tant il ell vray 6c connu d’un chacun ,
qu’ils fe moquent de leurs vanitez. Je ne m’étendray pas mê¬
me fur ces Chimiftes fiefez , la plupart y-vrognes , étourdis 6c fans
' cervelle , tant elle eft deifeichée par le feu , 6c par les efprits
- malins , des métaux 6c des minéraux qu’ils préparent mal , 6c
dont ils fe fervent encore plus mal à propos , 6c dont le docte
^ ' Laurentius Hofmannus fait cette peinture, farochi Polypmg-^
mone$ , Jurijl^e Apojlatd. Pharmacopoei clutA mentis , orgmijld^
gares. Omnes Iropauperiores àiviti<u polUcentur^protinPima colorem\
prolapide philo jophico faxum,pro thefauro carbones ■ refermt , quorum
ars fapientes in morionest fanos in agro s , divites in pauper es ^ pauperes
in fugitiv os v élut altéra Circé transfert. Arrêtons-nous donc à ces
Marchands mêlez, qui contrefaifant les^ Médecins 6c lès fages ,
s’ingèrent de juger des maladies fimplemenc par le poux 6c par
les urines , autant de guides infidelles qui trompent même les
meilleurs Médecins, quand ils ne les font pas marcher de com¬
pagnie , avec ce qu’on appelé l'amas ^ la collePiion des fignes.
Il y a tant de differens poux , non feulement quant à leur na¬
ture écd leurs mduvemens , mais mêmes quant aux noms , 6c tout
y paroît li obfcur , à moins que d’y être fort exercé , qn’ily a de
quoy étonner d^abord quiconque voudra s’appliquer à cette étu¬
de fans la connoiffance des Langues 6c de la Phyliologie. Ainfi
ce n’eft pas une petite affaire de vouloir juger des forces du
malade par la' dilpofition du poux , qui n’eft jamais femblable
, dans tous les fujets, 6c^^r •vouloir conter fur [es doigts, ^ quand il
^ în vc-nis prononcer fur la nature dr furle fucce's d'une maladie. Voila
porisï/c Xuc«f- potirquoy Hipocrate ne s’eft pas trop attaché à la connoiffance
lu hominis aigitos du poux , fil’on en çroit Théophile 6c Galien. Aufti Gelfe qui a
Hipocrate , dit-il hardiment , Egone fidam pulfui rei faüacif-
- ' * fîma^ Ceft donc pour cette raifon que le dode Primerofe ne
Ltb. J. de crifib. s’empêcher de rire, quand il voit de petites femmes tou-
cher le poux des malades avec vme confiance 6c une prefomptiou
ridicule,puifqu un Poëtea dit même d’un Médecin expérimenté-
Clinicus ipfe autem , qui nunc Phificm quoque fertur
Dum lotium infelix jpeePans , inàe omina captai
MArceiL Tdhgen. Dum tentât pulfum ven& , dum Jiercora verfat
pî LerAf. fallitur, &fallit.
Car
Seconde partie. Chap. XVÎ. 435
Car il en eft de même dès urines oii ces ignorans fe noyent fans y
penfer, quand ils veulent voguer fur ce vilain Océan de char-
iatanerie. Ils croyenc s’être fort bien tires d’affaire , quand ils
ont dit à bon compte fur rinfpedion de i’udne d’un enfant, que ce
Jont les vers ^ui le mangent , & fur celle d une femme ou d’une nlle, «-5-
que cefi la matrice qui l’offufque. Il eft bien vray que non feule-
ment l’infpection delà langue ôc des urines , peuvent ferviràla
connoilTancedu mal^, & conduire au Prpgnoftic 3 mais de plus que '^ef'ZZlTn-^'%
les urines prifespar la bouche, ont des vertus particulières pour r7med.Z7i!
quelques indifpofitions que fi on en croit quelques Médecins,
elles font une maniéré de prefervatif contre la pefte,6c c’eft peut-
être pour cela qu’un fameux Rabin les appelle Borith-dam,y^/>o
fan^uinis, le favon du fan^.Mzh de vouloir prononcer fur les urines ^ ,
d un malade qu on n a pas veu , imitant ces lâches STpareffeux Hipcmt.demtHr,
Médecins d’Alexandrie dont Galien fe moque , lefquels ainfi
queces Prêtres & ces fameufes Fatidiques de la chaire du tré¬
pied d’Apollon , prononçoient au hafard fur tout ce qu’on leur
demandoit 5 n’eft-cepas expofer &; le Médecin &: la Medecine à
la raillerie publique , ôc s’oppoferi tout ce qu’il y a de bon fens ?
Gardez-vous bien difent Rbafes & Jean Damafcene* de con- * lotium •
dure fur Finfpedion des urines, que vous n’ayez veu & inter- cum morbus^hSa
rogé le malade. Il y a , dit le célébré Médecin Langius , -k deux
fortes d’impertinens hommes dans la Medecine , les premiers
font les debiteurs defecrets, les féconds font les Uromantesqui * Hh. t
devinent par les urines. En effet, la couleur, la confiftence ,
lès chofes contenues,* ôc lescaufes externes qui les altèrent con- * Contenta,
fondent tellement la matière , que Plantius, ce docte difciple de
Fernel , ne peut fouffVir que fon Maître donne avec tant de con¬
fiance dans ce figne , particulièrement quand les urines ont été
tranfportées. Celles mêmes qu’on garde dans les chambres des
malades peuvent changer pour ainfidire du blanc au noir, par
le plus petit incident Que fera-ce donc quand elles auront
été gardées , portées au loin & expofées à Pair dans quelque
yaifîeatrmal propre ? Tertulien dit que les Médecins rationels
. croient anciennement appelez Cliniques , comme les Chrétiens
le furent depuis , parce que les uns les autres fe tranfportoient
dans la chambre des malades , pour y obferver les fignes & les
açcidens des maladies. Comment donc en pouvoir juger d’aufiî
loin qu’en veulent juger nos Charlatans, puifqu’on n’y peut re¬
garder de trop prés ? Mais que répondroient ces ignorans inf-
434 EJJais.de Ad edecine,
petr Torepfs de pecleiirs d’ufines altérées &: transférées , fi on leur difoit qu’iîyr
incerto ér . X imc Infinité de maladies , dont les caufes ôc les fisnes nonc
i, cap. 4. rien de commun avec les urines, iruchle traiite d an-es ér d im-
pofieurs, ceux qui pour fe diftinguer ôc fe rendre agréables à la
populace , s’attachent ficrupuleurementaux urines , &remblent
pour ainfi dire s’y mirer. C ’efi: ainfi qu’un Poëte du douzième-
fieclej raille les Médecins de Manuel Gomnene Empereur dc-
Gonfi:antinople,qui obferydient fes urines a v^c des lunettes, 6c
que le docte Evêque de T ournaî , fe moque de ceux qui s’y mi-
,Qüi in rafo vkreo, renî à travcrs d’un verre ou d’une bouteille. Que ne pouvons-
coloris & fubn^n- ^ pas dire de ces fourbes qui promettent de cette inf-
nunc. stefkanus pedioii juiques au dilcemement des iexes ^ mais que dire en- '
Tx>vna€jEptfc.Epifi. l’impudeBce de ceux qui prétendent reconnoitre la
groffeffé d’une femme par ce ligne ckofe fi impoffible à refprit
humain , que le fameux Avenzoar avoué de bonne-foy s’y être-
trompé en celle de fa femme , & que Jacabus Forolivienfis or¬
donna un remede à un malade fur la fuppofition qu’on luy fit j
d’^on verre de vin pour un verre d’urine? En effet,, qui n’y fe-
roit trompé dans de certaines maladies des reins &: de la ratte 2:^
Cependant les' fimp] es ôc les curieux ne laiffent pas de conlulter
. les Médecins , 6c cetix-cy de répondre tou joim à Bon compte j ,
/ êc qnelquesfois même de deviner. La fervante d’une Païfanne
Fêrefi ds msirt. ^affé la bouteîlle dans laquelle elle portoit de l’nrine de fa
mw. ]udf.s. maîtreflè au Médecin , elle en remplit une autre de celle d’une'
Vache., 6c le Médecin qui fs doutoit quelle étoit d’une Païfa-
ne qui ne mangeoit gueres que des legumes, répond que celle
dont on îüy prefente Farine mange trop d’herbes 6c de racines-^
ce qui furprit bien la fervante qui crût qu’il avoit deviné la-
chofe. üne. autre devine par des illations qu’il fait fur les ré-
ponfes d’un Faïfan à fes demandes , que le malade a une dou¬
leur de côté, qu’il n’a* pas de fièvre , qu’il eft tom^bé , ôc même:
dans> un efcalier ; mais étant enfuitc interrogé par ce Païfan.
fimple 6c groffier , combien il y a de marches dams l’efcalier » il eff;
contraint d’avoüer que le nombre n’en paroît pas dans l’urine.'.
G’eft ainfi qu’une femme demandoit après quelques autres que-
ftions à un Médecin js’il ne voyoit pas l’âge du malade dans Pu--
rine, parce qu’on luy avoir dit qu’il falloir qu’il y parût autant'
de croix qu’il avoit de dixaincs d’années 5 mais ce qui la guérit:
enfin de fon erreur, eft que le Médecin luv demandant de bon*
ae-foy s’y elle y voyoit elle-même ces croix , elle ne fçût q^uelu^;
Seconde Partie, Chap. XVI> 435
répondre. Une autre vouloir non feulement que le Médecin
4evinât que le malade avoir une douleur de côté j mais encore
4^u*il vie dans fon urine ? le chariot d’oix il étoit tombé , &: les
bœufs qui le traînoient. Un Fratcr Apotiquaire vouloir qu^un
Médecin devinât par l’urine , fi le mal de celuy qui l’avoit ren¬
due , ne venoit point d’avoir trop pris de peine a fendre du bois.
Une Demoifelle voulant tromper un Médecin , luy envoyé de
Furine d’un Païfan par fa femme , avec ordre de luy dire quel-
le efi: du mari de la Derhoifelle , mais la Païfanne ayant bou¬
ché la bouteille avec une herbe qui ne croifioit qu’aux envi¬
rons de fon Villages le Médecin qui connoiffoit cette Plante >
^ qui fe douta ainfi de la fraude jue manqua pas de dire que
cette urine eft d’un Païfan , non pas du mari d’une Demoi-
felle. Une jeune enjoüée prefenteà un Médecin un verre çsîein
de malvoifie , pour décider de fa maladie fur cette urine préten¬
due. s ÔC y apporter le remede convenables mais le Médecin
ayant apper.çû que le fediment qui efi: afifez ordinairement dans
les urines , 6c le cercle qu elles forment autour du verre n’y pa-
îoifibit point j outre que quelques efprits qui exhaloient de la
liqueur luy frappaient le nez qu’il avoir fort fin , commença par
le progiiofiic de la maladie , luy difant S ignora tu e gumïta ^ 6c
finit après avoir avalé toute la liqueur par ces mots , ecco il [egno,
Mâis tout cela ne s’appelle pas prognoftiquer ny" juger , parce
que ce ne font que des effets de la fagacité d’un Médecin fur
fes gardes , qui tâche de ne fe pas méprendre , 6c quelqucsfois
même des coups du hafard. Car il n*y avoit pas fans doute ny
tant de prudence, ny tant de fiocerité dans le procédé de ce-
îui-cy ., mais il ne laifTa pas de pafler pour habille comme les
autres. H feeachoic entre deux portes pendant que fa fervantc
de concert avec luy , interrogeait ceux qui luy apportoicnt de
l’ürine , 6c comme il étoit fort attentif à la réponce que ceux-là
faifoient à chaque interrogation de la fervance , il ne manquoit
pas de dire au porteur de lettrine tout ce qu’il avoit entendu à
travers la porte ; car je ne parle pas icy de ces débauchés qui
n’ayant point d’argent pour fournir à leur dépencc , s’aviferent
de faire un Médecin fur le champ , qui trouva bien -tôt le
moyen en arborant un urinai à. fa porte de leur en gagner,* en¬
core moins de ces fceleracs , lefquels à l’aide de certains miroirs
êc de certains anneaux enchantez j mêmes par des points 6c fi¬
gures de Geomantie devinoient fur les urines des chofes qui.
I i i i j
43 EJJds de Mededne»
le trouvoient qnelqucsfois véritables , tant le démon avolt enviû
de tromper ô-C ces devins & leurs confulteurs. Je m’arrêteray
doncfimplemenc encore à quelques coups d’ Almanach, pour ainlî
parler, Goldafte rapporte dans fon Hiftoire d’Allemagne qu’uri
^icll Henri Duc de , . . cnvoia de l’urine d’une Dame de
fa Cour groffe de huit mois, au fameux Moine & Médecin
Notker, le faifant confulter comme fi c’eut été de la fienne,&
le Médecin répond qif on verra dans un mois un fort grand
prodige , à fça voir un Duc de . . . mere& nourrice d’un
enfant dont il doit accoucher dans ce terme , ce qui arriva en
effet à la femrhe qui avoit donné l’urine. Une femme qui fe mé-
loit de prédire par les urines étoit fi ignorante , qu’elle prit de
l’eau de puits pour de l’urine, & fut fiheureufequ encore qu’tel-
eut prononcé au hafard , la chofe arriva comme elle l’avoit pré¬
dit. , Marquons encore quelques coups de^ fourbes. Une femme
devinereffe paries urines difoit à un jeune marié que fa con-
fomption venoit de fon incontinence , que fon foix éroit tout
ufé , & réduit à la groffeur d’une fève , û qu’il ne pouvoir vivre
fi on ne iuy en faifoit un autre , ce qu’elle entreprit moyennant
mille florins. Un Charlatan ne manquoit jamais de dire, quant
il faifoit des prognofïics à mort , que c’efl: qu’il voyoit dans l’u¬
rine comme de petits cercueils flotans. Mais en voicy un qui
trompa même un Apotiquaire , qui vouloir apprendre L’art de
deviner par les urines , quoi-que fa femme, qui avoir plus d’ef-
prit que iuy , fe moquât de fa credulké: car toute la magie du
Charlatan, aboutit , après qu’il eût bien mangé l’ Apotiquaire , ôc
qu’il iuy eut tiré quelques pièces d’argent, à l’affurer qvi’il ne fe
tromperoit jamais en difant que c’eft l’urine d’un mâle , lorfque
que celuy qui la Iuy apporteroit,entreroit dans la chambre le pied.
^ droit le premier , & quec’eft de l’urine d’une femelle, quand
il âvanceroit le pied gauche avant le droit. Celui-cy ne futr
pas fi heureux que tant d’autres , &: mérita bien d’être berné
pour avoir répondu affirmativement à celle qui Iuy prefentoit
e:nin Adaiph. Qceo^ ^ uxine épaiffe & chargée , que c étoit um femme qui memit
dtinfpeci. 'vie fcàentmre dans un coin de fa maifon , qu elle a'uoit une difficulté^
de^refpirer -, fr qjdelle avoit une enfure au genou : car la Dame ne
perdant point de temps , Iuy dit auffi-tôt, vaut vous trempe^^^ car
cette urine ef la mienne i 'e me porte bien , ^ fuis , comme vous voyt^
fur mes pieds bien ferme. ^ ,
Auffi eft-ce pour éviter que les Médecins ne fbyenc trompez^&
Seconde Partie, Cliap. XVI. 437
qu’ils ne trompent eux-mêmes les gens trop crédules, que le Col-
Ico-e des Médecins de Londres , a fait un decret par lequel il dé¬
fend aux Médecins d’afteder de prédire fur les urines qu’on leur
apporte , leur coi>feillant de ne s’y fier que de bonne manière ,
même chez les malades , & en tout cas de joindre tous les autres
fîo-nes à celui-là, même en jugeant des maladies dont lescaufes
font contenues dans les veines , dans les arteres , dans les reins
& dans la vefTie. C ed: dans cet efprit & dans cette vûë que le
dode Langius nous fait le conte d’un Apotiquaire d’Aix-la-
Chappelle, fils d’un Médecin Juif, qui avoit mis fur les mon¬
tres de fa boutique la figure d’un fou ,qui montroitaux pafTans
d’un doigt &: d’un air moqueur l’urinal qu’il tenoit de l’autre
main, pour fignifier qu’il avoit appris de fon pere , que ceux
qui s’arrêtent trop à l’obfervation des urines , étoient fembla-
bles à cet infenfé. Je ne m’étonne donc pas fi de fçavans Mé¬
decins ont regardé cette matière comme une étable d’Augias,
qui ne demande pas mioins qu’un Hercule Médecin pour la
nettoyer i fi le fçavant Minderer introduit la Medecine fe plai¬
gnant, que fon ancienne beauté eft falie & profanée par les
pots de chambre donf on la coëfFe : Se olim decomm , nunc lotio
prfupim rmeeffere j & fi le fçavant Douza, qui connoifToit tous
ces vilains Uromantes donc nous parlons , les traitte de cette
maniéré:
Abl idiota circulator , hinc abi
Fmeffe agirm de fofo,
^uibus loquaris ignorantia ej^.
PeriÛÆpMum mtnihil-,
~F^e^ue ulla mic0^ liter/!im
Crumemmmg/i natta.
Lq eut Turbo, ah ite..
Abite Carcinomata
2 africain Ÿ^ofe^a letio tenm
' Soghfjlicoque fehemate.
Encore Ci ces miferables me faifoient autre chofe que de pré-
aire par le pop Si pp les urines, iln’y atiroit gueresplus d’in,
onvenient a les confuker , qu’à confulter des Almanachs 5 mais
de donner enfuHc des remedes inconnus à ceux qui les pren¬
ant , meme a ceux qui les donnent, fans fçayoir à qui ni
çomment ,_]iüqu a y meler de l’arfenie, comme il feroit facile
le vérifier , s n n y avoit une infinité de perfonnes de cre-
lii il]
h.
Lm
43 s de Médecine.
* Atqiicin hocge. ^xït daos la Tobc 6c dans Tépée , qui fc font * un plaifir ou im
”SLr>X«r. honneur de les protéger? Sur quoi le grand Erafme trancie
incogitanciorquc hardiment , que plus, ils font fades &; ignorans , plus ils font
apud ^TorqaaiS” ^peabfos à ccux qui font profefTîon d’une ficrc ignorance. 14
iitos Principes. E- ny a rien de fi facile que de purger les humeurs , mais de le
choix èc diferetion. Hic labon c’eft un Opéra. Ceji
SocxncscQiciynca- Socrate, dit le dqde Hurnius, efiie Medecm\ & Socrate pi
rat. Socrates eft gjl malade , c’eft-à-dite un fage diredeur des remedes , &
gui cuiacur- mdivida, & non pas la nature humaine. Ce n’eft
1 1 L :pas là tout , il faut encore obferver , que quand les Provinces
arcfufenc de donner créance , comme elles font ordinairement
à ces debiteurs de fecrets , ils ne manquent jamais de fe refu-
^ Paris , où ils trouvent une ample moüTon dans ces nia-
trTck^am piïeHdâ ladies qui fymbolifent avec leurs mœurs & leurs infâmes ma¬
çon fluuut, ceic- nieres. On s’imagine qùon eft bien caché, ^que le fecret fe-
b/aaturque. TMiP. ’ • ' ' ^ ' ' " • - -
Anmh it.
^ft^uss lenecimunt,
‘ SX bien, gardé, parce qu’on n’eft point connu de ces gens-là,
Si qu’on fera bien-toft hors d’affaires , fans penfer que des gens
fans honneur, fans lieu, fans confcience , ne fe mettent gue-
scs en peine de garder le fecret j qu’il n’eft pas chez eux à l*é-
preuve d’une bouteille de vin 3 6c qu’ils penfent encore moins
à guérir le malades fuffit qu’ils tiennent l’argent , & qu’ils ayenc
plâtré la cure. Car enin tout ce qu’ils font ^ n’eff que pallia-
don, & gare cnfuite le fameux 3c fouvent funefte iiaaimboaos
jsoso;§ de Galien , c’eff-à-dire en notre langage.
-Le garçon du Barbier lîiy dit fort Mal sont entf
- Adiett, Monfieur , juffuau Printemps '
C’eft pour cela que quelqu’un a dit fort à propos, que ceux
qui ont recours à ces gucriffeurs & à leurs remedes , font
feniblables à ceux qui fe làiffiffent de l’ancre du vaiffeau pour
fe fauver du naufrage. Anshotam amfUBmiur j, gui in dej’pmz
sis morhis circumforaneis utuntm.
11 y a bien plus , car comme on fe fait ordinairement fee-
ierat par degrez , ils paffent après' s’êrrc fervis de remedes viO'
lens 6c périlleux , aux philtres , aux abortifs , aux poifons , pour
ne point parler des remedes de la Çofeîetique , * par lefquels
nous finirons cet Ouvrage 5 & par où ces, vilains hommes en¬
trent dans l’efprit de ces femmes, dont la conduite n’eft pas
fort réglée. En effet n’eft-ce pas de ces noms de fard, que
tant de Dames Romaines inftruites dans l’Ecole de fémblabks
* coH''^£oient les poifons qu’on leur trouva apres eu
Seconde Partie. Chap. XVI. 439
5m)ir faic périr leurs maris, &; qui furent vérifiez tels par i’é- T.Lhiusi.
preuve qu’on jugea à propos d’en faire fur quelques-unes de
ces megeres. Et c eft à peu prés de cette maniéré qu’on corn-
mença il y a quelques années à Paris avec des fards prefquetous
ennemis du cerveau, leur aflbeiant enfuite les abortifs , & fi--
niflant par ces fins poifons dont nous avons appris tant de fune- de^thubi
ftes & de pitoyables fuites. C’eft pour cela que Platon vouloir ^ ‘
qu’on chafTât cle fa Republique tous ceux qui donnoient des
remedes fans permiflion duMagiftrat , & quêtant d’autres Ré¬
publiques ont fuivi ce fage confeil. ■» Car qui ne fçait que les
Loix Civiles & Ecclefialtiques ne permettent à perfonne de fe ^
mêler de la Medecine, s’il n’eft approuvé des Médecins & des
Juges de Police.. C’eft ainfi que faint Leon Pape dans fes Epi- çhap.}$:
très, & fàint Grégoire dans fes Morales fe déclarent contre
l’infolence des faux Médecins & contre la tolérance des Ma-
giftrats, pour ne point pkrler des Cafuices & des Dodeurs cy-
devant alléguez & que nous alléguerons encore cy après* Le
Jurifconfulte Carpathius veut qu’on les fouette , & qu’on les
banniffe. Sur quoi la Loi Dival- 25. c. de Tcflam. àk qu’il ny
a rien de fi ^bfurde , que de foufirir le defordre ^ la confufian y qui
ne manquent 'jamais de fe trouver far tout ou quelquun fe mêle du
métier d^autruy . L’Empereur Charles V.veut dans fon Ordonnan¬
ce de l’an 1^32. qu’on punifle tous ceux qui profeffent la Mé¬
decine , fans, avoir employé à l’étude le temps porté par fes
Déclarations., L’Empereur Frédéric II. avoit défendu dés l'an
S237. fous de griéves peines , que-perfbnne ne s’ingérât de pra¬
tiquer la Medecine dans fes Etats, s’il n avoit étudié trois ans
en Philofophie , ôc s’il n’avoit enfuite été examiné par des
Médecins fçavans & expérimentez. Jean Roy de France ren¬
dit l’an 1 3 yi.une Ordonnance contre les femmes, lesApoticaircSj
les Herboriftes & les Ecoliers , qui fai foie nt la Medecine; dé¬
fendant même aux Apoticaires de donner aucun remede, fans
erdonnanee du Médecin ; a caufe ^ djt^il , du feril des cor fs ^ d^es
« Rhentâ Scôtorum* Rex edixît capitis pœnâ , ne qmfquam ni/i doutas & exper- .
Mcdiçinomcns.iV^mcict. HeBôr Beëtius in Hifi.Sc0tic.
Nulîuœ pro cpnfervanda vira {ànirarcque ùtilius Pharmacum quàm abfticere à Me-
dlcis indücHs. F. Legem Aqailiam.
In Republica bene conftituta non adtnittuntur Medici nifi probati & Turati.
tSregor.l. 17. de Rtipuhl. c&p- 9.
b A'phonz,. àRontech.in Speeuh Medici Chrifi. duh. 1. pag. '
Ammun. Medici». decifer. d~tfctirfu 71.
Ahafiier. Tritchius Medic. peccans cencîuf. i.
Franco a Reies in'sampis Elifiii iHcundar. qutf:.
Hifioire de Charles
VI. par fean^ve-
nel des ijrfms pag,
ijo. é’ Ijy-
T-t par M. l’Abbé
leLaboareur , Tome
t. Livre is. chap.8.
lacehus Silvius m
FîAfat. operum.
*QReK,triumplîa,
^ui tôt infontcs
non armis , fc<l ®c-
diciais crucidafti.
Mfsrcell. Falinge-
mt-s Zodiac.vît& in
Lions,
440 EJJais de Medeclne,
âmes , & ^ des abortifs cUndejîins , fous lés peines ordon¬
nées par le Prcvoll: de Paris. Le Roy Charles VI. en rendit
une autre contre les Chirurgiens & autres gens qui promettoient
des cures au deiTus de leur capacité. Sur quoy il ne faut pas ou¬
blier que deux Auguftinss’etantprefentezpour la cure de fa ma¬
ladie 5 après avoir receu bien de l’argent , ils le mirent en fi grand
péril de fa vie, qu’ils furent condamnez, apres avoir été dégradez,
à être décapitez aux Halles de Paris, puis écartelez, & leurs corps
pendus au gibet, & leurs têtes mifes fur des demies-lances. 11 y a des
ArrêH:s du 5). Mars 1J35.1 536. & i566.defi^ndans à-toutes forte^e
perfonnes d’exercer la Medecine fans avoir fubi l’examen, Sa¬
voir pris le bonnet de Dodeur. L’Ordonnancede Blois, art. 87.
y eftformeile.Un nommé de Melun foydifantMedecimefi: arrêté
îeiy.Mars 137V- pour être examiné parla Faculté de Paris, &eft
renvoyé poiir fon ignorance. L’an 15^8. fur la remontrance du
Procureur General en confequence du Reglement de l’an 153^.
fur ce que les Parifiens fe lailîbient âifément décevoir fous la q^ua-
iité de Médecin, le Parlement fait défenfes à tous Empiriques de
pratiquer la Medecine, comme avoitfait l’Ordonnance de Blois.
Mais pour égayer la matière , je croy que le Ledeur non en¬
têté fera bien aife d’apprendre icy , que quand il fe trouvoit
des Charlatans à Monpellier au fiecle paffé , on étoit en poA
feflion de les mettre fur un afne maigre & fâcheux , la tête
tournée vers la queue ; quon les promenoir en cet état par tou¬
te la Ville au bruit des huées des Enfans & de la populace , *
les frappant , leur jettant des ordures , les tiraillant de tous
cotez, éc les maudiflant comme on faifoit autrefois cette célé¬
bré vidime de Marfeille s & qu’aprés les avoir ainfi chaifé de
la Ville , on les afiuroit que s’ils y remettoient le pied, ils n’en,
fortiroient pas a fi bon marché. Pourquoy donc ne nous écrie¬
rons-nous pas voyant à prefent tant de fages Ordonnances ^
de coutumes fi mal gardées ;
O mi fera leges ^ qua talia critnina fertis
O Cad reges qui rem non cernitis ijlam
Vos quih. imperium ejl , qui mundi frma tenetis
Confulite humam generi , quot no de dieque
Horum carnificum ctdga mittuntur in Orcum I
Eft-ee que ces Loix étoieiu trop feveres , ou fi nous fommes
trop induîgens & trop endormis ?, Se trompoienc^ elles , ou fi nous
nous trompons nous-mêmes ? Car enfin tous ces Charlatans ?
comme
Seconde l^artie, Chap.XVI. 44Î
^omnie nous le verrons encore cy-aprcs , ne font-ils pas autant
d'aveugles qui en conduifenc d’autres en la perfonnc de ceux
=qui s y fient, & qui méritent qu’on les traitte comme on traita
celuy qui parut encore plus aveugle que l’aveugle même, dont
Uvouloit faire le métier. Voicy l’affaire. Piipai , qui lignifie en
langage Indien ? Médecin mmMe , écrit dans ces jolis Apolo¬
gues dont nous avons une tradudion fous le titre de La conduite
des Rois ^ar Pillai Bramin, y. a voit un Roy dans fon païs
dont la fille tomba fort malade, & laquelle fut d’autant plus à
pleindre^ que le feul Médecin qui pouvoit fe fervir d’un remede
enfermé dans le cabinet du R.oy, ëtoit devenu aveugle j mais
que comme il étoit difficile de trouver ce remede , il fe prefenta
un Médecin fi ignorant , qu’il tuoit les malades dés la première
?rifite, qui ne laiffa pas de promettre qu’il le diftingueroit de tant
d’autres compofitions qui étoient dans ce cabinet. Ainfi parce
qu’on s’imagine facilement ce qu’on defire , on le conduit dans
ce réduit , il y prend une boëte au hafard , & la porte au Méde¬
cin aveuglé , k. le Médecin en tire une pilule qui n’étoit pas
faite pour la malade , puifqu’elle meurt quelque temps apres ^
Savoir prife, témérité qui coûta la vie à celuy qui avoit appor¬
té la boëte à l’aveugle. Chacun fçait l’Hiftoire du fameux hc-
retique Manés , qui au lieu de guérir le fils de Sapor Roy de
Perle , le tuë par fon ignorance , & comment fon corps fut don¬
né en proye aux oileaux Seaux autres animaux, après en avoir
rempli la peau de boure& de paille , & l’avoir expofée fur une
des portes de la Ville a la veuë de tous les paffans. Maisqu’on-
penfe peu à faire juftice de pareilles gens dans une Ville qui a
tant de tri fies preuves de leurs, attentats , où tant de perfonnes
pourroientdire,
ipfe mifertima vidi
Et quorum par una' fui.
Et où on pourroit bien s’écrier,
^rhs orbis caput es i cur capis omne feelus ?
Le mal efl fi grand', que non feulement on ne traitte pas d’in-
fames ces hommes infâmes , comme on faifoitdu temps d’Hipo-
crate , qui fe plaint qu’il n’y avoit point d’autre peine attachée à
leur témérité que l’infamie 5 mais encore qu’on les recompen-
fe plus largement que les bons Médecins 5 c’eft ainfi que com¬
me nous l’avons marqué cy-defTus , cette Ville qui eft le rendez-
vous 3 comme i égout de toutes les ordures du monde , ouvre nsnai. i, 15.
Kkh
fon fein à ces Efcarbots de la Médecine qui fc trouvent dans>
fes boües, comme dans leur centre ôc leur élément : car voiev
comme ces fléaux de la Medecine luy enlevent plus qu’on ne
croiroit de fes Citoyens, Ces infâmes. Pariétaires. commencent
• par des affiches infâmes, ôc. qui font rougir Peffranterie même,,
par des témoins apoftez , &par des gens ad ogni cofa , qui certi¬
fient pour quelque éeu les effets miraculeux du remede.Les va¬
lets & les..fervantes,.y font pris les premiers , & les maîtres natu.
rellement inquiets amoureux de la ;ioiiveauté , ôc peut-être
laflez de quelque ignorant Médecin y donnent.à leur perfuafion,.
^.tombent ainfi d’un fofTé dans un . précipice. Car comme les..
hatuFeisyPàrifiens font bonnes gens, & qu’ils Ecroientencore les.-
plus grandes dnpes -du monde , fi la Normandie ÔC k Gafeogne-
, n’étoient vea-j à lenr feeours des deux extrémitez du Royaume,^,
par des alliances & par des maniérés tout-à-fait oppofées à leur*
facilité natureiie; les Charlatans dedeur côté > font les gens du
inonde les plus hardis .& les plus entrans;., 64' d’autant plus^que;
- . la pauvreté les rend tels, & les pouffe à tout entreprendre en
une Ville pecunieufe,. hors laquelle il n’y u point de reffource^
à 1 eur fflifere. D’ailleurs ils fçavent que tout l’avantage efl: pour?
eux : car fl le malade meurt , ils n’ont rieni perdre , au pis aller
- ils n’ont qu’à changer "de nom &de quartierpour être àfabri -
des braillards ; à quoy on peüt ajoûter que eommells ne fohc;
gueres âp.pelez. que dans le progrès, .ou dans la vigueur de la.
^ maladie, ..fi le fuGçésm’eft pas heureux, ils ne manquent jamais:
à;dire qu’on les a appelez trop tard 5 que- le Médecin avoit tout
gàté>&cequ’ilyaencoredefavorableàleurmanege,c’efl:qu’Gnf
veut .foûtenir à Paris . tout ce: qu’on a fait' ,& qu’on n’a garde de;
fe plaindre d’un choix & d’un fuccés dont on feroic^ raillé . 5c.t
blâmé comme, d’une; fottife. : entêtement à- peu -prés fem--
hlable a eeluy que nous raconte un bon Auteur. . ün Me-
B^bravuis , hifivB decin .Juif , foi-difant Médecin Arabe , ayant rendu aveim’
3ghermçdth:6.. glé UH Roy de Boheme ,:.aaqiiel il promettoit dé reffituer un
œil perdu , ce Prince pour en dérober la eonnoifïànce à fôn
peuple, ne iaifioic pas d’affifter aux jeux publics, oîi il affiguoic’
Is prix à celuy qui avoit le mieux-^ fait , comme s’il eût été fpe-
étateur , après que fes- affidez le luy avoiénr nommé à l’drcille. ,
Que fi au contraire le makde guérit-, fok par la force de fou ■
temperamment , foit par le contre-coup- du remede , comme il ^
a^riv e, quelquesfois , le .triomplaeieur eff affuré : car on. ne. mao.- <
Seconds Partie, Chap. Xyl.
que jamais de donner la guerifon de la maladie au dernier ve¬
nu, pour peu qu’il ait changé les gardes. Quand il n’auroit feit HipccrgtJerAtient,
que reformer un peu le régime ; c*eft aflez i Heureufe la 'vieim , in acum. '
die le Proverbe , ^ui arrive à la fin àt^ mal. ils fçavcnt qu’il n’y'
a qu’à ofer i audendum dextra. Il arrive comme dans la politique
cent chofes , ëc cent incidens du côté de la fortune, dont on pro¬
fite quand on eft hardi , Fortuna ]uvat , & quoi-qu’il arrive on
cft en place , & avant que le public foit défâbufé , on a vendu le
fecret & touché l’argent , qui n’eft pas une petite aflraire pour
un gueux fans honneur^ fans confciencc. Après tout qui ju¬
gera de rignorance de ces gens-là ? des ignorans-Ôc des entetez.
dont le monde eft plein, & des gens» qui s’y fient fortement. Car
on ne fçait pas , &on ne veut pas mêmefçavok que leur igno^
rance eft fi craffe , qu’ils difent quelquesfois que le malade à la
fièvre, quoi-qu’il n’en ait point , ôc tout au contraire , afliirent
qu’il ii’enapoint au milieu même d’une fièvre ardente. Com¬
ment jugeront-ils donc de ces fièvres malignes , qui ne fe ma^
nifeftent qu’à la faveur des lignes j' dont la pluralité & l’obfer-
vation eft neceiraire,eux qui ne fçavent pas même ce que c’eft
que cet amas de lignes. * A infi combien de prédirions de tra- * Golkàio figno^
vers J de'eaufes ignorées , de cures manquées>^ de qui fro quo^ rua^.
pour ne fçavoir pas diftinguer -ce qu’on appelé
dtjjimilitudines -, ^ dififiimilium fimilkudines qui eft le fin de là
, Medecine & de la prudence politique ^ tant iis font ignorans ëC
tant ils ont d’imparience , de donner un remede dont ils ne con-
noilTent ny la nature ny la dofe.
Mais , dit le Parifien , ne guerit-on pas quelquefois etitre les
mains de «çes .gens-là , êc même en des oceafions oii les Méde¬
cins paroilîoient à bout-'^e leur Latin&de leurs remedes. Ces ,
gens guerilfent quelquesfois , j’en tombe d’accord 5 mais c’eft
en la maniéré que les Archers mal adroits frapentle but >ôc 5^^ cum cadem
comme des écoliers portent une botte franche à un Prévoft oœmbus coevc-
de Salle, chofes fort rares. Ces cures , dit Celfe , ne font pas
des coups de l’adrelTe , mais du hafard. &de la témérité, no^rdHiui^^mc-
traiMent , dit cet excellent perfonnage , malades des ritas adjuvat,ideo-
decins avec quelque fuccés .mais il nen efifas de n^ême de. ceux qu on
leur confie. En effet , qu’on leur donne une maladie qui com- ægros quam fuos
ûience , ils ne fçavent par oii s’y prendre , ne fçaehant diftin-
guer ni les fignes , ni les accidens , ni les temps. Mais qu’on ^ ‘
les appelé dans la vigueur du mai , ils rifquent le tout pour le
Kkk ij
^44 Effm ds Medectne
tout , feurs qu on ne leur fçaura pas mauvais gré du fuccés , quel¬
que funefte qu’il Toit , tant onell alors .effrayé de la vehemenee
* Aiexand.pfiudo di.es accideiis, C’cft ainfi que des Alexandres * pareils à ceiuy de
irophetju^m »«- Lucicn coupeut hardimerxt ce nœud gardien , au lieu de le dé-
**^**^^ Boùer. A quoy on peut ajouter que l’impatience naturelle aux
Parifiens leur eff encore fort favorable j qu’on y aime le change¬
ment , & même le ragoût dans les Médecines ôcdansle choix des
Médecins,. L’inquietude y fuit par tout, .& les gens de Ville & les
gens de Cour , jufques dans la Medeeine rpirituclle ou on fe laffe/.
& où on veut changer de Diredeur fans fçavoir pourquoy : car
enfin je demande à ceux qui s’entêtent des apparences & de.
quelques cures palliatives > £ parce qu’un téméraire aura réüffi
fans ordre Sc fans. conduite dans^ quelque expédition militaire,
il faut négliger l’ancienne difeipîine , & faire des coups d"é-
tourdi. -
. Quel.remededbncàtantdedéf©rdres,puifque 1^'Magiftrats
les foufïrent y.puifque c'efir' en vain que le bon fens fe récrie i
fi quU turbid^ Roma elevei accédas , qufenfin nos Char k -
m ns font des ttîanieres de Juifs qui font chaque jour: des Prô-
felytes qui ajoutent foy à leurs Rabinages î
La Loy a beau nous dire que efeft aux Médecins ^ non pas aux
Juges de porter jugement fur la capacité ôc fur i’établiffement
y. Ug. des Médecins ,* ne f^ut f as -permettre aux malades de [ejervir
i, ç^thai.^, fyé' de ces f rétendus Médecins y farce qn il efi de rinterefi public que lêS’
uittm. digefi. Qitoyens n'^bufcnt fas de leurs faculté^, fe mettant imprudemment au
v.Ann&HtnB^ohert. hafard de perdre la •vie en fe confiant a dès ignorans. En vain Py-
thagore noos» enfeigne , que le Magifirat qui ne punit pas les mé-
chans i efi coupable de l^injurè qu ils font aux gens de bien. Aufli-
qu’arrive t-il quelques- fois dé ce défordre ? le voicy. Des Pre-
fîdens , des Lieutenans Civils & d’autres . Magiftrats fubiflènt
- eux-mêmes la loy de l’Adraftie pour n’avoir pas tenuda main à.
l’executioD'des ioixqui s’oppofentàcette.licence.
Pour moy qui dans la fituation où je me trouve , & qui de lama-
niere dont j’ay toujours fait la Medécine, n*ày point dautre interet
avoir changer la face des chofes,que celuy qu’un bon citoyen
& un Médecin défin tereffé y doit prendrez je ne joindrayni
mes plaintes , ni mes remontrances à celles des Eâcultez celles
des Colleges de Medeeine , & à celles dé tant de graves Au-
,^Eos vero qmin tcurs qui cn Ont fait tant dinutiles j * mais je me contenteray
alias «ccs.hocmo- d^eûayer im remede^à peu prés fémbiable à celuy dont les Lar
Seconde Partie, Chap.. XVR 445=
ccclemonicns s’aviferent pour donner de l’horreur de l*yvro- do invadunt c/i,
gneric à leurs enfans , leur mettant devant les yeux la figure hor-
^ble de leurs Efelavcs eny vrcz. G’eft ainfs que je ferai voir par quorumq^îje'idr iL
les portraits de nos finges de la Médecine, & par l’hiftoire
Chronologique d’tinhccle entier, en quelles mains lesParificns
confient leurs vks, & que tirant le rideau qui leur dérobe la
connoifTance de ceux qu’ils confultent ,.Gomme les Oracles de la
Médecine , je les lallTeray , après les leur avoir montrez tels qu’ils
font,, avec ces paroles de l’Exode : Hf fmt DH mi > J[meL
m-y VoHk tts Sauveurs.
Mais avant que d? entrer eh matière , il cfl à propos de mar¬
quer icy que tous ceux qui onr été traittez de Charlatans par Recherches uu.
la Faculté de Paris , n’étoient pas tels qu’ils font dépeints dans chant laiacuitédi
les écrits de fes Suppofts ôc dans fes regifires. Gomme elle fe
trompa dans le fait , l’an i f66, le Parlement , qui ne prononça
que fur fes.remontrances r fearompa fi. effeàûvement dans lé
Droit , qu’il fut obligé l’an 16 fù. de révoquer-rArreft donné
l^n au requifitoire de cette Faculté. G’eft pourquoy le
Decret formé l’an i . contré laumier un de fes D odeurs ,
fut d’autant plus précipité ^ injufte , que c’etoit un fort habite
homme,, ôc auquel on ne pût rien imputer non plus qu a Re¬
nier , qui ne fut pas mieux traité l’an 1^05. que des’êtrefcr-
vis de quelques préparations d’antimoine. Ainfi elle n’èpargnài
ni MaierneTurqu et, ni Duchefhe dit Q^rcetan , Médecins de -
Monpeilier, dont les cures & les écrits marquent afiez qu’ils
en fçavoient trop pour ne pas faire des envieux, Qm ne fçaic
l’injuftecenfure qu’éllè fit encore, de la méthode des nommez ^ in
Haruet & Bancinet , parce qu’ils fe fervoient de quelques re- '
medes Ghymiques. Il ne faut que; lire les écrits faits de part & dLpi.iroi.Mam
& d’autre, pour voir qui avoit rai fon. Paul Reneaume autre; -
Médecin de la Faculté do Monpeilier , qui faifoit la Médeci¬
ne à Blois, fot encore déféré au Parlement de Paris l’an 1^15.
par cette Faculté, comme s’il eût été ennemi de la Religion
& de la Domination , parce qu’iL fe fervoit de Medicamens
Ghymiques , qu’il employoit à la vérité un peu bien hardiment. -
Louis de Launay, natif' de la Rochelle , pareillement Méde¬
cin de Monpeilier^, avoir paffé par cette imperieufe cenfure
dans les écrits de Grevin dés Fan ijéo. pour même raifon que
les precedens,- Gar pour peu qu’on fe, fervît des remedes Chy-
miquês en ce temps-là ,• on ne manquoit pas d*être déclaré
Kkk iij
^4^ de Médecine.
Charlatan fiéfé par la taculcé, 5c anaihême à qui en doutoït>,
parce que n’ayant pas encore ouvert les yeux pour voir ce
qu’elle commença à reconnoître l’an 1637. elle s’arrogeoit un
Empire derpoiique fur tout ce qu’il y avoit de Médecins
yqui n’étoLent pas frappez à fon coin. Quand à jean le Brun
quelle challà en même temps de (on Ecole , je crois que j’au*
rois quelque raifon d’entrer en matière par ce perfonnage , ôc
qu’elle en eut quelques-unes de . cenfurer l’or potable ôc quel¬
ques autres remedes dont il faifoit trop de myfteres. Car pour
Roch Bailly , dit la Rivière, dont le procès fut fi fameux, il
avoit tant mêlé de mauvaife dodrine dans fes dcfenfes , tant
d’énigmes 5c tant d’ignorance de la vraie Medecine 5c de la
bonne Philofophie , tant de marques d’inquiétude , de chaleur
Sc d’interefl: lordide , qu’on ne peut douter qu’il ne fût un
Charlatan. 11 en elt de même des nommez Hureau 5c de
^gemensnndus cm- îvlelün ,? que le Parlement condamna comme Charlatans l’an
ne. les âinfi que nous l’avons remarqué cy -devant du dernier ,,
, pour n’avoir pu ^pondre aux queftions qu’on leur propofa.
piaidoyé d’jnne Ç’eft ainfî qu’clle avoît fait 5 condamner Jean Thibaut con-
Ve lequel elle obtint Arrefi: le a. Mars 153.5. Pompée Gavan
1558. François Pena i^oi. François Miquely ,1601. les nom¬
mez la Montagne , Baurelly, la Rrofie, Bourgeois d’Ivelin, le
Duc,.Rodomont, Vafiet Colleville 1607,. ôc Hervieux 1^08,
tous Charlatans iiéfez. Voila les triomphes delà Faculté 3 mais,
' : quels triomphes , puifqu elle fut obligée de chanter la palinodie
quant à l’antimoine 5c quant a quelques autres remedes , 5c
qu’elle n’en a été ni plus glorieufe , ni plus riche ? Triomphes
en un mot, dont on pourroitdire , comme on a dit d’une des
c ti's pins malheureu fes viétoires du peuple R.omain:Pr^i^ ut.depaupe-
^ ' ' ribui i triumphm tmtum de nomine i Ainfi comme elle for- -
tit enfuite 'aflez mal de quelques autres affaires elle le laffa
enfin dé procès. Les Charlatans , dont le nombre croKToit tous'
les jours , palTerent à la montre fous le nom de Médecins de
^Monpellier , par la négligence des Magiftrats 3 5c je ne vois
pas qu’elle ait eu d^affaires fort confiderables depuis ce temps-
là , jufques à celle que lui fit Renaudot., .5c qu’elle fe fit aulïï
elle-même , 8c dont elle ne fortit pas tout-à-fait comme elle
foLihaittoit. Quoi qu’il en foit, car je ne doute pas qu’il n’y ait
eu bien de l’aigreur 5c du mal -entendu de part 5c d’autre
dans ce detnêlé-là. Quoi qu’il en foit , dis-je, il efi: affuré que
Seconde Pmie. Chap. XVL 447-
maî^é les plaintes & les efForts de la Faculté , les Charlatans
depuis plus d’un fîecleont trouve une merveilleufe facilité dans
Felprit de nos Parifîens , quoi qu on n ait rien vu de lingulier
dans ces guerifTeurs que la vanité, TefFronterie & le libertina¬
ge, & qu’ils n ayent prefque tous eu que la fin & le fort de ces
jniferables victimes des voluptez publiques : car n*ayant ven-
^u comme elle que des repentirs , ils font prefque tous morts
comme elles dans l’hôpital , ou fur un fumier , apres en avoir
bien fait mourir par leurs vilains artifices. AulTi eft-ce fur le
pied de ces beaux faits là qu’un Poëte du temps de. Nervezc
nous les reprefente dans cette poëhe.
Leurs dogmes dont far eux ms cor fs font dljfife^
Smt des Récif e^ faux ^ de >vrais decife^,
BMtinans fur chacun c ef toute leur envie ~
' De vous faire mourir four fe donner la vie,
Voila comme far eux les hommes font tomfaints
Venus- au lendemain du jour de la Toufaint.
Semi.ni‘ pour entrer enfin en matière eft un des plus anciens
des plus renommez de ceux qui ont régné à Paris , aprés^
les Rivières qui l’ont inondé , 6c après les Brodes , les Tourelles ,
-les Abelis, les Goris , lesBoivenals, les Dumons, les Hureaux
& les Mehins , qui -ont porté la mort par tout ou ils ont em¬
ployé les mettalliqucs , aufquels-on peut ajoûter Denis Lefcot ,
<lui gagna cinquante raille écus en deux ou crois ans de taba--
riaage. De véritable Tabarin , Mondo^ri 6c Descombes gens na-
Éurellement éloquens^ 6c.fi rejonïlfans qu’ils coupoient labour-
fe en rianc; Semini j disqe , étoic un homme fi- hardi , quoi^que
fort ignorant 5 qu’il trouva moyen de fc faire adorer à Paris
^és l’an 1620. So cela parce qu’il avoit des rcmedes pour les
Dames comme pour les hommes : car c’éft ce qui le fit bientôt
coiinoître aux Grands 6c ' à la Bourgeoifie^'.^ L*ântimoine qu’il
donnoit déguifé de differentes- maniérés, étoitfon grand Achii^
îe 5 en un temps ou la faculté en avoir prefque aboli l’ufage à
force de le décrier. H fe fervoit encore- de-quelqnes prépara¬
tions dd mercure ^ de fellebore & de l’opium 3 6c parce que les
Médecins de fon temps étoiCnt fi timides , .qu’ils regardoienc
CCS remèdes comme des ' monftres 6c des bêtes feroces , qu’ils
i ne fçavoient pas addôucir 6c‘ domeftiquer-, il profita fi bien de-
Ifoccafion , que les donnant a droit 6c à gauche, les heureux
füccez firent qu’on me vouioit; entendre ni la- voix des . moui-
Bfftxis de Meâecmt.
rans. , ni celle de coix qui les regrctioient qui fc pkignolcnt
de fes reqacdes. La Prineeiïe Marie de Nevers,^,fô/j«^ •vdetudî^
mm regere erat folim y fut celle de toutes les Dames- de la Coût
qui lui domnæ le plus de crédit 5 mais cela, n’empêcha^ pas quoa
ne crut depuis , que les remedes qu’il lui avoic frequcaiment
donnez , avoient extrêmement alFoibli cette Faculté , dont elle
eut (i-^rand befoin, quand elle fut fur le Thrône de la Poi.
lognc ) polir laiffer des heritiers vivans au Roy fon époux*
Cependant comme il n y a fouvent que la maniéré de fe fervir
des remedes dans la pratique qui les rende bons ou mauvais»
le Grand , comme nous l’avons remarqué dans fon portrait,
voyant que Semini avoir fait quelques belles cures , eut enfin
envie de tâter de cette pratique, & tempera fi heureülèment par la
prudence & par le raifonnement l’efFet cavalier de ces grands re¬
mèdes , que malgré les braillards de l’Ecole qui s’étoient furieu-
fement élevez contre luy , il fut approuvée applaudi d’un afiTez
bon nombre tant de cette Ecole, que de celle de Monpellîer ,
qui firent taire la plufpart de ces deckmateurs. Voilà la porte
par laquelle il' entra,; & l’échele par où il monta à ce degré de
réputation où nous l’avons vû. Mais ne perdons pas de vûë
Seminii On dit donc que le Neptune s’étant un jour rencontré
avec lui chez le Cardinal de Richelieu , &:que ce Médecin
lui ayant montré trois paquets de certaine poudre , pour voir
ee qu’il en diroit , il fe jetta à fes pieds lui demandant fon
amitié, 6c le priant de ne pas divulguer cette préparation de
remèdes qui l’avoit fait fubfîfter fi beureufement. Mais pour¬
rions-nous oublier ici une véritable turlupinade que fit nôtre
Neptune au fuj et d0 ce Gharlatan,chczun Curé defaint Sul-
pice, où ayant trouvé un mourant qui avoir pris ce jour-là un
de fes remedes , il laiffa cet écrit fur la table : Seé}£ Empiries-
femini e\m in f^cuU f£ctilorum amen. Au re¬
lie, on fut fort étonné de voir enfin que cet homme , dont les
Grands êc la Boufgcoifie avoient été comme enchantez, tom¬
ba tout d’un coup du faille de la réputation où il étoir parve¬
nu-, pour avoir donné une poudre à une Eminence qui en
mourut quelque temps après.
Diller Ain ne fit pas tantde bruit a beaucoup prés que Sê-
mini , quoi-qu’ü eût peut-être autant fait de befogne, 6c l’on n’en
auroit pas même confervé k mémoire , fans le remede qne
le Premier Prefident le Jay prit de fa main, 6c après lequel il
mourût
Seconde Partie, Chap. XVI: ^ ^4,^^
mourut faute de bon appareil ou autrement.
Ceux qui vont fuivre ces deux là, font prefqucs tous con¬
temporains , c’eft pourquoy je les prens comme ils me viennent
dans la mémoire , fans afFeder de les ranger chacun félon leur
temps & félon le bruit qu’ils ont fait,
Roula natif de Monpelier , condamné par le Parlement
de Touloufe pour friponeries & pour crimes , ne manqua pas
d’éviter l’exécution de fon Arrelt , fe réfugiant à Paris , l’afile
de fes femblables, & ou.il n’étoit pas connu. Son principal
l^avoif faire ( car il en fçavoit bien d’autres") étoit comme il
le difoit de tailler au petit appareil , nouveauté qui ne déplût
pas. Il trompa donc fort facilement ceux qui fc laiHerent pré^
venir les premiers , en efcamotant la pierre qu’il faifoit femblant
de tirer. Ainli l’on n*en parla au commencement que comme
d’un homme miraculeux , & particulièrement Meflîeurs de la
R. P. R, fes Confrères en Chrift 3 mais enfin ayant été obfervé
de prés paï les Maîtres de l’Art , il demeura court à une opera¬
tion où il étoit trop éclairé , enfuite de quoy il emportaau claie
de la ]Lune, ce qu’il ayoir rafflé des plus crédules , dont aucun
ne fe trouva guéri de fa pierre ,
DAMAsetNE, hardi Italien, bien fait de corps & beau parleur,
parut fur les rangs à Paris, après avoir fait fon entrée en France,
applaudi comme un Efculape parti d’Epidaure. 11 étoit vêtu d^u-
né robe rouge parée de chaînes d’or, & de tout ce qui fait dire
.de cette cfpece de Médecins, Meàmrum ejl hûnejle vejliriyjîre-
put mentiri , mdenter occUert) à quoy il avoir ajouté ces anneaux,
qu’Ariftophane nous dépeint d’un trait aufli grand que les
doigts , qu’ils ornent ôc qu’ils remplirent ,
Eel dado de m ppttor
Engejlado in orovi le'it, h^.
‘‘Vn fimjjimo ruhi . ^
JPerche fempre ejle color
Et antidQt'o m^]or
Contro la melancholia.
Les poudres aromatiques qu’il exhaloit de tous cotez, aug-»
mentoieQt l’opinion qu*on avoir de fes remedes,&Ie faifoien?,
pour ainfi dire , fenfir d une lieuë : car quoi-qu’il en eût bien
expédié en pa£fânt,on ne lailToit pas de donner dans le faite &
dans le brillant , cum oedderet eos quarebant eum. On ne pou-
Voic s imaginer que la mort partît d’un fi. bel endroit , ou du
LU
EJJahdeMedecme,
moins ne l’apprchcndoit-on pas trop venant d’un fibeau per-
fonnage.
O vifo che puo far la morte dolce.
Ainfi comme il n y arien de fi fot que le peuple prévenu , on
fe preflToit par tout pour le voir ou pour le confulter.. C'eft ainE
que quand Philis pêçhoit chez un de nos Poëces.
Oa voyait batre les foijfom >
, A qui -plutofl ferdroit la vie y
Mn l'honneur de fes amenons-
. En effet ., un homme qui avoit le feçret de guérir , les fein^
mes fteriles merkoieert bien qu’on lefconfultât pour le bien pu¬
blic. Il n y avoit rien qu’il ne fçût & qu’il ne pût , de tout ce
qu’elles pouvoient en demander. Il leur difoit comme le Pro^
thée du Poète > là bonne avanture> il n’oublioit ny le paffe nv
l’avenir.
4. funt i q^ua fuere y qua mox ventura trahentur.
Et quand les plus curieufes luy demandoient avec quel remède
il gueriflbit la ftcrilité , il répondoit aux plus gaillardes & aux
plus jolies , appliquant doucement fes mains fur fes cotez , le
remede ^ le fecret ejienDamafcene. Le voila donc cnEn arrivée
Paris , où on Pattendoit comme le Meflie de la Medeciné , il y
eft viûté , confulté ôc adoré comme un Oracle 5 mais comme il ,
peofoit bien à autre chofe qu’à plaire à là bou rgeoifie , & qu’il
regardoit la Cotir: comme la fin & le but où il avoit toujours
YÏÏé al ber faglio , il y vola, croyant qu’il n’y avoit qùà payer de
promefies , d’ affirmations Sc de fa belle figure pour s’emparer de
tous les cfprits 3 mais il y outra tellement la Charlatanerie ,
pouffa fes impertinences fi avant , qu’on ne le prit que pour ce-
qu’il étoit en effet, Ainfi ce nouveau Paenomene de là Méde¬
cine Charlatane évaiioüit devant le Soleil , après avoir été re¬
gardé quelque temps du peuple comme un Aftre d’heureufe^
influence,
Sar8.azin n’^écoit pas d’une figure à donner dans la veuë dir
peuple comme Damafcene, cependant il voulut comme luy ten¬
ter la fortune. Il vint de Genève à Paris avec un Gilla de vi-'
triol , qui fai feit toute la boutique de ce pauvre G’ lie 3 & com¬
me il fut affez idiot pour avouer aux Parifiens qu’il n’etoit ni
Médecin ni Chirurgien , ôc qu’il paroiffoit fort impécunieux
non fam Afsdicus , nec efiin mta domo nequt vef ime7itu}n neque panist
Gi^ un mot i comme il ne fçavoic pas faire claquer fon foüec,. il
Se^ionde Pmie, Chuf, XVI, 451
fut obligé de s’en retourner après avoir fait mentir une fois au
moins le fçavant Erafmc , qui croit qu’il ne faut qu’un ou deux
remedes de bibus pour nourrir les gens de ce métier-là > car
enfin l’cxperience nous apprend tous les jours que s’ilyenaqui
vivent de leur effronterie , il y en a bien plus qui n’en font que
vivoter. Mais voicy bien une autre figure.
Du Close l étoit à peu prés tel que cét Uranius dont nous
avons parié ci-devant , grand parleur, difeur de rien , petit efprir,
ignorant , vanteur & manteur , formant des difficultez & des
queftions fur toutes fortes de matières fans en pouvoir éclaircir
aucune. Mais comme il f^avoit quelque chbfé au jeu , & qu’il
vit par l’exemple de fes femblables , que Paris luy tendoit fes
bras de mifericorde , il ne fe contenta pas de vendre des fecrets
pour le mal des dents & pour la colique, dans les Provinces ou
il ne faifoit pas d’affez bonnes affaires , il vint en cette Ville-
ià joüer au plus feur , à la faveur de fon fçavoir faire 6c des du¬
pes qu’il y rencontra , tant il étoit habile parmi les ignorans ;
mais on ne parle point des cures qu’il y fit , car , quant à fa fin ,
quelques-uns ont crû qu’il avoir fait naufrage fitr la Grève.
L E C E a F ne reflcmbloit à rien moins qu’à l’animal dont il
portoit le nom, &dont on croit que la tête 6C quelques autres
parties font Médicinales , car ce n’étoit qu’un pauvre animal r &
un véritable Efearbot de la Médecine , qui s’étoit borné au-trai-
tement des fiftules de l’Anus , quoi-qu’il n’eut pas la moindre
teinture de la Chirurgie. T ont fon fçavoir confiffoic en une huile
de Gaiac , qu’il préten.dolt faire paffer pour miraculcufe , mais
il perdit fon huile 6c la peine ,6c n’en vécut pas plus riche. Et à
ce propos il ne faut pas oublier celuy qui luy a fuccedé en cet
employ , quoirqu’il foit venu bien plus tard, paroiffant encore
à prefent fur la feene Charlatane.
L. M. donc eft un pauvre diable dont le nom feul porte la
réprobation 5 cependant il ne lailTe pas de débiter & de lé leryir
d’une maniéré de Tetr^pharmacumy fous le nom de Baume infail¬
lible pour les fiftules > mais nous ne marquerons de toutes ces ef¬
fronteries que celle qui fuit. Un des grands Officiers de la Ro¬
be ,qui s’imaginoit avoir été guéri par çe’Baume d’une fiftuleà
l’anus , produit cet homme, ou plûtoft ce cheval > pour penfer
celle que le M. D. Ch. R. avoir cfFcdivement , & qu’on ne pou¬
voir guérir que par l’operation , & ce croquant l’entreprend j
mais qu’en arrivc-t-ü après quelque temps , le malade eft obii-
L 1 i
1
EJJals de Medecinô,
gé de s’en retourner chez luy , Ihnceftin tout pourri , âc la fièvre
hetiqae dans le corps dont il meurt 15. jours après. Ce qu’il y
eut de honteux dans l’affaire , eft que le Médecin qui voyoit
ce malade avec ce vilain Efcarbot , n^ofa jamais propofer l’o¬
peration de crainte de fâcher l’Officier qui l’avoit produit , &
de perdre fa pratique & celle du malade.
R A B E L étoit Provençal , vilain borgne, & dont les traits de
vifagc ètoient non feulement irréguliers, mais horribles,- fans ef-
prit, fans étude , fans Religion, au refte brétcur & très- débauché,
inviàus , iracundus^ vinofus ^ Il fut premièrement Maître
d’Ecole en fonpaïs,ou pour première leçon & apprentiffage des
meurtres qu’il devoit faire dans 1/exercicc de la Médecine , il
tua fa femme d’un coup de moufqueton. Il eft vray que ce fut
un malheur en confîderation de quoy il n’eut pas de peine
à obtenir fa grâce. Depuis s’étant mis la Medecine Ghymique
dans la tête , il étudia , difoit-il, fous un Anglois & fous un Turcs
( il vouloir fans doute dire un Juif ) de maniéré que non feu¬
lement il fe fit fort bon Artifte , mais encore il hérita , fi on
l’en croit, de tous leurs fecrets après leur mort. Quoi-qu’il en
foit , il vint à Paris ou il employa des eaux & des huiles, qui le
firentconnoître& qui le mirent en réputation. Mais parce qu’il
n’avoit ni conduite ni probité , s’étant vanté qu’il avoir en main
de quoy faire avorter toutes les femmes de Paris malgré qu’on
en eût , & que quelques malheureufes filles s’adreflerent à luy
pour cette fin 5 on l’enferma dans Vincennes , d’où ayant été
transféré quelque temps apres à Pignerol, il y fit un tour de fon
métier : car s’étant fauve avec plu fleurs autres prifonniers qui
Voulurent bien joüif du bénéfice, il retourna au Capitaine du
Château , comme un prifonnier de bonne- foy , qui ne vouloit
tirer aucun avantage de fon évafion, ou qui tâchoit de luy
perfiiader que celle de tant de prifonniers n’étoit pas de fon
invention, Ainfî la Cour en ayant été informée, le tour bien
confideré, dtt luy fît donner de l’argent & un habit avec ordre
de fortir du Royaume , & de n’y mettre jamais le pied, Auffi
fe redra-t'il à Avignon & de là en Italie , où on dit qu’il conti¬
nué à fe fervir de fon fçavoir faire , quoi-qu’il ne gagne pas
tant en ce païs-U qu’avec les Parifiens , gens de grand loifîr,
crédules & pecunieux. .
T I c O P e’ de gente BeliJîrA , étoit à la vérité Médecin à L.-
pîâis fa vanité ôwfes infolences Payant mis mal dans fon Colle:;
Seconde Partie. ChsiQ, X y l, 453
ge, il fé retira à Paris i le port de falut des hommes de fon ca¬
ractère. Gomme il n’avoit donc aucune méthode , qu’il étoit
le plus brutal, le plus vilain fagoin , le plus impudent & le plus
téméraire drogueur de fon temps , il ne faut pas s’étonner ü
tout Docteur qu’il étoit , je le range parmi les Charlatans. Il
porcoit une groile canne dans la main j bien moins pour fou*-
tenir fon corps chancelant , que pour en menacer ceux qui n’a-
voient pas le don de luy plaire. Dés qu’on s’oppofoit à fon fen-
timent, il haüffoit fa voix de Stentor pour potiiiler les gens, &
fa canne pour les en charger. Aufli eût-il bien de la peine à
fe foutenir les premières années , mais enfin ayant fait défenfler
un Evêque avec une certaine préparation de feamonée qu’il dé-
bitoit j ôcqu il vantoit comme un fecret , il commença à être re¬
gardé comme le faüvéur des hydropiques. Ce n’eft pas qu’il ne
fe fervit aufii des métalliques les plus violcns j mais fon gilla de
vitriol ée fon Précipité de mercure , étoient fon müo ultima , &
comme fes bombes & fes mortiers. En effet , ce dernier fît tant
de râvàge qu’on, en vit mourir dans un long martire, bien des
perfonnes de mérité & dé qualité. Il ne vouioit prefque jamais
conférer avec les Médecins qu’on luy propofoit : car la langue
Latine , quoi-qué copieufeen injiirés, n’étoit pas fa langue. Tous
les Médecins n’êtoiént que des ânes, des perroquets & des tur-
lupins , félon luy j il étoit le feul qui fçût la Medeçine. On fouf-
frit d’abord cés maniérés extraordinaires , tant on aime les nou¬
veautés ôc le fingulier a Paris 5 mais enfin la plupart de ceux qui
en avoient rij voyant qu’il perdoit le refped commencèrent à
s’énlafler , d’autant plus facilement qu’il ne faifoitpas auprès
des malades tout ce qu’il promettoit, &quil faifoit des chofes
qu’ils ne demandoient point. On commença donc à le congédier
avec quelque efpecc d’honneiir 5t d’honoraire 3 mais compie il
n’y avoit rien défi facile que de le faire venir i il n’y avoit rien
defidifficile que de le chaffer. Ilrentroit toûjours hardiment ,
expdlas furca takm ufqu e rècurrit i artifice le pjus ordinaire,
quand on luy refufoit l’entrée des maifons , étoit de menâ^r
d’une mort prochaine ceux qui méprifoient ainfi fa perfonne &:
fes remedes : m inttrim , difoic-il , ve^ro ridebo. Au refte , jamais
content des rétributions les plus honnêtes, demandant toujours
quon hauffâtla àoÇc imodicum particulièrement quand le
nialade fortoit d’affaire. Ce qu’il y eût de fingulier dans la con¬
duite des Parifiens à l’égard de ce Msdecin , eft qu’un peu avant
L H iij
4J4 Effm de Medeçine,
que l’âge & les maladies reuflcnt foicé à faire retraite , ne
fçachant plus ni ee qu’il diroit, ni. ce qu’il faifoit, mangeant
& écuraant comme un porc à table , il s’en trouva encore
d’aflez bons pour le foulFrir, les uns par entêtement, &les au¬
tres vaincus par fes importunitez. Mais enfin il partit de çç
monde après avoir envoyé marquer Ion logis en l’autre , à un
bien plus grand nombre d’bommes que n’avoit fait aucun Char¬
latan , & mourut comme il avoit vécu , c’eft à dire en gueux ,
ponobftant tout ce qu’il avoir efcroqué des plus crédules. Mais
voici un Médecin bien moins aigre que.Tkope , puis que ceft
un véritable Médecin d*eau douce, & pour ainfi dire un Mo^
nopoleur des eaux de la Seine , car commp on eil: en ^ofléffion
de vendre l’eau à Paris,
bARB ERE AU n’eût qu’à déguifer l’eau de la Seine & a
kiy changer le nom , pour la mettre à bien plus haut prix que le
meilleur vin de Champagne. Jlen établit donc le Bureau dans
le College des quatre ^ popt en faire la didribution
d’une manière un peu galante,, ilia commit à fa femme & à fa
fille 5 deux Nymphes qui ne paroifiToient pas les plus refroidies de
charité 5 de force qu’on croyoit toûjours boire a juilc prix, quelque
ehere que fût l’eau j quand on la prenpit des maina de ces deux
prétieufes. Cequ il y avoit de particulier dans cette eau , ap moins
ÏÏ l’on en croyoit Barberean , eft que comme fi le tranfportluy eût
donné quelque qualité quelle n’avoit pas dans fbn logis ( au con-^
traire de celles qui perdent quelque chofe quand on les tranfpor-
te, ) celle qui partoit de chez luy da^s de certaines boutefilcs ,
éf oit bien pluschere quel autre, étant féelé du [cuide la fontaine
ferfetuellt : car le Dieu du fleuve qui y prefidoit, êcqui la faifoit
partir avec cette attache pour le bien public ? affûroit quelle épit
impregnçe d’une vertu miraculetife i quoirqu’il n’y parût qu’un
mélange d’antimoine vitriolé^ ou de vitriol antimonié, encore
en fl petite dofe qu’il nktpit pas capable de la faire changer de
nature, 0>^ua furaputa ^ ce grain yerd qiion voyoit au rond ,
n’excedant pas la grofleur d’un grain de froment fur fix pintes
d’eau. Mais parce qu’fiyavoitdu n:3ifl;ere, & qu’on iarpgardoit
comme une fontaine de jouvence ,pn la payoit fi graflemenc que
quelques coffres forts en dpnnoient depuis dix jufqiià trente
loüis d’or , le prix la faifant paflèr pour une eau de longue vip
&; de fanté , & le maître des eaux du College comme un très-
grand maître dans la^Medcçine, fe difanc Confeiller & Mede-
Seconde Partie, Chap. 45/
cîo ordinaire du Roy , dans le Livre qu’il intitula , les Remedis
fouvemins ér incomparables da fieur Barbereau, quoi-qu’il ne fçût ni
Aï ni B, ôc qu’il bût plus de vin en un jour-, que les plus forts
de fes beuveurs , & fi vous voulez le Manfredy Maltob ne bcu-
voient d’eau en deux journées. On avoit beau dire aux gen5
prévenus que ce n’étoit que de Beau de riviere ,&que le grain
vcrd qui étoitau fond de la fontaine perpétuelle, n’était qu’un
mifterc, ils n’en croient rien j mais enfin on s’en éclaircit , 6c voi¬
ci commenta Un petit laquais avait retenu l’argent de fan Maî¬
tre , & avait rempli fa bouteille de l’eau de la Seine ÿ au lien
d’aller porter l’un & l’autre chez Barbereau , Ôc cependant le
Maître du laquais n*avok pas laifié de fe trouver fore bien de cette
eau , c*efl pourquoy il ne manqua pas d’aller remercier le Maître
des eaux après fa con valefccace , quoi-qivil crût avoir bien payé
fon remedé. Comme il eut fait fon cOmplimént on le pria de dire
fon nom, mais ne le trouvant point fur le Rendre, eùceiuy de
tous les beuveurs étoit couché, on foupçonna qu’il y avoir du mal
entendu , & que le laquais pouvoir bien avoir changé Beau en
_yjn. Ainfi le Maître de retour au logis luy ayant commandé
d’aller trouver Monfieur Barbereau 6c pour caufe , le fripon chan¬
ge en même*tcmp3 de couleur, fe trouble, 6c fe jette enfin à fes
pieds , demande pardon, ÔC offre pour l’obtenir plus facilement ^
de rendre la plus grande part de l’argent qui étoit encore en
nature. Voila la première ôc la principale caufe du reflus des
eaux ///a voila comment leur merveilleufe réputation
6c celle du Médecin des eaux fe perdirent ; car an remarqué
depuis ce temps-là, que te Maître des eauX 6c fa boutique fon¬
dirent infenfiblement , fans qu’il eût rien fondé pour fa pauvre
famille , non plus que ce fondeur de cloches , dont on a dit >
il fondit ^ rien ne fondai
Nous ne fomnïcs pas encore hors de Beau , car depuis le fa¬
meux la Riviere du fiecle pafle , il s’eft bien -trouvé d’autres
Rivières qui fe font débordées dans l’exercice de la Charlata-
nerie. On n’a qu’à voir la defeription de la Riviere Boiffard y d:m /efi
dans le bel Ouvrage de V Abbé Malotru you on pourra voir eom- flH$ dê^c^
bien d’hommes ont payé le tribut à cette Riviere. Mais pour am.
Venir à quelque chafe de plus précis 5 quim’ a pas entendu par¬
ler d’une Riviere égale à celle du Stix ? car c’eR de celle-cy
que furent tirées les deux pierres inferii aies, qui prifes par un
&>rrible ^uipro ^uo en guife de pilules , envoyèrent ily a quinze
Effais de Medecîne,
ans en quatre heures un prefident aux champs Elifées.
Joseph François BuRP^m, appelé communément
le Chevalier Borri , a tant fait de bruit par les manières Char-
latanes, & même à Paris, qu’il ne faut pas paffer outre fans en
faire quelque mention. Il étoit ni à Milan avec un patrimoine
fort confiderable , il voyagea en divers lieux, & fe mit fi avant
dans les principes de Chimie , qu*ctant de retour en fon pais-,
où il parloit un langage tout chimique , même fur les matières
de Religion , il fut mi§ à l’inquifition , d’où il ne lailTa pas de
fe tirer aflez bien. Ainfi je me range de l’opinion de ceux qui
ne l’ont jamais crû être un fi grand hérétique que les Inquifw
teurs l’avoient fait, Neanmoins il fut encore une autre fois en¬
trepris par rinquifition d’Allemagne , d’où il fut renvoyé en
Italie , ©ù il fut aceufé de bien des erreurs & de plufieurs
blafphêmes. Je ne m’arrête pas îcy à vérifier s’il en étoit en effet
coupable , parce que cela nç fait rien à fujet 3,mais ce qu’il
y a d’afiTuré , eff que jamais coureur ne fit tant de tours depaffe^; *
pafl'e , plus de bruit & moins de cures , quoi-que les Grands cri
fulTent encore plus entêtez que le peuple. Il faudroit faire un
Livre entier , GU plût^ copier tous ceux qui ont dépeint fes
maniérés &;fes tours, pour voir qivon n’y trou voit ni le Kir
ni le Mederdi péri fus. Je me contenteray donc de rapporter
icy un des contes qu’on en fait , d’où on pourra connpître le lion
par l’ongle. Comme il gouyernoit la fanté de hfonfieur le
réchal de L. M. ce Seigneur Payant un jour fait avertir qu’il
l’iroit voir avec un honnête homme de fés amis, il fe prépara a
les recevoir & à leur faire voir dans un admirable laboratoire,
un fourneau d’une belle invention , où il y avoit plufieurs ma^
tieres en digeftion 3 mais ce qu’il leur fit voir de piuâ rare, c’é-*-
toit, difoit-il , un matras dans lequel il y avoit de quoy faire vivre
encore cinquante ans ce Seigneur, quoi- qu’il en eût déjà da¬
vantage par devers luy. Le fecret confiftoit dans la prépara¬
tion de cinquante des plus belles perles , fies plus grofïes le des
“'plus fines qu’on eût pû voir, & qu’il avoit loüéesà la Juiveriç
pour heures 3 mais il fut bien étonné de voir que çeluy q^^
accompagnoit le Patron ayant enlevé comme par admiration le
matras , le trouva tout froid, quoi-que les regiftres du fourneatt
fiiiîént difpofez comme shl y eût eu du feu , & que la matière
eût effedivement été en digeftion. Jc.nefçay pas file Seignepf ■
fut convaincu, de la fourberie par cette découverte , ou s’il VQU-
Seconde Pdrtle, Châp. XVI. '4j7
lut foûtenîr ropiniou favorable qu’il avoit du Cbevalier, comme
font d’ordinaire les Grands » qui croiroienc faire paroîtrc de la
foiblefle , s’ils revenoient à eux & à la raifon 5 mais ce qu’il y a
d’afluré , eft que la perfonne qui fit cette obfervation , & qui
m’en a fait le conte eit pleine de vie , d’honneur & d’cfprit
Mais il ne faut pas oublier icy pour égayer un peu la matière
& la parfumer, qu’une maniéré de Charlatan trouva grâce l’an
166^. par la poudre purgative de la graine des violettes de Mars,
dans l’elprit de Venus de Paris. Elles s’imaginèrent que com-
me it h’y âvoit rien de plus agréable au nez que la fleur , il n’y
avoir rien de plus fain à l’efliomiaeh , ni qui le purgeât plus dou*
cernent que cette femenee. On,.y rafine donc de telle manière
que quelques Dames aüfli faciles à purger qu’à perfuâder, s en
trouvèrent bien , ou au moins qu’elles le rimaginerent 5 & voila
comment on s’entêta enfin de la graine , ainfi qli’on avoîc fait de
tout temps des fleurs ,ôcanatême pendant quelques mois à qui
eût parlé contre cette poudre dans les ruelles des malades, &
mêmes dans les cercles des belles. Elle eut donc fon temps com¬
me les autres nouveautez , & ce temps fini on n’entendit plus
parler du purgatif de violettes, que comme d’un conte violer.
Mais à propos de poudre , que n’a-t^on point cru d’abord de la
fameufe poudre de Sympathie ? que de Styles armez pour ôc
contre ; car qui fçait fi elle a^plus fait couler d’ancre fur le pa¬
pier, quelle n’a arrêté de fang dans les veines.rCependant l’on
n’a rien décidé fur cette matière après-tant de bruit , & l’on
n’en dit pas àprefent iin mot, tout cela s’eft évâiioüï , faut
^is k f acte venti.
T R E F F E L étoitun charlatan Allemand , le plus témé¬
raire, malgré le flegme de fa nation , de tous les téméraires j
les murs des tou^>-les rues de Paris ôc particulièrement des
carrefours, n’étoient tapiflèz que de fes vilaines affiches. Quoi
qu’il fe piquât particulieremène de la cure des maladies feeré-
tes , l’antimoine, la gomme gùtte, l’ellebore , les fels arfeni-
caux ne laiffoient pas d’avoir place dans fon-Arfenal , d’oiiil
déployok d’étranges machines, bien plus contre les malades
que contre les maladies. Mais enfin une des machines fe dé¬
chargea contre le Machinifte. Redit in autorem fceleris,
Jllo unde venit , fepe remittitur dolofa
Frausyixkh mtoris dtrox nobilimur^
Mmm
1
tmt.ta.
4^j ? V - de Mededné,
Car un jour qu’il vc^^loic^o lualadc timide à prendre*
4’une de leS; effencesij il s’avila pour le convaincre de fes ver¬
tus d’en fdi^ç d’efey fur luy-même. H mande donc à fa fiUg-
qü^eile lui apporte une certaine phK>le: elle fe Mtc deiuiobeïr^
il en prend quelques goûtes 5 2c ne ks. a pas plucoft prifes ^
.iqu ’il feilt de3 douleurs horribles 5 & qu’il tombe dans leseon--
yulôpus de Idmoi-t. ,
E, cofi quel ché fsûe agU Mm
^^dbo)^MedicOiMfinfecceafejle^o* ' .
R A î N s B E A U étoit lin de ces Apotiquâires âpoftats qiif
^e pcuyent garder leurs boutiques 6c qui quittent la le mé¬
tier par principe de vanité r d’in^uietude ôc d’intereft. G’étoii
pn adez beau garçon, au moins sjmaginoit il bien Têtre , dou- '
cet 6c qui portoit la petite boëte en faveur des Dames , parmi
les autres remedes. Comme il he s'avifa de fermer fa bouti¬
que qmaprés avoir edayé s’il paderoitbicn pour Médecin, il fît
quelque temps le Marchand mêlé, donnant ôc ordonnant des
remedes à ceux qui en, demandoient 1 mais on ne pouvoir
avoir (on opiate , quoi-que ce ne fut que quelque extrait de-
bayes de genièvre déguifées avec d’autresdrogues , qu’on ne
la pa)4t contant 6c cherementi Car enfin .il falloit payer les
termes de Vânhelmpnt ÔC la bonne grâce de TOrateur qui fça-»
yak cajoler le sremede 3 quoi qu’on n’entendît rien à tout ce
qu’il difoic, le peuple étant bâti à' peu prés comme le virioà-
naire , dont la Comedie a dit î
TôutcequHnentendf.aSi4u0^tètîiy^dmirù
Avant même qu’il eut quitté fa boutique , comme il fit
fia , après qu’on luKêiit envoyé dès .iiettres de Medeci de
Caim , il n’ ivoit pas laiiTé de fe didinguer des Apotiquaires
fans fucrc & des Médecins cratez , par un earrofTe complet ^
mais ce qui le xeridk bien plus fameux dans Paris > fut la mort
de quatre ou cinq Princes. Sali I n’en tua que mille, 6c ce beau
David en tua dix .mrUe,à conipter chaque Prinee pour deux mille»
qui efl bien le mains. Mais comme on fe lafle de tout à Paris y
il ne fut plus tant à la mode quand il commença à vieillir, 6C
qu’il falut faire place a des Charlatans plus modernes. Ou
rauroic meme entièrement oublié dans cette Ville deux ou-trois
jours apres fa marc , Ci iss Dames neufient agréablement con-
ferve la msmoire de fès fccrccs. Nous avons remarqué en par^
Une des a.nçiçûs Méthodiques j qu’ils n’avaient pour toute do-
Seconde XVI. 4
^rine qne leurs xieux communice?,^^ric7««^ ^ Fluens j çeft ain^
4 que nôtre Rainsbeau, maniéré de Méthodique > pratiqucic ces
ÿeux grandes Commamte^,^ ç’ell pour cela que ceç Adopis des
beautez malades fut regreté non feqlemcnc de mille V enus , ^
^es 4-ràours mêmes ,
mngernuijiisamoresï .
^îais enepre de tout le genre Venerien , pour lequel il mpuruç
jtrop tôt , Brèves ^ mfaujtos popnU ç^prii amores.
Ce n’eft pas là tout y car U faut des Charlatans à Paris ppur
toutes les conditions, auflîrbien que pour tous, (es âges pppi:
Ipus les fees,
il m_fmt ^Qur Preuve âe LmâeUe ’t
pjont les fouliers font [ms femelle,
jl en fmt four tous les çompereSi
Bt même que f our les tommçrts^^
Etfouftouslesfetitsgurpnsy
]?gur les guàouur s -i four les mutons,
lien fuut four laides ^ belles i
Comme U en faut four ces donfelles^^
ne font ni chafies pi belles ^
Èt qui fms graee ^ fans attrait s j
Vivent des feehé^ du maraû,
Voîei doue de quoi contenter tout le monde, ün Villageois
4c Bourgogne àçs plus brutaux , §>L ce qui n’a pas befoin de
|)reuve , des plus iguprans ^ fait du bruit dans l'on voiÇnage,
fama volât i §ç il eft mandé i JParis fur ce bruit , comme le Gril-
d-P dont il étoi't une tres-bonne ep.pie » l’avoit été chez u-n
Prince où on Favoic fait palTer pour un Médecin miraculeux.
Il y vient i & voilà tont Paris aux écoutes. L’Hirtoire nous
parle d’un Caius Junius bubuîçus , qui dédia le premier un
Temple à la fancé dans Rorne, lequel fut depuis peint Bc cm-
.belli par Fabius Piçlor proche d une ^porte do la Ville , qu’on
appella Salutajis à caufe du Temple. Q’eft ainiî que ce mo¬
derne Junius Bubulcus vient de fou païsppur rendre la fantp
\à Paris y que la populace court après ■ ,ôc que peu. s’en fane
-qu’elle ne nomme la rue où doge eet -Efculape ÎLa voqe de
]^lut Vims Salutaris. Car çoinrup là ; pkifpart des riches
n’eftiment que ce qui eft cher -, .U pepulaee ne court qu’à
ce qui eft à jufte prix, Ainfi voyant qu’il prend des jet r
^lons enyelopez dans du papier , pour argent comptant , on l’a-
Mmm ij .
foan. SsrrUiuf $»
eoamsit.
^ Bootes.
* Bubuko jadice.
A Médecin de pour*
îcaux gendre du
Médecin de BeUs
^ui iuy fuccedio
"Slot. Hifi, Romm.
i,b. i. c0p,
4(>o F.lJaïi \de Medednê ^
dore, comme un homme defeendu dû Cieljdàns faire reflexiog
qu’il en donne de Ton côté pour le prix de l’argent. H jugé des
maladies par les urines , fuflent-elles de douze ou quinze jours,
& dans la bouteille à l’huile ou à l’encre , cela ne l’embaraffè pas;
On ne penfe plus à tous les autres Médecins , au pojnt que des
gens qui ne font pas tout- à-fait peuple , confuhent à leur tour
ce vilain ferpent comme un Efculapc ferpent, fans refped du
Politique & de la Faculté. Ainfi voila le Bouvier ^ dans le Zo¬
diaque de Paris avec les Efculapes 6: les Chirons , parce que fe;s
remedes ne font que du foin verd ^ & qu’on en meurt rarement,
& c’eH même parce qu’il dit quelquesfois vray, que quelques-uns
le croient Magicien per T honorMsiis hélasi il y a fipeu de noir dans
fa magie, qu*il traite de ponlmoniques des hommes qui ont des
po trinps d’acier, & qu’il alTure à l’infpecliQn des urines que des
filles qui n’ont pas fept ans font g^offes de cinq moil. Il fuffit
que cet Almanach ait dit une ou deux fois vrai, U ne fe trompe ^
d:t-on, jamais , & voila le Médecin à -laine & à poil , Médecin
de Hollande & de foye dans Paris. Qoi l’eut dit que la Méde¬
cine qui fe plaît dans un air pur ô: ferain , eût pris nailTance 'ver-
'veeum in patria-, dr crajfo.fub are ^ Si que Comme il y a des Juges
guêtrezê: bouviers , * des Médecins de vaches, de veaux & de
poilrreaux , auroient enfin été du bel air à Paris , êc qu’ils fe
{croient ti heiireufement établis & tranfplantez dans ce marais?
Mais où fuis-je moy même infenfiblemcnt tombé, en raillant?
ferieufement > ne me ferois-je point trop arrêté pour l’honneur
de la Medecine fur ces vilains fujets , & ne devrois-je pas même
avoir quelque honte d’avoir voulu triompher de l’ignorance de
tels bélîtres de veru/Us ^ baui/lis.pudet triumphavimus.
Puis donc que le temps de certains Empiriques d’une toute
autre figure que ces miferables ? nous interpelle de ne pas paf*
fer outre, ôc pour ainfi dire, inter medhs , fans y faire quel¬
que flation , commençons par les Clercs des moindres Ordres^
& refervons ceux des grands pour la fin de nôtre Chapitre, où
f^ tïouv ctont , ad Capitulum capitulantes.
L’ A BB e' a 11 b r I , ce Clerc qui atant fait parler de Iuy à Pa¬
ris, eft un des grands Charlatans qui ayent titré d’ Abbaye 5 mars
comme il étoit né à Monpelier , & qu’il venoit d’une Terre Mc-
decmale, quine l’auroitpasçrû Médecin à moins que de fçavoir
qu il en avoir été challé. II ne s’amufa pas à Paris comme ce pe¬
tit Médecin d.ç la Comsdiç ? à de petites maladies il choific
Seconde
H’àîîord; les cancers , comme la fparte qu’il ’^oaloît orner 5 mais
àyaht malheurcufement ouvert quelque-unes ;de ces tumeurs
par Tes remèdes, &fait périr des^temmes qui enflent encore pu
faire pénitence quelque temps, s’il ne les eut tuées charitable¬
ment, il fut obligé de fe retrancher aux traicemens de ces ma^
lades qu’on a nommez précieux , Toit parce ,qu’il y a toujours: de
là précieufe , ou plutoil parce que la cure-en efl: fort ehere. Ce
néil pas qu’il ne fepiquât de la Philofophic Hérmetique , té¬
moin fon admirable de l' Archèt^.i^: U mon¬
de où. il n’eft parlé que Arcanes de mifieres , volume
quarto , dont-on pou rroit faire un. des plus petits d 5. yo;lre:un
vrai Bluct, fi l’on en retrauchoit desinjuresj, les inve^âiyes , les
foilecifmes & les. barbarirmes , au fiazard encore de ne rien
comprendre an relie du galunathias ; tant il y a, outre tout ce¬
la, de barragoin , d’ignoranGes çrailés , & dé faùtes d’orcogra-
phe. Au refte , je' ncTçay- paâ trop bien fi Ce bon Abbé écoit
plus ou moins expeditif que les Chadatans laïques : mais ce
qu’il y avoir de bon en fon fait , eli qu’il étoit fi bien logé ,
fi bien meublé & fi bien fervi , que le fort fembloit avoir réu¬
ni en lui la fortune de tous les Gbarlatans palTez, prefens & à
venir, de forte qu’on pou v-oit douter s‘il n’ay oit ^ qnel-
qu’autre fçavoir faire que celui des Gharlatans vulgaires &
impécunieux. Quoi qu’il en (bit , c’ étoit un fi galant homme ,
qu’il profitoit de toutes, les occafions , ne laifTant échapper ni
brune ni blonde ,.faas lui débiter d’abord te Lucilio ,:^pour én
venir plus facilement à T Aretin r.tant ce bon Abbé avoit bon-
-ne énvic dé faire des T*uirs dignes d’un.Gommendatàlre. G’eft
à peu prés de cétte maniéré que tant d’aücres ÈhhciL in. voto
ont plus fait de figure à Paris , par les maléfices que par leurs
Bénéfices. Gomme il yen. adonc encore quelques-uns en vie > Si
qu’ils n’ont pas tous été fi.déterminez Chymiftes , ni.^i
cûfa que l’Abbé Aa;bri:, TlTc faut contenter de les envelopper
les uns &; les autres dans des cou vçrtuf es , d’où iis fortiront peut-
être plus fages , après que nous” les aurons bernez a proportion
de leurs mentes , sais; gavent mieux profiter de ce jeniede,
qu’ils n’qnt proficé de ceux qu’ils ont débitez.
L’Abbé de Brepeau ayant fait Tés premières armes en Anjou
fa patrie , vint faire quelques campagnes à Paris , d’où après
divers exploits dans la milice Empirique, il retourna enfin char¬
gé de palmes & de butin . ça Ton païs , où il voulurmourir com-
Mmni iij
Stefhmui "Redt^
fie. Cafirienf. in
foÇhum. varietaf.
me uâ bon liévire datis ipn gitè iJôc ea. bon Chymîftc' j ^ yoi;;
d comment. Il perfLiada premièrement; i fon frere , qu’il n’y
ayoic rien qui purgeit fi doucement qu’une d^ fes poudres, de
forte que luy en ayant fait prendre une allez bonne dofe , Iç
bon frere en mourut fur le champ. Pour lui , il ne fut pas du
tout fi malheureux', le remede ayant fait quelque eompofition
à fon Auteur f car en ayant pris; quelque temps apréS;, pouf
faire voir qu'il n’y ayoit rien que d’innocent , il eut le tçmpç
de penfer à fa confciencc , mourant leniement ^ tout à ioU
■ . -b ■;
Qiii ne dirok donc que cette. -Epitaphe avok àté faitç long?
Iiemps ayant pour fOÊc Abbé :g. ' _ go r ' . . .
tumulo Midici ^ui 4gm furgdhÂt^]
çomgdjîto exTaïMrQi Semmonior) I Ir
0ççe0o,fmk.. /■ ’' ' '
Monâum ftilvii Cfdm , 'févere fepmo ' r;
^tmens cmjmQr m uhimum^
fi nm firnt y fulvtn pÿimo :
' ' Hùres Cÿn]icerem fulvwem in ... i
^ fii miM ' '-o . i...:
■ : ''^^inqnâum M'edfcm “ -J .. g’ 'o
'Bojfes iu M^dkiim pilyweum c>av>e. . .go*
ûmdei^ttmtahô
. .., ^ Ty^monium nma t
jiüc -S^cdummQmüm , o^mn Sü'bmmfâL
" ' Maii'rfoublions pa^ ,‘qae comme il fe vantnit d’myoir nu ïe-
mede infaillible pour difioudre la pierre de la vefiîe, il répont
dit a ceux qui lui confeilloient de la porter à Cromvel,qual
dé garderoït bien de fauyev la vie à un liran.
' 5i celui cy eft un bon Bénéficier , comme je le croi , il n’pA
meanmoitts Abbé '& M-edccin , que ùthwçi iumint iucent^ tom¬
bant lui-même daccord quil n^eft nuliement Médecin. Ainfi
c’eft pour cet Abbé ,*ou piûtoft pour des Médecins faits comme
lui qué pette^Epigramme femble être faite. ^ î jgî s.
. ' v ' I N E U N Q M U M.. / ■
' tismguentem Cdium , moritterum d^xerAt oli^
- ^ Bmomus ytnjhAfit fati o fe non Medici.
f^ullo fiofi 42jum vidït iHit mdifih ^J^pi^k . . ^i.
Seconde Pafilé. Vï, *4 dj
: palUntem , (j^ multü mortis. tu ejfigieï.^.o no! j: r_=:v ;•
tu? Caius ait i 'vivii-ne-l koc/übmit. Àt àluid .
• Nune agis hic ^ jujfu î>itis ait i ‘
^t €[uia notitiam remrnque hominumque. ienerem ,
: Acci'rem Me'dieoSi Eummus obriguit^
Tum Caius -iTnttuai mhil ,. E^mome x dica tgoi^ emnes
^ , . ;a
Gc qu li f- à d’affiiré ^ eft que les heures. qmIliii:.reftoient:a|jriâ
telles qu’ii eoiployoit aux procès > lui; firent ;naîcre la curiofité
dé lire les œuvres de la Framboifîere î & que comme le Fraii-
i^2ÜA^fxt<jm& è regiùm du Latin > il y pric gcsmi^^ crut ^ com>
prendre quelque thqFe > & adèz, pour:fairieda Medecinê à Pa*
ds- Mais pour lui fairi juftice^ il faut avouer que:;Ta>Æede^
tine ne fie ni grand bien , ni grând mai auIcoiùfDencement :
tant on s’f fioit peu.- Tout ce qu’il |mt faire.f/c’cft-de faire tâ¬
ter â quelques Dames de fon eau de Scorzohere avec du firop
violât , qu’il donnait pour des tapeurs r deSfes bouïlions qu’il
faifoit rouges r pâles ; doux » piquansi claârsp épais, comme où
les vouioîti' Les ptifânes purgatives 5 les poudrer cordiales , &
quelques autres drogues innocentes entrèrent enfuite dans' fà
pratique : mais Gornme tout cela ne faifoit pas âiTcz d’efcarrcj
êc que le miconmitaine-b^eft pasdu goût de tons les Parifiens ,
il s’approcha un peu-dês fourneaux , & y trouva de quoi fane
feu auprès des malades. Mais ce qui le mit le plus èn crédit ,
eft que fes rcmedes écoient â jufte prix ^ & qudl publia hau^
tement > qu’étant Gentilhomme , il n’avoit garde de vendre des
drogues 3 ^ Ji dmmii fes dmréês àquien vouloit j -K mais par mal¬
heur pour ce bon Abbé, non feulement rinconftance fi natürelle
aux Parifîdns 3 & fon àir peu affirmatif 3 mais de plus les Mede >
cins a robe grife ètans venus alors à la rencontre dès noirs qu’ils
pouflerent terriblement 3 cet Oracle fut fi négligé qu’on ne le
CoBfulta plus que par occafion , chemin fariant 3 mais qui ne
s’étonnerqit de voir parmi nos petits Clercs un .
Abbe’üe Sang qui n’en peut voir répandre qiiatrè
Onces fans horreur. Il efi dans l’Eglife par un petit Benjefice3
da»s la Nobiéffe par la naidance , dans la juftiéepar les procès ,
dans la Spagirie par le Laboratoire, ^ dans le Tiecs^èiat par la
V ENTE St; Di5 TKi BLiTi ON de fes fecrets. C’eft ainfi qu’il a fait
du bruit pendant quelque temps. Mais les deux Médecins de ro¬
be grife qui vinrent de Syrie sctablir au Louvre » battirent fi
^Chanfen du temfs
du Rov Fraîifois X.
* Le College des
e^uatre Rations,
La rnë payée d'an->
deiiilles.
Effats de Medecme,
vivement fon coin du College, que l’épouvente lobligeal quit¬
ter ce PalUiittmtOLdXo. deftin de fa pratique fembloit renfermé.
En effet, tout fon Balfamiqu.ç ôc toute fa Mumie s’exhalèrent Sc
le perdirent en fair depuis ce tempsdà. C’eft ainfi qu’autant en
emporte le vent qu’il en apporte, par la Charlatânerie Spagiri-
que , & que nôtre Abbé fe perdit fur les Syrtes , * ou Tilluftre
Barbereauavoit fait naufrage avant luy. Il eft yray qu’il fembla
revenir fur l’eau \ lorfqu’il tic une tentative pour fe rétablir , eu
cette ruë de Paris , que le combat ôc le tombeau de la grande
Reine Miplilefet 6ç de fes Amazones a renduë fameufe j mais
comme .cecte tentative fut malheureufe , &: qu’elle fit trop de
bruit dans le voifinage & aux àllentours , fon nom n’en a.plus
du tout fait depuis çe temps-la. Quoi- qu’il en foit» pourmoy
fi j’avois quelque Nobleff'e:& quelque rang dans l’Eglife, quand
le tout neferoit qu’à fimple ton fore,- je me garderois bien .de
faire comme ont fait ces deux derniers Abbez , un métier que
tant de miferablesj&He faquins dés-honprent , 6c que la plupart
des Médecins fîneerês 6c fça Vans 'ne veulent plus faire que pour
leursamïs. Avançons,car j apperçois une autre mahiere d’Abbéf
& un genti joli petit Médecin en / , ;
L’A B B e’ Starogn e, G’eft un petit Clerc des Terres
du Luxembourg^ dont la mine , les gcfticulations j le Netveze ,
6c les contes jaunes vallent un Polichinelle & un Brioché >;pour-
veu que la farce ne dure qu’un demi quart- d’heure*, tant on
s’y ennuie paffe ce tempsrlà> lî compofe des ehanfpns , dfs ReciT
pez ,^6c même des Ouvrages dç Théologie 6c de Çontroverfe ,
témoin le Livre où voulant Cal'uinx il fe barr
hoiiille luy^mêm.e., 6c fe reprefeijce comme un drôle mafqué.
Ce qu’il y a de fingüUer dans toutes fes çompofîtions 6: dans fes
idifcours , ell: qu’ils ne fatiguent perfpnne tant on çff foigneuX
de ne s’y arrêter qu’un moment. Mais peut-on oublier
D u Mas , dit communément la Grand’ barbe , quoi- qu’il
aitpaffé le fleuve d’oubli, depuis quelque temps. Son habit long»
fes rubans violets, fes cheveux gris, fa barbafle, fon bâton, fon
allure , tout cela n’a voit-il pas quelque chofe de Paternel , d’ Ab-
bacial,6cde Philofoph'e Hermétique.? Mais, me jdira-t on, fi cet
Abbê.s’eft rendu fçavant en Turquie , comme il dit , 6c s’il a
paffe par tous les Oda du Sérail, comment n’y a-tril point laiffe
cette marque de' virilité qui faifoit tant d’honneur à fon vTagc
le a ion menton ; car il f^mble qu’on ne fort pas dç ce lien là
comme
Seconde Partie, Châp. XVÏ. 465
comme on y entre , Sc fans y laifîer - quelque chofc de ce qui hu-
manife meme les Barbares ? Quqi-quil en foitjil apporta tant
de fecrets , &de belles chofes de ce païs-là , qu’on jugea à pro¬
pos, quelque temps après qu’il fe fut fait connoître à Paris , de
le loger dans un Château à plus de fept tours j mais comme cet¬
te maifon n’eft pas incommutable, quand on a des amis &dcs
amies, il en fordt après quelque temps, & fut encore plus con-
fuite qii auparavant fur des m-aderes qui n étoient ny de fon
Bréviaire ny de la Loy. Car enfin on croit que ce Marabout
faifoic pis que la Jobin ,& qu’il ^toit auffî incommode à la Ré¬
publique , qu’il éroit commode aux particuliers. Au refte le
bon Abbe paroiflbit avant que de difparoître, fi courbé fous le
poids des années, & fous celuy de fes terribles exploits , que je
ne fçay qui luy conyenoit le mieux de toute la matière de fon
Bréviaire , du ^icut onm grav a fant , ou àu f abri cai^erunt
jup'A dorfum rneurn feceMores. - . ..
Nous avons remarqné cyr-devant dans l’Hifioire Chronolo¬
gique des Médecins, un Ammonius de la Secte des Empiriquesi
mais voici un véritable Jupiter.
A M M O N . , un Juyans Pater , tant il a fçû aider à la lettre ,
& voici comment. Ce Pere ou Abbé , c’eft tout un , n étoic
premièrement qu’un Frater Apotiquaire , portans les jnleps êc
clifteres dans Rome, De-là il vint aù fervice du Due de Br . , ,
en France i mais s’étant enfin érigé en Médecin auprès del’Ab-
befie fceujr de ce Duc , il ne mit guereà fe faire Abbé Méde¬
cin. Car luy ayant fait croire qu’ily alioit de fa fanté de fe dé¬
faire de fon Abbaye en faveur d’une Dame de la faveur ,ii fut
recompénfé de tous les cotez de fa négociation , & fe fit ainfi
d’un Ju vans Pater un véritable Jupiter Ammon,bien au defius
de toiis les Gabires de la Medecine Empirique.
L’A B B e’ LiOFrALES cft ccluy donc la Philofophie- Sc
la méthode a fourni le fujet de la jolie Gomedie de ..... .
où il parole comme un Médecin qui devine les malades’
les maladies , & qui n’a pas de befoin qu’on luy ‘en raconte^
i’Hiftoire, Un Médecin qui fçait reparer les pertes que fait la
machine Hidraulique , par les échapées des petits corps , & où
cet échapé d’Efeuiape ell appelé pour cette rai fon, P homme aiiX'
petits corps : homme fi fingulier qu’il n’y a point de mal pour le¬
quel il n’ait un fpecifique. Pour moy ce que j’en ay veu de. re-
îfiarquable , ç’efi: qu’il appliqua un jour à une bonne femme qui
Nnn
BjJmSfMeieçm,
petoitmabcic quc'par la tète, une boëtc fous les aixcUes , 4^^
fummum Domtmfmi4r, qui la devoit guérir de toutes fes infif.
mitez putatives. Gecte boëce à la verit e ne çontenoic qu’une tau-
'“pej mais U b^ëte fut une . maniéré de Boëte de Pandore pour
la pauvre Dj^iie J qui la peu fa envoyer au R^yviume des tau¬
pes > iuy cauiànt un rhumathifme éc une groffe fièvre , par .
’ radmffion de l’air externe qui la faifit à force de promener la
• bc^ce fur fon.panvre corps. Combien de M^iaies PrétWAx n’a-
W1 point entrepris de guérir fans garder la chambre > pourveu
qifoû luy donnât la: Boëte à Perrette ? & que faifoit tout cela,
que de donner quelque petit délay au mal ,& que de rengour-
qir jufques à ce qu’il vint enfin à fe déclarer hautement, tempore
é^locoï
L’A B B e' Gracieux ne trouvant pas affez fon compte à la
Medecine Charlatane , s’avifa d’une autre invention. Il feignit
qu’il avoit reçu un jour , qu’il étoit en prières devant l'Autel
de Notre-Dame de Paris, des mains d’un homme inconnu, un
billet , qui le msttoit en droit de prendre vingt mille livres fur
la fuccefîion de P. G. pour les employer en œuvres pies. Le
jour d’après s’étant, encore mis en prières au même lieu ^ il en
reçoit , dit-il , encore un de pareille fomtiie &; à même fin. Il en
fait donc la demande à la veuve de Pierre. Ou cbnfiiere ce
billet , il effc précis, & fort approcha nt de l’écriture du Lega-
icuv ^ veuve bien confeillée , ne laifie
pas de s’infcrjre en faux. Ainfî ou convient .d’experts pour
examiner le billet , & pendant que les Martres à écrire & les
Officiers de la Juflice y regardent de fi prés , qu’apparemment il
ne doit point y avoir de grâce pour l’Abbé , s’il continué à foûte-
nir fa demande, il s’a vife pour fortir d’affaire , de déclarer qu’il
s’en déporte, po irquoy il intervient Sentence rendue au Châte*?
l:ec de Paris le i6. Septembre par laquelle le Demaudeuf
cd débouté de fa demande , 6c condamné aux dépens. Voila àc
ces gens qui font la Medecine gratis 6cpar charité.'
Encore deux autres Abbez qui ont mis le pied en fi bon lier?»
&U main à l’œuvre avec tant de confiance, qu’ils méritent d’ê-
tfs diifinguez des autres , parce qu’il ed ècnifortmam revmnttt
huhe & fateji. A’mû. le premier de ces deux Ab¬
bez ns futpas long-rem s abbayant, il devint bicn-tot un veriabls
Commsniacaire. C’étoità la vérité bien moins qu’un arbriiTeanj
Seconit pMue* Châp. XVI. 4-^7
tant que fon efperance ne fut qu’en herbe s mais il ne fe fut
pas tranfplanté du jardin de la Chirurgie campagnarde , dans
celuy de i’ürbique qu’il devint un de ces grands arbres qui
percent ombre dans celuy de la Medecine. C’eft ainfî qu’un
peu de trêve avec les matières de Bréviaire, & un peu de com¬
merce dans la matière Medecinale , en fit un grand Pharma¬
cien} grand Chirurgien & grand Médecin. Il Içavoit que les
cancers fe trouvent quelquesfois fort utilement dans le Zodiac
que de la Medecine’poufdes Chirons faits comme luy» &ce fut
par ce ligne là qu’il fe lignala. En effet} cela luy fucceda li bien »
qu’il eut depuis des- imitateurs qui ont fait valoir jufqu’à omU
cuncri 5 1<. c’eft ainft que bien des cancres font enfin devenus les
précieux & les bijoux de la Medecine de Paris. Depuis ce
temps-iàjbicn plusavifé que nos Abbez Charlatans, qui s’en¬
tregâtent parie nombre } il alla commander en véritable Com-
mendataire} dans une Province où on obeïffoit à Tes Ordres , ôC
d’où il étoit même confultê de Paris comme un Oracle. Il n’y
répondoic qu’à fes heures, &tout ce qu’il da’gnoit proférer fur
le deftin des maladesde fa bouche fatidique , etoit toujours in¬
terprété favorablement , parce qu’il étoit l’unique en fon erpece,
& le feul Apollon qui vaticinât de fon trépied dans tout le païs.
Ce n’étoic pas feulement le peuple qui le croyoit fort habile ,
car il étoit luy-mcme tres-perfuadé de fon infaiilibilité. Quoi¬
qu’il n’entendît que le Latin de Bréviaire , il ne laiffoit pas do
répondre fur lesqueftions les plus difficiles de la Medecine; les
vapeurs , ces maux à la mode , & pour lefquels la Medecine n’a
gueres de modification , ne laiffoient pas d’être de fon gibier.
11 en parloit comme de tous les autres maux , toujours à bon
compte, & d’autant plus commodément qu’il n’étoit contredit
de perfonne, Ilavoit,dîfoît-il, la Philargirie en horreur, c’étoit
un Anargire,un Saint Damien de la Spagirie 5 mais quoiqu’on
ne foit pas riche en Province comme à Paris , on ne lailPe pas d’y
être honnête, & il y avoit pour ce Damien pins que de ces œufs
que Palladia donna à Saint Damien: car il acceptoit franchement
quelque choie d’approchant du-jaune & du blanc de ces œufs
d’Empedoçle , dont nous avons parlé dans lefeptiéme Chapitre ^
de la première Partie de cet Ouvrage, & qui valoient bien les éc üs
d’or de cçFrcrejufte ,dont nous parlerons cy-aprés en parlant *7*
des œufs de Palladia , & du devoir des Religieux : car outre les
honneurs que la Profçffion luy attirok, l’hqnorairey étoit quei-
• Nnn ij
Fmfée de
l. R. F.
468 EffaisdeMedmne,
que çhofe de plus efFectif que des paroles & des reverences. 11
elt bien vray que comme tout eft lujet à la décadence 5 l’Oracle
devint fort ufe après quelque temps , fait que la ceffatidn vint
de fon côcé , ou qu’on fe laffât de n’en remporter que des répon*
fes'confufes.
I MfiRiNDot à la vérité étoit moins qu’Abbéj mais s’ileûc vécu,
de petit Prieur qu’il étoit, il fut dé venu Pmrmdonù, &même
in imperioi que cet Abbé à CrofTe dont nous venons de par¬
ler, pouravoir demeure bien plus long-temps que luy dans une
terre depromiffion, feule capabledengraïffér toute forte de Me-
decins. Qrioi-qu’il en foit , il fut premièrement l’Oracle & lé
Salomon d’une Province , où on le confulcoitde tous les païs j
mais il ne fat pas arrive dans cette terre de promilTon , où il fe
tranfplanta fl heureufement , qu’on ne fe donna pas même la
peine d’examiner les fecrets qu’il avoit apportez de ultimisfimb.
Regni. On en jugea auflî favorablement de prés qu’on en avoit
jugé de loin 3 on les admira cominm comme . on avoit fait eminuSi
fur les (impies étiquettes 3 & les Parüiens ne manquèrent pas de
les mettre d’abord fur leurs comptes , comme des jcttons qu’on
tait valoir ce qu’on veut dans les comptes & dans le calcul 3 &
c’eif ainfi que tous ces fecrets ont le fort & l’avantage de ces
pièces de monnoye , dont les Déclarations fixent la valeur , 6^
M. T>, qu*on ejl obligé de recevoir félon lenr cours , ^ non pas félon leur ver
ritable prix j jufques à ce que le temps les ayant ufées , on leur
en fubxuituê d’autres : fi l’on n’aime mieux dire à ce fujet , que
comme il arriva autres fois que des vifionaires de des flagellans
des vallées du Dauphiné , attirèrent d’abord les regards Se l’ad¬
miration du peuple amoureux de la nouveauté, il arrive de mê¬
me afiez fouvent que ces hommes que Galien appelé les Hé¬
rétiques de la Medecine, font bien mieux reçus Se traitez du
public que les Ortodoxes.
On me dira peut-être que j’oublie le plus fingulier de tous
les Abbezqui ont fait la Medecine à Paris , un Dodeur effectif»
Se dont la méthode Se toutes les maniérés meriteroient un beau
grand portrait. Il e(t vray que c’eft une matière où on pourroit
s étendre fort au long^ mais autre que tant d’autres l’ont traiccés
je croy la pouvoir, remettrez un autre endroit , Se marquer fim-
piement icy en faveur de. la Charlataneric , là plus jolie Se la
plus divertilTance des affaires qu’elles luy a faites. Un jour qu’il
aécla.moit de toute fa force en une^ belle Sc grande compagnie
Seconde- Pmîe. Chap* XVI. 4.69
contre les meilleurs Médecins de fon temps, mettant fa capaci¬
té jfes remedes 5 fes cures éctous fes précendus talens fore au-
deffus des leurs 5 un homme de grande qualité las de le voir
haranguer h mal à propos j s’avifa pour le faire taire & pour luy
faire comprendre ce qu’il écoit, de luy jeccer d’un bout de la
chambré fon mouchoir noüé par une des extremit-ez , comme
on a coutume de faire dans les places publiques aux Charlatans,,
qui'/vantent leur baume , ce qui obligea le declamateuràfe taire
& à fe; cacher derrière la tapifferie, la partie n étant plus tena¬
ble apres un tel coup.
Que d’autres Abbez dignes d’être un peu chapitrez dans ce
Chapitre de Charlacanerie. Mais lailTons les-là crainte d’oubiier
le refte de nos- Charlatans Laïques.
Le Procureur de Caftres,;^ont lebien Sr la Charge avoient
été décrétez , étoit à Paris enfèputation d’alTez bon Médecin , fe
vengeant ainfi fur la Medecine^ du mauvais tour que luy avoit fait
la chicane, ne l’épargnant pas, -luy qui l’avoit minaudëe en véri¬
table Grippeminaud, 11 vivoit, dis-je, dans la grande Ville de
quelques fecrets , & alloit fon train comme tous les autres, quand
il fut reconnu d’une Dame de fon païs , à laquelle on l’avoit pro¬
duit comme un Efculape pour la guérir de fes vapeurs. Ils s’en¬
tre-regardent d’abord fans parler 5 mais comme ils furent un peu
revenus de leur furprife, il avoué à la- Dame qui luy demandoit
s’il n’étoit pas un tel qui avoit été fba Procureur à Caftres dans
une telle affaire 5 il luy avoue , dis-je , qu’aprés avoir penfé plus
d’une fois comment il pourroit fubfifter après avoir tout perdu
dans fon païs, il n’avoit pas trouvé de plus prompt fecours que
de faire la Médecine, à Paris où tout vit. Procureurs Vautres j
mais qu’il la prioit au nom de Dieu de luy garder le fecret, êc
de ne pas luy arracher le pain de la main , tant il eft vray que
flures alit Medicina nefp.nàos.
R E B A R étoit encore vivantily a quelques années, mais s’il
eft mort depuis ce tcmps-là , comme il a laiffé un fils digne de
fon pere , il a bien pu dire en mourant , non totm monarmuïm'
que pars mei UbiPinam. Il ne vendit d’abord, que de l'é¬
cume ffu fer de Spa, mais il débita enfuite des remedes qui
tranchaient comme le plus fin acier : car on vérifia qu’il avoit
donné à un malade des tablettes arfenicales , qui ne fortirent
pas de fon corps comme elles y étoient entrées.
Medko inganni piem
N n n ii)
470
Effais de Médecine.
Che fa fffeglio ucctder di veleno.
che rijfamr d,e Silopû.
Il n y avoit quç trop de quoy le prouver par l’oiiverture du
corps du défunt, mais il n’y a gueres d’affaires qui ne s’accom¬
modent à Paris avec des amis. En effet, il fortit de prifon peu
de temps apres y çtre entré : car des témoins qu’on croyoit nç
devoir pas être d’un fent'ment different de celuy des Méde¬
cins & des Chirurgiens, fe trouvèrent enrumez lorfqu’on les vou¬
lut faire chanter.
Voicy quelque chofe de femblable au faux Dcmoflhenc dont
il eft parlé dans la vie de Saint Bafile , lequel étant dévenu de
cuifmier Secrétaire de l’Empereur Valens , fut renvoyé à h
CLiifinç & aux fauces par çe Saint , un jour qu’i.1 avoit fait un
folccirme voulant. faire le beau M^leur 6c le Théologien. Ce
font des vailets devenus Medeci^ 8c gens d’importance , à la
faveur de leurs Maîtres i depuis que les Médecins font eux-
mêmes déyenus valets. Vrais Çliniques , fi on confidere qu’ils
n’étoient nez que pour les chambres , 6c les Garderobbes ,d*oü ils
put efîedivement paffé , aux lits 6c aux nielles clés malades qu’ils
promettent impudemment de guérir. Cependant je n’eaanarque-
ray icyqite trois ou quatre des moins formidables-, de crainte de
heurter quel qu’un de ceux qui mepourroient fairç des affaires J
auprès de leurs Maîtres ou de leurs Mâîtrefl^^^
Gond a s e fut premièrement vallet de chambre de Mon-
(leur le Prelident 6c enfuke de Madame la Prinçcfïe de Mv
en titre d’Oiîee 5 mais il fut çhallé de la maifon de celle- cy à
caufe d’une infidclité qu’il fît à Ton bien-faiteur. Se voyant donc
fans bien êc fans pkee , il fe fît Médecin de derefpoir dans la
place M. 4^ Paris , où il commença par les Fruitières. H s’a¬
mouracha enfuite 5c fe maria autre efpece de déferpoir*, & tout
cela ne laifTa pas de luy fuçceder fi admirablement , qu’il, fe trou¬
va afïez bien monté pour; battre les rues de Paris, où il paflc
pour grand Médecin, à la faveur des lettres qu’il a fait venir
poftç de l’üniverfité de C. Ainfî la furprife ne fut pas petits
dans la chambre de la Priiiçelfe , quand on le reprefenta comme
un de ces Médecins qui vont le trot à Paris , tant la Metsmor-*
phofe parut grande a ceux- qui l’avoient veu fous fa première
figure. En voicy encore un de même efpece. ,
Sain t-A m o u r , c’eif Ton ancien nom ; mais ne le croyant
pas capable de faire tant de bruit dans la Médecine » que l’an-
Seconde Pmit Cfeap. XVI. 471
cien 5:1e moderne Saint-Amour en a voient fait dans la Religion,
il eut fefîroncerîedc le changer arrivant à Paris, en celuy d’une
înaifon Royale finie il y a long-temps. Saint-Amour , dis-je ,
avoir été vallet de chambre d’un Secrétaire des Commandemens
d’un grand Prince. 11 parvint enfuice à être un des Barbiers de
ce Prince^ Mais Tes bons Maîtres étans morts , il ne perdit pas
courage, & crût qu’il gagneroità ces pertes s’iipouvoit pafiTerde
ia Barbarie dans la Medecine Charlatane.
Il commença donc par quelques Villages, d’où il apportoità
la Ville des grains , des fruits , des eftoupes , & de fçmblables
denrées qui le faifoient fubfifter, pour de PAntimoine , de la
Gomme gutte , des pignons d’Inde s de rElleborc, & tout ce
-qu’il luy plaifoit de donner aux Païfans. Mais comme on fit un
fort grand bruit de fa témérité , & qu’on le regarda comme un
vmearcrier , il penfa à la grande V ille. Il y vint ,11 y pratiqua où
il pût , 5: comme il pût , car on ne manque jamais d’y trouver
des duppes i mais ayant demandé d’abord a une femme fort im-
pecunieufe , huit cens quarante livres pour autant de vifites
qu’il avoit faites à fon mari& àfa famille, 8c la demande faifant
regretter le pauvre défunt fur nouveaux frais à la pauvre fem¬
me, elle trouva enfin un prompt fecours en l’avis d’un Procti-.
reur qui excipa pour elle de ce que Saint-Amour ii’étoit pas
Médecin. En effet, comme celui-cy ne pût pas prouver qu’il
étoic gradué, &: le Doyen de la Faculté de Paris étant incidem¬
ment intervenu en la*caule , Saint-Amour fut déboutté de fa
demande, 8c défenfes àluy faites d’exercer ia Medecine fur les
peines portées par les Ordonnances, 8C condamné aux dépens.
Mais croyez- vous que le Saint-Amour fe rebutte , 8c qu’il re*
cüle pour les oppofitions qu’il trouveàfesdefléins î Rien moins,
îi n’a garde de perdre courage, çen’eft pas le génie de l’Amour,
& particulièrement de l’Amour Médecin. Get Amour n’efl pas
un enfant comme les amours des peintures 8c des Romans 5 il
'renverfe cous les obftacles chez les fains Ôc chez les maladesj il
entre par la porte 8c par la fenêtre , 8c fait large fié de fes remè¬
des pour fe faire jour. Comme il n’eil: donc en amour que de
perfeverer malgré les difgracesj enfin un homme de plume, au¬
près duquel il avoir été introduit par un homme à tout poil ,
Comme un grand Médecin, s’imagine avoir été foulagé de cer¬
tain mal par fes foins 8c par fes remedes. Le Richard n’en eft
pas ingrat, il le paye bien ,il le prône, "ôc le mene ché^^tous fes
Arrefi rendu Van
pag. 109.
10 ^ 11. des ita‘
tuts je la laculié^
47 i Effah de Medecine,
amis. Saiiit-Amonr de fon côté ne manque pas de fe foût®,
nir, & voyant qu on luy applaudit, il dit du Laci n comme un poffe-
dé. Il poulTe fa pointe, il fe marie 3 enfin comme il ne luyreftc
plus qu’à faire taire les Médecins qui le coniioilTent pour ce .
qu’il cft, & qui ne veulent pas conférer avec luy , il fait venir
des Lettres dé C. Apres cela vous eulTiez veu le Saint-Amour
Médecin, monté comme un Saint George, & du Régiment de
la Medecine la plus cavalière de Paris. C’eft un grand fecrec
que de fçavoir fe tranlplanter, témoin cet Apotiquaire de Pa¬
ris, qui ne devint pas moins grand Médecin à Londres , que lé
garçon Apotiquaire de Londres le fut à Paris, avec une écorce
déguiféc en fecrec. Si TOrvietan fut demeuré en Italie, la
Bmefaron. Theriaque * qu’ilamife en réputation , & qui l’avoic mis luy-»
même en vogue fous le nom de fa Patrie 3. cette Theriaque ,
D'ateiTaron feu de disrje , (^uatrino , n’auroit pas bravé la grande Tfaeria-
qtuiuor. d’ Andromachns , ôc natiroit pas fait pafler fon A-uteur du
Théâtre dans la Bourgeoifie de Paris, s’il navoît palfê les Monts
avec elle.
Fugge il ntto NpJîo chi gloria bram0>
"Puln. Tefli nelle \âldt^a CnCO 6 ia>
Voif. imche d'al pàtr/o aîbcrgd .
Non volgeil i e non s'imgium/i il tergoi . ‘
Il eft vray que le Rarçon Orfèvre n’a pas etefi heureux que
tous ces vallets , quoy qu’aüffi hardi. Il croit avoir trouvé le ,
fecret de la furdité dans une ean que fon Art luy a fait voir , &
il s’imagine enfuite après quelques épreuves fakesfur desfur-
direz Périodiques , qû’il va guérir les plus habituelles. .On le
produit donc à une femme qui n’étoit pas tout-à-fait, fourdej
mais le rémede fe trou y à fi peu fait pour elle, quelle demeu¬
ra foiirde achevée,
Non habuifebrem Symmache nunh habeo.
Onlitquhin Lucius Callidius donna des oreilles ddrgenea
Minerve Medecine y pour avoir recouvre l’oüye par fonafli-
ftance 3 & voicy un Médecin Orfèvre qui change une oreiHs
d’argent en une de fer , & qui fe fait lu-ymçme des oreilles ào
Midas , pour s’être voulu faire Médecin d’or. En effet , pré¬
vention à part, à voir raifbnner tous les Empiriques coinmé ds
font , en eft-il un feul, donc on ne puiffe dire fans foffenfef-
^uriculas a-fini quis non h(ib€t?
Puïfque nous voicy fur les maladies incurables , venons
^6
47i
Seconde Partie. Chap^XVÎ.
de là fiirdité , aux cancers & aux goures.
Guillcmoî: donna d’abord de grandes efperances toucbaiit
la guerifon des cancers j luais il devint enfin bien moins qu'ua
Roy Guillemot H qu’un Roy de cartes eutre les Charlatans ,
& dans refprit même des badaux. Gn ne parla plus de' boire Tes
prccieufès liqueurs, depuis qu’il eut laiffé mourir trois femmes
qu’il avoir entrepris de guérir de leurs.cancers , ^m7 de
&c*cft en punition d’avoir fi témérairement juré fur fa x'/V^qu’il
meurt à prefent de faim , & qu’il eft devenu uii cancre avec tout
fon or potable^
Talcimon étok jm bon- homme qui ve^ndoit fes Mèdicâmens
chimiques le mieux qu’il pouvoir , & qui promettoit même la cu¬
re des maladies les plus incurables 5 qui fe donnpit un afr de jeu*
nefie, tout vieux qu’il étoit , publiant toujours: qiTii avoir trente
ou quarante années fur la tête , de plus qu’il.n’en avoic en effet,
& tout cela pour faire valoir fon baume de vie. Gependant fi
fimple ,: qu’il prioit tout le monde de luy faire vendre des pape-
raffes chimiques , qu’il regardoit commo des Traittez- uniques
de Raimpndr-Lulle, d’Arnaud de Villeneuve , de Get^r V au¬
tres Alchimiftes , au point qu’il promît^un jour à l’Auteur de
cet Ouvrage ÿ qu’il ne îeroit pas ingrat s’il les pouvoir faire ache¬
ter par une grande Dame de fa connoi fiance , à la vérité fort
paffionnée pour les Charlatans ëc fort curieufe 5 mais la plusini-
pecunieufe &: la plus grande idiote de Paris. 11 ne pouvoir mê¬
me s’empêcher , après avoir montré tous ces parehémins èc vé¬
lins peints en rouge , jaune, vert & bleu, de s’é'Grier que les
Miniftres n’étpient gueres jaloux de la gloire du Roy , de ne
luy pas donner vingt mille livres de ces tréfors , capables d’enri¬
chir ôcd’orner la Bibliothèque de fa Majefté.
rmef eft: un Suiffe gueriffeur de goûtes , qui refiemble à un
Médecin, comme un Suiffe eft un homme raifonnable. li fait
un or potable avec de l’eau de vie , qa’il donne ppur toutes
forces de maux , prétendant que cette eau peut guérir les goû¬
tes au défaut de fon or. Voilà toute k raïïbn qu’on îtrouve
en ce Suiffe, dcuns véritable .raifon de Suiffe. Ç*efi: ainfi qu’Et-
vieci , dit la Dindonelle, Muficien , jadis vray fauffec , &<’main-
tenant unedes baffesde la Médecine Charlaiane , vend &-diftri-
buë le baume, & les autres merveilles marquées dans fon affiche.
Encore, un Médecin fans barbe', un Âpodeake fans fia¬
cre, un Ghirurgien memmorphofé . en Apociquaire Médecin >
Ooo
iMefihi $alde Ms-
dictGlena'SfUyr,
XV.
474 EJJais Jie Medecme.
un Marchand mêlé, dans la Medecinci èc un grand Seigneur
vendeur d ’opiate & de mitridat : car quand au premier j avoue
que
Non pjfunt ferre Marnllum
Nafutum \utvenemy mentifyfte errore faperhum
nihil a Phœbo deducens prater inme i
Noment & intonfi pondtts florile capilli^
Jniberbefque gênas i jam fe majoribus a^uaf.
^in crafim famen at^ue çrtfès ignorât , (jr idem
“Vheris ac fuvii cançrum diflinguere nefeit.^
Nefcit ab Angina quanto maU limite dijlent ^
Argentangina, Rôties maculas elephantus
Audit piUucidas t de barro cogitât unde ,
Cardiacum morbum rejidere in poplité credttf
%t quant au fécond ôc à ceux qui le fuivent 5
Praterea turhidîim non poÿùm ferre Qïiconem
Vnguikus an fcifjifque comis , an forfice fumma
Promptum ad caâes , Medicis nuhe ac^uiparat fe
Tonforheri, aut digito çonfundens unguem AUptes,
Pour commencer donc par ce premier , fi T Antiquité a dé-*-,
peint Efçalape avçc une grande barbe , pour marquer qyel’âge
& l’experiencc font nepeiïaires au Médecin , elle ne nous a
pas peu furpris, quand elle nous a fait voir un Apollo imberbis y
& par confequent le perp d’un barbon , fans barbe. C’eft ainfî
que Paris naturellement idolâtre des Medeçins extraordinair?
res&reçens , n- eut pas fi tpt vu un Apollon barbe d’étoupe,
ou ü l’on veut, du plus fin lin de Hollande, que çettç Ville lui
accorda plus facilement droit de Bourgeoifié ^ qu’à tou&.cc que
les Mufès & le Parnafiè infpirerent aux fçavans de fon pais.
C’eft ainfi qu’un. peu de Q^rinquina deguifç , un peu
& quelque Eau- Impériale' paflent. pour des fecrets quand, pu
vient de loin , & ^uand on à affaire à de bonnes gens. Mais de
bonne foi , quels que foient fes remedes , ôc excellcns tant qu’il
vous plaira , eft- ce affev, d’avoir un bon cheval pour être
Ecuy*cr, & de bons inftrumens pour être artifan ? Ç^’ainfine
foit , ne fçavons-nous pas que çe gueriffeur ayante frotté les
jointures du corps de Mademoifelle de D .. . .. . fijlè de qualité
èc d’une grande efperance , avec une folution d’Opium , elle
s’endormit au Seigneur? Ne feait-on pas même que la fille de
Seconde Partie, Ctiap. XVL 475
Mi grofle Fermiere, étant malade de la petite verole,
il prétendit non feuleînent la guérir par les fneurs , mais en¬
core delà prcferver des marques & coutures que laiflfe trop
fpuvent cernai i & que'l’ayant fait mettre pour cet effet dans
une lanterne , elle y mourut, apres avoir prié plufieurs fois
qu’on la tirât de là ? La Religieufe de Belle-chafTe & quelques
autres malades n’en eurent pas meilleur marché. Âinfi de fera-
blables coups font-ce des coups d’Efculape ? ou s-ils font d’un
Appollon fans barbe , fans étude & fans expérience j & d’une
figure fi enfantine > que M. le Cardinal de B. . , l’ayant vu chez
un malade avec un autre Médecin qui ne paroiflbit guercs plus
vieux, dit fort fpirituellement qu’il croyoit que la Medecine étôir
tombée en enfance ^ Maispouren venir à la bonne foi du perfon -
nage , & pour faire voir qu’il, y a auffi peu àè vir bonus que
de medenâi feritus , un petit conte qui n’eft pas un conte, mais
une vefké inconteftablc, Ün bon Jcclcfiaftiqtie avoir un laquais
malade d’une petite fièvre & d’une petite diarrhée dont il fut
bientôt convalefçent. Il n’y avoir plus qu’à le purger : mais le
■ Médecin qui en avoir eu foin , craignant que s’il le purgeok
fi tôt il ne s’empifrât de foupe & de vin', ôc qu’il né retoni-
bât malade , difFeroit le plus qu’il pouvoir la purgation. Cepen¬
dant le malade avoir granci’ faim , & fe plaignoit continuel-
iement fans dire de quqy. Le Maître qui n’avoit pas vu fon Mé¬
decin depuis prés de deux jours > crut qu’il negligeoitle mal a-
de, & qu’il étoit bien plus mal qu’il ne le penfoic. Gela l’obli-^
geâ de niandér M. H. . . 11 vient , il confidere le gifant , &:
après avoir blâmé la conduite du Médecin dit au Maître qu’il
ne pouvoir pas répondre de la vie de foii laquais , qu’il étoif
menacé d’une mort prochaine , qu’il lui confeilloit première¬
ment dans cette extrémité de lui faire adminiftrer tous le^ Sa-
cremens, & que cela fait il pourroit tenter un remede , à la
vérité violent, mais que c’étoit tout ce qu’il pouvoir faire pouf
le fauvér. Le Maître fe Voyant fort empêché de cet appareil
de remedes rpiritiiels & corporels , ne fçait d’abord à quoi fe
refoudre : mais à la fin il s’avife d’aller trouver un Ecclefia-
ftique de fa connoiffance , qui ne faEoit plus la Medecine que
AO, facknàQS frucluê , & de le prier de voir ce laquais, êc de lui
dire ce qu’il en penfe j U. le Médecin Eccleriafeque ne l’eut
pas plutôt confideré qu’il lui dit ; Monfieur , vôtre laquais n’efi
plus malade , il n’a befoinque d’une petite purgation. , 8c d’une
O 00 ij
EJfais de Medecme. .
bonne foupe, tant il a grand faim. Dit & fait : car Le Méde¬
cin ordinaire étant venu fur ces entrefaites , & ayant ordon^
né la Médecine au laquais , il fut fur pied dés le lendemain ,
fans qu’il fût necelïaire de tenter le remede dont M- H. . . vou,
loit ians doute faire l’experience m vili anima , fcur que s’il
tuoit le malade , on acculeroit le Médecin ordinaire de fa mort.
C*eft ainfi qu’il donnoit hardiment des cliftercs d^infufion de
tabac, dont Monfieur le Marquis de Vieup . . & Monfietir Ber-
h . . Officiers de dragons ont péri pitoyablement. Qi^ des hom¬
mes fottement prévenus vantent donc tant qu’il leur plaira les*
cures vraies ou palliatives de tels Médecins , il fera toujours
vrai de leur dkc qu’ils font fans y penfer , ce que faifoient-
les Prêtres de Neptune, qui montroient les reprefentations de
ceux qui s’étoient fauvez du naufrage , S: les prelens qu’ils
avoient faits au temple de cette faufle Divinité : 'mais qui n’a*
voient garde de parler de ceux qui s’étoîent noyez nonobftant
les vœux & les prdmeffes qu-ils lui avoient faites : tant fon
pouvoir étoit chimérique , & tant il eftivrai qu’on ne parle jat
mais de ceux que nos Charlatans ont tueZf
L’Apoticaire fans fucrc eft ainfi nommé , parce qu’il y en a
bien rnoins dans fes tablettes fébrifuges que d’autres ingrediens,
pour ne point parler des fels arfenlcaux. Il eft vrai, puifque nous
lâmmes tombez fur ces tablettes, que quelques cavalières qu’elieS'
Ibient , elles ne vont pas toujours également vite : car fi ees
trompettes en délogent quélquesTuns dés le premier coup , elr
les laiiïent le temps à d’autres de fe reconnôicre 8c de plier ba:*
gage 5 8c c’eft toute la^ grâce qu’on peut attendre des remedes
de cet Apotiquaire de Gr. Ainfi je ne fais aucun doute que
les Prêtres ne gagnent plus avec lui que les Epiciers , 8c que
s’il eft long temps à Paris , il n’y faftè plus périr d’hommes qùe
le Roi Coth dont il prend le nom , nxn expédia au fiege de
Rome. Car encore h cet Apotiquaire s’en tenoit ou fe bor¬
ne notre Chirurgien metamorphofé en Apotiquaire Méde¬
cin , on n’y yerroit que du comique 5 au lieu du tragique .*
car pour expédier fon portrait d’après ceux qui y ont travaillé
avant moy , ce nœtoip au commencement qif un Bedeau de faine
Cofme 5 enfuite de quoi il fe fit Prater de la petite efp^^^i^»
.d’où il eft devenu Oonreiller ôc Médecin du Roi 8c de fon
Alcefîe Royale , Artifle ôc Direfteur d-une Société de nouvel-
.les décojav.çrtef î ^ Ap^eur qui travaille avec autant dç facilité.
Seconde Partie. Ghap. XVI. 477
que faifoit autrefois la Serre. Il n’y a , dif-je , que du comique
dans fes remedes : car quelques barbares que foient leurs noms,
iis ne font pas grand mal aux Chrétiens, tant ily ade récréatif
& de prétieux dans fa boutique pour les prccicufes. En ejEFet ,
qui n ouyriroit les oreilles & les yeux au Sirop de The',
E£BRIFUG£,âU ChoCOLAT DEGRAISSE' ET AN-
Tl VENERIEN, au CaFFE' Vo L AT ILL E , aU TaB A C
& au T H R E s O R d’E s c U L A P E. Mefdames les Surannées,
le lait de Perles , les Cajfolettes Roy ailes , ôc tant d’autres nouveau.-
tez que la Scene prefente d’abord , ne vous font-elles point ef- Voyez les entre-
perer de paroître encores jeunes pendant quelque temps. Pour
moy fi fon Orviétan n’avoit pas été condamné par Arreft com- ks déconTcrtcs dâ
me une ufurpation ï je croy qu’il n*y auroit plus qu’à chanter renK^e Angiois .
Ah la grande vertu de l'Drvieim l
ce Médecin Chi¬
rurgien & Apoti-
Mais pendant que nous fommes fur la Chirurgie, il ne faut pas
iaifier pafier üu
Autre Çhirurgien-Medecin fraîchement arrivé de Province
au rendez vous des^Gharlatans car je croy qu’on fera bien-
aife d^apprendre qu’ün homme fi fingulier y a enfin établi fon
domicile.
11 étoit né & établi dans la Ville de B , & je laiffe à penfer
quand on aura lu ce qui fuit, s’il n’étoit pas la crème foüettée,
du au moins foùetable des Maîtres-Aliborons de fon païs. Un
vieux Cabaretier de cette Ville, bom homme, k qui avoifune
ijolie femme , mais fort infirme , ne laidoit pas avec toute fa bon¬
té de tromper autant qu’il pouvoir les Officiers des Aides de
cette Ville , dérobant toujours quelques Tonneaux de vin à
leur vigilance & à leurs vifites. C- étoit en vain que les Officiers
l’obfervûient , il trompoit toujours ces Argus. Le Chirurgien
dont il s’agit étoit leur ami , & comme il avoit appris que le bon¬
homme donneroit tout à qui rendroit la fanté à fa jeune épou-
fe , il trouve le moyen devoir cette femme , & de luy faire
conter fon mal s enfuite de quoTy il l’aflure que tant d’incom-
moditez ne viennent que des vers qui la mangent , & petite
etre encore 'de quelques autres animaux ; mais qu’il a un moyen «
&un remede tout particulier pour l’en délivrer. La jeune fem¬
me en fait le rapporta fon bon mari, comme elle auroit fait de
la meilleure nouvelle,8c voila que l*un & l’autre conjurent le Chi¬
rurgien ddmployer fon fça voir & tous fes remedes pour cette
Ooo iij
47« Medecîm-
cure, luy promettant .tout ce qu’il voudra. Dieu fçait s*il
qua à toucher quelque argent d’avance. Il fçavoit que» les bon¬
nes gens avoient des loüis d’or, ôc qu’il n’y avoir plus qu’à con.»
venir avec îes Officiers des Aydes du moyen qu’il faloit tenir
pour venir à bout de l’affaire •: J^id vultis mihi dan ér ego tum
'vobü tradam ? Ils jettent donc leur plomb de concert , après qiioy
le Chirurgien dit à la malade qu’il ne peut confier la connoifl
iancc ôc Tapplication de fes remedes à perfonne j que ce font des
maniérés de lavemens&d’injeffions qui demandent de l’adrefie
& du fccret > que c’eft à elle de s’abandonner à fa prudence &
fa conduite , fi elle veut qu’il l’entreprenne; Elle y confent
après en être tombée d’accord avec fon mari , 6c dés la première
fois nôtre Chirurgien ne manque pas de luy envoyer dans le
corps à la faveur d’un lavement les vers , & tout ce qu’il en pré-
tendoit faire fortir. La pauvre femme qui voit tous fes corps
étrangers hors du fien , ne fent plus fon mal tant elle eft tranf.
portée de joye. Âinfi elle ne fe contente pas de Faire part àfon
bon mari de cet heureux iuccés du premier remede 5 mais elle
le communique encore à une commercj&luy fait naître l’envie
de voir & le Médecin & l’effet miî*aculeu5? de Ton remede. On
recommence donc l’injection à deux jours de4à, & voila qu’elle
rapporte du lieu où on l'a envoyée , des infedes d’une figure fi
extraordinaires , qu’une de ces femmes s’imagine avoir obfervé
une fleur de lys fur là tête d'un des plus gros. Cependant le
perfide en rit en fon ame , & va faire le récit de tout à fes Offi¬
ciers des Aydesad'unemanierefifriponejqu’onnela peuthom
nêtement exprimer 5 mais après avoir amufé le tapis pendant
quelques jours , Savoir endormi la malade avec une vaine efpe-
rance, la cure de fes maux n’ayant été qu’en imagination , ils
fe renouvellent comme auparavant, & c’eflàquoy s’ateendoit le
Chirurgien , 6c ce qu’il demândoit pour venir à fes fins. En effets
aux premières plaintes qu’elle en fait, il luy avoué qu’il n’avoit
jjas connu le mal parfaitement dés les premiers j ours, ma, is qu’en
étantà prefent mieux informé*, il voit bien qu’^il eft encore plus
grand qu’il ne fc l’étoit imaginé ^ enfin quil n’y a. plus qu’un
# remede à y faire ,*mais qu’il n’y a qu’un homme au monde qui
fçache le préparer , que c’eft pour cela qu’il le met à un pri^s
exceffif, & qu’il craint qu elle n’en vculle pas faire la dépeiife.
La malade en xaifonneavec fon bon mari, & comme il ne pcu-
fe qu a contenter fa jolie femme, il prie luy-même nôtre fourbê
Seconde Vartie, Chap.XVI. 47^
Ae ne rien ménager pour une affaire de cette confequence 5
mais il luy répond que tout ce qu il peut faire pour fon fervice
eft d’écrire à Paris au fieur Barlet fameux Médecin Spagirique
qui feul fçaic V extrait Bdfami^tie y quinteffentié dam la y. scuHger. àt /i-
mix m dab atrum leeret des fecrets & la véritable panacée , huiofisqudit»tiSut
pour convenir du prix,le plus jufte. Et de fait huit ou dix jours
après, il fait voir une lettre fuppofée de Barlet, par laquelle il ceiia9.c,xj.t.
n^a jamais donné l* extrait Balfamique quinteffemié. dam la noix
malabatrum y l' abrégé delà MedecinCy à moins de fix-vingts loüis
4’or , mais qu’en faveur de la Chirurgie il eu rabat vingt. Ainff
le bon- homme fe refond adonner les cent loük d’or, qu’on fait
femblant d’envoyer à Paris , au moyen d’une lettre de change ‘
cirée des Officiers des, Aydes. En effet , quinz-e jours après le -
remeds arrive avec la quittance de Barlet ; mais l’un & l’autre
fuppofez. On met le remede en œuvre, on en continué Pufage
fendant quelques jours , & pendant que le Chirurgien &: les Of-^
liciers tiennent effeétivemenc les cent loüis pou-r fe dédomma¬
ger de tout ce qu’ils prétendent que ce Cabaretier leur a fait
perdre fraudant la Gabelle. Ma^s enfin comme la pauvre ma- ■
Jade ne fe trouve pas mieux de l’extrait prétendu que de tous
les autres remedes , ôç qu’elle voit que le Chirurgien la négli¬
gé , & qu’il ne répond à fes plaintes que d*une maniéré gogue¬
narde , le bon-homme 6ç la bonne femme commencent à fe per-
fuader qu’on pourroit les avoir pris pour duppç. Ils s’avifent
donc d’écrire à Barlet pour fça voir s’ila effeftivement donnéi
un Chirurgien de B , l’extrait Balfamique pour la fomme de
cent loüis d’or , & Barlet répond qu.e c’eft luy à la vérité qui dif-
penfe ce grand tréfor , & qu’il eft le véritable ^ Tunique | mais
que le Chirurgien qu’il ne connoît point çff: un trompeur , &
qu’il ne le luy a jamais envoyé. Que faire a cela fi non d’aller au
confeil , quancion eft auffi dépourvu de confeil que nos bonnes
gens Tétoienc ? Ils y vont , Scie confeil eft d’avis quon faffe ca?-
cher des témoins dans un cabinet ou derrière la tapifferie, pen¬
dant qu’ilsiè plaindront au Chirurgien de Tinutilité du reme¬
de , 6c qu’ils luy feront avoüer qu’jl en a touché le prix. Dit ôc
fait, le Chirurgien combe d’accord de tout , ajoutant qu’il faut
efperer Sc attendre patiemment le-fuccés de l’extrait. Sur quoy
on porte l’affaire en juftice , on produit la lettre de Barlet , les
témoins font entendus , le Chirurgien qui ne s-attendoit pas à
cela, eft interrogé & gâte toute fon affaire, voulant exciper de
480 mjds de MedecînCé
quelques raifons& de quelques inipudences qui ne fervent qu*à
le convaincre qu’il a fait des retnedes àla malade , le relie par¬
lant allez contre luy. Mais les Officiers voyant qu’il le faloit
tirer d’affaire , & n’y pas entrer eux-mêmes fort avant , font
parler d’accommodement On reprefente à nos bonnes gens ,
que leur partie efl un gueux , qu’il n’y a pas où le prendre
quand on aura bien fait des frais , & 011 leur fait comprendre
qu’ils feront mieux de prendre les foixante loüis d’or qü’on
leur offre J que d’en mettre encore autant fans efperance de 1^
retirer. Ils aiment la paix > ils prennent les foixante loüis , on
paffe l’accord > & les Officiers des Aydes font contens de s’être*
aédommagez de tout ce que le Cabaretier leur a fait perdre. Au
refte 11 on veut .fçavoir toutes les circonftances de l’affaire , le
Chirurgien eff à Paris où il s’eff retiré après cette belle expé¬
dition pour y vivre de là Charlataneric , & où il raconte auiS
effrontément qu’il faifoit en Province la chofe comme elle s’eft
paffée. Mais c’eft affsz parler des Médecins, Chirurgiens, ôc
Apotiquaircs Charlatans , entrons dans la Màrchandii'e , ôi fi'
niffbns par la Noblelïè comme nous l’avons promis.
G U D A N s le vieux eff un homme qu’on prendroit d’abord
pour Raminagrobis vieux Poète François, mais dans le vraies
n’eff pas cela. C’eff un véritable Marchand mêlé, qui loin de
broder à la maniéré des Poètes, n’a travaille que dans les ma-
nufadires de point de France , où il étoit intereffé , &où il
ne joüa pas de bonheur. C’eff ce -qui. l’obligea à paffer dans
la compagnie des jcuiies^gcns , où il faifoit le garçon avec fes
maniérés égalantes. De là il fe fourra parmi la vieilleffe qn’il
promstt-oit de reverdir avec 'des Elixirs Sc des Spécifiques en'-
chantez , quoi qu’il ne débitât en efl^t que des ptifanes , auf-
quelles il joignoïc des pilules, quand celles-là n’étoienc pas affez
effeffives. Mais quelles pjlulcs ? Car C^eff pour avoir paffé une
de ces petites baies au travers du corps de Macf de Vaugien ,
qu’il la guérit de tous maux , 8c qu’il la rendit bienheureufe à
jamais *: car ce maître Aliboron en fçait bien plus qu’on ne s’i¬
magine,
Jl dpjfout philtri cohobe i
Mtt Pamcelfe à courte robe.
M^is pas moins impécunieux i
Car quoi» Intendant de P Archée
Il nm paroh pas plus Zachée,
^ ' ^ ' ' Enfin
Seconde Partie, Chap; XVI. 481
Bnfia nous voici à ce qui paÜe infiniment tous ces Grippçfous
de la Médecine Cliarlacane donc nous avons parlé ci-devant.
C’efl: de la nobleffc, mais quelle, noblefle ? Une véritable Al-
teûTe , & pour ainfi dire , la Hauteffe &le grand Seigneur des
Charlatans de nôtre fiecle , la terreur de toutesdesr.Facultez, ôc
un Médecin , fi l’on s’en rapporte à la généalogie qu’il nous a
donnée, de bien meilleure maifon que les.defcendans de Po-
dalire & de Machaon. Auffi cd-ce par cette fine Chevalerie
que je ferme la Compagnie d’Ordoonance de la Charlataneric
fiéfée , & avec cette fine écaille de tortuê appellée communé¬
ment Car .... que je finis le cabinet des fecrccs de la Médecine
Bmpirique.
Je veux donc , s’il le faut vouloir pour avoir la paix, &
pour ne pas paroître ruftique parmi la Nobleffé,que ces beaux
iecrets d’Alexis Piémontois", & de Defiderio Dercombes com¬
patriotes de nôtre Héros Charlatan j je veux, dis je, que l’or
potable & tout le nefte de la boutique foic' miraculeux j màk
j’avoLië que je ne puis comprendre pourquoy ce prétendu Tau-
maturge n’a fait qu’un miracle, Pourquoy des remedes regar¬
dez ôc préconifez comme les n3ains de Dieu n’ont été falu car¬
res qu’a un grand Seigneur, ni comment il s’efl: fait que pour
un malade qui a fentiles effets des Panacées de nôtre Panure
ge , tous les autres font morts ^ ou demeurez en l’état, qu’iîs
étoieht avant qu’il les entreprit ? Quoi fes Elexirs n’âuroicntlls
été bons qu’à une perfonne ? Car je n’ay garde de dire avec les
Philofophes ôc les Médecins , quant à cette fameufecure^j que
les remedes qui avoient précédé les fiens , a voient pu intro¬
duire des difpofitions favorables aux derniers j que la- Chirur¬
gie aufli bien que la Médecine nous fournit tons les jouri des
exemples de malades guéris par la nature , lorfqu’on les croyait
derefpcrez. Je n’ay garde', dis-je , d’allcguer ces raifons & quel¬
ques autres qui plairôient peut- être encore moin^ : car c’eiŒ bien Morbîs pîerum-
à des Philofôphes 6c à des Médecins à rai fonner avec de Grands- qSus
Seigneurs, Mais, quoi-qu’il en fqit, file remede qu’ôna employé profuit Medicus.
à cette cure , eft fi fonverain , n’étoit-il pas de la genèrofité
d’un Seigneur MedeClh ,tel qu’étoit M, C. . , d’en faire part àîa ‘
pauvre Medecine & au public ? * Et s’il voulok mettre ce talent à ^
profit , n avons-nous pas des mains magnifiques ôc toutes Royales, diftat ïïcrriæ Sia-
qui font gloire de rCcompenfcr toutes les belles découvertes, ôc ▼«tus.
de ne fouffrir jamais la lumicre cachée fous le muid ? Voilà
ppp
^ f Ejjüîs de Mededne,
pour la; Panacée , pour l’or potable , èci^ouv le medendi perîtus^
Voyons maintenant fi le Hr bonus, ce véritable caradcrc d’uii
Médecin, fc trouve dans cet-Efculape Tranfalpin \ Loqtnreut
te 'ifideam : car c’eft ce me Temblc traiter un homme bien dou¬
cement , que de le faire juge en fa caufe. Il dit donc par fon pe¬
tit Fadum ou Manifefte imprimé à Tournay j car je fie diray
rien icy du beau Livre ,que cet Efculape Théologien a fait con¬
tre les Decrets du Clergé , ces vifioris nous arrêteroient trop
& ne font gueres de nôtre fujèt. Il dit donc dans le mariife-
ifte impriihé i. Tournay , que s’étant attiré l’envie des Médecins
parfâ fcience Ôc par les gracesque le Seigneur lui a faites , qu’il
cillas d’affaires au point de ne vouloir plus faire la Medecine
qu’à fes amis & aux pauvres. Fort bien , fi cela fe trouve vrai
âpres que nous faarons examiné. Quant au Manifefte impri-
mé àT^ans , ce n’efl qu’un gaiimathias , il n’y a ni deflein , ni
lorHre, ni fens, ni orthographe, ni pureté? de langage, H con-
iclud tout comme au premier , ne fait riçn moins que ce qu’il
projette Car ap,es s’être étendu fur une Genealogie qui ne
^it rien à la Medecine , & avoir protefté qu’il ne la veut plus
faire c^we gram , if ne lailTe pa's de prendre de l’argent 6c d’en
exiger même d!avance Encore fi jon eh avoit été quitte pour
de l’argent* 6c qu’il eût agi deibonne foi:, on auroit, eu la con¬
solation d’av^oir-^confulte un Médecin du bel air , ôc de s’être
fervi d’un remede à la mode , dans une maladie d’important
eenmais ne fçait-on pas qu’il y avait ordinairement de làcol-
lufiqn entre ce Marquis ôC'dcs gens .dignes d’être .marquezan
coin dcyîj&ipons ’ Ne feaif-on pas l’hUtoirc de la maladie dé
‘Mâd,. de Q^oii il apofla une femme, qui avoit, difoit-il, un ré-
’mtede fouveram , 6c avec laqueUe il partagea l’argent , quoi-
quul fît femblant de ne la pas connoître ? Y avoit-il plus de
finceri'té dans la,guerifon prétendue de M . L . M. D . ; C pul-
moniqne ou tné. félon nôtre Efculape 6c fes partifans, entre Icf-
quels -ilfe tronAfa mémé desiMedeciès, qui :a.ttefterent qu’il ém^^^
pulmonique formée; pute (fuppâiidntpu^^dqu’oMe gnerit jat
mais de tels .pulrnoniques , 6c q.Lindans le vrai il n’étoit que feot-
bütique? Ainfi tout le bruit qu’on fit de cette cure en idée, ne ve-
noit que de ce que les fçorbutiques paroifTent quelquefois dans
un écaçdéploré:^ quoi qu’à quelque, temps de là. fis firent fü^
leurs pieds^ tant cette maladie efl bizarrey ^ç tant-il efl: facile de
confondre quelques fympt.Qmes de. ce mal avec ceux de la put*
Secondé Pdrth Cbàÿ : X V 1 . 48 3
monie. EnCdre s’il n avoir faÂ#qu^é»igerui||é'fois pour toütcs dc^
l’argent des malades ; mais qdî à'jamais entendu parlerdé^etoltr-^
neràla charge comme il ht » & de vouloir prenid/e une féconde
fois pourduppe un honnête'homme Cbhfèiller au Parlement de^
M , 6cde luy voialêir encore ^àire -dés ^veë- kl^Qr 'fans^
füjet 5 cela' s’appèj.e-E'll Fif ifàpM medmdî p , ^ ee ^que*
nous avons appelé Javec Sàlà j Ays îlludendpmUMi^t^^^ iàiffè^
à chacun den j ug^ef fui' le narré^ de; PHï^ prbmê^de gué¬
rir le Confeiller dans trois mois moyennant quinze cens ééus ,
& il en reçoit cinq- cens GompiânS par prèvifièn > le réfte^’payài
blc apres la güerifon- f pourqàoy^ on; Contient d’iîrbitresl^ Mâi^
ce temps expiré , le malade n^étant pa's mieUîT qu'edé plèmîer
jour , au j ugement même de^ cel iarbkres J ^t^ifecGnnbilÏMir/qu il
cft allé un peu trop vite , il fe le tient' pour dit j-de forte que les
cinq cens écus detneurent'âü Seigneur Mcdêcin. IL n’y avoit
pas un fort grand mal fila choie en fet demeurée lav pn-favbîÉ
ftipulée ainfi j mais Voic^iqu’au^bdut de- huit jouK uStMon^uï
Fleuranr bien plus précieui què^ceîuy de la ÇonîediiF &: une
manières de Monfieur Ghicàneaü i apporte pour fix ou fept cens
livres de Parties âü Confeilléf pôur rémedes , dit-il, à luy. four¬
nis fuiyant les Ordonnances de Monfieur le. Marquis Méde¬
cin. Le Confeiller demeuïe Llirpris, êc va demander raifon de
ce procédé au Marqu is ^ mais ûl demeu re ^ fort étonné quand il
voit qu’ii ne le cônnoît plus , &;qu’iLduy dit que' ce rfefi pas
là fbn affaire , qu’il en forte comme il pourra avec cét Apôtb
quaire. On s’échaufe de part & d’autre , mais l’épée ne pou-^
vant plus fouffrirdes reproches de la robe , fait enfin une fort
genereufe faillie 5 en un mot le Marquis ouvre la fenêtre , &
prend à témoins les paffans de ce que, lè Confeiller luy -vient
faire un appel contre les défçnfes 'de S’a Majefté. Ndtbit^
ce pas là forrir d’une affaire de cette nature , d’une nianiers
des plus cavalières ? Car quelle apparence que la Sotane d’un
Confeiller né pour la manutention des Edits , nejïint pour
ai n fl dire qu’à un boüton , en. un temps ou toutes les épées
tenoient au four eau , quand il écoit queftion de duel ? Mais
quoy de plus fu r prenant , que de voir qu’un Cavalier refufe
de prêter le collet à un Confeiller , luy qui étoit étranger
grand Seigneur.,* ne pouvoit-il pas efperer quelque grâce du
Prince ^ ou feda faire luy^même , quittant le Royaume après le
combâc’ Achevons parce qu’iLya de plus joli dans le manifefte
. ' Ppp 'j
* Lhmrie ii Ca¬
pe*. âagimm. 3.
pag. lié-
* Legig.
484. J Mffais de Médecine.
iinprimé à:^aris , après avoir remarqué en paffanc qu’il fut
attiré en lia Citadelle de Tournay parle Gouverneur , au¬
quel il promit de guérir Madame la Gouvernante à de certaines
conditions, mais que comme ce Gouverneur vit qu’il avoir don¬
né trop facilement da^ fes hableries , & que la gucrifon qu’il
avoir proï^ire n’avoij été que palliative , il fe crût obligé de
difEipulcr retenir > comme s’il luy eût encore été necef-
faire , jufqnes au prétexte qu’il eût de le lailïer aller, quand il
fut mandé de Paris pour M . L. P.:^D. L. F. Le refte du Fadum
reprefente donc le Marquis Médecin comme un brave : car
quanta raffaire duConfeilléii j^c’ed ce fauteur de la Fable qui
fautoitii bien à Rhpdes nu ib nfetoit pâSi & qui ne pouvoit fau¬
ter où on l’en distje J fait déplaifç a l’afïairc
du Gonreiller , des quérellesydes combats sdes tours de garçon ,
voire de Gafeon, & desprocêsàqui en âŸOukTtater, & déplus le
diablé-à-quatre chez les rnaris qui ne le vouloient pas fonfFrir
auprès de leu ts, femmes j &cc qui me paroit d’un adroit & ache¬
vé brave, c’efl qujii évite fort habilement les Sbirres qu’on luy
mec au^îtroufTes. Qui ne s’étonneroit donc pas do voir enfin un
fibrayc perfonnageredtiitavcndre du Galbanum ,fi Lucien nC
nous apprenoit qu’Antiloque après la mort de fon pere Amphia-
raus étant chafTé de Thebes fe retira en Afie , où il prédifoit
l’avenir pour deux carolus de notre monnoyei Mais ce qui doit
bien autrement faire ccÇér Fétonnement, c’eft, d’apprendre dkvn
Auteur * de fa Nation , que non feulement il u’eff pas fans
exemple de voir des gens de qualité s’attacher à la Medecine
comme à une planche du naufrage , après qu’ils ont diffipé leur
bien ,' mais encore que le Miniftre d’un grand Prince (' qu’il
aiiroit dû nous nommer , ) ayant été difgraeié & privé de tous
fes biens, fe rédui fit' à vendre des pilules , des pommes de feii^
teurs, &; des mufeadins pour entretenir fa mifcrable vieillefle.
V oila de nos Marquis Médecins , gens , s’ils font Marquis bien
marquez, dont on ponrroit dire les voyant confiderer les urines
& les autres excrémens des malades, 'Uh ejl dignitas ilU flen^
decofis ? (^ui nutriehmitur in croceis , afnplexïî’ti funt Jiercora .?
Demeurqns-en là après un fi bel exemple 5 car qui doute que
fi on jouloit chercher tous les Empiriques de Paris , on n’en
trouvât aflez pour former une Légion foudroiante , & pire que le
■ïf Démon de ce nom, tant ce genre d’hommes eft brave&expe"
ditif , paflànc au refte fous filence quelques-uns de ceux >
Seconde Partie, Chap. XVI. 485
après avoir fait faire naufrage de leurs biens & de leurs vies à
tant de perfonnes trop crédules, ont enfin eux-mêmes fait nau¬
frage, jettez fur la grève. Car quant à tant de grands noms de
cette nature , tout ce qui a patû cy-dcvant fur la Scène Char-
latane eft fi ufé ^ qu’il n’y en a plus à prefent que deux ou trois
qui /oient à la mode.
Encore une fois donc Paris , les voila vos Sauveurs & vos
Divinitez fenfibles : Hi funt dii tut , les voila vos Dieux qui
malgré toute la confiance que vous y mettez , ne font autre chofe
que genm homimm potentibui infidum , fper antih. f ail ax , quoâ veta-
hitur femper é' retinehitur , foiblefle fi grande qu’elle ne peut être
excuiee qu’avec ces paroles d’un pauvre malade , qui raillé pour
avoir confnlté de pareils Oracles , répondit ingénument,
•voule^’- 'uous y ce nejl pas moy qui" fais cette faute y je ue fuis plus
V homme que f étais avant que d'être malade, • '
Mais il eft temps de pafler outre, & de venir à la fécondé
Partie de nos Peintures. Ceux donc qui ne font pas Charlatans
fié/ez & par excellence , tels que le font ceux que nous avons
dépeints cy-deftus , ne laiffent pas de l’être avec la robe &: le
bonnet , fui vant les marques que nous avons dgnnées de la
Charlàtanerie au commencement de ce Chapitre. Car fi la
fincerité , la fidelité 8c les bonnes mœurs manquent à un Méde¬
cin, pourra-t-il être Fir bonus medendi peritus ? Le grand Prince
que nous avons ey- devant allégué quelquesfois , ôc qui parloit fi
agréablement , difoit -qu’il y avoit quatre fortes de Charlatans
dans le monde. Il y mettoit les Princes tous les premiers ,
parce , difoit il , que la plupart promettent bien plus qu'ils ne
donnent. Il y mettoit enfuite certains Théologiens qui promet¬
tent hardiment le Ciel , qui dépend bien plus de nos bonnes
œuvres 8c du bon plàifîr de Dieu , que de leurs promeflès. En
troifiéme lieu , il y mettoit ces gens du Palais qui promettent le
guain déroutes les caufes } 8c enfin les Médecins qui promettent
la fanté , qui dépend autant d’une infinité d’incidens ôc de cir-
conlbnces que de leur fçavoir. En effet , la plupart de ceux cy
font à peu prés comme ce Philippes le Sophifte , qui promettoit
l’immortalité à ceux qui voudroient bien s’abandonner à fa con¬
duite 8c à fes remedes. Rien ne leur eft iropofiible non-plus qu’à
^Médecin que le Comique introduit ainfi.
Num larvatus i0.e aut ceritùs fac feiam ? pUuu.s in Ment.
Num eum veurnus , aut aqua intereus tenet ?
ppp iij
4^6
Ëjjals de Médecine,
Perfacile <^uiàtm eji.
Smümfuturumimfaidqmàempromittojîde
Slmn fitjpiraho plus fexcentos in dies
Jta ilium cura mugnâ curaho tibi.
C’cft ainfî qu’un autre parle prcfque le même langage.
in Tfeudolo 3, jorhitiouc fucium ego te hodie mea
JtemM Medea Peliam concokitfénem.
medicamento ^ fuis venenis dicitur
Feciffe rurfus ex fene ndolefcentem. - '
Item ego te faciam. /
, Ils s*imagm‘cnt que c’eft affez d’être Dodeur pour être ha¬
bile homnié, fans faire attention que ce titré nefe réfufégue-
res à qui a de l’argent & qu’il ne s’accorde jamais à qui n’en a
Y Navarr P siV Coiübien y a-t-il d’ignorans avec leurDodorat , & me-
vefi. art. HIC dcTprits màl tournez avec toute leur fcience ,qui prennent
&M*g.Sedob}i- tout de travcrs I Galien appelle ces derniers les Hérétiques de
«juntur. Médecine , tant ils paroillént entêtez. Mais ce qu’il y a en¬
core de pire dans nos Dodéurs i eft qu’ils joignent la maüvài-
fe foi à l’ignorance & à l’entêtement , tâchant de perfuâder,
comme font les Empiriques fiéfez, qu’ils ont des fecrets pour
toutes fortes de maux.
fuit beau les entendre alléguer leurs miracles » • •
D’un air impérieux prononcer leurs eracléî ;
Contre les plus grands maux fe déclarer garands » ■
F t de leurs beaux difeours infatuer les gens. ‘
V un prônera par tout fon grand Alexitaire »
Jj autre de fin extrait fait fin plus grand myjleri 5
Celui^cy 'VOUS produit pour remede à tous maux ■
Son Elixir tiré de mille végétaux,
il autre ayant fait éclore en doBe phantajlique
Ft Triacleur expert fin œuf philofiphique.
D’un fi pompeux fatras charge fis Recipe^»
il n en donne le goût ^u a des préoccupez..
Le feu mifierieux de fin Laboratoire
Fait le plus beau concert de leur rare grimoire :
Leurs mots Ji bien choifis de Cohobation ,
Fe CinefuBion » £ Amalgamation ,
De Cliffus , d Algarot » ^ mille autres femblables >
^i dans le bas Breton feraient peu fupportables 5
Et tout ce qui J y dit , ^ tout ce qui s’y fait >
Seconde Vdrtte. Chap. XIV. 487
Tout ce qui peut entreux rendre r œuvre fujpecf >
27‘e va qua découvrir le Paétole en fa fource 5
Bt pour parler "François » a nous couper la hourfe.
Appelle^’Vous ces gens-Ià Fir bonus medenài peritus ? car pour
lüôi jecroi qu’ils font encore pires que les maladies. Le célébré
Médecin Capivaccius étoit bien éloigné de cette vilaine ma-
niere , renvoyant diredcment à fa pratique tous les Ecoliers qui
lui demandoient des fecrets. En effet ces Médecins à fecrets
font fouvent fi deftituez de remedes j qu’il s’en eft trouvé qui
ont ordonné en même jour le même remede à plus de vingt ma¬
lades. De plus ils s’imaginentqu’il n’y a qu’à courir & à mendier
des pratiques pour les mériter , le rendans importuns & venteurs
jufqu’à fatiguer ceux qui les entendent , ne parlans que des
cures qu’ils ont faites, des perfonnes de qualité qu’ils fervent , &
de l’ignorance de tous les autres Médecins. T émoin ce fat qui di-
foit d’un malade otm a voit été introduit par un Apotiquaire affi¬
dé ^ après de bien plus habiles gens que lui , qu’il avçit trouvé
h par où -, et qui n’ empêcha pas que le malade ne mourûLquel-
ques jours après avec fon par où fie pauvre ignorant ne voyant
pas que la maladie étoit incurable. Voilà neanmoins oii la vani*
té conduit des Docteurs , fous les pieds defquels là terre s’ou¬
vre tous les jours , qui joignent le fon des cloches aux Illumi¬
nations des Eglifes , êc qui remplirent les familles de deüii »
vrais Hermocrates , pas moins redoutables la nuit que le jour.
Tant il eft vray que «
Tout ejl a redouter dé une main meurtrière ^
Ce^ enfvain qti un Mirthe amounux
Mn efpere un fort plus heureux •
^ue le houx ^ que la fougere.
Malheur à qui s"" en trouve près !
De tout ce quelle touche il n ejl rien qui ne tombe ,
Point de laurier qui ne fuccombe
: A approche de fes cypre^.
Enfans perfides ôc dénaturez, dit un bon & fçavant Méde¬
cin, qui ne deshonorent pas moins la mere qui les a élevez,
& qui les fait vivre, que font les Empiriques mêmes avec lef- ‘
quels ils femblent avoir confpiré fa honte &;faj)erte. Car quel¬
le douleur à la Medecine de voir qu’ayant tant d’enfans qui
devroient être fa couronne & fa gloire , la plufpart paroiffent
•fi peu finceres, qu’ils moment en fpedaclc de fourberie fur le
ft A Fourbe , four¬
be & demi» Comé¬
die lt*Ueme.
Mttvceü, TAlingen,
Stellat, in Leone.
Se»Ugtv in tftior^
pis.
4^8 ■ Ejjüis de Meâecine,
théâtre. * De là vient lans doute que la Medecine cette lu.
niierc de la vie, eft réduite comme à fon couchant » par le peu
d’application que les Médecins ont en un temps oii les belles
découvertes des plus vigilans & des plus ftudieux devroient
luy avoir attiré les regards de toute la terre. Après cela qui
pourroit ne pas s’écrier î
Difficile efifatymmîtonferibere..^
fait en profe foie en vers *
Ne dr/tperoit pas fur ces roffesy
^ui font tant draper de earoffi ’.$
Far des Recipez, dé travers.
Car enfin , -
Vel.perfeBè artem dijeantiVel nsn medeanturc
Nam fi alu peccant artes i telerabile^rte ejt 3
Hac vero nifi fit perfe^ay efi plena pmcli »
^t favit tanq^uam occulta y atque domefiica pefiis.
Difons donc encore que s’il n*y a que trop de Chirurgiens &
d’Apotiquaires , qui bie loin de garder leurs boutiques , ont
une horrible demangeàifon de faire la Medecine , il y a des
Médecins qui ont Tame au flî baffe que ces gens ont le cœur
élevé: car les uns font les Chirurgiens, penfant eux-mêmes^ les
malades de toutes forces de maux ÿ les autres font les Apotiquai-
res, vendans dans leurs logis , Seportans dans ceux des malades
des reaiedes qu ils appelenc leurs fecrets: tant ils font ou avares
ou indigens.
! Ne exifio aut famé periret
Radius clinicus ipfemet co^uinis
. * J? in fit ptifanam y ér rotat verutum ,
Rimatur luteum foramen ani y
clifieria tergimenda condat.
Il ,y en a d’autres , qui pour parvenir plus facilement à leurs
fins , intereffent certains hommes dans leur réputation , les met¬
tant de parc du profit ; & c*eff ainfî même que les créanciers
de certain Médecin , qui craignoient de le voir tomber dans
l’infolvance , refolurent entre eux de le faire palier pour un Me-
M Medicina fuo maîo fato obrata , fi non profundè obdofmit , faltem ffialè feriatur,
dum corrupta leu derorrâ rationç , pellacibas fenfîbus diftrahitur , & fie cam
trepidanti greliu ad orcum propcrarc obfervamus. Ant. G. k Tftrr. in Hifi-
Je» Ttnnium AmnArtnium chloridifque trinm^he. . •
decin
Smnde Partie. Chàp. XVI. 4^
decin miraculeux. Ces gens entrent chez les malades fans être
mandez 5 ils y promettent tout , ils donnent même leurs remedes
à qui en veut, s’ils n’en peuvent faire de l’argent. Ils ne con¬
tredirent jamais perfonne ,• ils admirent jufques aux fotifes des
gens qui femblent propres à leur manège , accordantmême aux
malades tout ce qùe leur paffîon demande. La poudre Antie-
cliptique de celui dont il eft parlé dans la lettre 35. de Guy
Patin vaut feule toutes les Charlataneries imaginables , &
l’effronterie avec laquelle il foutint le jugement que deux de
fes Confrères firent en fa y mutato nomine àt celui qui
debitoit cette poudre , va au delà de l’imagination. Nous avons
connu deux ou trois de fes Confrères , à la vérité beaucoup
moins Grecs ôc Latins que lui , mais de mêmes mœurs & de mê¬
mes humeurs ; ^
Et cantate fares ét refpondere parMl. , >
de coups frappez fans brtiit , que d’œuvres de Tenebres ,
que de poudres de differentes couleurs , que dœxtraits em¬
ployez à divers ufages. Et au bout du conte nous ne voyons
pas qu’ils foient morts plus riches que ceux qui ont cheminé
plus droit. Mais avant que de venir au détail des plus Charla¬
tans, voyons comment un vieux Docteur en inflruit un jeune ,
les bons avis qu’ils lui donne.
Si m veux. , mon enfant , difoit un vieux Rabi
A fon fils en Docteur nouvellement fourbi y
D^un brave Médecin mériter la louange ,
Et faire en bon terroir une bonne vendangé.
Fais grand bruit i Parle en Maître, avecque tes égaux y
Et f ar un noble orgueil y fçaehant ce que tu vaux y
Mire-toi dans toi-même.y admire ton geme\
toute étude foit de ton eff rit bannie.
Étrei Docteur fufiît fans aller plus avant y
Et quant on le peut être y on nefi que trop fc avant.
Ton application & toute ton étude
Soit a faire en beau lieu quelque utile habitude y
Et pour ne pas commettre en vain ta gravité y
Ni faire raifonner fur ta capacité y
Eaü'toi dans les maifons par quelqu'un introduire ,
^uifçache avec adreffe une intrigue cohduire.
nj ne femme en ce cas mieux qu m autre l'entend - '
N exige rien d abord , c efi le point important.
45^0
^ffd^s de Medecîne,
C'ejl mettre en interet le droit de L'honoraire.
JuJqaau moindre valet prend bien foin de complaire y
Fais bien de l'emprefféi fois fourbe y mais difcret >
Jmprouve hardiment tout ce quun autre a fait >
^ contenter les fots mets toute ta fcienccy
Epuife en leur faveur toute ta patience :
Ce que l'un dit de nous un autre le redit >
Et cefi de-là quon peut efperer du crédit.
Sur tout tache a gagner par intrigues fecretes ,
Nonnains yDames de Court Revotes ^ Coquettes»
Si tu peux une fok mériter leur faveur ,
Te voila dans ton Art > au fouverain bon-heur.
Tour d'autres ne fois pas d'un accès fi facile ,
Fais dire y étant au lit ,que tu cours par la Fille »
pour te donner le bruit d'avoir beaucoup d' employ >
Il ne faut pas fou ffrir qu on te trouve ch e^ toy.
jF un hâbleur rafné prens les belles maniérés \ .
Dis par tout, qu il te faut veiller les nuits entières s
^î^e les jours les plus longs > font pour toy toujours courts %
Et que de tous cotez, on attend ton fe cours ,•
Enfin que la pratique aux autres fouhaitablc v
T e vient contre ton gré y t'importune é" t'accable..
Apres de fi grands mots femez, adroitement y
fofera payer d'un froid remerciment?
Tour faire croire aux gens que ta récolté efi ample »
Et donner d chacun un favorable exemple 5;
^my-quon paye afie^ mal nos peines é' nos foins »
3>is que les facs d'écus te tombent dans les mains y
un torrent de prefens vient chez toy fi répandre »
^^ue-pour quelque vifite on te contraint de prendre.
Cet averti fement entre les bons amis y
Pourra revéiller ceux qui feront endormis r
Fuü foute nouveauté y que F antique croyance »
E' emporte fur les fens ejr fur F expérience ÿ
Sluand meme ta raifon viendrait t'ouvrir les yeux y
M en faut demeurer aux decrets des ayeux »
Tourquoy vouloir fonder après eux la nature y
sa va fie profondeur efi toujours fort obfcure y
Et-cés^auveaux Aébar^ands de fumée ^ de venf»
abufenr de. penfirpmémr pim avant.
49>
Seconde Partie, Chap. XVI.
Jl noué feroit beau 'uotr ^our quelque tête folles
Changer nos fentimens yfenttr toujours l'Ecole ,
Et déventts barbons , avo'ùer [ottement t
^e nous n aurions fas eu k bon discernement 5
nous avons befoin d'aller à d'autres fources ,
^^e l'art a de nos jours trouvé d'autres rejfources ;
Et qu'on feutiCn quittant ces Auteurs de renom %
Apprendre de ceux-ci quelque chofe de bon.
Ces illufifes Sçavans que par tout on reclame ,
JSFous mettent a cou^rt des plaintes é* du blâme $
Et fans nous arrêter aux curieux du temps y
Dont la témérité fait tant de mécontens y
VAphorifme pouffé d'un ton de Pédagogue »
Nous abfout pleinement quand nous fommes en vogue t
De tous peche\^ commis contre les trépaffez >
la terre fouvent ne couvre pas affez.
De mon temps l'habit long nous rêndoit vénérables t
^etqu'un même entre-nous des plus confiderables a
Pro^ofa d'ordonner par de CŸ et Magijîral
^jfon porterait par tout le bonnet DoéÜoral >
Niais aujourd'huy quon tient cet avis ridicule %
,^eies habits trainans ne chargent plus la mule %
Et qu'on les a laijfe^à ces gens de relaisy
^ui vont en balayer la falle du Palais.
Tu peux jouir du droit que te donne la mode ,
Te mettre du bon air fans, que rien t'incommode t.
Et pour te conformer aux plus honnêtes-gens >
Te faire bigarer de points é" de rubans.
Ainfi bien décrafféy tu plairas mieux aux bellp >
Et feras mieux ta cour dans toutes les ruelles y
Ou l'on eflime plus la vejle de brocard ,
^uun difeours chamarré des plus fins mots de I Art.
Qifun cheval pacifique à longue haute échine ,
Porte a pas concertez ta pefante machine i
Pour l'humble cjr baffe mule , H faudroit moins de foin;
Mais tu ne pourrais pas être veu de fi loin.
D'un (jr d'autre côté inclinant dans ta rué ,
Tout le monde fans choix courtoifement falue y
Cefi un fubtil moyen d'être bien-tôt connu ,
Et de ne p^ffer pas pour un nouveau venu.
Qj’i ÿ
S EJJats de Medecine,
Soit pour faire fracas , ou four courre a ton aife ,
Fais toy fulvre en carojfe ou galoper, en chaife^
Deux porteurs k la rue attirent bien des y eux ^
Et le malade au lit > jV» croira tou'jours mieux,
JPorte la drogue en poche & fçache où tu t'adrej/e,
Frend garde quelle [oit donnée avec adrejfe»
Avant quelle s’évente yéfprens bien garde encor y
^^e tu n ailles' pêcher avec l’hameçon d’or.
Pour aller à tes fins cet avis efi k Suivre y
Les , Moines fur ce fait nous apprennent a vivre )
Et puis ne faut-il pas s*accommo-der au temps y
OÙ tu trouves des foux 5 fût fageàleurs dépens.
Verrons- nous tous les jours fans que le Juge en gronde ÿ
Nos fourbes de fecrets infatuer le monde,
Jufquà s’en divervr avecquedâs amis y
Et qu un fi fion trafic ne nous foit pas permis t
il né faut pas , mon fils y par une fotte honte >
Perdre C occafion de bien faire fon compte y
^^muqii on veuille alléguer fur un fi beau defiein^
Efire un peu charlatan y fied bien au Médecin.
Ménage kien le temps qui s’ employé aux 'Vifites ^
Tache que le difcours tourne fur les mérités y
les fuccés,y,joient orne^de mots exquis y
Et tou ours fur l aveu de Ducs (fr de Marquis.
Pour mus faire valoir y mon fils y tout efi de mife y
Surmotre propre fait la lo'ûange efi permife 3.
Et je t’efiimerois le plus fou des humaàm V
Situ ne fçav.ois pas te payer par tes mains,
^ue l’honneur des amis jamais ne tint ere^e 3
a, Imer.ét' blâmer ta conduite paroiffe y
Après les avoir mis jufques deffus l” Ætel y
jy~tin tour ingemeux donne le e&up morteL .
Sur ces fages avis dreffe ta Politique y
La vertu, dans ce,.jHcie efi un bien chimérique %
'Pt fi tu fais àe^ein P attendre fin fecours y
Ta fcience çjl 0,^ croc ,, tu, remperas toujours,
V ï M A n L A I H étoît un. Mécîecin de ce caractère j maïs
ii avoir encore plus qa aucun l’air d’un véritable Empirique ?
Oshumerofque , la taille, la barbe, les difeours, Sc fur tout , les
iecrets tous prefts .fur ies femmes & pour. les filles. On eût dk:
Seconde Pdrtie: Chap.lXVI. ^493
à Tentendre parler, qu’il portoit dans fa poche comrhe l’Ale¬
xandre de Lucien Efculape enfermé dans un œuf. A le voir
fur fon Hypogriphejon l’eût pris pour un Roland, ou un Fer-
ragus , fl l’animal n’eût marché aflez lentement pour le faire
obferver des paflans.
C’eft luy qui s’imaginoit avoir guéri un de fes amis , lequel
feignit d’être malade, pour empêcher qu’il ne fe mit d’un repas
qu’il faifoit préparer, & qu’il vouloir faire incognito ^ avec quel¬
ques femmes. Cet homme, dis-je, pour fe défaire de Vimau-
lain feignit iqu’il étoic tourmenté d’une furieufe colique , & com¬
me Vimaulain luy eût dit qu’il alloit luy envoyer une poudre
qui le gueriroit en bref , il fit femblant de l’avoir prife & de
s’en être fort bien trouvé 3 mais ce qu’il y eût de bon dans la
feinte, eft que le Médecin n’eût pas apperçû l’operation fuppo-
fée de la poudre , qu’il s’écria , Tvi vois-) mon amiiOîi tu- en étois Jl
tout cela te fut demeure dans le corps ^c éîoit fait de toy fans le fecours
de la Medecine. Foild ce que cejl que d'avoir un Médecin ami
éclairé.
Lonp I le jeune eft à peu prés un homme de même caraclcre ,
gros & grand cheval, houffe rouge, chapeau trouffé, manteau
violet, air menaçant, tout d’un vray ThrafonSc d’un jeune fou,
témoins les coups qu’il a donnez , ôc qu’on luy a rendus 5 fur
quoy on peut voir les jettons qu’il donna au public l’an 1687.
fur fes avantures. Au refte plus expeditif en pratique que le
Capitan de la Comedie.
Ef-ee une maladie lah qu^elle ejl attrapées
- Ÿ extermine les maux du vent de mon épée.
P E L O P s ne juroit pas Dieu comme ceux-là dés la porte *
mais il n’alloit pas moins vite, tout Vuleain qu’il étoit, êen’^en
fçavoit pas moins le chemin de la chambre & de la ruelle du
malade. Ce vilain marran faifoit même le devot^quand ce moyen
luy paroiffoit le plus feur : car un jour qu’il avoit envied’entrer
au fervice d’une bonne Princeffe, quoi-qu’il n’eût aucune con-
noiflance auprès d’eîle, il s’avifa de luy faire dire que fi elle
avoit la bonté & le loifir de l’entendre , il venoit luy faire un
récit fort édifiant de la mort d’une Pemoifelk qu’elle regrets
toit beaucoup. On le fait entrer , il débute par la patience
Chrétienne&par la pieté de la de fume ,& prie la PrincelTe de
trouver bon qu’avant d'en venir au récit de la belle fin de cette
bonne fervante de Dieu , il commence par un Ve prsfundis pour
I QLai
494 Effets de Mededni:
le repos de foh àme , & il l’entonne avec tant de ferveur & d’hu,
milité , les genoux en terre , que la PrincelTe touchée de fa dé¬
votion ôc de l’hiftoire qu’il luy fît , le choifit pour fon Médecin
ordinaire. Jugez de-là de quoy Pelops étoit capable , & s’il écoit
un Fir bonpts medendi fcritm ?
En voulez-vous un pitoyable & récréatif , c’eft une manière
d’Efope , fi on le regarde par la taille & par ce qui étoit le plus
à charge à ce pauvre Efclave. Au refte Médecin de Balle ou de
Caën , ce qu’il vous plaira. Comme il afFede fort de fe diftin-
guer, il ne faigne les malades hy en Grec ny en Latin, mais il
a des remedes venus de l’Arabie, de l’Egypte & des montagnes
de la Lune, où ila^de grands commerces par les vifîons de l’A-
ftrologie j il livre dulfi quelqucsfois chance à la nature & à la
maladie , comme un Bridoie de la Medeeine, & hafard au jeu,
ainfi que failbit ce bon Médecin , qui après avoir mis de foir
quantité de recipez dans un fac , lestiroit le matin comme ils
venoient , difant à chaque malade qui les recevoir de fa main,
vrega il -pio che prieZ DUii que VOUS en rencontriez un bon. Au refte véritable mine
U ïamaadi non». fçauroit ny A , ny B , mais qui fçauroit bien boi¬
re , ôc dont on pourroit dire avec affurance.
tœeundi cdices quem non fecere difertum.
Voicy deux hommes qui vont bien plus vite, d’une figure
toute autre que celle d’un petit Efope.
N I A U D e' efl: un Dodeur & un Profefleur , dont les affiches
font feules capables de nous donner une idée de fon génie.
Quant à fon alleure, c’efl: la meme que celle de fa monture.
Stniig. m mnih, Hinc nil non fatagens y gemens ÿ pcrcurrcns
C/imllfan, Subfultans y volitans yfercans y popinuns ,
JPerfriâ^am caperanSy fcubenfque frontem
Securn verbula manfa ,murmurillans
Ægros expeditycnecat vdenter.
^tqmolimfuerut crumenicida
Nunc occifo homine , illo , ^ illo , ^ illo
F uraci exunimet manu crumenas,
11 ue monte plus fa chcre mule depuis qu’elle a perdu»
queuë , crins & oreilles , & voicy comment. Il avoir des fecrcts
pour tous les maux , & fçavoit fort bien les faire valoir.
Secum bona non ruminât circulator
Sed retia tendit fatuis , hiantibufque.
Car il luy f^loit le tout ou partie de ce dont il convenoit avec
Seconde Partie. Chap. XVI. 45 ^
le malade , avant que d’entrer en matière. L^accord étoit fait
avec une vieille credule de la guérir, moyennant certaine fom-
îne dont il touche la moitié d*avance 3 mais il commence la cure
par une pilule fi adivc, que la bonne femme meurt pendant To-
perâtion. Cependant, comme il ne s’attendoit pas à la trouver
fur les tréteaux , il eft non feulement furpris de ce fpcdaclc ,
mais encore de voir que des collateraux qui luy avoient tant
d’obligation ,& qui avoient mal pris l’hiftoire delà convention
èc du remede > luy reprochent fon avarice & Ion ignorance, &
qu apres luy avoir fait rendre l’argent qu’il avoir eferoqué , ils
le conduifent à coups de pieds , jufques dans la cour du logis.
Ce n’eft pas là tout , car un de ces Picrocoles avoir coupé la
queue & les oreilles de la pauvre mule , fur laquelle on le jette
avec précipitation , ôc il he s’apperçoit de eett-e mutilation que
lorfqu’il entend les enfans crier dans les rues au Eemrd, auRe- U Serm».
mrd. Qui ne diroit donc à le bien confiderer que c’^eft luy- mê¬
me qu’un Poète Italien nous figure en la perfonne d’un Dodeur
cherchant pratique , & promenant fa mule SC fa morie de porte
en porte. . •
La muta va t^pfteando e trahendo ^
Dice H magijlro vohis me cammend& .
Non fo iÏQ me nentendo
Ma certe a me pare \che cofiuifia
Coiui che va bandando ha maria..
O lire tant d^affaires de cette nature que îe fort & fa conduite
luy firent , il luy en arriva bien d’autres du côté, de dame chi¬
cane ide forte qu’il n’y a prefques rien de luy > qui ne fbit un^
fujet de Comedie,
Voicy encore du plus fin, une figure de Gafeon toute e^
traordinaire.
Re P o u R T vînt à Paris en vray Ga feon , êc y demeura quel^
que tems fur le pied qui l’y a voir amené. Enfin il s’y fit Dodemr
comme tant d^autres , ce qui fait enrager tant d’honnétesgen^
fut cequi letira d*afFaire& de laniifere.^^/^^/^wj^;» torié;. J wr-
ga Jf£ crevit. Jamais ravancurier Bufeon ne fit tant de cours, ^ ne
trouva tant de moyens pour venirà fes fins, La vigiienee desvalecs
ne fèrvoit de rien quand il avait refolu d’entrer enquelquemai-
fon. Il apprivoifoit le ^iffe le plus Suifle , Ôcfi la porte fe troi^
■^it fermee , il regardoit s’il n’y avoir point: de fenêtres baffes,
Entré qu’il étoit il fe l^foic écouta: dœ malade maliré qu’il
- EJJaii de Medecine,
ۆt,il promettoit tout, &: ne haranguoit pas avec moins de ve-
hemenceScde fuccés pour fes fccrets que le véritable Tabarin.
Il ctoit meme fl liberal des remedes qu’il portoic ou qu’il faifoit
porter par l’Apotiquaire Ton affidé , qu’il en reftoit toûj ours allez
apres la mort du malade , pour en tuer quatre ou cinq autres.
Au rcftc fi reconnoiflant envers le métier qui luy avoir mis le
pain à la main , qu’il eut fouffert le martire pour luy 5 en voici
des marques. Il avoir refolu d’entrer en qualité de Médecin or¬
dinaire dans la maifon d’un Prince, grand Officier de celle du
Roy. On avoir beau le chaffer, il ne manquoit jamais de reve¬
nir le même jour: Car
^uand on obtient ce qu on aime
^^importe , quimfone a quel prix.
Mais les Officiers de la maifon ayant enfin eu ordre de le
faire déferrer , s’aviferent de l’engager a un jeu où un homme
étant monté fur fon dos , deux, autres le ferreront de fi prés ,
iqu’on luy coupa facilement l’éguillctte. V oiçy donc que com«
me il ne peut fe défendre de tendre beau dos pendant le jeu ,
cçluy qui étoit prépofé pour l’exécution , aperit ramum qui vefie
latebat, & luy en donne tout d’un temps jufqu’au fang , le tout
en riant, &comme aux noces du Seigneur de Bâché. La Prin*
ceffe qui regardoit cette Comedie d’une manière de loge , ne
pouvoir s’empêcher de rire avec quelqu’une de fes Damoifellesj
& comme elle ne pût même s’empêcher d’éclater , le Gafeon qui
s’en apperçût en fortant d’affaire , fe tourne vers elle , luy di-
faut tout confolé de l’honneur de fa prefencc. Caâedis ,
dame , leur pardonne la fottife puifqu elle vous plaît , je fuis trS
heureux de vous pouvoir un peu divertir. V d\\2i. comme fepajfaune
Comedie qu on eut pu intituler la Crème fouettée de la Medecine char^
latane é" G ^feonne. Mais ce n’eft pas encore là tout , car tout
fouetté qu’eft le Dodeur ,11 ne perd pas pour cela courage, tant
il abonne envie d’être aux gages de l’Hôtel. 11 fe prefehte donc
quelque temps après pour un voyage de campagne , & comme
on voit qu’il en veut être malgré qu’on en ait , l’Ecuyer non
content de luy donner un fort méchant cheval, luy fourre en¬
core du favon entre la felle &la houffe. Il foufle auffi-tôtd’in-
quietude comme un Aftmatique, & ne peut comprendre dou
luy vient le mal. Ceux qui l’ont caufé le queftîonnent mali-
cieufenjent , 5c s’oftrent à*le foulager , mais il diffimulc ôc patien¬
te le mieux qu il peut , & pendant que ces Officiers rient >fous
Seconde Partie. Chojp. XVI. 497
cape , le temps paffe & l’on arrive au gîce i où la foupe & le vin
racommodenc tout. Cependant comme il fçait qu’il y a un païs
dans les Indes où l’on pafle Médecin à grands coups de foiiec ,
& après d’autres fatigues> il fe croit déjà Médecin de l’Hôtel ,
& c’eft pour cela que les Officiers de leur côté le regardans
comme unincorrigiblc > l’abandonnent à la vallctaille qui emplit
fa botte d*une matière qui luy faute au nez & aux yeux , au mo¬
ment qu’il y mec -le pied. Gn ne fçait s’il fit quelque nouvelle
tentative depuis ce temps-là , ou s’il comprit enfin que c’etoit
en vain qu’il foufFroit le martirc pour une ingrate pratique.
Autre martyr de la Médecine j tant il a fait de chofes pour
parvenir à fes fins.
G I N O M O N T étoit le plus grand flateur , le plus doucereux ,
le plus complaifant, le plus grand' loüangeur & le plus diffimulë
de tous les martyrs de la Medecine Charlatanc. Il ne fe lafloit
jamais dépiloguer fur la fraîcheur du teint , & fur la beauté
& l’elprit des Dames : & Dieu fçait par eonfequent s’il étoit
leur homme ! Cependant ce miferable entêtéj au lieu de jouïr
doucement de ce que la Medecine , la maltôte & là flaterie
lui avoient apporté, & qui lui avoit tant coaté de peines & de
baffelTes, fe fait une affaire d’Etac-^fous prétexte de Religion ,
fans autre raifon que -la vanité & l’ambition d’avoir une place
dans le Martyrologe de Charenton. Après ces exemples de pa¬
tience, qu*on m’allegue les Alapihesde rAntiquité les Chi-
canoùs du Lucien François , qui mettoient les coups à l’enchere.
Au refte , comme il y a des Charlatans fiefez de toutes fortes
de conditions , il y a encore de nos Dodeurs Charlatans de tou¬
tes fortes de métiers , des piqueurs Sc des prêteurs à pofte ou fur
gages , des Marchands , des Courtiers , & même des Üfuriers pu¬
blics 5 mais on ne fçauroit s’imaginer combien grand efi: le fe?-
cours qu’ils tirent des femmes , des meres , des fœurs , des niè¬
ces, des coufines&des corn meres, quand elles ont quelque fça-
voir faire qui leur donne entrée chez les Dames. En effet,
<jui auroit jamais crû qu’on eut pù s’embarquer dans l’exercice
de la Medecine, par la voye de certains petits canots de coton
piqué , où les femmes entrent par la tête s c’eft rîeanmoins ce
qui a fi bien réüffi au Gafepn Cueufa. Car enfin le Gafoon
■if C U c U F A qui n’étoit qu’un mouffe de la Medecine fe voit
dans une caleche , où il vogue à la faveur des Vjoiles & des coëffes
dont fa femme ôw fà fœur joignent le commerce à celuy des au-
Rrr
Voyages de V'meent
le Blanc,
Va^ina ^
* Cuctifà efl: UH
bonnet , coëfîc ou
calotte piquée ,011
j'bû fait tenir entrg
498 EJfah de Mededne.
ticux toiiies des^ u'Qs toîlcs piquécs. C’eft cc qui fit dire un jour à un Médecin
x^cTprurStm- Tefprit un peu Philofophe , &: qui fe lalîoit de lentcn^
perics froides & dre cxagcrer fes pratiques , fes gains , lès meubles & fon beau
hamides du ccr- carofiè avcc unc fotte oftencation. Il ne faut pas s'étonner de tout
ce brillant ipuijque vous êtes nez, co'èjfè vous votre femme.
Finiflbns cet article du Chapitre en faifant nous-meme jullice’
.. su Grand ôc au Politique. Ils nétoient pas à la vérité de ces
Docteurs Charlatans que nous venons de décrire , car on n*a
pas befoin d’artifice quand tout va comme on le fouhaitte. Ils
avaient leur plein, ils étoient recherchez ôc adorez, & les fleu¬
ves de la Charlatanerie fiefée , quoi-que déjà larges de leur tems,
n’avoienc pas encore inondé Paris comme à prclènr. Il eft facile
d’être vertueux quand on n’a point de tentation du coté de la
pauvreté & de Poifiveté. Qudi-qu’il en foit , ils étoient fincercs
& bien éloignez des vilaines maniérés de tous ceux que nous
venons de dépeindre. Quant au Neptune & au Petit-homme,
on n*a qu’à jetter les yeux fur leurs portraits & fur ce que nous
y avons ajoûté en chaque Chapitre de cette fécondé Partie,
pour voir s’ils n’étoien^pas des Dodeurs en Charlatanerie.
Venons à la troifiéme Partie de ce Chapitre j mais après avoir
averti que nous ne prétendons toucher, ni à la dignité du Sa-
cerdoce , ny à celle des Ordres Religieux j n’en voulant qu’à
quelques particuliers qui 5'étant enrôliez en une fi fainte Mili-,
ce, profanent la dignité de leur vocation par un commerce tour
feculier. Perfonne , dit la vérité même., ne peut fe donner ^ deux
mattres y ceik pour cela que les hommes confacrez aux Autels
ne doivent jamais regarder derrière eux , c’eft aflez d’avoir mis
la main à l’œuvre par un vœu /olemnel , pour ne pas penfer à
la retirer , nemo mittens manum ad aratrum (^e. On fe jette dans
un précipice ydii Saint Leon Pape à un Moine Charthaginois qui
fe mêloit d’nn employ fcculier , quand on fort une fois de fon cer-
Msr«l. eaf, %%. ’ & c ejl ainjl qu on perd ce quon pouvait facilement acquérir y
quand m paffe a des chofes qui ne font pas faites pour nom. Tant
de bonne-foy qu’on voudra du côté des Ecclefiafliques 8ides
Religieux, qui fe mêlent de la Medecine, cette bonne-foy les
_ diltinguerâ bien des Charlatans &de ces Médecins qui n’ont
pas la probité , &^larpnrete d intention neceflaires à ceux qui
pratiquent 5 mais l’ignorance , le défaut de caradere , & 1 obli-
gation de s en tenir a leurs vœux, in qua vocatione vocati efis>
les feront tous regarder comme des Charlatans , par les vrais
Seconde Partie, ’K'Wl» 495^
Chrétiens & par les gens de bon fens: Car quelle apparence y
a-t-il qu’un homme attaché aux fondions du Sacerdoce , ou à la
Réglé de fon Patriarche, & qui s’eft fpirituellement mutile
pour le Royaume de Dieu , puiflTe s’appliquer à un Art qui de¬
mande un homme tout entier , & de plus , fçavant & expérimen¬
té ? chpfe fi difficile aux Prêtres & aux Réguliers , que le Dode
Primerofe remarque c^uil na ]ami6 vm de Minijlre Anglais exer- x>
çant la Medecine^ qui ffâf la dixiéme partie de ce qù un Médecin
e fi obligé de ff avoir. Auffi pourrions-nous affürer que nous n’a¬
vons jamais veu ni Prêtre, ni Théologien, ni Religieux , qui
ne parlât de la Médecine en véritable novice, Toit dans la chai¬
re , foit dans la converfation familière. Tout ce qu’ils allè¬
guent n’efi: que pièces rapportées tirées de quelques bouquins ,
ôepour l’ordinaire fort mal placées. . Jugez donc à plus forte rai-
fon.ce qu’on en doit attendre , sÜls veulent mettre ces maté¬
riaux en pratique , Papplication d’un remede étant^bien d’une
âutre confequence que l’application d’une. autorité éc d’un paf-
fage. On m’objedera. peut-être qu’on permettoit aux Prêtres
réxercice delà Medecine dans la primitive Eglife , & que le.s
Religieux la font encore à prefent chez les Infîdelles. & chez
•les Fidellés despaïs Orientaux 5 mais qui ne fçait que c’eft la
neeeffitéqui a autorifé cette pratiquCj 6c que faute de Médecins ,
gradués ôc Laïques , on fouffroir que des hommes prépofez pour
la confolation des malades , leur donnaflent quelques confeils
pendant leurs infirmitez , parce que la plupart des Médecins
étoient alors Juifs ou Payons, De plus , il faut que l’on fçache
que ces Prêtres 6c ces Religieux entroient dans la Medecine
par la porte de la Philofophie, par les Langues fçavantes^ ôcpar
une méthode raifonnée 5 Exercice qui les difpenfoit de quel-
ques-uDs de leurs devoirs Réguliers. Ils fçavoient comme on
parle dans l’Ecole par les caufes , ôc non pas par cette expérience
que le grand Hipocrate , populaire fmple é’ ptrilleufe : c’efl:
ainfi que tous ceux que nous avons marquez dans nôtre hiftôire
Chronologique , avoient appris la Medecine , la plupart avant
que d’être dans les Ordres Sacrez, ou dans les Monafteres : car
quant à ceux qui ne fçavoient que la Théorie, ils ne vifitoient
les malades en qualité de Médecins , que quand il ne s’en
trouvoit point déplus expérimentez. Et c’eft de cette maniéré,
-pour venir à nôtre tems , que les Prêtres & les Religieux font la
Médecine aux Indes , oii le Pape Gregoirç JC I I L permit aux
Rrr ij
joo Effdts de Medecme.
Pcres Jefuites de l’exercer, ce qu’ils fonc avec difcretion. Pre¬
mièrement} dit la Bulle de ce Pape.} citra a^dujlionem , niais com¬
bien voyons-nous de Prêtres en France employer le fer & le feu,
& pis que cela } des remedes chymiques , qui font fouvent plus
actifs que le fer & le feu ? Secondement , Medicma pritis , tels
que peuvent être des Jefuites } qui font ordinairemtcnt Philofo-
phes } gens d’érudition > d’efprit & d’application : car quant à
leurs Freres } ils les refervent pour la préparation & exhibition,
des remedes , ôc pour les- operations de la Chirurgie. En troi-
Eéme lieu } in ngionihm Medkorum pnurià labormtibu4 ^ ^ quan-
do Medici fæculares haberi non pojfunt ÿ voila comme: on en iifoit
du .temps des premiers Cbrétiens.. En quatrième lieu, cum f»^
periorum 'permfffu. Ah h le pauvre Supérieur de tant de Moines
Mandians a voit le pouvoir àcs Supérieurs des Peres Jefuites,
§£ s’il pouvoir s’empêciier deceder au torrent d’un homme in¬
quiet , & prévenu de l’opinion qu’il a de" fon fçavoir faire , &
dont il appréhendé Pofiveté, il le gard^rok bien de foiifFrirce
qu’il fouffre, qupi-qu’il femble le faire crainte de pis. Auffi la
jpuîle du Pape. Grégoire } iraitte-telle cette permiCion même
qu’elle accorde aux Peres- Jefuites de. Tolérance y mitrc\ncr
que ces Peter ont la diferetion de n’exercer jamais la Medcci-
îic en Europe}. & que ni les Prêtres ni les Religieux ne
doivent mêler que dans une neceffité prelTente. En effet } ne
voyons-nous pas que Marçile Ficin} tout habile Prêtre quit
etoic } n’a jamais- été bon Praticien. Turifan étoit plus habile,
jel’avouë , quoi-que malheureux dans îapratique 5 mais dés qu’il
eût pris l’habit de Chartreux -} il ne penfa plus.quà fa Réglé,
laiffant la conduite des malades de fon Monaflere aux Mede>-
cins feculiers. Raimond-Lulle même n’a jamais été qq’un fore
malheureux Pratieiem .
^\grAm-‘ Luüium igo m'ut i doBumquC probumque fuijfe
mftf. ÿifg:, ij.. lllim infelix praxû at omnk eraU •
^ A R Kl A' s Mi O N T A N U S , cet homme fi connu dés Sçavansv
«oit Prêtre comme ceux-là } &avoit erifeigné publiquement la
Chirurgie^; mais comme il ne. croyait pâs pouvoir fCrvir au
monde & a Dieu;, il abandonna l’exercke de cet Art. Le fa¬
meux Monfieur Stenon efi: une belle leçon aux Prêtres & aux
Religieux qui fe melent de la Medecine ; car ce fçavant tc
pieux perfonnage n eut pas fi-cot mis le pied dans la vigne dtr
Sejgneur v 5c ^ur ainfi dire iamain à la charrue , qu’il ne regar.d2-
Seconde Vdrtie, Chap, XVÎ. joit
plus derrière Iny j & qu’il ne voulut plus mêmecfitendre parier
Je maladies corporelles , de choies naturelles j ni de curiofitez ,
pour ne point parler de tant d’autres qui ne firent la Médecine
que uf<^ue /tâ tiras , jufques aux Auteis cxclufivement ,• mais
quoi qu’il en foit , quelle comparaifonj je vous prie, de tant de
petits Prêtres & de petits Moines ignorans qui exercent haute¬
ment laMedecine avec ces grands Perfonnages des fiecles paf-
fez, ôc avec nos Miffionnaires des Indes, eux qui n’entendent
pas même le Latin qu’ils jargonnent? Qtiant aux Chanoines de
paris qu’on pourroit encore mettre en avarit, outre que c’étoic
bien autre chofe que de petits Çapellans , iis ne faifoient la Mé¬
decine qu’aux pauvres du grand Hôpital , in nofdcomio , encore
en abandonnèrent -ils l’exercice quand il fc trouva afîez de Mé¬
decins Laïques pour leur être ftibfticuez ; Et quant aux Eccîc-
hartiques qui ont fervi nos Rois en qualité de: Médecins, c’é-
toit des gradués en des Facilitez célébrés , qui avoient des dif-
penfes des Papes , & d’autant plus juftes ôc plus feures qu’elles
n’étoient pas obtenues Fur de faux expofez,. & fur des.capaci-
tées chimériques, donc les fuppliques font ordinairement char¬
gées. Ces Médecins étoient tous frappez au coin, de ces Moi¬
nes Médecins , dont Caffiodore parle fi avantageufement , gens
de iiterature , qui avoient appris la vcritable Medecine avec ap¬
plication , & qui ne l’exerçoient encore que dans leufrs Commu-
nautez , ou pour les Souverains avec difpenfe. Car enfin quoi¬
que la Medecine, foit comme noos l’avons cy- devant remarqué>
une pieté , PEglife a toujours fait quelque difficulté d’en per¬
mettre l’exercice aux Miniftres des Autels fans necefficé j e*efl:
pour cela que Marcirius fc jugeant indigne du Diaconat , parce
qu’il âvoit fait la Medecine , refufe humblement de preudré cec
Ordre. Le Pape Silveftre II. n’étant encore que Gerbert Evê¬
que de Raven ne , étoit fçavant dans la Medecine > mais comme
il le marque dans une de fes Epîtres àuu Anonime, il ne s’efl
jamais voulu engager à kf radquer» Alexandre Pape llî. défend
aux Religieux de forcir- de leurs Cloîtres- pour étudier en Me¬
decine. Honoré III. étend la défenfe jufqu^aux Ecclefiatli-
ques non Religieux , les deelarant excommuniez ipjh ^
contreviennent à fes Ordannances. L’Eglife Grecque n’en- a
jamais permis l’exercice ni aux Prêtres , ni aux Diacres Moines,
parce , dit un de fes Patriarches, ce feroÎÉ une chofe fcnndaleufe
voir des hommes revêtue d'htéits Sacerdotaux ^ accoiimme^ a
Rrriq
lie divinh nemini-’
im
Decret.
quefih» Z,
Sezmeft. th Sifiof.
Gerherti Epi fi. i ya,
V. Pelag. aâ
ttniverfô-$ Ivalisu
Epifeop. Tom. x.
ép xj. Candt. ^ 9.
Qitnen. Cmàl- Là-
ter. & é, CmsiL
Rheme-fiC,
Zuc. PatrUrch-
Conjiantincplit. in
'Rejponf. f. IJ. /. 3.
^uris GrAce-Roman.
In refponf, h alfa-
n>Bn. inurrogaf .Xi,.
* Habcntes .locu-
los.
J. B Condrench. de
Chrifi medend. ra¬
tion. eap. tj. lih. i,
J 0 2 ElJah de Adedecme
mdmerles chofes Sacrées , reprendre V habit: feculier ér commercer avec
des Laques , tels que [ont les Médecins : car qmuqu on définip U
Medecine i Art de conferver la fantéi elle ne parvient pas tow^oursa
cette fin. D'autre part il ne jl pas raifonnable que le Prêtre -y le DU,
cre^ni le Clerc , pajfent d*un Mimfiere[âr& kreprochable , à un Etat
aujji incertain y & a une Frofejfion aujji perilleufe que fi U Médecine.
Qi^e diroient donc les grands perfonnages- que nous avons allé¬
guez ci-devant, s’ils voyoient des Freres ignorans & des Prêtres,
qui ne font guercs f>lus Içavans que des Freres , donner desre-
niedes pour des maladies dont les plus éclairez Médecins ne
font fouvent qu’entrevoir les caufes 5 pour des malades abfens
dont ils n’apprennent lès indifpofitions que fur le rapporç
d’un vallée ou d’une fervante , & fur l’infpedioh d’une urine
corrompue par le temps & le féjour ? Que diroient-ils s’ils les
voyoient traiter des maladies honteufes , entendre des récits 8c
confiderer des objets encore plus honteux , & enfin s’ils les
voyoient donner des remedes, dont la dofe, pour peu qu’elleex-
cede , met le malade en péril de mort , li elle ne le tuë efFedi-
vement, comme irl arrive tous les jours ? Si, dis-je, l’Eglife Latine
ôc la Greque ont enfin jugé à propos d’interdire l’exercice de la
Medecine aux Moines, & aux Prêtres mêmes qui favoient ap-
prife par les principes dans les Ecoles, & qui avoiènt caradere
pour la faire , dés-lors qu’il y eut allez de Médecins Laïques ?
Que peut on penfér de tant de Prêtres & de Religieux fans étu¬
de ôc fans Caradere, qui font un commerce qui leur eft défen¬
du , & un Métier * d’une P_rofefïîori qu’en tout cas ils font
obligez d’exercer ? Car fuppofé même qu’il fe foit trouve
quelques hommes qui ayent appris cette fcience par leur appli¬
cation par la force de leur genie, fans tradition ni demonfîra-
• tion, outre que cela eft fort rare , li on en veut tirer quelque
confequence , voila la porte ouverte à tous les abus. Il n’y aura
plus qu’à faire le fçâvant , le bel efprit , êc à fe dire l^heologien,
Jurifconfulte , Médecin j & tout ce qu’on voudra. Il ne .faudra
plus parler ni de principes , ni de méthode , ni d’üuiverfitez » ni
d’experiences 5 & parce qu’on fera fervir la charité de prétexte,
il n’y aura qu’à dire hardiment fon ayis des cas de*confcience,
des points de Droit & des maladies , licet fi iubet : Car pour ne
rien oublier fur cette matière , qui ne voit clairement que quant
aux difpenfes dont nous avons parlé ci-devant, elles ne foQt
données ad faciendos fruclus 3 mais que ces fruits -loin d’être
Seconde Partie. Chap. XVI. J03
pour le public, ne fonc.que pour les parciciüiers qui obtiennent
ces dirpenfes , & pour les Commnnautez qui y prennent part ?
G’eft pour cela que les fages Supérieurs des Gommunautez
délintereiïées , ne perniettent jamais à leurs Religieux de faire
une Profemon qui ne leur convient nullement, & qu’ils défen¬
dent même à ceux qui ont quelque talent efFedif & utile au pu¬
blic, de s’en (ervir quand il fe trouve des feculiers capables d’e¬
xercer ces œuvres de charité. Exemples notables. On lit dans
les decretales qu’un Moine ayant ouvert une efquinancie à une
femme qui en mourut, on forma cette queftion , s’il devoit paf-
fer pour difculpé, attendu qu’il avoir fait cette operation par
un motif de charitéi &on répond que quelque habile que Toit le
Moine, &de quelque efprit qu'il puiffe avoir été porté à cette
adion , il doit en faire facisfadion à l’Eglife , ôc que s^il refLife
de la faire , on le doit fufpéndre a divînis. Un Religieux de
Flâviac avoir appris la Medécine avant que d’entrer dans, la
Religion , & s’y étolt rendu fort habile par l’exercice qu’il en
avoit fait dans le monde. Son Abbé qui avoir fes veuës ôcqui
ctoit plus grand politique que grand cenobite , le veut obliger
à en reprendre l’exercice en faveur de quelques Laïques , ^ de
fervir non k Dim , mais au monde , k des Profanes^ k des Publicains
k des Excommunie^ Le Relig eux en fait quelque difficulté, &
confulte cependant Saint Bernard Abbé de Clervâux , & le
Saint prend le parti du Religieux contre fon Abbé, Ce grand
perfoanage va bien plus avant , défendant à fes. Religieux la
fréquentation d’un Médecin ami du Monaftere , de crainte qu’il
ne prenne envie à fes Moines d’apprendre la Médecine, & de
la faire enfuite par un efprit d’illufion. Autre induction & bien
plus nouvelle , puifqu’elle eft de nôtre temps, & que nous en
pouvons dire quod vidimus tejlamur. Un Religieux des plus ha¬
biles à remettre les os déboëtez & les fraëfurcs , rendoit cet offi¬
ce de charité avec difpenfe ôcpermiffion de fes Supérieurs , aux
environs d’une Abbaye de l’Ordre de Saint Benoît, éloignée
de Chirurgiens , fituée entre le Blefois & la Touraine , fans di-
ftindion d’âges , ni de fexe , ni de quali tez. Mais le bon pere
homme fimple& véritable Religieux , ayant déjà fervi dediver-
tiiïencnt fans s’en appercevoirà des femmes qui venoient faire
les bêtes épaulées, fon Prieur en eft averti ,& balançant aitre
la charité qu’on doit au public, & celle qu’il doit à fon Ordres
a fes Religieux > il apprend enfin que quelques étourdies avoient
"BernArd. Bpifi. Cj.
éi'ôZ, ad Flavm-
mm.
50^ EJJah de Médecine.
apporté à la fôrtie d’un grand repas, des membres bien fains ^
bien fitnez au bon Pere , pour être remis en leur place j èc qu’j,
prés avoir dit des folies à l’Operateur fur l’operation , elles en
avoicnt ri à fon nez, & s’étoiènc enfuies. Je laide à penfer ficg
Supérieur envoya le pauvre Pere renoüenr fi loin , que non feu,
Icment il n’eft jamais retourné en cette Abbaye 3 mais encore
qu’il ne luy a pas été permis de remettre ni bras ni jambes. En
vérité fi tous les Monafteres étoient rentez comme celui-là, ou
fi les Supérieurs de ceux qui ne le font pas s’abandonnoient un
^ui peu à la prudence, on ne verroit pas de pareils defordres 5 on
ne verroit pas des Réguliers interroger des femmes ni les tou¬
cher d’une maniéré qui ne paroît pas, trop régulière, ni fe pro¬
duire dans des Hôpitaux & dans d’autres lieux , d’ou après
être fortis avec confufion, ils fervent encore de divertiffement
aux libertins. Il n’y a donc de tous les. Religieux que les Freres
dedà Charité , parmi les hommes qui ne foyent pas furpeds
d’intérêt & de vanité dans cet exercice : car outre que ces bons
Religieux ne donnent jamais de remedes aux malades hors les
cas de necefîlté, 8c fans l’ordre du Médecin ou du Chirurgien,
ils ne pofiedent rien en particulier , fe confacrans par un vœu
foiemnél, 8c qu’on peut appeler héroïque, au foin des hommes
malades , laiffànt les femmes aux Religieufcs Horpitalieres ,
autre efpece d’heroïnes du Chriftianifme. Ainfi quant à ceux
qui prennent de l’argent , ou des prefens , voici leur leçon en
particulier, après leur avoir fait voir les Freres de la Charité
pour le general. Un certain Frere Jufte qui fe méloit de la Mc-
evegù^Mh. decine Pharmaceutique dm temps de Saint Grégoire, avoit ca.
%. <. ché trois écus d’or dans dés drogues > on rie fçait- pourquoy 3
mais on fçait qü’en ayant été convaincu, quoi-qu’ il en eût té-
. moigné un grand repentir en mourant , il ne pût obtenir la grâ¬
ce d’être enfeveli avec les Freres du Monaftere 5 qu’il fut en¬
terré par l’ordre. de Saint Grégoire dans un fumier , ôc que
pour donner à toute la Communauté un exemple formidable
ce Saint obligea tous les Freres de dire en jettant les trois écus
fur fa folîé , fecuniâ tua tihi fit in ferditionem. Bien plus , nous
apprenons que Saint Damien ayant accepté deux œufs d'une
Dame nommée Palladia, qu’il avoir guerie,ôc qui l’avoitprie
infiamment de recevoir ce petit prefent , la chofe étant venue
chrifiia». à la Gonnoiflancç dc Saint Cofme, non feulement il l’en reprit
lèverement > mais encore il défendit qu’on l’en feveljc avec ce
prétendu
Seconde Partie, Chap. XVÎ. 50Ï
prétendu mercenaire , exemple que Saint Grégoire pourroic
bien avoir fuivi dans lafFaire du Frere jufte. Mais hélas que
hs gens de ce temps-là étoient bonnes gens , ô: que ceux: du
nôtre font raffinez en comparaifon i car ce n’eft pas tout que de
prendre de l’argent , ou des chufes qui accommodent le Reli¬
gieux ou la Gommunauté j on court la Ville , on bac la calabre*
on paffe les monts & les mers, croyez- vous que ce (bit pour faire
quelque converfîon, un Profelyte» ou pour accomplir quelque
voeu l Ce n’eft pas cela , c’eft pour éprouver quelque r^mede ,
pour découvrir quelque fecret, pour fervir une grande Dame
ou un grand Seigneur qui en f^auront gré , & même pour en¬
trer dans quelque Cour, fi on peut j fans penfer combien fair
des Cours efi: dangereux au corps bc à l’ame d un Religieux ,
témoins ces deux Auguftins dont nous avons rapporté THiftoi-
re ci-devant , & qui devroic faire trembler les Moines qui met¬
tent en ces occaôons le tout pour le tout , fans en prévoir les
çonfcquences. Voila l’exercice de quelques uns de nos Méde¬
cins de longue robe J & qui dans le vray font fi peu habiles ,
qu’un honnête-homme demandant un jour finceremenc à un
Religieux , ce qu’il penfoit d’un des Peres de fon Convent qui
étoit alors à la mode, il iuy xé^ondh ,Je croy que ie fre a part ,
m verroit que notre Pere en femroif bemcoup moins y que le moindre
Parafer de boutique. Cependant fi on en croit un de nos Poçtes,
Le bon GiSa fe n^end che^h Fmre Didace %
Frere Alain a cent fois trompé la populace ^
Et s^ejl fi finement infif’uit dam (on Métier y
il fçait tirer de F or de fa poudre d'acier.
Le Frere Falentin a de la quintefeemC i ^
guérit de tous maux ,ymème de Fimpui^ame ^
Fl en fait beaucoup plus que Braiérni Faliot y
Bt le plus habile homme apres luy n'efi qtF un (ot.
En vérité c’efl: un plaifir de voir la jaloufie qui régné entre
ces bons Freres , tout comme entre les feculiers : car loin de rire
entr’eux de la fottife du peuple, les manches larges font ja-
loufes des étroites. De plus les noires, les blanches, les tanées
ne peuvent s’entre-foufFrir,Ôc foufirrcnt encore moins les grîfes,
celles- cy mêmes ayant du mépris les unes pour les autres. Car
ne fçaic-on pas que l’étroite eft tout- à-fait défolée parla lar-
p , & quel pendant que Barbe-piecc eft aufilet , Sàns-barbe &
^ns pièce , jouit non feulement de tons lea avantages du Rouiîîn*
jo€ Effais de Médecine,
mais encore de ceux de rAfne de l’Apologue, En un mot, le
petit gris n’efl: plus à la mode, & ce qu’on regardok autresfois
comme un Raphaël , n’eft plus qu’un Ange déchu de la grâce
de la nouveauté., Lucifer mutatus in carhnem. En eiBFec , fi Ton
en croit le public & le bruit commun Sans-Barbe & Sans-piece^
eft bien un autre Médecin & un autre Sauveur que Barbe picce,
X’u n n’eft qu un Prere Simplicien , l’autre eft un véritable Pere
aux autres , grand , gros , gras, frais , découplé, bien vêtu j,qui z
l’attache des Dames, & plus que eelà , fondé en une manierede
révélation quand on le eonfulte, & voila comment. On intro¬
duit premièrement dans la boutique du Pere Efculape , celuy
qui le vient confulter , quand il a des lettrés de créance quî
éqnipollent à lettres de change. On l’interroge & on l’écoutç
/attentivement , enfuite l’Efcuiape gris ayant ordonné à un de
ies Elevés de luy aveindre certaine boëtc , il la pofe fort penfif
& avec quelques ceremonies fur ia table ou comptoir de l’Offi¬
cine. Cela; fait POracle rêve encore plus profondément de¬
mande, après être revenu de fa rêverie , certaine phioHe qui ne
fe trouve pas fî'tôt. Enfin il fe jette fur un Prié-Dieu, il y mé¬
dite quelques mpmens , & fe relève d\in air d’éxtafic , Ôc com¬
me un Numa qui vient de parlera fon Egerie , difant d’un ton
d’infpiré , qu’il aura fans douté encore befoin d’ime telle pou-
-dre, que EElévc -cherche fort diligemment. Je laifte apenler fi
après ce mylfeçe s celuy qui yiçnt de confulter PO racle man¬
que à faire un fîdelle rapport de ce qu’ila veu , & fi toutes ces
mommeries ne donnent pas du relief aux- remcdes êc a la con-
fuîtationXn effet, fi fon en croit. fesParci fans de Pun & de Pautre
fexe, & ftl’on prend garde a ce qui fe pafiTe ehe2t les malades?»
seft uné fois impatronifév ; -
,^el(^ue chofe qu ün en demandé ^ , r
Le beau Pere n ignore rien
Jl en fçah f turque GaUcfr.
■ ^rés dune pref ancef grande P
- Bipocrafe def ^dun aifomr
Le par fout ou femme commande P
efl le maître en la mai fon,, -
Car quî penfe-voiis qui a donné commenceoaeiït a ffi: rep#"
îationf •
figure firanec^ .
; ^ne, rnàchme rècoüéep ;
Seconde Pmîe. Chap.. XVI. jo/
. ■ ■ ' grondeufc que lu mer , ^ •
N'ejl à Lu Suint Murtin à'hyver.
Ce n’eft pas grand chofc à la vérité que cette patrone* mais
tels font les* commencemens des plus grands progrès-: car enfin
il s’efi: tant acquis d’autorité pendant quelque temps , qu il n’y
avoit pas d’appel de fes ordonnances , & qu’il en faloit paffer
par où il vouloir. On raconte à ce propos que comme il fe trou¬
ve aflez fouvent des femmes qui ont quelques indifpofitions, des
Hypocondres dont il faut s’alTurer par le tact ; il leur fignifie ventt.
d’abord d’un ton magiftral , qu’elles ^cntùfe mettre etrforme i &
que fi elles témoignent quelque pudeur , il met du tabac fur fa
niain, ôc l’envoyant de {on fouffle au vent, il leur dit, me fou-
de de vos 'ventres comme de celu. En vôtre avis, n’ell-ce pas là un
véritable foldat Chrétien ? quel Paladin de la chafletd qui pafle
fur le ventre de tels ennemis , & qui fait ferme en des occafions,
où les Jeromes ôc les Hilarions , quitteroient la lance ôc le bou¬
clier pouf prendre la fuïte ? Mais quelqu’un voudroit-il {Ravoir
comment ce Panurge de nôtre temps fit l’Ariglois Quinaut ?
Celui-cy fut affez (impie pour abandonner L. piiloles à fa dif-
cretion, à condition qu’il le gueriroit dans quinze jours d’un
dévoyement caufé par une confomptioii de deux ans i mai^
comme les trois prifes d’Opiate qu’il luy donna pour tout renie- .
de ne luy fervirent dè rien , & qu’il vit bien qu’il fe mourôit ,
il fit revendiquer fon argent par l’Envoyé d’Angleterre. Que
répond à cela le Pere: Qi^on ne luy échaufe pas » dit- il, davan¬
tage la tête de cet affaire , puifque le remede qu’il a donné au
malade eft fi préciepx, qu'il luy en faudroit fix fois: autant qu’il
en a reçu- On va donc droit au Supérieur du Convent, 6c ce
Supérieur répond froidement, j que telles afïàires font chofes
externes 5 6c on luy demande , Mon Fere > fi un de vos Religieux
uvoit fuit quelque chofe mal ù propos hors du Couvent^ vous difpenfe-
rlez,-vous a en connoitre ^ parce que ce font chofes externes'^, ^oi'-
quil en fait y il s agit icy d'une piperie faite dans le Convent même y
ér après. une fiipulation verhalle ^ de honne-foy ÿ croyez-moj laijfons
la tous ces faux fuyans y rende z-nous l'argent y au moins en partie y
que mus ne foyons pas^ ohliges^a en faire bruit y ^ nous con fendrons
que te refie foit cenfe avoir fuit ProfeJJlon incapable de rentrer
dans le. commerce du mondes comme defiiné, à des ufages Saints y.^ non
profhanes. Mais quoi. que le Banquier, Ôçle Supérieur pûffent dire
êc faire, le Perc Medccia a’cii. rendit que treize piftoles , les
■ - Sffij.
5q8 Ejjais de Médecine,
trencç-fept âutrcs dctaeurans pour la nourriture & entretien des
Frères de N. S. J. Chrift. Si l’Ang^lois eût été auffi grand Clerc
que cèluy de rOriginal, il n’eût pas eonûgné les cinquante pi.
ftoles en de telles mains , &ne feroit pas demeuré plus Quinaut
que celuy qui ne perdit que des figncs & des gefticulations , dans
la célébré difpute qu’il eut avec Panurge , puifqu’il y kifla la
bource H la vie.
Que ne peut-on point encore penfer des 40. écus qu’il reçut
derintendjantde M Commandant de la première Conipa-
gnie des Moufquetaires , pour traiter un domeftiquede ce Com-^
mandant ; parce 7 difoit-d, qu’il faloit commencer par lacEapt
des medicamens de grand prix > Gonvention dont il ne voulut
pas tomber d’accord , quand on le fomma de rexecuter ou de
rendre Fargent. Il eft vrai que rintcndant piqué de cette perfi¬
die & du peu de fatisfadion qu’^il eut de Ton Supérieur , de trai¬
ra d’aune, étrange manière , mais ne s’écoit-il pas attiré ce trar-
tement î Xe Sculpteur de la rue du Scpulchre fauxbourg faim
<dermain u’en fut pas quitte à fi bon marché : car quoi qu’if
eût promis de le guérir en bref d’une douleur de côtéV il y
iaifla corps & biens.
Voicy du Thrafon un Confeiller de Châîons ,qm sdmagi-
noit avoir la pierre , & qui prit pour en guérir une poudre
-d un. Fxere Martinet qui n’étoit encore quc.Gkarlatan dePro^
■vincej mais qui pourra enfin avoir une place dans la troupe
& fur le theatfe de Paris. Ce Confeiller , dis- je , voyant que
Ja poudrei’avoit mis en un état fi pitoyable , que le Frere quî
h lui a voit fait prendre , a voie pris la fuite ^ fut confeillé
d’avoir recours au fameux Sans -barbe & Sans- pièce de
paris , & de fiibUituer ce Médecin gris au Minime qui Ikyoît
ü maltraité. Il addrefie donc pout cet effet une lettre inftru-
-diyc & use phioic pleine de ion urine à un Médecin de foo
pars qui étoit. alors à Paris pour affaires , le priant de faire voir
le tout au bon Pere & d’en ccmferer avec lui» Mais eommena
cr<^e2.-yoas. qu’il reçut une lettre ou il n’y avoit rien d’eff€>
élif a fon gré , ni : qui briliât à fa vue. Aile^^ lui dit-il ,
moqm^de mo^ , de demander mes avis four des Juges de vil-
^ fssoi qui ne vois que des .Confeillers de Cours Jouveraines if
des Ir^aisres des Requêtes ï ApfreneJ^ ^e je ne juis que f aur df tels
Jtdagijlrats y four des TSta^xdes iRîarétbduse de France , des J^rif"’
m Fvê<pes^- A quQXa ajoêta, romane* îaffettre, 'qu’il
Seconde Partie, Cha|). ^XVI. ^05
daigna pas lire : ^ouj voyez» comme je reçois de telles lettres , ^
les Médecins qui les apportent. Après cela & après mille incârtar
des de cette nature , tant -d’inlblences faites a des perfonnes
de qualité j tant de prognoftics faux, gede temeriteîz-, pcut-Dii
douter qu’on nefe lalTe' enfin d;ua tel rDrogui{ic.& de fesdro^*
gués , ôi qu on ne traite ce Sans-barbe & Sansîpiecei y comme
on traita ces deux Barbe-picces venus de Syrie , qu’on reri^
voya de Paris en Province il y a quelques années ?
AUX A U T R E S, dit celui quitraita les;Moines de S. . . . i
félon leur mérité. ] e dis pareillement : Aux ; antres. U n bon
|TT~ ayant purgé au mois dlAoûtpdernièr
Prere . un malade avec un remede arfênicai , cç
pauvre homme en fut fi tourmente jufqu’à la mort > que criant
continuellement qu’il etoit empoifonne , & qu’ii femouroit , le
Frere s’avifa, pour faire cefTer le feandale , & pour appaifer la
dbuleu r , d*u n remede le plu s ca rmi na tif du monde , ce n’ etoit
que cinq ou fix coups de poignard a* la Cefarine , pour quoi il
apofta des aflaffins,qui n’eurert pas la cruauté d’executerce
qu’ils lui promirent , mais qui ne laiflerent pas de prendre fon
argent. La plainte en ayant' ete portée au CommiUkre fur la
déclaration d’un de ces honnêtes-hommes y qui pœmtentiâ. du-
Üus i tamen argenteos ^ non -retulerat. Et le Pere^ Supérieur- -ou
-, . , I - 1 ^ 1 I a\ant été affignè pour reprefenter
Prieur des j _ | | _ j le Frere fugitif , l affaire fut acco-
modèe moyenant vingt louis d’or Cependant le pauvre malade
ayant etè obligé de taire fon teftament , je laide penfer , s*il
penfa aux Peres du vieux Teftament Ce qifil yad^dmirable
dans tous ces Médecins de robes noires , blanches & ra¬
inées, c’efi: qu’ils nourriflent de grandes familles < pendant que
les petites familles des Medeetns de robe courte meurent de
faim tant ces robes de toutes coulcurs^ reffemblent au plailânt
d’un Prince , -qu*un certain Critique regardoit comme vSn fat,
magro^ houfine^^ mkis qav -fut declare-d’âutane plus'^hablle par Ftrmtm.fit}
-fon Patron, qts^il vivoïc d’un métier ,lài & fa famiilci qu’il' ne
fçâvoit pasi -C^olqu’4 foit y allons un pda'ptus^avancj^ve*
ïions au fcdi(fo1^^:& voyons fi ées^M Regüîie^ font leur
R.egk,ô|^ls font en lei^ccntré^ dans foschàmbres^& dans les
ruelles de cenains malades. Cave ^rjteine, Ckff imf-fàîût Mar^b - ‘
qui ne leâraddreliep^Ihi^ns fo parafe, qh^ quàiîdifl^aU^àtKï -
^^ecm lÉhàiécla^ît dahiFâifw^^ Phnisgarde y
sn üj
I O ' ^jjats \ de Medecîne,
Vrjicin , de te ferdre enfin toi-méme offris avoir fauve tes malades.
En effet je demande à ces Séraphiques , à ces efprits fuperieurs,
qui prétendent avoir quitté le monde , fi le grand monde , fi cet
air du monde qu’ils ne lajffent pas de yenir encore quelquefois
retirer fi- doucement > tout ce qu’on appelle le bel air , n’eft
pas- plus Pair du Prince du monde ï que l’air de là retraite &
du fiience qu’ils ont époufé en quittant le mondé ? Je demande
à ces Anges dé nôtre fiecle s’ils feront plus refoliis Sc plusfer-
rudes ïucs quand ils feront livrez i à Satan pour, être criblez comm|le
& incomptae ht- bon grâin , s’ils feront s dis-je plus fermes , que ces enfans de
tenir contre leSf filles des hommes en un
^ lems oh elles n’avoient pas encore penfé à fe décraffer ? Saint
Jerome n’eft tourmenté des femmes qu’en vifion & en dormant ,
cependant ne diriez-vous pas à le voir s’en plaindre j que e*eft
un Job qui s*écrie Et après cela nos Anges hom¬
mes au fends ;^içs comme ceux d’Enoch pu de là Qenefeyfe
trouverpntïvolanûers' en- dcsm^ll^sfe à dey de fem¬
mes lavées , parfumées & parées comme dés AucelSé Eft-çe à
ces Autels la qu’on s’eil: fi folennellement confacré î ,
|a^:;peres &,;freres ,;^ee (ont çcs; Autels
qu’ibne vous eft permis: de quitter: qüe-pour yous reGonéiliér
avec fVÔtrejfeere, Cji'ue part qu’au piêd
de: ces Aufelsrlà > vous êtes hprs.:.de vôtre fphere. On a feau
dire que CCS Dames: qu’on va yifiter V font des maladès qit’on
l?cut fecourir j çes malades , fi malades fpnr , ne font pas toû-
jours -il défigurez nrfî fpiblesjqu^ls ne triomphent quelquefois
de^là forcé:. des plus réfeluSi, iTouc depuis la tête jufqucs aux
pieds en eft, meurtri^, ï^’en ouvré les-yeux auprès dmlless
pn eft. en- btutCtaux traits ^un bel Geil.:i'/» uno i^u oéuUvuîne^
rafii._ Il ne faut qu’un de qes çélairSippur^ gâter ja yuë
Me.no df ochh,^ JJ n’y apas. juiÇ^u’à nU cheveu qui ne porte coup >*
;,Aurànç de cheveux i autant : jde . piquesï heri^
|efs contre un pauvre cœurf & parxicuhercment sil fe, trouve
f mbarafiç. tkrtts^jyimhM ; car le ypilà .déslorsf . diahh
/i jrdans les lacets du démon &: priS; a^ la glupdes {gcm^mo^i»
des effences & des mutilages. Car qui ne qu’il y a un
dempn quLprcfîde a-mmes çes frifiires ? & qu’on appelle pouir
c^îlus Rhodlpn.
p LeSienih. , Ul lu’olé feycc fes yeuXy j;i^quil-les portc Jiumbl^
ment en i uerre. :> ft -trouve àçs piégés j ufques dans fes; piédî
Secànde Partie. Chap. XVI. / 1 1
de la Dame : car s’il eft écrit d’un grand Capitaine , & des
fbuliers d’une belle femme : Sandalia ejus rapuerunt oculos e'jus ^
le moyen à des fantaffins de tenir, où des Cavaliers , des Ge¬
neraux d’armes & des Héros mêmes rendent les armes.
Celui qui de fon poil tenoit toute fa force i
Ne put fe déroher à cette douce amorce.
ce petit berger qui devint un grand Roy , ^
Ne fut-il pas fournis à l'amoureufe loy J
Il n’y a jamais eu qu’un Mome qui le foit moqué des fouUers
de Venus apres les avoir regardez. Ce n’eft qu’un foulier tout
vuide qui fe prefente à la vue de ce Solitaire ,,dont ileft par¬
lé dans la vie des Peres * il ne lailîc pas d’en frémir , ôc de le
confiderer comme une pierre de fcandale , qu’il auroit évitée,
s’il en avoir pu prévoir la rencontre. L’œil fîmplc tant qu’il
vous plaira , les cabinets , les ruelles , les toilettes ,, les lits &
les tapifleries ont des objets qui. fautent aux yeux malgré qu’on
en ait , le plus ferme ne 6’y trouve jan>aisffl|tv.un pied fort fur .-
IPenè moti f unt ped.es ejfcs^_ C’eft donc bipn fait de demeu^
rer dans fa folitude » quand on n’en eft pas arraGhé pour le bien
de l’Etat & de la Religion , comme le fut cet Ange du fiecle
paiïc , qui n’y retourna que par un miracle t tant il eft dange¬
reux d’en fortir tant le cabinet d’une Dame a peu de rapport
avec une celle.- Car , . .
De bonne foi.,. Peres en Bf eu r
Ni les Fefpres: ni les Matines- . _
Ne fe chantent point en ce lieu. -
Mais ce .n’eft pas encore là tout, on n’en eft pas quitte au ibrtùf
d une ruelle, d’un cabinet ou d’une toilette, pour ce qu’on «
vu , cette mouche volante & importune qu’on appelle Tentà-
tion , vous fuit par tout. L’imagination mene bien encore plu®
loin que la vue.
L'amorofo penfier mn gîa iarrefla-
che non ben page di belefa ejîern^
Negîi occîflti' fecrett anco sinierna.. ; • .
féra-ce donc fous pretexte dé Medecîne , d’un long teté
à tete , en un fiecle où on voit des femmes fi vaines % fi mali^
eieufes , qu’elles ne fe plaifene qu’à blefièr U qu’à vaincre r j:e
ne dis pas de cesgalans-hommes , ni dé ces Cavaliers quelles-
reputent fans force & demi vainçus , mais de ees Solitaires ydé
ces mélauelioliqttes- êç de ces- vieillards , akifquek Là|e . .
*Omnes în te sta-
tis periclitantur.
Tftttt dsiHltHmfilo
J 1 ^ ^ Effaîs dt ’.Mdccînt,:
J déjà coukr la glace dans hs nerfs.
Elles ne mefurcûc leurs forces qu’avec celles de ces hommes
forts , & dont la mine auftcrc femble à toute épreuve j parce
qu’elles font perfuadécs que dans leur charap comme dans ce¬
lui de Mars
A vaincre fans homear on triomphe fans gloire.
Quoi qu'il cn foit , tous les âges y font en péril , & pour ain-
fi dire , tous les états dé k vie. Chacun fçait rhiàoire de cet¬
te belle , laquèiie ayant demandé un Confefléur , un Méde¬
cin êt un Nôtarire > dans la furprife d’une vapeur un peuvio-
iénte , iés ten-voyâ tous plus malades qu’elle û’étoic. ■
Il cfo'vràè "qui comme Ü fe trouve fouirent des erprks fort
d^ns les cloîtrés mènes , un pauvre Supérieur
cil: én ces Gccâlions aufll empêché d’un Moine difcole , qu’un
pauvre mari & un pauvre pere l eft de fa Nxole. Ils diffimu-
ient vdifent-ils J ils patientent l’un ôc l’aucre crainte de pis ,té^
moin le Ftefe qüî-îriè%4ça fon Supérieur , tout fimple Frere
qu’il étdic, dé prèchéF dans les Paruifles de la campagne > li
cri lui ôtoît fbà'Iiibdràtoireÿ tant il eft vrai que
Rimans^ 0agna^^tudibria\ Chyn^icof^m folles
Jnflabis infaheris. ■
Mais'Cette îe^ori néft pas du goût de ceux qui ne véulcnt
ni leçon ni confeil fur cette matière. Q^i qu’il en foie, lé Su¬
périeur efl obligé de faire Ton devoir , li ceux qui dépendent
de fa conduite s’oublient du leur -: yirga direôfioms t virgaregni
ejus. Le pauvre Frere ne fçaic, ce qu’il veut ; Hon auditurferi-
W volens i qua.ûd il ne veut pas ce qu*il doit vouloir. Sollkiius
€s èfrea Ÿlarima.M.^n ^3tTà^t€ Frere, mon pauvre LlrEein j fon*'
‘%GTL:k vè\^S i cave ^rfiùim \ x\q vous mettez pas en peine des
trialadés dé -là Vlllé 6: dé la campagné ; Dormi fleuré de ce co¬
té -là. Il y a des hommes prépofez pour en avoir foin , vous,
étes plus malade qu’eux avec vôtre inquiétude. Faites vôtre
'R.cglc, porrho unum , c’eft l’unique neceflàire : m vocatus es t ita
amhala, La véritable charité eit celle que chacun fe doit .* f<^
ordinM'&it éharitafem , c’efl: par la qu’il faut comraeiïcer : car
pour quelques ché.rkeZ qui reviendront à la Communauté
ce éommércé de remedes, le pauvre Frere fe va perdre fi o®
n’y prend garde , mors in olla- c’en eft fait, le voilà perdu , le
^oilâ mort en chercharic la vie: tant 11 eft vrai qu’un Solitaire
eft en grand Eazard dé le perdre j pour peu qu’il forte de k
folitude.
Seconde Partie, Chap. XVÎ. *5l|
folitudc. On nous raconte à ce propos que certain Hermite
qui fcmbloit avoir préféré les trefors du ciel à ceux de la
terre, s’étant attiré l’eftime d’un Roi qui l’avoit vifité dans fa
folitude, il en fut enlevé par et Prince qui le fit fon Confeil-
1er, & enfuite le premier Miniftre de fa Juftice. Le pauvre
Hermite, quelque furpris qu’il fut de ce changement , ne fut
pas pour cela long-temps fans s’accoutumer aux riches habits,
aux grands équipages , & à la bonne chère , jufqu’â oublier
enfin .prières & méditations. Un de fes Frères Hcrmites qui
F étoic venu vifirer v lui reprefente fur cette conduite , qu’il
femble n’être plus le même s mais rHcrmite Miniftre le ren¬
voyé dans fa folitude , l’aftiirant qu’il fçaura- bien mettre d’ac¬
cord la vie Hercmitique avec celle de là Cour. A quoi le bon
Frère repart hardiment V qüe l’aveugle de la Fable qui ayoit
pris un lerpent au lieu de fon ibûet s en avbit été mordii; A
CCS paroles rHcrmite de Gôùr^ femble un péu revenir dé falé-^
thargie ‘5 mais Un mothent après il fe’ trouve tellement entêté
des vapeurs du monde , ^qù’it retombe dans fon aftbupiffement ^
& que le Frere eft obligé de lé laifter fà' comme un incurable-
Il continué donc l’exercice squMl a' Gômmenec j & toütenfemblé
ht vie du grand-monde, dbrend la juftiéé , à là^ vérité , eoriiméa
l’ordinaire fort tranquillement , & ne vit pas moi ns doucement ,
jufqu’à ce qu’ayant été convaincu d’avoir condamne à mort
un innocent , il eft condamné luigmême par les loix du p iïsalv
fupplice qu’il avoit fait endurer, à cet innocenti L’Hermice èn
Cour eft le Religieux le ■Prêtre qui retourne au monde 5
l’Hermite Juge eft le Moine Medeéin-ÿ l’innocent condumne
à mort eft le malade que le prétendu Médecin a rendu plus
lîMade , ou qU’il arûè - Dieu éli ldF.qi -de lé grand *RdF
qui juge Ibüverainémént "éeuX qui vêülént juger dcs-^màtiê-
res; qui ne font pas- dé leur profeffiôn V^' qui font dès com¬
merces défendus, animas negotiando ôc anfquels on pourroit
bien dire i S fuite , animam hanc repetent a te. En- effet il faut
être bien hardi & bien foü pour fe cha^érid'’aftaires auffi de-';
licates que celles de la Médecine , quand ènui’eft pas du mé¬
tier Sc-qnând On n’y eft pas obligé. Ènco're un esèmple, mais '
réel & de nôtre tems , quoi -que le tragique de l'évenement n’aie
été puni que d*ua honnête éxil, à quoi on condamna deux
manœuvres. de là Spagîrie, plus- rufez que rous ceux qui ont
iravaillé'^ Luxembourg, puifqu’üs trouvèrent moyen de quit-
Ttt
JT4 . V Meiecïnç.
ter leurs cellules, pour fe venir loger dans un Palais encore
plus grand, plus beau & plusKoyal que le Luxembourg. Deux
Do^lewrs qui ont fait leurs études en Turquie , fi on les en
croit ,, & apporté de la fcicncc Tan païs où il n’y a ni Uniyer^
fités ni Ecoles ; d*un païs où on a brûlé toutes les Bibliothèques,
où on Te pafie de la Medécine , où Ton détruit fans rien rebâ<
tiri& où l’ignorance cft un myftere de Religion, Deux Mé¬
decins, qui. loin d^ Youloir joblerver voir les malades , {ç
rappprtqient dç*;t(^t à-;dro,h ou à gauche , comme en le. vou-
loit^ ùont tQus les remedes, étojent des extraits des effehees &
des huiles plus af^ijes gue Thuile bouïllante .v & dont tant de
malades ont été échaudez. Ces deux Médecins , dif- je, avoient
pour: caution de leur, fça voir fe ire , un Secrétaire fi violent,
qTiTmena^qit dedTnd;?g^^^ de Ton .M;a.îcrei,;;quj étoiî Se¬
crétaire d’Htat , & m^ne de celle da Martre de Ton Maître *
ceux qui refufoient d’en: faire repreuye. Qu’en arriva-t-il en¬
fin î II paye pour tous ceùx qui- Te font hypothéquez à fes pro-
mefies &; aux remedgs, ide ces manœuvres de.i la Spagirie. En
voicy l hiftoire, Il.ayoic qüelquj? pecije indifpofitipn.de poitri¬
ne accompagnée, d’une -fièvre lente c, Iprfqae la pa filon de ga¬
gner vingt ou trente piftoles lüi faieprendre la comrni filon .d’un
Valet-de-picd , ou d un Courrier , laquelle le réduit, au. lit ,&
l’oblige en ; même-temps d’implorer :le .fecours de ces Méde¬
cins iàlpngus^: rpbes.êC aTa^geslbarbcs; éraçhe^le iàng:,..il
brâle ,?il ççév,ê de plgnkude,, tout, cela , dîfent.les: Médecins ,
n’eft rienji:./!! ne feuç:que, quelques: igoutes -de nôtre huile pour
éteindre cette incendie. On;, leslu.fedpnnç, &.on haufièinTen-
fibiement; la dofe, Tans s’apperçevoir que: fpn perd fqn huile &
Iftn travail f) ôc-que leinpakde. n’âplus^befôinque, des huiles de la
Parrpiffe;, ; Car pendafltjqu’ôn leur demande éomment il fe por¬
te ,ik répandent ^quetpiic va bien, quil fera bien-tôt hors.d’af-:
faire. Cependant lai. pajivre epoufe du malade ne laifiç pas. de
Te defefperer. On iiii diç.qu’çUe ait bon courage, que les Tueurs
precedent; 404% , & qu il Tera guen emvingt-
^itatrpiheurcs;, E:n-<cÊ|:£iirneïmaiique pas dêtre guen dû tous
maux 4ân^T%tem^|:prtélpaj-Ja ^ C’eft, dis je,de,ceC'
tCi manie/e quc; l’huile du Juvans Pater guérit la fievre quicon*
Tumpit lemicrocofine du pauyre:malad,Çi
- QTea dj te-s 'Vpus:;,, .• Patr^ûtsb-ds xcs .Med Ceins t
MeUm. Jr
Secondé partie. Châp. XVI. 5 x5
N’eft-ce pas là la v^erité da Médecin tmf mieux de la Fable ,
qu’un de nos Poëces a ainfi rendue ?
Medico f fudavi pim fatiS i inquit i
Cui Medicus pUcido fubiie ore i bene efl. ■ : :prMc.vaviijf. f,
Ad Medicum- rurfui, febris me percuUt horror ; - : i-ipirammut,
Cui Medicus. placido reddit é’ ore : Bene eji.
Tandem agrotui ait ^ me turgidm occupât hydrops ; ,
Et Medicus placid-o non minm ore : Bene ejl.
Mox autem ut valedt vifens dum qu&rit amicm y
Heul pereo mùltü ^ dixit i amice i bonü.
On dit même à ce propos, que ce Monfieur le Commis ayant -
voulu un mois avant fa mort obliger certain Médecin de faire
l’épreuve des huiles fur un de fes malades , & que rayant me¬
nacé de rautorité de fon Maître , s’il ne le faifoit, le Médecin
ayant premièrement répondu avec refpeet pour le grand nom
qu’on mettoit en avant 5 dit en fortanc du logis du malade à
un de fes amis t Ce Monfieur le Commis là meritéroit bien
qu’on le fît palTer pari’ épreuve de eette huile, lui qui ne trouve
rien de trop chaud , nous verrions comme il s^en tireroit : Et
hoc puta njatem dixijfe : car un mok apres il y pàlTâ , Ôc y de¬
meura échaudé, comme nous venons de le voir.
^ . Non ejl lexjufiioruüa '
Punition , diroit Homenas , ét ‘uengeance dl'vine. Apres cela nos
Médecins, comme toutes chofes n’ont qu’un temps à ia Cour
à Paris , curent ordre de déitoger du Palais, & reçurent leur
obedience pour quelque Qmmper de la main d’un homme qui
n’avoiepas la barbe faite comme la leur. Enfin que pourroient
répondre ces- hommes inquiets & leurs proteiâcurs à une Sen¬
tence du Prevoft de Paris rénduë_ au mok de- îSlovembre 1^12,.
contre' Frère Gabriel de Cahagne Prêtre Qordelifer , foi-difant
D odeur en Théologie, Confeiiler & Aumônier du Roi , atten¬
du quil njjl: pas jufie^ quuh qui n efi pas approuvé du College de
Medecine , fe mêle de medicamenter é‘. penfer les malades y (jr fpecia-
lement Prêtres ^ Moines qui ont une profeffion du tout contraire ^
ne fe devant employer qu au fpiritueL Et attendu' qu^ plusieurs plain¬
tes étant fùrvenuss d l'endroit de Gabriel de Gajfagne , il lui ferait
pim feant de fe renfermer dans un Monafiere de fon Ordre.;, que non
pas de vaguer parmi le monde , pourquoi à lui faites inhibitions
de pratiquer la Medecine à peine de punitron exemplaire.
pourroient même dire' les Magiftrats en faveur d’un
■ Tct ij
yi C EJJals de Meiecine.
Magiftrat Prêtre, qui fous prescxte de charité s’avifa d’une
choie fort extraordinaire. Cofme Guimier, loi-difant Médecin,
Chanoine de faint Thomas du Louvre, Prêtre, Licentiédans
l’un & l’autre Droit , & Prefident aux Enquêtes , s’offre à Mef-
fieurs les Chanoines de Paris de guérir tous les msthées gifam
dans leur Cleîm furi la faiHe , à leur charge dr foins , comme por-
te POriginal, morhi Boferoji currentis, ^uemlibet frouno feudo , fa^
nanài & nutrienài. Et Meffièurs du Chapitre le remercient
de cette offre , apparemment parce qu’il n’étoit pas Gradué en
Médecine, & qu’il effoit un téméraire de parler àinfi. Sur quoi
l’on peut voir le Regiftre de l’Eglifc de Paris du Lundi troifié-
mc Avril' 149 7. qui m’a été communiqué par M. Petit pied,
Dodeur de Sorbonne, Chanoine de Paris , & Confeilkr au Châ¬
telet de cette Vilk, lK)mme curieux, d’une grande éfudition,d’a*
ne admirable mémoire , & infatigable au travail. Ainfi je ne vois
pas qu’un de nos Poètes ait eu fort grand tort quand il a parlé de
laMedecine&decetteefpecedeMedecinsençestermcs:
Cet Art qui dam ms maux s' offre à mas fecourir i :
- ^ui les fç ait détourner, & qm les put guérir ,
Bien loin de faire: A/oir ces divines merveilles ,
Ces effets furprenans , & des cures pareilles ,
Nous fait bien aujourd'huy rabattre de fon prix, ,
Eji même en plufieurs lieux dans le dernier méprk ",
Et par les fois plaifans traduit en ridicule ,
JPaffe par toutes mains ^ufyu aux gens de Cuculle,
, (Zi^i pour J être ennuye^ de leur profejfion ,
Sont devenus fçavans par révélation i
Et comme Saints ^le[ gueriffant de leur ombre i
De Médecins fameux viennent erottre le nombre.
Cherdoe^vous Vn remede ép bien prompt ér bien fur.
Le Couvent a poùr vous un maître-gueriffeur.
Grand Courtier de fecretS ', Thaumaturge admirab- Ci
^ui ne trouve à V épreuve aucun mal incurable y
Et qui du faint habit s’étant auforifé ,
Ejl de tout l’injlitut par tout preconifé ,
Sans que dans les maifons aucun autre on propofe ,
Lorfqu avec plein pouvoir du malade on âifpofe ,
Ni que les amis même entre les Reverends
E a ffent difficulté de s’en rendre garandsi
"^f' Cependant en ce fait te qui le monde étonne
Seconde Pâme, Chap. X V I. J 1 7
C'eji quon 'voit que che[ eux Le Médecin ordonne >
JEt quk de tels DoBeurs aucun Ordre réglé
Ne voudroit f as fier le moindre Frere~Uy.
Ejt-ce que leur fcience efi au grand air fondue
Ou que par le chemin elle s' efi répandue^
Efi-ce pour n aller pas prendre la chofe au pis,
^ue Von nefi pi^ toujours Prophète en fon pais:
Et que comme un torrent qui fait bruit dans fa courfe^
Efi -a peine connu dans le lieu de fa fource ;
Ces efpritr merveilleux ce ffent de faire bruit 0
Vans le fejour claufiral ou leur vœu les réduit f
Ou plutofi n efi-ce pas que ce corps vénérable
Efi âVune autre importance plus confiderable
^ue ces chétifs mondains , qui ne méritent point
^on ménage leur vie avec tant de foins î
Je lai{fe au direéleur de, ce pieux commerce
A décider d fond ce point de Controverfe.
Achevons le Chapitre par le plus bel endroit de la Charla-
tanerie , puifqüe le beau fexe s’en mêle, que fi les femmes ne
le vcLillent, on nedes empêchera jamais d’avoir voix délibéra*»
tive dans le Chapitre des Médecins,
Protinus accédant Medici Medicaque,
tant elles prennent de plaifir à faire les Métiers des hommes i
maisqu en arrive-t-il ?
Dum quaque e trivio fatagit Podalirius ejfe
Eœmina , in dubiü prafiare machaona rebm
' Non infelicem faciet Proferpina mejfem.
Sur quoy on peut remarquer icy , que quand il eft même
queftion de ceux qui font des Métiers défendus, des remedes
improavez 6c des incantations , le Texte facré ne fc fert guc»
res du mafeulin , mais du féminin. Le Magicien , l’impo-
ftciir, le Charlatan , ou le Médecin cft toûjours une manière
de mulier incantatrix & de PithonilTe. Et voila {ans doute pour-
qiioy l’Abbé Tritheme nefe fert que du féminin quand ileft^
queftion de ceux qui font des maléfices , dans le grand traité
qu’il en a fait, & dans fa réponce à l’ Empereur Maximilien fur
cette matière. Quant au temps de l’Eglife nai{rante,on trouve &■ de poreflate mal
dans les Peres 6c nommément dans Tertulien ,que les femmes
ne fe mêloient pas feulement de faire la Mcdecinej mais en- poiitum r/dhinum
core de dogmatifer ôc de difputcr mêmes fur des matières de ih
T t t iij
L de Pnfcript. ad-
verf.'h&nfes.
Mcdea, Circc,Ca-
,nidia . Sagana
Folia Ml cane , E-
richtoDypfaSjErc-
pfîa , Enthrano
Gigc Martina,Lo -
culta*
Senec. Hercnl,
O^heo.
In Heroid.
EJJals de Médecine,
tieligioa, hereticomm c^uam audaces qukm procaces 4«,
denf docere , contendere , curationes repromittere , forjitan ^ tingere.
Aufli Pline avoit-il marqué longtemps avant, toutes cellesqui
avoienc inventé les venins & les maléfices. Thejfala mulier z\oi^
même paffé en exemple chez les Romains comme chez les
Grecs. . '
Aditumvemnis palla fæmineù, dédit.
C’eft afîez que les choies leurs foient défendues pour les vou¬
loir faire. Saint ]erôme s’en plaint dans l’E pitre à Furia , juf,
ques à les peindre de! vives couleurs , ou pour mieux dire des
plus noires y * finifiTans par ce vers d’Ovide. .
Caufa mali tanü fæmina fila fuit.
^uid autem a .mulieribm^ ijlii non expeBes ex quarUm nugis
affraniis ^‘^affamis Medici quandoque homr é" sîohilîtas confituitur y
qux. fila garmlitate Rhetomm_ omnium fuperant fuiffillia i intérim
ager moritur , ôCc’eft pour cela que je ne m’étonne pas de voir -les
juftes plaintes qu’en font quelques obfervations des Epliemerides
Germaniques , ôc en particulier celle quefaifoit Pillullrc Méde¬
cin de trois Empereurs Jean Crato,dont une de ces folles peu-
fa:mettreàbout la patiehee, jufques dans la roaifon Impcriale.
Mais pourquoy non , difent quelques-unes , n’en fçaurions-nqus
pas autant que les hommes , qui empêche que nous' ne lifions
comme, eux , êc que nous n’ayons des fecrets ? Elles le difent
comme elles le croient, & veulent meme qu’on s’en rapporte a
leur jugement , quand il eft queftion de la réputation des Mé¬
decins , quelles font valoir ce qu’il leur phit , mulieres Tihicines
JSÆediconim. Car quant à la Médecine pratique, 11 elles ne don-
jnent pas toutes des remedes , elles donnent prefques^ toutes des
avis, elles veulent regler le temps, la quantité & la qualité; des
alimens , 6c .même des medicamens , 6c ne permettent pas même
aux Médecins de faire uri prognpftié Ikcere de l’illuë du mal-.
Ainli quel plaifir pour un habile homme de voir une D a m h
Moderne , qui n’eft encore que cand;idate 6c fimple afpirante
au^Çaro^e , luy dire d’un ton de üDuehéile ôcd’un ak. magiteb
qu’elle n’eft pas d’avis de ce remede.
Rarbatum hoc crede magifirum
Dijcere ' , . .
Bien plus , de voir une commere qu’on peut défînk , ani^
mal fort impécunieux , fort interejje fort grand flateur ,’ parler du
.meme ton que cette Bpurgeoifeexahée. Comment , dis- je, le^
Oliv. SAmlue.
Seconde Pmie, Chap. XVI. ji ^
fouffrir , puifqu’à moins d’être préoccupé de i’amonr de la Pa¬
trie, comme l’ont été quelques particuliers, on auroit peine mê¬
me à fouffrir un Oliya Sambuco , qui a eu la témérité de vou¬
loir renouveller le fyftéme de l’homme de Platon , ôc d’en faire
une plante ren ver fée, dont le cerveau eft la racine, où elle s'i¬
magine un fuc glaireux qui partant de la tête va arrofer toutes .. , ,
les parties du corps , qui dit que ce fuc eft froid & humide , mais
qu’il change de couleur dans le foye , & qu’enfin il fe change novosMedicos^dia-
en fang chaud ôcfec.dans le cœur. Une fille qui philofophe fur
ce fondement , à perte de veuë touchant la vie, la mort, la gé¬
nération , la corruption , les remedes & les maladies : car falloit-
il pour ces vifions qui ont plu à Guevarre , & qui fenïblent
n’avbir pas déplu à Lionardo di Capoa , l’exalter comme a fait
ce dernier en luy appliquant ces vers faits pour une véritable
'^eroj^e? • .
Cojlei gV ingegni femtnili ^ ujt
Tutti fin de V Etaâe aceïba
l^àvore d’ Aràchne^ kl'ago afiufi
. Jnchw%r mn degno la mian fuperba^
Faîloit-il que Scaliger dit en fa fayeur 5 ce qui avoir été dit V
delà Müfe Sulpifà , tam laudabilis HerdinA^a^io^hàbeÂturmn
aufim ob\icere et judim feveritatém ? tant il eft vray que les S^a-
vans mêmes craignent cette efpece de Cathedrantes , aufquel-
les fans doute j’aimerois mieux appliquer ces vers d’un de nos
Poètes, gardant cependant tout le rcfpecl ô^toute la confidera-
tion dues à celles qui font dans la moderation êc la bién-feanec
qu’on demande de leur fexc , ôc qui n’ont pas de peine à fe met¬
tre dans reCprit , que comme les femmes ne font pas obligées à
être -fçavantes , elles le font à ne pas faire les fça vantes.
Fœmmeas Cathedras -, fracegterefyue fiolam - ,
MirenîUr lattàentcgùe alü^jed non eg&y fléna
Jn'vidi.t atque odii nefeit Ser'vilia i magnum
BoBa nomen habens (^konorem nominis hit’jus
-■ ^^am fiancium cura ferv'ms matrona'f udàrent^
M^is quoy î ^
*Vjneillufiref^nrant^ÿ^d%neffritfubUme^ ;;
charme dis^tu nos fens', ^ gagne notre efiimê ,
Réglé nos voîonte^y & f^r mille beaux traits >
font four l^émoU'uoir de merveilleux attrafts^>
FaiFfar tout admirer fa~ feième frofonde :
facoh, Baîd.
A7.
^20 F-'IJàh de Medecine
Soffde~la ta vtrras qadie trompe le monde ,
JE t que [es beaux difceurs raifonnemens
Ne font qu'un vain écho des Doàeurs en Romans •
Et quun ramas confus dl expreffons nouvelles ^
De mots du bel ufage , é‘ des fines ruelles ,
filuavec grand appareil elle nous va chercher ,
Dont elle efi toujours groffe é’ prête d'accoucher j
Et fi l'humeur la prend d'afpirer au fublime y
Et de brouiller la feuille ou de pro je ou de rime y
C' efi d'un fiile fi froid ér fi mal châtié,
. il donne lieu de rire ou de faire pitié-.
Elle ne laijfe pas en toutes conférences ,
De prefider en forme ér prendre la balance y
Four pefer les Auteurs ér donner fes decrets y
Et magifiraïement prononcer fes Ar refis , - : * ^
^u il nous faut recevoir fans leur rendre jüfiice y
Pour fuivre aveuglément fon ravi fiant caprice.
Manque^vous d'applaudir atout ce quelle a dit y
Vous ne merite^pas le nom de bel efprity ;
Ni d'être difiingué dans l' Encyclopédie. ‘ ^
Elles feroient bien mieux de fc mettre dans refprit,aii moins
celles qui ordonnent chez les malades , qu’outre le défaut de
caractère & la peine qu’elles ont à garder le fecret s elles ne font
pas alTez défintereflees.
Gratîmi. ^ ' Z'interéz,z>a (jr la dona
r/ AV na fol CS fa. . :
Benohiimie. ji. Et qu’étant, fclon, Ic Jurifconfulte Tiraqueau, naturellement pof^
tëes à la vangeance , il n eft pas jufte qu’ elles ayent la vie des
hommes, entre leurs mains, Audi les Loix, y ont-elles pourveu^
de tout temps ; témoin cette femme d’Achaie qui voulant faire
la Medecine avec des paroles , fut condamnée à mort par F Ar-
V copage: car de nous dire qu’Agnodice ôc tant d’autres ont fait
la Medecine par permiffion des Magiftrats , 8c qu’elles l’exer-
çoient même anciennement par les mains des lervantes j tout
cela s’entend de certains minifteres ôc offices que les femmes, fé
rendent en de certaines maladies par honnêteté 8c pudeur , à
lexclufîon des hommes. Qu’ainli ne foit , outre les Loix Romai¬
nes 8c les Ordonnances de tant de Princes Sc de Magiftrats de
l’Europe ,.,il y a , quant à la France, un Arreft du Parlement de
Touloufe du 3. Juillet 1558, contre Claude Joanne , dite Ca¬
landre
Seconde Partie, Ch.3.p, XVl.
landrc , femme empirique prifonniere à la Conciergerie. Un au¬
tre du Parlement de Paris du iz. Avril 1578. qui fait défenfê
à une femme nommée Jeanne l’Efcollier , d’exercer & pratiquer
TArc de Médecine. S’il ne faloit que d^ A]||efts pour repri¬
mer la paffion que ces femmes ont de dominer fur le corps hu¬
main, il y enafuffifamment 5 mais paflbns outre & marquons en
faveur des Pages, que comme il fe trouve des femmes dé routes
conditions qui fe font un fot honneur de prendre le parti de
leur fexe en faveur de ces guerifleufes, on voit un bien plus grand
nombre de ces Prudes qui fe retranchent aux connoidànces qui
leur font permifes par les loix divines & humaines j lailTans les
caufeufes 6c les inquiétés applaudir à leurs femblablcs. En effet ,
limm e^lanam operata eji ) voila le partage de celles qui préten¬
dent à la fageffe. Il ne faut donc pas oublier icy que nous n’a¬
vons garde de comprendre parmi les Charlatanes ni parmi leurs
protcdrices , ces Damés fi Pages & fi avifées , ôconcore moins les
Religieufes qui fe font vouées au fervice des malades. En
effet, ces Pages vierges laiffent aux Médecins & aux Chirur¬
giens le foin d’ordonner 8c d’operer : elles fe contentent de veil¬
ler le jour 6c la nuit , à la garde de ces pauvres gens , 6c de leur
préparer les remedes 6c les alimens , confervant pour eux Ic -:/’'^^
fettii d’une charité qui fze tombe poim , 6c ne fe laifîant aller ni à
la vanité , ni à l’enté cernent de nos Charlatanes. Cela fuppofé ,
je viens à tout ce qu’on poürroit chercher dans l’Antiquité en
faveur de nos Médecines : car celles dont il nous refte des ui-
fcripcions 6c des Epitaphes, n’étoient que des Sages-femmes , 8c
de femblables' perfonnes prépofées, comme nous l’avons dit ci-
devant , pour rendre de certains oflSçes aux femmes malades.
Telles étoient une F l a v i a H ed o n a M e d i c a , J u l i a
NTIANA CliNICA,JuLIA S A^ I N A MeDIG A ,
MiNuTiA AstaMedica. Telle étoit encore celle dont
cette Epitaphe fait mention. "
Q^Corkelius Me li e eus Sibi
EtSentiaiElidiMedicai,
Et celle-cy.
Help I s L i v iæ Ad juT r i ci Va l e t u d i n ARiiE.* *
Je fçay que comme l’Antiquité a voit fes Dieux 6c fesDeeffes,
de tous les métiers , clic avoit fait une Minerve Medecinel, té¬
moin cette Infçriptipn. . ^
Yuu
Reinejtiî ffevA
ferta. '
F. Suîdam,
J Z ar Ejjak de Medecine.
M I N E R V Æ
M E D 1 C Æ C A B A R E T I Æ
r iYaLE R. Sam MO N
s E L. V. s. L M.
Q^Ile âvoit nnQ'Venm Phiftca qui préfidoit au defîr naturel dV
voir des enfans.
IMBERIO VENERIS PHlSlCÆjOFl. 0, M.
AN^H J STJA METRE ANTHISTI PRIVIGVI
V X 0 R D.D.
' Je fçay encore que les anciens avoient leur Bmna Anhemt^
qui guérit Enée bleffé par Diomède 5 mais pour tout cela Hi-
pocrate qui' fça voit difeerner les fables des veritez, 8c qui ne
donnoit jamais dans la. fuperftition , fe déclaré hautement con¬
tré ceux qui permettent aux femmes l’exercice de la Medecine,
jufqües aies croire dignes du fupplicê des Efclavcs , tant il en
croit les fuites dangereufes : car outre ce que nous avons rematT
qué ey-devant, le dode Primerofe. marque encore qu’elles man¬
quent de cette docilité naturelle fi neeelTaire à faire changer da¬
vis quand les chofes changent de face , natta. Comment
changeront- elles donc à prefent ^ Sc dans un temps ou chacun
fait gloire de foutenir ce qu’il a avancé , & oii elles ont accoû4
tumé les hommes à les laifer dire & à leur accorder tout^ Il élf
donc bien plus à propos qu’elles fe retranchent à Fégard des
malades, à ces petits foins qui ne leur font pas inutiles, U qtii
font le fehs' de cette Sentence du Sage, uBi non efi mdiermge^
mifeit ager. Car quant à celles que l’Antiquité nous marque
comme des fçavantes préfomptueufes , celles de nôtre temps^n
doivent avoir horreur ,& les regarder Comme dés folles. En
effet, ilfait beau voir une Leonera dont la témérité alfa jnfquc^
a écrire contre Theophrafte 5 urre Clcopatre qui a écrit des
fai:ds_5,itne Aftianaffc qui fît des peintures honteufes 5: & fi Loti
m allégué Medée , Foli^i , Michané , Sagana Veia , Canidia , ^
meme Circe, Angufe , 6c Qeirrhoë. fœurs 3 Igée , Panacée 62
Ægleprétendùës filles d’Efçulape. Oevone, Polidamne, ErichtOy
Dipfas , Eriphie , Hechanide , Gigé , Pidamne , Dorcade ,
Anthiochis Romaine , & Fabula Lybi en ne citées par Galienf
meme une Helena Flavia Atigufta , qui a écrit divers Traitez,'
êc la Ttotula de Saîerne qui fît un Livre des maladies des fem¬
mes & des enfans. Si , dis-je , on met en avant ces prétendues
fçavantes daiis la Medecinç,il n’y a qu’a dire que' lès unes font
Seconde Partie. Chap. XVI. 513
■fabuLeufes, d’autres , des femmes perdues de débauches, &;qui
n’ont fçû que l’art de farder i d’autres , des femmes curieufes
de remedes qu’elles compofoient félon leurs veuës j d’autres ,
des accoucheufes & des gardes de malades ,que Platon admet à
la vérité dans fa République à caufe du befoin qu’on en a
.que le Sénat d’Athenes -confîdera en la perfonne d’Agnodice
car de croire que celle-cy eût appris la Medecine fous un habit^
d’homme comme le veut Higinus , cela n’eft pas fans difficulté.
Ainfî on feroit mieux de m’alleguer une Placilla époufe de l’Em¬
pereur Theodofe, une Pulcheria fœur du jeune lheodofe. Les
fages difciples de Saint Jerôme, Salvia , Gervilia, Fulvia;. Une
Nicerata vierge fi célébré, une Hildegarde vierge de Maience,
une Theodofie , une jutte. Les Saintes Elifabeth $c Radegon-
dc Reines, l’une de Hongrie & l’autre de France, qui fondèrent
des Hôpitaux ou elles fervoîent elles-mêmes les malades avec
leurs Demoifelles. Une autre Elifabeth Reine de Portugal ,
une Brela, une Marguerite de^ Sicile, une mere & une époufe
de Saint Louis , & tant de prudes de qualité , qui ne fe font
occupées qu’à confoler les malades , fans le laifTer aller à des
extrémitez vicieufes ^ par un zele- qui n’eft nullement félon la
fcicnce. Car, enfin qui ne fçait que ce n’eft pas affez de donner
des remedes fbuvent violens à des maladies d'inanition; qu’il
faut des alimens de bon fuc, ôc que fi le charitable Samaricaia
penfa les playes du bleffé , non feulement il ne le fit que dans
le befoin, êc n’y employa que des remedes doux & bénins , mais
encore que ne fe contentant pas de cet office de charité , il’ le
fit conduire en un logis ou on luy donna tous les alimens Sc
raffraichifiemens neeenaires à fon mal ? Je pafte fous filence, la
vanité , l’illufion & le péril qu’il y a dans cette adminiftration de
remedes que des femmes ne fçavent propordonner , ny à râge>
ni au temperàmment , ni au fexe des malades , quelques bien
intentionnées qu’elles foient ; & je viens à celles qui bien loin
d’être pouffées par la charité , ne le font que par un efprit d’in-
tereft , & qui font fi ignorantes avec leurs emplâtres , leurs eaux
& leurs purgatifs , quelles ne fçavent pas même la fituation des
parties du corps les plus connues. L’une difoit à un Pajfan qui
la confultoît, que fon poumon étoit tombé dans fes inteftins j
l’autre aceufoit les boyaux de la tête d’ecre caufe d’une migrai¬
ne j l’autre accu foit la matrice d’un homme, qui fe plaignoit
d’une maniéré de colique ; & l’autre bien plus habille que celle?
' Ejjais de Medecine,
là, droit quatre-vingt riorins d'un loi pour luy refaire tout de
vsltr. cordo, j^euf un foye qu’il croyoit pourri. Combien y en a-t-il qui don- ■
nent des noms aux parties du corps , & à leurs prétendus fecrets
qui ne font connus que d’elles feules , 6c qui font fi fuperfti.
tieufes dans l’application de leurs reinedes , qu’elles leur don¬
nent des Etiquettes, comme autant de Bulletins pour les con¬
duire au gîte qu’elles leur deftinenf , femblablcs à peu prés
à ces Ombiafes des peuples barbares qui leur font avaller ce
Ÿeyafe de Vincent qu ils ont écrit fur du papier, en attendant que le malade meu-
le Blanc. re ou guerifle ? fur quoy on peut voir ce que nous avons mar¬
qué ci-devant après les Ephemerides d’Allemagne. Encore fi
elles avoient quelque pudeur, 6c qu’elles ne traitalîénc que les
femmes j mais combien en voit- on de femblabies à la Damoi-
felle Giot,qui traittoit fans honte les maladies des hommes les
plus honteufes , après avoir tapidé les murs des carrefours de
Paris de fes belles affiches? Telle e(t encore à prefent une de
celles qui font les plus à la mode, laquelle après avoir été fer-
vantc de M. D. B, puis femme d’un Barbier de Village , dit&
fait publier qu’elle a des fecrets qui luy ont été confiez par fon
mari en mourant , qu’elle caution ? fecrets qui ne font que des
herbes 6c des racines Connues , (jr Tmforihî^, Cependant
des femmes riches comme des Juifs , qui feroient mieùx de la
faire vivre à leurs dépens > que de mettre la vie de leurs amis
en compromis avec fes fecrets, la prônent par tout , 6c l’ont enfin
mife fur le pied de tenir boutique de prédiclions 6c de remedes.
Ce qu’il y a , de Joli en cela, eft que quand la Pithonifle a répom
du a ceux qui la confultent.lion ne répond pas manuellement,
^ens i Vom prendrez, de mes remedes fi bon vont jernhU i
mais fnye^ cependant ma confultation y Sa confultation ! Hercules
tuamfidemy'Harlequinouêtes-vom^
Mais comme ce n’eft pas feulement à. Paris quW trouve de
ces Chârlatanes , 6c qu’ilyen apartout païs quiveulentreffor-
mer les Ordonnances des Médecins 3 finirons ce Chapitre pour
egayer un peu la mâtierc par un exemple des plus comiques»'
qui vérifiera ces vers fi communs , mais fi véritables,
NulU quidem nojlri tam régula forma Galeni
^uam non interdum e'urva refellat anus.
fT^i'dfdieri Médecines s’étoit tellement mife en pofieffion de
reripofffL d'iialin. regentcr a Venife chez les malades , qu’on Pécoutort comme
un Oracle > 6c qu elle donnoit même la vogue aux Médecins qui
Seconde Vartte. Chap.XVÎ* J*-/
avoient le don de luy plaire. Un jour qu’un ProfelTciir de i a-
douë, qu’on avoir fait venir pour un noble V enitien, propofoic de
purger ce m'alade en prefence de cette femme , elle luy deman¬
da magiftralement de quoy il prétendoit le purger, & le Mé¬
decin ayant répondu que ce feroit avec le Diacathoiïcon , elle luy
repart infolemment que cette Medecine luy fembloit bien gail¬
larde. C’eft pourquoi le Docteur furpris de cette ignorance & de
cette vanité, crût qu’il faloit voir jurquesoii elle poufTcroit l’ex¬
travagance , & fit femblant de lâcher le pied , luy répliquant
qu’il faudroit donc le purger avec le Diafatyrioft , k<\uoy la folle
ne manqua pas de tauper en m ême- temps, & de luy dire toute
émûë de joye: Ah Seigneur Docteur, que ce remedemc plaît, &
qu’il me femble effeëtif , en comparaifdn de l’autre. Cependant'
le Médecin n’ayant pas lailTétle donner le Diacatholicon au mala¬
de, & ce remede ayant fort bien fait , nôtre Charlatanc fut fi per-
fuadée de la vertu du Satyrion-t qu’elle en confeilla depuis Tulagc
â tons les hommes & à toutes les femmes de Venife. Le bon fut
que pendant que le Médecin, de retour à Padeuë, rioit avec fes
amis , & de l’impudence & de la crédulité de la V enitienne , elle
fc vantoit chez tous les malades qu’elle fçavoit réduire les Mé¬
decins comme il luy plaifoit, & qu’elle a voit fait venir à fon
point le plus fameux Médecin de Padouë. Voila le bel en¬
droit de la Médaillé , â quoy il ne me femble pas mal â propos
d’ajouter icy le revers pour fruit & conclufion de ce grand
Chapitre, yô», dit l’Auteur du conte , parlant des erreurs
populaires de fon temps & du nôtre , quefii emri che Mie voltc
tjlingonolefamiglieichiudonolecaféiorbamipadriyfconfolano
le matri é' ^ene fano atti a roümare i regni e a âefimggere le Re» ^
fubliche , yuando per differto d'ejji errori pm morire il buon Ré i corne
Vottimo S enatore t perché per lo piu tali erron fono eomejfi^da donne,
le quMi tropo prefumono neda Medieina. Mais il ne faut pas ou¬
blier la defeription qu’un de nos Poètes fait de ce manège ,
tant la conduite des malades & celle de nos guerifleufes , y clÉ
naïvement exprimée.
An nefeü Baffum nuper fanajfe propinquum
Scilicet in dubio chrijîalli <vita pependit * • ^^cth.S4l4»Sa*.tj,
Donec cum tibih Anw unguentaria venté
J) e crépita ejl , hoc (e profert ^ frontemque corufeat
Sulcatam rugis , Jed quid facit inter olores
Ar^utos male firidnla anttt r . . .
ii]
T^jjaîs de Medecinèl
Fabula cum finita eji , é* pofmf CalliendrogeM.
Fafa domt purgat ^fcalaf^ue > mollibm aptat
Stramimbm radios ) verfat polUce fufum
. Primaa petit hac Galenus habere
Si t amen vert Gaknum nomine Patrie
Dignatuti nec cuncia volet debere ftbi ipfi.
Apres cela & après tout ce que nous avons marqué dans ce
Chapitre de la Charlatanerie, ne nous fera- t-iï pas permis d’a^
jouter que c’eft fans doute pour cette efpece-de Femmes, qu’eft
fait le précepte de cafiigandis mulieribue ,3Litïïhué à Hipocratc
par Stobèç ivernntamen aliq^uo habet opue muliera quo cajligetur ^
habet enim in natura lajciviam quà nifi qmtidiè amputetnr luxuria^
stfihceuffemân.71. & fdvejcit injiar arborutn ? Car y a-t-il rien de plus honteux
& particulièrement à un Médecin,, dit Democrite chez le même
Auteur, quam mulieri parère quod extremum dedecus viro ? De plus
ne faut-il pas tomber d’accord que les bons Médecins ont>raifon
jrmeife, -Baeanje n’aimcr la Mcdeclne pratique , qu’autant qu*ils en font- ai-
Mugment.Jcimiar. mez,&qüe s’ü s’en cft trouvé dans tous Ics païs , & danstouslcs
Lhn*rd. di capê4 qyj en ontcnfin quitté l’exercice , de chagrin de voir tant
6. fujets les mieux partagez dans l’employ-, êc tant de
badauderie chez les malades ? la déclaration qu’un fçavant Me-
- * , w decin a faite depuis peu fur cette matière, doit^ctre une leçon
àftn smi. a ceux qui n ont pas encore eu le courage d abdiquer ou de ne
fe prêter qu’a leurs bons amis.
C H A P I TR. E XVIL
Du choix des Médecins,
COMME il n’y a rien de fi difficile à trouver qu’un bon Mé¬
decin des âmes , il n’y arien de li rare qu’un bon Médecin
des corps. C’eft pourquoy Eudo Nchufius femblc avoir raifon
de comparer les bons Médecins aux Elus , Rari quippe boni. H
ne faut donc pas s’étonner h celuy qui choifit un Médecin eft '
facilement trompé , & fi celuy qui eft choifi impofe d’autant
plus facilement qu’il n’y a aucun moyen alTuré pour s’emp^-
Seconde Partie, Chap. XVII. 517
cher d’y être trompé, & que fi l’on en croit Saint Bernard,, la p.udcns Medicus
réputation d’ùn Médecin eft fouvent fans fondement & fans au- frudunoa
cunc raifon. Sues traits du vilage marquoicnt inrailliblement le fçpefa.ifoaqairunî,
caraderede l’ame ôcde l’efprit 5 s’ily avoit dans la pratique une & honorib. ftd in
chaife & une Tribune u l’on faifoic la Médecine au grand
jour , on n*auroit pas tant de peine à chbifir des Médecins dans
ce grand nombre qui fe prefentc 5 parce que comme il y en au-
roit une infinité qui déferteroient , il ne refteroit gueres que
le bon grain apres cette feparation des criblures. Mais les cho^
fes n’allant pas de cette maniéré , le moyen de faire un bon
choix du côté de ce qu’on choifit ? Car n’eft-il pas facile à un
Médecin de tromper par une mine compofée 8ç femte , par des
compiaifances , des flâteries , même par <les exprefiîons har¬
dies , toutes chofes qui le rendent femblabie a ces fruits qui ont
belle apparence, mai s-au .dedans defquels il n’y a que des vers
& de la pourriture ? C’efi: pour cela que Thaïes propofe au Far-
naffe chez le Bocalini de faire une fenêtre à Fendroit du cœur
des Médecins , naturellement fi dilfimulez , que l’Art eft pour
ainfi dire moins impénétrable avec tontes fes obfcuritez, que le
cœur de l’Artifan. Mais encore comment choifir ou il n’y a
prefques pas de quoy faire un choix ? car de bonne- foy oii font
ceux qui n’agi fient que fuivantdcs ioix de l’Art , celles de la
Religion 6c de l’honneur ? où font ceux qui ont de la diligence,
de l’afiiduité à l’étude ôc de l’amitié pour leurs maladcss du dé- Mkh.mring r.jf,
ftntereflement 6c de la confiance en Dieu , 6c qui penfent à tout
cela en un temps où on ne paflTe gueres pour grand Médecin
qu^vec de grands Patrons , qu'en faifant grand bruit, bonne
figure 6c donnant à tout ? Qui de tous ceux qui s’engagent
dans la Profeflîon voudroit feulement penfer avec ce Galien
quil eftime. tant t que de même quun malade habkuel ne ce^e de
mettre remedes fur remedes ypfques àce qutl fe fente fiulagé-^nom ne
divâns penfer qu À mettre'hontefjur bonte^ vertus' fur vertus y quoi-^
que nous ne puijjions ]amais,parvenir àce degré de feience (jr de fa^
geffciquil efi plus facile de fe figurer que dé acquérir. Qu’elle pel^
ne, dis- je , à faire choix d’un bon Médecin de ce côté-là?
Pour Fautfe côté , c’eft à dire , quant à eelny qui choifit. Gom¬
ment pourroit- il réüfiîr l On ne fçait fouvent ce qu’bn veut |
I^on feulement on change de Médecins à Paris , comme on
change d’habits , mais encore d^avis fur Féleaion même des
remedes , dont on ne décide que comme il plate au Gompere
52,8 Ejjdis de Medecîne,
6c à la Commcrc : au lieu de fe raporter au Médecin qu’on a
choifij comme au plus fûr. On ne fc contente pas de guérir
on veut guérir par un tel rcmcde , parce qu’il eft à la mode >
ou à l’exclufion d’un autre quoi-que bon, parce qu’il ne plaît
pas > témoin cette femme âgée, qui s’étant fait une idée aftrcu.
fe du Quinquina , ne voulut jamais pardonner à ceux qui le
lui avoient fait prendre , quoi-qu’ils l’euffent fûre-
ment ôc doucement guerie d’une longue ôc dangereufe mala^
die. Voicy leurs humeurs bien décrites.
^luun Meèiecin comme il ejï obligé ,
Luy montre fon devoir y il ejl bien- tôt changé ^
Son‘fç avoir ne va fas jufqna fa maladie.
Il faut quil s^en défa^eé^ qaon le congédié,
Çelui-là feul ejl grand dr célébré Doééeuri
fur fon mal de tête êfi un adroit flateur ,
Et qui foffede à fond l' art de la mommerie ,
Et les beâes vertus de la forfanterie.
C'efi de ces gens d’honneur qu il f rend les bons avis
font fans contredit aveuglément fuivis ,
Et dans les vi fions ou fon effrit s égaye.
Il devient d^ une humeur fi fortement bizarre,
^e f lus qu’aucun mortel il a ^eur de mourir,
^u il cherche le remede , veut ^as guérir.
La garde y tient fon rang, fait de la nec_0 faire ,
Dit qu autour du malade il la faut laiffer faire ,
^ue mieux que les DoBeurs les chofes. elle entend 3
D’être admife au eonfeil la fervantayrètend'
^^a commere au fauteuil dans quelque autre intermède^
Avec autorité frofofe fon remedi ,
L’ami d’un grand fecret fait grand charivari ,
Afurera les gens qu’un tel en ejl guari.
Ï1 y a bien plus, tout le monde fe plaint qu’il n’y a plus de
bons Médecins , & perfonne ne voudroit contribuer quelque
chofe pour en avoir un bon , pas la moindre honnêteté & ci¬
vilité le meilleur ne femblant bon qu’autant qu’il donne d’u¬
ne manière fcrviledans le fens & dans l’inclination du malade.
Oii fe repent même bicn-tôt d’un bon choix 5 6c s’il arrive
qu on en ait ^ fait un mauvais , on le veut fou vent foûtenir
parce qu’on l’a fait : tant on fe plaît â être le duppc de foy-
meme , ou de celui qui nous a porté à ce choix dans une ma¬
tière
Seconde Partie. Chap, XVII. ^
ticre où il n’y va pas de moins que de la vie.,
Difcrimme nullo Medicus bonus muluf^ue
Æqtiè popetur j & creâitur x^ue.
Stultôs P Levis hommes infania verfat.
Quel embarras donc encore une fois : car je veux même , que
celui qui choifit foit homme de bon fens , a -t-il affcz vécu avec
ce Médecin pour connoître les mœurs , fes inclinations , fon
penchant î L’a-t-il entendu raifonner , & après tout , eft-il ca¬
pable, avec tout fon bon Icns , de juger d’une Profedîon où on
ne voit que de robfcurité ? Il n y a donc gueres que les Souve¬
rains , comme nous l’avons remarqué cy-devant , qui puifïbnt
réùflir dans ce choix , difpofant , comme ils font , des Colleges
& des üniverfitez , feules capables de leur indiquer les plus
habiles & les plus vertueux. Tout ce que je puis, dis-je , faire
icy > puifqu’on finit ordinairement les matières par une récapi¬
tulation de ce qu’on a dit dans les Chapitres precedens , c’eft
de faire voir dans celui-cy ce qu’en penfent de bons Auteurs »
& doppofer les portraits qu’ils ont faits des bons Médecins à
ceux qu’ils ont fait des indigues , pour fervir de guide à ceux
qui cherchent dans les épailîes tenebres de la Medecine un
Médecin éclairé. Il faut donc qu’on fçaehe , outre ce que
nous avons marqué en divers endroits dé cet Ouvrage; qu’il
ne faut jamais juger de la capacité ou incapacité du Médecin
par le feul fuccez de deux ou trois maladies, foit que ce fuc^-
cés foit bon ou mauvais , ér a fait fon devoir ^ $il n u rien
oublié de ce que la raifon V ex ferience lui diBent 5 qu il fuffit, s il
difeerne les chofes pojf bles des impojfbles , ^ s'il ohferv'e les chofesfutu^
■ prefentes ^paffées : Car, dit Erâ fine , s’il fait tout celât on nen
doit rien demander davantage. ’ Auffi eft-ce fur ce grand princi¬
pe que le Médecin fi fameux dans Lucien , fe difculpede n â-
vôir pu guérir fa belle - mère, qtioi-qu’il ait guéri fon père d^Ù-
îie maladie prelques femblable. Un Moderne croit avoir mar¬
qué un Médecin au véritable coin de la Medecine , quand après
l’avoir figuré : Timorato del Seignor Iddio , dotto , e tuo amico , ce
qui femble tout comprendre 5 il conclüd par ces fept marques,
ï. La modeftie S: propreté dans les vétemèns. 2. La fagefie dans
les difeours. 5. La prudence dans la converfation. 4. La vigi¬
lance dans les occafions, 5. L’adminiftration judicieufe des ré--,
medes. 6. La charité pour les malades. 7. Et la crainte du Tout-
puilîànt. A quoy on peut ajouter, à mon féntiment , avec un fça-
Xxx
P Caj. scaliger.
Epder^. lib.
Dfdmus apud
StebAum. Dur et.
Coac. Uipocrut,
Eraft». in.Laud,
Me die.
In ahdicato.
Scipien. de Msreur.
lib. i. cap. i.
Jlierer/ytn. Bardi
in Politta,Jacr.M.e-
àicin.
fannn, Ætho à
heademberg.
Gttevsfr.- -îixr. t
de fes Etitres do¬
rées.
Eih-. î. de vahtftd,
tiisndi».
j.3p Ejjds dé Medecme.
vant Théologien, n'en faut quun feul, mats fage, f de/le j dt
bonnes mœurs , ér bon Catholique j &C que c ejl: avec celui-lk quil
fmtfe refoudre a rechaper ou à mourir ) zuûi plufieurs ont-ils préfé¬
ré le fage & confcientieùx à rhahile. Quant aux Médecins qui
ne rnericent pas ce nom , un fçavant Médecin Allemand nous
apprend <]ae ceux-là font dignes du dernier mépris , qui nom quun
remede pour tant de differentes maladies y que ceux-là font ridicules
qui veulent fe fignaler ptar de fuperfitieufes obfervations des urines ^
que ceux qui font conjifer. le > mérité des Médecins dans Us habits de
prix > dans les équipages éf dans Voffentation j ne font que des Médecins
en peinture j mais que les Médecins qui promettent la cure des mala¬
dies incurables -, font des fripons achevé^ , des gens de Theatre dî des
, Saltimbanques. Roderic à Caftro dit encore, les faux Méde¬
cins font ceux qui ne fçavent ni langues fçav antes j ni Philo fophie ;
ceux qui préfèrent leur interef au bien des malades , qui 'nom point de
méthode t qui nè parlent que pour parler y qui ont des opinions mon-
Jirueufes y qui parlent énigmatiquement y éP qui fe vantent d' avoir des
fecrets. Cardan en veut à ceux qui n ayant jamais pratiqué , veu¬
lent décider des points de pratique par des, raifosmemens en l^dir y ^
qui nom donnent leurs rêveries pour de beaux dogmes. Gabriel Zer-
bus y ajoute ce caradere ; ceux qui ne font état que des remedes
quils affectent y pour fe difinguer de ceux qui ne fe fervent que des
pim ufitez,. A quoy je voudrois joindre les jeunes préfomptueux,
puifque Jean Damafcene dit formellement que nulli fudtofo tre-
dendum ejl , nifi ætate profato. Mais plus particulièrement les
mauvais plai fans , tel étoit eeluy qui répondoit à quelqu’un qui
luy reprochoit qu’il ne faifoit pas ce qu’il ordonnoit
ce que la Medecme nt ordonne di ordonner y n'en fais quant ta mop
que ce qu il me plaît. . Ccluy qui bcùvant du vin dans fa fièvre »
répondit à ceux qui luy demandoient pourquoy il ne beuvoit pas
; de la décodion de chicorée , Hipocrate a confeiüè la liqueur du
fruit de ta vigne à fes difciples , é" ^ refervé les eaux difiüèes pour les
malades. Celuy qui faifant manger àfa femme malade une fou-
pe de lànté» dit > qu’il faut, traiter de cette nyaniere les gens
qu ôn aime. Il faut, dis-je , éviter ces plaifanteries ; car covùva^
dit Galien à ce propos , elles ne font point du tout d’un Mede*
çin fage & ferieux. Voicy encore en paffant comme un Poète
apparemment Médecin s^en explique.
Ceux qui des corps arides ,
Sçavent faire en tout âge évanouir les ridés y
Seconde’ Pâme, èjiap, XVIL -551
Ceux qui four eux ont frü le fart i des 'vafeurs 5
Ceux qui â^un feul unguenti comme hardis tromfeurSy
Promettent de guérir clous i catkers i flaye ét bo^e P ,
Ceux que Dame Venus fait aller en caroffe ,
Ceux qui font un fecret du fameux Quinquina > i
^tfilsdifent avoir feuls té' qu aucun autre n a >
fçachant travejlir en noble fabrtfuge -,
T font courir les gens comme au dernier refuge.
T 7US ces fourbes enfin en tous quartiers éfars > ■ ^
Soit Doreur en intrigue > ou DoÜeur en flacards >;
^ui fans examiner ni caufes ni fymftômeS y
Vont combatre les maux comme de vains atomes.
Mais tous nos Auteurs conviennent qu’il n"y en a pas de plu^
dangereux que les yvrognes , comme nous l’avons cy-devant
marqué. En efFet, un homme de plume , un homme d’épée >
un Arcifan & tant d’autres , ne font pas neceflaires à tous les mo-
mens & à tous les hommes comme l’eft un Médecin, qui doit
être le jour & la nuit maître de luy-mcme & de fes veuës , ôc
bien éloigné de l’infolènce dé ce Gointus dont parle Galien",
qui vouloir que fon maladé foûtint Codeur de fon vin , puifqu’il
foûtenoit l’odeur de fa fièvre. A quoy l’on pourroit bien ajouter
les joüeurs d’habitude&de Profeffiofa : car en vérité un homme
qui a manqué un grand coup dé de ou de carte, ou qui a perdu
fon argent, ne penfegueres, quand il vient à fon malade
tre chofe qu’à ce coup fatal qui fait fon chagrin , ^ qui occupe
fon imagination. Sur quoy nous pourrions bien nous étendre ^
& faire de belles induéllons fi nous ne voulions faire icy grâce
aux vivans & aux morts , & fi nous ne nous contentions de, ren¬
voyer les Médecins qui ont cette pampn aux remedes qu’ils y
trouveront dans le Traité àc paf€haf. fufim:y ma.rq\ié ci-devant
page i8i. ]c pourrois bien encore confeillerà ceux qui ont des
défauts , tels que celiiy qui infedoit les pauvres malades de la
puanteur de fon haleine , de ne pas fe mettre dans la pratique ,
parce que les pratiquans ne doivent rien avoir de choquant , êï:
de rebutant pour les malades, raifon peut- être pour laquelle, le
Pape Urbain V. dans une de fes Bulles, défend aux Univerfte^
de recevoir les boffus , boiteux, galieux,npi)cptiques ôc laids,
tels que font bien desMedecins qui font bien les beaux Je cpnelu-
ray donc icy fimplement , fans rappeler fur les rangs nos fameüx
_ Médecins , ê: fans donner pour modellcs les preux de la M,çr
Xxx 'ij
G/tle». Commern.^.
in 6. l.pdem.
Etiam fpurios.
Medicus felicifli-
mus cil; ubi in acte
perfcdus & mo-
ribus optimus.
V. îih. HifocraP.
de legs,
MftrceU.
in Tdura,^
V. Vi?jnÂ-ettmX. â&
mtonhus con^ul^
Medkin^
'j jx Ejjais de Medecme*
decine de nôtre fieclc , parce que cela pourroit être trop Ion»
& paroîtroit afFedé, Je çoncluray, dis-je, avec Erafme. ^
Q^e Iç Médecin n eft parfait que quaiKi la fcience & la pro¬
bité s’entredopnenç la main , ÔC fe rencontrent en un degré
éminent , qualitez à la yerlté qui ne fautent pas toûjours aux
yeux de cepx qui les cherchent , quoi-qu elles fe rencontrent en
effet en quelques fu|ets, -
Félix Ue rfmft ilium
Felkem mugis fui f Met utroque
^iprohmiatqueidemJoSius.
Car qui doute quhl n’y en ait
if un. autre camBen y
; JOtCifeMmens âi'ver&é^ d'^humeurs bien emtraires^T
peu dl" état é" de biens é" d^'guam ,
, . ^ FormeM tous leurs fouhaks à fermr le prochain >
^ui font dignes Chômeur é‘ dont la benne vie
feinte à leurs grands talens a les aimer convie*
CH API T fl E XVIII.
Des AJfemhlées & Conjuhattons des Meàedns*
T A n t de formulaires dç confuîtations , êc tant de differ-
tations fur cette matkre données au publie pai tant dé
Mededns , marquent afe que le jeu ne leur a pas déplu. AuiS
ces confukations font-elles d’ardinaïre^de l’argent comptant , &
fort aifé à gagner , en comparaifon de celuy des fimples vifites
qu’on fait aux malades ^ fbuvent pures prétentions. Zàcut. Lu^
fitan^ Médecin Juif, eft un des grands tenanspour les Conful-
tânons j mais en alléguant comme il fait une infinité de pafFages
d’^Auteurs pour établir la necefiité 6c rutilité des confeils, ilme
prend pas garde que tout cela ne vient puint au particnlierdes con-
feils^i regardent. la fanté. Autant vaudroîtprefques, qu’il nous
eût allégué un Confm, àiYinhé que les Romains faifoient prefider
aux délibérations de leurs Afiemblées. Ce n’éfi: pas à ïa vérité
qu’^Hipocratc , Ariftote , Galien 6c quelques autres Médecins,
tant Grecs, Lagin^"^ Arabes qne des derniers ficelés , ne fem*
ble-îit être efi^ïv^ement pour la Çoniuhation , an fit ne vou¬
drais- je pas blâmeSrces-Afikîïibléésdc Médecins ,-fi elles étolenî
Seconde Partie. Ch^ip, XYHI. 553
faites comme il faut 3 mais ne fçait-o.n pas, par de fâcieûfes ex¬
périences, qu’il en refaite fouvent plus de bruit & d’embarras,
que de fatisfaftian pour le jnalade&pnur fes amis. ? Il n’y arien
de fl frequent dans Galien que de vair des Médecins difputer
chez le malade fur des fiijets qui ne font rien à la maladie j auffi,
dit ce grand Médecin, le peuple ne manque-t-il pas d’ohferver
ces inconfiderations , ôc de rire de ces gens qui ont une déman-
geaifon continuelle de contredire : Mentes ‘vem f/t^jopn ; & ^ui
tmhmient plutôt leur pMrie cjue leurs premiers ft-atim.em , tant ils
ont peu d’âfFedion pour la vérité. En ejGFetjon mettroit plutôt
d’accord trois Orlogés , trois Almanachs & trois Coquettes que
c^ genre d’hommes s témoin les trois difFerens avis de trois Mé¬
decins , dont l’un difoit que le malade en mouroit , l’autre qu’il
réchaperoit, & l’autre qu’il y avoir du péril dans fon mal ,
tih. de Medicam.
furgantib.
Ut cum mutuis ma-
Icdiâris fc afperfe-
rint inutiliter ante
tempus difeedant.
Galen. lih. i. Me-,
thed. J.
Gtiillelm. Onctac.
in colley, mixtis.
Il faloit bien queSaiiit Jean Chrifoftome eût vende ces opi¬
niâtres dont parle Galien, puifqu’ilen dépeint de fi attachez à
leurs fentimens, qu’ils euffent mieux aimé faire périr le malade
que de fe dédire. Pierre de Blois qui en avoic veu des exem-?
pics s’en plaint à un Medeoin de fon temps , comme d’une chofe
tort commune. Polidore Séraphin dit de ceux du üen ,mfurias
Hornil. ^8. de vh*
Menach.
Epifiel. 4 J.
ignumcjue ruunt , à qiîoy il ajoute , tuneque ires impedit mimum ne
^jjit cernere l’erumm, Onapû obferver ci-devant dans le Regle¬
ment de la Cour de Parlement de l’année 1 5 5 S . ce qui fe pafïoit
alors à Paris dans les Confultations, & ro:nnefçait que trop ce qui
s’y pafîe encore tous les jours. Il feroit donc bien plus a proposdé- ApUrifm
Ion la penfée de Jean Damafcene , de n’avoir qu’un Médecin
que de fe commettre à ces embarras. Car qui vous aÛurera que
Pefprit de Dieu ^qui n’eft promis dans fbn Evangile qu’à ceux
qui feront d’accord entr’eux,fe puifTe trouver dans des AÎïen: blées
fi difeordan tes. Car û l’on m’allegue celles ou quelques Médecins
paroiflenten bonne intelligence,jc puis affurer que ce n’eft foii^
venequ’intereft & cabale. On s’entre appene,on s’entre âpplauditj
on s’entre-loué à la pareille , & on s’entre-fait des pafîe- droits qui
ne valent fouvent gueres mieux que des avis difFerens.Qui nefçai t
aurefteqoe ces Conférences que Duret meme appelé nugurum inCeac. mpeer/it,
garulitutes , commencent par des Préfaces apprifes par cœur , &
que tout ee qu’on y dit , eft plus fait pour les Auditeurs que pour
les malades 5 quoi-que tous les Confultansne foiem pas toûioîirs
également bien fournis- de cqs pieees,^tant il s’es trouve quia
Xsx iij
J 34 Medecine,
comme ces miferables troupes volantes de Comédiens , n’en ont
que deux ou trois qui fervent àtoutes fortes de fujets , mais plus
particulièrement à la fièvre 5 ôc d’autant plus facilement que la
fièvre étant une grande entremeteufc-, elle fe trouve dans la
plus part des maladies , où on n*a pas peine à faire venir la Pré¬
face & les difcours , toûjours prefi: à paroître comme le rôlle
du Poète de la Comedie des Vifionriaires , l’étoit à partir de fa
poche. Celuy qui a convoqué ôt choifi les autres fait l’ouver¬
ture du difcours , & comme on voit dés-là où il tend ôc où va
fon opinion , on ne manque guere d’y donner.
capra aWaltra per [entiero alpejlro.
Il y a bien pis : car on voit fouvent dans ces Aflèmblées des
Médecins fi miferables , qu’encore qu’ils falfent fouvent meil¬
leure figure que les habilles , loin d’avoir quelques pièces étu¬
diées , ni même de fçavoir le Latin , ils ne fçavent pas feulement
leur langue maternelle, au relie hardis à dire des mots^avoris,
du Nerveze, des Turlupinades, & tout ce qui leur vient dans
la bouche pour plaire àùes gens d’alTez mauvais goût , Sc à ce
vulgaire dont on peut dire : . - )
Tûîttcé-qtitl n entend pa^ i au ffi-tot il V admire.
Car il me fouvient qu’un des grands Officiers d’un des pre¬
miers Parlemensdu Royaume,ayant entendu enProvince 4. Mé¬
decins , confultans pour un malade de fcs amis , il donna la pal¬
me de la Confultation a un Barbare , ignorant & pitoyable Me-,
decin, qui n’avoit été eneffetentreles trois autres que ce qu’elt.
une oye avec des cigncs. On voit donc bien par toutes ces
remarques, que la plupart des Confultans ne penfent gucres à
la maladie, à fes caulès, au temperammentdumalade, autems
palTé , au prefcnt ni à l’avenir. Gomme on a commencé pâr du
Latin , que bon que mauvais, on continuë.par quelques faignées,.
bien boire , deux écus de Senné , &: on finit par un grand âixiy
qui vaut bien un Calepinus recenfui. Ce qu’il y a encore à remar¬
quer dans ces fortes d’Aflemblées , & dont les malades & les
fains doivent être avertis, ell que fi on laifle le choix, des Con->
fultans a celuy qui eft le Médecin ordinaire , il ne manquera,
pas de faire venir ceux qui font de fa cabale- Il fe fouvient
qu’il doit une , deux ou trois Confultacions à un tel qu’il n’a
pas encore acquitées , qu’il faut conferver Ibn amitié , fa cha-
landife èC le commerce : car de cLoilîr & de faire appeiler 1^
plus habile qu on connoi^ , il n’y a fouvent rien à gagner avec
Seconde Partie. Ch ap. XVIII. 535
luy 5 il pourroit enlever la pratique fi on le faifoit connoître. Il
faut donc des hommes de la faciende du Clinique , bc qui ne
luy jettent point de pouffiere aux yeux. 'Si tout au contraire
le malade ôc les AlSftans veulent choilir à leur fantaifie , il y a
tout à craindre des differens fencimensde nos Confultans, parti¬
culièrement s’ils font ennemis ,ou de differentes Facultez. Ils
fe brufquent fouventjdit Langius, pour un rien, ou par efprit
d’übffentation. Ils ne cherchent pas la vérité dans les Confc'
rences.-car quelque différence d’opinion qui s’y trouvât , dit
Duret, cela feroit tolcrable , s’ils n’avoient que la vérité pour
motif? mais ils cherchent à contredire ôc à quereller. Ainfî voila
non feulement de l’argent ôc du temps perdu > mais encore bien
du chagrin qu’on fe fait , & qu’on auroit pû éviter avec un feul
Médecin. Il y en a , dit le Boccalini , qui au lieu d’employer les
premiers momens de la vifite à examiner le malade , ôc à écouter
rhiftoiré de la maladie , perdent le temps en préliminaires, en
ceremonies, ou à difputer fur le pas ôc far d’autres intérêts chi¬
mériques, comme fi cela faifoit quelque chofe à la maladie , per-
àono il tempo nel collegi/^re [enz,n> aver ^ifita l' infirma uàita Chi-
"Jlorm del mde ; témoins ceux qui difputoient s’il faloit dire Ga¬
lien ou Galen , pendant que l’occafion . fe paffbit de faire quel¬
que remede au malade. On dit à ce propos , que le Cardinal
Albornos voyant des Médecins qui ne pou voient s’accorder fur
l’cfpece ôcfurles remedes de fa maladie , il leur Fous voilai
îMejJieurs bien empêche^ % fié quoy ^ ne ‘voye^-'vous pas quilya fi
long-temps que je fuis fur pieds , quil efi temps que je me repofe , ^
que fie dorme d'un long fommeil. C’efk fans doute dans ce même
efprit > qu’un Poëte Italien difoit au fujet des Médecins qui
font tant de bruit , ôc qui donnent fi peu de fatisfadion,
La Medicina con fueherhe r è cofe
che fias "i e^ccia carotte h tutti mali
Infin çhe l'huom X per fempre fi rifpofe.
En effet quelles pitoyables conclufions n’avons-hous pas fou-
vent de pareilles confultations ? autant vaudroit dire i
che Mecenate non havena fonno
Lquéra cagion che Mecenate non dormiva.
Car n’eft-il pas vrai qu’on répond fouvent au makdecomme les
Medecitis du Roman Comique, qui répondirent en fort beauLa-
tin au Curé de Domfront , qui les confultoit pour fagravelle ,
qu’il avoir la gravelle, C’eft ce qui obligea un autre ma-kde » qui
Inter Medicos bo-
na opinioniim dif-
fentio , pefllma vo-
luncatum.D^n t. in
Ceac. Hipoerat,
ijo. ■
77.
F. Le Feëme de
L’Abbé d’Aubigm
fur ce fnfet.
55^ Bjjm de Medecme,
aimoic le vin, 6c c^ui voyoic que les Médecins tic difputoientqu«
d’un des fymptpmes de fon mal , Tans aller aux caufes, ôcqu’lfs
lui ordonnoieiit une pcifane fort defagreablc j c’eft , dis-je, ccqui
obligea ce malade à leur dire : MeJJieurs , vous n avez, quamoter
la fièvre: car pour ma foifquon me Uijfe faire t je fiauray bien y re^
dkr. Le fameux Rabelais ne pouvant , dit-on, fouffrirle refui,
lat d’une confultàtiôn faite pour le Cardinal.du Bellay fonPa,
tron , parce qu’elle ne concluoit qu’à une décoébion apericive,
dk aux Médecins qu’il n’y avoir qu’à faire bouillir des clefs,
rien n’étant plus apéritif après le canon de la Baftille. Mais
n’oüblions pas nos indutlions fur une fi belle matière.
Le Neptune étoit fi terrible dans les confultations , qu’il
fâifoit'toùt trembler ,jufqu’au logis, par le fon de fa voix , com¬
me s’il eût falu tout accorder au droit du Trident , jufques fur
les terres de fes collègues, & loin de fes eaux. Le Grand ne
faifoit pas tant de bruit dans ces occaGons que le Neptune,
mais il n’y étoit pas moins maître abfolu ,impofanc non feule¬
ment aux malades par fa réputation , mais aux Médecins qui
redoutoient fon crédit , 6c particulièrement aux jeunes, qui le
régardoienc d.’un oeil de refpeâ: & de crainte.
Si forte virum €[uem
Confpexere 5 timent.
Lé Politique étoit de toutes fêtes en matières de confultation.
Chacun le voulbit avoir , c’étoit le bel-air, aufli étoit-ilundes
plus agréables Confultans de fon fiecle , pourvu qu’on le laiflât
dire. Il fçavoit fi bien qu’il étoit à la mode chez les malades^
qu’il difôit lui-même , qu’aucun n’eût ofé mourir fans lui , &
qu’ils lui dévoient tous un écu d’or oü d’argent. Mais de bonne
foi , ut quid f erditio hac ? puifque tout cela n’étoit que vanité
du côté des malades & dè leurs proches, & qu’interefi: du côté
des Médecins , qui ne le faifoient âppeiler que par complaifan^
ce & flaterie pour avoir fijfi approbation , témoin la querelle
de deux jeunes Dodenrs , dont l’On qui fê piquoit fort de
confcience , dit à l’autre : Sondés feedemem d refiimér i* argent des
confultations inutiles , que tu as fait faire pour Capter la benevolen^
ce de B. . . Quoi qu il en fbit , comme Catôâ dilbit des Rhé¬
teurs de fon tetns ) qu’ils s’appliquoientàl’ârt Oratoire avec
autant de chaleur que s’ils euRenc été prêts de plaider leur
câufe devant Eaqûe , Rhadamancc, de même lePolitiqüè 6C
fës Elevés àpportôienc fouvent tant d’artifice à ces confiilta-
tions
Secônde Pmh, Chap. XVIIL 537
fions qu*il ne faut pas douter que fi ia more eût eu des oreil¬
les, elle n’eût rendu les armes à la douceur de leur Rhéto¬
rique.
Le Petit-homme étoit fi bien affûté de confultations , qu’il en
avoit > pour ainfi dire , un Avent & un Carême tout prêts pour
toutes lorces de maladies , les faifant toujours venir à fou
point , quoi-que rarement au mal dont il s’agiffoit , ôc indivi-
dueilemenc au malade. -
Concluons donc que les confultations font fort fouveht inu¬
tiles : car fi l’on m’objecte qu’Hipocrate confeille à fon Msde- l. de PrAferifi
ein d’avoir recours à fes Collègues s quand il eft en doute , je
répons que cela efi: bon , quand les Médecins qu’on appelle,
font tels que les demande Hipoerate même, graves , doux,fidé-
/ri , 5 s’ils font comme les veut Cafliodore , doux ,
defintereirez , confolans , & tels que les demande l’Auteur du
Luminaire J Içavans', fîmples , finceres , fidèles , commodes ; M^hônf.kPonech.
aurrement cette pluralité de Médecins fera une de celles dont
en a dit r Plures omdere medeitdo Cafarem\ Et comme a dit quel¬
qu’un : Omtiones funehres adhuc <viventmm Agroîum , fùnejla frA*
nüntiæ , hof^itiique mortis defignatrices. AufliRhafes,JeanDa’-
mafeene , Cardan & tant d’autres nous aflùrent que
confuliP' Medicos yincidit m erràrés plurimorum. -
Impediunt certe medicamina plura faltitem y
No?2> plures Medici ,fèd pMis unm e^t.
Nîinquamycyedemihi,kfnQrbolevabitur<&ger-
Si muUis Medick ereditur ma faim:
A moins do cela voici encore une fois l’avis d’un habile hom- uîemym. Darius
me fur cette matière : Ejlo unm , bonay, fidelii , Gathdiem , Jî mo- irt Medic. catheL
rkndumsujfihoc'unomorere. polmc.
Erafme dit d’un pauvre malade qui avbît eu dix Médecins
en confukation y ^ qui ne laiffa pas de mourir après cette ce¬
remonie 5 que c’ étoit plus qu’il n’en faloit pour faire mourir non
feulement un malade , mais Phomme du monde le plus fain.
Auffile Pape Clément VI. qui avoit eu grand^ raifon de fe
voüer à la Vierge Mere , pendant une maladie où il étoit tom¬
bé entre les mains de huit Médecins , rie fe tira-t-il de cette
affaire que par une efpece de miracle’, qu’un Poëte du tems
exprima en cette manière :
^uejlo è un veto che Papa clementC -
Jquefia mjkot Donna a fodisfatiQ ■
- T ï Y
* Pt^mium qtiôd
coafervâtôn rèd-
ditur. Xem-
fhont.
Efdr& 4. k
"J J g ElJais de Mededne.
perche da cm Meàtci a d’un trMto
' fjo likero t tniracolojamente î
C H A P I T R E X XIX.
De t honneur ou delà reconnoijJkn.ee due aux Médecins
La reconnoilTance qn‘on doit aux Juges > aux Avocats &
aux Médecins , n*eft pas un falaire ni un payement , mais
un© marque d’iionneuf. En tout. cas , dit le jurifeonfuîte, fî
e’efl un falaire , il n’eft que pour la peine du corps , Solviiw
fro corfûref!> f^î-tica ^ non fro munere fanitàtis , le fervice que lés
Médecins rendent., ne fe pouvant allez payer. Les Latins ap¬
pellent Honor/^rium en general la reconnoiffance qu’on doit aux
gens de Lettres , les Grecs mais quand il s’agit des
Médecins,, ceux-cy l’appellent gffis-poK. * Les Hebreux appellent
toute forre de reconnoifiance Beroch , benediMon é^minàMh squi
.cft proprement le prefent que l’on donne aux Rois & aux Prin¬
ces par honneur. Quoi qu’il en foit , on n’eft pas à prefent , fi
foigneux de rendre cette marque d’honneur aux Médecins.,
qu’on l’étoit autrefois. Je ne fçai lî la pauvreté fille du luxe &
de la vanité qui régnent par tout , ou le mépris que les Mé¬
decins fe font attiré , ne feroirpas caufe de ce changement,
ou s’il ne feroit point arrivé par hazard ce qui arriva autfefois
à Rome par l’adrelTe des Magiftrats , qui ne trouvèrent point
de meilleur moyen de ruiner le vilain commerce qu’on faifoic
alors de la Medecine , que d’admettre en cette Capitale du
monde les Charlatans 5 ou enfin fi le mal ne viendroit pas , &
particulièrement à Paris de/ toutes ces caufes. Ce qu’il y a de
pins affuré èft , que comme il arrive fouvent qu’on eft dégoû¬
té par la quantité des viandes j de même le nombre infini des
Médecins êc de ceux qiii les contrefont a rendu l’Arc fi
méprifable , que bien {bu vent on ne fe fert des Méde¬
cins qu’à- l’extremité -, ou fur l’efperance de ne leur don¬
ner ^ue ce qu’on voudra : injuftiçe d’autant plus grande que la
fancé eft d’un prix infini , ôc que nonobftant le defordre qui
5’ eft glUTé dans là Profeflîon, il y a encore quelques bons Mé¬
decins à Paris & dans les Provinces qui méritent bien qu’on
Seconde Partie^ Chap.XIX. 535
les diftioguÇ|)ar quelques marques d uenneur. Qu.and on n’%13.-
roicdoQc, pour être conv-aincu de ce devoir , & de la dureté ,
dont les convalefçens lêmblent fouvent faire trophée , que Le
texte & la glofe la plus na-turelle de cet Oracle ; HommMe-'
àicum , ià efi , ex tua fubflama. Ne feroit-ce pas alTez pour l’in-
ftruction de ceux qui fe contentent de .donner des paroles êc #
de faire des reverences : car enfin le terme de fubfimce au lan¬
gage de l’Ecriture fainteî s’entend d’autant plus naturellement
de ÏBdmmire, que faint Paul appelle honomria-> les portions ti¬
rées du fond des aumônes des Fidèles affedées à l’entretien
des Prêtres & des veuves. Car c’efl: ce qu’il honorer les
véritables veuves, & ce qu’il entend j en di faut que les Prêtres
font dignes à' un double honneur , terme qui a pafle des Juifs
Helienifies dans les expreffioas de ce Saint j èc de là chez les
Jurifconfultes , pour marquer Ce qu’on doit aux Avocaîs & aux
Médecins. En effet l’honneur , dit faint Jerôme‘, ne fe prend
pas feulement pour des déférences , des falutations & des ce¬
remonies , mais pour des prefens^ pour des dons , & pour tou¬
tes les chofes neceffaires à la vie des Prêtres.&des Médecins.
Tous nos Théologiens font de ce fentiment', & particulière-
ment ceux qui ont commenté le '3 8. chapitre de rEcclefiaftique, jr. vaieftum de ’
où il eft parlé de ce devoir des malades : a quoi on peut ajou- facr» :,
ter que c'efb une chofe d’autant plus honteufe aux Ghré-
tiens d’en vouloir douter .5 que les Pages Payens mêmes
s’en font acquitez avec beaucoup de generofité. On con-
fecroit , dk-on , à Minerve la première reconnoiffance qu’on * Mmeryaî.
recevoir de chaque difciple. Les PEilofophes ne faifoient au¬
cune difficulté de la recevoir; c’ efi: ainfi que Socrate, Arifto- j/
te , Æfehines , & tant d’autres prennent les prefens qu’on leur
fait , & que le Philofophe Eicon a foin d’honorer Pafitheme carioni mifi ue
êc Media qui l’ont guéri. Et le Poète même n’entend autre cho- fîbi honos habea-
fe par le terme d’Eonneur , que cette recompenfe qu’on doit à
la vertu, tL aux Profeffeurs des Arts & des Sciences.
Hic petatis honos, ...
Cicéron honore fon Médecin de cette maniéré. ^ Seneque fe
fait une affaire d’honneur d’en ufer ainfi. Cependant ‘
Scire valant omnes mercedem folvere nemo.
Mais les. grands Princes , les Republiques & les fages.Magi-
Yyy ij
i» E»(6miis Medi-
Calumnia con-
turbat fapicatcm,
& perdit robur
eordis illms.
"BAeleJiafiicî
Ejjais de JMedecîne,
ftracs n’en ufoient pas autrefois , ôc n’en ufent pas encore à
prefent , comme fait tout ce qui a un efpric de peuple. Ces
Legiflateurs fe font fait une Loy de leur établir des penfious
&: des recompenfes honorables j parce que , comme le remar*
que Erafme , on ne peut allez reconnoître le bien qu’ils font.
ÊnclFcc quelles peines & quelles incommoditez n’ont-il point
à fouffrir , le jour , la nuit i à la ville , aux champs ? Quel plai-
fir de voir des objets lugubres , mélancholiques, mal-propres;
de rifquer fa vie dans un air puant & contagieux., jamais
à l’aife , jamais en repos. , toujours trottant autour d’une
Ville.
Hic 'vifum vociit ■> hic màitum trifiia -
Sfretü omnibus ojficiis ’i cubât hic in cotle ^mrim -i
Trans Tiberim 3 longe cubât hic prope Cdfam hortos j
llle in extremo Aventim-, nji fendus uter^ue.
Lucien plaint Efculape d’avoir à converfer avec des mala¬
des ordinairement chagrins, emportez, ôc fe prenans au Mé-,
decin de la longeur de leurs maladies. De plus, fi ce Méde¬
cin fait fon devoir , & qu’il n’ait d’application qu’à fon mini-
ftere , quelle vie de n’avoir pas un moment à donner au loin
de fon domeftique , & de Tes affaires du dehors , & de n’êtrs
jamais en état de jouir de quelques-unes de ces douceurs de la
vie, pourlefquellesla Medecine n’a aucunes vacations. A quoi
on peut ajouter la calomnie quj fuit toujours les mauvais fuccés,
êc qui afflige toujours un bon cœur. Et c’eft-ce qui faifoit par¬
ler en ces termes une femme qui ne confeilloit pas à une fiU©
d’époufer un Médecin chez un de nos Poëces.
Mais mjec quelle ennui , de quel air verrons -mus 3
Vans la part qu en doit prendre aux chagrins d’un MpeUXi
Les cuifans déplaifirs les rudes tempêtes
^tfun emploi Ji bi^rre attire furH^eurs têtes ,
Et la confujîon quils ont d tous moment.
^don les prenne en défauts fur les évenemens , ■
Ils ont beau fur fon fait confulter la nature ^
Elle ne leur répond que par la conie£lure y
Et leurs Arrêts de mort en condamnent fouvent
,^i pourvoient bien un iour les voir aller devant
La vapeur quau trepied humoit la Pythoniffe ^ ^
Et celle du Bafin dans ce noble exercice :
;^mi quicy le parfum en fait un peu plus fort ji
Seconde Partie. Chap. XIX. 54^
r obfcure é^ui'voc^ue ont heamoup de rapport',
£t de qtielqu autre fonds qu ils tirent leur fcience t
ils nont rien de certain que leur doUe ignorance ^
£ans qu ils pnifent prétendre ■> y 'i^oulant raifonnery
D'autre éclairci fement que pour bien deviner.
Et que pour trouver lieu dans ces [ombres tenebreSi
De former en concert leurs oraifons funèbres ,
Du fouvent on leur voit prodiguer leur latin»
Lorfque la douleur prefe , ér gid^on tire h lu fin.
ïl faudroic donc quelc^ue petit addouciffemeiit j & pour ainii
'dire î quoique leurre , pour obliger la jeunelTe à s’engager à l’é¬
tude & à la pratique; Je fçay quele grand Hipocrate n’approu- Epijl. ad3cn»t.Ab^
jfc pas fort que le Médecin faffe une padion avec le malade 5 deritm.
qdil VGudroit qu’on exerçât libéralement un Art auffi liberal de decenti
que la Medecine 5 qu’il fe plaint (quelle a paffé de l'étude de la L.de ^rxceptionih.
fagefie dans le commerce dès hommes. Je fçay même qu’il a crû
qu’il feî*oit plus avantageux au Médecin de pouvoir tacitement
reprocher au malade fon ingratitude , que de la lui marquer
par quelque plainte , ou par quelque demande. Je fçay qu’Âu-
ibne rend ce témoignage à fon pere » qu’il fe eontentoit en fai-
fant la Medecine , du plailir qu’on fent à bien faire 3 que nos
Cafuites défendent même de rien exiger , particulièrement
quand la douleur ou la peur preflTent le malade ; ôc que comme
il n’y a que fefperMjce de la montre Ôc du payement, qui faf-
fent aller les fimples foldats aux occafions fies Capitaines n’ont
point de plus prcflànt motif que l’honneur de la vidoire qui les
anime. Je tombe, dis -je, d’accord de tout cela 5 auffi les hon¬
nêtes Médecins ne marchandent-ils jamais avec- les malades.
Mais fl le Médecin eft honnête , faut-ilquele malade foie mal¬
honnête à l’endroit de fon bienfadeur î Car fi le fouverain
Médecin guérit gratuiment , comme le remarque faint Cre-
goire , ç’efl: qu’outre qu’il eft la bonté même, & qu’il le fait
d’une parole, il n’a pas befoin de nos biens 3 mais quant à ceux
qu*il a établis pour guérir par des vayes naturelles , ils ont bien
autre chofe à faire , que de dire : Surge dr ambula ,ôcc’eftpour
cela que le malade eft obligé de faire quelque chofe pour ce¬
lui qui a tant travaillé pour lui. J’avoue qu’il feroit à fouhai-
ter que les Médecins étant gagez du public , fuffent excitez
par là à travailler plus pour la gloire , que pour des rétribu¬
tions journalières. Mais puifqu Hipocrate tombe d’accord qu’on
Yyy iij
t’ de Pnceftlonih.
I- Cicen-
X. Tacif, Senec.
’Auhlar. fcen. j.
art. y
Ipigramm. l. 9^
Ejjais de Medecine,
peut même faite marche en de certaines occafions , ^ q^»QJJ
ne peut raifonnablement refufer VHonormre qu’aux ignorans
& à ceux qui abandonnent le malade j puifquc k noblef-
fe de l’Art' ne confifte pas entièrement en ce qu’il fe faitgra-
Êuitement, témoins les reconnoiflances qu’on fait aux Prêtres &
aux Juges, & qu’enfin pour parler avec Calïîodore , puifque
les gains font jtiftes quand ils ne font tort à perfonne, & quand
ils font honnêtes j puis , dis je, qu*il en eft ainfi de la Médeci¬
ne , ne doit-on pas en eela fuivre les loix ôc les coutumes de
chaque païs, quand elles font raifonnables? i. Honos dit mes ^
2- vis worborum frMia medentibus , 3.7^ àeterius cofttmgatquii
m Jihi ifut/que cdveM Mcdicm. Car quelle coutume que celle
des Gots , qui obligeoit le Médecin à guérir le malade , s’il
vouloir être payé , ou à payer les frais de la maladie , s’il ne le
guériflbit pas ? Le Médecin du Comique eft bien plus pré¬
cieux. ^
Nummo [um conduBuS -
Plus ]um Medico , merceâe opm eff.
Car quant à Martial ^ c’eft un jeu d’efprlt que ce qu’il dit
de la récompenfe à laquelle un Médecin fe relâchoit fi bon¬
nement.
Smtonicu medicMu> dédit mihi foculu virgu , /
, Os hominis mulfum me rogut Hif osrates.
' Xum fiupidm mnq.uum me tu^uto G^me fuif:i ,
Chdcea donunti chryfea qui dsderas.
JOulce diquod mums ^ fro mumre fofeit unmm
Accipiat i fed fi getut in HeUehoro,
C’efl: donc fuivant le travail du Médecin , & proportionné-
ment aux commoditez du malade , que les loix ont réglé h
chofe à Paris dans les autres Villes riches du Royaume, on
on fait la condition du Médecin plus a^rantageufe que dans les
petites V illes. On donne , dit-on à Londres , douze ou qujoz^^
livres pour la première vifite , & la moitié pour les vifites fui-
vantes 5 mais apparemment qu’on n’cfl: pas fi liberal dans les
autres villes d’Angleterre. Quoi-qii’il en foit, la rcconnoiffanc^
cfl: fi jufte , étant fondée fur le droit naturel , que plufieursCa-
fttiftes vont jufques à foutenir , que le Médecin auroit droit d^
la demander àun malade qufl auroit afiîil:é,ou contre fon gre»
ou fans qu’il le fçût. A quoy ces Cafuiftes ajoutent même
que ceux qui auroient mandé le Médecin pour ce malade >
Seconde Partie, Chap. XIX. .545
pourroient fe faire allouer en juftice ce qu’ils luy aiiroieat don¬
né pour fes vifites. Cependanc il y a des gens fi peu raifonna-
bles, qu’on diroit à voir leurs maniérés que c’étt encore trop
pour le Médecin d’avoir l’entrée de leur maifon , & qui ne fon-
gent non plus à leur devoir , après que le Médecin s’eft aquitté
du lien, que s’ils étoienc exempts de tous les devoirs d’iionnê-
teté. Il y en a d’autres qui promettent tout quand ils font ma¬
lades. ' Ægros vide fî fflor-
Medicü in morbis totus permittitur orhk. ' , pcnculum ad-
ht qui^ comme le remarque henequerle mettent a les pieds , Mcdicorum genua
quand ils font preffez du mal 3 mais le péril palTé, iis fe mo- tangant. ic
quent , pour ainlî parler , du Saint. Dés qnon a bâ , dit l’Oracle , * ^ •
tourne le dos a la, fontaine 3 dés qu on a prefé l'orange on la jette. * Oracul.
Si le pauvre Médecin eft un Dieu pendant quelques jours ,
ce n’eft plus qu’un Ange quand la douleur ceffe un peu , & £
tout va de mieux en mieux , c’eft encore moins , ce n’eft rien
qu’un homme 3 6c enfin un vray démon quand il eft queftion
de payer, Lucifer mutât m in carbonem. Voila fes trois faces.
Et c’eft ce qu’une Epigramme des plus communes nous marque
en peu de paroles Très Medici fades , &c. Sc ce qu’un de nos Poë^
tes a dépeint en ces termes , d’après les Eftampes qu’on envoie
par tout.
La figure ddetn Dieu , la figure dé un Ange ^ ^
Bt celle d'un démon fait un contrafte étrange ,
oit fans y bien garder V unité du dejfein ,
_ Von veut^^prefenter le fort du Médecin,
La par-tmirle malade avec fon air [everei
^ui le reçoit d'abord comme un Dieu tutelaire f
De toute la famille on le voit honoré,
Bt dans l'exprejfion même prefque adoré.
Icy vous le voyez, dans une autre pofiure,
^ui femble l'afiurer d'une fanté future ,
Bt montrer de La main qu'il ejl hors de danger ,
Ce qui fait le Théâtre é‘ l^ Scene changer ,
Ou Le fçavant pinceau dans la main d' un grand BAlaître i
Comme un Ange du Ciel la fçû faire paroitre ,
Faifant voir par l'accueil de tous les jâfifians ,
Combien ce grand fuccês les a rendus contens.
Mais voicy qu en ce groupe , il ÿarott effroyable,
oh l'Art luy donne un mafque ^ la laideur d'un Diable.
J 44 de Medecke.
•Ace hldeua afpeé^ , voyez, comme on s* enfuit .
Et comme vers la porte un Laquais le conduit,
jy ou vient, me direz-vous , cette figure horrthlel
C'efi quil le faut payer é‘ mot efi terrible ,
Tout grand Dieu qu'il était, > il a dégénéré , '
Et l'on ne le voit plus quainfi défiguré.
- . On vent avoir droit de fc plaindre de la Médecine & du Mé¬
decin , cela eft même à prefent du. bel air , & on ne. veut pas
quil Te plaigne de l’ingratitude de ceux qui fe plaignent fl mal
à propos. Ariftophane voyant que les Athéniens fe plaignoient
de l’ignorance de leurs Médecins , leur infinuë qu’il ne tient
qu’à eux d*en avoir de f^avans qu’il ne faut que les recora-
penfer largement pour les obliger à bien faire. Ainfi, il n’ya>
pas de plus méchante épargne que celle qu’on fait de la recôn-
noilTance qui leur eft due. Il fe trouve tant de niomens pref-
fans aufquels on peut en avoir befoin , qu’il y a bien à appréhen¬
der qu’ils ne foyent alors à qui plus leur donne. de vilains'
hommes, &pour ainfi dire que de vilains banqueroutiers de là
Medecine,qu’on a fortfpiritueilement comparez aux ladres de
l’Evangile , decem curatif unt é" egitgratm. On dit d’Her-
* mcilmm. mocrate*-)e qu’il étpit un fî extravagant avare ,qu’il>s’inftitua luy-
même heritier de fes biens par fon Teftaraent , aimant mieux
mourir qpe de donner quelque chofe à un Medêcin , qui l’au-
roit pu tirer A’afFaire. Mais, quelle plus grande folie que celle
de l'avare Criton , qui étant tourmenté d’une doule r d’efto-
mach , au lieu d^’y mettre ordre par de bons alimens & de bons
remedes, y appliquoit une piece, de monnoye , après l’avoir un
peu çonfidemée comme un topique fou verain? ]e. ne m’étonne
donc pasfic’étoit en vain qu’un Médecin vouloir faire entendre
rairon à uh avare qui luy demandoit comment fe portoit un ma¬
lade de fa famille en luy répondant un peu mieux , mais je nt
un autre fe proporant dé faire faigner
~ un malade de même humeur que le Ÿ^'éceàcm y ex venà area ,
ne cotnprit pas ce Latin. '
Cécile honte à ees vilains. hommes de vouloir qu’on fc facri-
fie à leur fervice , fans vouloir facriher la moindre petite
de monnoye. à leur propre bien ? N-e devroient-ils pas fçavoir
que les petits prefens^ rendent les hommes-ôcies Dieux propices,
^ munera plaçant haminefque deofque. QjiQi-que le Seigneur nait
befoin de rien , ft veut neanmoinsv quelque petite reconiioiftan>
Seconde Partie. Châp. XÏX. /45
cc de ce que nous tenons de fa bonté , af^arebit coram me
rvacM-fn. ^j^on , dit Sencqne , tout ce qu on voudra
four leMedecm érpurceluy qui nom enfeigne^ on naura 'jamais affe[ hneficus Ub. c.
fait four ce quon leur doit. EfFeâivement on ne les enrichi¬
ra jamais par toutes ces petites reconnoiflances , tout ce qu’on
leur donne n’ed; qu’une marque d’honneur femblable à celle
qu’on donne aux Profeffeurs , ôcde quoy les faire fubfifter avec
décencej c’eft àpeu prés comme ces Médaillés que donnent les
Princes , Sc comme ces manières de monnoye qu’on diftribue
aux membres de quelques Academies , plus pour marquer l’efti-
me qu’on fait de leur application , que pour leur tenir lieu de
falaire , & dont un grand perfonnage a dit en cette occalion.
Calcule fac nojlris faveas argentee libris
Si défit mmmm , tu quoque nummm etis.
Ce n’cftj dit Erafme, qu’une ingratitude à l’égard des Jurif-
Confultes ,* mais à l’égard des Médecins , c’eft un facrilege que
de leur dénier la reconnoiffànce qui leur eft dûë. N’avons-nous
pas veu ci-devant, que des Princes ont accordé des droits de
Bourgeoifie dans de grandes Citez j à des Médecins de mérite.
A quoy on peut ajouter que la fameufe ville de Tebris doit fa
fondation à la reconnoiffànce dûë aux Médecins. Car h l’on en
croit lHiftoire,Zeb-El-Caten qui lignifie la fleur des Dames,
époufe de Haron Caliphe de Bagdet , étant tombée malade l’an
de l’Egire 1^5. Sc ayant été guerie d’une maladie qu’on croyoit
mortelle , fon Médecin ayant demandé pour fa récompenfe
qu’on fondât une Ville en fon païs , qui confervât la mémoire
■de cette cure , elle en fit bâtir une , qu’on nomma l’ebrü , parce
que Thebdgmde Medecine,&que ris eft le participe de voyagst iucheva.
qui lignifie verfer tréfandre ^ faire largeficiCn langue Perfîenhé;: lier chardi» , page
car la maniéré dont quelques autres rapportent la chofe , eft
prefques le même.
Mais fi le malade eft obligé de fatisfaire à fon devoir à l’égard
de fon Médecin , il faut aulïï que celui-cy fçaehe comment il
en doit ufer à l’égard du malade. Il y a des Médecins fi altérez ,
qu’ils ne font jamais contens qui regardent, dit le jeune Pli¬
ne , un pauvre malade comme une ferme 3 indignes Pafteurs
qui écorcheroienc s’ils pouvoient la brebis , au lieu de fe con¬
tenter d’un peu de lafne-êc de lait,y?ro modo laboris._ Mais cette
décifion d’un grand Philofophe , grand Théologien & grand
Saint , n’empêche pas qu’ils ne fadenç un éléphant d’une mou?
5^6 EJJais de Medecine,
che , fc figurant les fervices quils ont rendus comme des fer-
vices de mercenaires , le conàitio ferfonarum leur faifant encore
regarder toutes fortes de perfonnes , comme s’ils étoient tous
riches en des temps & en des lieux , où il ne s’en trouve pref,
ques plus. Ainfi voila les beaux Aphorifmes de ces Médecins
Grippefous. •
Exige dum dolet poji eümm Medicas olet.
Exige dum dolor ejl , nam pejlquam cura recivit
Audehit [anus dicere multa dedi.
Dum dolet infirmus Mtdicus fit fignore firmui
Ars qu£ non venditur 'vilipenditur.
Empta folet carh multos Medicina ]uvare
Si data fit gratis nil confert utilitatis.
Medici j ut dicant da da , cum dicit languidus ah ah î
Concluons donc avec Soranus , fans autres indudions que
celles que nous avons faites au Chapitre de l’avarice , que file
malade offre quelque chofe , il le faut prendre fans regarder de trof
prés ce que cefi , & que s’il ne donne rUn , il ne faut rien -exiger >
parce quequoi-quil donne , cela fera toujours au deffom de la grâce
quHl a reçue. Il faut, dit Accurfe , prendre ce que le malade offre
d/e bon cœur & en faire eftime,
Exiguum munm quod dat tibi pauper amicus
Acetpito placide plane (jr laudare momento.
En effet, il ne faut jamais faire de confufion à des gens qui
en ont peut-être allez , de ne pouvoir faire d’avantage: car il
n’eft permis qu’à des Publicains , gens qui moifîbnnenc où ils
n’ont rien femé , de s’enrichir aux dépens de tout le monde ,*
, mais n’oublions pas auflî qu’il y a des gens fi puérilement forroa-
liftes , qu’ils font différer l’honoraire dû au Médecin qui vient
en chaifeou en carofle, de celuy du Médecin à pied ou à cheval,
payant quelquesfois la fanfare d’un Médecin de clinquant avec
unepiece d’pr. . Encore s’ils ayoient une raifon auflî apparenté
que celle du Gentilhomme MiIanoîs,qui donnoit un écuàfoô
Carrera Marcchal , & qui n’en donnoit qu’un demi à fon Médecin pour
c-nfup 4i Medic. chaquc vifitc S parcc , difoit-il , qu’il faut être bien plus habile
pour guérir un animal qui ne s’explique pas de fa maladie , qu^
pour guérir un homme qui en raconte toute i’hiftoire, Q^oî-
Seconde Partie. Chap. XX. S47
qu^il en foit , c cft toujours une bonne politique, comme nous
i’avons remarqué ci-dclTus, d’offrir au Médecin ce qu’on peut
fans s’incommoder 5 c’eft le moyen de l’avoir en tout temps &
à toute heure : car croit-on que l’Oracle même d’Apollon ré¬
pondît volontiers aux ingrats > point du tout , dit un bon Auteur.
Nientefa refnàiri Medici mW o^re , e fa tacer le mtifeyC rende A^qU
lo jnututo.
C H A PITRE XX. ET derkier.
J)es Mededm de differentes Faculté^, & de ces Faculté^
en particulier,
SI le terme Latin * qui fignifîe en nôtre hng\iC)tieence,j>er-
mijjion érf actif té, aufîi les richeffes, pris au plurier ; il
n’y a pas de meilleures licences que celles qu*on prend avec per-
miffion & facilité , dans les Bureaux des Recettes &: dans l'E¬
xercice des finances. Cependant il fe trou ve toujours des gens
preft à porter leur argent à quelqu’une de ces Facultez , d’où
on n’apporte que des bayes , * ou tout au plus une Licence de
reprendre , où on pourra & en détail ce qu’on a donné en gros.
Patres mjlri comederunt vos , ms vos , ét vos comedetü altos , qui
n*efl:pas une grande efperance. Cependant chacun ne manque
pas de paroître content de fes honneurs , de s’en faire fort
accroire.
Sunt é‘ c[uthus unda
Cafialia vtlt cum faupertate bibmtur
Et placuit cognota fami dtilciffima fama
Et de difputer chacun pour fa Faculté comme pour les Autels , &
les foyers , quoi-qu’elle ne mene fouvent à rien. Ily a à la vérité
d’autant moins de fujet de s’en étonner que ces difputes ne
font pas nouvelles : car quant aux Facultez de Médecin e, quoi¬
que les anciennes Echoles de Gide, de Rodes & de Cos ne
fuffent autorifées que par la réputation de leurs fu-ppofts , &
qu’elles ne fuffent pas foûtenuës comme les nôtres de l’autori-
ré des Princes & des Souverains Pontifes ^ on nelaifïoit pas d’y
difputer de l’ancienneté, du mérité & de la.certitudc des dog¬
mes. Et voila comme on a infpiré depuis à de jeunes gens Fcf-
Seipitn. ie Mtrcur,
lib. i. cAp. c.
lib.i.cdf, ig,
* TMultot.
lAeulmes.
* Bace/tlaureatur,
F r mer e fus
^cpula^'. lih.
T'er-romm,
M.
iS (jp 1-5,-
iàtà. 4
5^8 > EJJais de Mededne.
prit d’orgueil & de divifion , fe conientant de les faire Dodenrs,
fans fe trop donner la peine de les rendre dodes. Ce n'eft pas
que je blâme ces lettres qui font une déclaration des preuves
que la jeunede a donné de fa fuffifance 5 maïs il feroic fort ne- ,
celTaire que ce qu’elles contiennent fut véritable ,& que quant
à la France , on n’y donnât pas ces Atteftations, & ces Lettres
avec la même facilité qu’on fait en tant d’autres païs , où elles
errer, ne dépendent fouvent que d’un Icger examen , ou d’une Thefe
propofée en l’air, foûtenuë de quelques pièces de monnoye , ’
comme nous .le verrons ci-aprés plus au long , marquant cepen¬
dant ce qu’un Poëce Italien a penfé > d’une dés Facilitez de fou
païs. ' 4
fMd per Feymm medicmdo quanti’
Jf^eggQ andar io i che Barbagiani fom
Riàicoli ^ inefperti ed ignormti
Se non jîudiar duo ahni ^ e fur a fkono>
Di gran campana ulfati al dottorato
Ter amici^a optr promeffo dono ^
che ne Arijîetel mai lejfert ne Plafo -
'Tfe Avicenna y o Galen ,ma due Ridettê'
E le Megole âpena de Donato.: , •
C’eft pour cela que' le Cardinal du Perron répondit un jour
à des Profeffeurs en Médecine j qu il ferait d fouhaiter-, qu excepte-
Paris ^ Monpelkr-, toutes les ^ni'verfttef^en Medecinè^ comme Ro'ùenr
Ca'én 5 Bourges y Grange y Angers y tâtant d’ autres fujfent abolies , farce
qu elles m fervent que d^'afde d T ignorance. Cependant ces-deax^
Facultez qu’il excepte , ont plus de peine à s’entre-fouffrir r
r. qne fîelles étoient dépendantes de differens Princes. Car quant:
à celle de Paris, outre qu’elle eft. en de continuelles divilions-
mÿ-. 1.%. chez elle-même. Beîlum Sociale r elle a encore une- guerre étran¬
gère avec celle de Monpelicr y Beilur/L adverfus gentes exteras r
mais ce qu’il y a de plus fâcheux pour les Médecins de la Fa-*^
cubé de M-onpelier établis à Paris , eft qu’ encore qu’il n’y foient
qu'en tres-petit nombre , toutes les autres fe vantent d’en être,*
julques- aux Charlatans; j de maniéré, que fi Fon admettoit les*
femmes à la Licence en quelques-unes de nos Facultez , comme'
on fait chez les Etrangers je ne doute pas que nos Charlata-
nesnefe vamaffent d’autant plus* hardiment d’être Lkentiées
4e Monpslier> que le fexe- fe licentie merveilleufement em
Ftànce de dir^Sc de faire tout ce qui luyr pla-ît.^ Ckft p€>up
Seconde Varde. Ch.^^, XX, 549
cela que les Médecins de Paris, qui ne fe voyent pas trop les
maîtres chez eux , ferablcnt avoir quelque raifon de ne confe-'
rer qu’avec ceux qui leur font connus , ne pouvans facilement
dilünguer dans un fi grand nombre le bon grain d’avec l’y vroie.
Mais ce qu’il y a en cela d’incommode pour le public-, efi: que
quelques Médecins de Paris ne voulans pas avoir plus de com¬
merce avec ceux de Monpelier qu’avec ceux des autres Facul-
tez > les malades ne peuvent avoir la confoiacion de les voir
conjointement ,* de forte que fi Sa Majefié qui les admet tous
dans fa Capitale , n*y apporte quelque rem e de , la raifon & la
charité ,. qui devroient être le véritable motif de leur union ôc
intelligence , ne les mettront jamais bien d’accord. On a parlé
plufieurs fois de travailler à ce grand œuvre y on en voit la ne-
ceffité j ainfi comme ce n’efi; pas un mal fans remeds , après
avoir remédié à de bien plus grands fous les Ordres .du plus
grand des Rois, ne pourroiron-pas terminer une affairé donc
la fin ne dépend que du commencement î Que n’a-t-on point
fait pour l’étude des loix Civiles & Canoniques l Que ne fau-
droitdi donc point tenter pour regler:ee.qui regarde l’exercice
d’une Profeflîon en laquelle il n’efl: pas permis de faillir deux
fois. Ôn plaide fouvent , pour ainfi dire , de gayeté de cœur r
mais on ne confent jamais à être malade y 6c de quelque façon
qu’on le foit, il n’y a pas d’appel du jugement de quelques Me^
decins- de Villages? établis dans de ;grandes Viiles:, comme ilf
en a du jugement d’un Juge guêtré j. ôc même de ceiuy:. é-un
^ ignorant alîis furdes fleurs de lys. L’ordonnance 4^^- Médecin
s’exécute prefques toûjours fans delay , il n y a ni procedure , ni
Supérieur qui corrige le jugement, 6c qui en empêche l’exécu¬
tion , quand une fois le malade s’efb fournis à cette efpece de
Jufifdidion,oii il aeilçore mieux aimé s’expofer que de laifïer^
Taffaire de (a (anté au ha fard ÔC à fabandoni Voyons ddne^r
puifqu’il cfl ainfi,. en quoy confifte le mal de la Médecine en
general, 6c parciGulierement à Paris Ipbur quoy cette Profcfiioa
s’y fait avec tant de bruit 6C fi peu de fruit i ,6c enfin ce. qui fc'
peut faire pour remedler à des défordres qui ne cpntinufeut .5.
que parce que la plupart des Médecins ne pénfent qu% leur'
interet , 6c ne donnent rien ni au prochain ni à la raifonv
Mais pour fÙTC la chofe avec ordre ,= 6C pour fçavbir en quoy^
les differentes Facultez y font difcordances i .difons premiè¬
rement quelque chofe^de kur étahliffement 6C de leurs pro-
Zzz. liÿ
jyQ Ejjais de Médecins
eres, commençant par celle de Paris.
Il eft certain que la Profeffion de Médecine a fleuri en France»
& particulièrement à Marfeille de temps prefque immémorial »
& que quelques-uns de ces Médecins mêmes qui ont tant fait
de bruit à Rome , ctôient originaires de Marfeille, Bordeaux &
Touloufe. Quelques autres Villes de France , fi Ton en croit Si-
donius Apollinaris , eurent comme celles-là de grands Méde¬
cins. Mais quant à Paris , la Medecine ne commença à y être
enfeignée avec la Philofophie que fous l’Empire de Charle¬
magne , temps auquel il y avoit des Maîtres qui lifoicnt dans
fon Palais , & qui pratiquoient comme nous l’apprend Alcuin ,
parlant des difeiplines Palatines.
Aecurrunt Medici , mox Hi^ocratica teBa,
Hic-venas jlndit i herbas htc mifeet in olla >
au coquit fuites , alter fed poeul'U-^frcfert.
Mais à parler proprement & precifément , PEcoIe de Paris
ne fc diftingua güeres des autres avant le douzième fiecle t
car outre qu’elle écoit encore bien avant dans la dodrine des
Arabes , elle n’avoit pas re^û la forme & le caradere de Fa¬
culté, qui la rendit depuis fort confiderable. Tout ctoit alors'
bien venu à Paris, & par tout ailleurs à faire la Medecine com¬
me il luy plaifoit. Les Moines , les Prêtres , les Chanoines ,
tout s’en méloit indifféremment i mais quoi-que la plupart de
ces Ecclefiaftiqucs ne fuflent ni des ignorans ,ni des temeraires,
comme le font ceux de nôtre temps , ils n en continuèrent pas
long-tems l’exercice : car les Papes & les Princes qui en avoienc
reconnu l’abus , ne mirent gueres à le reformer. Le Pape Pelage
ï I. défendit à tous les Ecclefiaftiqucs de fe mêler d’aucun com-
ïncrce feculier. Alexandre I LL défendit aux Moines ôc aux
Prêtres de frequencer les Ecoles de Medecine & d’exercer cet-^
te Profeflîon. La Faculté de Paris de fon côté , fous l’autorité
du Prince, fe rendit Juge de ceux de ces fuppoftsqui contre-
viendroient à fes Statuts , défendant encore aux Juifs, aux Chi¬
rurgiens, aux Apotiquairesôraux Charlatans de fe mêler de la
Medecine , & aux Âpotiquaires en particulier de donner aucun
rcmede fans ordonnance de Médecin. Auffi paroît-il par les Ré-
giftres de l’Ecole , par ceux du Chapitre de nôtre Dame , & par
PHiftoire de l’üniverfité, qu’il s’y trouva enfin de bons Méde¬
cins j mais comme toutes chofes font fujettesà la décadence, on
vit un grand changement vers le milieu du dernier fîècle , paï
Seconde Partie, Chap. XX. 551
l’opiniâtreté , Peu vie , & la difïention des Médecins de ce temps -
Jà^defordre fi fanefte aux malades, que la Cour de Parlement
fut obligée d’y mettre ordre au requifitoire du Procureur Ge¬
neral J comme il paroît par l’Arreit du 13. Odobre 155^. rap¬
porté dans le fixiémetome del’Hiftoire de l’Uni verfite de Paris.
Depuis ce temps-là , non feulement ces défordres n’ont pas laif-
fé de continuer , mais il y en eft encore arrivé de nouveaux :
car fous prétexte de maintenir la dodrine d’Hipocrate & de
Galie^n , les uns fe font oppofezà toutes les belles découvertes ,
les autres les ont voulu foûtenir, & tous de concert fe font li¬
guez avec tant de chaleur contre les Médecins qu’ils appelent
étrangers , que quelques-uns mêmes de leurs fuppofts qui fui-
voient la méthode de ces derniers , furent challez de leur Ecole
fur la fin du hecle palTé , comme nous l’avons remarqué cy-de-
vant j de forte que tout n’a été depuis que confulion , faute d’un
peu de défintereflementôc d’intelligence.
Les autres Facultez ne fe formèrent gueres plutôt que celle
de Paris ;car Oderic Vital nous apprend que celles de Moii-
pelier ôc de Salerne, les plus fameufes de la Chrétienté , ne
commencèrent que vers l’an 1058. Pour moy jene cherche icy
ni le temps précis de leur érection, ni à particularifer le bien &
le m^I , que divers Auteurs en ont dit fuivant l’cPprit qui les
animoit j ce qu’il y a de plus alfuré, quant a celle de Monpelier ,
eft que depuis qu’il ne trouva plus tant d’Arabes & de Juifs,
elle fut fi confiderée, que c’étoit alfez d’y avoir pris fes Degrez
pour être crû bon Médecin, comme il fuffifoit du temps d’Am-
mian Marcellin d’avoir étudié à Alexandrie. G’eft pourquoy
Chrillophor. Clavius en parle de cette manière
Magna fuit quondam Romamm gloria civem
Picier i in toto quod Roma excelleret Orbe
Non minus ergo decm civem nunc effe licai
Montijpeliaci , quoi, tantum excellit. in arts
J?œonia , (quantum Romana excelluit armü.
La famojîjfima fchola, dit Lionardo di Capoa Médecin Napoli¬
tain , di Monjpelii : dacui fon fempre ufeiti ed efeon tuttâvia •valorofi
germogli. Qm doute donc après ces. Eloges qu’elle n’ait été en
France pour la Médecine, ce qu’étoit Abela du temps des Rois
la Paleftine, & pour ainfi dire la Dabir &'lâ Cariathfépher de
V. Rauchin. in A-
■poUinar. Sacro,
f. Stephan. Stro -
hilhergerus Gaüiâ,
àeferift. ToUtico-
Medie. pag.
Ragionamem.
pag. 5» g.
Tôt Medici in
Gertnania quot
niafcæ in Armcnia.
Medefiin.lih q.âe
«xemption hus
decretk nh ordine
faciend i. ^ i. e.
de Profejf. Msdie.
5 J 2, 'BJJm de Medecme,
la lànté ? Anffi les Papes , les Empereurs & les îlois luy ont-ils
accordé des privilèges ôc des prérogatives , dont le détail n’eft
pas de ce lieu-cy.
. Je viens donc enfin aux abus , qui nonobftant le mérité 8c
l’excellence de ces deux plus célébrés Facultez de la France ,
n’ont pas laiffé de s’y glifier, qupi-qu’aprés tout elles fc foient
encore bien mieux confier vées, que tant d’autres qui leur fiont
inferieurs en toutes maniérés. Car commençant par les der¬
nières qui font des Médecins en 24. heures pour fie dédamma-
ger du retranchement de leur gages fiur de mifcrables récipien¬
daires, je demande ( avant que de parler de Paris ôc de Mon-
pelier ) fi on ne pourroit pas leur rétablir ces bienfaits du Prin¬
ce, pour les obliger à une plus grande exactitude dans les Ades
^dans les oétrois des degrez, ou s’il ne fieroit pas plus à propos
de fuivre l’avis du ^Cardinal du Perron , qpi vouioit qu’on les
abolît comme inutiles. Il fie feroit à la vérité bien moins de
Docteurs qu’il ne s’en fait , mais il fc feroit de bons Médecins.
Il n’y en a que trop en France de même qu’en Allemagne , où
il y a, dit le Proverbe , autant de Médecins que de mouches en
Arménie. L’Empereur Antonin ordonna , 6c après luy quelques-
uns de fies fiucce&urs } qu’il n’y auroit en chaque Ville que cer¬
tain nombre de Médecins, dont les principaux feroient gagez
du public. Il n’y en avoit même du temps de nos peres que
trois ou quatre dans les Villes, où on en voit à prefient dix ou
douze , ôc aucun dans celles où il y en a crois ou quatre , tant il
eft facile de le faire graduer dans ces petites Facultez. Ils ne
multiplioient pas alors les vifices fans neceflîté , & les malades
ne les appeloient que dans le befioin 5 èc comme les Médecins
n’étoient pas obligez de fe fauver fur la quantité des vifites, ôC
qu’on les payoit exactement ils fiervoient les malades de même.
Les jeunes, les charitez& les gardes avoient foin des pauvres,
6 ces jeunes barbes faifoient leurs expériences , s’il eft permis
de parler ainfî , 2/i/i emimet ^ é* in> nofocomiü ^ ne trouvant
point alors de Patrons.&de Patrones, aufiquels ils ferviflent aA
^gni cofa. Mais nos jeunes & nos anciens ont bien changé de
méthode , ils courent à tout , émbraflenc tout , prennent & entre¬
prennent tout , & paffent fi cavalièrement ôc fi legerement fur
le tout 5 qu ils n y touchent que du bout des doigts. Meflieurs
de la Religion prétenduë Reformée étoient il n*y a pas encore
admis aux Charges ôc: Offices , ils avoient d’auti^s
Feflcurces
Seconde Partie, Châp. X^. 555
rcffourccs que la Medecine j mais comme ils fe virent depuis cc
tems-là fans ces reflburces, ils fe rctran^erent dans la Medecine,
& s’emparèrent tant qu’ils purent de ce fort , fans qu’on s’ap-
perçût que cela étoit d*une grande œnfequence. Plufieursen- ^
trerent par les petites Facultez , & trouvèrent enfuite moyen
d’entrer 3c de fe maintenir dans l’Employ par les complaifances ,
3c les maniérés afFcdueufcs , dolu^ an virtus quis in hojle requirat.
Mais il n’y a plus rien à craindre de ce côté-là j à quoy donc bon
4 prefent tant de Facultez & tant de Médecins , qui ont fris ér qui samhrien^
prennent tous les jours l’effort en moips de temf s quil n en faut aux fis m reiurattc».
oifeaux four fortir du n^d , puifqü’il s’ên fait même fouvent par -
la Pofte > & par les MefTagers qui leur apportent des. lettres,
où pour mieux dire, de ridicules Acteftations de leur capacité
& vertu.
Qi^nt à la Faculté de Monpelier , quelque chofe que fes
adverfaires en publient , on ne peut nier que les Certificats
•qu’on exige des Ecoliers touchant leurs études , la quantité
des Ades probatoires, & la modicité, du prix qu’on y met ,nc
foyeni des moyens de faire d’affez bons Médecins. Mais d’au¬
tre côté , il faut avouer en premier lieu , que la faveur entre
tropayant dans le choix des Profeffeurs de l’E colle ,- & que les
Regences nefont plus fi ordinairement accordées quLellcs l’é-
toient autrefois au mérité., pour des raifbns qui ne font pas de ce
, Eeu-cy. Les plus finceres Profefieurs s’en fontplaintsily a lohgr /« recher-
temps ., comme on le peut voir dans leurs Lettres. En fécond
lieu, tous les ades des récipiendaires ne font pas afîèz exads , -Monpelier . fa^e
ou s’ils le font , les Profefleurs ne rapportent pas au Condavt
fort fidèlement le foible des répondans qu’ils on t^londez dans ces
ades. En troifieme lieu , les Triduanes , ces Leçons que leBaehe-
lier eft obligé de foire aux Ecoliers pendant trois mois, par les Sta-
tutSjne fe font plus qu’en l’air depuis long-tems \ de forte que les
Atteftations qu’on en rapporte font foulfes , ce qui eft honteux.
Ainfî ce relâchement , qui s’eft infenfiblement introduit, en fait
bien paffer à la montre, les Profelîeurs trouvant moyen de fe
dédommager par cette facilité , dü retranchement de leüjrs ga¬
ges. De la vient qu’ils font quelquesfois des Médecins d’aufiî
bas alloy, que ceux des petites Facultez.
. Jngeniumfibiqmd'vacuasdefHmpfitAthenas
Bt fludiis annos feptem dédit yinferviitquc
Bfbrû é' curù i jlatua taciturmqr ejuit
Aaaa
Hcrat. Ub,i. Epifi^
Effais de Adedecinel
Tlerume[ut ér rifii fofulum quatit, -
Et qu’ils reçoivent mêrrie! des fiijets qui n’ont aucune de ces
difpofuions , lans lefquelles on ne peut rien faire, en quelque
Profeffion que ce foie. Car enfin ,
Sempre nutum Je fortuna trova
Dîfcorde a fe ^com ogni altro femente
Jpuor di fu(!> Région forma laprova*
EsilmondoLàgiuyponeffemente .
Al fondamento 3 che
» . . . Se^uendoluy mra bona ta aente. -
tl mao inè -,9 • •
jSÆa vot torcete a la Reugton
Talthe fu nato a cingerji la fpada
E fato Re di tal che da jermone
Onde la Traccia nojlra e fuor di fe,
Mc Medicumâ Comme s’il n étoit queftbn que de faire d’un Pédant un Mc-
ticcin, & d’un laquais un Chirurgien ou un Apociqtiaire. C’eft
l>rDbatu$fit. T>.i. pour cela quc les Colleges des plus grandes Villes de France,
ïj.Tit.i. tib'. 6, ont jugé à propos d’examiner derechef tous les Médecins de
quelques Faculrez qu ils foient pour y être admis & aggrëgez, la
plupart étans comme le remarque le dode Primerole , fi igno»
rans dans la pratique y -qmuque fupérbes , grands caufeurs contre^
difans , qu il ny a rten de plus dangereux , perdant même fouvent le
refpeâfqu ils doivent à leurs anciens. Docteurs, comme on dit,
en cire ôc en plomb, Bo^ores bullatiy de Ibrdre & du caractère
à peu prés de cjeluy auquel le Pape Grégoire XHI. demaiidoit
yoi fiête dottore y ove addotorato,
Doêêorem té Sulla créât , tibi Bulla decori efi
Butta tibi vires , Butta ponit Titulos
Sed caveas ne forte nimis te Butta perennet
Butta homo es y e^ Do^or y Butta quidergo tûmes t
Les ehofes â la vérité vont fur un autre pied à Paris , mais il
îaiffe pas pour cela de clocher comme à Monpelier.LesDoyens &
les Profefléurs de la Faculté font fouvent fi jeunes , fi peu cx--
perimentez , & quciques-fois même fi extravagâns, qu’on voit
bien que la faveur & la cabale les ont faits. Les feules affiches
de D. Sc femblâbles placards qui m’ont été que trop pubUcï ?
Seconde Pâme. X X. jjj
iufHroient pour prouver ce que j’avance, fion vouloir enfoiicer
la madère.
Nondum maturas Medicorum furgere plamat
Impubères Pueros , Bipoemtieu tradere ]um
Atque Machaonias jancire ^fundere leges
Doefrma quibùs opm ejl ) femUque flagella
Et pendere magis veluti Doctoris ab ore t
flbi mn dignas cathedra perfolz/ere laudes.
De plus on perd trop de temps à faire un Dodeur ; on prend
trop d’argent , & on y fait trop de formalitez. On veut qu*uri
Ecolier ait fait fa Philofophie dans TUniverfité de Paris, ôc
cependant on fouffre que les Bacheliers les jeunes Dqdeurs
y débitent Sefoutiennent toutes les vaines Philofophies que l ü-
niverfité n’enfeigne nullement , & qui ne fervent qu’a criailler
6c à rendre la jeuneffe préfomptueufes , 6c enfin Pirrhoniene,
tant il y a peu de certitude 6c de folide. Maisjfi k Faculté veut
abfolument que les Ecoliers produifent ces Lettres de Maître
CS Arts , pourquoy les Lettres de Dodorat des autres Facultez
tiennent-elles lieu comme elles font parmi eux de ces Lettres ,
ce Dodorat étant, à leur, fenciment , fi peu de chofe ? On deman¬
de encore quatre années d’étude , 6c cependant on en retran¬
che la moitié en faveur des enfans des Maîtres , ce qui ne fe
fait ni a Monpelier ni ailleurs , pour ne point parler de quel¬
ques autres pade-droits , ni du fameux Jubilé de l’Ecole in¬
venté pour faire venir des Bacheliers 6c de l’argent avec eux.
On n’employc aux Ades 6c aux difputes que fort peu de, jours
de ces deux années , qui s’écoulent depuis le Baccalaureat juf-
qu*à la Licence. Cependant on fait des préparatifs de Thefes ,
des harangues 6c des difeours de pure oftentation , 6c qui ne font
jamais un bon Praticien. On y propofe par exemple. lue
vénéra convalefcentîbm ruflhatio f Et on conlud par l’affirmative ,
après avoir paffé la matinée à reciter une defeription de la pu¬
reté de l’air des champs, du ramage des oifeaux, du gazoüil-
iis des ruideaux, de l’émail des prairies, des promenades 6c de
tous les plailirs de la vie ruftique. * On n’y difpute que par
vanité , 6C pour ainli dire de lana^caprina \ 6c enfin après qu’un
pauvre Bachelier a long-temps tenu contre les vens 6c les
orages des fubtilitez de ceux qu’il a payez pour faire ce bruit,
il fe trouve que s’il n’a que cinq ou nx mille livres vaillant , il
-a fait naufrage de toutes fes Facultez fur les bancs de la Facui-
Aaaa ij
* Hæc toîcrabilîa
forent fi ad Medi-
cinâm ituris v-am
fternerent. ïetron.
in stUiùc.
' EJJats de Medecine,
te , pour s’êtfc embarque mal à propos. Car quoi-qu’oti puiffe
4ire,on aiiroic peine à m’alleguer en tout un fiecle, trois fujets
aufquels on ait fait quelque grâce & quelque remife confidc-*
rable en faveur de leur mérité & de leur pauvreté , véritable
cfprit de Communauté. Achevons. La ceremonie finie , & le
Docteur fait ôc formé , on luy infinuë pour le dédommager de
fa patience & de fbn argent , qu’il eft bien-heureux d’être mem¬
bre du Corps le plus fçavant ôc le plus fameux de l’Europe,
qu’il ne luy refte qu’à fe faire valoir ,• & que comme il n’y a
pas de faiut hors la Faculté } il ne doit regarder les Enfansdes
autres Façultez 5 que comme des abortifs j que c’efi: errer avec
les Arabes & les Juifs de s’écarter tant foit pende la méthode:
qu’on* lui a tranfmife , que qui ne fqivra pas fes maximes, eft
herecique dans la Medecine > qu’il le faut éviter comme tel ,
& qu’il faut déférer à la fakbre Faculté rous ceux qui auront
du commerce avec les Dodeurs qui n’ont pas l’avantage d’ê¬
tre frapez à fon coin.
ùarsfiï. vtding. Sic lah^TÎntheis amh^tgthus ftd fuA uBd
m Uone, ^ Jn^mcfi redeunt ) Mque Muthymemata 'uihrmt^
Mine tumidi incedunt , hinc fuhlic/a ^mmid fofcùnt.
f. Sur quoi toutefois il ne faut pas oublier icy de rendre an
Grand ôc au Politique toute la. jufticc qui leur eft dûë pour
avoir fait juftke aux honnêtes gens deJa Profçfiron rquf aroiêiîc
quelque mérité , te ne s’être alîujettïs aux loix de la Faculté,,
qiï’avttant que la raifon 6c l’honnêteté leur permettoient de le
faire, tout leur paroiftant bon quand il étoit bon. Mais letems
de ces Didateurs ôc les beaux jours de cette Faculté n’eurent
pas plûtoft pris fin avec eux , qu’on y fit de nouveaux fermens
de ne plus conférer avec ceux qu’on appclloit Etrangers , te
qu’on propofa de donner des exemples de la derniere feverité
.contre les faux Freres. En efifet le fort étant malheureufement
tombé fur un véritable Ifraëlite , un homme fans dol te fans
* æX AXi A, * aceufé par un Anytus ,> ou pourmieux dire, un maî¬
tre ÂntîCQs, d’avoir confulcé avec un Médecin de Monpellierj
& en ayant été bien & dûément convaincu , on le fofpend
de toutes les fondions de l’Ecole le privant encore pour frx
mois entiers de tous les émolumens de la Faculté. Le coup
fut terrible, puifque le bon- homme en mourut efFedivemeac
de. chagrin : mais un homme . mort n’eft pas fort grand’ choie
Seconde Partie . Chap* XX. 5 ^7
poür une Synagogue médicinale j au concraifC (xpedh unum
heminem mon en des cas de cette importance ; Omne magnum
€}cemflum habet aliquid ex miquo , quod contra Jtngulos autoritate
fuhlîcâ rependitur. C eft ainfi ^dirent-ils , peut-être que les Athé¬
niens mirent à l’amende le Peintre Micon j pour avoir égalé les
Corps des Perfesàceux des Grecs dans une reprefentation delà
bataille de Marathon. Mais n’oublions pas que le Petit-homme
&Je Neptune ne gardoient pas chacun à fa maniéré les mê¬
mes mefurcs à Pégard de cette Faculté , que le Grand & le Po¬
litique gardoient à l’égard des honnetes-gens des autres Facul-
tez : car le Neptune traitoit fi cavalièrement ces Dodeurs ,
qu’il alloit fouvent jufques à leur faire de terribles avanies ,
quand ils s’en faifoient trop accroire. Le Petit- homme au con¬
traire , les gâtant par des complaifances fi baffçs , qu’il leur fa-
crifioic Phonneur de fa propre Faculté 3 conduite qui le fit paroî-
tre ce qu’il étoit , & qui ne lui fit des amis d’aucun des deux
cotez. Voilà tout ce qui regarde l’hiltoire de nos Facultez 5
venons donc maintenant, comme nous nous le fommes propofé ,
au remede qu’on pourroit apporter au mal de la Medecine de
• Paris. -
Le premier de ces rémedes non feulement feroît que cha¬
cun commençât par fe faire juftice ) pendant que les Magi-
llrats de leur côté feroient ce qui eft de leur minifterc > ÔC
ce qui dépend de leur antorité 3 Qu’on fe défît de la préven¬
tion , de la jàloufie & de l’interet qui ont fait le mal , & qui
l’entretiennent 3 Qi^on ne pênfât qu’à vivre en paix 6c en
gens d’honneur 3 Qu’on ne fut plus fur le qui vive , pour des
chimères dont le public n’a pâsajftaire36c enfin qu’on bannit pour
jamais
Zes fâcheux démêle^ ^ ks gros différends y
^ue ces bons J>oBeurs meme ont entr eux pour les rangs.
Leurs contefiations y leurs haines y leurs envies y
De lâches 'tours d'adrejfe de brigues fuivies.
Les débats éternels entre les Faculté^ ,
Les fchifmes d' interets , leurs partialité^.
Les foins que chacun prend de fe faire connoUre ,
JEt fur [es compagnons de chercher a Ÿ^roître.
- Tout ce qu il font enfin pour V oflentation y
Ft pour bien foutenir leur réputation.
Car quand à ce qui touche la Faculté dç Paris , en partîcu-
V * Aaaa iij
Ejjats de Medecmê,
lier , & quant à ces examens que les Colleges des autres Vil¬
les font U juftemenc 6c lî judicieufement ; repaflanc pour ainfî
dire , les Docteurs qui s’y prefentent pour f aggregation 3 jç
tombe, dis -je , d’accord qu’à l’éga^rd des Médecins de ces Fa-
cultez J qui veulent s’établir à Paris , cet éxamen fe doit faire
par les Médecins de Paris , pourveu qu’il ne s’y falTc pas trop
de formalitez. Car de demander à un Médecin qui a blanchi
dans la pratique , qu’il fubilTe l’éxamen du Baccalaureat fous
de jeunes barbes 5 qu’il rebatte fur des bancs des queftions
de Phyfiologie alTez inutiles , ôc dont il peut avoir perdu des
idées 3 qu’une tête grife friflbnne pendant deux anriées fur
ces bancs j qu il fe mette au hazard d’avoir un des derniers
lieux de la Licenc'e , 6c de voir des Novices obtenir les pre¬
miers , parce qu’ils auront eu ou plus de mémoire» ou plus de
faveur 5 6c qu’enfin il en coûte cinq ou fix cent piftolcs pour
tout ce manège; ou qu’il faille, pour avoir le fimple privilège
de confulter avec Melfieurs de la Faculté , trouver de quoy
acheter des Charges bien chcres chez le Roy, ou en quelqu’u¬
ne des Maifons Royales ; de bonne foi tout cela eft-il jufte?
6c tout cela rend-il le Médecin plus digne de confulter avec
là Faculté, s’il ne l’étoit pas avant ? Çar enfin puîfque le Roi
admettons les Médecins Graduez à pratiquer dans fa Capi¬
tale , ne feroit-il pas jufte qu’on y aggregeât avec quelque Fa¬
cilité 6b diftindion ceux qui méritent qu’on les diftingue par
leur âge 6c capacité ? Ainfî ne pourroît-on pas en dédommageant
la Faculté par quelque petite contribution faite en confequen-
ce de l’aggregatîon , feparer de la malTe de la jeuneffé, des
hommes vénérables , qui ne peuvent être fur des bancs qu’cû
Une lituation fort violente 6c défagreable.
Ne ïèroit-il pas encore jufte de proportionner ce qu’on don-
neroit pour les fcances 6c vacations des Examinateurs, à l’âge,
à la réputation, aux emplois des Récipiendaires , 6c à la Facul¬
té oii ces Médecins auroient pris leurs degrez. Ce qui n’em-
^êcherpit pas que les jeunes , jûfqu’à certain âge, ne fe miffenc
à l’ordinaire fur les bancs , après avoir été reçus Bacheliers. Et
parce qu’il ne feroic pas plus jufte que Meflîeurs de la Faculté
de paris fuflenr feuls les Juges de ceux qui demanderieont à
être aggregez , je croi qu’il feroit fort à propos de leur joindre
en cette fondion quelques-uns de ceux qui auroient été les
premiers aggregez , avec quelques-uns des Médecins des Mai'
Seconde Partie. Cha^. XX, , 559
fons Royales, de Facukez differentes de la leur , afin que tout
fe pafTât avec ordre ôc fans paflion. Voilà, ce me femble , un
avis d’autant plus fîncere , qu’il part d’nn homme , qui dans la
fituation où il eft, & où il le trouve allez bien , ne peut paf»
fer pour intereflé. C’eft, dis-je , la voye la plus convenable
& la plus propre à tirer de peine tant de malades & d’honnê-J
tes-gens., qui fouhaitent un remedeàce defordre , le moyen
d’exclure de Tag^regation tout ce qui n’eft pas Médecin , &
de chalTer de Pans tous ces prétendus Médecins , qui comme
des voleurs ôc des aflàfîins n’y font entrez que par la fenêtre.
Ainfi voilf-^-vfi je né me trompe , le Fir bonus expédié dans
cette fcc^ade pWtie : paîTons donc au Mcdenâi prim dans celle
qui fuir^ ' •
Fin de U fécondé Farjièl
MEDECINE
©ES 5ECOURS DE LÀ MEDECINE
C H E l T R E i : -
Des Makdmy Demh des Malades,
Dll O U T ce qui bleffe l’adion des parties du corpà "
|l s’appeHe maladies chez les Médecins. C’eR
I Lpourquôyl’hommelemblant né pour, être dans
|l une4diôn continuelle i ôrle'plaiiant d’autant ^
Il plus â agin que l’inadioneft tins maniéré de
1 1 mort , tousi les hommes regardent les maladies
comme quelque chofe de mortel: De plus , comme elles ne ,
vont gueresEans lardouleurEêc que ce fymptome empecEe triïïîs^quirtL!
goûter la vie , on les eoniidere encore comme les plus: piquan.i^ quam tribuU cor
îe^ des tribulations. Aufli la douleur & la maladie ne font-elles
pas feulement appèlléesties épines chez le Prophète Roy, dam ifdZ
fÿina i mais encorefchcz le Prince *dés Médecins. Or * in vifccribus etil
vcluti fpina vidc-
tur, utque illam
pungcre. Hippocr.
lib. de Morbis,
PræcordiorutH
fupputationes &
fcbres vifccta ip{a
rorrcntfîs, Senec.
14*
David Pfalm. 'Ec¬
ole c. } .
idagtifim. infomn-
Epifi.So.
ad FhiUgnum.
Hugoa tmB. Viêt-
Ub. de clauflr. anim,
Tertull. m Scorpinc.
infirmitates virtur
tu p&.^mz,An^rof.
Penfées de M. P»f-
cb»l. .
ij de Médecine,
la fièvre, outre qu’elle blefie toujours ladion, & qu’elle doue
brûle tantôt à petit feu, comme il arrive dans les fièvres len¬
tes, tantôt à grand feu, comme dans les ardentes 3 la fièvre
dis-je, a encore cela de particulier, quelle fe.met de la partie
avec une infinité d’autres maladies aufquelles dlle tient bonne
compagnie ^ce qui; nous oblige , dit Tertullicn , a être toujours
en garde contre fés infultes. Mais quoy qu’on convienne de
tout cela, les maladies ne font pas des monftres aufiî horribles
quon fe lès figure , fi on confidere de prés leii^ fuîtes , & fi on
les regarde du bon côté. Car comme les fédjtions qui arrivent
dans le eorps: politique fervent fobvent à purger Içs Villes des
mauvais citoyens , de même dans b. coi^s humain le/boüiilon-
nement & la fermencation dçsjcaufes internes, préparent fou-
vent des évacuations qui Font fucceder une longue fanté.à
une maladie de jieu de jourSo Mai^me qnil y a de Men plus
Gonfiderable dans plufîents maladiés , eft que comme Dieu
tiré aufiî facilement le hien du mal qü®îl a tiré la Inmiere^des
renebres , il arrive fouvent que les maladies ,du corps operehe
la fanté de l’ame. En effet , den ne notis fait retourner à Dieu
comme une grande infirmitates eorum
fafiear acceleravermt. Gravis ii^rmii^sjalvam fiteit .mimam C’efi:
pour cela que S. AugulFin appelle la maladie ^ îâ mère déjà ver¬
tu y àL qu if dit que le fage m’appelle janiais les maladies des
maux, 2^emo fiafiens agritudinemmalamdixerit.Ù&9L encore pour
cela qu’il vaut bien mieux Ûtre malade du corps, que d’être
fai n du corps & malade àQfi2mt^ Impcenmsagmaret qm fcele-
rata fanus efi ^ & que les .Vrâjs fages d:ifent à l’approche des maf
Vem flaqfilhmiD et. Eu effet , plus le corps eft affaifle
fous le poids des malàdies , plus l’cfprit s’élevei Dieu , dit m
làint Perlbnnage, ne fait pas moins paroître fa mifericorde qiÆ
fa jufliGe , dans la diftribution des maladies, Çiles ne parlent
pas moins à l’oreille des jeunes gens, qu’à k viéillcfié k pk^
avancée j & elles ne font pas moins les meureneres des volu-
ptez, que la fanté en eft la nourriff.^ C’eft pour cela que les
amis du Roy Etheric luy témoignant la douleur qu’ils a voient
de fa maladîc^il leur répondit qu’il n’y avoir pas tant dequay
s’affliger, puifqu’ellc luy avoir fait plus de biemque de maf
-Et c’eft encore dans cet clprit qu’un fçavanc homme a écritde
nos joursN^ que la maladie ètantîètat natursl des Chrétiens , on doit
s efiimer heureux £ être malade, puifiiü*:on fe trouve alors par necejfitè
Troifiéme Partf^. h iij
Jani Pètat où, on efl obligé £étre, Lçs Payens même onc fl bien
«enré des iiifirmitez , qu’ils ont feeu en tirer de la force.
Thcagene ne fe feroit jamais rendu grand Philofophe, fi les
maladies ne luy en avoient facilité le loifir j auflî eft-ce pour
cela que Platon voulut bien placer fon Academie en un lieu c- deRepuhi.
mal-fain. Hicron Roy^de Sicile , Straton fils de Garrage, Pha- ^*«0» ««süV«5
gc, & quelques, autres fameux dans Platon, ne par vinrent i S
la connoifTance de la fagefleque par cette voyc. Ptoloméej qui litcratis fimu?.
fit tant de 'cruautez/^SÈ de meurtres , ne fit un grand magazin
-de Livres ôc de. vertu sry qu’aprés de quelques
grandes maladies ; tant il eft rray^que le lit eft une carrière & Le^as paieftraeft
un champ dans lequel on s’exerce à la vertu. Antigonus tcm^«xcrccmur"
aie Macédoine, apré^ être forti d’une fâcheufe maladies avoue
de bonne'foy qu’il efb bien plus dii^ofé .à changer de vie ,■ qu’il
jie rétoit pendant fa fàntéAj & q^^^^ touches qu’il a fenties ^W^/;.
ky font bien voir qu’il eft mortel. Il faut qu^il en coûte du
faèg au grand AlexàndrO pour guérir de la foie prévention
d’être fils éc Jupiter. La maladie de cet amt^ difoit Plinelc jeu- .7* %;/?.
ne , mè fait jom;enm qne m^ boni dans laffliBion,
JEtde fait, ramQut!i l’avarice;ÇàmbitiQn,& lesautrés paffîonS'
né fe' trouvent gueres chez les maladfsI -C^ie Tite-LIve^^^
mirable , quand il 'noùs dépeint Tullus Hoftlllus troifiéme Roy
de Rome, comme un perfonnage^oulïi d’orgueil êi pléin de
luy-même, jufqucs à .eequ’afant été bien châtié ;par une lon¬
gue & fâcheufe maladie, il revint tellement de cette humeur
tee & impie qui le rendoit infuppoftalfie aux Dieux êc aux
hommes , que; non feulement il- Te donna tout entier au culte
de la Religion, mais encore il en pouffa les ccreùipniesjufqu^
a 4a fuperftition , recevant edans Ronre toutes les Diyinitéz
étrangères, luy qui jufques4à n’avott pas même fait cas de cel¬
les de fon pays.
£rgoegoquinecfàtahomimm^mcfaUaT>tormn
Gùrabam y amenti fetere torva mütsat
i^i Divam bona contemff y qui fiderd fprevi stdiger în Tatru..
ma^i irrifi tda Trifuicajovis. gin. de fw mrh,^
BléBor ^ indmito nec^^utequam ficcenJÎ0 âb igné
Exitii P atior f ignora certa mei^
Bfmikifufn,utdeJim^^defkmutpo:^melJeJupe^es
Omnia mm feci^ nunc nihil ut ferem .?
Spirat àdhuc vis fulmineà vefana juventa
a ij
V. flutitrch, de
Tranquill.'anim.
Brujfonusip Specul.
mmdi- 1. 4. c. %o>
Cnvmma mnn Ty-
thagor. crudita.
iv Ejfds de Médecine,
Vtvirfm: ambitio ^ non finat effe hominem^.
Voulez-vous voir/ comment une grande fanté n’eït que Je
bagage de la vertu ^ce qui l’incommode & ce qui rernbarallc
pins qu’il ne luy fert ? Un brave de l’armée du lîoy Antigonus^
ayant été obligé , par ordre de ce Prince, de s’abandonner aux
foins des Médecins ,' à eau fé d*une maladie qub4’avoit rendu
inutile Sc méconnoilTabie, ne fe trouva plus fi brave quand il fut
guéri. Ainfi Antigonus s’en étant apperceu, & luy en- ayant
demandé la raifon, il luy répondit franchement qu’il h’avoit
cherché pendant fes douleurs & les chagrins de fa maladie,
qu’à fé délivrer honnêtement de ées IncominQditC'Z/dri expofant
fa vie J êc que c’étok .poùr cela qu’il avoit bravé la mort tant de
fois , mais qu’elle düy parohTôit bien plus redou ta We depuis
qu’il étoit guéri. Voilà ce que peuvent -faire les maladies, .
quand les malade^ f^ayen^ en tirer quelque fruit. Maiahelas <
les pauvres malâdes loin id’y fonger ferieufem ent , ne penfent
pas même qu’ils font obligez d’àvbir cpaelqiie égard pour leurs
; amis , ôc pour lés Miniftres de la Medecine qui, I4S
/Comme la chambre &; le lit font leur partage ^ Supra ieBum/do-
loris, ^ que ç’éft pour cela qu’élis font auffi-bien appeliez Clini¬
ques, que d’étoienr des anciens Médecins y ils font ordinairç-
ment-fi incommodes, qu^Euripide les reprefente tous à peu prés
comme fon Ôrefte. Jon autre Pqëte, dit exprelTément , que ks
malades font me efpece d'^hoTmnes iynpatUns , quHls ont du dé-:
goàt pour leurs femmes y qîtik fe fâchent contre leurs Médecins 5 que
les vif tes de leurs amis leur font à charge ÿ ^ quHls fe fâchent meme '
, contre leur lit. Ils ne daignent pas, feulement: fe mettre dans l’ef-
prit qu’ils feroient bien mieüx de chercher le moyen de gué¬
rir que de perdre le témps à fe plaindre , 6c que comme il n’eft
, pas impoflible'de faire Un bon ufege de la fanté , on doitpeij-
1er ferieufcment 6c tranquillement à la recouvrer. ;
liym? •n •mS. apizKicL»
Car ppurquoy nous fîgureroit-on la maladie fous le HyerogH'*
phe d’un lion qui dévoré un linge , dinon pour nous marquer
qu’il faut de la force •& du courage pour chercher le remede
qui nous convient , 6c que la fanté qui fuccede à la maladie dé¬
pend fort fouvent de cettè refokition qu’on prend de tout faire
pour la rétablir^ Mais pourquoy alléguer dés Payens pour fça-
voir ce qu*on doit faire quand on eft malade, puifquëde faint
.Efprit nous l’apprend? Fili in malis tuis ne fs negligens. C’ek
Troifieme Partie. Chap. L v'
pour cela que quelques Théologiens ôc quelques Jurifconful-
tes regardent comme des infenfez ceux qui refiftent à la Mé¬
decine, & qu’il y a des- Cafiiiftes qui ne les cxemtent pas de s.Thom. z. i. q ^2.
péché mortel ,quand4k jefufcnt les remedes naturels &; exemts ti!i
de fupeirftition. Nohv feulement Erafme eft de leur fcntiment, Znchicis l, 8. #, i.
avec quelques Peres 5 mais quelques Cafiiiftes vont fi avant ,
. qu’ils croyent qu^n-doit-donner un Médecin au. malade mal¬
gré qu’il en aitj'^êc quil ne luy eft pas moins neceflaire que l’a-
' mi l’eft au malheureux.' Ce n’eft-pas que les maladies, com-
menousl’avonsobfervécy-devânt,ne'puiftentavoiruHebon-
: ne fuite 5 mais il ne s’enfuir pas pour cela^qu’il y faille croupir
par vanité Gu-par 'négligence , ny qu’ii faille tenter Dieu en ' .
méprifant les remedes qu’il a créez. r S’il s’eft vu quelques ma¬
ladies, comme celle de Job, dont le Seigneur s’eft immédiate¬
ment refervé'la cure , il ne faut pas pour cela- s’attendre, à ces
, coups de Maître, qui font encore plus rares que ces inaladiès. :
; Qu’on allégué tant qü’t5n voudra 4â'%elle"mere de S. Pierre,
comme un mcidelle de cette fainte indifférence qu’on peut pra¬
tiquer dans les maladies 5 une Pétronille, a qui ce Paint Père ne
jugea- pas à propos de prolonger la vie:- un S. Gilles , qui ne
^.permet pas qu’on penfe fa playe: un-S. François, qui fe donne
en proye aux inffrmitez corporelles : un S. Benjamin, qui ne
permet pas qu’on-remedie à fon hydropifîe, parce , dit-il , , que
fon corps ne 4ay-â rendu ducun fervicc y tant qu’il a été éri
; fan|é. Quon mette encore en avant le mflade , qui ayant re-
rCouvré fa fanté par l’mterceffion de S. Thomas dé Cantorbery,
f retourna à fon tombeaùTe prier de luy rendre la maladie dont
il l’avoit délivré. Qu’on allégué même fi l’on veut cet .
qui répondit à ceux qui le prioient de prendre quelques reme-
des'pour tâcher à fe guérir, quand il ne fatTdroit qu oindre mon ni.
oreille )e ne daigmrois fas U faire i4è -Seigneur le Dieu auquel je
ni' en vais efi un trop hon Maître \ pour ne pas partir quand’ il rrtap^
pelle. Tout cela -eft grand, mais outre que quelques-uns fouf-
froient leurs maux à deffein de faire penitenee , il eft encore vray
que ces exemples font fouvent plus dignes d’admiration que d’i-
mitatipn , puiique nous avons ceux d’une infinité d’autre Saints, '
& d’autres perfémiages corifidérables dans leur état condi¬
tion , qui ont fait cas des fècours de la Medecine, 6^ particu¬
lièrement' tous les Patriarches des Ordres Religieux. Ces faints
Felitiques ont cous feit 'des Loix dansdeurs Réglés qui affujet-
a iij
Petr. Kirflen- de .
veyo. Jtftt é'abufu
Medictn° T raélat.
Vf Gretfçeri m.Cu-
JBûfibi in.Mifi» ^cxl^
■ Gxrgov.-m .l>itih£o
vj EJJdih de Medéclnti :
titrent leurs Religieux peuples à la Médecine , & les ont eux--
mêmes gardées, quoy que quelques-uns d’entre eux euflent le
don des miracles pour de certains maux. Mais comme la Mé¬
decine a fes fcrupules de même que la confcience, il eft plus ,
difficile de dire, quant au particulier, en quoy çonfifle le devoir
des malades , que de marquer- celuy des MedeGins &-des a fïî^
ftans. Il fe trouve des malad;es qui ont trop dé confiance en la :
Médecine, &. d’autres ^qui en ont trop peu.; Le Médecin Kirs-
tenius â Gru, quant à ceux-cy? avec quclques-devots , que k;;
pieté: du malade ;jointe à celle du Médecin ^gueriflbit plus dln- -
firmitez que ne pe-u vent faire tous les remedes i mais à bien
Gonfiderer cette opinion , ellcn’elt foûtenuë que d’un zele ua. .
peu déréglé, &t|ui-n’eft pas félon la firience 5 car outrer que ia;r
pieté du malade Je celle. du Médecin né fe trouvent que rare--
ment de cjoncert , il eft. certain que le faint Efprit eft formek
lement p^ur les .remedes, jg^ que comme nous Pavons ey^de-
vant remarqué plus d’une fois, une infinité de faints Perfon-
nages Pont approuvée & s’en fontméme quelquefois mêlez. En
eftèt , il:y .a long-temps;que la Pifcine de Reehfaida; êc les eaux
du Jourdain ont pafTé , l£>qu’ils ont perdu toute leur vertu |
Peau de vSiloé & là Terrc. d’Âieédama font ufées. -Mais quànd -
tout cela ilèroit encore ce qitil étoit;: au temps pafïé, qui fçait
fi-la pifcine même nkuroit rien eu de minerai , &dj:Ce mouve- -
ment qu’elle rccevok d’uneiâmelligen^ n’auroit point excité . '
cette vertu. qu’ellé a voit naturellement , comme il arrive àu feu '
qui ne fort de k pierrC: que par lé mouvement dû fér^ J: ainfe '
des autres remedes qui paroifTent - furnatiirels ? Qüoy qu’il en - •
doit, dis- quant à l’opinion Jde ces; dévots, qui attendent
tout de la pieté du Médecin jointe à celle du malade, n’eft-il/î'
pas vray que S. Paul, qui nemanquoit pas de pieté, confcilloit '
à fes Difciples de l’un & de l’autre fexey gcnspieux i’ïl çn fô^^
alors dans PEglife de i)ieu ,. d’u fer des précautions ^:dü régi- -•
■ me,.3& des remedes de la Medeci ne ? ■ C’eft ainfî: que faint ] can ’
PEvangelifte, faint Poly€arpe ,& long-temps après faint ©cr- '^
main Evêque de Càpouc , ne négligent pas les bains faits pour
la fanté. Saint Hierome n’obeït-il pas aux Médecins, J: fai%
te Paule ne fuit- elle pas l’éxemplé de ce véritable Diredeur" '
dés Dames?- // ne dit faint Bafilc, ny fuir la Médecine ny ''
s'y confier qu'avec dijçretioni mais comme nous avons foin de cultiver f
U.Jene^ ^ que mm en demandons les fruits à Dim i -comme noue, latff
TroJJîme Partie, ChapM. vij
Jins le maniement du (gouvernail au Piloie pendant la ternie fie ^ ^
que nous prions Dieu qu'il nous conduife au part i de meme quand notes
appelions le Médecin y n&us ne devons pas oublier de meure notre ef-
.ferance au S eipieur. Vous me demandex^^ ajoute ce Pere forç a
propos , s'il 'ny a rien qui choque la pieté dans l'ufage de la Medeci-
" ne ^ & je vous répons que comme ï A^imlture efi petmtfè ^ neceffaire
four f entretien 'de la vie y la Tijfenderie pour couvrir le corps ^
0ArchiteHure pour nous parer des injures de V air} de meme la Me-
decine ei
jteriry dr pour préferver le corps humain d'une
infinité de maux y (ji* pour en affermir tes mouvemens. Il ne faut ^
. <iic le 'fçavaiiE Erafme dans de mênije efprit, ny méprifer le Me-
, decin quand on efi malade , ny pour ainfi dire f adorer comme font
quelqms^ idolâtres de la vie:, toute notre efperance fait en Dieu y
[.qui peut feul fe parer f ame<du Corp-S.^ comme c* efi luy fçul quily met,
■Mais il ne faut pas pmr cela différer de prendre H avis des Mede-
‘ tins,i principalement dans les maladies aiguës y pourveu que le nombre
rde ces DoBeurs ne foit pas trop grande non pas parce que le nombre
^des Médecins a fait périr y fuivant te proverbe -, un Empereur} mais
liparce que les Joins trop ojfideuX y & loi^ jaloufie qui s' y met ^ les fait
ftomhér en dès contmdiBîons ffui ne manquent jamais à embaraffer de
maladeiy ^ a'f empêcher enfuitede s occuperau faluide fon ame. Nous
ilîfons dans la vie de faint Ignace de Loyola, qu’étant malado
-entre les mains d'un Médecin , jeune & ignorant, il ntt laifTa
ïpas de luy ubeïr jufqutts à ee que fcs Religieux s’étans appcr..
/ceu5 de fomincapacité luy ea .amenerenDiun autre , tant Pun
l’autre, luy paroifloient ^Eons pourveu qu’il fift à la volonté
, de Dieuy iSw qu’il ne parut ny trop prévenu ny trop indifFerent
, à l’ttgard de ta Medecine. Rien à mon avis dé fi inftrudif ny
dé fi coiîfolant pour les malades que cès paroles d’un Saint de
-nos jours. // faut km malade pmfque Dieu le veut y comme il le
/jOjeûtt quand il le veut y autant de temps. il le veuLy qj' en la ma^
,:niere qu'il le veut, il fi’eft que trop vray que lés ma-
.>lades,^ comme nous l’avons marqué ey-de^us , ne penfent gue-
res à mettrexcs avis en pratique, //j parlent même y dit Plütar-
f^ue ^cummedes èytrex^ la peur & la douleur leur font dire mille
pauvrctez, ils veulent & ne veulent pas , on n’y entend rien,
je ne compreus pas même fi un bel efprit, qui li’étoit pas
des plus makdes , railloit ou s’il parloic ferieufcment , quand il
éerlvoic à un de fcs amis en ces termes ; Dites y je vous prie y k
^on Médecin que je luy demande la vie y que je mets fes Ordon-
Gregor. ifiMsnit.
L. de PrApar, ad
Mortem,
Entretien: %i. de
S, Iran fois de Saks,
In-MsïaUy.
Lettres de Eaiaas.
Trjfi. L.-i.
Cmus
venenum. PjtndeB.
thaï, de mrbor. ^
remmfignifixu .
Liée lociiinbsmme.
Galéh. method. Uix.'
Ttrmll. h di. Carne
Cb '.ifii & deldolol. .
vtij EJJais de ^Medeciner
nancès immédiatement af rés les Cemmandemens de Dieu, Q^ilaccd%
de mon foye é* mon efiomach , ^ qu*il faffe ceffer cette guerre civile^
Ainfi je me range du côté de celuy qui fit cette judicieufe rë-
ponfe, à ceux qui luy recommandoient d’avoir foin de fa fan^
té : Çe riefi y as là mon affaire y c'eft. Celle de mon Médecin, .
G H A P X T I L
I^£sMsmedesengeneraL^
CE quemous appéllÔns^emedè en notre Langue, aderfo:
gnifications bien differentes dans les Langues mortes. Car
le mot chez les Grecs ne lignifie pas moins un venin ,
qu’il fignifier un des fecour-s.de la Medecine# -G’eft peu^cfre
pour câa qu’Homere a.^^dit des-medicaîBens de l’Egypte ^ qu’il ^
y 'en avoit autant^e mauvais que de bons , & qu*Qvide a ditu
Eripit interàum-y^modo daf Mcdicina falutem .
^£que juvet.monfirat ^.quteque p herba nocens, ■
Et.c’eft encore, en ne; Icns la que Galien a donné le nom de ^
médicament , même à tout, ce qui nous peur nuire
fitlfiance, . Ce terme ne Le, prend en gueres méilleure- part^hez
les Latins que chezXcs Xjrecs , puifque V arron , Suetone , Non^ - .
nius, ^.autres s’en font lèrvis pour lignifier des poifons. Et
c’eft fans douce pour cette raifon que le Jurifconfulte a'écrir,
que quand on pailêvdeypoifbn , il faut diitinguer entre îmî^ bon
& un mauvais , tout ce quXapportc quelque-changement à no¬
tre nature pouvant être compris fous le terme de médicament.
C’eff . ainii qu’Xiippoçratc appelle un temeàe tout ce qui change-^ ■
llétatfrefent de. notre corps ^ de forte que l’aliment même eft une éi-
pecede .remede ; Erc’eff de cette manicre. que Galien rc.nten(L *
appellant ^.Lecours tout eequi pmt altérer notre natures^-G-ell
encorerainlî que le terme deXm^jeament lignifie^ tàntôt-un alL . ^
ment limplci,, Sc tantôt une liniple addition de remedes altéra -v
tifs à un a.Umem medicatanr/rugibus offqm:li Êgniûe wêmeqüel--*/ ,
quefoîs des fards ou- des confeélions de remedes odorans', d’ou'
vient qu’on appel ledes Apoticaires Pigmentari y ^ les baumes^
qudùprépare pour conferver les corps, pigmenta medicinalias^
& quon corpora medicata condimentis fepultura. Or^'cncore»
jr^dcvahle de l’invention de quelques remedes m -
quelques-^
Troifiéme Vante. Chapitre. II. ix
qoe^üss animaux, & même qu’il y er^ ait autant de violens
que de médiocres ôc de doux parmi ceux que Texpcrience &
la* tradition nous ont fait connoître, les Anciens n’ont pas lai f-
fé de nommer les remedes les mains des Dieux & de les gar¬
der avec ceremonie, ôt d’une maniéré religieufe dans leurs v-'H^erodot.
Temples.*
Un Juif , plus fage infiniment que tou^ les fages Payens, corn- zedefinfi,
pare le médicament , tout amer qudl eft , à une chofe utile &
aimable de fa nature, & même à un ami fidelle. En effet il eft
toujours falutaire, quand il eft donné d’une bonne main, de
quelque lieu qu’il foit forti. Le miel tiré de la gueule du lion ^
ne laiffe pas de cpnferver fa douceur , de forti exivit, dukeda. ■
E dimeffola tema efee il diletio.- /
Je fçay à la vérité que comme: ceux qtii gouvernent les lions . ""
ont befoin de prudence- 6c de diferetion y pour prendre le temps
d’en approcher, de même ceux qui manient les- remedes que .
la Médecine appelle nepeuvent être trop circonfpeâs; Generofâ pfæmk.
que ceft' pour cela que- lès Arabes marquans leurs vertus,
feillénc' encore de lès confiderer; avec attention avant que de
s’en fervir; qu’ils n-affurenr rien en matierè de pratique ,• ôc ;
qu’iisy mettenrtoujours dûT^r^e 6c du après AriftotCj ^
fon'fameuX-Difciple T heophrafte : que lé grand Hippocrate, loin
d’eii' parler trop affirmativement , y mit du ^ar^j j & quèGalto
ne peut s’empêcher de dire des pu-rgatifs , après des avoir tant
celebréz en divers endroits de fes OûvrâgdS ifu^ks'fint dé màM- Gxhn:commmt. iri-
vaisfuc^ ennmis dè teftontach , chatids & fecsl ceüiquatifs\ qu ils de
condmfent f^romptement à la vieillejfe. G’eft pour cela que le fçae ruremsi^in acut. ,
vaut- Adtiari U s nous avertit que 'cetix qui font vehem in Catajticis vc- '
mandent bien de la diferetion dans livfâge qu’on én fait. Je ps!jy’dc?caH-ao
fçay encore que Plutarqiie nous objecte icy, que les moirve- magna reqtifritur ,
■ meiis qui fe font dâns îé ventre inferieur par les remedes , cor-- fingük-
U . ... ,.i ' , Ç ■ 1 • 1, i ns , premediîâtî&'
rompent les parties , qu i Is y mettent plus d ordures acrk/exeCdra
qu’ils n’en tirent, 6ç que qui prend dés purgatifs fait comme J i“dicinm-
ceux qui ne pouvant foiifiFrir’ dés Grecs ‘ dans une ville y'fé- p^S?m?r|îè*&
roientvenirdes AraBes 6c des Scythes. Je fçay, dis-je, tout cela j reaè Areiis mederi.
mais n’eft-il pas vray^ parlant généralement, que ces remedes
ne font tels qu’entre les^ mains dcs ihéonfideréz ôc des igno-
ran^j que s’ils y font dés armés bffenfi.Ves, ils ne ibnt pas moins
/^/»riïf«j_/^/«/aiwd^ïZ)/?«bi:fe'ncéllesdésrages6cfçàvânsîôîé-
deeinsj ôc que c’eft ai'nft qu’il faut entendre tout ce' que nous
" b
X Ejjkk de Medecine.
avons marqué cy-devant ? Car quant a Plutarque en particu¬
lier , ne voit-on pas bien qu’il lie blâme que les vomiflTemens
& les purgations faites fans necelTicé, un des grands abus de
fon temps > Et que quant à fon indudion , n’ayant rien fçu dans
la pratique il raifonne bien plus- en Sophiilg qu’en Praticien,
avec fa prétenduë corruption des parties internes , les remè¬
des ne demeurans pas plus de temps dans lé ventre inferieur
que les fucs excrementeux qü*ils en délogent en Eort peu temps
après les avoir at;tirez ? Ainfi. comme je ne prétens pas répon¬
dre en ce Chapitre-cy à toutes les objedionsqii’pn pourroiî
faire, ny inftruire perfonne de là Medeeipé, mais apprendre
feulement aux gens de bon fens , qu’il n’y a rien de fi dange¬
reux que de faire le Médecin quand on ne l’eft pas, ou qu’on
ne l’ed^ gueres, jjCane contenteray; de 1^ avertir icy ,
I. , Premièrement , qu’il ne faut jamais fc fervir des grandare-
medes que dans le béfpin , &: encore avec prudence .& circon-
I I.. fpedion. (^il ne faut pas s ^n prendre aux Médecins (Lies
remedes ne font pas toûjours cejqu’on en defire, leurs effets
étans difFerens félon les lieux , les régions , .i8c les dofesi ôcque
comme il ne faut gueres plus qu’un bon fens commun pour
connoitre les fimples alteratifs, il faut de l’étude, de l’expe-
riencé , & des iuftrudions pour connoître les remedes qui agif-
fent de toute leur fubftanee , & par ce que les Philofophes
ftlltnt cra^s é* modui^mixtionk. C’eft pour cèla qu’Hcraclide
de Tareiite comparok ceux qui ne fçavent rhiftoire des Plan-
tesquepar le fecours des Peintures, aces crieurs publics qui dé¬
peignent aiez naïvement un Serf fugi tif qu’ils ne connoîtroieut
pas pour cela, quand ii feroit devant eux. Pourfuivons. Q^il
1 1 1. faut prendre fans façon le remede quand le mal nous preüé,
non feulement parce qu’il y a de la lâcheté de Pextrava?
Mifeiam fecari & gancé à croupir dans le mal 5 mais parce que le fruit quon en
cautenosxuri, & au defTûs de Phorreur qu’on en a naturellemenc,
SSadtatJaaxiL horroremoperis fruHum exeufat. C’eft pourquoy obficra incrêpa in
ri. Tamenquæper Qjfifii patientia^ ^ pour alnfi dire compelle eoi ^ & ils vous en fçau-
gré , s’ils font raifonnables, quand ils feront fortis d’af-
mento curationis faire. Combien de gens de mérité & de qualité précipitez par
fâît'ïpræfemem J3.egligence & par la répugnance qu’ils a voient aux remedesi
injuriara fuper ven- en des maux d’une terrible confcq,uence , particulierefnent
turæ ütiîitamgra- ccttc rcpugnance cft fecoudée d’une fauffe tendreftède
xerST”? Pœwi ^ part des afliftans , oa de la cpmplaifançe du Médecin ? Com-
Tm/teme Vartie. Chapitre IL xj
breild’liypocondriaques ^de phrenetiquesi de maniaqües fc font
eux-mêffles fait la-dcrniere violenee^ faute d’un peu de vio¬
lence du c^é de leurs amis & de celüy de lè.ùrs Médecins?
Et combien en a^t-on yû périr de fang froidj qui n’écoient pas
déplorez , par leur opiniâtreté , & par apprehenfion des re-
medes ?- • ; • . •
Qu^ant à ces feerets^^ qu'on vante tant,. & qu’on recherche ^ V.
avec des foins inutiles , & fouvent dangeréuXi il eft bien; plus
fenr de fc fôrvir dès remedes connus & qui font en ufage,cam-
âîe nous l’avons cy-devant marqué , que de Ee fervir desdncon- ■
nus dont le-s operatipns' font ordinairement violentes,
grata rhagis ^ tuta magJs. G’eft pour cela que Galien s’eft
emporté contre Xenoerate êc contre certain. Empirique , le
premier ayant écrir fur; le fait des medicamens , des-chofcs non
feulement infâmes & honteufes , mais d’une fort dangereufé
pratique : Et l’autre s’étant feryi fi mal-r à-propos des canthari¬
des qu’il-- en avoit tué deux malades;, fe joüant, dit-ife- de' la
peau des bommes , comme il avoit fait de celles des bêtes.
, J’aycrtis encore que c’eft fans raifbn , que les malades prê^
tent les oreilles à ces grands mots de Panacée , de Baume de
vie» d’Ellxir , de Sirop de Longue-vie, d’Or potable, & qu on
ne fçait ce qu’on fait quand on meprife les rémedes fimples ôc
communs , comme fit ceîNridicüle Richard dont Galien le mo¬
que 3 iparce que ce grand Medecm ne luy ayant propofé que
des remedes à; jufte prix, il luy répondit que tout cela n’é-
tbit bon que pour des giieux , & quhl falloir quelque chofé de ^
plus pretieux pour un hoMme de fe qualité. En eftét , à quoy
bon de pfôppfer des remedes diiEciles à- trouver^ Comme font .
quelques- uns:de nos Charivaris, iêc^méme de nos^ Médecins
finon à jetter leurs malades dans le défelppir:de' gueliîr,3lpar la
crainte de là dépenfe , on s’ils donnent dans le piegé à leur èou-
per lâchement la bourfé ? Et à ce propos fi l’on me démandei
s’il eft pljÿs digne d’un Médecin de donner luy- même les re-;
medes convenables que de lés ordonner chez 'les. Artifies v je
croy que parrant* en general il faiit; en cela fuivré la coutume
des Metix où oh fe trouve, comme fit Galien, qui s’abftint de
faire la Chirurgie êc la Pharrnacie à Rorhe, parce qu il y trou-,
va des *^ÇIiirorgieas ^ dé^ Apotiquaires établis ,*, cequi'në fe *Diftinaosftm-
pratiquoit pas alors à Pergame fa Patrié. Ainfi les mieux feu-
fcz de nos Médecins conviennent qu’z/ ne faut pas qu un Me^ ?rmerof. de vuigi
xij Effais de Médecine
Ttrrpnb.inMedicm deciu vende des rente de S ^ ny publiquement ny en chambre^ cela rié^
tant pas fort honnête j mais qu ïl en peut compofer quelques-uns pour
s en fervir dans la neceffîtè^ pourveu qu'il ne les vente ^ qu'il ne Us
Amman. Medicin& vende Comme des fecrets ) celuy-là péchant contre le faintEfprit,
dic.for.dijcur/.is. connoîflant la vertu d’un remede, le tait malicieufement
à fes Collègues, &; en laide périr la connoiflance avec luy,
parce qu'il eft écnt i Malheur à qui enfouit le talent quil à r^-
ceii y ^ à qui cache la lumière fouâ le muid. .
Q^anc à la découverte des remedes , à leur ufage en par,
ticulier , quoy qu’il y en ait fi grande quantité que les Grecs
tAtfilva l’ont exprimée par le terme de Forefi., à l'égard feulement de
ceux, qui- fe tirent des végétaux , il ne faut pas firoplement de
la difcretion, mais encore de l’application pour découvrir ceux
qui font cachez. G’eft ce qu’ont fait les ànciéns Médecins en
leur temps , avec bien du foin, C'èfl: ce qu’ont fait ceux du
moyen âge , Ôc c’efl: ce qu’on fait encore fort heureufement de-
puiy quelque temps par des recherches , des operations j ôc des
Ariâlyfes dans les principales Academies de l’Europe. Mais
comme il eft arrivé que tous les fecours,qui- ne devroient être-
' employez qâé- par f ordre des habiles Médecins , font maiheu-
i reufeménr tombez entre-les mains dés Charlatans j de que les
, Miniftres de l’Art & leS malades les appliquent tous les jours
deleiir chef temerairement êc fans l’atis des Maîtres, j’éntre-
prens pour le bien public de donner dans cette troifiéme Paf=f
tié de mes E fiais ;,)'hifl:oire de la plufpart de ces feeours & de
ces remedes , pour apprendre à tant de perfonnes inconfide-
rées combien il eft dangereux de s’en fervir fans cbnfeil, W
de les>prendre d’une main inconnue & peu feüre. C' eft donc
pour cela qu’ayant affez parlé dti devoir des Médecins dans la
feconde ^Partie de cet Ouvrage , -je pafle en celle-cy au devoir
des Chirurgiens, des Apotiquaires , des Sages-femmes , & des
autres Afiîftans des malades , fans oublier les malades memesj
après quoy je m'étendray en particulier fur i’ufage^c cés fe-
CDiirs, qu’on confie à chacun de ces Miniftres ou AfiiftanS,
fous la direélion des Médecins,' par oii l’on verra combien il
eft important, & à ces Miniftres.^ aux -malades, de ne pas
pafTer les .bornes que la prudence , la juftice & la rai fpn leur
preferivent^ & que fi les remedes n’ont pas toujours des effets
funeftes dans leurs mains , au mains ils y font aufîi inutiles que
l’épée de Georges Caftriot l’étoic en toute autre main que la
fie-nne. ■
Troifiémç Partît, Chap. 1 1 L
CHAPITRE I I L
Chirujgkns,
La Chirurgie eft la plus ancienne partie de la Medecinea-Sc
pour ainh dire la plus feure , chimrÿ cenior tJlArs
Nam quid agat certum efi\ ^ afena luce medetuY^
Et celle en laquelle les anciens Médecins tâchoient d’exceller 5
car étant obligez de fiiivre les Héros àla guerre où cec Art écoit
necelTaire^ il leurapportoit beaucoup de profit & d’honneur. De
puis ce temps-làîComme ce même Art dépend entièrement de l’o-
peracion manuelle, les ennemis desChirurgiens n’ont pas laiiTé
delesappeller nom qui ne leur efi: pas h injurieux
qu’on pourroit penfer j.puifquecel,uy même de Chiron vient du
mot Grec qui fignifie la rnain , & que celuy qui fignific un .Mé¬
decin dans la même Langue eft tiré jdu terme qui fignifie un
dard. * Q^>y qu il en foit , e’efi: de ce Chiron qû* Achille te-
noit la conooilîànce de laChirurgie^ outre toutes les autres bel¬
les difeiplines dans lerquelles il l’avoit élevé j témoin la playe
du Roy Telephe qu’il guérit avec un cataplafme j où il mêla
de la roüille de la lance qui favoit tdeflé..
j Ego Telephon '
Fugnantem domui y v0um orantemque refecî. , -
C’eft ainfi que Patrocie guérit Euripile, que Podalire, Ma-
chan, & tant d’autres Héros de l’Antiquité exercèrent cet Arc
avec un fiiccés admirable, & que Denis Tyran de Sicile, ne
dédaigna pas de faire les fedions , les uftions., les redudions ,
& tant d’autres operations de la Chirurgie. Les Princefles mê¬
me des vieilles Hîftoires paroiflent Û fçavantes dans la Chirur¬
gie, que les Auteurs les y font entrer avec les Princes mala¬
des, pour le dévouement de ce qu’il y a de plus intrigué. Aufiî
étok-elle fi necefiairc , que les bêtes même ont eu des lumiè¬
res naturelles pour la connottre, &pour s’en fervir. En effet,
le cheval marin neje faigne t-il pas heureulèment, & les chè¬
vres de Crete nç tirent-elles pas le fer de leurs playes par l’ap¬
plication du Didame , avec tant d’adrefle 6c de fuccés , que
les premiers hommes en tirèrent des leçons pour la Chirurgie?
Mon feulement les Héros ont appris cet Arc , mais les Poètes
Mareellus Palingat.
inLeone^
Lettres de Guy Pa¬
tin.
Xeig manas undc
Ciiirurgus.
* N ataU comit. /.4.
Et fextus LmpiricH
in verho sta, unie j'ct,
'tfOS.
Ovid.Metamorph-it ■
Iliad. 4.
vulg,. errorih. h
Mèdicin. î-
xiv Efféî de Meiscme»
encore ont cni ne pouvoir traiter affez dignement leurs>fjjetSj
fans ia connoiÜance de la Chirurgie. Homere n’ignore ny l’A¬
natomie ny la Botanique,.jarquesà parler des bandages en vray
Ch rurgien. Les anciens Médecins furent fi jaloux de cette pari
tie de leur Art qu’ils ne voulurent jamais fbufFriir qu’on la fd-
paraft des autres. C’eft pourquoy il n’y paroifToic alors rien de
inéchaniqtie tant ils l’exerçoient noblement Sc heureufement,
comme on le peut voir dans Hippocrate.^ Cela dura jufquésaü
temps de Galien , qui l’exerçoic de cette maniéré à Pergamc j.-
qui n’en quitta l’exercice qu'à Rome, ou ib la trouva-
réparée de la M'edecine , qui ne s’étoit relervé que la cure
. des maladies internes, iaiirant les operations manuelles aux Ghi*
rurgiens. Depuis ce temps- la elle commença pour ainfi dire à
faire bande à part en d’autres pays, & à fer féparer de Ton tout •.
ce qu’on ne devoir pas fouffrir , puiCqu’il eft certain que' les
Médecins qui font ordinairement Phifofophes ^ & fçavans dâns
les Langues dans la Botanique, auroient opéré bien plus
deurement que des hommes qui ne fçavoieht que par habitude,;
& qui après tout n’ont pris la place des Médecins qu’én tes ep-
piant vfpir en-éerivant , foit en opérant > mais qui ont?été fi heu¬
reux dans cet hardi projetsque le docle; Primetofe ne peut oom-
^ prendré' comment il eii, arrivé qu’on ajoute fouvent moins dc-
* foy à. un Médecin faifant le Chirurgien, qu’à un Chirurgien;-
faifant la Chirùrgie &.la Medecine.. Car enfin il eft affuré
que jufques au temps des Arabes, les Chimrgiens's’^eii font te-
Biis aux operations manudles , & que c’éroit-la leur partage
Mais-foit que dépuisee temps- là: les Médecins ayent continué,,
à négliger, cette partie de la Medecine , ou que les Chirurgiens:;
fefoiént-plAà poiÆr leurs conquêtes petit à petit, ils ont en-'
fin ufurpé la cüre desTumeurs contre nature , des;playes & des
- ulceresv d’autant pîuS' injuftement , que cela étoir de l’ancien do-
eaajne de la Médecine rationelle: Qüainfi ne fok, Galien com-
^îsnce fa Méthode par la cure dés? ulcérés, êt la finit- par celle
dey Tumeurs , tant internes’ qu’externes 5 maladies qui ne peu-'
vent être bien traitées qu’avec les indications de la Medécine'
Gtirative. Et c’eft pour cela que dans quelques Villes bien po-'
licees,il n eft pas pernris aux Chirurgienssde faire leur Mé¬
tier- fans y fppeller un Médecin , & particulièrement quand il
eft queftfon d’une operation confiderable , au point même qu’it
faut en quelques-unes de ces Villes^que le Chirurgien foitDo-
Seconde Partie. Chap. I I î, xy
:a;etir en Médecine. Cependant 4es chofes vont bien autrement
i prefent en France , où les Chirurgiens ne fe contentant pas
de là plus feure êc plus lucrative partie de la Medecine, ufur-
penc encore, par un abus inconcevable , les fondions des Méde¬
cins, par tout où ils en trouvent occafion. Les Médecins font
en droit de rentrer -dans la poffeffion de la Chirurgie, il n’y a
ny prefeription ny police qui s’y oppofe, ils 'nunt fait que to¬
lérer la léparation fans renoncer formellement à la prati¬
que de la Chirurgie. ils fe ferviront s’ils veulent, dit Galien,
des inilrumens de la Chirurgie , comme les Princes &: les Ge-
■neraiix 4’ Armées font de l’arc, de l’épée, & de la pique^ Ils
commanderont comme les Generaux de la Medecine, quand il
leur plaira, abandonnant quand ils le jugeront à propos Pu-
fage dû fsr & du feu , & des autres reineîes aux Mrni'ftres de
la Profsffion^&fe contentant d’en avoir ^intendance &:lâdire-.
-ûion quandhls né voudront pas Ce donner la.: peine d’agir ,
4e fe îervir de ces inftrumens. Voila ce que la raifon & l’an¬
cien iifà^e leur permet & qu’Ms peuvent faire d une maniéré
qui fent ajlîez le defpotique fur la Chirurgie. Cependant ils ne
le font ipas par honnêteté, pour ne pas ^aroître innover pour
iaiffer le monde comme il eft. Les Chirurgiens tout au con¬
traire, qui n*ont aucun droit défaire la Medecine, l’exercent
fans capaeké , fans caraâere, fans permiffion. Il n’y a ny hé-
^re ny autre maladie j foit aiguë foit chronique qu’ils n’entre¬
prennent & qu’ils ne traitent , jufques a ce qu ayant perdu la
rràmoncane ils fe voyent obligez d’appeller des Médecins à
leurs fecours , ôc fou-vent fi tard qu’il n y a plus de remede. Soit
que ce deforde vienne de l’inquietude naturelle à l’homr-
ffle qui n’eft jamak content de fon état, ou que quelques-uns
4e ces Meifieurs foient naturellement tels que le proverbe les
figure. Glorieux, Sc tous pleins d’eux -mêmes, il eft certain
qu’il y en a peu qui fe contiennent dans les bornes de la Chi¬
rurgie i Sup erbia illorum afeendit fempèr. Mais quelque bonne
opinion qu’ils ayént de leurs perfonnes, &; quelques favora¬
bles que leurs foient les jugemens que les ignorans & les en-
têtez font en leur faveur, s’imaginant que la connoifiance du
corps humain jointe à l’habitude d’operer & de voir des mala¬
des, leur applanit le chemin de la Medecine Pratique 3 tout cela
êfl: comme qui diroit, qu’un Procureur à force de dreffer des
Hequeftes, êc un Notaire des Ades, auroient appris à dé-
Comment, m d.
Eliud.t. Text.i.
V. les Statuts de la
FamLé de Paris ,
m- ^4.
3
RÆrum. fî.milium
diffimilitodines , &
dilTuniliani
tudines.
tomic 'r. -
Z». FroeKiio Etifioî.
xvj Ejjm de Medëcine.
cider on point de Droit , BadauCTerie.
Nuy£ , non fi quid^ Turbida Roma^
Elevet accédas.
Ge n’eft pas ainfi que ta Médecine fe fait. Il faut fçavoir
diftinguer, comme on-dit, la lettré de la lèpre. Il faut fçavoir la
Pliilofophie , les Langues , les Principe^ , & généralement tout
ce qu’on n’apprend que par tradition dans les écoles ^ & dans
la Pratique, pour üe point parler de tant d autres difpofitions
que les Maîtres de l’Art demandent, & dont nous avons dit ’
quelque chofe cy-devant. Mais quoy ? tout cela n’eft point
necçffaire , ft on en croit ces Chirurgiens, qui ont une fu-
rieufe demangeaifori de faire la Medecine, & particulièrement
dans la campagne ôc les petites Villes, comme fi les hommes
y étoient moins précieux qu’autre part... Et c’eft ainfi qu’qn y
fait la Chirurgie 6c la Medecine avec une confiance d’autant
plus prodigieufe, qu’il s’en trouve dit le docle Primerofej à
peine un fur chaque douTiaine qui ait quelque connoiflance de
la Théorie de leur Métier , route leur Science n’étant que
^ rÆ)utine, nîalheur que Galien déploroit de ron temps , les dé-
• peignant des difeun de rien , impofieurs y vanteurs ^ ignoram jufques.à
frmdrA'des artères four des veines femblahles à cet Archantius
dont il VOUS- fait le portrait- d’après Pline., 7i vaudroit mieux j
ditle celebrc V2in<g\m -, tomber entre les onÿes des corbeaux qtien-^
tre l^s mams , de ces Barbares ipior ans qui n ont f AS fi^tot vu la dif-
feBion d’m cochon yqu-ilsfrapquent itifolemmeni la Ohirnrgie: Com¬
ment pourrpient-ils. faire uon feolement la- Chirurgie mais en¬
core la Medecine,. puifqpe les plus habiles Maîti‘@s.dans la
Chirurgié paroiflent déconcertez, quand il eft qiieftion de rai-
foiiner en prcfencc des Médecins, même fur des maladies de
Ghi rtirgie ? - Revenons donc aux Chirurgiens en general , 62
iaiflbns-là ces- mirerables Barbiers de Villages. C’eft bien pis
encore quand ils fe veulent m.êler d’écrire, o^ueqüand.dls veu^
knt pratiquer la Medecine 3 il n’y a ny deflein., ny fiiite,.- ny
agrément 3 la maina beatr £è piettre en devoirde- tracer ee que
la tête a penfé, cette; operation mânuerhs ne fera jamais de cel¬
les qui les feront paroîcrc Chirurgiens; Ambroife Paré, qui
étoit haDile-dans fa Profefiîbn V fe: garda bien décrire luy-mê-
me ee qu iî en fçavoit, & ce qudlavoit véu 6c obfervé, 11 don¬
na les M.èmoires à de jeunes Médecins qu’il paya bien , 6c qui
les mirent au jour fous fon. nontr de la maniere. que nous les
avons^
Troîjtéme Partie, Chap. III. xvij
avons. Mais ils ne ibnt-pas tous fi fages que Paré , comme ils
ne font pas fi habiles. Il y en a qui brûlent d’envie de faire
paroître une ignorance , qu’ils auroienc pu dérober à la con-
ndiffance du Public , fc condamnant eux-mêmes au filence. Et
à ce propos il me Ibuvient qu’un Chirurgien de. Province, fort
ignorant ôc fort vain , cherchant à fe faire valoir par quelque
^crit dans la Licifpendence d’une affaire crimineiie qu’il s’é-
toit malicieufement attirée , par voye de fait, mit en évidence
Si fon crime Sc fon ignorance. Car certain Factum ou il fe vou¬
lut mêler de débiter de la Chirurgien du Latin, dij Droit, &
des Humanitez , fit croire au Rapporteur '& aux Juges , aflez
embaralfez à percer dans l’obfcurité du fait , que .la main qui
avoit barbouillé le Factum avoit fait le coup en queftionL Je * Quoties aiîquid
ne parle qu’en palTant de l’obligation que les Chirurgiens ont es uko
^ n ■‘^1 J • J 1 1* te J naorûm tuoiuiQ‘
d^appeller les Médecins dans les maladies Ciiirurgicaies j car & ingenilchyro-
comme ils ne font pas grand fcrupule de paficr fur cette obli* g^aphum darc.
gation, les malades s’imaginent facilement, comme nous Ya.--
vons marqué cy-^deifus , {bit par prévention ou pour éviter la
dépenfe, que le Chirurgien vaut un Médecin en ces occafions.
Cependant il n’y a gueres de Cafuiftcs qui n’obligent les Chi¬
rurgiens à faire appeiler un bon Médecin ^ foit pour convenir
avec luy de la necefficé de faire l’operation , du temps , de la
maniéré & des remedes neceffaires, ou pour faire les rapports en
Juftice, & confcillerenfulte le malade furie fait du temporel &
du fpirituel. Ce n’eft: pas toutefois qu’ils ne puifient différer l’e-
xeeution des Ordonnances du Médecin en de certains cas , ils le
doivent même j mais au refte s’ils Font quelque faute de conv
mi filon par vanité ou entêtement , autant de maux & même de
"morts dont ifs font comptabjes à Dieu & au Public, comme il
- arriva a ce Chirurgien, qui ayant tiré deux livres de fang à un
malade au lieu de huit à neuf onces que le Médecin avoit or¬
données, le jetta dans une hydropifie mortelle. Les négligen¬
ces , les y vrogneries, de même que les, fautes de commiffion, .
ont au fil des fuites qui y^lcnthi&n des qui prû d’Apotlcai-
res , témoin le pauvre Malade qui brûla tout vif dans une ma¬
chine ou on l’a voit mis pour hier, pendant que le Chirurgien
euvoit fon vin, faute de prendre garde à tout ce qui étoit au
tour de luy. C’efi; pour cela que Galien foûtient que le Méde¬
cin a droit d’infpeffion fur tous lesMiniftres de la Médecine,
comme le Pilote & les Architedes l’ont fur les Manœuvres.
xviij de Medecîne,
V. ies$muts‘de U Aulîi J a-t-il des Facultez où ils font obligez d’obeir aux Mc-
Arnft?^^' comme les Difcipl^s aux Maîtres j de ne donner aucun
Sentences de U F4- rcmcde fans leurs avis , & de s’en tenir à l’operation manucUc.
culte, depuis U prcr Qq «^5 qu’jl ne fe trouve par tout quelques Chiruro-ieuc
mtere page fufques a r t ^ iiM • r- P
lafageiii. ' non ieulement tres-habiies , mais encore tore circonfpects en
ce qui regarde les chofes qui ne font pas de leur relîôrc , &: par¬
ticulièrement à Paris , où leur capacité paroît fi inconteftablc
qu’il n’y a pas de lieu au monde où la Chirurgie fe fafic mieux
que dans cette Ville , tant à caufe de la commodité que les
Écoliers & Afpirans ont d’aller aux Leçons publiques , qu’à cau>
fe de l’exaditude des examens, & des çhefs-d’oêuvres. Âuffi
ne fais-je aucun doute que s’ils vpuloient bien fe contenter du
Métier quhls fçavent ,& particulièrement de faire les grandes
operations , il rî’ y.auroit pas dans le monde de Chirurgiens plus
dignes d’eftime 5 car je ne pafle pas pour de grands Chirurgiens
ceux qui £è bornent à la faignée j à penfer d.es playes, ôc à trai-
/ ter ces maladics.dont la Gnirurgie n’eft pas moins friandeque
la chicane l’eft de Decrets. Car comme l’une fait fouvent re¬
léguer aux pais des Decrets & des Confignations, des hom-.
mes 'quelle auroit pu laifler en liberté , l’autre fait venir dans
fes infirmeries des melancholiques , qui ne font fouvent rien
- moins que ce qu’ils appréhendent d’être 5 manege dont ellè tire
un fi grand profit que certain Chirurgien fe mettoit, dit-on,
k genoux devant la Statué du Roy de France Charles V I IL
pour le remercier de ce que fon armée a^oit apporté de Na¬
ples une maladie qui mettoit fa famille fiir un fort bon pied.
En effet , ces belles 6c grandes Operations delà Chirurgie, qui
femblent caracterifer les Chirurgiens font feules capables de
les rendre égaux aux Chirons , aux Podalires, & aux Mâchons.
Ainfi ni ces Prêtres ni ces Religieux , qui s’adonnent à. ce
qu’il y a de commun dans la Chirurgie, ne font en aucune
maniéré Chirurgiens , bien qu’ils faflent encore les Médecins
en tant d’occafions. Quoy qu’il en foit, il eft confiant que fi
ces Prêtres 6C ces Religieux dérogent à la noblefle & à la fain-
teté de leur Etat, foüillant des mains confacrées aux faintf
Myfieres , & les occupant à la cure des maladies /aies êc hon4
teufes, il n’en efi pas de même de nos Chirurgiens, ôc qu’il
n’y a rien du tout que d’honnête dans leur miniftere . étant
non feulement laïques , mais étant defiinez pour cela 6c ap¬
prouvez des Médecins 6c des Magifirats. En effet, un Art ne
Troifiéme Pmte, Chap. III. xix
peut-il pas être noble & civil, quoy que défendu aux Prêtres
ôc aux Religieux 5 Pe terme même de méchanique, dans fa vé¬
ritable, figniScationV^ n’ayant rien de fi bas & de fi abjet, que
les ignorans fe l’imaginent. Car au refte, fi l’on m’objecle que
des Chirurgiens ne marchent dans les ceremonies publiques
qu’à la tête des Artifans , à caufe de l’operation manuelle, &
que les Apotiquaires marchent avec les Marchands j je répons
pour les Chirurgiens qu’ils ont des avantages bien plus confi-
derables que cette marche ceremoniale , partageant avec lés
Médecins l’honneur de la conférence ôc confultation dans les
maladies externes 5 ce qui n’arrive jamais aux Apoticaires , dont
Poffice fe termine à la préparation des remedes que les uns àc
les autres ont ordonnez.
Chimrgi flringe feeufim
ZiBorefque tui procédant P harmacôptæ.
Voila le pouvoir & le Confulat de la Medecine , le devoir
des Chirurgiens, & ceîüy des Apoticaires. Que ceux-là fe fou-
viennent donc que les Arabes {e trouvant accablez de mala¬
dies, furent les premiers qui leur abandonnèrent les opera¬
tions : qu’ils étoient encore Difciples des Médecins comme ils
le font naturellerhent , obligez de faire leurs Cours fous ces
Maîtres devant le régné de faint Loüis j que ce Roy & fes fuc-
cefleurs, & particulièrement le Roy Jean, les fournit aux or¬
dres & aux Loix de la Faculté de Paris , ^ qu’ils s’y font eux-
mêmes fournis, comme leurs Ecoliers, comparoifiant tous les
ans au jour de faint Luc pour rcnouveller leur ferment; que
le Roy Charles VL confirma ces Loix, & qu’ils font d’autant
plus obligez de fe contenter de leur fort, fans ufurper ceque
les Médecins fe font refervez , que leur portion eft la plus
grade & la plus fertile de toutes celles de la terre médicinale,..
les renvoyant au furplus à la Pharmacopée d’Aufbourg, aux Sta¬
tuts de l’Ecole de Montpellier, & plus particulièrement à ceux"
de celle de Paris, outre qu’ils peuvent encore apprendre quel eft
leur devoir àzm la Police de f Art de Medecine d' André dit Breüilt
oii ceux qui ne demandent qu’à choquer leurs Supérieurs,,
trouveront ce qu’ils font originairement , & une idée de là con¬
duite qui leur a été infpirée par quelques broüillons du fîeclc
pafté & de celuy-cy ; Ce qui a làns doute obligé quelque Do-
éleur, qui n’étoiepas fort content de cettecoadaitê,; d’en fai¬
re ce beau portraur.-
Hteronyfn. Bard. m
Medic.gloria.
Pag. 6A^.d£s Statuts
de la Faculté-
XX
EJJais de Medecine,
Von feut faire, état meme entre les concurrens
Qm viennent à Henvi fi mettre fur les rangs
De ces braves Jurez^ que le ferment oblige
A rendre au DoHorat far tout hommage lige s
four être grands Clercs ^ mais grands Clercs non lettrez^
Et de leur fuffifance aveuglément outrez^
Ofent faire en ficret la Letton à leurs Maîtres:
Eux qu il faudroit char^r démords ^ df cheveJlreS)
^lui vont les décrier fur leur cafacité
Pour ficoüer le joug de leur autorité,
Quatre mots ècorcbez^de la Langue Gregeoifi
Les élevent fur eux tout au moins dune toi fi j
V enfleure leur donnant cet air imferieux y
Qui les fait honorer du nom de glorieux,
Admirez^decesgenslafigefolitiquMy
Et le tour délicat qui les met en fratique.
Le figpe dtu fatut-, avec le Crucifix , , .
Entre deux chandeliers fur la table efi-il mis y
Lors que les a ccidens f orient far tout le trouble.
Que le danger allarme , ^ que la feur redouble |
Ils fe garderont bien de manquer, au refieci y
Et de rien a vancer qui ne foit de leur fait.
Mais lors que le malade efi en fleine afiurance y
Qu aucun fuccès douteux fin dejlin ne balance i
Toujours le fin détour y toujours le contredit
Auf rés du patient fait valoir leur crédit. . \
Toujours quelque bon mot dans l* entretien s^échaffCy
•^MvafrifirlabarbeaufrudentEfiulape.
Entendez^les farler : Çcç,\x
Tromper le Médecin, preferire à fon infeeu.
Ce remede excellent que le bon homme ignore ,
Et qu’à Tes beaux ayis nous en fuffions encore ,
Quoy qu’il foit honnête homme , & que j’eftimc fortj _
Je le dis, entre nous : Le malade étoit mort,
Cefi un échantillon de leurs tours de fiuf le fie
Ou dam foccafion ils montrent leur adre fie y
Et qui chez^le Bmrgeois^,^ gens de bonne foy
Leur fait trouver accès , ^ donner de l'emfloy f
Car quant aux fages , je ne prétens fraper fur aucun, non
Troifime Partie, Chap. IV. xxj
plus que le fage Médecin Anglois nommé Jean de la Coi¬
gnée, dont je veux bien inferer icy la proteftation d’épargner
les fages Miniftres de l’Arc , qu’il fait au commencement du
Livre qu’il a écrit en Anglois touchant les Abus de la Mé¬
decine.
:^on fetît hacMeàiea frayantes Arte Secuns
27 ec Medici officio qui benè funBui erit,
27on ferit infipies chirurgos , nec myropolas
An quib. é' p.etas funt benè jmBa Jtmul,
foann. Securis Qx»-
nienf. in quAri
mon. Abuf. Medi-
C H A P I T R. E I V .
Des Jpoti^uaires,
Le terme de Pharmacie eft fort vague , & fe prend comme
tant d’autres en bonne & en mauvaife part, puifqu’il h-
gnirie auffi-bien cette partie de la Magie qu’on appelle Noire,
qu’une -des parties Anciliaates de' la: Médecine dogmatique.
Quant au terme de Pharmacien & d’Apociquaire , ils ne difFe- v.suid^m h verks
rent gueres que dans retymologie, car quant à la fignificatibn,
elle eft arbitraire dans les Auteurs. C’eft ainfi que Pétrone fe
fert de Pharmam .pour fignifier un impofteur j mais de dire oPharmace.
Apothecarifisvitm du terme Grec *, qui n’eft pas fort éloigné * •ùwTtùoat.
de la fignihcatiôn du Pharmacus àc Pétrone j c’eft ce me fem-
ble donner la gehenne à un mot, pour luy faire dire ce qu’il
n’eft pas. Pharmacie eft donc, parlant proprement , une par¬
tie de là Medecine, qui n’eft guere moins ancienne que la
Ghirurgie. On lit dans ce que Kirkerus nous adonné pour des
fragmens de la Prophétie d’Enoch, que ceux qu’on appelloit
dans les premiers fiecles Principes mundi ^ enfeignerent à leurs
femmes & à leur maîtrefles la connoiftance & l’ufage des aro>
mats, & de tontes les drogues bonnes 6c mauvaifès. Homere
parle de la Pharmacie en tant de lieux , qu’on conjecture de
là qu elle étoit;déja ên ufage long^temps avant le hege de Troye:
mais ce qui luy fait bien plus d’honneLif , eft que le fils de Si~ Bcclefic.ji. c. 3%.
rach la regarde comme le bras droit de la Medecine, En effet,
avec quelles armes le Médecin fera- t-il la guerre aux mala¬
dies, s’il fe trouve en des lieux ou il n’y a ni remedes fîmples
m compofez ? Auffi n’a-c-elle été feparéede la Medecine que,
c iij
xxij EJfm de Médecine.
In quô illc tnede- ^ car CCS hommes qui am affolent des (impies pour Yn
bitur fi locis con- p jnyrJ - o -i > • ^ f'Jui i q,
tiugat Pharmaco- des Medecms, & qui les preparoienc groffiercment, n’é-
poiis,Cârentib. ar- toîenc pas encorcdu temps d’Hippocrate , ce que nos Apoticai-
'vSbST^diuTce- depuis. Les Médecins mêmes ne connurent qu’iml
iemnx in Prifat. parfaitement les remedes qui fe tiroient des animaux & des mi-
mfior. Plant. neraux, jufques au temps de Diofeoride, in Principe
Sch.oiiajies Homeri à faucarümfuït herboTum. C’eft pourquoy les Médecins voyans que
Simc.Mat. Medecine étoit d’une trop grande étendue , fou (Frirent en¬
fin qu’il y eut des hommes qui s’employalTent fous leur direction
& conduite,; non feulement à la recherche des medicamens,
mais encore à la préparation & au mélange. Mais qu’eft-il en¬
fin arrivé de ce miniftere autorifé par les Magiftrats , &; par le
confentement des Médecins f Les affranchis ont voulu prendre
Toc fetvi, tôt ho- la place des Patrons , Bixiêi non fervïàm.. Carquoy que les Apo.
^ ticaires puiffent dire , ils n’ont aucun Livre de leur Métier non
plus que les Chirurgiens , qui n’aij: été compofé par unMedê-
ein ou plufîeurs: &: s’il s’en trouve quelqu’un fous leur nom ce
, n’eftque Rapfodie,chou remâché5& barbarifme.C’eft donepour
cela qu’ils font obligez de reconnoîcre les Médecins- pour leurs
Supérieurs êc Précepteurs ne tenant que de leur fond & de
leur bonté tout ce qu’ils ont & tout ce qu’ils font. Cela cft
(i vray , que les Loix civiles y (ont formelles ,& que les Magir
ffrats d’AufDourg & dc.plufieurs autres Villes d’Allemagne,.
d’Italie & d’Eïpagne tiennent la main à l’execution de ces
Loix. Et fi les Ordonnances que Les Rois- de; France ont fai¬
tes à même fin ne s’exécutent pas fort ponduellcment , c’eff la
négligence des Miniftres de la Juftice, ou la pufillanimité des
Médecins qui en font la caufe. l3e 1 à vientouc la plufpart des
Apoticaires, foin de fc contenir dans leur devoir veulent m ar¬
cher fur lés talons des Médecins , faifanî la Medecîneavec in-
folence , quoy qu’avec bien moins de capacité que les Chirur¬
giens. Car fi on Voufoit examiner le mérité de la plufpart de ces
Artiftes,on feroit étonné de voir que de pauvres garçons,,
fouvent fans efprit , fans étude ny application , après avoir foie
un apprenrifiage tel qu’il vous plaira, ôc battu un peu la cala¬
bre , entrent dans la Maîtrife par les feules voyes de la patien-
laéhimdc Nicofes'. Gc & de la dépenfe,. comme on le peut voir dans le Eaffuna
du;Ruifie^ contre qui a tant douné de jour à cette vérité, & dedivertiffement aux.
ci4es°SarL^ Gurieux d’Ouvrages comiqües. Ainfi l'argent & les ceremonies.
ne leur ont pas. fi-tôt donné permiifioii de lever Boutique , quq
TroiJtémeVdrtk. xxiij
fans fé mettre en peine combien il faut de temps & d’étude
pour faire un bon Apoticaire, ils ne penfent qu’à faire les Mé¬
decins- C’eft pourquoy un fçavant Médecin du fiecle pafle par¬
iant des Abus qu’ils commettent ordinairement, ne les appelle
pas l'eulement les Singes de la Médecine, mais des Canonises \
les renvoyant ou aux Canons de Mefuc, ou i ceux de leurs
Seringues, fiior ultra mÿidam é' Pbarmacofœus extra fi-
xidem.
autres S(^avans en l'Art de donner des clyfteres ,
pont valoir le talent par de fecrets myjleres ,
Ordonnent de leur chef four malades & Jains^
Et pour Savoir fongè deviennent JAedeems ;
Controlient ^ [ans refpeB -, avec outre cuidancé
Des fîtes yraves Doîleurs là [(gavante Ordonnances
Kenverfent leurs avis , méprifent leurs Statuts ,
Et dans l'occajton i en font les Subfiiiutss
Perfuadant les gens quils font fort inutiles ,
^4' eux , fans d'autres fecours , ne font que trop habiles.
Et fi l'on les en croit le Juliep èpijféy
Entre les Recipex^aâroitement gliffé ,
Ou du fin Cordial une dofe en bouteille y
De votre guerifon aura fait la merveille.
Ainfi tout s*y faifant contre le droit des Cens
On efi pis qtlen un bois, ou parmi les Sergens^
Et lufurpation de ces Aides-dpffice
Fait que le Médecin gele dans l'exercice.
Mais parce que je fuis perfuadé que ni tous les Chirurgiens
ni tous les Apôdeaires ne font pas compris dans les deferiptions
que ce Poète en fait , je veux bien ajouter icy cette ÿeftridion
qu’il a faite en faveur des fages,
pour garder k chacun le droit l équité ^
Et ne dire icy rien contre U vérité ^
Tous ne font pas moulex^fur ce mauvais modèle,
flufieurs peuvent fouffrir la touche ^ la coupelle r
Elabiles dans leur Art , d ailleurs honnêtes gens ^ ' ^
Et qui fqavent bien vivre avecque les vivans. - ^
Ils fçavene en ufer avec ta déference " '
Qdd des efprits bien faits infpire la fcience i
Semblables k lé fi qui porte le bon grain
Qtlon voit plus s ah aijfer plus il fi trouve plein.
Lifeg. Baventi»des
abus des Apoiicai^
tes.
xxiv Jldedecine,
Mais f voüî en tïçuvex^doin U fage conduite
T or ce les envieuK d' honorer leur mérité ,
■ - . Et louer leur vertu ; vous en trouver^ aujjî
ZJn bon nombre de tels que je les peins icy, '
Cefi 4 ceux-^cy pourtant quil faut qu on s'abandonne ,
Contre les étrangers on fe précautionne.
r. Primerof. 1 1. de Car au rcflc je n’ay garde de rapporter icy tout ce que de Tça-
-vtdgi errortbyn Me- M^îdeciiis de divers Païs ont dit de defoblip-cant , quov
■ que véritable , contre les ignorans 5C les temeraires , qui pal- -
SZ7eG.'patin. Pcnt de leurs mortiers k de leursboëtes à la cure des. maladies,
dont ils ne fçayent'pàs mêmes les noms. Qu’ils apprennent
. donc qu’ils ne Ibnt rien autre cbofe que des Apoticaires , Mar¬
chands ) Droguiftes, Epiciers, Grodiers, Aromataires: qu’il eft
de leur devoir de s’en tenir à leur Art &; à leurs Boutiques,
où ils doivent avoir foin de ne rien tenir que de bon & de bien
conditionné 5 précepte qui les mene loin , fî on y joint celuy de
> ne rien donner de confequence fans Ordonnance du Médecin.
Q^ils (cachent encore qu’ils ne doivent faire aucun profit in-
juite, exceflîf & tortionnaire > & qu’enfin ce n’eft pas à eux à
parler fur les maladies , de quelque nature qu’elles foient. Que
leur expérience , s’ils s’en piquent cil; une expérience fans ex¬
périence, fauffe & trompeufe , que les Gafuiftes &:les Loix
civiles les condamnent, s’ils ofent forcir de leur fphere. Gar,.
combien en voyons-nous qui veulent faire feüls les Médecins
' en des occafions , où les habiles êc eonfeientieox Médecins ap¬
pellent du confeil, qtioy qu’ils ne fçaehenc pas même la con-
ftrudion de la plus fimple Ordonnance? De, li viennent les
horribles dont on a tant ven de fuites funeft es 5 té-"
Srm?ES/»iT entre une infinité, d’autres,, celuy qui ayant lu. Philoniif-
inchihÀb. " ^ pour fl&uno , fit dormir le malade bien loin au delà du fom-.
meil d’Epimonides , puifqu’il dort encore. Car quant à celuy
Ce font les boutons qui prit pour dcs ycux dc pcndu , & auricula mûrit
pelpLr! oreilles de fourisj êc à celuy même qui donna au
U faceüis Bebeiia- vieillard le DiafatÿrioD , quc le Medcciu avoit ordonné pouf
un jeune marié , & la medeeine laxative préparée pour le Vieil¬
lard au jeune homme , les fuites de ces beveuës eurent plus de"
comique que de tragio.uc. Cependant, de quelles confequen-
ees ne peuvent point être ces méprifes , particulièrement quand
elles font caufées ou par la vanité, ou par la mauvalfe foy de'
1 Apoticaire ? témoin ce que nous en apprend Laurent jouberc,’
. digne''
Troîjiéme Pmie. Chap. I V. xxv
digne Chancelier de la Faculté de Montpellier. Un Apoticai-
re, dit-il, portant des parties à un convalefccnt de qualité , &
homme de bon fens, luy voulut faire valoir, comme un grand
fervice, la corredion des Ordonnances du Médecin qui l’avoic
traité , difantque s’il les eût fuivics ponducllement il en fcroit
indubitablement mort. Mais bien loin que ce convalefcent luy
en fceût gré, il luy répondit: Et c’eft pour cela mon ami que
je m’étonne que je ne fai^ mort. G’clî: aflPez que vous foyez
tombé d’accord de cette conduite, pour avifer avec mon con-
feil, fi je dois vous payer ces parties , & fi je ne vous demande-
ray point en Jufticc les dommages & intercfts que de raifon
pour cette témérité, ôc pour ce mépris des ordres de mon Mé¬
decin. L’ignorance de ceiuy qui ne voulut jamais appliquer à
la région des vertebres du dos un Topique ordonne par un Mé¬
decin pour une maladie d’eftomach , eft moins à blâmer à la
vérité que l’infolencede F Apoticaire de Montpellier j mais cela
ne laifle pas d*être fort fot , & de faire voir combien cet Apo-
ticaire etoit ignorant dans 1 Anatomie. Je ne fçay fi c’eft un
conte pour rire , mais on dit qu’un Ecolier en Droit ayant de¬
mandé à un Apoticairé s’il avoit du familta hemfcunda y ^
rApotiquaire luy ayant répondu, tout étonné, qu’il n*en avoit
pas, l’Ecolier luy demanda encore s’il avoit du finium rigundo-
mm , à quoy il répondit pour fortir d’affaire , &,pour be pas pa¬
roi tre mal foui^i, qu’il en avoit encore le jour précèdent , mais
qu’il l’a voit vendu ce jour là. , P allé pour cela; mais à qui fc
trouveroit en la place d’un pauvre jeune homme nommé Man^^^
lias dans Galien, il n’y auroit pas à rire, puirqu’un Apoticairé
luy ferra tellement le front d’un bandage que les yeux Itty en
tombèrent de la tête. Il en eft de même de cet Apoticairé de
Londres , qui donna du mercure fublimé pour du mercure doux-
à un homme qui en mourut pitoyablement 5 car pour ceiuy qui
debitoit l’emplâtre Oxicroceum y fine Croco y le coupv n’étoit pas
mortel , quoy qu’il fift en cela une friponnerie. C’eft donc pour
les Apoticaires particulièrement l’Oracle fimhle avoir parUy
dit le dofte Simon Fanlli, quandHadit: Cônnois-toy toy-
Toutes leurs fautes n étant qu une fuite de cédés qu ils font y
manque de penfer à ce grand précepte ,.pourquoy ne pas écrire dans leurs
Boutiques en gros carrières , cette fentencedu Tmple de Delphes ( car
un homme de bon fens y. ér qui a de la confcience y. ne s avi fera jamais
de donner un grand remede y jel qdefi la purgation , fi ce rt efi dans une
Tsijfertafîon Àngloi-
fe touchant les Abus-
que lés jSpoticains
commettent dans l»
préparation des Kè-
medes à Lendies
1660.
Simon FauHi Ar-
chiater Regis Danu^
in §}uadnpartuo
Botanico.
preffant0 Tiecejjîtè:. 'Qpmbiefi ahommej ont .ferdu;^ la vk , bu du mo ms
font, tomber, dans de, ^andes,extremite\y far U témérité de certains
Jlfoticaires ^ de certains chirurgiens. qui font f feu, de cas de U
^ vie d'autruy qùils la haz^dent four une Pâuk ou four une Tablette
lilc qui non eft dont jls Veulent avoir le Àe bit à quelque frix que ce fait,. Gar enSn
^ïhaterrmeàl- auroient, .cux. & toLis lcs Empiriques, les meilleurs, re-
camentum,namiiic medes de la Medecinc, eft-on Eciiyer pour avoir un chevaEvi-
qui habet perdit, goureux, ôc habile Anifan pour avoir en main les inftrumens;
uti débet, chryfofi. & ks materiaux de quelque mecier ? D.e plus i prekrjre & exe^
Abfurdüm fit fi cuter font-ce-. pas des ckofes bien differentes > Lesi. fonctions de
la têtc & cellcs du.bras fontr elles les mêmesf? Ee; Pilote & le
officia ,& aiii cre- Mâtclot, Ic Manœuvrc & P Architecle , le Magiftrat & l’Huif-
ÿtum abus fubtra- figj- n^ârchent-ils fur le même pied ? Sera-t-il donc permis à cha-
capte de Tefimenu cun de :ie icrvir de ce: qu;4l a en main , lous pnetexter qp il le
cioit propre à' fa En ,'êc particulièrement; dans la Medecine, pen¬
dant que la Pbliceife fait avec tant dé régularité à îrégarddcs
Arcs les plus méchaniques ? Âinfi, les Apoticairés qui ont aïTez
' à;quoÿ-s‘ôccuper dans le choix de dans le mélange des vege.-*
taux, des animaux , &: des minéraux, pourront-ils en confeien-,
cé florcir de leur' Spher'ef &^raiteTi dés maladies qui 'lurpaiïcnE
autamr. leur' con noilîànce:,.: que; Pincerpretatioii des Poix 6^ la
; . . décifion des points difficiiés furpaffenc celle du. Procureiir Ôc de
'i i’Hiiiffier ? Gar quant à- ce qui Içs intereffe, fuppofe que la
Pharmacieffût bien moinslucrative que la Ghirurgie, & qu’un
- M. Fleucarit ne fât ’pasmn hdhimei^r?2^^a^;
il ne:ieroit pasijuffe^pourcék qué Jes'Apodcairesfè
dédommageaffent de ceunalheurjfar les: malades qui tombent
' I entre leurs mains sau contraire* Pétat-pitoyable où ils font alors
^ les devroit porter à iacompaffion j carùu.reffe h les profits dé
la Pharmacie ne font plus lii grands xpu autrefois , c eft . la cher¬
té de leurs remedes le .peu jde refpeCl: qu’ils ont eu pour
leurs Supérieurs, qui ont obligé les Médecins 6c lcs' malades à
fe pafter d’eux. Pour. les gens qui-ont la foy tendre, & qui ne
laiftent pas d’écouter leurs dilcours & leurs promeiles, il faut
leur apprendre qu’il y.a; bien a dire entré promettre & faire, &:
. que parler n’eft pasù:aif0iiner, quoy qu’il s’en trouve d’ allez
temeraires pour promettre même ce qui eft impoffibie à la Mé¬
decine, aimant mieux voir périr le. malade , pourveu que ce
foit dans rufagede leurs drogues,. que d’avoüer la vérité ,
que de quitter la proye qu’ils ont onglée. A quoy j’ajoûteray
T roifème Vakh. Chapitre V. stxy ij
encore au füjet de la cupidité de ces Medecins Canoniftes ,
que fl le raifonnemenc de la-pltîfpart dès 'GHirùfgfô^^ opinans
avec des Médecins , n’eft pas foré grande chofès il feroit beau
voir un raifonhement PhannâGien s’ils le faifoieiit en publid"6c
devant de bons Juges; Car comme tout leur manège ne fé'faic
que devant des ignorans, ou des gens pitoyablement prévenus,
ils parlent toujours à bon compte , entalTant , au refie -, fl on les
laide faire , medecine fur medecinè^jüillep fur jui
quès à cé que le malade foiî mdr-r du- guéri; (^ant af lint^^^^
du rnaladey il eft bon qu'ôn^fçâchê -qu’en lezinant
vîfites de Médecins , que rApotIcaire femble luy fauver' c’eft
juftement ce qu’on appelle amaffef pdurdifÈper , la plufpart de
ces Meffieurs là néntf ans jamais -chez lés malades qnànd^
fdntpâs éclairez d’uh-Medecin fîdelIeWôpnfcîèntieuXj fahs^
^pOrteriquèlqués femedes qui fe-trouvent, tous fur les paitléà,^
dont le prix vabien au de-là de ce qu on adroit donné à un habile
Médecin , quoy que les remedes ne foient fouvent que ce qu’on -
appelle d es- amufemens ôc des^ cdlifichèts de 1* Art , qui a fa ba¬
gatelle & -fon clinquant comme tous lés autres Artsy Ad
‘JumPhalerasiPmpofumrèmediorum chaos y '^ïndi^fins, a cervus , -
pretiofà Àîrüs:(^ artifaum fcandala , fuci fuibtis Medicina virgo non
indiget, '' ; ' • ' ’ ' ■ -
C H A P I T R E ' V. '
Des S agès^ femmes, -
QVoy' que la grofTeffe Sc raccoüchèrncht ; confiderer fim-
plemeht , foient dés chofes haturèllés 5 lés àcci dens qui les zachm t. 2.
àccjmpâgnent &'qùi iesdtiivént font de fogfah'de confequen-
ce, qu’on les doit regarder comme des maladies qui ont befoijj
des Miniflres & des remedes de la .Médecine., On accouche
avant le temps ordinaire, &rnêtne de joyeydé criftcfïe,dé;rire,
de toufïer, & fi l’on, en croit. Pline' spar un fimplè bàaillément. l. 7. c. 7.
Mais comme il n’y a rien noh feulementde fi indiffèrent;, mai
même de fi innocent &: de fi honnête dans les fon étions natu- _
relies, que là critique & l’humeur chagrine ne ptiifiént înfnb
ter j ces innocens efforts que font la mere ôc Penfant , celle-là
- pour fe décharger d’un pefant fardeau , Sc ccluv-cy pour foftir
d ij
t.lt.
Gm/t. îî. 38.
Ihi49
. L. tj. c. 7»
ff, devant! infp-
dend.
Ovid. Metamf i,
Odif 4.
Sccrateim Theteta.
xxyiij EJJkîs de Jidedecine,
d’une iongyc prifon , n’oncpas moins été attaquez par des gens
, de mauvaife humeur, que les charitables mains qu’on leur tend
pour les fecourir j car pour commencer par ces ‘mains bien-fai-
lantes Sc charitables , Pline a fî peu d’cftime pour les Sages-Fem¬
mes, qu’il les fait marcher prefque fur le pied de celles qui
méritent le moins le nom de Sages. Cependant n’en voyons-
nous pas qui ont des places honorables non feulement dans les
Hiftoircs profanes , mais encore dans les Livres facrez du peu¬
ple de Dieu ? Ne parlent-elles pas dans ces, Livres d’un air
d’autorité & de confiance fur les accpuchemens de Rachcl &
de Thamàr, & encore plus jprecifément dans les réponfés des
. illuftres Sephora\& Phua, où elles ne paroifTent pas moins re-
,^lujës que confcientieufes ? Leur Art , difent elles , eft fi necef-
faire, que toutes les femn^ des Hcbreux y font fçavantcs:
ÿdais qui doute qu’il ne,C3it encore des plus honnêtes ^ puifque
Job ne dédaigne pas Içs comparaifons tirées du Métier , quand
il eft queftion de marquer la puîfTance dé Dieu, Et obfietricante
manu ejus eàuBus eflxomber tortuofp ? Auiîî. voyons-nous que l’ An¬
tiquité Payenne a tant eu de conhderation pour elles, que Pl>
rqç meme donne en particulier de grandes loüanges à une So-
jtyra ôc à une Salpé : que le Sénat d’ Athènes leur accorde de
grands Privilèges , en confideration de la fage Agnodice : que
Théodore Priieien, grand Médecin dédie fts Ouvrages aune
, &' qu enfin elles font appellées dans le Droit
Artis frohata ^ fidai. Car h nous voulons remonter encore
plus haut, &dc là defcéndre au détail des fages Matrones de
l’Antiquité 3 ne trou veronsr nous pas une Ocirrhoe fillede Chi-
ron, une Polidamné femme de Teréc l’Egyptien, 3c une Pha-
jacrete mere de Socrate, qui font ce Métier > de forte qu’on ne
Aoit pas douter que ce ne foit pour faire honneur à la Proféf*
fton de cçccç derniere , que ce grand Maître de la fageffe fe
compare à une Sag^-Femme, quand il difpofe les enfans à la
produftion Sç exercice des vertus morales. Il introduit même
dans cette veuë le grand Hippocrate» tenant des difeours fort
à l’avantage de ces Femmes- là. Elles y paroiffent avec autant
de force de tête, qu’elles en ©nt dans les bras ; elles y font les
mariages : elles tâchent d’aparier les parties , en forte qu’elles
ne foientpas inutiles à la République, 3c qu’elles n’ayent.pas
fujet d’être mécontentes les unes des autres 5 précaution & ce,-
remonie dont on auroit grand befoin à prefent. Ainfî comme
chapitre V. xxix
elles ëtoient bien plus habiles en ce temps-là qu’elles ne font
de notre temps en bien des Fais , il ne faut pas s’étonner Ci el¬
les écoient alors plus conGderées qu’elles ne le font aujourd’huy.
Il feroic donc fort expédient pour le bien public , qu’elles fuf-
fent dans toute la France telles qu’elles font , à Paris & dans
toute i’Efpagne, ou elles affiffcent aux dilTedions des corps de
femmes que Fon fait dans les Ecoles, & qu’elles fulTent exa¬
minées comme on les examine à Copenhaguen, ou 'elles pren¬
nent Leçon des Anatomiftes avant que d’être admifes à l’exer¬
cice de leuï Métier.
Quant à ce que certains heretiques s’imaginoient de hon¬
teux dans l’accouchement, l’appellanc Contumeùam, les Payens
même leur fermoient la bouche. Les productions de Jupiter,
Pailas qui fort de la tête de ce fouverain des Dieux , Sc Bac-
chus qui fort de facuilTe , font-ce pas des rayfteres de Religion
ou d’Etat, qui font honneur aux accouchemens ? C’eft pour-
quoy Junon, toute femme & fœur qu’elle eft de Jupiter, veut
bien être encore Lucine, & réputée mere des enfins qui vien¬
nent au jour, fe trouvant à toutes les couches où elle eft la Par-
, & même la Poftuerfa de Yarron, prefidant aufli-bien aux
iaceouchemens contre nature, qu’à ceux qui font naturels.
Rite maturoi aperire ÿartùs
Levis Ilîthia tuere matres ^ /
, Sive tu Zucina frohas vocarit
feu Genitalis.
Diva froâüCAS fobolem patruiTups
Profperes décréta , fuper jugandii
Fœminis i prslifque ferac^
Lege marita,
C’eft ainft que les Poètes la mettent dans les ruelles des fem¬
mes enceintes , comme le plus pfomt fecours qu elles puiftent
efpcrer.
Zenis ades precihufque fave Lucina pueüa ,
Digna es quam jubeas , muneris effe tui.
En effet , elles en ont un Ci grand befoin , que Medée fait
cet aveu chez un Poète.
27 am ter fitb armis malim vitam cernerez
Qt^am femel modo farere.
Enfin l’on fait aes vœux non feulement à la Genita Mana^
à Y Eugenia , Si à la Fluonia , mais encore au D^u Ntaîus ^ dans
Hoym. m /Acukrt
Cftrmmet
Utdu Em-~
pid.
XXX ÉJfah de Médecine',
le temps des accouchcmens. La fage Antiquité n’a donc rien
veu que de venerable dans les accouchemens , quelques labo-
. rieux qu’ils fulTcnt j car
des Familles 3
outre qu
ils font la colomne ôc l’
àppuy
Statius 4 Sthar.
ad
Z= de Anima é'
contra Marcion.
ReBè fündajîi vacuos fenatei^^ - -
O diem Utum venit ecce nobis , •
Maximuâ âlter. ■ ' , '
Il y a même , félon quelques-uns , du miraculeux,
CmBa puer ferio cedant miracula mundi. -
Jnfans quo referdt claufira pudenda matris.
Mais que ferc d’allegiier les Payens , puifque l’ Ecriture faim
-te eft remplie de faints ôc de mylliques aceouehernenÿ , Impie-
ti junt dies quibus panreti Ante omnes co-ües f arturiebar^ ^ c^^^
: dédaigne pas même de particularifer les moriftmeux; Melm
fuiffet Jî natus non füijfet. Concepit'dolorem éf feperit iniquimem,
Ainfiquoy que veulent dire les Marcionites des accoüchemenSÿ
Tertullien nous reprefente la feené & Eacl;ion ,Gomme dèsxho-
fes non feülement dignes d admiration , mais qui oïït’dé irfain-
teté. Afpice_ viverites uterorfdnBiSdmârum fœmi'harüm\ nee niodo fpi-
ï antes in illis infantes iVerurfi frophetàntes. SanHiffzmd natuld opéra ^
Coniidèrez ces pitoyables efforcsiaufquers
tous les hommes doivent Iz i Mulieris enitentts pudorem, vel
Qbs earüm non jpro pericuto honoraudum y fw natuld Réligiofum\ & voyez s’il y
^ autre chofe que d’humain & dé charitable dans ce qui s’ypat
tres præftant pro- fc , & daus Ics offices qu^oii y rcud. Car que peut-on fe figu-
Fum charitable quc dc délivrer un pauvre petit criminel,
beroWm procréa- d’une coi'de qui luy celnt lêcou , 6i qtii rattache par le milieu du
corps, en un Heu de tenebres&d’ horreur ? Qiioy déplus hu-
main, que de nettoyér fa bouche falie-'ô: fermée par un vilain
excrement ? . Combieh y a-t-iî d’honnêtes gens tuiles- à l’Eglifey
a l’Etat & à leurs familles, qui ne feroient jamais venus au
Paerperæ mortem monde ? ^î^ajîâe Utero trajlati ad tumulum\Ç\ une rdain bien fai-
ftentcÏÏ'ïient” fapte Ôc adroite ne leur eh avoir facilité & qiivert l’entrée,
zeo impratsr, Puis doDc qüe le 'fuccés des accouéhemens 'dépend tellement
de 1 adréfîe & de la pratique des Sages-Femmes , que même
Efculape , interrogé fur cette matière , avoué qu’il n’y entend
Tirttq^ dtnobiUme ticn^ &qiie le grand Hipocrare* renvoyé les femmes groflesauX
*i^deïeZ'm^'irio ^^mmes qiîi ont du jugement & de la pratique dans cet cm-
^anu. ^ m étoniie pas que quelques aticiens Lfegiflateufs' t SC
Troijtmê Partie, Ghap. V. xxx-j;
lûême quelques Jarnconilikes modernes leur ayent été fi fa-
yofables.
Mais quant à ce qui regarde leur exercice 8c leur devoir, il
faut que j’ajoute à ce que nous avons déjà marqué cy-devâne^
que la Medecine. Chrétienne en demande bien plus de choies
que la Payenne n’en a demandé. Ce n eft pas aÜez de l’étude,
delà pratique, de la patience» de la force du corps , &; de la
conformation de la main ,• elle veut encore quelles fçaehent la
véritable forme de baptifer les enfans dans le befoini qu’elles 1.^^
appellent des Médecins, quand les accidens prefTent, j qu’elles
leur, obéïffent poaclueilementj qu’elles ne fe mêlent ny de
preferire des remedes de confequence, ni de débiter des fe-
crets j qu’elles foient pudiques dans leurs adions & dans leurs
difeours j qu’elles foient véritables dans les Rapports qu’elles
font enijufticc, 8c danS: tout ce.qui regarde leur mintftere.
QuyHes n exercent pas le Métier avant que d’être Ivîâitrelîes
Jurées, à moins que d’y êtreobligées par neceffite j mais fur
tout que fl elles Jçàvent beaucoup de chofes qu’il n’eft pas ne-
ceflaire que les autres femmes fçaehent , au moins qu’elles n’en
falTent aucun mauvais ufage : fur tout qu’elles fe fouviennent^
toujours non feuieinent de ce qüe les Loix civiles leur défen¬
dent j mais encore de: ce que la Loy divine gravée en leurs
cœurs J ne leur permet pas , ôc que je n’ay garde de particula-
rifer icy. Il faut encore que la Sage-Femme ne foit pas trop
âgée, qu’elle ait, s’il fe peut, foulFert les travaux de l’enfan¬
tement , pour en être d’autant plus tendre 3 qu elle foit affiduë,
fidelle , de vote fans fupcrftition , ce qui eft de grande confe-
quénee', 8c nïême qu’elle ne foit ni étourdie, ni inquiété, ni
colcie. Voilà le moyen de s’attirer les bénédictions dont Dieu
combla les Sages^-Femmes de l’Egypte , qui facrifierent leur in- Jî'- -amlag. script,
terêt à leur devoir : car li on ne peut nier qu’elles firent un nien-
fongede la maniéré dont elles répondirent à Pharaon pour fau^ presbyter. ^
ver la vie des innocens, Dieu ne laifla pas de recompenferune
action en laquelle le bien l’emportoit fort notablement fur le
mal. ^ . '
Comme je ne doute pas qu’il n*y en ait plufîeurs dignes de
-ce nom quon leur donne, &. particulièrement à Paris, oii elles
font prudentes:, expérimentées, & fçavantes plus qu’en lieu du
monde, je fuis furpris de voir qu’il s’en trouve tant d’autres
dans les Provinces, 8c fur tout dans la Campagne 8e dans les
Marimll. Medicine,
deUe donnt.
îUvïik. r*..
V. tang. 'Epifi. I ®.
'CngoT i Glûff. S. m
3>. l vjÆitHU i.
XXX ij Ejpiis de Médecine,
petites villes, tres-ignorantes de leur devoir, & fort tnal-adroî-
tcs i & cju’on u’ait pas foin 4e les obliger de s’inftruire avant
que de faire ce périlleux &; important Métier. Car il fautqu*on
fçache, pour fruit de tout ce Chapitre, qn’il meurt tant de
femmes ôc tant d’enfans des accouchemens -laborieux , pour ne
point parler des incommodités qui reftent à celles-là , faute de
quelque précaution j qu’on a eu raifori d’appellcr la grofîcfle&
les couches /a Guerre des femvm é" àes enfans. Certamente non meU’
îirei^ f io àiceM che dette die ci donne , che farifeoney nel farta noue
fer foca feienz^e eognitione , à'etta levatrice fe moiono. Sur quoy H
eft encore à propos de remarquer avec Icdoâre Prrmerofe , pov^
autre fruit dé ce Difeours, que non feulement en Angleterre
&en Italie, mais encore en France , les abus & la mauvaife
conduite dans le régime des femmes nouvellement accouchéeSy
en précipitent beaucoup dans de grands périls > fur tout quand
les Gardes & les Sages-femmes s’opiniâtrent à leur donner beau¬
coup d’aliment , de breuvages acluellement chauds,, de liqueurs
& d’aromates fous prétexte de rétablir leurs forces , & plus par-
ticLilicremént quand elles leur font tenir un régime contraire
aux évacuations naturelles, fi necefîàires àleur parfait rétablif-
fement, que le Texte facré a bien voulu le marquer.
On voit donc aflez par toutes ces remarques , combien il efir
de l’interet de la République de mettre ordre aux abus qui fe
commettent dans Fétablifiement de nos Sages-femmes, & par¬
ticulièrement dans les Provinces , où (Ml les deyroit renvoyer
aux. Médecins, aux Chirurgiens, êc aux plus habiles Accou-
cheurés dela Métropole pour y fubir les examass, & y donner
des preuves de leur adrefie > chofe de fi grande confequçnce
que les Médecins des Princes n’ont pas dédaigné en quelques
pais de s’y appliquer. Je croy même que le public s’en trouve-
roit bien, fionfaifoit revivre quelques-uns des Privilèges qu’on
leur a ôté, ou fi on leur en accordok de nou veaux. A quoy on
peut ajouter avec le doâ:e Langius, que fi elles ne font plus ap-
pellécs aux afTortimens des; mariages , comme autrefois, c’eft la
faute des filles &: des meres , qu’une forte honte rend trop dif-^
ficiles:, Car au refte ce n’efi: pas à moy feul, mais aux Théo*
Idgiens & aux Faeukez à examiner fi on pourroit fe paficr de
Sages-femmes où ij y a des Chirurgiens , 6c s’il ferôic plus hon¬
nête, comme il y a de l’apparence , & comme nos anciens Mé¬
decins femblent le marquer, de s’en tenir à ecs Femmes, par¬
ticulièrement
Troijtème Ohâp. . V I. xxxüj
ticulîefement quand elleâ. ont lesqualitez .rcquifel pour ce nû- * Doicnimn cft
niftere. Je me contente donc de conclure que les Chirurgiens^ tamunt^lfrar
non plus que ces Femmes, ne doivent jamais fe mêler du-regi- curis, ut quantum
me & des grands remedes , ni devant ni pendant raçcouçhp- animadytr-
ment, pas mêmequelque temps après, ou iFyjja/dcs-Medcieins,: ftetricum'& pucri
Sc que c’eft aux Magidrats à exciter ces Femmes de fe Tendre: P^^rum dciiûa.
capables de bien faire, par les recompenfes j & a des punir
quand elles ne font pas leur devoir, comme Fa fort- bien- re- lîcrcaiis , res maxi-
marqué un feavant Scholiafte * fur une des Obfervations des. crcdi_
■n •! ' 1,' . v:; ' Mcdi-
Ephemendes d Allemagne.- .. :îij:î Boînibnoo cismdiorafuaden-
- . .T
_ _ _ — - - - - - _ m _ I/. anni /.
' ' r-'l-M .. .J ■ Ohfervaî. ic6.
CHAPITRE V E" ’ ^ ^
Des Jtx chojès a^pelîées non natufeHes i Cj?* des Mfntfires.^rùl-i
Medecinequïenontfom, ..asnc:]-:’'!
LEs fix chofes non naturelles cette partie de la Mede-
cine Dietetlque que le dode Minderer fait; confifter dans
radminiftration raifonnablé des alimens ,.8c:de tqût ce qui en^;
tretient la propreté ôc les coramqditez , du corps , '\f^ fe-,
cours. de la Médecine , quand on en, fait un bon u.fage> quoy.
que -d’une bien moindre importancé. que lies remedes qui éva¬
cuent la plénitude & la cacochimie.- iC’eft pourquoy avant que
de traiter de ceuX-uy> Je; m’arréteray nurpeu Eces fix Ghofes
dont i’ufage & le ménagement. na^font^paE^fîilE^^ ^ ‘
dans des maladies- que dans la faStéi * En effet
mêmes, ceux qui font des lits, qui pr^arentdEersiaÈai-i
chifiremêns’ ne font pas nioins les Miniftres.de l’Art quay que
dans un degré fort inférieur-,. que ceuX; dont parle ^.ns les ,;
trois precedens Chapitres. Pour cc-qui eftflonç dne^s fix çhofes-
dont les Miniftres de là- Medecine-ont ledqiù,,;^.que-les- Me-,
deciiis appellent non naturelles. *^;il^„de^ îlédui&^^ff ffaff v au * Non/nâ^^^^^
boire ôc au manger, au fomgftdi^.ElayeHlegnu m &îrfe'
au repos,, aux excrcmens vuidëx on retenus^ & aux-pafiions" de.,uïntibasrt6icftÎÈo
l’ame, euradminiftraçiqnffel^^ïes; c^x^;q^;ïfDne,a,^
malades faiiant fouvenc plus âë fautes que lesnlaiacies mêmes,,
ceux-cy fontbien mqins- à,bjâmer..qae.C-^x.qui leur en accor- . • : .
dent Irifage .malrl-propos.- ^Caé eomme^çs Médecin^' faUlgnc " ' ' ' ’ '
fonvent ,, ou parjignprance QU^^n negllgeuce a-ïçf autpes^ Mmi- , \ ' -'‘î' • -
xxsKiv Médecins,
= ‘ ■ ’ ftrés de la Médecine ne faillcnt pas' feulement en ces deu^g
: _ manières , mais encore par préfomption , & particulièrement eu
France où les Médecins ont beau s’oppofer à ces defordres,êc
- où le torrent [de la coutume & de Tentêtement 1 emportent fur
«isnq la raifon. Sur quoy ileft bon, avant que de palTer outre, de
/ marquer icy que la Dicte, a laquelle les fix chofes non natiu
"" relies fe rapportent, comme les efpcccs aux genres, n’étoitpas
encore inventée du temps des Afclepiades , difciples ^ fuc*
celfeurs d’E feu lape j mais à dire le yray , quoy qu’elle foit une
^condition fans laquelle il eft prerqu'impolTible de guérir j
quoy qu’elle tienne lien de rçmede à bien des infirmes, il eût
été bien moins dangereux de n^ pas penfer que d’en abufer,
comme on a fait. depuis, & que de faire feichér comme faifoit
Tbeflàle, les pauvrés malades par 4es abftinences de trois joursi
où tout éontf aire 4^ fenrîfer^^ Prodicùs , Afelepias,
Petronas , quelques autres, je^S inclinationîS des malades d’u¬
ne maniéré extravagante, (^ant à ce qn’on appelle la diete
des fains , on raconte qU'Ada Reine de Carie , ayant envoyé
quelques uns de fes Cuifiniers au grand Alexandre , comme
ÙU beau préfent y il les luy renvoya tous , difant qu'il en avoit
dé l'^xerçife ^ la faim f^è manquant jamats dé luy faire
trouver bon tout ce qu'il mangeoit. Et c’eljÉ apparemment ce qui
iacon.i,é.Hiimr a fait dire â un grand Perfonnage, qu’un habile Cuifinier eft
plus dangereux pendant la- fmté » qu’un ignorant Médecin
pendant Ja maladie, |.cs BLomains , dit Arnobe; faifoient tant
• icontrêgemes ladiécc^ du régime des fains& des maladés, qu’ils y
faifoient prefider deux Divinitez, ViBua é' Fotua y ri2Sj2Xi%
point d autre faulTe que <^Ile d’Hipoeratç y nuriquam fatiâri cir
bis é* mpigrum effe ad laborem, Ainfî la dicté des perfonnes mê-
mes conftitueés dans l’Etat ne doit êtregue-
rés moi ns exadbe que celle dés malades àllitez , car la plénitude
r E T t s . qu^dllé foit, faifant dans le corps humai n ce que de trop
fcliciiez fônt daHs le corps politique , on tombe dans
eaf Z. i, 4. é' W. de grandes maladies faute dhm péu de retranchement. En ef>
j.cay iz. fet, s’il arrivé que dette pléhitude dégénéré en ce que la Mé¬
decine Cacochimic y la chaleur naturelle ne manque gue-
res à être fufFoquée , ou au moins à dégénérer en ignée. Il faut
mc&^randhFr!^ donç avoir un grand fpin du regime dans tous les états, même
tin. Strutag. LnltiTT.- dam ccluy de conval^ence, traitant les maladies, ces enne-
ç.ukim, mis du genre humamy comme Gcïar trait-oit ceux de la Repu-
Troifi^ Partie. Chap. VI. xxxv
bUque, qu’il réduifoit par la faim. Ce n’eftpas toutefois qu’il
ne faille proportionner la dicte non feulement à la confticu-
tion des fujcts, mais encore à celle des climats; Gar pour me
parler icy que du nôtre , quoy que Les alimcns retardent le ma-
rafme naturel, qu’ils foûtiennenc les forces dilTipées des mala¬
des ,&qu’ils les humedent , il ne faut pas lailfer de les propor¬
tionner à la nature des maladies , & des régions , nourriffant da¬
vantage dans les Païs temperez que dans les Païs chauds, ou les
maladies étans plus aiguës elles font plus proches de leur fin, &
encore plus dans les Païs froids , oii il faut Bien davantage d’ali -
ment pour mener le malade jufques au déclin du mal , évitant
cependant dans tous les Païs certaines douceurs & certains mé¬
langes dont^ on flatte & irrite mal-à-propos le goût des mala¬
des. Gela étant donc fuppofé , |e defèens au partieuier des fix
chofes non naturelles , & commence par la première.
Comme les chofes liquides & fotulentes tiennent fouvent lieu I;.
d’aliment folide aux malades, que hlixation s’en fait ordinai-
remeni avec l’eau , & que l’eau fert quelquefois de medicà- L’E AU.
ment, nous ne parlerons icy que de ce breuvage , remettant
à parler du vin, du cidre &de la bierre, ey- après. Jé dis
donc que de quelque neceflîté que foit le feu, les Loix le
faifant aller du pair avec l’eau dans les punitions , l’eau i’em- interdiccre
porte infiniment furie feuj non pas feulement parcé qu’elle l’é- &
teint & parce qu’il y a des eaux chaudes autant que de froides ,
& qu’il n’y a point de feu qui rafraîchiffe , comme il y a des
eaux qui échaufFenti mais parce qu’il n’y -a en eflPet ny végé¬
tal ny animal qui s’en puifle pafrer , ^ rien ne fruélifiant wnsfon
fecours 5 ce qui a fait croire à ThalesqUe d-eàu étok feite de
feu. C’eft pour cela que les Egyptiens fe fèrvoient dû Hiéro¬
glyphe d’aune cruche, pour marquer les myfteres qu’elle con¬
tient, & rutilité qu’on en tire. Les Perles, à 4eür'exemple,5la
faifoient ferviraux myfteres de la Religionîieomme a fart le di¬
vin Legiftateuri des Chrétiens , qui ncLgûeritpas^ moins :Pame iptur mediestur
que le corps par une myftericufe ablution dans la pifdne du pcr°*^AnjH*^în«r-
Baptême & qui fe compare luy-même à une fontaine d^au ventum, & fpirims
vive. Te ne m’étonne donc pas fi tant de Peuples difFerens ont-^ agoa corporaii-
cru que les lotions du corps paaoicnt jüfqu a 1 ame ^ Si Lucien incadem fpirhua-
â cru que les Macrobes vi voient long-temps parce qu’ils ne üKr mundatun
beuvoient que de l’eau , & fi quelques Hiftoriens ont écrit que
les premiçrs hommes nom vécu plufieurs ficclcs que parce qu’ils
c ij.
XXX vj ^ Ejjais de 'Meiecine,
ne beuyoicnt autre clioie. En effet , Plutarque nous affure que
• îTlicodorc de Lad{îe> -Libaniusj Democharis , Lucien, & [g
•>£ameux Apollonius de. T'bianée n’ont beu que de l’eau : ^
4*expérienec nous fait voir que ceux qui boivent de l’eau ont
le fommeil plus tranquille que eeux qui boivent du vin. Anffi
Galien, pour me retrancher à ce qui fait à mon fujet, luy don-
-ne^tril le.premier liêUi entre les Elemens, non feulement parce
/qu’elle entre en. plus grande quantité qu’il ne nou^ fémbledans
rdagreneration dés animaux^ mais encore parce quelle rafraîchit
tout ce qui tomberoit dans le mararme prématuré , fi elle ne
J veiioit au fecours.’ Le vin même qui u’eft autre chofe, fî on
-onenicroit Empedoclé,:que:de i’eàu digerée 6c redifiée dans
«lasvigné , in vite coBa » ne fe diflribuëroit pas ! fi facile-
i^encpotû:. lâJ-repâTationrdè H triple fubdance , fî elle ne lüy
fer voi t de v ehieu le > ôc fîîelle ne temperoit : lès qualités qu’il tire
J .du fbuffrir :narcotique.;qu‘elle diflipe ou qu’elle noyé d’unema-
-nkfe' auffî effcdive qu’elle efl indicible. On ne fîniroit de
■ J . ' ^ M - longrtemps i, fîi onpÿjouloît àlleguér en faveur de cet E lement
:;ce?que iesvBhHofopHesvles Poepes , ôc même les Peres de i’E
glifê en ont écrit. Difbns donc fîmplement iey que pour être
utile aux malades de: même' qu’aux fains , il faut qu’elle n’ait
. : ; -, i» .nhgoûcni faveur jxp: elle paroifîe claireàla veuë iqu’elle n’of-
-fénfe pâs^içdorat^îqdLë^ que Pline appelle rcfîemhler à
. l’aîf i carce nkfliqu’à eés conditions qu elle rafraîchit , 6c qu’el¬
le humede. Qr comme la princïpale différence de l’eau fe prend
d< s lieux ou on la puifé > il eft certain ^generalément pariant,
que celle des fontaineskfl la meilleure , n’offenfaht aucun des
^ ■ fensixtafratchiflant ëc paffant facilement, particulièrement quand
-lelle ne coule pas vers le >Scptehtrion , 6c quklle n’a pas le Soléil
^ derrière le heu de fa fbürcc , marques infaillibles de fa Bonté,
s X A joutez ^qu étant d^ordinaixe plus tenue que les autres eaûx,
elle ne manque gueres^d’:a^.oàr cette legereté qu’on chercheén
ur i' 't h pcfatit fcrupuleufeinènt dans des'balahccs.,.& cettë facilité à
“ recevoir les qualitézi-contraires du froid j8c du chaud que dp-
;mandeH^ppocr.atc.Leieauxdépluyefuiventcelies'des-fQa-
Aifre,*fmsé> ellesdcmandçnt fouv eut quelque petite ébullition,
encore qu’elles parqiflent douces, legeres, 6c tenues, faute de
.quoy il les feit:dltrçr-;ècdouler i pour..précipiter les ordures 6C
: la crafTe qui leur ont cté comrnoniqüées parlés nLiësr, à moins
dequoy eUes fe corromp.çnt;Yf4çilçment.. Celles des puits n’ont
Troiftéme Pmk. Chap. V 1. xxxvij
,=i^iiele troifiémc lieu j car quoy qu elles coulent de fourcé, êlies
n’ont aucun mouvement ni infolation, outre que quand elles
paflent par des terres aiinerales ou par des canaux métalliques,
elles fe fcntenc de leurs qualitez à proportion du themin qu’eî-
ics font. S’il arrive donc qu’on ait des eaux de puits potables,
x’eft parce que les fources en font pures & qu elles iont fou-
dirent puifées, ou parce qu’elles viennent des rivières dont les
eaux l'ont bonnes. Et à ce propos fi on me demande ce que je
penfe de cellcs-cy, je répons que s’il s’en trouvoit par toutd’auOi
bonnes que celles des fleuves Entée ôc Coafpc, dont les Rois
de Perfe & des Parches beu voient ordinairement à caufe de
leur legereté, ou fi celles de la Seine étoient toujours claires,
je iesxjftimerois bien autant que celles des fontaines j mais il
certain que toutes ces eaux tiennent toujours des qualitez du
Jimonv de l’argile , des fels , de la glaize , & des autres matiè¬
res qu’elles charrient , & que c’eft pour cela qtul les faut toû-
; jours puifer au courant , au deflus des Villes ou elles fe char-
:gentdes ordures qui en découlent. De plus, il ne les faut pa-s
.garder dans des cifternes , où elles fe peuvent facilement cor-
: rompre, mais dans des vaifTcaux de terre frottez de faumure>
mettant au fond de gros fable , ou de bonne glaife, ou comme
veulent quelques-uns les pafTarit au travers d’un couloir / pré-
caucron que le dode Primerofè approuve tellement, qu’il la
croit fufîifante pour corriger tout ce qu’elle pourrait avoir d’im¬
puf ô; d’étranger* Ajoutons que toutes celles des lacs , des
. étangs , les glacées , celles qu’on tire de la neige font tres-dan-
■gereufes, & même que pour quelques perfonnes qui fe trou¬
vent bien , ou peut-être qui ne fe trouvent pas mal de boire à
■;îa glace., il. y en a plufîeurs qui redèntent biemtot les impref-
fions qu’elles font capables de faire aux entrailles, êc à toutes
ks. autres parties nerveufesî & membraneufes. Mais puifqiie
.Peau , dira,-t-on peut-être , eft E propre aux fièvres aiguës ,
poLirquoy n’en fait-on pas boire d’au fîî froide, &; en auffi gran¬
de .quantité dans ces maladies^ qu’on ; fai foit au temps de
Galien? G’eft premièrement parce que notre climat cft -fort
different de ceux où Galien a fait la Médecine 5 en fécond lieu
c’eft que nous avons des moyens plus feurs que celuy-là pour
la cure des maladies aiguës » que Galien demande pour cette
tentative des, conditions qui ne fe trouvent pas toujours dans
les temps , les lieux 3 & les fujets. Qi^ant à l’eau qu’on fait boi-
e iij
F. Fîmium Hijîor^
np-’tural. lih. c. 4.
é/' Hievon'^m. de leH
cis J Hebraïc. ex
monte Hermen^
xxxviij Effais de Médecine,
re aux malades , comme il ne faut pas qu’elle foit trop froide
il ne faut pas auflî quelle foit chaude, celle-cy ne rafraîchif-
fant pas aflez les entrailles, & celle-là pouvant fuffoquer la
chaleur naturelle , qui n’eft jamais bien vigoureufe dans les
malades. Il ne feroit donc pas mal-à-propos > fi on pouvoir. s y
accoûtumer, de boire tiède, puifque les Hiftoires nous aflu.
rent que les Chinois ne fe font prefervez que par ce moyen de
la pierre , de la goutte , & de quelques autres indifpofitions que
les eaux froides & glacées entretiennent. Sur quoy il eft bon
d’ajouter icy que l’experience nous a convainais qu’il n’y a
rien de fi bon aux intempéries chaudes des entrailles que les
clyfteres d’eau tiede 5 car foit qu’ils reviennent par les mêmes
voyes qu’ils font entrez , ou qu’on ne les rende que par la voye
des urines , ils rafraîchirent 4c bumeélent merveHleui'cmcnt
le bas ventre. Qimnt aux bains d’eau douce , comme on ne les
employé pas dans les maladies aiguës, je n’en parle icy que
pour remarquer , que pourveu qu’on prépare les malades par les
remèdes generaux, il n’y a rien qui fonde 6c qui prépare tant
les humeurs groffieres, qui humecte tant les parties dcfleichées>
6c qui rafrîchide tant toutes celles qui font contenues fous
les hypondres 5 en un mot qu’il n’y a rien défi feur après la fai-
gnée bien conduite pour de certaines douleurs , pour les in¬
tempéries chaudes 6c habituelles , ôc pour quelques fièvres, que
le bain. Auflî Trogne 6c Ladance difent-ils à ce propos, que
les Grecs furent long-temps fans Médecins, cueillant des her¬
bes au mois de May pour s’en fervir dans le befoin , fe faifanc
fàigner-upe fois l’an, fe baignans une fois le mois, 6c ne man-
geans qu’iine fois le jour. Ainfi la plufpart des eaux mêmes mi¬
nérales froides font toûjours d’excellens rafraîchaiflans y car
quoy qu’elles foi en t empreintes des qualitez des minéraux qu’el¬
les rencontrent en faifant chemin, elles n’en font fou vent que
plus legeres, êc ne font pas moins utiles dans le déclin de la
plufpart des fièvres, que dans les maladies longues 6c rebellesf
yeritez connues des Médecins qui fe donnent la peine de les^
étudier, 6c qui font d’affez bonne foy pour vouloir abréger ma¬
tière dans ie traitement des maladies.
L’A I R nous environne fi exadement de tous les e6tcz,y[UC’
Tertullicn n’a pas fait de difficulté de le comparer à un vête¬
ment corporum vefihÿ mais il n’eft pas toûjours de ces vé—
teineus qui nous, préfervent des incurfionsdes caufes externes.
Troifiéme Partie. Chap. VI. xxxix
câf comme il eft lufceptible de toutes fortes de qualitcz , il
nous cft ou propice ou contraire, félon Tufagc que nous en
faifons, & félon qu’il eft ménagé. Non feulement il nous en¬
vironne , mais il fe faifit encore de tout ce qu’il y a de parties
contenues dans celles que les Anatomiftes appellent Contenan-
teSy par fa fubtilité & pénétration. C’eft pour cela qu encore
qu’ Hippocrate n’ait touché qu en paffant bien des chofes de la
^edecinc, il a fait un Traité complet de l’Eau , des Lieux, &
de l’Air. Il dit même au Livre qu’il a intitulé de.Flatibas , que
l’air ell la principale de toutes les chofes qui nous altèrent. En
effet , M ne contribué pas moins au rafraîchiffement dont les
malades ont bien plus de befoin que les fains, qu’il fait à la
matière des efprits qui fe difTipent ou qui s’altèrent continuel¬
lement. 11 faut donc placer le malade en un lieu oii l’air en¬
tre 'facilement-^ d’où il puiffe fortir avec pareille facilité 5 & oii
J1 foit encore plus fubtÜ que celuy qu’on refpire en fanté, de
s’il fe peut même il faut qu’il ait du rapport avec tout ce qui
entre dans le corps , & avec tout ce qui l’environne ; car fi par
malheur le malade fc trouve dans un air mauvais, il ne faut
pas manquer de le corriger par les feux , les bois , les aromates,
& tout ce qui peut changer fes quai irez premières & fécondés j
parce , dit Galien , que comme nous ne pouvons vivre fans air,
il eft impoftiblc de vivre long- temps fans lé fecours d’un air
tempef é. Sur que^ il eft à propos de remarquer , que l’air de
Paris eft d’autant plus j^opre aux malades qu’on en peut chan¬
ger fans fortir de cette Ville, 011 il diffère en fùbftance & en
qualitez félon les quartiers, félon les pofttions, & félon les fi-
tuatlons des maifbns, & encore plus particulièrement félon les
vents quiy foufflent. Dr fi l’air bien conditionné eft neceflaire
aux maladies promptes & aiguës, il ne l’cft pas moins à celles
qu’on appelle chroniques, 3c à toutes les melancholiqucs , l’hu¬
meur qui domine dans ces maladies demandant à être éventée
ôc moderénienjt excitée, Melancholici mutent local parce qu’é¬
tant d’une nature craiîe^ terreftre 3c limoneufe, le changement
d’air 8c de vents ne manquent giieres de l’attenuer 8c de l’a¬
doucir, particulièrement quand il eft fécondé 8c aidé par des
vapeurs aiimeateufes 8c cordiales, ces expirations le rendant
bien plus propre à la nourriture qu’Ariftoie ne fe léft figuré.
Ainfi le frequent changement de linges 8c le feu ne doivent
jamais être ménagez aux malades, parce que ces fecours contri-
Sîne afc're'aeque
inori>us tolli,ncqae
fervari fanitas po-
teft. Gden.inMe»
thed»
Frimeref, dt Error.
tiulgi in tdedic, l. 3 .
f.i.
Vcnti moiborum
omniû fcrainajlTia-
lio-nâiis naturæ,d.e-
geneies liberi , pc-
ftcs humani gcnc-
EÎs , fons & origo
omnium infiimita-
tum quitus huma-
num corpus confli-
ôatur. Ariflot. in
Meteor, lihr.
II L
* Akxan(3er Ma-
gaus fe duobus po-
tiflîmu, rcBus mof-
talitatcm intelüge-
rc aicbat, fopore ac
coïtu,quas fola na-
turæinârmitas pa-
rerct.
O ^ feus in
Senec.-
M.arcelL.V)il.ngeni.
in Virgme.
Il fxfà nell(.Pghe\
tariche.
x l Ejjais (le Medecm. '
buans beaucoup à l’oivercurc des pores, le chemin eft ouvert
aux vapeurs du dedans j &; de plus , parce que l’air externe peut
s- infinuer par ce (ccours en la place de ce qui fort par ces po¬
res, commodité que les Anciens tâchoierc de comp enfer par
les frictions qui leur tenoient lieu de linges. Les vents n étans
donc, félon quelques Philofophes , qu’un air agité, perfonne
ne doute que les logis des malades doivent être ouverts ou,:
fermez à certains vents pendant les maladies malignes , dau-
tant que ces poftillons de l’air, pour parler avec les Poètes,
étans la plufparc d’une nature maUfaifante, ils ne manquent
gueres à caufer ou à entretenir les maladies conformes, à, leur *
nature. ,
LE Sommeil & les Veilles fui vent Pair & les alimens dans
le régime, dans la cure des maladies. Les veilles diffipent les
efprits & aigriflént les humeurs^ fi on ne. les modéré par les ra-
fraîchiflàns , les fomniferes, les tenebres ôc le filence, Lefom-,
me;i an contraire fufFoque lesefprits , quand.il efi trop-long ou
trop profond s fi*ôn ne réveille ces efprits, & fi on ne diffipc
ces . vapeurs- épaifiés èc narcotiques qui en font la câiife, par.,
lés fridions modérées , par lescprdiau-x, les fels volacils,&au- '
tres remedes penétrans. Mais au refi:e,quqy que le. fom-meil ne
foit pas moins le fymbole de la mort que les veilles le font ,4e
la vie, témoin ce que Plutarque a remarqué d’Alexandre. *le
Grand, il efi: fi: neeefiaire aux' malades & aux fains, que les
Poètes memes en tombent draccord avec-toute la Médecine. •
Somne qtiies rerum yflacidrffme fomne Beorum
Fax aràmi ^ quem cnra fuÿt^ tu feciora duàum
■ FeffaminifteriismttlceSyreparafqusUborm^ «-
Tuquey 0 Romitory '
, S^nyu walomm , requies anim I
humant melior vït^. " '
* . .tarjfb
' Sola qui es fomnt paùem niortaïibus affert^ ^ 7 -
' F KM vivunj nihil bas ^ ( niji tetra, tnfomnta iurbanî )- - . ■ , -oouob
ZuUius effe poiejK_ .. = . ' .
O finne y ô de U qufta itmida y umbrefa
■‘ruiFlpue flacîdo Jï^io ^ ode monali
Fgri'
Troifime Partie. Chapitre VL xîj
jEgri conforto , oblio doUe di maU
Si grave ^ond" è la vita afpera ^ noiofa, .
hemms^ dit à ce propos Tertullien , ncreator corprum ^ reàinte--
prator viriumy probator valetudinunty facator opemm , Aîedicué labo»-
rum^ Cüi légitimé fruenào dies cedit, vix legern facit y auferens rerum Ltb.ieAnims.
etiam colorem . . . Adam ante ehihit foparem quam Jïtiit quie-
terni dormivit quam laboravit.
Les évacuations exceffives , & cêiles qui font fupprimées par I V.
line foibleffe-ou par un oubli de la nature, quelles qu’elles
foicnc, demandent toutes une grande diferetionj & particuliè¬
rement cblles dont la cure regarde les femmes en particulier,*
car pour celles qui regardent également les deux fexes , dans
des oGcalions oii il y va de la confcience, nous en avons afléz
dit au fixiéme Chapitre du premier livre de cet Ouvrage. Pour
nous retrancher donc à celles dont on peut parler librement,
les Tueurs de trop longue durée, celles qui s arrêtent trop tôt,
les flux de ventre, d’hemorrhoïdes, & mêmes ceux des hu¬
meurs loüables qui ne pèchent qu’en quantité, ne laiffent pas
d’être d’une grande confideration dans la maladie & dans la
fantéj car comme il n’eft quelquefois befoin que de médi-
camens doux 6c bénins polir la cure de la plufpart de ces
flux immoderez ou fupprimez, il faut aufîî quelquefois avoir
recours aux plus grands remedes pour la guerifon des plus opi¬
niâtres : de c’eft dans ces occafions ou les affiftans & les mala¬
des ne doivent pas moins être fournis aux ordres de la Méde¬
cine , que les Médecins font obligez d’être prudens & circon-
fpeds dans le thoix & adminiftration des remedes.
Quant au mouvement & au repos, comme ils font fuccefli-
vement neceffaires aux Tains, celuydà eft inutile 6c même dan¬
gereux aux malades généralement parlant, parce que la faci¬
lité de la tranfpiration en tient lieu , même dans la plufpart des
maladies longues, Ainfi ce pauvre Religieux, dont un AiuGut sa'pio» de Mf^curiis
Italien nous fait la peinture , fe trompoit bien lourdement ,
quand pour fuppléer au defaut de la digeftion , qu’il croyoit la
caufe de fes incommoditez , il faifoit de violens mouvemens
après le repas , tantôt fe donnant des coups de poing fur le ven¬
tre, tantôt prenant des pilules laxatives ou quelques éleduai-
res violens, ôc tantôt heurtant fon ventre contre des. tables,
des bancs , ou des troncs d’arbres. Car quoy qu’il feToit trouvé
VI.
Tantum 'enim po¬
te ft an irai motus
ut muki præ fola
lætitia morbos eva-
ferint, & multi præ
mœrore ægfota-
lint, GAlen. Ub.
fulla.
Commentmioin 6.
Epidem,
xlij EJfats de Adededne,
de:> Médecins qui ont inventé les lits fufpcndus pour bercer \tè
malades comme des enfans, c’eft à prefent une délicatelTe hors
de faifon , & à laquelle les changemens de linges & les autres
rafraîchifl'emens peuvent fuppléer,
Les pallions ne font pas moins à obferver dans la fanté&dans
les maladies, & particulièrement pendant- les malignes , que
toutes les autres chofes non naturelles dont j-ay fait mention
çy-devant: & c’eft fans doute pour cela que Chrilippeappclloir
la triftelTe , tant elle eft capable de réduire le corps au neanq
& qu'un de nos Poètes a dit ^ ’
Præterea froeul efi 'mæror toEenâm omnem
' Trifiitiam de corde fuga^ nam piacerat artus
Iteformat^ue ipfum corpus, camfque ca^Uloè
Ante diem reddit.
Mais quelque dangcreûfe que foit la trifteffe s lîeanmoins on
peut encore aflurer que fi la joye ou relperancê viennent à‘
contre-temps, elles font un aufli mauvais effet que la triftelTe,
trompant le malade & fcmpefchant de mettre ordre au fpiri-
tuel & au temporel, & diffipant les efprits dont la nature a be?
foin pour les codions, li faut donc bien fe garder de furprem'
dre les malades , non'feuleraent par des nouvelles affligeantes ,
mais encore par celles qui leurpourroient caufer une joye ex-?.
ceffive,fe contentant de leur infpirer quelque gayeté,qui eft bien.
plusde faifon dans les maladies, chroniques que dans lesa.iguës:i
ôc que pendant la douleur qui leur ôte ordinairement le fen-
ti ment .des chofes agréables. 11 ne faut pas même leur refufer
les chofes indifferentes, & même queiquesrunès de celles qui-
n’ont pas tout ce qu’on y pourroit defircr de bon , quand ils les;
fouliaitenc pafiîonnément , les plus bizarres ayant quelquefois
produit des effets merveilleux contre toute-efperançç êc raifon.
Mais à parler franchement, oHty eft affez empêché, Pn effet
dit l\hafes, unmalade me tourmentant fout accorder quelque cho^;
fe a fon appétit , fay quelque condefeendençe , ét il s en trouve mal;
f avoue ma faute , d^ma trop grande facilité : mais quoy , ri ejl-il pas-
vray d'un autre coté que Pii fut mort faute de cette petite fatisfaltion,
on aurait dit que cétoit de faimî A tout cela je croy qu’il n’y a
qu’à laiffer dire le peuple, & fuîvre le conlcil'de Galien, qui;
leur accorde tout ce qui ne peut pas leur faire de mal , afin de
s’atiirer la eréance.neceffaire pour l’exhibition des grands re-
medes. MaisToic en fanté Ibit en maladie , iieureux eft çeluy
Troijtême Partie. Chi^, VI. xliij "
dont la raifon réglé tous les appétits, qui ne fe tient jamais dans
une feurcté préfomptucufc, ôi qui ne defefpere jamais de rkm
Sperat incertis
Metuit fecundis ^
Alteram fortem
^ene fraparatum peBus. '
Ët encore plus heureux qui fe conduit par les réglés de la
Morale Chrétienne, quoy qu’il foi t fort difficile de fe garan-
- tir des attaques des paffions , & particulièrement de celles de la
colere & de la trifteffie, deux viperes qui apres avoir pris naif-
fancedans notre cœur, le déchirent à tous momens. Avec tout
cela il faut obferver, qu’encore que ces deux paffions foienc
‘ fort préjudiciables à la fanté du corps, elles peuvent quelque-
fois faire d’affez bons effets, pouryeu qu elles foient modérées,
Jrafcimini (jr nolite peccare ; car en ce cas, qui ne fçait que la co-
lere peut réveiller la chaleur naturelle affoupie dans les vieil-
- lards, & dans les corps chargez de graiffeSc de pituite, C’eft
une maniéré de fer qui frapant flir une pierre dure U froide,
en fait fortir des étincelles capables de réveiller les efprits en¬
gourdis dans le cœur & dans le cerveau & d’atteniier & de cui¬
re les humeurs crues , froides Sc indigeffes qui empêchent la
coction, & le commerce des efprits & de la chaleur naturelle'
dans toute l’habitude du corps. C’eft ainfî que la trideffe mê¬
me , quoy quelle foit capable de deffecher non feulement la
moelle des os . mais encore jufqu’à leurXubftance , Trifiitia exfe-
cat effà dans les temperaraens bilieux-mélancoliques,eîlene laiffe
|)as de tcinperer quelquefois les boüillons du fang^ lequel dé¬
générant par une maniéré de fermentation en feroiîtez aigres
& piquantes , fait un appétit trompeur > ou des veilles , des fueurs ®
fymptomatiques , & d’autres accidens qu’une mélancolie mo¬
dérée ou cette efpecede trifteffe qui procure de la quiétude au
corps peut appaifer , tenant ces humeurs en bribe , & les rafraî-
chiffant par l’inadion oppofée à l’agitation qui provient des
caufes externes & internes. Il en eft de même de toutes les aii-
, très actions horsledefefpoir, qui peuvent fervir en tous les états
de la vie , {1 l’on en ufc comme il faut.
Au refte je croy qu’on ne fçra pas fâché, que pour Corol¬
laire de tout ce que j’ay avancé dans ce Chapitre, je finiffe par serAfhî-
les remarques d’un bon Auteur. On peche dans le régime des
. fains & dans celuy des malades , en le changeant quand ou,£’y ' î.
^ xliv de Jktededne,
elt habitué , & qu’ott ne s’en trouve pas mal, comme il arrive ^
ceux qqi ne peuvent fe pafTer de quelque aliment folide dans
I I. leurs maladies. Quand on change tout d’un coup, fi le chan¬
gement cft neceflaire, aq lieu de le faire infenfiblement, précau,
tion qui regarde particulièrement les maladies longues, & ceux
m. qui font innrnies naturellement. Q^and on fubftituë au reoi,
me ordinaire un régime tout oppofe , dans la quantité & dans
I V. la qualité. De plus , comme c’eft tromper les malades que d e-
tre extraordinairement complaifant j c’efl: une efpece de cruau,
V, té de les contraindre à prendre ce qu’ils abhorrent, même de
. leur donner trop rarement ou à contre-temps des alimensj de
leur refufer à boire quand ils ont foif, ou de les faire borre
V î. dans le frilToii des accès. C’eft encore une grande imprudence
Y 1 1. dç donner les mêmes alimens à tous les malades^ Enfin il fe
faut conformer, autant qu’on lepeut, à l’afage êc à la métho¬
de ordinairé & approuvée des Medecins^du païs où on fe trou-?
ve J parce que ce qui eft bon en un lieu ne left pas en un au¬
tre, pourveu que cette méthode n’ait rien de contraire à lare?
ligion ,‘ à la raifon , & au tempérament individuel du malade.
C H 4 P I T RE V II
Bd Ke^i^des de U CHrurgk ^ ^
. de ^4 S àgnee,
VOicy la** Mer Ronge de la Médecine, où les uns fe faS-
vent commç de vrais & de bons Ifraëlites , éc où les au-
• très fe perdent eomiue des Egyptiens inconfiderez, donnant oq
trop ou trop peu à la faignéef çar qui ne voit que çomme cet¬
te mer eft fciire & connue aux bons Pilotes de la Médecine^
elle eft dnconnuë aux malades 6c aux Médecins ptévenus,
incôgnitum^ Mer , dis-je, inconnuë, particulièrement à ces
Eommes qui ne fe plaifent que fur les terres malignes , arfeni-
cales ôc dévorantes de la métallique , T erra devorans. Eu effet j
rien de fi connu dans la bonne pratique de la Médecine que la
fâignée, mais rien de fi appréhendé de quelques pufrllanimes
Rien de fi utile, mais de fi blâmé par ceux que le nom & la
couleur de fang ne déconcertent pas moins, que les traits 8c les
couleurs des mafques épouyantent les flmples & les enfans.
Troijtème Partie. Chapitre VII. xlv
Comme je n’ccns donc pas icy pour les bons Médecins , parce
qu’ils ont la Loy &: les Oracles en vénération, & qu’ils font
profeffion de les fuivre, tout ce que je vais dire de ce grand
remede ne fera que pour ceux qui s’y oppofent trop opiniâtré-
ment & trop fouvent> où pour ceux qui en abufent impitoya¬
blement.
Ceux-là, nous allèguent les Arabes , qui difent^.-ils ne fai-
^gnerenc pas tant que les Grecs: A quoy je répons première¬
ment , que toutes chofes bien confiderées ces Arabes ne paroi-
tfoient pas fi éloignez de la méthode des Grecs, _fi ceux qui les
allèguent voiiloient fe donner la peine de confiderer leur mé¬
thode avec attention. En fécond lieu, qu’ils font eux-mêmes
bien plus Arabes que ces Arabes mêmes, & que prefque tous
çes Politiques Aim.aphobes , ont tellement outré la matière par
des coraplaifances fertiles & interefiees, qu’aprés^avoir foûtenu
le parti -de la faignée dans les Ecoles & chez les malades, ils
ont enfuite changé de méthode pour fe mettre en réputation,
& fe diftinguer de leurs Collègues , feurs que le peuple abhor¬
re le fang j deferteurs infâmes, qui meriteroientqu’on les trah
ttât de même manière que les Romains traitoieutJes foldats la- r.
phes 6ç peureux, leur tirant du fang comme pour évacuer ce- Uerlb,^ag,lo^^.
luy quhls avoient de mauvais, êc pour les aguerrir à leur dé¬
pens, Ils veulent , cçs bons ménagers du fang vqu’il foit la fub-
flance de l’homme, le trefor de la nature , êc pour ainfi dire
i’ame du corps , & par ponfequent qu’on l’épargne en quelque
maladie qup ce foit, H cela (ans confiderer qu’un mauvais Ci¬
toyen, quoy que partie de la Republique, doit être chaflé &:
mis hors de la Ville, crainte qu’il n’ydntroduife le defordre ôc
la corruption qu’il ne foit à charge à rEtat, Ils prennent,
pour ainfi dire, droit dur les Difciples d’Erafiftrate, gens au fit
entêtez que lenrs Maîtres , jufques à ne pas fai guet même dans
les plus prenantes oppreflîons. Encore s’ils faifbient la Méde¬
cine dans les Païs chauds , ils pourroient remonter jufques à la
pratique des anefens Egyptiens, qui fe çoncentoient ^ tant la
Medecine ctoit alors grofiîere , du lavement & d u f^rmôïfme qui
étoit une legere purgation 5 &pourroierit encore mettre en avant
ou les Chinois ou les Cochinchinois qui ne faignent point, ou ^
même les Efpagnols & les Italiens nos voifins, qui ne faignent
que rarement,* gens dont les objections font de fi petite confe-
quence , que je ne dédaignerois rapporter icy les Réponfes que ;
"Bajts humidi
pdi. Hippocr.
0i»Wt.
%H(m> \n Fhitrfith
y. Dur et in Coac.
ffippocrat.p. 517.
xlvj Effets de Médecine,
nos Médecins y ont faites. Ce qu’il y a encore de pitoyable mf<
mi nos ennemis de la faignée , c’efb qu’ifc’en trouve de fi com-
plaifans qu’ils font femblantde croire avec quelques vifionnai-
res, que les faignées du pied difiîpent tellement les forces
qu’il faut pour vingt écus d’aliraeiis afin de refaire huit onces
de fang. Mais quelle autre balTe complaifance de dire avec le
peuple, qu’une faignée attire du cerveau fur la poi tri ne» comme
fl le cerveau qui elt le centre * des humeurs froides, étoit celuy
des efprits vitaux qui luy donnent l’impulfion , & qui le portent
du centre à la circonférence, & même au cerveau, oii il ferei
froidit fi Gonfiderablement , qu’il n’a garde d’y acquérir cet¬
te difpofition qu’ils s’imaginent, & cette chaleur qui le pour-
roient difpofcr à fe décharger fur les parties voifines à in¬
ferieures. A quoy on doit ajouter que ces faignées fe fontor-
d-inairement pour rappeller les humeurs qui fe portent des par¬
ties baffes fur les parties vitales > ou même au cerveau quand
elles ne font encore qu’en mouvement, loin de les attirer dit
cerveau fur la poitrine comme on fe , l’imagine groflierement.
Voila pour les poltrons de la Medecine, vo-icy pour les impi¬
toyables & les fanguinaires 5 pour ces Difciples de Botal, qui
tout Italien qu’il étoit, ne laififa pas de vouloir loûtenir qu’il
n’y a point de maladie où la faignée ne foit neceilaire , réité¬
rée plu fleurs fois ,& en de diflFerentes maniérés.
On a dit des loix deDraco quelles étoient écrites de fengt
que ne pourroit-on donc pas dire des Aphorifmes& des opinions
de nos Botaliftes ? On ne parloit plus du cruel Dipfas , de ce Ser¬
pent affamé de fang ,le fameux Aimagogue de Galien étoit péri
.avec fon Auteur, ôc les épées ni les lances ne répandoient pas
affez de fang, quand les lancettes prirent leurs places pour ré¬
pandre le fang innocent & civil , PluPes cccidit Unceola quant
Uncea-, on voulut faigner en toutes rencontres & jufques à Beau,,
"tout autant de temps que duroit la fièvre, fans fe mettre en
peine des forces du pauvre malade. T el fut l’avis & le bo»
plaifir de Botal,
lüe quad ixigutm refiahat fanguinîs artê ^ :
Haufit "
T^xcefît Medicina modum , nimiumque fecuta efl
Quqm orhi duxere manus.
Tels étoient encore ces Médecins de notre fiecle, qui diffs*
metent ce grand rcmede par un abus que Duret déplore ^
Troîfime Pante. Cliap. VII. xlvij
dont je veux bien taire les funeftes fuites, pour ne pas renou-
v^ller le deüil des familles, êc Tindignation que ces Médecins
s'attirèrent , me contentant de marquer icy, pour égayer un peu
la matière J qtf’un Médecin de notre temps ayant fait faigner
trente-deux fois le Page d’un Ambafladeur Italien , qui n’etoît
pas accoutumé à cette méthode, & que l’AmbalTadeur luy ayant
demandé per là curiofita^ après luy avoir bien donné à difné 6c
de l’argent, pourquoy il avoit ordonné jufques à trente-deux
faignées à ce Page, il luy répondit lîmplemeot faifant volte fa¬
ce : Il et oit mort, Monfieur^ iUl r^eùt été fai<gié que trente une fois
demie. ‘ -
Que faire, à tous ces excès , ü ce n’eft de marquer icy, con¬
formément à la doctrine ôc aux raifons d’Hippocrate, de Ga¬
lien , &: même de quelques Arabes, ôc de tous les Médecins
dehntereflèz, ce qu’on doit penfer généralement parlant de ce
grand remede. Je dis donc premièrement que la faignée eft ne- I.
çefTaire par tout pii il y a fièvre confîderable , & qui pafle vingt-
quatre heures 5 où il y a plénitude,' inflammation, ou chaleur
d’entrailles j dans les maladies de poitrine, même périodiques,
^ entretenues par les difpofitions des parties bafles 5 dans lesef-
quinancies , les pleurefies & les toux 5 dans les maladies des
yeux , quand il y a douleur ou inflammation j dans les pertes
de fang pour peu qu elles foient confîdérables , & contre natii^
• rc 5 dans les playes , chûtes , & contufions recentes j dans les
goûtes de caiife chaude, rheumatifmes & fluxions 5 dans les
douleurs même caufees par des ferofitez & des vents , fi elles
font un peu opiniâtres & en des parties délicates 5 bref en tous
les âges quand la maladie le demande, puifque Celfe & tant
d’autres grands Médecins y font formels, êc que l’Arabe Avi¬
cenne tira du fang à fon fils âgé feulement de quatre ans. Tout
cela , fi l’indication des temps , des lieux , de la conftitution du
malade, .& fur tout fi la coïndication des forces y confentent,
quoy qu’il faille beaucoup de prudence pour ce remede dans
les ébullitions qui pouflent du centre à la. circonférence , com¬
me nous le verrons cy-aprés.
Je pofe en fécond lieu que c’efi: une erreur des plus groffie- 1 1.
res entre les erreurs populaires , de craindre plus une faignée
qu’une purgation, tant parce qu’il efl: facile de la modérer,
que parce qu’elle ne manque gueres de rafraîchir & de corri¬
ger la mafle du fangj ce qu’on ne peut dire de la purgation ,
xlvnj EJJais de Medecme. v
laquelle fait fon effet quand elle eft une fois entrée dans le
corps , où elle échauffe & aigrit les humeurs félon qu’elles font
difpofeesj laiflant toujours le malade foible & dégoûté après
fon operation, pour ne point parler des fuites funcltes dés mé¬
decines violentes ou données à contre-temps. Mais il faut qu’on
fçâche en troiféme lieu , que r
Les Médecins formez fur le modèle des Héros de l’Art,
bien loin d’outrer cc grand remede, n’ont pas laiffé de le mé¬
nager, tout utile qu’il eft , jjufqnes dans. les maladies de poitri¬
ne, quand l’expedoration fe fait bien 5 luy fubftituant, félon
les rencontres, l’abftinence, les breuvages rafrakhiffàns , les
lavemans, le bain, les fridions , tant il eft vray que la prudence
doit-être la guide du Médecin en tout &. partout , parce que
ce n’eft pas à la nature humaine qu’il fait la Medecine, mais
à un homme en particulier: Socrates eft qui curât , Socrates eft qui
curatur.
Je remarque en quatrième lieu, que pour parler de bonne,
foy & fans paffion , Galien n’a pas toujours écrit de ce. remede
dans le même efprit, particulièrement quand il a difputé con¬
tre Erafiftante Sc contre fes Difciples j & que c’eft ainft que
non feulement les Médecins de differentes Facultez , êc de dif-
ferens climats, fe font piquez fur cette matière comme à quel¬
que jeu , & qu’on en vit au fiecle paffé une preuve en ce qui
arriva entre deux fameux Dodeurs d’une même Faculté, K
d’une même Ville , lors que Fernel & Flcxelles difputerenc
avec tant de chaleur & fi peu de fruit fur l’ufage de ce grand
remede.
Enfin il s’en fauttoûjours tenir , malgré tant de raifons fou-
vent captieufes, alléguées de part & d’autre, à ce que l’expe-
rience& .le bon fens en font obferver, & particulièrement dans
les climats voifins de l’Ocean, où on voit des fuccés fi mani-
feftement heureux de la faignée, que ce feroit fe priver de cc
qu’il y a de plus effectif 6c de plus feur dans la Médecine , fi
on l’épargnoit trop en ces Païs-là, fur tout dans les maladies
que j’ay marquées cy-devant. Car qui ne voit que l’air , les
alimens, & les .frequens repas des peuples qui font entre la
Seine & la Loire , font que lès enfans même la fupportent avec
facilité 3. circonftances qui méritent d’être pefées non feulement
par les Médecins finceres appliquez & non prévenus, mais en¬
core par les malades , crainte de tomber dans ces irrefoiutions
qui
Chap. VI I. xHî
qui nç font jamais d’affaires, & qui reduifent les gens aux ter¬
mes de ce païfari dont parle Horace ,'qui demeuroit les bras
& les jambes croifées, attendant une riviere à s’écouler pour
pafTer à pied fec.
At iUe lahitur , df' l^ihetur in omne volubilis avum.
Mais n oublions pas, avant que de venir aux fubftituts de ce
grand remede, ces faignées qu’on fait dans la petite veroilc ôc
dans la/ougeolle, & qui font d’une confequençe d’autant plus
grande, que les Médecins fe trouvant tous les jours d’opinion
contraire, on ne fçait à quoy s’en tenir dans une occafion fî
délicate, où les uns & les autres ne manquent gueres à foù-
çenir leur opinion , fînon avec pareille probabilité au moins
avec pareille chaleur ^ oftination 4e chaque côté. Il n’y a pas
encore longrtémps qu’on n’écoù gueres plus hardi à la faignée
dans l’éruption de la petite verollç à Paris, qu’à Montpellier &
dans les Provinces 3 mais les chofes ont bipn changé depuis ce
temps-là. Pour moy je croy qu’aprçs avoir fuppofé qqe les peu¬
ples voifins de POcean , lupportept mieux la faignée que
ceux qui font yoiGns de la mer Mediterranée; il faut encore
avoir égard à j’àge & à la çonftitution des malades, & plus
particulièrement aux fymptomes de la maladie, & à la facilité
du difficulté de l’éruption des exanthèmes. Car tout cela fup¬
pofé, je tombe d’accord qu’on peut fai gpe? gencralement par¬
lant, avant l’éruption, pendant l’éruption, & rnêmç après l’é¬
ruption. Je m’explique. Car quant au pempi qui précédé Pç-
ruption, il eft certain qu’il n’y a rjen qui diminué davantage la
quantité de la matière qui fermente , pi qui en 'adoucifTe plus
l’aigreur que la faignée > outre que le mouvement qu’elle donne
alors au fang dont on hâte 4 circulation , aide & ayançe raa-
nifeftement cette excre.tion. Cela eft ^fans difjçulte ; mais il
n’en eft pas de même du .temps où fe faitl’éruptiqpj car fi elle
procédé faqs aecidens 6c avec facilité , pourquoy troubler la v. /. in
nature dans^ foH operation ? J^e vaut-il pas mieux lùy prê- Noaib.Genmifb.ub,
ter la main pat des cordiaux temperez, que d’çmpêcher cette
excrétion par des faignées qui ne font plus alors de fai.fop ? S’il
n’y a donc ni plénitude manifeÇe, m inflammatibn de qiièlque
partie conliderâble , ni difficulté de reïjpirer , ni toux , ni dbu- Langius ig. Epifi.
leur de côté, ni tranfport au cerveau 5 que Purinç ne, |bic ni
rouge ni enflammées éç qu’au refte la fièvre ne Toit point trop
grande., à quqy boa de reüçrer la faignée faite vivant l’éru- Aiun.4lbc!uE.r.
■ ' ■■ . . " '■ ' ' g . '
dinitnd. de Valdes.
Chrifiiann. From^
mxnn. de y. S. in
Morbillis , Mxr-
cell. J>jnat. c . 2, 5 . de
Varitl. cnrat.
1 • ' Ejfais de MeJeéne,
pcion , fition à {oûcenir un encêcement &; une mode qui
foûtenuë ni de l’autorité d’^àucim bnn Auteur, ni de la raifort
ni même de rexperience * puirque nous en avons bien plusvû
périr après ces faignées , que nous n’en avons vu réèhaper ;
car fi Ton veut toujours fLippofer une plénitude, malheur à ces
gens plains d’eux^mêmes, qui impofent en fuppofant tout ce
qui leur plaît > mais plus grand mal heur au pauvre malade au¬
quel on impofe de fi dures loix. Il faut donc que les^^ccidens
règlent tour 5 car ils pourroient erre fi confiderables,quoy.que
cela n’arrive que rarement y qinl faudroit faigner non feule-
nient dans le conamencement & dans le progrès- du mal, mais
même dans la vigueur y ce qui s'appelle faigner pendant ^ apres-
l’éruption , de crainte que les fyinptomes niaecabla&ot la na;-
l^iire, & que les caufes ne s^emparafièni de quelques-unes des
parties nobles , & n’y fermentaflent de nouveau lors qu’on croi-
roit le malade hors d’affaire, comme il arri'^e quelquefois j ce
qui a fait dire à un Médecin de notre temps, qu’// ne ctoph ks-
enfans guéris de ce mai que quand it des voyait f&üer dans les rueSyr
cette maladie y quoy que puerile , étant de eeliesqui font au def
fus des prédiélions m-dinaires dé la Médecine. Il faut donc,
quant aux affiftam & aux malades’, qu’ils s’en rapportent à ceux
■ qui en fçavènt bien plus qu’eux, fur tout -quand- ils ont fait
choix d’un Medecim qüi ne s’entête pas trop de 1^' faig;néeV8£
des autres remtdes. A quoy j’^ajoûteray eontre ceux qui fônt
tant les empreflez , que lès pothades , linimensÿ & auires préten¬
dus fècrets, ne font que de purs amufem^ns,. inventez potiif
plaire aux femmes 6c aux gens de Cour , les foffes, cicatrices,
êc éoûturcs qui fuiveut trop fouvent ce mai étant caufées par
l’impreflion de l a matière plus ou moins acre & eorrofive. Car
de même que les g4ics, clous ,- frondes , de autres affècfioos
cutanées ne laiffent des marques de des cicatriGes que quand
kurs caüfcs ont quelque ^alité corrofîvè, âinfi ies impreffinns
que fait la matière de nos cxaiithcmès dépendent de la qua¬
lité de cette matière plus ou moins pénétrante, piquante- dC
cauftiqUe , dC de la diipofition du cuir plus ou moins délicat.
Si donc la matierè*efî eft douce, & le cuir ferme de ferré,- il
ne fe fera pas plus de marques fur le vifage qu’il^en parôît
d’ordinaire fur toutes les autres parties du corps, qui fe dé¬
fendent bien mieux que cette partie tendre dé expofée à l’air
exteme.^ Et voila ccanme tes imprefitons que fait fouvent ce vb
Typijttm Partie. Cbap. VII. If
kîn dépe^ font irréparables , liuliâ reparabilis arte , adiea poiu?
jamais la beauté, Quelques petites qpe foient
ées folTes , autant d’abyfines oii cette beauté, fe pferd j car en¬
fin, quoy que yeule dire la Charlatanerîe , toute la matière me- .
diciriâle ne combleroit pas une de ces foffes en un fieele. C*eft
pourquoy il faut pas prendre à la lettre tout ce que racon¬
te Goldafte dît fameux Moine Médecin NotKer. Ce Méde¬
cin, dit-il, prognoftiqua, premièrement quuii malade quiayoit
une hémorragie auroit trois jours après la petite verolle, & il
arriva ainfi: Et moy je dis, que l’hemorrtgîe pou volt empê¬
cher 1 éruption^ Ù faire mourir le malade, & qu ainfi le pro-
gnoftie n étoit pas feur , ni fi admirable. Mais quand il ajoûte,
que ce Médecin guérit fi parfaitement le malade , qu’il ne ]uy
l-ffta aucune marque de ces exanthèmes j qui ne voit qu’il n’y
a rien-enceia de fort à l’avantage du Médecin, puifqu'on en
voit; tous les jours guérir aaffi pàrfaiteu^nt., fans Médecin &
fans remedei Q^ant aux' couvertuf es & étoffes rouges que le
peuple met avec une fotte confiance (iir les lits des maiades^/
croyant faire fortir ce venin par ce moyen-ià, autant de yi-
fions, comme je prouve fort bien le doffe Primerofe, ôc com^ 1”
me rexperience nous le montre manifeftement. Je finis en aver- ;
aidant les fçmmes qui le trouvem: en un air infedé de cette ^
malignité} éc qui craignent plus ces exhantfietnes queitous les
plus gros bubons, que le meilleur remede eft de iuirvpârce
que ni la ,Çœur en çes occafions n’eft en feurcté avec le frere,
qi la mere avec fa fille, ni l’ami avec fon ami, Nec hofpei ab
hofpipe tum\ & que fi elîes font obligées d’y deménrer, toute la
précaution qu’elles peuvent prendre eft de ne pointeraindre ^
Çonfide mulier^ car affûrèment la çtaiute fait de fort méeliaus
effets , par tout où il y a de la malignité, •
. Les icarifications^ les fangfuës, & les cautères font encore
des remedes de la Chirurgie. Les premiers font, félon Galien,
les véritables fiibftituts de la faignées mais les deux autres ont
fouyènt befoin d’etre précédez des remedes generaux, Les
anciens Egyptiens fe fervoient des fcarifications fort çommtt-
uément, les nouveauxen retenoLent encore Fufage au temps
de Prolper Alpinus, qui a écrit de leurMedcçine. Le Méde¬
cin Cleodemus, cité par Plutarque, fit* autrefois un Livre des
Scarifications, ou pour mieux dire des Ventoufes fearifiées.
Hippocrate ^ Galien s’eu font feryis dans pluiîeurs maladies,
g 'j
y. ^ 4. de S Mit.
tftend.é'cap.
t. ad Glaucon.
V.Zacm. LufttU.i
Trax. Admir Ob-
fervat. 6^.(^66.é
Obfervat. J. ana.i
’Ephemerid. German
Medic» 2hifi(er.
Gale». 4. de lacis
affea. Zacttt. Litfi
prax.admirand» U,
obfervat. é}.
lij EJ/ais de Medec'me,
parce que les enfans & les perfomies fort âgées n‘étaût pas
toûjoiirs en état de foûtenir la faignée, ce remede en peut te¬
nir lieu. Déplus, comme les humeurs extravafées ôc répan¬
dues entre les tegumens & les mufcles necedent pas facilement
à la faignée, on ne peut en faire la dérivation que par cette
voye. Mais pour parvenir plus facilement à ce but, on y a
joint les ventoufes, qui attirent aufli du centre, à la circonfé¬
rence ^ comme il arrive fouvent dans les fièvres malignes , ou
cette efpece d’évaenâtion vient fort à propos,, quand les hu¬
meurs fe trouvent fubtilesSc le cuir peu tranfpirale , étant de
plus d’un fort grand fecours aux playes faites par les animaux
venimeux. Il y a même des Païs où comme on fubftitûë les
fcarifications aux faignées , on fe fert des cornets au lieu des
ventoufes > & particulièrement aux eaux minérales chaudes ,•
mais quoy qu’on ne s’y ferve pas du feu pour aider à l’attraclion
que font ces cornets, ils font bien plus douloureux 5c bien
moins utiles que ne font nos vantoufes. Galien eftime l’ufage
des vantoufes feiches ce qui m’étonne d’autant plus, que
nous n’en voyons pas de fort grands fruits , d’où vient que la
plufpart des Médecins les négligent. QupY q^’i^
• cipale précaution qu on doit prendre dans la pratique des fcâfi.
, ficationSjCft de ne les faire jamais trop profondes, de crainte
• des aecidens dont on a quelques exemples funeftes , ôede s’en
’ abftenir même dans des parties où il y a difpofîtion à gan¬
grené. . . ^ ^ ^
Les fangfuës tiennent lieu de fcarifications , particulièrement
dans les parties où il n’eft pas feur de fearifier, & quand nous
appréhendons la douleur , à laquelle les anciens ntétoient pas
fl fenfibles que nous. Ce n’eft pas qu’il n’en puifle quelquefois
arriver d’aufli mauvais effets que des fcarifications 5 car outré
^ qu’elles ^nt quelque malignité , il n’eff pas fans exemple qu’el-
5* les ne foient entrées fi avant dans le fondement ôc dans le nez,
qu’on a eu peine à les en tirer. Mais ce qui furprend davan¬
tage, s’il cft véritable, eft qu’elles ayent pénétré dans le cer¬
veau j car pour cette femme qui penfa perdre un œil par une
fangfuë, qui pafla du grand angle à la conjonctive qu’elle al-
loit percer, fi le Chirurgien ne s’en fut appercep, cela n’eft
pas difficile à comprendre. Quant à leur malignité , nous n’en
avons pas d’exemple plus recent 6c plus confiderable que l’hi-
ftoife de la Païfanne, laquelle s’étant cachée dans un lac en*;
Tmjiéme Partie, Cfaap. V 1 1. liij
tre des Rofeaux crainte d’un Cavalier Polonois , dont elle ap-
prehendoit rabord, fut trouvée morte & environnée de fans-
lues , qui fans doute i avoicnt rait périr plus apparemment par légj, ob-ferv.i^z.
leur malignité que par la quantité du fang qu’elles avoknt
fuccé. Ainfi je ne m’étonne pas que Galien en àcr^TL^touve
Tufage, mais de dire, comme le veut Zacutus , qu’il les faut
fuïr comme la pefte, c’eftee me fèmble une opinion bien ou¬
trée. Mais à ce propos que n’auroit point fait cecte plante
dont nous avons parlé cy -devant , ce çclebrc Aimagoguc
dont Galien nous a donné Phiftoirc , bien autre pefte que la
prétendue pefte des fangfLiés , puifqu*il droit tout le fang
du corps par transfudation ^ êc que ce fut de crainte qu’on
n’en abufaft , que l’invention en fut ftipprimée ^ menant au
fupplice les yeux bandez j le Païfan qui l’a voit découvert.
Surquoy il me.femble bon de remarquer icy que cette plante
ayant eîlé inconnue aux fiommes , depuis le fecônd fiecle de
TErc Chrétienne , jufques au commencement du noftre, Mon-
iîeur Laugier Medeciii demeurant à Sennez en Provence , la ■
découvrît de nouveau dans les Montagnes de ce Païs-là , ce
qui nous a été affuré par M. Laugier fori fils, Médecin 6c H er-
borifte aux gages de feu Monfieur le D uc d’Orléans > ôc auquel
(bn pere avoit promis d’en donner la cbnnbfil&nce quand il
auroic atteint l’âge de diferetion i ce qu’il ne put faire ayant ;
été prévenu par la mort; v./ : j ■ ; :
Les Cautères , ces remedes de la Chirurgie , dont le nom
n’éftgueres moins defagreable que la chofe, font d’un ufage
fort ancien , puifquc nous lifons dans Hérodote que les Noma¬
des , peuples de la Lybie , s’en fervoiènt contre le mal caduc
des enfans. Les .Greés 6c lés Latins skn font fervis comme les
Barbares , 6c 6n s’en eft toujours forvl dcpuisku5c. : Ainft je ne
voy pas que le Neptune eût raifon de dire , qu’il n’aimôit ni
les Cautères , ni les Câuterifes j mais c’eft qu’il aimoit ces al-
iüfions du temps du Nervezej qui palToîent encore de fon temps
pour fubtilitës d’efpric.Le Cantefe aebuel eft un fer chaud fa¬
çonné de differentes maniérés 6c- figures j félon les befoins, dont
on fe ferc pour arrefter les hémofragses 6c empêcher que la ca¬
rie des os ne s’augmente j mais le Potentiel n’eft qu’un mélan¬
ge de fels minéraux ou végétaux qui brûlent infenfiblement le
cuir , 6c qui y font une efeare à laquelle fücéede un ulcère qui
donne ilîuë aux humeurs qui ont dé k difpofition , 6c de la p.en- '
g iU
Scrapiîlo.fa au-
ribus vulnera Dciis
incuUc & raJîti fc-
çic vexatipnein cr
pf ris i'ûi f
Pdef vitæ in vi-
taip Pæ«4 M ^ • *
5i proptcr Chri,^
ftum iacpMa d^r
x^v&i'vi*TermU.
* FomicuL'.
llv EJJkk df Medeçm,
te à fortirparccs égouts, quoy qu on s en fcrve auffi quelque^
fois pour ofter lefentiment aux parties où onyeutf^ire desin-
cifions. Je ne fuis donc pas furpris qu’on fe ferye des uns& des
autres dans le befoin jmaîs jq ne puis fouffrir .quq les femmes
de noftre temps en abufqnt fottqment , perfuadées qu’elles font
que non feulement çes égouts empêchent de grandes incofe
modités j mais encore qu’ils font ç^ablqs de conttibuer à
netteté & délieatelTe de leur teint, Tertullien ne pou voit fpuf^
frir que les Dames de fon temps fe fillenc de petites playes aux
oreillqs, qu’auroit-il donc dit décès ulcérées qui çùefçliçnt la.
netteté de leur peau dans l’ordure , &: dans la fpüiliure de leurs
membres. Car fi les ulcérés faits d^-ns l-efprit- de, yanitq, nq
font ce que le même Tertullien .appelle Satana , au
moins faut-il convenir que c’efl: elïrc bien elclave de fa peauf
que de la faire marquer au coin ùfs efclaycs, Qn dit de çes
ouvertures , & de çes maniérés dq playes qu’on- fait à l’arbre
qui donne le Baumie , que c’eftyde ces playes qu'il tire fon
prix , dant fretium i mais il ne faut pas -que les Damc^
qui foLiffrcnt cqs playes ^ çes ulçere§ dont il eft ici quef-
tipn , s’imaginent en èftre plus pretieufçs , ni devant Içs hom¬
mes , ni deyanc pieu j car qu ne yoi t pas ni dans leur intention,
ni ;dans la dnûleur qu’elles rcntem. de çef atteintes , cette ffdfur
de vie ffpur Uvie plus rOdprnnte que le baume de la Terrerfain-
te, la chair dés Ghrétiens n’çtant faite que. pour çey faintç^
rigueurSj ^ pour ces mqurtirifleu res qui n’pnt qu’une fin chré¬
tienne | a moins de pela toutes ces playes & tous ces ulcères
ne p^iTent de la chair qd’efprit , que pour le çauteri fer pi toya¬
blement & honteufement, Concluons .donc .pour frqip de ce
diCcours des çante^Çs » quq quoy^qùuls puisent eftre utiles en
de certaines oçeafions ? ils ne font pas toujours çe qu’on en de¬
mande 5 la nature çonnoiffant Içs yoy es ^ }es routés, ditHip^
pocrate, qu’il luy faut tenir , il n’eft^as fi facile qti\on fe l’i-
maginq de luy faire prendre le change. Oefi: donc fort foù-
yent en yain qu’on çhçrchp dans des lieux arides , ce que la
Mededne appelle des fontaines f 5 car quand même on les
trouveroit, l’un ^ Baiurq feXe n’en feroit pas mieux, de telles,
fontaines étant plus capables de faire. 1- effet de < '
lenc , que de faire l’androgine de celle de Salma*
Ttoîflème V^rtie. Chapitre V ï L îv
Qiiatit à lampiuation des membres, _qui ett enéore un des xe- Homices siormi
«ftiedes de la Chirurgie , il y faut bien de la cifGonfpeclion . i
parce que les hommes mutilés dev'iennenrj pour ainfi cfire, inu-
-tiles à la République, même après Tavoir été parles or-
dres & confeils de la Médecine, au par les Afrefts de la Jufti- ümbra Traaabi-
ce. Rien de fi horrible que de voir une fletri0eure , qui nous z^o.Eptfc.
reprefente. Qalbam auriculb nafoque €arentcm t rien de fi pitoyà- 5^^ atrodas
ble qu’un manchot qu’un mutilé , particulièrement decer- barbaris vifumeft,
• taines parties , quand ce n’eft pas pour empêcher un plus grand
malj cât pour nous arrefterprécireraent à cette erpecedemu- vivcrc fnpcrftucs
tilltion dont onabufe quelquefois àt l’égard des jeûnes garçons,
il n’y a rien de fi foible que les raifonncaienSÿ& lesaucoritez
que mettent en avant, ceux qui veulenE foutenir cette opéra- ^^rdiusno^,
tion faite fans neeefiité. Ils oppofent quelques Loix anciennes
aux fentimens des Pères & des T heologiens, Sceaux Regîemens
des Empereurs Chrétiens , 5c font d’autant plus oppofés aux
ordres de Dieu qu’ils gâtent fon ou vrageipar ce Yilain retran-
ehement. Ils ne voyent pas que les Médecins mêmes Payens
improuvoient cette operation , faite fans- neceffité, 5c que les
Magiftrats des Gentils la refervoient pour punir les adultè¬
res , ôC pour flétrir les ennemis pris en guerre. Qui doute donc
que ce ne foit un infulte fait, à la nature ,, une efpecG d’homi¬
cide 5 & une metamorphofe contraire à Fintention du Créa-
teur, de mettre le Ghef-d’œuvre de fiss mains en un état qui
ne le rend ni homme ni bête. \ ^ ^ ^ ^ ^
Seufarihica ferra
Luxuries noluit. nafcl lamÿnis mîhtâtté ^ # « '
Servatoqne diu puerili fere coégît } ^ ^ ' ;
ArteretardatamV'enerifervirejüwntam,
Car de dire que le confentement du patient rend Poperâ-
tion permife, ôc c^e .'Volenti non' fit injuria , n’eft ce pas vouloir
ignorer que perfonne n’eft le maiftre dé fon corps , qu’il eft
tout à Dieu qui l’a formé , dépendemment de iuy à l’Etat
Cuncla folutis ^
TunyintuŸ membra. ojficiîs , née fauems iltis ,
JPanibüS amifiùm qmàquam defideret illis.
Quant à Futilité que les perfonnes paffionnees pour la Mu-
fique, s’imaginent trouver dans îa voix douce 5c puerite des
, hommes atnfi deshumanifés , cela n’eft neceiPahe ni à la vie
civiicjui même à la Tymphonie EGckfiaftique.Ôn s’en peut pat
anforntts.-
LaBant,^ divi». in-
' fil tHt. l. Clip, II,
*Ne filvæquyem^
horridiorquç natiu
rsf faciès medicinis
caret, facrâ iliâ pa¬
rente rerum orr-
niurn nufquam non
remedia dirponen-
re homini, ut Me-:
diçina fieret ctiam
folitudo ipfa. Plin.
in Prifat, libri 24 .
Ars ornatrix*
Ars fucâtrix,. -
Ivj Medecîne,
fer dans toits les états , ôc d’autant plus facilement que neui nè deZ
vons goûter dans les Temples que ce qui peut nourrir nofire ame ^
nous rendre plus gem de bien y car quiçonque tombe dans l" extés de n/t
tirer autre fruit du plaifr que leplaifir meme ^e fl digne de mort. c’eft
ce que le docfce & pieux JeandeSalilberi confirme par cette In-
diidion. ^.idàm venerabilisvir circiter feptingentorum Tfonachorum
pater^ banc Monafleriis fuis prafcripfit legem , ut omnia eorum cantju
totiüsmelicæ pronuntiatiohis exuant modoSyé' tit folà ? falmerum ^
dum fint fi(g^ificativa contenti pronuntiatione . SufpcBa equidem fmt
JanBo viro y vàluftati cognatamollities , ea quod yoluptas parenS; lifli^
dinnlnêfl P— - \ ^
Qmâémm non excitai in^en voxtbkiTida^ nequ,am\
CHAPITRE VriE
De$ fècGurs qui défendent Jt k
IL n’y a que Iç fer & le feu qui foienc particuliereniem delà
Ghirurgie , elle emprunte- tous fes autres fecours de iTEfiar-.
niacie. Les rem^,çs de celiev- cy étant donc d’ùnç éténdué
bien plus grandèj * que ne’fant ceux de eçUedà, cequc nous
.a^ons à^en dire fera d’une bien plus grande diîçution. On les
tire.’des trois- familles de la nature , les animaux , les végétaux,
& les minéraux , & on les divife généralement parlant en Am¬
ples & en compofés.qui font ou purgatifs? ou fimplement al-
teratifs , ou cordiaux ‘ritous difFerens en qualités çn vertus.
Et c’eft pour cela que je diviferai cç Chapitre en trois Articles.
Le premier contiendra les principaux purgatifs tant fimples.
. que tfompofés:: Le fécond les altcratifs qui font le plus en
ge : Etie troifiéme les cordiaux, fpecifiquçs, ou Alexitaires def-
tinés aux maladies yéninieufes, milignçs, d’uti méchant ca-
rutdère yenfiiite dequoy je.palîerai aux remedes de la Gpfme-
tiquejmais bien moins pour en enfeigner L’ufagÇjqpe pou ravoir
Qccafion d’infpirer de l’horreur de ceux de la Commotique.
ARTICLE PREMIER,
itifs en general.
Dfii Remdes
ns purgatifs fbus lefquéls nous comprenons les vomitifs»
_^fonc de deux fortes ? lés fimples Ics compofés » mais coin-
Troifiéme Partie, Chapitre VIII. IVij
me il en faut avoir quelque idée generale avant que de def-
, cendre au particulier. Remarquons que les remedes purgatifs,
félon Hipocrate & Galien, font.deftinéi à l’évacuation des hu¬
meurs gâlf ées 5c corrompues , é' ne f cuvent flm retourner en
qroice 4ivec U namre s c’eft pour eela que ce dernier définit la
. I • ^11 ■ • • n 1 ji^VhOTljWt,
pargacioti une eyacuaçion des humeurs qui nuilent par leurs
qüalkés^ mais parce que les purgatifs font prefqucs tous con¬
traires à l’eftomack , qu’ils font chauds, fecs & acres, 5c en vueffium ahu^
quelque maniéré part icipans des qualités du poifon ,11 Bim cap.
bien plus de précaution qu’on ne xroit pour en faire un bon
ufage. Ge n’eit pa*s que je pretende faire ici leçon aux Mede-
.cins fur cette matière , ni même donner au public des précep¬
tes furs pour fe garantir entièrement de leurs mauvais effetsj
cela ne (e peut. Mais je veux lèulement marquer en faveur des :
perfonnes valétudinaires éloignées de tout fecours , êe mêmeen
faveur des étudiaus en Medecine , ce qu’il faqt éviter dans
Idifage qu’on en fait communément 5c trop librement f 5c que ♦
c-e n’eftpas, comme le remarque Hippocrate , une petite affaire
que de aen .vouloir fervir de fon chef. Il faut donc qu’on fe .
mette dans refprit :-4^remierement que i’ufage des purgatifs eff L .
dangereux, quand la nature chaffe d’ellç-même ce qui péché/» Apherifm,
en qualité , ou en quantité , parce que quand elle y procédé
comme il faut j c’eftlui nuire que de la vouloir aider , ne maiv
quant gucres àfaire ces évacuations, que nous appelions fpon-
tanées, au bien 5c à l’avantage des malades , 5c de ceux qui ne
font encore que dans la voye Ôedans le chemin de la maladie?
car quant à ces évacuations qui excédent dans la durée , dans
la quantité ôc dans la qualité , on tombe d’accord qu’il y faut
remédier par de^ feconrs propor donnés au;? çaufes de l’çyaçua^
îioB.
: En fécond lieu , il ne faut pas prétendre dé purger les hu-
meurs groffieres , terreftres 5c gluantes , fans avoir préparé le
malade, par l’abRinence , les lavemens, le repos, les rafraichif-
fons ôc les apperitifs ^ autrement le. purgatif ne fera que paffer
defius , ou irriter ce qui n’eft pas encore préparé ^ôç preft à ce^
der. Cela eff fi vray , que les purgatifs donnez fans cette pre-
GautiQU 5c à contre-temps , font d’ordinaire des vertiges, des¬
défaillances , des coliques , des naufées , des épraintes , des fiè¬
vres, ôc qu’il arrive même quelquefois qu’ils purgent toute au-
îrechofe que ce qu’ils faut purger.
Ivitj Effds de Medécmh
Or la précaution ne regarde pas feulement la nature de®
humeurs qu’on veut purger , mais encore Le temps de la purga¬
tion, 5c particulièrement dans les maladies aiguës, oul’^occafioi^
eft de La derniere importance, & quelquefois même dans les ma¬
ladies chroniques, & dans ce qu’on appelle état neutre de de-
eidence, ce qui fait que je ne puis m’empêcher d’admirer
témérité de certains Apotiquaires , ôc même de certains Chi¬
rurgiens, pour ne point parler des Charlatans,' & encore plu®
celle des malades & des affiltans qui fe comportent en ces
oceahons comme fi ce n’eftait qu’un jeu. C’eft ainfî que fous
le nom d’une médecine de précaution , faute d’avoir bien pris
fes mefures, on tue un homme qui fe portoit alTez bien; mal¬
heur dont on n’a que trop vu d’exemples. Ce n’éftoit qu’une
de ces petites médecines de précaution que prit l’Empereur
Maximilien L &; ce petit remede fîtune fi grande révolution;
dans fon corps ,;que tous le corps de La Republique Chrétien-
• ne en fentit le contrecoup r ce remede ayant fait périr avee.
ce Prince toute l’erperance qu’on avoit conçue de la Ligue con¬
clue contre les Infidelles 5 de forte que Le petit remede ne fut
falutaire qu’au Grand Ture. '
En troifiéme Lieu , il faut apprendre d’Hippocrate & de
Galien , que ceux qui fe portent bien tombent dans la'def-
faillance accablement quand on les purge 3 parce que le
purgatif ne trouvant pas où fe prendre , il fait une fonte des
hume'urs louables.. Cependant on ne laiffe pas de voir des mé¬
lancoliques:,. & des Médecins qui ont une fotte paLîîon pourles’
piirgatirs , qui ne donnent jamais de treves à la nature , qu’ils
voudroient faire entrer malgré qu’ellé en eût dans leurs vi-
lions, fans penfer que les purgatifs ne font faits quèpourceux'
qui font a(^ucllement malades, ou qui font en péril dé l’êtré
notablement & bien-tôt. Mais ce qu’il y a eneore de bizar^^
dans la pratique certains Médecins, c’eft que comme il f^
trouve des malades qui periroient plûtoft que‘d’avaller un re¬
mede purgatif, ii y a des- Médecins qui ordonneroient plûtoih
dix faignées que le moindre minorâtif.
En quatrième lieu , on fait une faute dans l’exhibition des
■purgatifs , quand on ne confidere pas la nature individuelle.
t.de Medicftm.^uŸ' dcs malades , chofè facile à faire, dit Hippocrate , û on les in-
gmtih, terroge a loilir, fur la facilité ou difficulté qu’ils ont a foppor-
ter 1 effet du niedicamenticarc’effainfi que prpgortionuant,.au:
II L
I. 7; A^hmftrio-
Qêtnm&itAU
ir.
Troijîème P4r/-/V. Ghapîtfc VI I ï. lix
iïnt qu’il fe peut, le remedc à la portée & à la nature d’un cha¬
cun, on en évite les méchans effets , & que le Médecin fe met
hors dcdanger de voir périr fon malade le jour qu’il a pris me-
.<iecine; Calamité Hippocrate, la flusfkcheufe ^ la plus hmteitfe
de toutes celles ^ui peuvent arrivée a un Médecin. Comme i 1 y a donc
i?ien des occafi&ns où il ne faut pas penfer à la purgation. Voi-
çi ce qu’en a remarqué ce fouverain Dictateur cfe l’Art. Né l. de Meâkitment.
fur^zjamais dans une fièvre confderable. Dés que les ordures de la^ZlT^È^itJeZ-
première région demandent quelque évacuations y tachez^de la procurer tk.
par les lavemens revulfifs. Ne purgezjii dans la douleur de tefley cau~
fée par l exercice de la ehaffe , de la eomfe y ou de Venus. Gardez-.
vous bien meme de purger ceux qui font pâles , enroüez^y rateleux j ceux
qui refpirem difficillement ■, qui touffent y qui font altérés y engourdis ,
fujets aux vents ■> qui ont des duretez^ cthipocondres ^ la veu'ê bàfiè^
isruits d'oreilles , incontinence et urine , jauniffe y flux de ventre c au f épar
des crudités > dans k s perte de fang , é* dans les douleurs^ car il y a bien
du perd â le faire da?îs (es maladies. On trouble la nature dans fies ope^-
rations , ^ dans ce qu'elle médité en faveur du malade d quand on
fia point d’égard â de tels ^ femblabUs incidens. En éffét , encore'
que certains endroits de ce texte demandent quelque glofe Bc
cxplicatron, il n’efi: rien de fi vrai que ce qu’il contient' fur la ma-'
tiere de la purgation. quoy on doit ajouter, comme dit le meme
Hippocrate en un autre endroit , qu’il faut toujours commen- ^
eer par quelque fâignée. Ma^is il efl encore plus neceflairc de
remarquer que fi Galien & Hippocrate n’ont pas fait de difii- : '
culte de purger les femmes groflesjparticulieremertt à mi-terme, ’V'*
les Médecins Chrétiens font obligez d’eftre nlus circonfpecls ytâHs r».
que n ont elfe les Payens , & qu il elt bien plus loir de tenir
la bride un peu haute en ces occafions , que de la tenir trop lâ¬
che, rexperience nous ayant fait voir que comme ce remede '
4onné trop facilement a malheüreufement faitaccoucher quel¬
ques femmes avant le terme i d’autres femmes , quoy que fort
incommodées des accidens de la grofiefle & de quelques autres
qui fembioient demander la purgation , n’ont pas laifTé d’aGoU'^
cher heureufement fans ce remede. Mais , quoy qu’il en foit,
generalement parlant, il faut toujours plus de précaution, pour '
purger les' femmes que pour purger les hommes j car outre .
qu’elles font d’une nature plus délicate, on peut pêcher con¬
tre les maximes de la Medecine, & contre la confciencc , fi on •
n’eft affuré de l'état où elles font actuellement. quand on k$;
furge, h ij
Ix t Efjkis de Medeclne,
Mais me dirâ-t*on peuc*êtrc , paifquc Tufage des purgatif^'
cft 11 dangereux , ne vaudroit-il donc pas mieux s’en abdenit
entièrement 6c particulièrement des Chimiques que de s’enfer-
vir ? Non adurement 5 car la plûpart des purgatifs bien préparez
& même les Spâgiriquesdonnezd’une bonne main peuvent gué¬
rir endes occa-fionsj. ouïes purgatifs des Grees,& ceux des Ara^'
bes ne feroient quurrker l’humeur , ôc violenter la nature. Car
parlant generalemenf tous les- purgatifs ne font . dangereux
qu’entre les mains:des ignorans ôc des temerairés qui s’en fer¬
vent fan? les connoître rindifferemmeiit en toutes fortes de ma¬
ladies 5c de temps ,, fans avoir égard à la dofs. Ainfi il ne faut
pas s’imaginer que les Spagiriques foient de la feuk invention
de Paracelfe, puilque les Medecins Dogmatiques s’emfervoient
avant luy j que nous avons mêmes’ des préparations' G himi-
ques.des purgatifs- dont Galien- & les- Arabes- fe font fervisy
& qu il y- a- des remedes^ chimiques auffi- bénins ôc auffi feurs
que les Galéniques.. Ainfi ifeft des oecafions oii ils peuvent
çftre chacun à leur- tour de faifiin} de maniéré que le Mede-^
cinqui youdra-pas s^n fërvir, pat négligence oüfignorance
ne fera jamais rien de bon. Les anciens Médecins' nous ont
ouvert le chemiri de la Medecine, les modernes les ottc fuiVisi-
ipais ils font enfin allez plus avant, ôC il n’y a que les finges de
la Medecine qui le foient égarez dans les voyes de ia.Spagi-^
tie. ^
, On demande à propos de purgatifs & de leur ufager, s’il faut
prendre; garde au lever , au coucher ôc à la conjonâion des^
Mres quand on les prend, comme le veulent tous ; les Aftro-
logucs , ÔC' comme Hippocrate ôc Galien femblent le vouloirr*
Q^nt aux premiers leurs rai fons fontfi obfcures, pour ne pas .
dire fi chimériques, qu’il n*y a plus perfonne de bons fens quh
s’y arrefie, -nos Gorpsn étant lujets qif aux influencesd© la Lune#
& à la chaleur du Soleil , ôc non pas aux inâucnees des autres^
Aftres, On dit -même à ce propos , que le fçavant Simon Piètre
Kiedecin de Paris, ne' pou voit foufFrir qu’on luy parlât chez
les malades des quartiers- ôc des diverfes Phafes de la' Lune, ni
de femblables vanitez touchant les Aftres. Quanta Hippocrate ‘
ÔC Galien, quoy qu’ils-ayent été d’avis de prendre garde au lever'
ôc au coucher de quelques Aftres dans Padminiftration des pur-'
gatift, cependant nous ne voyons gueres que cela foit de confer-
quçuçe d^s la pratique de chnaac,, où les purgadfs font
Tmlîéme Partie. j^j
bien plus doux qu^cn e&luy des Grecs -, & l’àir aflTez tempéré ,
outre que fi od vouloir arrêter a ces précautions , on ne troif-
veroic jamais ni les tems , ni les momens propres à la purga¬
tion: Q£C d’oppofîtions , de eonjonéïions y de quadrations ,
que d’équinoxes , de rdlftiees , d’arpees & de phenomeries oh
il fâudroit laifTer faire la nature pendant pluriéurs jours 5 que
de fériés pour les remedes , & que de terris pour les caùfes des
maladies j qui gagneroient cependant le tems , & qui rie mari-
queroient pas à enlever le malade. ^
On deiriandc encore fi k nature ri’à pas fait naître en ehay
que Païs tous les purgatifs ôi autres temedès neceflairès aux
. maladies qui régnent ordinairement en ces lieux-là? Plirie', a la
vérités la cru ainfi , mais il n eft pas vray. akfolument parlant |
car fi elle a fait naître des fpeeiêqucs pour eêrtaînês maladk^^
de certains Païs , dans le Païs rriêmej elle ri’eri a pas fak uaitre
pour toutes les autres maladies que ees Païs ont em eoirimUa
avec d’autres climats. Au contraire elle a eu foin do donner
aux Uns ce qu’elle n’a pas donne aux autres , pour obliger lés
hommes à u n eommeree d’amitié .4' outre que tou s ces remèdes
qu’elle nous donne ont des" qualités differentes a pfoportiGn d^-
Ce qu'ils ont dé Soleil & de foL -Il faut dôriC riêCèSairèrrieiïë
avoir recours à ceux des autres Païs quand cêtiXidu -^re né
fuffifent pas , comme il- arrive tous les jours: Mais quarit a l’
fâge dé ces remedes, quels qrfils foient, les malades riê''fôdob
vent pas chagrinery fides MedeGiiis-fes-rêïtërêrit^^quelqucs
occafions y 8^ s’ils fcurdê mauvairgo^t , ptulqu’ils^r mfeligèZ'
d’en proportionner la quantité laqualité aUx Caufes dés ma-^
ladies , n’étant pas cri liur pouvoir de les rcridré autres quéle
Greateur les a faits, & de chariger les ^veurs4 -ordiriairéirieriri
defagreableS ypeüt-êtrC afin deriouS oblîger â Uri^rieir uné^ié-
réglée y étant au réfte falutaires dans- leuts fiii tes éc dâûs teiirs^
effets; c’eft ainfi que' les plus falutaires Antidotes font cachés
fous l’horrible figure du ferpent dont én les tire.
E diiPieffo là teinà efee û ^ ^ ^
Ét qo’on a dit de celui mêmè qui ne laiffâ pas d’effrayer llbmé
çpiarid il y vint chaffer la pefte qui
Ce font deux chofes bien differentes , que de pialrC an cœur 5t
à la bouché, ce qui eft l’agréemeritde celle' Cy, eft quelquefois
lé poilori de céluy là , & au contrairê céquléaUfe deThorreuir
à l’un , eft ce qu’il y a de plus proprek ré-cablir l’autré: ' -
h iij
F- Pnmerof.'Èrrèr:
PopHlar. l. 4. ç. 7^
yij Ejjah de Meiednè,
Ï X. J’avertis encore que c’eft une erreur populaire de prendrç
comme font quelques perfonnes des pilules purgatives avant Iç
repas j car ayant ordinairement l’Alpés pour ^afe qui eft enne¬
mi de l’eftomach , au lieu de purger les humeurs tcrreftres Sj
ce tartre qui croupit dans les replis dû mefentcrej^çen plufieurs
autres eadroits du bas ventre, il ne fait que troubler la cpaion
^ attirant dans le ventricule des humeurs billieufcs, échaufep
route la baffe région, au lieu de purger ce qui peche.
X, .11 eft encore â propos de fçavoir que fi les purgatifs font un
thtd. efFet>,j daias les maladies periQdiqiies ou de tetour , c’eft une
' erreur de ne s’en vouloir feryir qu -au Printemps , une feule
dofe n’étant pas fuffifantc pour chafTer des çaufes qui dépen-
^ dent de la conltitutipn & des di rpofitions des parties qui les pro^
duifentcominuellempnt,: / .
Jv ; De plgs fi ion, vomit, comme il arrive quelquefois, le purga-r
tif , il ne s’en fauqprcndre ni au Mcdecim, ni à PApotiquaire ^
comme on fait ordinairement, car fi cela n’arrive qu’une heu,
re ou deux après Pavoir pris s il né laifïê pas. d’operer , ôc d’é-
vacimr tout, ou partie dejçe quai a trouvé ffans le yentricu's
le , & dans les partiçsvybîffnej. v^ fes voye^
fçâch.ant fe foulagerieh de differêntes mtanieres.
XîJ. . Quant Av la. chaleur & à . la froideur aÉuçlles des purgatifs
queîonprend.j c^efl une chofe affez-indifferente,ilne.faut quf
^ fe connojtrfefofememe pQur n’y pas faillir, les uns ne poüvant
boire ;çhaud5^1es.:autïes#QidadJeS Anciens benvoient chaud
tout ce qu^d^iprenménc leiQur?;de la'medecinÆ , mais nos mos
dernes.ne font, paitonjours de leur ayp, car^il y a des ren^
contres , où il faut Japire actuellement jfiqid. O n dit a ce pror
pps -que Jean de Yega Medecimd’un Vice Roy des lndes, luy
ayant ordonné un boüilion de ppullet tiede poiiç exciter une
médecine , dont l’operation étoit ; trop lente , mais que cela
n’ayant feryi de rien , le eêiebre Médecin Philippes Jugraffias
étant furvenu s.sAvifa de luy faire prendre feize onces d’çau .
froide fiicrée , qui non feulement appai fa fes douleurs ,& fes
frimpr^f. îhügmt uaufées , mais encorp fiC'faire à la médecine tout ce qiCoii en
pouvoir defirçr. Ge qu’il y eut en tout cela de meilleur pour le
dernier venu eft que le Vice Roy luy donna le gobelet d’or
dans lequel il avoit pris l’eau froide fucrée. C’eft donc le tem-
peramment du naalade ,1a coutume & la nature du purgatif qqi
doivent feryir de réglé aux Médecins en ces ocçafionSj
Ghap. V I II. Ixüj
Mais une des principales précautions qu’on doit prendre
dans le choix ôi ufage des purgatifs , eft que non feulement il
ne s’en faut pas rapporter à tous venans , mais qu’il ne faut pas
même s’en rapporter à fon propre jugement encore moins
à ces livres de recettes où tout eft écrit à vcüe de païs , èc où
il fe peut trouver erreur dans la dofé , témoin cé qui arriva à
Mr le Rez Profédeur en Phiiofophie fi connu dans Paris. Il
trouva dans un de ces Livres certain purgatif qui luy plût, f
maisqui étoit fort mal dofé »par une faute d’imprcffion , ê. l’er^-
voya prendre chez l’ Apoticaire qui le luy prépara de bonne- foy^
ne fçachant pas fans doute ce qu’on en voulok faire j maiscelâ
n’empêcha pas qu’il n’en mourut en fort peu de temps. Que
d’imprudens dans le monde qui ne ménagent guerres mieux
leurs vies que le Païfan Thracius ménagèoit les arbres, car
voyant fon voifin tailler les vignes 5^ les oliviers , il les coupoit
jufques à la racine. Que de pareilles bévuës. dont les fuites.fonÊ
chagrinantes pour les familles, où aucun n’ofetoit s’én plaindré
ni s’en confoler avec fes amis crainte d’en eftre blâmée
Au refte comme on n’efi: pas toûjours en état de prendre dés
purgatifs p qu’il y a des corps qui ne les peuvent foùlFfir , &
des maladies où ils ne font pas encore de faifon j j’avertis' icy
que les lavemens réitérés font quelquefois le même effet , ôc
qu ils font d’un fecoitrs tres^particulîer quand ils font bien pré¬
parez , chaffant feurement des matières que certains purgatifs
n’auroient fait qu’ébranler , êc aigrir i car qüoy qu’ils ne paf-
fentpas le gros boyau, iis ne laiffent pas de foulager là premieré
région du corps , éc quelquefois la fécondé , auflî s’en fert^on
toû'oitrs fort utiiemenr avant la faignée & la purgation, & même
après cellc-ey quand elle neprocedepas biefniprécaution ^avis
dont les Charlatans ne s’a vifent gueres,tanc-ils ont envie d’ex-
pedier matière tout d’un coup. Rien de fi fréquent , dit Hé¬
rodote chez tes Egyptiens , que ce remede'dont ils tiroient de
fort grands fecours. Ainfi Galien ne peut s’empêcher d’invec¬
tiver contre ces Medêcins Gomplaifans, qui pour donner dans
la fauflé pudeur & dans là delicateffe des malades j les difpen-
fent trop facilement de s’y foûméttre, en quoy les Arabes font
de fon q>iniqn le croyant fon vérarn pour les maladies delà
première région, & pour quelques unes de celles de là fécon¬
dé, & particulièrement pour les coliques. Car quant au Phr-
lofophes Plotin*, qui ne pou voit fe réfoudre à ce remede ,Ie
XIIÎ.
XIT,
*lSîec Gîyfïereî,
nfeciglam ThesiaH
Ixiv . " ' : Effm de Mededne,
croyant contraire à la gravité Philofophiquc
il eft
a croire
Èam «ccepit , cum ^ ^ ^ ^ _
”'am°^man(U«o- n’cût pas parlé ainfi s’il eût eu quelque commerce aveç
?um"corporibus ca Ics douléurs qm le. demandent, Pout V auhelmoiit & fes Seda-.
perepfeam fcdicc- teurs qui n’en voulçnt jamais entendre parler, je les renvoyé à
. . Pexperience ^ ^eux ;q.ai n’admettent aucune des raifons de la
rangeant cependant du codé dii feoliafte de
E^o yero .fi clyRc- î oi^rervation 152. dés Ephemerides des curieux de la naaire ,
i4 imerdido. py- 011 il dit à çe prppos, quc fî OU banniflbit les ciyderes deiapra-
exuLe ^fitrentar la Îvîe ü UC voudroit plus l’cxerçer.
noiiem effe Medic* ' Enfin pQur derniere prccaudon touchant les renaedes pur,?
V ptifsjje croy qu’il n’eft pas trop Peur de prendj-e le grand air le
' ^ P^rr qu’on.a pris méd.ecinc,& particulièrement en hiver, de
crainte que Pair externe n’einpêche l’aclion des remedes , &
qu’il ne caufe une fupprcfîion à laquelle il pourroit furveair
des trancljées , des héyrçs & d’autres aeeidens tres-dangç-
féux, -
. Les voniitifs ne font differens des purgatifs qu’en ce qU' ils fonç
leur effet pa^ haut , ee qui les rend ftifpeds aux fages Mede^
çins ,qui ne s’en fervent que dans une preffànte neceiîîté.C’eft
pour cela qu’il eft à propos d’en dire ici quelque chpfeen ge^
neraL avant que de les examiner en particulier. Les anciens
s’en fçrvoient bien pins fréquemment que nous ne faifons, jaf-
ques à les admettre parmi, les remedes de précaution, Hippo-
crate^^avoit pour maxime , qu’il faloic purger les malades en
Efté par haut, & en Hiver par bâs> mais il nelaiffepas d’avoüer
que l’ufage ^ dçs purgatifs ^ des vomitifs eft dangereux. Aufli
Galien nous ditril que les vomitifs font particuliérement pour
les maladies longues ôc rebelles , comme les dejeclifs pour les
aiguës 3 mais qu’on les peut donner au çommeacementde cel-
Ics-cy quand if y a de la malignité ?que Phumeur eft en rut
& qu’çiie fait effort dans la première région. Mais c’eft l’af¬
faire du fage Médecin de prendre garde quand ’ comment ,
&: à qui on Içs donne, Car outre que toutes les eonftitutions ne'
font pas propres à vomir , & particulièrement les poitrines foi-*
De cmfi^ sÿmp- Mes J le vpmiffement eft: nn mouvement convullif de l’eftp-
mach contre nature , ^ pour parler avec Galien une efpeee
d’acouchement d,c cette partie. C’eft pourquoy je m’étonne
XV.
^deriola lecorum
commart:. l. i^.
hs^u
f. A^harifm.
. |,, 4. de MerhiSf
Irt Antidatât;
tih. é Afhmf»^‘
Comprit . lit 3 ^7'
Zücut. Lufît. frax-
^dmirand. c.aJ.
qu’un autre moderne faffe difiiculcé de mêler des purga¬
tifs avec des vomitifs j car bien loin que ce mélange fafte coiur
me il le veut des mouvemens contraires , l’experience nous
. . ^ ■ --
T Yoifmf partie, Chap. V 1 1 1. ixv.
îalt ^oir que les purgatifs déterminent fouvent les vomitifs
par bas, & qu’ils en brident la violence , les entraînant dans
les inteftins , ou ils exercent leur facultez bien plus feurement
que ne faifoient les vomitifs des Anciens , pourvu que les ma¬
lades ayent été bien préparez, par les rafraîchi flans & les hu-
meftans 5 précaution des plus neceflaires pour en éviter les
mauvaifes fuites. Mais pour cela il ne faut pas laifler de rom¬
pre toutes les mefurcs quand on eft prefle du mal, lesremedes
que PoD prend avec quelque efpece de précipitation , ne lâif-
fant pas alors d’être de fai (on.
Je croi encore qu’il efl: bon d’avertir ici les jeunes Mede-
eins , qu’il y a des rencontres , où les malades rejettant touslcs
remedes de. mauvais goût, il efl: impoffible de leur faire aval-
ler ces Emeto^Mariijfms : Et qu’en ce cas là , il n’y a rien de,.fl
feur , que de m.êler i’émetique avec quelque flrop, ou autre li¬
queur agréable,* ce qui a quelquefois* reuflî en des occafions où
on defelperoit dii falut des malades faute de ce petit ftratageme.
Il ne rederoit donc plus qu’à marquer ici d’où viennent les
facultés despurgatifs êc des vomitifs, fl cet éclairciffement étoit
de confequence pour le peuple, & s’il ne paflToit point fa portée.
Je dirai donc feulement ^ en paflant en faveur des Etudians en
Médecine 8c eiiPbilofophie, que Galien,tout grand Philofophe
8c Médecin qu’il étoit, s’efl: trompé, attribuant leur-s operations
,aux qualités manifeftes , 8c à la convenance que les humeurs
ont, avec les. remedes qui les ébranlent,ôc qui les attirent enfui-
teicar outre qu’il y a bien des implications ,8c des contradiclionv
dansfan raifonneracnt,quine fçait que les operations particuliè¬
res viennent des formes fpecifiques , 8c que comme toutes les
formes viennent du ciel, qui félon les jPlatoniciens en efl: le Sé¬
minaire j c’efl: à ce mélange qu’il fautdonner toutes les adions
des purgatifs 8c des vomitifs, comme le prouve admirablement
ledode Vâleriola,parles raifonnemens 8c audoritez de Mefué,
d’Avicenne 8c même de Platon , contre les fubtilités de Galien,
que le même Valeriola fe croit obligé d’abandonner en cette
occafion i Tout cela étant donc ainfl fuppofé , venons au par¬
ticulier de ces grands remedes , que nous ne toucherons nean¬
moins qu’autanc qu’il efl: neceffaire pour guérir les gens de
leurs préventions, maladies d’efpric qui peuvent caufer Sc icn-r
tretenir celles des corps , fi on ne fe tient en garde contre les
fi^rmations des ignorans, 8c contre fa propre facilité, ‘ ^
Locor. cemmunmm
mfds de Mede(dne^
ARTICLE II.
Des Remedespurgat^s en particulier:
QÜoy que les Auteurs divifent ordmaircment les
gatifs en violens , en medioéres en bénins , je fun
vrai ici ceux qui les divifcnt en fimples & en eompofés^
commençant pas les plus ufîtés , & defcendant infcnfible-
ment à ceux dont on ne fe fert que rarement & avec gran¬
de difcretion y marquant même > en paflant le degré des quali¬
tés de chacun en particulier , par oii on pourra diftinguer
les bénins des violens 3 car quant h ceux dont Fufage eft
tout à fait pernicieux & malhonnefte , je garderai un grand
filenee,puifque Galien) tout Pafenqu^il était, a écrit qu’il ne
voudroit pas- feulement les nommer. Je commence donc par
Le fenné j ces-peti tes feüiîles Bü ces petites gouffes qu’oiT
nouS' apporte diï Levant. Car elles ne fontpas ce que’ s’ima-^
gine le peuple , quoÿ qu’^i'l ny ait rien de fi commun dans?
la pratique de la Medecine. Elles font chaudesv6c fecheS
au delà du deuxième degré , ennemies de l’eftomachv
opérant lentement, donnant des tranchées, fi elles ne font
in fu fées en grande eau, Ôc avec de bons corrcd:ifs,d’ofi viehe
que quelques Médecins les mettent au rang des violeUs pur-^
gatifs quo^ qu’elles ne foient en e^t que de celuy des médio¬
cres , & qu’elles ne faffent pas de grands defordres quand lé
corps eft préparé par les rafralchinans & les humedans ,
quand l’infufion ^ aidée par quelque^ autres medicamens
qui tiennent lieu de cofredifs. Qi^nt à rancicnneté de fon
ufage , il eft certain que les Grecs^ne s’en font Jamais fer-
vi , & par eonfequent qu’ils né rom pas connu : car de dire qüé
c’élè le C«»/a^rr<i^de Tfieophrafté, ou le Be^hiniumt ùy a tao^
de différence de' ces plantes cy à celle là ,^qae le fenné mêmé
qui vient d’Italie ô£ d’Efpagne eft bien inferieur à celuy qui
vient du Levant. Il eft vray qu’il y a d^s conftirntions dé corps^
fi pardeuiieres qu’on ne les peut purger avec du fenné ni en
înfufion, ni en fubftancc , qu’ils ne tombent dans des douleurs
& dans des défaillances terribles. C’éft pourquoy lesbonspra"»
ticiens Buy fubftituent en ce cas-là l’infufion du caîholicon dou¬
ble de rheubarbe,où il entre du fenné bien corrigé, cette in-
fufion étant feure enfuite des fièvres continues , dans les
Troifiime Vartte, Chapitre V 1 1 ï. Ixyij
4c ventre opiniâtres , & dans les T enefmes, ou épraintes. Que fî
l’on veut purger doucement l’humeur mélancholique.on peut fe
fervir de firop de pommes compoféjoù il entre du fenné en alTez
grande dofe & affez bien corrigé pour n’en appréhender rien de
mauvais, le mêlant avec d’autres remedes, fuiVant l’indication
,<lu’on a prife^ Il eft vray-que le lait clair dans lequel on in-
fufe quelquefois le fenné, peut empêcher qu’il ne caufe des
tranchées & des yents > mais on né prend pas garde à Paris
que le lait dont on exprime cette liqueur n’eft gucres bon
quand on l’a long- temps gardé & promené dans les rués , fur
tout quand on y a mêlé de Teau , & que l’animal dont il eâ
extrait a été nourri de mauvaifes herbes ôc^^reuvé de mau-
yaifes eaux, comme il arrive cres-fouvent.
La CalTe des Arabes fcarla calTe des Grecs eftnoftre Ca-
nelle) eft medioGrcment chaude ,& humide. Ç’eft un purgatif
fort connu , & qui n’eft gueres moins familier que le lenné ,
«nais comme celuy-ci eft quelquefois un. peu vehement, celle-
là eft d’ordinaire ün peu fpible , particulièrement celle du Pog¬
nant. C’efi pourquoy fi on l’cmployc en d^autres maladies que
iÇellès des reins , de la veilîe & dê la poitrine, elle émeut fou-
vent plus qu’elle ne purge, & eft tres-contraire aux enfansqui
ont des vers , fi elle n’eft accompagriçe d’autres purgatifs ^
mais on s'en fertfort utilement én de certains cataplafmes , &
autres Topiques.- Il y a des gens qui fe feryent de celle qu’on
a conht ayant que de l’apporter en Europe y mais fprt inu^
itilcment , ce remede étant des plus foibles. Cependant
jécus de fenné Scune orice de cafte mondée, avec quelque Latin
ou quelque Groefont fou vent î’abrege de la Médecine pratique
Paris^
La Manne connue des Grecs ^ des Arabes^ eft une autre par
Uâcée de Paris. On fçaitaftez que c’eft une efpece de fncre ou
de miel , qui fe formée d’une rofée fur les fouilles de dilFerens
arbres dans la Calabre , & même dans noltre Dauphiné i car
celle qui tombe fur la Terre eft fort inferieure à celle qui tpmr
l9e fur les. fcüilles êclôs branches des arbres. Galien en aepn^
nu .une efpece qui tombe quelquefois for le Mon Liban 6c,
qu’il appel mel mfeidum ^ æretim., Surquoy . ^
il eft bon de marquer qu’il y a dans l’ifîe de Qeyion une efoe-
ce de fourmis de la groflèur d’ une abeille, qui font deU Manne mtrii. Gem^Jc.
^’un goût 6^ d’une vertu admirable, Quoy aue ce purgatif fois
Ixviij Ejjkii de Adedecme,
J. De aliment. fet^ tcmpcré datis fcs qualitcz , doux 6c ami de la |)oitnne qu’il
idtatib.taf. 3?. purge facilement les humeurs fereufes , il ri’eft pas propre à
toute forte de perfonne & de maladies t car outre qu’il fe chan^
ge en bile dans les cftomachs bilieux, & qu’il nefaic quxmou-
voir quand il eft donné féul , il arrive tout au contraire qu’il
fait bien plus qu’on n’en demande, quand il eft faleifiépar les
Marchands , qui y ajoutent quelquefois du fuc de Thicimale
& de la Scammonée. Auftî eft-cede cette manie're-lâ qu’il faut
entendre prècifement ce jugement qu’cii fait un Medctin de
Lettre de Guy V^atîn noftrc temps , écrivant à un de fes^amis.^ Nous rfen a'üons ■point
de véritable , celte q-uon nous apporte <£ Italie rlejl autre choje que
dufucre ^ du mïelyinejlés avec un pende feammonee, Hans la Manne
de Briant^on il y a du Thitimale ^ de l'épurge ; car cela- n’eft pas-
vrai à la lettre y parce qu’il en vient dé bonne de la Calabre, &:
qui ne fait que ce qu’on en demande quand elle eft bien; cÊon
fie parce que celle de Briançon,qiUoy que plus foible, n’elt
pas toujours altérée^
La Kheubarbe- , eflr une autre' idole du peuple qu’il, aefore
fans fçavoir pou rquoy , car encore que cette racine du Levant
ait fes bons endroits, elle a auffi fes nàauvais quand on s’enen-
tête. Elle eft: feche & chaude au feeond degré , fou vent gâtée'r
Sc rarement bien choifie , & on lüy fubftituë même quelqùe-
meuharh,. Uemeh. fois du Rhapuntic.* Elle eft fort contraire à ceux qui ont quel¬
que ardeur d’urine r à laquelle elle communique jufques à foU
odeur & à fa teinture. Elle agit félon fes difFerentes ftabftan-
ces, car elle purge , ouvre' & pénétré , & particuLierement etf
^ infufion par la plus fubtile / mais c’ie fortifié' ôc reffere p'ai'cé
/%. qu’elle a de terreftre, comme il paroît quand ce qu’ellc'a déplus
fag. 6l%. fubtil s’eft évaporé par l’uftion St deficcation qu’on en fait. Mais'
H n’eft pas V ray qu’elle foit toûjourH’amédu foyecomrhe on
fc l’imagine. Aufîî Btîblan le fils a t- il marqué fort précife-^
At mors tepatis ment qu elle eft même la mort du- foye quand il eft chaud
cah'iioxis ac ficcio- fec , 6c qu’on cn ufe trop fréquemment. Elle eft encore con-^^
femmes groftes , & aux temperamens bilieux. Ainfi
tiedar. jc ne voy pas à quelle fin les Vénitiens en mâchent conti¬
nuellement, eux qui font fi ardens ôc fi fecs. Le plus feur- eft
donc de s’en fervir dans le firop de chicorée eompofe, & dans
le Gatholtcon double , dont nous parlerons cy après > parce
qu’elle y eft bien corrigée. Car quant aux enfa.ns , comme ils'
font fon. humides ; ^ ïujets à des ftux de ventre caufés f
Tnifiéme Partie, Chap. V III. Ixix
ées crudités , & même aux vers , qu’elle tuë par fon amertume,
.elle leur eft plus propre en infufion, ou enpoiidrejquatix adui-
tes. Elle efl encore propre aux ulcérés internèsj& aux vifceres
languiffans débilités, fur tout-quand ori eu a fait évaporer
la partie purgative' , & qu’on l’a meflée àveé les poudres aro¬
matiques dans- des opiates ou tablettes , car elle ne manque gue-
résde cette manière à faire un borï effets fur tout aux coiiva-
lefcens des longues maladies. : .
■ Aloés, ou AÏoé eft un mot équivoque dans la Medccinejcar
dl fignifie le bois appellé JfïlaLoe des^ Grecs , dont l’odeür eft
il agfeabie , que l’Ecriture fainte lé fert de ce nom pour rnar- cmiidr. 4 -oerf,
qiier cd quftl y a de plus odorant >■ & de plus oppofé àla cor-
TÜption î &c’eft apparemment de cet Aloé que veulent- parler
îes Auteurs de la Géographie de NeibieS marquans. que le « é*
grand Alexandre ayant conquis l’ifle de Socotra proche la syovit. inceografh,'
Terre de jamaica y Ariftote luy confeilla d y envoyer une Co-
Ionie Grecque pour' avoir foin des Aloés; "Qmïy qu’il en foit
cet arbre eft fort rare , ôé ne croift' qu’en ces régions des Indes*
où il y a des Tigres , & femblablê^ibêtes- féroces.; Il edi fec & .
chaud j & rend une liqueur ondtueufe quand on le hrûle.fl en¬
tre dans là corifecïion d’hyacinte quand ôn en trouve, faute
dequby ori luy .fubftitué le faritàh'
■ Quant k l’ Aloé, dont il eft qiieftion dans cet Article des pur«^
gàtifs , c’eft une fort grànde plante êc fort connue. Elle eft
toûjours verte , & c’eft pour cela qu’elle eft- appel] ée femper vi-
vùm par quelques Auteurs-, étant E inajeftdeu le' &ft
à^reablé â'la veuéVqü’ellé rié fort pas nioin^ à prcfent à l’or-'
riement deV Jardins , qu’à la Medéciné. C’cft le fuc de cette
plahté qui fért de baze à tant dé pilules dïfFeréntéS de nos dif-
penfairés , & à celles que chacun préparé à fa manière. Le Ga-
bàlliri commun en Efpàgrie né fert qu’à purger lés chévàüx ,
mais IeEucoî!rin,àinfi appélé,parcé qu’il croift én l’ifté de Soeo-^’
tra, eft dèftiné poür les hommes. Il ouvre les veines par fa cha¬
leur tenuité, & eft par cohféquent coritrairé aux femmes grollês,
& aux ïébrici taris , aux tàbides & à tous lés tempéramiHéris dé¬
licats, &; ne laiffe pas pour cela d*être fort utile dans la Chirur¬
gie. Car quand àl’ufagéqu’on en fait dans les pilules appellécs
dé Francfort , ilnepeut être approuvé des Médecins méthodi-^
ques tarit l’abus eri eft grand, fi ce n’éft pour des AHemàns
ïcplets , phlegmàtiqucs ,• & fujets à la crapule j ces pilules n’é-
MifcelUn. Medico-’
fkÿflc.fm'Eühemirid.
germant & ÿari. i.
«tm. ïf. ■
^^fcrndA.
IxK " Ejjais de Med^cinel
tant autre chofe que le fuc de cette plante , nourri èçlavé dans
l’eau de violettes dont on fait un inyftere & un fecrct j quoy
que ce remede ne purge que des ferolités & des crudités des
premières yoyes , en la place derquelles il laifle une chaleur
dont il n’y a que les eonftitutions humides & replettes qui fe
defFendent, Mais pour revenir du fuc à la plante & égayer un
peu la matière : l’Aloés, tout agréable qu’il eft à U ve.uë , nç
lâilïe pas d’être le Tymbole de lamertume , qui fe trouve avep
les doueeurs mêmes de la volupté , plus ^loés quam mpllis habfit
Sc c’efl: pourquoy on en pent dire > malgré sous Tes agréemens^
fïimium ne fiàe colori. refte il ne faut point palier fou^filenr
ce, que le plus grand de les agréemens cpnhfteen fa fleur
quoy qu’il'ne fleurifTe que rarement , à propos dequpy je né
puis alFez métonner qc ce quela Francej quoy que bien plus
chaude que L’Allemagne , n’a point encore vu ce qui arriva dans
la Silefie l’an id^3. où cette plante fleurit au bout de trente &
un ans de flerilité , & où elle niouruc quelque temps après
avoir poufFé vihgr & une tiges & plus de deux cens fleurs , ce
qui donna oCGafion àtin Médecin de ç§ Païs-Ià de faire une
épitaphe fort fleurie; àcetie plante?^ je renvoyé le lecLeuf^paç
ce qu’elle eft un peu trop longue pour eftrp ici inCerée,
L’Agariq eft une maniéré de champignon) qui croît au pied
des Cèdres plus partieuiierement au pied des Larix-5 ü eft
chaud au premier degré, & feç au fécond. U Auteur du Scaii-;
gerana a reniarqué que Diofeoride ne fçavoit ce que c’eftoir,-
quand il a dit qu’il croifîbit fur jes eedref dans l’Agarie, doùil
ayoitpria fon nom j parce que Agarie eflmu nom: imaginaire.
Quoy qu’il en foit, il en croît dans le Dauphiné qui ne cede
pas beaucoup à celuy qu’on apporte des Pais étrangers. Il fait
epmme beaucoup d’autres purgati%) de mauvais effets, s’iln’eft
corrigé félon Part , par de fréquentes lotions faites avec l’eau
ou le fuc de rofes , . après quoy on Le réduit en, Xrochirques^
C’eft de cette maniéré qu^on l’ employé pour purger les humeurs,
virqueufes & grofîierês des parties les plus éloiguées. fqk en
injFiifion, ou dans des pilules 5 mais l’ufage n’en eft pas Çi feur
ïii fl ordinaire pour les femmes que pour les hommes, Quoy
qu’il entre dans la Thériaque , il nç laifle pas d’être une ma-,
iliere de poifon quand il eft trop vieux ç tant il eft y ray qucqul,
dk un purgatif, dit une de ces, images qui changent de figur|^
félon Içur ppfition | le cofté où on Içs regarde.
Troijîêiné Partié, Cliap. V I ï I . Ixx|
Lè Jâkp éft encore un remcde fort connu du peuple au
jôoins'de nom , mais il en fait un mauvais ufage 3 parce qu’il
n’cft ni cher, ni difficile à préparer & avaller. Il eft vray qu’il
purge affiéz bien les ferofités , mais outre qu’il n’én tarit pas
la fource , comme c’eft une erpecé deBrions des Indes , il eit h
iehaudjfi fec & fi véhément qu’il fait louvent des fiiperpuro-a-
tions, ôc des impreffions fort fâcheufes aux entrailles. Cepen¬
dant on fe le figure un feeret pour les cachexies & hydropifies
à caufe de quelque fubftance refineufe qu’on y entrevoir. On
i’employe meme pour les maîadies^ feerétres, mais tout cela né
va pas jurqaes à corriger les impreflions faites aux parties nour-
riciercs par les caufes de ces maladies;
L’Iris autre raeine, & dont on fe fert comme du Jalap efl:
quelque chofe de pire, puîfqu’^il eft plus chaud , plus fec , pluS
acre & plus vomitif, & parriculicrement celuy de Florence :
car à moins quede sknfervir dans ces mélanges appellés
& dans les Tablettes compofées pour la poitrine , du dans les
remedes de Chirurgie y les vieillards, lés femmes 6c les enlans
s’en doivent abftenir.
La Coloquinte éft eiïcore pire que l’Iris , pa'rtieuîiercment
quand elle eft mât corrigée, C’eft le fruit dés courges fau va-
ges dont la préparation a pafie dans Tufagé de la Médecine
fous le nom de Trochifques Alhandaî. Elle eft humide &
feche dm fécond au troifiéme degré , 6c a outre ces qualités
manifeftes quelque degré de malignité. Ainfî elle eft contrai¬
re à Feftomach , aux iriteftins , au roye, au cœur , aux vieil¬
lards ,aux feramfes , aux enfans, aux febricitans , 6c ne doit
eftre employée que faute d’autres purgatifs ^même aux hom-^
mes robuftes 6c vigoureux. Qnpy que certains Médecins s^èit
fervent pour les maladies cutanées , je ne voy pas qu’on s’y
doive trop fier 3 car fi les Arabes l’appellent la mort des plan¬
tes, elle poUrroit bien encore l’être dés miprüdens.Auffieespau^
vres gens dont il eft parlé dans le quatrième Livre des Rois,
s’en trouve rent-ils fi mal, qu’ils ne fe crurent pas moins qu’em-
poifonnez , & qu’il fallut employer tout ce que le Pr^hete
Elifée avoir de connoilfance naturelle pour les tfrer d’^affaire.
Le Turbit meft pas fi connu que la coloquinte , au (fi eft-
ce la racine d’une efpece de ferule qui n’eft pas commune. Il
eft tres-chaud, très fec 6c très fubtil. Il pürgeTe phlegme grof-
fier des parties les plus éloignées > mais comme il opéré lente-
* Turbin à
Turbaudo,
V-GrJ.in Comment.
i-/.3-c 2, inlih.Iîi-
f ocrât, de viël.-fatio
iTi RSHt.
Ixyij Meiecméf
mène , U fait de fi fâcheufes impreflion? , & caufe foiivent dç
fi grandes douleurs qu’on croit qu’il a pris fonnom *de ces fc^r
dif ions qu’il excite dans le bas ventre. Aufii ne l’employe-t-on
jamais que bien corrigé , & dans des compofitions où il n’çft
pas fi dangereux que quand il eft feul. Un Traité MS. corn-
pofé par M. Laugier Mpdeciu de Sepez en Provence , marque
qu’il eft cres-daiigereux-de mander du poiflbn & de s’expofer
à l’air le ^jour qu’on, a efté purgé avec du Tnrbit, ' ' .
Les Herinodactes ces Bulbes ou fruits d’une elpcce dc ccl-
chiquejauffipeu connuës dp peuple que leTurbit> font unpeu
moins violentes à la vérité , mais elles ne demandent pas moins
de circonfpection dans Pufage de la Medecine , puifquelles
font chaudes & feches au fécond degré, qu’elles opèrent tard,
qu’elles font contraires à l’eftpmacb ,' & qu*enfin Diofeoride les
croît un peu venimeufes. ^ ^ ^ ^ ^ ^
La Scammonéç, qu’on peut appelier le Salmonee des purga¬
tifs, ^ des Charlatans, tant elle fait de bruit, ôc tant elle v^
vite dans fes operations , ne laifle pas d’étre un bon remede ,
quand elle a été bien corrigée & réduite en cette erpeçe dç
larmes , d’oùelle à prls le nom de Diagrede tiré du Grec. G’eft
le fucTaitteux d’une de ces Plantes du Levant qui mentenf
toujours quand elle trouvent a s’attacher. Les Apoticairesrap:?
pellent le foiiet des Eleduaires, parce qu’il hafte ^excite leur
operation, Auffi ce foc épaifii , eft il chapd ^ fec du lécond ap
troifiéme degré , U contraire à l’eftpmach , au cœur ^ au foye,
ouvrant même les veines su! n’eft corrigé comme il l’eft dans
iediaprumfolutif, qui purge fortbien la bilé&. 1^ pituite, pris
tant par la bouche que par )es lavemens, fans caufer aucune
incommodité. Ainfi c’eft un fort bon remede de fa nature,
mais dangereux dans les mains du peuple ^ des Ghariatans qui
en abufent.
L’Ellebore eft .connu de tous les fçavans , parce que les
Anciens s’en purgeoient, ôc particulièrement les Ppëtes, pour
avoir Pelprit plus net & plus ouvert. On croit que la manière
de le préparer s’eft perdue avec les Livres qui étoiçnt dans les
Bibliothèques d’Alexandrie, & que la tranlplantatipn qu’on en
faifoiten deslieu^ aquatiques ,contribupit beaucoup à l’adou¬
cir. A qupy il y a quelque apparence, puis qu’Æcée s’en fervoiç
fort communément 3 & que Symphor. Campegius*a remarqué
que Galiçn le mettoit aftez fo.uveut en ulage , & préférable^
TroijtèmePar^.^^^ fxxiij
incnc â la fcamâionée. Quoy qu’il en foit cette -racine, étant noù
feulement tres-chaude, tres-feche&tres-acrcî mais ayant en¬
core des qualités malignes, on ne peut affeï admirer laconfti-
tution fl nguliere de ce Pafteur nomm d T hrafias & de cet Eu-
demus de Chio dont Theophraile nous raconte , qu’aprés en
avoir mangé des poignées iis n’en fentoient pas la moindre
émotion, Antiffire eft le nom de Plfle où cjroiïloit ce célébré
purgatif, & même (elon Suidas, le nom d’une fameufe courti-
fanne. Hippocrate s’en fert comme d’un Mechliqae,, aulîi ap-
peile-t-il tous lès violens purgatifs du nom d’Ellebore , mais il
étôit en ufage long-temps avant luy ,puifque le Médecin Me-
lampe s"* en lérvit dans la maladie des filles de Proëtus Roy
cTArgos. Democrite, dit-on, en avoit appris l’ufage en Egypte,
& le communiqua eiî iu.ite au grand Hippocrate avec plufieurs
autres connoiflances II a eft é. de tout temps le remede dont on
s’eft fervî pour la guerifon des furieux j des atrabilaires des Epi^
lepciques & des ladres. Mais les Médecins des derniers fiecl es qui
ont découvert des remedes plus doux , ne s’eii font pas feryi
jfi hardiment ôc fi fréquemment que les anciens 5 car outre qu’ils
n’employcnt prcfques jamais le blanc , il .eft certain que le noir
même- eft fi violent qu’il porte d’urne égale furie , quelque pré¬
paré & adoucit qu’il foit par haut ôc par bas. Je ne m’étonne
donc pas fi le blanc dont on le fervoit du temps d’Oribafe, ne
laiftbit pas d’exciter le vomiflèmentjdonné fîmplement enifiip?-
pofîtoire. 11 y a Eien plus,, puifque préparé avec du ft e] de bœuf,
il purgeoit parle fimple odorat , & qu’aprdS;.l’av.ôk:iaY^ ATO
de Peau marine , de l’huile & du nitre.i il ne falîoit qLfen la¬
ver les pieds pour faire vomir. Après céia qùon s’étonne fi un
Charlatan en tua l’Illuftre Jacques Cardinal de Pavie^l’honr
neur des belles Lettres , 6c /fi les: Ephemerides Cermaniques
nous donnent des exemples récens, ôcfuncftes de fa maligni¬
té. Surquoy il ne me femble pas mal à propos de marquer -iey
après Paufanias que Solon Capitaine des An|phi<ftions , ayant
arrefté le cours du fleuve qui entroit dans la V ille des Çirrheens
pendant qu’il les tesoit aifiegez, êc y ayant fait jçtter quantité
d’Elleborejil ne le laifta rentrer dans cette yilleque quand ille vide ScheukîumUk
vit infedé des qualités de, ce violent purgatif &; que c’eftain- 7‘Obftrviiî, 9.
fi qu’il rédqific les aflîegez 5 parce qu ayant bu trop avidemmcnc
î|e cette eau , .guand Us en eurent à fouhait. Us fe t^uverent
ixxiy ; ; :’E£ais de Medf cm^
^5 toguilïans ü- étonnez da mal , qu’ils furent oblige^ de fe
J rendrer- • \
f . La Pierre bleue ou étoilléevappellée des Artiftes & des Ar-'
-tifans Lapis la^li y eO: un- purgatif beaucoup moins tlangeréux
'^qne la plupart de ceux que n,'Ous avons marqiié c)^ devant •-
t f cum e El - ' pdifqu^if entrC dartô la cbnfediGm d’ÀlKermes , quoi queTufa*
/er. “ge en paroilTe fort fufped au fçavant Leonicenus y furquoy ou
peut encore voir Symphôr,Campeg.Quoy qu’il en Toit, comme-
on ne s’en ferc gueres nous n’en dirons pas d’avantage , le peu¬
ple n’en ayant entendu parler qu’àq>ropos des ou vra ges de mar^’
queterie- & de' rapport. , „ - .
. Il y a bien encore d’autreS purgatifs fimpies dàns la* Méde¬
cine que ceux-là , mais comme Tufage des plus communs n'eft;
pas-dangereux, nous n’avons rien à en diréde particuliery fînon
qu’ils fônt la plÉpart lents foibles, . s’ils ne font aides de-
quelques autres. Telsi font les TamarînsVle Polipode , les Mi-
robaicns^d’Epithiraeyles^Rolesyles 'Violettes, les fleurs de Peché,^
la Pu meterre ; le T ârtre 3 car quand à^ceux dontlcs^ Anciens fe-
lervoient comttïuneîncntjll feut etre bien baTdi pour les pren*
te fans>conful£er quelquelion Médecin , ôc- particulièrement
la Mirrhe, leCabarret .îa Laureoile,.la<jratiolle,lc Concombre
faiî vagerie Mezereoni le Palma-cbrifti", la SabinedeT hitimale,-
la GommC'guttCjPÈiiphorbe & femblablcSytant on a vende ter¬
ribles fuites de leurttfagè pour quelques-uns qui ne:s’en font
pas î^uvê nïâl.; Je^ne parie encore icy y ni de quelques gpmmesr
fil de qu^ques refines , ni de quelques fels dont l’ufâge bien'
Conduit eft fi fàlutaire , parce que comme il n’y a* rien dont
on ne puifTe abufer , iP n’êft pas propos d’en inftruire lë pu^
ilic 5 outre qu'îlfaud roi t entreprendre: un ouvrage exprès
- , particulier qui fe trouveroit endors au^defUis de Pintelligeni;'
oe de bien des gëns.- . ; n
J£es purgatifs cômpofe^font compris fous lesmomsd’elccfüai-^
rtss de fîrops& depilules. Les éieduai res font divifés enmous'
^ folides , 6c ont pris leur nom du choix des remèdes qui en^^;
deiige. trent; dans IcuT compofîtiom Lc plus cofinu, ôc un des meilleurs
entré les môus , cfl: _
Le Gatholicon double de rHeubarbejappellé à Paris lenitiffifi^
car le fîmple' n^élb: que pour lés lavemens. C’eft un remcde fort
four pour tous les âges , 6é pour lei deux fexss> & tres-proprç ^
Troifîme Partie. Çfaap. ;V 1 1 î. Ixxv
-purger fur ledcclin des fièvres cc«3tjnuës,foit en difTokitîcm faite
en une infufion dcfenné, foiten infufion dansée fimple Tifane,
le -lait clair, ou decoètionpedoralle, y ajoutant, félon Tindica^
ÿion, quelque fkop propre à purger i’Iiumeul* qui peehci '
Le Diaprun eompofé purge fort doucement la bile , comme
^lous l’avons remarqué uy-deyant , mais il faut garder quel-
,que uiefure dans l’uf^e qu’on >en fait , ne le donnant dans
les fièvres que quand elles ont des intervalles , car quand il
n’eft queftion que d’évacuer la bile de la première région, un
le ppt donner dans un lavement en toutremps, . T ' 1 ■
L’Eleétuâire de fuede rofes purge fort bien la brie ^ mais d
demande encore plus de difcretionque le Diaprun fdiutif, me¬
nant quelquefois le malade uu peu loin. Le plus feur eftdone
4e ne le prendre que de la main d’un bon Médecin , foitqu qè
fe purge par précautipn ou pour -quelque màiadie^ effedi ve. ^
Le Piaphenk eft^in puiirant éleduaire pour,purger la bile
^ la pituite, par eonfequent propre pour les coliques,, parti-
eùliercment en lavemens 5 car quand il eft pris par la bouche ^
outre qu’il eft d un goût fort delagreable 6: même en bol, il e^
un peu vehement S meme quelquefois vomitif, : ‘
. La Hieie de Galien ou cdlé de Fa^iuscompofée fait mer-i
v^eilles dans les elyfteres revulfîfstjubn ordonné pour les affec¬
tions du cerveau ^ & pour quelques coliques , fok en lavement
ou par la boiiçhei mais on ne la peut gueres donner qu^en bol,
parce cpf elle eft d>un -goût encore plus delagreable que le pid-
plienic , ^ quelle purge violeîntUént les .iiuineja% *^1 Uede^
nent pas fans fe faite tit^ - ■ '
La jGonfeâion Hamech, grande & petite purge rbufineUï
mélancholique avec veliemencc , & fe donne dans toutes lesma>
ladiesméiancbpliques,& même fecrettes. Mais que de Cîiirur-
giensdc d’ Apotiquairés qui en abufent , pechans ou dans da
dofe , ou dans les indications de la c^tfe du mal , de l’age, dû
fexe , .du tempéramment .de la faifon & des forées du maladei
Les Eleétuaires folldes ,dont on fe fert 'plus ordinairement
dans la Médecine, font ieDiacartliamï ^ le de^kro, -
Lu premier a pour baze la feîpençe de faf&an -feu vàge>4if
Carphamum jLtire fon nom , iaquèlle^éft chaude# feehie
jCeccnd degré , H- fert à purger les caux& la pituite.
de Gitrp eft à peu prés de même nature , mais comme il
iPil»,-
fexrj; " ' - Effm de Médecine^
a pour baze Fécorce de citmfn d’cù il tire auiîî fdn nom, iîeft
plus feu r que le Diacarthami àc Fun èc l’autre plus eotnmodc
en poudre qu’en Eleduairc folide ou fec, la poudre ne faifanr
pas un fi grand volume. G’eA un remede famitiér & ufité j.
mars toutefois qui demande quelque difcretiom
Les Sirops font où purgatifs > ou fimples..
Les purgatifs fe font des infufions re'iteréès des racines ÿ
des fleurs , des fruits & des autres parties des plantes , & me¬
me . de leurs fucs dépurés. On les fait cuire avec le fücre êc
quelques çorreclifsvpour en confcrver k vertu & les facultés,-
& quand on les veut rendre plus actifs i on y ajoùte quelque
purgatif fuivant l’indication qu’on a prife. Les plus communs
Font celuy de fleurs de péché pour purger les ferofités bilieitf.-
fes ôc pour dèropilef le mefentere ? celuy de chicorée qui pur¬
gé med ïoGrcmenc ' la b ile , laifle- quel que impreflîon corrobo-
ranvc aux vifcères à çaufe de la Rheubarbe qory encre 5 celuy'
de Rofes pâles pour les ferofités & pour la pituite > mais qûl
n-efl: pas propre aux femmes j. celuy de Pommes compofé , pour
l’humeur méiancholique, la bile noire ôt même la pituite craffe
& gluante 5 car on. ne tient pas dar^-tous les ; dilpcnfaires- le
purgatif ide violettes V chaque GoOege de Médecins choifliantr
ceux qui leur femblent les meilleurs , & les plus propres' aux.
maladies de leur climat , Si de leur Païs^ < ,
J GJi^nt aux firops magillrau’X putatifs ort les conspofe; feloû
fîndication^ du Médecin qui des ordonne niais qué de prepa^
rations Antimonialés » & d’autres irémedes donnés fous ce nom^
par des gens qui ne penfent quk purger , fans fçavoir qui
qùoy , comment , quànt^ & qùi fouvent purgent la bource &
cçffpsjufipiés à Finanitiom ^
. - Les Pilules font ainfi nommées , païce qùé ce font dbpe-
tices boalles qudu avale faeilement ^éc qu’on eft obligédere^
duire^ fous cette forme pour cette fin > a caufo dé leur mau¬
vais goût. Elles difFerent félon rhumeur qu’on veut purger,&
font ordinairement uu peu gaillardes; Les- plus communes
fo^nt celles de Rheubarbe , de Fumeterre : .g/:y^®^ ^i«ji«iy propres
à purger là bile, les Agrégatives, ainfî appellées parce qu’on?
en purge iButes les humeurs.- Celle d’Agarié font pour là- pi¬
tuite , &:raémes> celles d’ Aloés , comme font les Stomachiques
& les Cochgçg^tg^ mineures (jue raa|eures;.car celles qu’on ag^
Troijtême Partie, Chapitre Y 1 1 1. Ixxvij
pciïe de Lapide Laxuli font particulièrement pour le fucmékn-
çhalique , quoy que peu en ufage, les unes & les autres tirant
prefques toutes leurs noms de leurs bazes. Mais les plus feures
îbnt celles qu’on corapofe fuivant les beloins & les indications,
& qu’on appelle magiftralles, ou on fait entre les gommes, les
refines, les fels & autres remedes dont on préparé quelque cho-
fede fort bon pour les maladies chroniques, quand on en fçait
l’oeconomie. Voilà pour les purgatifs proprement & précife-
ment appelles purgatifs.
Mais comme les vomitifs font des mameres de purgatifs qui
portent par haut & par bas, & qu’ils font bien du bruir dans
la Médecine , particulièrement depuis trente ou quarente ansy
il en faut dire quelque chofe en particulier, après en avoir parlé
comme nous avons fait ey-deffus’ en generaL
] e remarque donc, quant aux vomitifs, que comme la répu¬
tation des remedes dépend bien fouvent des fuccés qu’j Is ont
dans les cours 5 tout le monde y donne , quand des perfonnes
d’autorité les approuvent. C’eft pour cela que quand Dieu eut
béni ceux que le Roy Louis le Grand prit il y a environ tren¬
te ans dans une grande maladie , le vin Emétique y qu’on, ne
donnoit auparavant qu’en tremblant S: en cachette , prit le
deflTus fur tous les autres remedes y jufqu’à fe faire nommer
vin Royal. Ce fut alors, dif-jc, que ce vin fe trouva du goût
de ceux même qui à voient redouté fa force» & qu’on en eut
une fi grande idée , que les femmes l’ayant appellé vin miflb
que, les hommes crurent qu’elles nk voient pas tout à fait mal dit.
Quant à nos Poètes peu s*en fallut qu’ils ne le miflTent dans la
cruche de la jeune Hebé, pour en régaler Jupiter & toute fa
table. C’eft ainfî que les Sénateurs» les Chevaliers & le peu-
pie Romain compoferenc la Theriaque à l’envi , pendant que’ oden-
l’Empereur Àntonin la difpenfoic de fes propres nîains. Mais
comme cette occupation ne fut plus à la mode dans Rome , .dés
quil eut ceiTéde vivre y de même le vin Emetique ayant été
donné inutilement au Cardinal Mazarin ,■ il perdit beaucoup
de fa réputation. On ceiîa alors de luy faire juftice , ^ on né
daigna pas fealemcnt confiderer que comme il avoit été
floy é dans un marafme mortel ^ on n’en de voit rien efperér. .
1 arriva même enfuitc à ce grand remede ec qui arrive à cés
Ouvrages d’Hiftoire, d’Eloquencc & de Poëfie qu’on fait trop
fonser avant que de les rendre publics , car un bel efptit le-
'mjak (k Medecine,
__..j malheurcufcment au raval pour lavoir exccfTivemem prjt-
fé > & pour s’en être trop promis tlans ce beau Sonnet. : '
Maintenant l'Emetique cfl dans un grand éclat;,
univers en reçoit un avantage extrémej
Ce miracle eji vijîble ^ ^ lefecle eji ingraf ^
S'il ri éleve un Ttofhêe a f a vertu Jufrème,
jl nous a fecourûs contre un double attentat
Z, a Pourpre s'en rejfent comme le Diadème ,
Et donné par deuK fois t II a fauve l' Etat ^
pn fauvmt le Miniftre ^ 'le Monarque mçnije„
Jules je vois briller I4 fanté dans vos y eux^
Ayant pu fiutenir ce vin fi furieux^
filous montrés une force a qui toute âpre cede y
lion fixait vofre douceur ^ de h*aveu de tous^ " =
Lorfqüe vous employer, un violent remede ^ . .
fil efi àprèfumer que ce fiefi qfte furyemf ’
ps.i à vint ec vilain Saroafme, apres fa mwort,
Q'efi ne pas fiavoir l'Art j c efl manquer fie pratique^
C' e fi de ïa Medecine ignorer les fuccés i ~ :
Que de condamner i Emetique ^ ;
Apyés Ict biens qfiil nous a faits f
Neann^ins eomme Jes liqueurs fe racommodent foùv^nt
livccje temps î avec la patience ôcavec un peu d’arti|îeejlevin
Emetique ae fut pas long* temps fans reprendre la réputation
dp force ^ de bonté qu’il a toujours çonferyée depuis. Mais
parce que tout le monde ne fçaitpâs çe que c’eft . quoy
que tout le monde en parle , diloqs quelque cbpfp dp nom, des
qualitez & de la madere de ce grand remede.
Emetique ejfl: un mot François tiré du mot Grec qui %nifip
vomir- î de forte que tout remede qui fait une fubverlion de
reftomach liiivie d’une prompte évacuation., eft un émetique^
pu vomitif. C’efb par rapport à cet effet, que les Latins appel¬
lent Vornitoria les grandes ouyértures des Amphiteatrespar lef-
quelles le peuple fe dégorge, fir fort en foulp. Il eft bien vrai
qu’il .y a des vomitifs dou^ , qui n’agiffent que par des qualir
îps mauifcftes, qui font unp fujbyer|ion d’eftomacli qui u’pl|
Troijîéme Partie, Ghap. Vil 1. Ixxix
piS lui vie d’un efForc & d’uiié évacuation coniiderable , telles
que font toutes les chofes uiictueufes , oleagineufes & tiedes,
Fhuile,lc beurre, la graifle, & tout ce qiu relâche les fibres
de i’edomachj mais il y en a qui font leur effet par des qua¬
lités bierf moinseomrauîies , comme la racine de Raiffort, les fk
mences d’ Ortie, d’^Anet de Sureau , d’Arroches; le Giclameq ,
TAzarum, les fleurs de Genêt:, &: plus que' tout cela la Catapu-
^e , l’Ellebore, la noix vomique, le Tabac.
Mais comme les uns font trop lents pour fatisfaire Indica¬
tion du-Medecih en de certaines rencontres , ô: qu ils font en¬
core de mauvais goûts, & qu’au contraire les autr^ font trop
violehs j l’experience en a découvert d’inconnuS à la plus
-part des anciens , qui n’ont rien de defogréablb au goût » après
avoir é-té bien préparez , &- qjü font un effet d’autant pins feur,-
qu’ils déterminent rhumeur par bas , quand iis font aidés par
Quelques purgatifs tn’efl: afnfl qu’on a trouve le moy en de ren¬
dre le Vitriol vomitif par fonfel, r Antimoine par l’ouverture"
qu’on en a fait, & le Mercure par des mélanges 5e des prepaL
rations qui le rendent tantôt vomitif Ôe tantôt dejecfcif. Ces deux
derniers s’étant donc enfin étabiis , quoy qûavec bien de la’
peine 5 ce fera fur ceux- la que je m^areflerai pi u^ particulière¬
ment, parce qûàyant déjà parlé de FEllebore , fi je m’arrête
^Tiîi quelqüe peu fur le Tabac. , ce ne fera que pour marquer
qu il eft non feulement un vomitif tres-dangereux i mais enco¬
re que de quelque maniéré qu’on s’en ferve , il fait beaucoup
plus de méchans effets que de bons , & bien plus» 4e bruit que
de guerifonsV •
ÜAntimoine eft dbncyfclon quelques-uns, lejanfenifmc de
la Medecitte,tant l’ufage en femble nouveau , & tant il a fait
de bruit de nos jours*
Les Miniflres facrés ont fait la guerre- entre eu3t r
La Grâce était V objet de leurs combafs fameuXi
Les enfans (LEfculaf e ont fait‘ la meme chofe ^
Antimoine en ètoit le mafque non la; caufe,
ceux-lk le fainf F ere a commande la Paix ,
Et bani des lieux Saints ces importuns procez^y
Far vous > Grand Sénateur^ le parti mondelique
^ vu réduire à rien fa procedure inique ,
Et de ffavans Focieurs refiex^.viBorieux ,
JHi écrits diffamms éf det traits envieux y
^Cep M-îe Premier
Prefident de ha
gnon.
13,
R $. 4- c • 9.
merem._ 4.
Ixxx EJJàis de Medecme.
Oii s’efl: même imaginé il y a long-temps , qu’il avoit pris
fon nom du mauvais tour qu’il avoit fait à quelques Moynçs
aufquels on l’avoit fait prendre en remede j mais .cette allufion
ne répond ni ay «"W des Grecs , ni à X Antimonium des La¬
pins , &; n’eft qu’un jeu de noftre langue, qui ne conelud rien.
Ce qu’il y a d’afluré eft que les Dames Juives en faifoient des
fards dés le temps du Prophète Ezechiel.Q^ant à fa nature c’en:
un folTile, ou minerai noir, ^ rayé de lignes argentées fort fria-
.hle? 6c qui participe de la nature du métail en ce qu’il fe fond,
de cellede,la''pierre en ce qu’il fe broiç, étant compofé d’un
foulFre à peu prés femblable au fouffre commun , & d’une fub^
ftance métallique , 6c au refie froid U fee. Quant à fes qualités
manifeftes , nous n’avons pas d’affiirance qu’on ait, découvert
fa qu-alité vomitive , ni qu’on ait commencé à l’ouvrir avant le
douzième fiecle , ou la Chimie revint en vigueur^ Q^oy qu’jl
en foit ,le Moyne Bafile Valentin fut celuy qui en paiî le pre?
fùier les préparations en l’ufage fous le nom de Panacé^jen-
ftiite dçquoy Paracelfe fe fit , pour ainfi dire , Patron &. Protecr
teur de ce grand rcmedç , 6c neanmoins quelques Médecins
dogmatiques nç laifferent pas de le traiter de venin > les ups
par prévention, les autres par envie ,ou par ignorance» ôc çek
a duré .jufques à noftre temps^ Mais ce qui m’a furpris eftde
voir que malgré les effets miraculeu_x de ce remede , il fe fois
trouvé des Médecins opiniâtres au point de le déerier fans au¬
cune diftinâion, ni modification 3 & que quelques unjs Payent
voulu bapnir des Pfearmaeppées , 6c des Pifpenraires. Carqupy
qu*on en puifle dire, tout eft fi myfterieux dans ce foffile, que
. ia femelle en eft preferée au male foit dans la Médecine toit
dans la metaUique j où il eft d’un grand ufage. Il faut donc fça-
voir, quand à la Medecine,que fi on l’employe cru & fanspré-^
paration , il n’a autre vertu que de relTerrer 6c fortifier 3 mais
que quand il eft ouvert par le feu , le falpétre ^ quelques au¬
tres ingrediens , il ef): vomitif, purgatif, du diaphoritique 3 ce
qui l’a fait nommer la Cohmne de U Medecine quelques
Chimiftes. A-infi ce qu’on appelle foye d’ Antimoine , parce que
eette prépaparadon reffemble au fort! r du creufet à du foye
cuir , d* Crocus metallorum , parce qu’il eft jaupe quand il eft
broyé, eft l'a matière dont on fait le vin Emetique^ quand on
fa bien broyé 6c làyé, le faifant infufer dans du vin blanc ,
parc^ (pe le eft Ton correctif, 6c qu’il fe change de fa vercu
vomitive
Trotjîme Vartk, Chapitre VU I. Ixxxj
vomitive & purgative , à proportion de ce qu’il a de force d’ef-
prit & de fubtilité. Voila donc comment ce vin n’eft dange¬
reux qu’entre les mains des ignorans ôc des termcraircs, qui
louvcnt le préparent malj & le donnent encore aulîîmal à pro¬
pos. Surquoy il eft bon de marquer ici que le Neptune mit en
ufage pendant Içs dernieres années de fa vie , une maniéré de
Crocus metdlorumy donc il fe difoit l’inventeur , ôc dont il fai-
foit une Panacée. Il en donnoit depuis quinze grains jufques
à cinquante en fubftpice , fort innoceînment à ce qu’il difoit,
mais outre qu’il n y avoit pas grand myftere à cette préparation
ôc à cette preicndùë invention , elle ne lailToit pas, malgré fes
affirmations , de faire fouvent plus qu’on n’en demandoit, tant
Il eft dangereux dans la Médecine de vouloir mefurer tout le .
monde à même mefure. Et cependant le bon-homme foute-
noit toujours & fort Antimoine ainjipreparéy
éioit ^ujji naturel à l homme que le meilleur pain de froment y qidilre-
nouvélloit le corps 3 reverdijfoit la jeunejfe, qu il feparoit la roüile ^ .
fmpmetè de fl humeur radicalle : quel galimathias \ m\ondifioit la
peau , dépurait le fang , que rien ne p&uvoit en payer la valleur.
Quant aux fleurs , au verre 8c au beurre d’Antimoine, dit pbur Hofmam-;
dre d’Algarot , ce font des remedes aiiffi dangereux entre les.
mains des ignorans, que le font les épées ôc. les armes à feu çhmmr,
en celles des fous 8c des enfans. Il en eft de même du Bezoard
minerai qu’on fait avec le beurre d- Antimoine êcl’efprit de ni,
trc. Il eft vray que cette préparation qu’on appelle diaphoriti-
que eft bien moins dangereufe que tout cela, mais outre qu el¬
le a bien perdu de fon ancienne réputation , il eft certain que
fi ce remede n’eft bien préparé , il ne laiiTc pas de faire des nau-
fées ôc d’autres incommoditez , devenant mfme vomitif quand
il a été long-temps gardé. Concluons donc de toiu ceçi que
comme il ne faut pas trop s’çftrayer au nom d’ Antimoine 8ç
d’Emetique, il ne faut aufîi s’y conner que quand il eft conduit
par un Médecin fage ôc habilles ôcque tons ces fîrops de Ion?
gue vie, ôc autres grands noms font dçs machines dont iheft
le grand reflbrt , ôc dont l’impctuofîté ne s’arrêtera pas com¬
me on voudra , quand elles feront une fois en mouvement. Ec
c’eft en ce fens qu’il faut prendre ces vers d’un fçavanthom-
me,qui pour fe mocquer du Livre intitulé l’Antimoine Triom¬
phant , ne le fait triompher qu’à la maniéré des Capitanes
llomains.
Ixxxl) Meiecmf*
FRANCISCI O GERin
IN LIBRUM GUI TITULUS STIBIUM TRIUMPHANS. '
E P I G R A M M A.
^mCylicet-i aurato fcandat capitalia curYU ^
ITunc albis jlibium jure triumphet equis.
Plaudite fumof ciniflones , plaudite Agirtæy .
Inter qui cédât , crédité ^nullus erit.
ViBoris tantimeritis obfiare Triumphis,
Tût cæfis hominum millib.invidiaefi.
Ge qui obligea un autre fçayant à luy répondre en cette
maniéré. ^ ^
V'ïBorisfiîbiimerîtotdaimareTriumphoSy
. Tôt Domitü morbps quü nezet-,invidiaefi.
poemat Æ/id, Ms- IPofl tot jervatos y jervato PtiMipe civcs y
ViBorem certe querva corona decet.
Le Tabac n’eft pas feulement vomitif j mais encore purga¬
tif, ôc quelquefois un poifon félon la dole, & félon qu"il cft
préparé. Cependant on s’en fert en pourdre , en' fumée , en
machicatoire , fou vent fans (Ravoir pourquoy , ni â quelle fin.
Pourroit -on donc en parler avec liberté , puifqu’il eft même
du bel air, de tous les âges & de tous les fexes i jufques-là que
les beaux efprits font fur le qui vive pour des feuilles,' qui ne
fcfoient que le joüct des vents, fi la prévention ôc rentêcement
n’en avoient rempli tant de feuilles vuides i Car s’il s’eft trou-'
vé quelques Auteurs qui ont monté fur le Parnaffè pour le
foLidroier, il s’en eft trouvé d’autres qui n’y font montés que
pour l’élcv-r de la Terre jufques aux nuës ,pour ne 'point
parler de ceux qui lo.ücrcnr,dit-on, leurs plumes aiix intereffés
quand il fut mis en parti , & [qui tâchèrent de le rendre pré¬
cieux à force de le prôner & de luy donner toutes fortes de
bonnes qualités. Car quoy qu’il en {bit, que de vers en toutes
les langues , mais que d’cxpreflîons outrées dans la Latine
dans la Françoife pour de la fumée. Aufîî n*aurions-nous ja¬
mais fait fi nous ne nous contentions de deux de ces pièces
qu’on a faites pour & contre. Jean Barclay pour les Latins
m en fait pas moins dans fonEuphormion , qu’une eicuë mortel-
Troijtmi Partie, Chaç. V I II ; Ixxxiij
le , qu’une vapeur infernalle & qu’un Aconit fortî dé 1 ecume
ü-un Cerbere , plus propre à punir les parricides qu’à entrer
dans i’ufage de la Medecine.
planta nmnSi b lethifero flantahorridaffimo'i
bena diverfis natura removerat cris ^
planta nocens trifii veBare carinà ,
Infiitüit demens^nofiiipiue ofiendete termt
^cilicet infelix râpent mm pecula mavors ,
Deformifque famés ^morbi^cadenfque feneButi
f roh dolori a léger ant aconit a noverca.
Heu etiam in mfir as deerant hæcfdta ruinas t
^jdsfordesfacinufquetuumyàirofquèvaporeSi
JBxplicet ^e^fœde furgentia nuhila fumo ^
Talis âvernali çorrumpit fpiritm. auras y - .
■fdijfus in aftra lacm , morituraque gemîna folvit^
Vicinumque pecus volucrufnque intercipit alas.
Talis ^ inferni fubter mala limina mundi ^
Zdrget odofmanesy cumlampada trifis erinniSf
Solvit extinBa fumant pojî pralia tad^^
Planta nocens 4 lethifero planta horriàafumo y
Bi te lethifero caçüs jaBaffet ab ore^
^Icidem viciffee odor ^ te pecula prifea ^
Si noffent poterant vacuis prafene ckutis y
Bt de cerbtrea natam te dicerefpuma,
Tum P quis patriam violajfet cade feneBam ,
Huic mites nimium flammas y hfiica lenta putajfenty
fluminai fumiferi pptaffet nubila peti,
Un de nos François an contraire eft fi éloigné de là penfée
de cet Etranger ^ qu il met le Tabap fur la table des Dieux d®
k fable / tant il eft vray que '
Çuique T>ms fit dira libido,
^Mand je boy ce Tabac falutaire aux humains^
fi^ay comme Jupiter VVnivers dans les mains ^
Çar je tiens dans la pipe é' l^ feu la T erre y
Je pis environne de nuages fumeux\
S*il fait pleurer le Ciel , je fais fleurer mes yeux ^
f m nttmp corpmeluy je darfie U jonnirrç.
IxXxlv mjah de Médecine,
Ceüe qui rajeunit le pere déjà fin ,
Zefaifant retourner en fa verte faifin,
Encore que fin corps fut fec comme une fouche^
Zui donna fiuüement ce remede invaincu^
Zt luy faifitt firtir fis vieux ans par le C.,..
Au prix que le Tabac entroit dedans fa bouche >
En prenant du Tabac je prens un grand plaifir^
Les mauvaifes humeurs defcendent à loifir ^
^e ne mourai jamais fi j en puis toujours prendre ,
Faites grands Dieux! pour plaire[au de fin qui me fuit^
Qu en cendre de Tabac HZJnivers foit réduit ^
Tuifqùilfaut quelqtls jour qti il fait réduit en cendre.
Bacchm qui tient la clef des portes de mes fins,
JiZ a toujours défendu , de n ufir dl autre Encens
du divin Tabac fur l' Autel de fa gloire t
Même il fut arreflé dans le Çonfeil des tiieusc,
Qfion fefoit la Balance un desfignes d.es deux: \
Tour pefir le Tabac que les Dieux veulent boire. .
Je mets tant de fumée au Tuyau de mon ne^,
£lye les rais du Soleil fur leurs pas retournés ,
Se vont cacher de honte au centre d'une nue,
A la fin le Soleil m ayant b ai fé les. mains ,
^e lui rends fa lumière en faveur des humains 5
Mais pour éclaircir Pair il faut que f éternué,
UEfpagnol eufi vaincu ces braves HoUaudoîs ^
Sils n'euffent rapporté des Rivages Indois,
De ce divin Tabac la liquetir enfumée ,
Et je veux fiutenir é* de bec é* de dents ,
ce riëjé quune pipe ^ du Tabac dedans ,
Za T rompette que tient en main la Renommée,
Ce voleur donile foye à jamais renaijfant,
TT ourrit à Table d'hofe un voleur ravijfant ,
Pouvait faire aifément un crime fans offenfe:
Car fi pour aüumer du Tabac feulement ,
Il eujl fait le Urcin du celefie Elément ,
Ah lieu de çhafijment il eufi^ eu recompenfi.
Tmfime Partie. Chap. V 1 1 î. Ixxxv
Mais de bonne- foy , avant que d’en venir à la conclufion , qni
ne voit que le Tabac eft ennemi de toutes les parties nervcufes
bc membraneufes , &: qu’une tres-petite portion de fa fubftance ,
même la fimplc fumée , caufe des accidens à ceux qui l’ava¬
lent pires que ceux des plus violens purgatifs , & que ceux’ de la
plus vilaine crapule ? Car fi l’habitude ôc la force individuelle
de la complexion , empêche en quelques fujets ce mauvais effet,
c’eft à cette habitude & à cette force qu’on en eft redevable , êc
c’efi; de cette maniéré que les Marfes & les Pfîlles , & cette
fille dont parle Pline , ne craignoient plus rien du poifon : Car
voudroic-on nier après tant d’ expérience , qu’il ne mette la plu¬
part des hommes & des femmes en un état pitoyable, particu¬
lièrement quand ils n’y font pas accoutumez, & que deux goû¬
tes d’huile , de Tabac £ur la langue d’un animal ne càufe des
. convulfions mortelles ? Qui ne fçait encore que du fuc de y j
Tabac mis fur une playe , fait un vomiffement cruel & dange- deVsçavan's «le l’an
reuXî & que la feule picqueure d’une éguille trempée dans de ^^^3- Mars,
certains extraits de cette Plante, caufe la mort en fort peu de Mifceiianea Medî-
temps I ' _ , -
Que la pareffe ,Poifiveté , i’inquietude & le mauvais goût plai-
dent donc tant qu’ils voudront fur mer ôc fur terre pour le Ta¬
bac, ôc que les Dames Françoifes qui en avoient autresfois t^nt
d’horreur , luy accordent fi elles veulent l’entrée de leurs cabi¬
nets, il s’en faudra toujours beaucoup que le nombre de fes
Partifans approche de celuy de tant de perfonnes de bon goût
qui l’ont en horreur: car toutes chofes bien confiderces , la
plupart même de ceux qui s’en fervent , voudroient s’en être
Aé^zitS iC'ontubernMis mea mihifajîiâmm f/icit y & ne le regardent ^etro’a. in satync:
que comme un remede propre à quelques conftitutions Phleg- j r. An
matiques h^bemfis frtenm reos. Âiiffi n’eft-ce qu’en cette qualité Mifica^ncs.
& en cette maniéré , que quelques Princes &: autres grands Per-
fonnages en admettent l’ufage 6cluy accordent l’entrée de leurs
Palais. Mais quand on feroit obligé de prendre pour juges
dans cetté eaufe tout ce qu’il y a de grand dans le monde , qui
ne fçait que non feulement Jacques I. Roy d’ Angleterre 5 mais
encore un Roy de France qui eft fort au deffus de tous ceux de
fon fiecle , 8c qui a tant de difeer nement & de bon goût, n’y a rien
apperçû de bon n’y d’honnête, puifqii’il ne luy a pas donné fon
approbation , ôc qu’ainfi ce qu’on nomme l’herbe à la Reine , ne
fera Jamais celle d’un Roy , qui loin de donner dans la vapeur
Ixxrvj Mededne.
& dans la fumée , ne fuie que les lumières de la faifon , dun Roi
dont laconduite ne varie jamais, non-plus que TAftrequi fait fa
Devife , & dont il cil plus à propos d’admirer la courfe que de
vouloir ajouter quelque choie à là fplcndeur , par des Eloges fu-
perdus , tant il eft vray dans le langage même des ennemis de ce
Prince, qu’on ne peut rien ajoûter à l’or & au brillant du SolciL
mas ne fe fuede dorar el Sol ne flatear la Luna.
Et iqu’enfin il eft
Da fe Jlejfo Frèggie af at chiaro.
Puis donc , pour conclufion de tout ce difeours , & pour juge?
fainement & lans paflîon du tabac , que comme ce n’eft tout au
plus qu’un remede de précaution pour quelques indifpofitions
ôc temperammens , il ne faut pas s’en entêter, ni croire qu’il foit
fait pour tant de perfonnes qui en prennent en tant de manié¬
rés. Qÿc s’il eft utile à une nation, il n’en eft pas de même d’une
^ autre. Que comme il eft des temperammçris tout particuliers,
il pourroit être très -contraire à quelques perfonnes , même en
poudre & en fumée, pour ne point parkr de celuy qu’on mâchej
«rSirupüs acBîeii- Que la Medecinc n’en adméc l’ufage quf dans certain drop ^
^ochoide. prdpfe aux Afthmatiques, avec fept ou huit fois autant d’autres
Îîrops peâroraux , qu’on fe contente de lécher au bout d’un mor-
çem de Regueliffe, & quc les remçdes n’étant faits que pour
les malades , on doit fe pafler partieulierément de celui-là. A
quoy il eft bon d’ajoûter que quant à ceux même aufqucls il
pourroit être utile , il y a tant d’autres fternutamircs , 5c apo-
phlegmatifmes plus feu rs 5c plus innocens, 6c enfin qu’on ne dé-
yroit s’en fervir que dans le particulier & dans la retraite par
bien-feance 5c honnêteté. En eftet j peut-on appeler le bel air
d’avoir continuellement une boëte de Tabaç en main , ôc de fe
farcir le nez dkne poudre qui pffenfç peut-être la veuë ôc l’or
dorât de toute Ja compagnie ’ Y art-il quelque chofe d’hpn?
nête à s’enfumer d’une vapeur puante 5c ’à fe fàlir le y ifage , pou
feulement à la table , où il ne fe peut qu'pp ne dégoûte quelr
qu’un , mais encore jLifques au pied des Autels où on eh abufe ?
Eft- ce ainli qu’on met en ufage les feepurs de la Médecine ?
quelque bcfpin même qu on en puifte avoir? Michel de Mon-
n ^ î^agüife ne peut fouffrir qù’on reçoive avec tant de ceremonie ô£
dans des linges fi blancs ôc fi propres l’excrément qui fort na¬
turellement du cerveau , 6c on ne fera pas de difficulté de l’exr
citer à fortir par dçs efforts de mauy aife graçe , de s’y mirer g
Troifiéme P mie, Chap. VIII. îxxxvij
de l’expofcr aux yeux ôcau nez de. ceux qui n’ont affaire, ni
de nos remedes, ni de nos goûts dépravez , Erntinliame nfirihus
fœànm mucofam(^Hî ptuitamrefanfam linteolo intenti, in enque 've-
lut in fpeculo fe intueri : Car enfin tout bien confideré , voicy
comme des Allemans mêmes en parlent dans leurs Ephemeri-
des. Si j'avoü du pouvoir dms la Médecine^ pn banirois pour ja¬
mais l'ufage du Tabac , pour les mauvais effets que j^en ay vem , n é-
toit quil a eu le bon-heur de plaire aux illujlres Bartholin ^ Dia-^
merbrochy mais ajoutent-ils avec le dode Simon Paulli,
Cuique ergo piaceat fumm odorque fuus.
Oe qui n’eft pas en faire grand cas , ni même de ceux qui s’en
fervent.
On tire tant d’autres vomitifs , d’autres purgatifs Scaperitifs,
de deflicatifs , de diaphoretiques , Sc d’autres fecours pour la
Médecine ôc la Chirurgie , des Terres , des fels , des fucs , des
bitumes , des pierres précieufes , & non prccieurcs ; bref , des
minéraux , des végétaux êc des animaux , qu’il faudroic compo-
fer un Livre exprès , fi on les vouloit partie ulari fer. Je me
eontenteray donc d’ajouter à ce que j’ay dit des purgatifs êc
des vomitifs , quelques remarques touehant un remede , à pre-
fent fort en ufage , qui purge par haut & par bas ÿ qui fond , qui
réfoud , qui atténué , félon qu’il eft préparé , ôcqui efi: fi fiifce-
ptible de differentes formes, qu’on le nomme le Procée de la
'Médecine & de la nature. C’eft
Le Mercure , ainfi appelé , parce qu’il eft plus fubtil ^ plus
volatil & plus infinuant, tout pefant qu’il eft , que la Divinité
fâbulcufe de ce nom. JTydrargiro furaciory dit-on, pour marquer
que comme Mercure ctoit chez les Payens le Proteéfeùr des
larrons , & l’inventeur des fubtilitez 5 de même ce que nous
appelons Mercure dans la Médecine , s’empare promptement
de tout ce qui peut-être fondu & liquéfié dans nos corps. Ou
fi l’on veut de même que les larrons font toujours au guet pour
attraper for 5 ainfi le Mercure s’accommode bien plus particu¬
lièrement de ce métal que de tous les autres. Les feules cein¬
tures des Apôtres reftufeitoient les morts de leur attouchement 5
mais il ne faut qu’urt ceinturon de nôtre Mercure pour faire
fondre des hommes, comme le beurre au feu ,qüoi-qu’il foit très-
froidjSc voila pourquoi les Ephemerides d’Allemagne font fi rem¬
plies des mauvaifes nouvelles de ce Mercure. Avec tout cela , les
Hermétiques n’ont pas laiffé de l’appeler la femence des Mé-
Obyrvdt. îo?|
anno léSj.
V OhfervMt. ij.
<»»/ 1 . Ephemerid.
C^rmann. nnn.
Ipji. i» Schelio.
taurentiui Hef-
■fnmnm Hàlofaxe
de veto ufu ^ fe^
ro ahufu , Medi^l
V^mt> Çh miter ^ '
mv.fofeph.m.%.
cap. i.fhn.junier,
Ixxxviij Ejjdis de Medecîne,
taux j mais de fçavdir s’il eil: en effet la baze du grand œuvre
hic lahor. Il y en a de naturel & d’artificiel , l’un fe trouve dans
les mines , & l’autre fe fait du Cinabre, 11 eft l’Androtrime
chaud & froid rayant des parties crafks & d’autres tenues & fub-
tilcs. C’eft encore le fymbole de i’inquietude & de la fuperbe,
parce qu’il efl toujours dans le mouvement, & que pour peu
qu’il foit aide & excité ,il monte toujours. Il ouvre, atténué ,
fond, refont , pénétré & attire de la circonférence au centre , les
humeurs j mais ii n’çn eft pas moins ennemi des nerfs & des
membranes ,s’il n’eft bien bridé & bien corrige, Ainfi il va
quelquesfois trop loin, quoi-qu employé en petite quantité,
devenant corroftf comme ii paroît par les ukerés de la bouche,
& même par ceux qu il fait dans les inteftins faute de fe fubli-
mer. Au contraire , il demeure quelquefois trop court , pour
n’avoir pas été donné affez largement j mais de quelque façon
quon l’employc, ^ quelque cour quon luy donne , c’eft tou-?
jours luy-même , Trallien ayant remarqué qu’un homme qui
n’en avoiç été frotte qu’aux bras, en vomit quelque temps après
de tout çrud. G’eft ainfî que quand on le croit tout-à-fait éteint,
& cnfeyeli dans un Uniment , ç’eft alors que fi on rapproche, du
cforps , il fe réveille fi fubitement à l’aide de la chaleur natui
relie, qu’il s’empare de toutes les dimenfions paf des courfçsfi
précipi|ées , que l'efprit humain eft tenté de ctoirp la pénétra?
tiondes dimenfions, malgré toute la Phüofophie. Ôn dit à pro¬
pos de fes préparations êc de fes ufages , que Demperite ayant
eu de grandes conférences avec les Égyptiens , qui avoienc
tiré du tombeau de Dardanus Egyptien, des Livres ou étoieni
les fecrcts de la Chimie, il comprit que cequkiiylit touchant
le ramage des oi féaux, ne marquoit autre chofé que les mifte-
rcs de la Spagirie 5 &que VAiglé dans la Table Smaragdine fig-
fie le Merpure , que nous appelons V Aigle blanche , quand il eft
dulcifîçjeommc il eft appelé le Corbeap d' Hemes a certains égards.
Et c’eft pour cela que ceux qui en ont parlé à la maniéré de|
Égyptiens nous en ont donné ce portrait Enigmatique,
Ÿ habite dans les monts ^ parmi l^ plamrçy
J?ere devant epte filsÿ fay ma mere engendré )
^t ma mere fans fere en [es flancs m'a porté y
Sms avoir nul befotn ddat^cune nourriture j
Hermaphroidite fuis d- une é" dl^Utre nature y
Pu plus fort Iç vainqueur y du ■moindre furmontê ^
IxxxM
Troifime Partie, Chap. VI 1 1.
; Et ne fe trouve rien dejfous le Ciel voûtée
Défi bon y de fi beau & parfaite figure,
ii moy J de moy , fians moy , naifi un errant oifeaU i
^ui de fies os j non os fe bâtit un tombeau ,
Ou ailes volant y mourant fe revifiê y
Et de nature fart en enfuivant la loj ,
Jl fe métamor^hofe a la fin en un Roy '
Six autres furrnontant êf admirable armature.
Ainfi pour en parler plus incelligiblement & finccrcment , il
n’y a rien de fi utile , ny de fi redoutable tout enfcmble dans là-
pratique de la Medecine, fes effets ne dépendans pas feulement
des préparations bonnes ou inauvaifes qu’on en fait ,* mais en¬
core de la nature individuelle de ceux aufquels on le donne ,
témoins tant d’obfervations , 6c particulierernent celle qu*on a
faite de ce Médecin j qui layant pris de la main d’un aiitre Me- r. uifeeUn. Mé¬
decin fous le nom de poudre uni verfelle , l’ayant donné à, un' ^îeo-phj^fic. abfer-
malade pour lequel ce ; Cathoiieon n’étoit pas fait , en vit de so anm i. ^
• I A • ^ ^ 1 f t 'i y r* 40.
terribles errets , qu il ne le crut pas moins qu endiablé & firti de s. tsjt. & obfer-
V enfer. Mais pour ne nous point arrêter à toutes les qualitez '^'*^-
c^e Pline êc Galien luy donnent , qui ne fçait qu’outre les dé-
fjrdres qu’il peut faire étant mal donné ôc mal préparé , il ne'
laîfTe pas d’autre -parc de faire des miracles dans des maladies
qtti paroifTent défefperées î & que même il fe trouve quelques-
foîs fi innocent , employé tout crud & fans préparation , que des
femmes de Smirne en avalloicnt avec des ceremonies fuperfti-
tieufes pour devenir graffes j ce qui leur réüfTiflbiC admirable¬
ment , quoi-que fans raifon apparente. C’eft ainfi qu’encore
qu’il porte du centre à la circonférence , par cette vivacité qui
le fait appeler argent-vif j il n’eft pas fi-tôc dulcifié & comme
fixé par une operation tres-facile » qu’il efi: un remede doux ,
pacifique & effedif aux opilations , aux tumeurs fehirreufes ,
aux cachexies &; aux pâles couleurs les plus inveterées des fem¬
mes 6c des filles , aufquelles un Jupiter radouci en pîuye d’or ,
ne pourroit être plus utile qu’un Mercure ainfi dulcifié . Iln’efi:
pas jufqucs à celuy qu’on appelle précipité., qui n’ait fes üfages
dans les maladies fécrettes, pourveu qu’il foit bien ménagé, ni
jufques à la poudre Emetique , dite Turbich minerai où il en¬
tre, qui ne fe fafle appeler Mercure devieyfouvent avec autant
dé raifon , que ce Mercure qui rappelle chez nos Poètes les
morts à la vie , atque eas revocat orco. Et quant au. Mercure
m ,
xc Medecme,
rouge ou rubéfié > pourquoy ne rappellerions-nous pas k pôuÿ»
pre des Chirurgiens) puifquUl eft un des plus beaux ornemenr
de la Chiruïgie.
A R T I C L E S E C O N B:
Des remedes aheratifk
LEs remèdes alteratifs' font ceux qui n’agifiTent que pair
leurs qualitez manifeftes , premières , fécondés & tierces
ôc non pas par leurs foiïnes fpecifiques , comme font les purga-
tifs & les cordiaux. 11 y a-des Alteratifs qui fe changent en nô-’
tre' fubftance, tels que font les alimens fimples & les alimens?.
médicamenteux. D*autres qui nous communiquent leurs quali-»'
rez fans s’y changer. Ceux-cy font Hmples' ou compbfez 5 mais^
comme on ne les peut partieularifer fans employer trop de
temps , je m’arrête fimplement à ceux qui font de la clafie des '
rafraichiirins, parce qu’ils font plus feurs ôc qu’ils viennent pto
fouventî dans i’ufage que les chauds , la plupart des maladies^
étant cauCces par d^s humeurs & des intemperierchâùdesv
Les plus fimples donc font premièrement l’eau bien condi¬
tionnée, & telle que nous t’avons marquée ci-devant : car elle"
corrige puiflamment les intempéries chaudes & feiehes , em-'-
pibyée dans les bains, dans les la vemens,& dans tomes fortes
de ptifancs , d^émulfionf & de hochets , retardant' l’aélion de la--
chaleur étrangère fur les parties folides |c fur l’humide radicaL
En fécond lieu , le lait clair , à\t [smm leêciis. Il cft vray que quel¬
ques Praticiens le mettent au rang des purgatifs-, à caufe de
certaine fubftance nkreufe qu’ils y remarquent, êc- avec laquelle'
iï déterge & entraîne, comme une petite lcxive, toiit ce qu’if
trouve en paflànt- mais ce qu’il y ad’afturéy eft qu’it n’agit que'
félon' la nature du lait dont il elt tiré : car quoi-qu’il arrive or¬
dinairement que la qualité rafraichiftante & humedantc pré-^
vale fur la déterfive , celle cy l’emporte aufti . quelquesfois fur
les autres. Quoi qu’il en fbit , c’eft félon Hipocratc le remede
des méiancholiques, s’il eft bien conditionné , comme nous l’a¬
vons remarqué ci-devant , celuy qu’on tire du lait promenb
dans les rues deParis^^n’étânt gueres propre pour la Médecine. li
faut donc que racimal^iui en fournit la matière fort jeune, fain^
Troifieme Pdrtie, Chap. V ÎI ï. xcj
tien noüm. 6c que le malade le prenne, fmon ticdc,âu moins
dégourdi ôc corrigé avec le fucrc rofat , de crainte qu'il ne
blelTe les membranes de l’eftomach par la trop grande froideur.
Les eaux diftilées des Plantes rafraicHilTantes , font encore dû
rang des alteratifs froids , mais comme elles fentent toutes le
feu , elles ne font prefques plus en ufagè, à la refer ve des cordia¬
les , ôc particulièrement de Peau de rofes. Les alteratifs compo-
fez, outre, ceux que nou^ avons marqué ci-deflus, font les pou¬
dres appelées efpeces dans les difpcnfaires , les bechiques , &
quelques antres dont l’ufage efl: prefque aboli par Pimpatienec
des malades , 6c par l avarice des Artiftes j tout cela d’autre parc
n’opérant qu’avec le tpmpsôCfUn long ufage.
Mais parce que nous avons promis ci-devant de dire quelque
^cliofe du cidre. 6c de la bierre, je croy que nous ne les pouvons
mieux ranger que dans la elafle des alteratifs, quoi- que l’un _6c
l’autre ait quelque chofe d’alimenteux. Le cidre n’eft autre
,çhofe que le fuc des pommes gardées quelque temps, puis con-
tufes ôc broyées , apres .quoy on les faifle fermenter , 6c dépurer
,comme le vin.L’ufage, ditr-on, en vient d’Affrique, d’ouila paffé
en Bilcaye 6c de-Ià en Normandie. Aufîî Tertulliçn 6c Saint
Àugufl:in,dcùx iiluflres AfFriquains , en font mention f le prc-
,mier l’Appellant fucmm£x femü venofi^imum , 6c l’autre répon¬
dant aux Manichéens qui luy reprochéient que les CatKoliques
étoient des voluptueux qifi beuvoiertt du fvin , que les Mani-
eheens beuvoiemt du fuc de pomme? plus délicieux que tout
les vins. Le meilleur cidre vient de la baffe Normandie , ôc fe
conferve bien mieux en bouteilles que dans des muids : car ce-
luy de la liaute Normandie n’a garde d’être ;fi bon, , non-plus
que le Poiré , qui eft certain fuc de poires fort mal-fain , 6c peu
agréable en comparaifon de celuy des pommes , mais pour tout
cela le cidre ne laiffe pas d’enyvrei^ comme le vin, ôc d’une
maniéré bien plus incommode , puis qu’étans bien moins chaud ,
les vapeurs ne s’#n diffîpem pas fi facilement.. Le meilleur fe
fait dans le Cotentin avec certaines pommes appcllées d’é-
carlatre , 6c fe garde fort bien dpux ou trois ans. Scs forces
6c fes vertus different , félon les païs , les pommes dont il eft
exprimé , la conftitution de l’année , 8c les temperammens de
ceux qui en ufent. Le ffir efl: eflimé le plus excellent & le plus
propre aux fains ôc aux malades : car l’aigre efl: mal-fain Sc fe
referve pour les vâllets 6c pour les faufles j mais il faut fçavoir
xcij Efjan de Meâecine.
qu’il en eft de cette liqueur comme de quelques autres qué
Tufage ordinaire & la coutume rendent faines à de certaines
perfônnes j c’eft pourquoy l’Auteur du Peroriiana cite Monfieur
de Tiron, diiant que fi on luy ôtoit Pufage du cidre il mou-
roic , & c’eft ainfi que fi on vouloir réduire à ce breuvage bien
des gens, qui font accoutumez au vin , ils s’en trouveroient fort
mal. Quoi -qu’il en foit , il y a des Auteurs qui ont confirmé la
penfée des Normans, qui affurent qu’il eft ami de l’humide ra¬
dical , qu’il humede & rafraîchît, & qu’il eft excellent à toutes
Y paimar, devina les affedioiis mélancholiques , & même aux palpitations de cœur,
àpomaceo. ^ l’ufage en a fait des cures admirables , en des maladies
chroniques oii tous les remedes n*avoient fervi de rien , & qu’il
eft même fort propre aux enfans , parce qu’on le corrige avec
l’eau qu’il porte fort facilement.
Quant à la Bierre , il s’en faut beaucoup qu*on en difetant
de bien que du Cidre , ni qu’elle foit d’un goût fi agréable. Cc-^
pendant elle n’a pas laifté d’avoir fes approbateurs: car quant à
fon ufage , il eft fort ancien , puis qu Athénée parle au Livre i J
des Dypnofophiftes d’un vin fait avec l’orge. Mais à parler ge-.
neralement , c’eft un breuvage fort contraire aux fains , mais
plus particulièrement aux malades, parce qu’il n’y a rien de fi
flatueux ni de fi efud, & par confequent de fi difficile diftribur
tion ,' ni qui faffie tant d’obftrudions. On a beau dire que la
fermentation ôc le houblon corrigent tout , il eft toujours luy-^
même , à moins que d’y être accoutumé : car quand on en a été,
pour ainfi dire , pétri & nourri , il pafTe en natüré comme plu^
fieiirs autres alimens , & rend meme les gens gras , frais & fobres,
au manger , tant il emplit 5 mais tout cela ne s’entend que des
fains ,car je ne le crois nullement médicamenteux. Cependant
.comme chacun approuve les fruits de fon pais , Monfieur Gro¬
tius n’a pas laifie de répondre aux beaux vers que Monfieur
Guiet a faits contre la bierre. On jugera qui des deux a eu
plus de raifoii , Se qui a mieux réüffi par cet extrait donc j’ay
bien voulu faire part au LeCleur , quoi-qu’orf le trouve facile¬
ment dans les Lettres de Monfieur de Balzac , où on peut eii-
Leitre ^ Man- corc voft Ic juffement qu’Ericius Pateanus a fait de la bierre en
profe Latine.
Troijtême Chap. VUL
xciij
FR A N C I S CI GUIETI
in Cerevifiam.
Ritîcei latices , menfis boredibus apu
Munem , feà Celtis tetra venena mets.
vos facra tulit tellus , qud mmims ira
Æmula lethais pocula finxit a^uis ?
vos oâit amat mufas , bacchum^ue cyfrmqut
Et fuperos odit, fi qms amare potefi.
Vos vitiata Ceres , temeratis devovet ttndit
Nais é’ aojerfis Cinthius horret equis.
Ctii fapitis nil iUe fapit i dignufque fuillo
Jure fitt) ^ focios glan-dis habere fuos.
bfbet , irato tentabit Apolline carmen
Arcadkofqm dabit rufiicus ore fonos.
Bine Batavi-ifumis eerealibus ebria turba
Carmina tot mufis inficianda vemunt y ■
Etmiferiplacuerefibiigaudentqaeprofanas^
Erondihus Aternis implicui fie comas,
At Veus e Pindo -, crafia deliria gentis
Midet , é‘ bfos panas impietatis habett
Ducite damnatos , geni harbara ducite fitccos
PfeSiareus nobis proluet ora liqmr.
H y G ON I $ G R O T II
Pro Cerevifia.
‘Vmor dulcis aquA > fed igné coBèe
^uam fucco Çerès imbuit falubri,
corpus végétas nec impotente
Çommotam furias vomere mentem
^up potu fruitur Batava tellus
Neptuni domm horreumque mundi ■
Et quotquot populos maris ab alto
Cœli culmine. cmjpicaturArctos
Jpfa te fitiuntnovem forore s
Kec Permerfida proluuntitr unda
Ex qm Gracia barbaro fub hofie efi _ '
Nec Bacchi cyathos ammtpuella - '
m iij
tSrjyelle .âf l^Re.
fubl. de? llettr. de
Lfuniéi^.ayp. XI.
xciy ; ; Bffds de Medecmn,
Sed Rheni Vahalij^He temperatos
Almis pafiihns h^uriuni liquores .../ '
puïdi mentis iners ^ merumque ru f efi
Si quem Bufm non movent fecundi ^
£t quos D.opf^ cmit pu/enpe m'a jor
jCælo fydereo s rotm.tç curfpu ,
Mt qUd jpiçula B audio vibrante
Non unum fihi. de^ipant Lycamben ..
Ef :^ôS dafmi^eToj pikil Vttufiü
■Çedens vatibus Heinjii Thàlia. '
At me ( fentio ) larga cum fequatur
Fini copia fri^idique fontes
Peu mufa fugiunt. Ffnjte qqondam i
pile0i latiees : nec effe crudum
Piec confrar dtcetiebrium Poéiam.
" . /V
E§.,ycii PuTE^fii de Ccrevi^a. Md.
<^ue fî 1011 me demande ce cjae je f enfc de tous ces autres
,akeracifs , dont^des 'ptrangers ont intradumrulagc en France
depuis quelques annécsr, .& qu’on tâche de faire valoir à laide
des nouveaux princip,es “de Philofophijec> qui font à prefent àla
mode J je ne croirai pas me tromper , quand je dirai jque ce ne
font que ies fruiri cie nos- voyages & de nôtre inquiétude i ou
Il l’on véur , des fuites de l’ emetement qui règne â .prefenc fi
imperieufement dans Paris. Car qu’eft-ce jque le Thé, linon
un bochet-ou infufôn d’urie plante ^ qui a quelque vertu de-
liccatiye Ôt diaphoretique 5 OA tout au plus, comme a dit quel-
fjpunt uyfhpnéfe ajpuftment ? itne pïfwetè innocente ■, un petit- artijî-yy
ce pour empêcher que Us fernipèf né 's’mni^en4^ ,,^-q?c Aies nè^fajjeni.
pf? Aulfi ces leuiil^squi viennéiit de li'ioin,^nt-elies moin£
efiimées dans leurfaîs que celles de nôtre faitge. Pour le Cho¬
colat, qu’eft- ce, qu'’un méian-ge fearre d’ingrediens froids ôç
^hauds , de la feruaentation delquels on peut dire r .
Frigida pugnqhant -ctiUdû humentid ficcis^ . ^ .
Mais à la yericé donc il peut refLiltcr quelque vertu cordiale, puif-
que nous lifoqs dans l’obfervation 40. du Journal de Leipfic an?
née trolfiéme, que de 17.' perfonnes qui avoient pris d’une pou¬
dre erapoifqnnéc , mife au limi de fucre dansdu Choéolat dans
des cerilès cuites , les cinq qui a-vorenc pris du Chocolat^ foufr
frirent bien moins a ôc fareat^ bien plus facilement- fecourus
T toifiém e Partie. CHap. VÏIt. Cxr
(jue les dou2.e qui avôient mangé de ces ccrife?. Je tombe,
dis-je , d’accord qLiil y a quelque c-hofe de corroboratif dans
le CbocolaCr quoi que bien moins que dans nos efpeces. Car
X ce propos , que dira-t-on de cé mélange , quand on fçaurâ
qu’un Médecin de belle humeur ayant fait'prendre à des'fem.
mes le Diarrhodon Abbatis pour du Chceolat f cette liqueur
A'bbatiaic leuT plût telienrchc / qu’elles s’écrièrent toutes &
avec raifon qu elles n’avoient jamafs^ bû de tel Chocolat. Quant
à'I’OrfaTe ou Horgeat, ce n’ed qu’une émulfîon fane avec le'
lait , les pignons , les amande'sr, Tambré êc autres^chofes propres^
à dater le goût. H- eh elt de même du' Sorbet , qiri ueft rien
qu’un fuc cpailîi-, un firop candr , ouune conferve, qui a ©u
pair fà nouveauté l’approbation deS riches & des voluptueux^.
Ainfi les François" étant natureUemeut inconftahs-, je ne defef*
pere pas de les voir révenir de ees efatêtemeos , a ufquels d’au¬
tres peuvent encore fnteeder : car qui ne fçait qu’ils voudroient
tous les jours changer d’habi^, de maifon , de maîtrelTe , & mê¬
me de morale,' & qucc’eft ainfî qu’ils changent dé Médecin;^
de rcmedes, d’alimeus & de breuvages comme de linge ?
Q^nt à quelques rcmedes que Galien appelle AnMologim y
parce qu’on ne cômprehd pas éômtncnf & pourquoi ils agiflTent de
telle maniéré, je m’en rapporte à l’cxpcricncé , à laquelle il faut
deferer, lorfqu’ elle ed confirmée par des épreuves raKbnnéesÿ'
ôc quand' onr eft affûté qu’il n’y a pas de fuperftition. Éc c’eff
ce qui m"pbltge dé’ dirc eiKore ici quelque chohedu Quinki»*
na , du CalFé , des yeux d’Ecreviffe & de ICÎpium , quoi quhls
ne foienc pas tous Anaïtiologites , laiffanr à part les Amulectes,-
les Sympathiques tant d’autres fecours qui ont quelque cho---
fe dé particulier 6i de fpecifiqüe, mais qui demandent' de trop
longues diffcrtatiohs-. ,
Les Philologues n’avoient fait eonliftcr péndahi: on long-tems
la vertu des herbes , des arbri fléaux ô£ des arbres que dans
leurs racines-, leurs bois ,- leurs fleurs , leurs femences & leurs
fruits. Ils n’avoient prefquc tien dit de Pécorce , fi on en ex-’
eepte celle de l’arbre qui porte la’ canelle , celle du Coftus Cor-
ticofus , du Frefnc , du Liege êcd. mais voici une écorce qui K l N A K l N Mr
lait bien- plus de bruit toute feule , que toutes les parties de
tant d'autres plantes, de corfict lis ef. Ce n’éfi: qu’une écorce à
fa vérité , mais c’eft une écorce qui ne tire pas fimplement fou
prix du lieu d’où elle vient, ^rocul é' dtimü finibffs ymûs à&
Metettus Retinus
Sekafi. Badus. An.
îm. Kentgiu's. f. /«■
échus çhifietius.
Pais de Kent
Anglcsetrc-
xevj EJJais de Meiedne,
fès effets merveilleux, tdomphanc des fièvres, qui fe moquoient
des Médecins , & qui avoienc des fuites d’autant plus funeftes
que le peuple negligeoit la cure de ces fièvres , & ne les re-
gardoic que comme des maux rarement funeftes. En effet , ft
tant d’autres écorces ont eu l*avantage , avant l’invention de
l’Imprimerie , de faire revivre les morts dans la mémoire des
y i vans 3 à combien de mourans celle-cy n’a’t-clle pas rendu la.
vie, particulièrement depuis quelques années ?I1 eft vrai qu’il
y a déjà plus d’un fiecle quelle commença à fe produire à peu;
prés comme on a dit de la renommée :
Pdtrva metu prirm mox fej'e çxtoilit in auras. *
Car les Efpagnols furent les premiers après les Indiens qui en
curent quelque connoiffance , ôc qui la firent connoître fous le
nom àQ Palo de Calenduras ^ quoi que les Indiens né la connuffent^
que fous le nom àc Loxa^ Divers Auteurs en ont parlé depuis,
chacun félon fes lumières , fous le nom de ïOna china , ou de
^mnqmna,.o\x de Cortex. Pemtvianmi Les uns l’ont crue peu
feure & même infidèle dans fes effets 5 d’autres- dangerèufe;
d’autres au contraire divine , 6^ un denes preféns , dont le Pé¬
rou a bien voulu enrichir ceux qui étoient ruinez de farité ,
par de longues fièvres. Pour moi qui fais profeffionde fincerké ^
& qui n ai aucun intereft à prendre parti en cette rencontre j
fine eortice natus , je puis affurer avec tout ce qu’il y a dé Mé¬
decin sdefintereffez , que fi nous avons queiques fpecifiquesdânS
la Medecine: , celui-cy eft le pius fur , le plus innocent , & \q
plus admirable qu elle ait encore connu. Car s’il ne s’eft étâ-
bli qu’à peine, c’eft en partie la faute- du peuple qui ne vou-
loit point donner dans une nouveauté à cher prix, & en partie
l’ignorance ou la mauvaife foi de quelques Médecins enBémis
de l’abréviation. Quoi qu’il en foit, ce fpecifique a enfin paru
comme un grand fecret entre les mains de celui qui avoir eon-
^ nu par de frequentes expériences dans un air fiévreux , que
le fecret ne confiftoit qu’à en ufer plus fréquemment 6c plus
long-temps qu’on ne faifoit , SC qu’à trouver comme il fit arrH
vant en France , des fujets d’autant plus dociles , qu’ils ne le pre-
noient plus fous le nom de Quinquina , mais fous ce! uy d’un
fecret infaillible. Cependant il ne fçavoit pas , cet Anglois mai"
tre du fecr'et , comme l’expericnce l’a fait voir depuis aux Mé¬
decins, que ce remede ne fait pas toujours un bon effet, quand .
en n’a pas préparé le corps par les remedes generaux , & que-
Troifime Partie. Châp. VUI. scvij
faute de cela qu’il ne luy a pas toujours jréüfllll fic fçavoic
pas que tout bon qu’il eft pour la plupart des fièvres , jl n’ejQ:
pas fait pour tant de maladies aufquellcs il le prodiguoit , pour-
veu qu’il fût bien payé. Car s’il cft un yray fébrifuge^ particu¬
lièrement aux fièvres qui ont un foyer & des retours, il efttres-
eontraire à toutes les dirpofitjons infiammacoires des entrailles.,
aux maladies de poitrine, aux- fiéyres malignes^ aux opilations,
bi prefques toujours inutile où il y a flux de ventre , pour ne
point parler de quelques autres indifpofitions. Et à ce propos^
je veux bien encore avertir içy le public , que tout ce qu*on
vante au pats de la Cfiarlataneriè pour des fébrifuges affiirez ,
n^efl: d’ordinaire que du Quinquina déguife & mêlé avec d’au¬
tres écorces , des fels , ou de l’Opium. De plus i que les Mar¬
chands rubftituenî fouvent à cette écorce du Pérou , des écor¬
ces d’arbres fort communs en France ? d’oû il arrive quelques-
fois que les malades ôc les Médecins fe trouvent fort loin de
leur, compte i mais U eft afiez difiiciie dé.dire pourquoy & com¬
ment le peuple s’eft enfin figuré le Quinquina i fous l’idée d’un
remede Tiotenr. Ç’eftee qui faifoit craindre avec raifon aux
véritables Médecins , que ce grand remede n’eût enfin malgré
fon mérité, le fort de tant d’autres nouveautez , ayant qu’ileût
triomphé comme, à l’ombre des lauriers dei’inyincible Louis le
.Grand , de la fièvre qui a voit ofé attaquer ce Trioraphateur ;
car il eft eerrain que quand il fit cette importante guerifon , il
a voit déjà perdu beaucoup de fon ancienne eft:ime , ôc qu’il étoic
manifefle nent déchu dans i’efprit du public , foit parce qu’d
étoic trop commun bc trop connu , bc qu’il n’y a voit pas ^rand
miflere à le préparer, ouparcc qu’on en faifoit fi bon marçhe>qu*il
ne mericoit plus d’être regardé comme précieux , tant il efl: vray
qu’on veut à Paris du miftere êc du fecret j & qu’pnfe plaîqà
être trompé, .
Le GaflFé eft encore un remede fi connu bc fi en ufagc,qu’a-
prés tout ce qu’on en a écrit en diverfes langues il feroit fii-
perflu d^en vouloir parler fort au long. Iiruffit donc de remar¬
quer icy qu’il y.a eJFedivement qnelqi^é chofe de plus efFedif &
de plus utile ch cette cfpece de Phafêolè, que dans Ip Thé , le
Chocolat, & femblables liqueurs qui font à la mode. En effet ,
fans avoir recours ni à la Philofophie d’Ariftote, niàcelled’E-
picure , de Defeartes , de Wanhelmonc & de Willis , ! expé¬
rience nous, a tant fait voir de bçns effets de Pufage de cette
n
L^s yeux de Phil-
lis changez en A-
fîres»
aUwi p*('
6tiS^
xcviij ^EjJkU de Mdecîne,
décoàiôa , que ce feroît opiniâtreté que de les éevoquer en
doute. Mais il ne faut pas s'imaginer pour cela que le CafFé fort
une Panacée , puifque la même expérience nous apprend qu’il
eft fort contraire à de certains«temperamens. Voila pourquoy
le temps qui eflr le pere & le meurtrier des nouveaucez , pour-
roit bien faire périr auffi celle-cy. Il ne faudra poureela que
quelque femme extraordinaire qui s en fera trouvée mal , ou qui
le Timagincra, une même perfonne donnant & ôtant fou vent à
Paris ôc à la Cour le crédita une même chofe.
Oculi Cancri eft un mot Latin auffi mal appliqué que ce-
luy d’EcreviiTes j fous lequel cés yeux prétendus ont été re¬
gardez des -malades , comme les yeux de Phftlts Font été
des Amaâs ^86 des beaux Efpri es : car. loin d’être les yeux
d’une cfpeGe d’Ecrèviftes marines , appellée Crabes en Norman¬
die j ce n eft qu’une mucoftté endurcie dans la tête de ces poif
fons > mais les Médecins & entre^autres W^anhelmont qui les
ont vantés ^ nous '^droient b i en obligés s’ils les croyoient un Ct
grand remede, d’ien :éc'rire plus elafremènt qu^ls n’ont fait. Pour
moy, comme ijein’y ay jamais rie;n :obfcrvé de fmgulier î non plus
que quelques Médecins finceres que j ’aycoiïfultés fur ce fait y
je ne croy pas que cet Alcali foit beaucoup plus effëciif que
îa craie > à laquellevil reiemble , quoy qu*bn le préparé avec
autant de ceremonie que les perles y faufquelles on fubftîtuë’
même quelquefois Pécaillê intérieure des coques d’imillrcs
broyée fur le marbrc5,qü%n fait ainfî pafrer pour des perles pré¬
paré es ou pour des yeux d’écreviffes chez les gens cred*ules»re^-
medes dont quelques Médecins fe promettent des effets qu’il eft
plus facile die sftmaginer que de prou ven
L’Opium eft un remede bien autre que les precedens > &
côtitre lequel il eft d’autant plus à propos de fe tenir en garde
qu’il femble ort innocent tant on le donne en petite quam
tiré , 8c tant il s’avale facilémeiit.
C’^eft le fue d’une efpece de Pavot , qu’on appelle lire *pa.-f
excellence comme ft c’eftoît le plus excellent de tous les fuesy
& qu’il n’eût rien que d’innocent. Il eft chaud_par fes parties
huileufesi^e par fon fouffee , engourdiffant & a{K)UpifFant. Ain-
fi ces effets n’ont garde de venir de la froideur que le peupfe
luy attribué, auffi caufe-t-il quelquefois tout affoupiffant qu’il
eft , des fucurs, des vomiffemèns, des fclles & des flux d’urinc
quoi que çc ne foit que par acGidcnt.Difonsdonc que comjaqiç les;
Troijtme Pdrtîe, Ch2Liÿ,Vlll, xdx
^ücicns avoient leurs fomniferes , dés le temps même d*Hipo-
erate. les modernes en ont découverts qu’ils ont préparé cha¬
cun à leur maniéré : car la Médecine ayant confideré qu’il n’y
avoit rien de fi utile aux douleurs, aux veilles, & aux fièvres ar¬
dentes, qu' un fommeil doux & tranquille,elle a tâché de le provo¬
quer par des remedes narcotiques , ne le pouvant pas toujoiirs
faire par de fimples rafraîchiflans. On a donc commencé par la
femenec de pavot, qui n’ètoit pas inconnue aux anciens , parce
que les décodions ou rnfu fions qu’on en fait, peu vent engour¬
dir les efprits & arrêter le mouvement des humeurs, ce qu’on a
itenté d’auranc plus hardiment qu’il y a des Païs ou l’huile de
pavot, loin d’être noifible fert à la cuifine faute de celle d’Or
lives. Mais comme cette femence n’a pas toujours paru afiez
effedive, il a fallu .enfin avoir recours au fuc mêmedes feüil-
|es & des têtes dun pavot exotique, qui eft le meme que le
Moeconium de Diofcorlde>êc non pas la larme appel! ée propre¬
ment Opium, n^’eû pa^ ici le lieu d’examiner, fi.ee fuç defle^
|:hf, commeOalien l’a penféâl fuffit d’apprendee au puWic qu’on
s’en peu|: quelquefois fervir tresrutilementî'puifqufilentremê-
pe dans la T heriâque»dâns le Mithridat, dans les pilules de py-
noglojjh ^ dans le Phïlonium , ^ autres compofitions ,• & qu’enfin
|a Chimie à trouvé le moyen de le^prép^ree fous Icuom de
^audanum , d’une maniéré qfo le rend bien plqs feur que quand
il eft prif fans prépation) quoy que lesTurcsu’y faiïenr pas t^ant
3e laçons i & qu’au lieu de deux eu trois grains, bien corrigés
que nous àonnons ordinairement, ik en prennent quelquefois
jufqu’à une dragme. A 'quoy il n’y a autre chofe à dire linon
que la coutume, le climat, Bc le tempefammeni iodividuel font
fouvent que quelqu’un en prend, fans péril, alTez de quoy tuer
einq ou fix autres perfonnes, témoin , cet Ambafladeur dont les
Ephemerides Germaniques font mention j qui fa prenoit une jj?/*
once entière pour le procurer le fommeil. Ce qu’il y a encore
U confiderer dans l’ufage qu’on eufait ,, eft qu’il ne faut pas
trop s’arrêter aux grandes loüangesque-luy donne Bontius s
car comme.il faifoit la Medecinê en dès Païs fujets aux mala-
.d-ies de caiife chaude;, que la préparation s^çu fait en ces
Païs-là , en des maniérés difterentes de. celies , des noilres , fes
.effets y font bien plus grands ^ plus feafibles , que dans nos
régions temperées,oii les maladies & les. fymptomes ne font pas
fl rurieux-Car enfin û l’on yoit,pour ainfi pa^ler,3esrmiraçlpsde:
■■ v— ‘ - — - ij ' ; ‘
c l^JJkts de Meiecke,
ce rcrrredc dans noflre Pratique, on y obferve auflî quelquefois
de terribles fuites de l’abus qu’on en fait. On a beau le loüer
c’cffc une médaillé qui a Tes revers 5c qui reffemble à ces; ima¬
ges, qui regardées d’un collé rcprefentent la vie fous la figure
d’une belle jeane fille, & qui confiderées d’un autre codé nou?
font voir la mort, fous celle d’un vilain crâne. Ne vaudroit-if
donc pas mieux s’en abflenir entièrement que de le donner
trop fréquemment , 5c en trop grande quantité comme font nos
Empiriques 5c même quelques-uns de nos MedecinsÆar quoy
que le maiade puifTe mourir apres avoir pris un remede inno¬
cent , puifqu’on meurt même fans remedes, iln’eneft pasain-
fi de rOpium > quand on a manqué dans la préparation, dans
la dofe, ou dans le temps, & maniéré de le donner r car fl con¬
duit dautant plus facilement ôc direclcment à la mort, par fà
vertu ibmni fere , que le fommeil même eft une efpece de mort,.
& qu’il n’y a qu’un petit trajet de rdn à l’autre..
Che dal fonrio a U morte è m pid^^
témoins tant de morts furprenantes , & l’exemple- entre-autres,
decetcc Panacée folaircd’uu Cliarlatan, fa quelle n’étoit autre
chofe que de l’Opium qui ayant; arrefte rexpeclorâtion d’une
maladie de poitrine ^ne manqua pas d’étouffer le malade,eojiT-
mé ôn le peut voir dans FpbferTOion 131. de Fa troifiéme an¬
nées des ^bemefides d’ Allemagne , ou il eft encore marqué
dans l^Obfervation réé. de la fécondé année ^ qu’une femme.
y.H*rceih DomK ayant été tuée par rOpium. 8c par lé T abac qu’un Chirurgien
S donna témérairement , ce fripon eut Fimpudence de diré
tt. iwrmir - qu’ou Favoit appelé trop tard ^ Ôc quc le Médecin avoit cour
;■ , ’ ■ " ^ ' ,'é
Au reftequoy'que Fes^^ les empFâtres ôc res cerats»
fuient la plupart une manière d’alteratifs , je n’en feray icy
aucune mention particulière , n’étans que dés remedes exter¬
nes apparcenails la plupart à la Chirurgie. Je mécontenterai
donc fculenent de marquer à Pégard des unguens, pour fini?
le^Chapitrc par quelque petite érudftiorr , qu’ils étoient autres
fois d’un Fi fi-equent i^agc , ôC'd’une dép'encefî prodigieuFe
chez les Juifs , les Grecs ôc les BLomains , qu’on s’en fervoit
plus pour le luxe 5c pourla fénfualité y que pour la Méde¬
cine , ÔC qu’'on y mêloit du myfterc jufques à vouloir, que
Fépoufe fuft appellé uxor quafi mxor, parce qtf avant que d’err-
trer dans la maifon d l’Epoux , elle étoic obligée d’oindtel^
Troiféme Partie. Chap. VIII. cj
porte avec delà grai^ de loup, gour éviter certains malheurs 55
que la fuperftition Payenne faifoit appréhender. D’autres di-
fent que cela fc praciquoic encore pour fignifier qu’il ne falloit
Î>as appellcr les Médecins dans la famille pour de petites ma-
adiesjôi particulièrement pour celles des femmes , mais qu’il
en failloit commettre le foin à la mere de l’Epoux , qui fçavoit
cniployer les ondionsdes linimens & les demi-bains en ecs occa-
fions, & fe fervir même, quand l’Epoux- & PEpoufe étoient
brouillés, decertaines petites adreiîcs, comme de lenitifs pour
adoucir Paigrcur des cfprits, fans qu’il fud bcfoiii d’y appeller
d’autre perfonnes., & de fc fervir d’autres remedes que de ces
petites addrelTes.
article II L
Des Cordiaux^^ des Contre foifons dits AlexitairesO*‘ Antidotes
GO M Nï E on ne peut parler des vertus , fans fe faire quel-
"|ue idée des vices qui leur font oppofés, il eft impoffible
de parler , des Cordiaux & des Antidotes fans dire quelque
chofe des poifons. Mais parce que le fâge ülifîe ne s’arrefte
que fort peu de temps dans l’air peftilent des Cirées & des LeL
trigons , imitons les fages de la MedcGine,.qiïi netombent pref-
ques jamais fur cette matière, que pour ei\. îbrtir le plus promp-
temeht qu'ils peuvent , n^cn traittanc qu’en ternies generaux ,
&ne fpecifiant rien dont onpuiffe faire un mauvais ufage.Car
que ne dit point fiippocrate fur cette âbonsinâblc fiijct dans
fon fameux jurement , & dans Ion Livre du mal CaducfQi^nt
à Galien , quoy qu’il ne puifTe fe difpenfcr de parler des poi-
Ions en plufîeurs rencontres, il ne laifFe pas deblâmerun Me-
îiedefius,un Hcliodore,& un Aratusqui en ont écrit d’un ma¬
niéré trop ouverte & tropdangereufe, coneluant que c’eft tres-
tnal fait que d’en enfeigner l’ufage. C’eft pourquoy je me fi¬
gure aifement que le Docte Valcriola , n’a écrit que rela-
tivepîent aux remedes , & .non à la nature êc à l’ufage des
poifons , qne le di f coûts des venins efi une matière ne ce faire
^ue peu agreahle-i '3L[i& eft-cc pour cela que je n’en parlerai ici l-
qu’en general , qu’sautant qu’il eft neceflaire pour venir aux
Antidotes ôc contrepoifons. Sextus Empirjeus a écrit que la
Médecine avoit été appellée anciennement wei/zi* , parce qu’el-
n iîj
Cjn4ra
caf. 6,
iit Tdum.
tvjt}), rzT^ /
Y' Vnv'iùl. îecor.
Ig,
iç\\ T " Effets de Medecîne^
le s’appliquoic alors à guérir particulièrement les maladies de
caufes venimeulesi qui diçmtur eximeniis.Ç? ^Si
ainfi qu’on aapellélçs poiibns Toxica^àw nom des fléchés que
les Scithes frotoienc d’un meiapge fait ayeç le fang humain, ôc
la faniede certains ferpens.QLiant à la définition du venin, e’eft
dit Galien , tmt ce qui eji fi contraire a nojire nature^ qu^d en peut
détruire ^ corrompre la Jubfiançe fans perdre la fienne. Aufiî ç’efl-
^Bufivemenc que quelques Auteurs ont appellé les medicamens
des venins, puifqu’ils ne detruifent pas nollre nature. Surquol
ihfaut remarquer que lespoifons ne font généralement parlant
leur efrec qu’à proportion de la dofe qu’on en prend , Scfuivani
les temperamens, &: qu’ils perdent beaùcoup de leur force, quand
on s’y eft accouftumé infenriblementi pârce que dés que la na^
tore les admette reçoit avec quelque facilité, elle les dompte
premierementîapr-és quoyelle les change en alimenti l’Art mê-
nie les adouciffant quelquefois au point que Thraçias & Al^i
xias de hlawinée avoient trouvé le moyen d’ofter à la ciguë
ce quelle avoir de dégoûtant. Mais il ne faut pas oublier que
qtioy que ks. Médecins ay eut écrit que les purgatifs ont'queL
chofe de veneneuxs il y # cette différence èntfe le poifon & Iç
f argatif, que celui-cy, quelque violent qu’il foit ^ ne fait que
iqrcer la nature, aulieu que lepqifon la, détruit ordinairement,
puifque ces deux Medeéins n’èterent: pas à la Ciguë ce qu’elle
avpit de mortel en luy oftant fon mauvais gput. Ainfi de quel,
que maniéré qu’on prenne la chofe, le poifon eft toujours amer,
dAine amertume bien autre que celle du médicament , ficcini
amara mors cogis \ Le mief rneme eft fi morte} en quelques corn
trées, qu’on en peut bien dire, pour peu qufonén goûte-,
^ufiavi paululum meBpé' sCçe morior. La mort eft amere par tout,
-Ses efi amara mort. DifQns donç, ayant que de pafier aux con-
-trepoifons » que comme il -y en qui imïteat ia-; yitefie: du
-Tonnefe ,par celle de leur acl: ion, de meme la malice dos hom¬
mes eft allée jufques à en. préparer de fi lens qu’ils. prolongent
-les langueurs & font fentir la mort tout àiitanc de temps que
leur inventeurs le défirent, tel qmétoit celui .que les Ca^tha*^
ginois donnèrent à Regulus. Il y en a d’autres fi déterminés
& d’une facuité fl précife, qu’ils fe portent, d’abord &' di/e^é-
ment àla partieà laquelle ils fontcontraires jc’eft ce que les
:AmiQns pp'pes\\oi^ïit dodl^ yenena, , '
Troi/iéme Parttè.Ch^Ÿ*
"ÎTecnova monifeninficit poculajuccl ^
Déxtera ^ nec cuiquam doHa venena dedi.
Tel étoic eeluy dont un Empereur Romain ei^ppoifonna fou ;
frere , mangeant iuy-même une moitié du morceau qu*il avoir
feparéavecun couteau empoifonné , du côté de celle qu’il
luy le;rvit. C elt encore avec un poifon de cette nature c. 17.
que la femme du Sénateur Crefcent fe vangea de l’indignité
que TEmpereur OtEon III. avoir faite à fou mari, par desgands
qui le firent bien-toft mourir. Et c’eft ainE que cette Ellenor-
ric de venin , faifbit trouver la mort dans le féin même dé
la vie J à ceux quelle attiroit par fes GareiTes , & qu’elle infec-
toie mêmes les animaux avec fa falive. Mais ce qui femble
moins Croyable, c’eft qu’avec un poifon encore plus fubt il Mpithscuets neiig
que- ceux- là, un certain Médecin Juif ait fait périr un Cbré- ^ogromantho.
tien juRement à l’heure qu il avoit marqué dans fon prognof-
tic , luy touchant la langue d’un doigt ^ fous Tongle duquel il
avoir caché ce poifon mortel , cruauté qui fut découverte par
Vâlefius fameux Médecin du Roi d’Efpagne PhîlippeTI. dont
ce Chrétien étoit beaufrerej comme ilparoitpar le narré qtfen
fait l’Auteur du Mais n’étoic-cc pas cnco-
re de cette maniéré qu’il étoit facile à Cléopâtre d’empoifon-^
ner Marc- Antoine J malgré la peur qifil en avoit 5 car uh jour ÿUn.i.i.
qu’ils mangeoient enfemble en bonne amitié . cette Reine
l'ayant invité à boire l’un à l’autre, mettant lés Couronnes de
fleurs qu’ils avoîcnt fur leurs têtes dans leurs coupes , Antoine
allôit âvaiier le poifon dont Cleopatre avoir frotté rèxtremité
dès fleurs de la fienne , fl cilé né luy eût arraché la coupé de
la main , fi elle ae luy eût fait voir au dépens de la vie d’un ^
criminel, qiii tomba mort dés qu’il eut avalé le vin delà coupe
oix elle avoit trempé là couronne , qu’elle étoit maîcrelîe de fa
vie malgré toutes fes delfiances , & qu’elle la luy eût oftéc fl
elle eût pû j difoit-elle , vivre fans fon cher, Antoine. Ainfl
l’homme eft empoifonné en une infinité de maniérés , toutes
les trois familles'de la nature femblans confpirer à cette fin,
Carce n’eftpas a{rez,quant aux animaux que les plus grands &
les plus furieux le déchirent,la feule piqnèured’un infeéle don¬
ne la mort àu Julie Arillide,qui meurt inconfolablc de n^avoir
pas fini par les dents d’un Lion ou d’un Eléphant, llyaprèfque
autant de morts differentes que de fortes de ferpens. Le venin
du chien enragé ofte la raifon & l’humanité à l’homme avant
làrdois hcibis fe-
runtur in morte
ridere. Bdrcla in
Bü^horm.^
civ*"' EJJakJe Medecine.
que de luy ofler la vie. 11 y a des p lames, quant au végétal, qui
empoi forment , pojur ainridjre, en riant, & d’autres, qui comme
le fameux .Aimiagogne de Galien , tirçnt tout le fang des vei¬
nes. Pour les mçcaux ^ minéraux , qui np fçait que ceux-ey
mêmes ont quelque ehofe déplus meutrierque le tranchant du
plusfin acierîPlusque tout cela le corps^de l’homme eft quelque^
fois une fource fécondé çn humeurs bien pires que fa cerufe,
que le plâtre ôc que le verdet , les plus horribles ^ les plus ve.-
nimeux animaux y prennent naillance , & ce qu’iî y a de plus
furprenant la matière même dont ce corps elf formé le fang
& ce que la nature , a travaillé de la plus pure partie dp ce
fang , donne quelquefois la mort par {a corruption , comme on
le peut voir dans une infinité d’pbfervadons , & comme nous
Pavons remarqué d’une Impératrice de Conftantinopie. Tout
cela, je l’avoue, defole Pline Paine, & avec lui tout ceux qui.
ont ozé nier la Providence comme-il a fait. Mais Ip PhiiofQphc
Chrétien ne s’ébranle pas fi facilement , ayant des veuës bien
plus élevées que celles “là. Il regarde l’Auteur des poifons com¬
me un être fouverain ,qui pourvoit à tous nos befoins, quîTçak
feul pirer le rem.ede necelTairc mal de lacholp même qui
a fait le mal. Comme ce grand œil a des veuçs infiniment plus
étendues que celles des hommes , il jaii fortir lattouceurde Pai*
mertiime, &le contrepoiTon du poifon roAme, C'eft ainfi que -
plufieurs ferpens portent leur Antidpte en eux-mêmes j que le
remede à la piquepre des feorpions ,, fc trouve dans les Scorr
pions 3 qu’une plante toute femblable à l’Aconit , en arrête les
yiolens çflfetsi que le Napel qu’on croit le plus adijf de tous les
poifons, a félon quelques Auteurs, fori contrepoifon dans un pe¬
tit ver caché au fond, de fa racine, & qu’enfin toute la nature,
fi elle nous femble une pepiniere de yenins,n’efl; pas moins une
forefi: d’Alexitaires, Qü’ainfi ne foit,laMedeeine eaa defimr
pies & de compofés , tous propres à fortifier le coeur à contre¬
carrer la malignité , &: à reparer les efprits diffipés on altçréSi
Tels font entre lesfimples, l’ Angélique, le pîdame, le Char¬
don Bénit, la Tormentillc, la Ruë ,1e S.cordeum^îe Genielire,
la Zedoaire , la Scorzonere, la Geptiane, les Perles, le Saffran,
les Grenades, le Citron, la Carline, le Kermes, le Macis > 1^
Gerofle , les fieurs de Buglofe 6c de Bourroche, le bol d’Àr^
meiiie, la Terre fi.gelée,le Bezoard , la Corne de Cerf & celles
4ç tant d’autres .animaux. aux compofés pn a la Teria-
que
Tmjtème Pdrtie, Chapitre V 1 1 1- cv.
le Mitiiridat , la confection de Hyacinthes & de Ker^
mes, remedes que nous examinerons cy-aprés , au moins ceux
qui font le plus en ufage , & apparemment les meilleurs. Re¬
marquons donc avant que d’aller plus loin , qu’il y a des re¬
medes de précaution contre les poifons , 5c des reniedcs de eu- r- 7 ^
re , 5C que ceux-cy regardent ceux qui fonteffedivement em-
poifonnésj ÔC qu’on ne laide pas de les employer quoy qu’on ne
tçaehepas même déterminement quel poilbn on a à combatre.
Ceux donc qui fecroyent obligez d’être fur leurs gardes, doi¬
vent avoir, autant qu’il fe peur , l’eftomach garni de bons ali-
mens & de bons Antidotes. Les figues cüittes , les noix 5c la
ruë font approuvés des anciens Médecins j mais quand on fe
croît empoiibnné il faut commencer par le vomitif, 5c prendre le
premier trouvé , parce non feulement qu’il chade le poifonj mais
encore qu’on en connoît à peu prés la matière 5c la nature /
par révacuâtion qui s’en fait , quand il n’y a pas long-temps
qu’on fa pris. Les boüillons gras retardent fon impreffion, quand
on croit n’avoir pas tout rendu par le vomidement , les clyfte-
res acres , attirant en bas ce qui refte dans reftoraach & dans
ies petits intedins. Le lait en adoucit encore l’aigreur 5c mali¬
gnité , par fa douceur J comme les cordiaux marqués cy-dedlis
s’oppofent à fon effort par leur forme fpecifique. Mais quand
ce poifon a été communiqué par la piqueure ou morfure^de
quelque animal , il ne fuffic pas d’avoir recours aux cordiaux
pris par la bouche , 6c appliqués fur la playe , il faut encore fe
rervirdes fcarifications |c des attractifs. Les Marfes 5c les Pfil-
les fameux dansfHiftoire , fufçoient le venin î 6c c’eft ainfi,
dit THiftoire, que la Reine Eleonor femme d’Edouart II. Roy aAio divrireme-.
d’Angleterre le guérit d’une playe empoifonnéc, fi on ne veut e'^faemins.
rapporter cette cure à ce que peut fonction de l’amour fincerc
d’une Dame Chrétienne envers fon Epoux. Mais il ne faut pas --b-
s’imaginer pour tout ce que nous avons dit des cordiaux , qu’ils
foient en tout teins 6c toujours de faifon aux poifons, 6c aux mala¬
dies malignes, il faut encore qu’on fçaehe à ce fujet que les An¬
tidotes des Charlatans ne font ordinairement que des trompe¬
ries , 6c que bien éloignés d’êcre des fecrets, ils ne font tout au
plusqu’undiminutif des Antidotes de nos Difpènfaires. Déplus
que le lait de vache eft un Antidote plus feur contre l’Arfe-
nic 6c le-fubiimé que tout ce que ces fourbes débitent. Il faut
encore avertir le public ? qu’outre tant de fubtilités qu’ils met-
o
cv; " ^ Medecîne.
V. Ftïmercf.ie tr- tcnt cn ufâgc & dont noLis avons tant de preuves dans MatKIoî^
&dans les expériences d’um chacun j celle de fe faire piquer
à la^mammelle eft,une des plus ordinaires , parce que Ic^venirï
ne fe communique pas fr-tort au cœur par les petites veinesdes
mufcles pedoraux , que par celles des bras ôc des cuifles quif
font bien plus grandes. C’eft pourquoy les Peintres qui repre-
fentent Cleopatre piquée d’un Afpic à l’endroit du cœur , fe
trompent manifeftement , félon même fe témoignage de Pline
& de Plutarque > & fi l’on s’^cn rapporte aux Statues faites d’ après
celle qui fut portée au Triomphe d’Angufte Cæfar oii Pafpig:
paroic attaché au bras. C’eft pour cela que fe miracle qui ar¬
riva en la per fon ne de S. Paul , cft d’autant plus grand qu’il,
fut picqué au bras d’un ferpent. Concluons donc que non feule-:
ment tousces Antidotes des Charlatans, mais encore k plupart
de ceux de la Medecine étans d’ordinaire chauds demandent
à être bien ménagés ^dans les intempéries chaudes & feches oir
on les donne un peu trop legeremenr.. Car <|uant au.poifonde^
la pefte , on n’a pas encore pu fçavoir quel eft fon véritable An¬
tidote y non- plus que de tous les autres qui: fe communiquent
par l’air, les plus, dangereux de tous agitfanc même d’une ma-
piere dilFerente, fuivant leur nature, les lieux les minières
dfeh ils partent. Il s’ep faut beaucoup^ que toutes les peftes fe
refTemblent , quoi-qu’elles attaquent toutes fe cœur > cha(|ue
poifon nous In-redant d’une maniéré toute particulière. La va¬
peur des latrines eft fuffoquame , fi on en approche de prés» Su
caufe u ne efpece d’apc^lexie , que les Ouvriers a ppel ent plomb y -
& dont ils meurent fi on ne les fait vomir.. Les vapeurs arfenfe
cales, celles du plâtre y St de difFcrentes minières enchaînent r
pour ain.fi dire j tes efprits , comme fe poifon de la pefte corrompt
le kng. Qi^cile plus horrible Si fubtile vapeur que la fumée du
fembeau avec iequei on empoi-fonna lePape Cfemcnty lI.poar n^
point parler de celle du Charbon>parce qu’il p’y a rien de fi con¬
nu ? T ont cela étant donc fuppofé , il eft tems d’examiner les rc:^
medes les plus ufitez courre les pojfonSjSc route forte de malignité..
^ Le Saftran dont on’ fe fert qtielquesfois comme d’un cor¬
dial eft ,d]t-©n , appelé de Corieium , Ville de Ly-
. ; die , autour de laq^aclle il croît en abondance j- il eft fort
"ch^ud , il caufe des veilles & douieurs de tête , ô£ eft fi pénétrant
qu:ûii a veii des enfans- nouveaux nci, teints de la couleur de^
eddy dont leurs meres a. voient fait un trop frequent ufage. S’ife
Troiféme Partie, Cliap. VîIIJ cvij
^ même pris en trop grande quantité , il fait non feulement obfervst. to. mu
perdre l’erprit, mais encore la vie. Comme il ne fe donne donc
=qu en petite dofe & alTez rarement , & que les Marchands qui ne ‘‘
font point d’autre commerce que de.ee remec^,ne gagnent
-gueres, il eft bon de marquer en paflant que c’eft pour cela
.qu’on appelé en France SaiFranier , celuy qui ne fait aucune
fortune dans le commerce de la yic
Le Bezoard elf communément cru un remede admirable Bez^nUr. Arabib:
contre les poifons èc .contre les maladies malignes , de maniéré Tnm«r
que tout en paroit miilerieux julquesau nom^d’oii vient que la
plupart. des prétendue Cordiaux des Chimiftesont été nommez
Bezoandiques. Ce qu’il y a d’aduré ^ eil qu’on a bien de la peinca
en trouver de véritable, & qu’il s’en débite bien de faux. Cela eft
fl vray , que 1 ’experknee en ayant été faite dans la ville de Mo-
lins en Bou rboenois du tems de Charles IX. Roy de France , fur
un criminel quon empoifenna, il ne laifla pas 4e mourir malgré
ic Bezoard, comme on le peut voir. au Traité des Rapportsd’Am*
broife Paré 5 fur quoy on peut encore voir Louis Cuion, Livre
3.chap. 13. delà beautéêclànté corporelle. On veut que cc-
iüy des Indes foir préférable à celuy de r Amérique, à quoy ily
a grande apparence , c’eft pour cela que s’il s’en rencontre
qui n^ait point été fophiftiqué îur le lieu , ou en arrivant en Eu-
: f ope -J on s’en peut fervir hardiment depuis quatre grains juf-
ques à iV'ingt le trente. Quant à ces pierres femblables au Be-
zoard , qui palTent pour du Bezoard dans le commerce ôe chez
les malades crédules , comme elles n^ont point de mauvaifes
qualkcz, je ne fais pas de doute quon n’en pui de donner juf-
ques â une on deux dragmes & plus, comme d’un Alkaii, fort
innocent On parle fort d.e cette pierre de Bezoard gardée
dans un vaiffeau d’Agathe , dans le çabinçt du grand Duc de
Tofeane, & qu’on en tira mais trop târ4> comme on le croit,
pour la maladie du fameux Hermolaus Barbarus. Le Roy de
Golconda )àit l’Auteur du voyage des lnd.es ^ a grande prouipon
d' ex^eü^nts Bei^oards, lU [e vendent ordinairement quarante écùs La
- livre. Los longs font les meiiteurs. OrkÀn trouve dans qutlquss va ~
ches qui font fins gros que teux des chevresymais on tt en fait pas tant
de cas y ceux qui font les plus ejiime^ de tous fe tirent d^ une efpcce
de fmges qui font un peu rares , & ces Be^oards font petits cr longs ,
circonftances aiirquelles fe rapportent aflez ee que nous en ap-
- prenons des Siamois, 5: de ceux qui ont fait le voyage de Siam,
Ohfervat. uj ann.
■ I. & «bfetv. i8^.
.mni »,
Frimerof. lik 4.
tap . J 8 .
Conchae frsÈtibfâs
verrucas.
Qiits quilias- Ara-
baœ.
‘€viij Effah de Meiedne.
d’où on en a apporté d’alïez bons,& même ce qii^on en lit dans
les Obfervadons ou Ephemerides d'Allemagne , où il y a des*
chofes fort curieufesfur cette matière.
La corne de Licorne eft bien un plus grand J^foblé me chez:
les Auteürs que le Bezoard , quoi- qu’on vende bien des baga¬
telles pour ce remede. Il eft vraÿ que l’Ecriture Sainte femble
faire mention de la Licorne j mais il eft auftî vray qü’encor^
que les Interprètes ayent traduit le mot Hebreu en celuydV
Les Juifs > félon la remarque du Fere Morin de l’Ora¬
toire , a voüent qu’ils ne connoiffent pas la plupart de ces ani¬
maux que Moife a nommez dans le Leyitique,- Ainù la mer
la terre nous fournilTans beaucoup d’animaux qui n’ont qu’un^
corne, on ne fçak pas pofitivement qufèlle eft la plùscordiale^
de toutes,. De-là vient qu’on a perdu la coutume de meicrc iW
morceau de cette prétendue corne de Licorne, damla Coupc^
de nos Rois. Tout ce qui regarde donc les remedes de Cette
nature , eonftfte en de bonnes expériences faites diverfes fois,-
le par des Médecins ffa vans & fl ncercs.
Les Ferles, ont paflë des omemens de là vanité eU ceux de
la Medecine ; car quoi- que TertuÜîen ne les regarde que com¬
me les des G0quilies,elles-ne laiirent pas d’avoir quelque
vertu. Il ne faut donc pas écouter ces Médecins qui les ap-
pelent comme ils font tant d’autres remedes, les bagatelfes des
Arabes. Ges Meflieurs n ont pas fait de diÉculcé de ruiner la
matière médicinale, pourveu qu’ils ruinaffent les Apotiquairès
qui abufoienc des dépofts de la Medecine par leur avarice
par leur témérité. Pmjfe amiyfourveu que l'ennemi feriffe. C’eft
îà ce qu’on appelé la voix delGobriaSÿ mais ce n’eft pas celle de'
la raifon qui nous oblige à eftimer tout ce qui eft digne d'éfti*
me , & qui nous fait croire que les perles font au moins une'
maniéré d’Alkali , qui peut avoir du bons ufages , ft elles n’bnt-
rien de cordiale , à prendre ce mot dans fa véritable fignifica^
tion.
Le Diamargaritum frigidùm,lc Magiftere de perles ^quelques
autres préparations n’oncdoncpas moins de vertus que tant d’au*
très pierres preci eu fes qui entrent dans les eompoficions Alexis
taires , Ss qui ont été eftimées & mifes en nfage par ceux quf
nous ont précédez , quoi que les Charlatans: & les ignorans
prévenus leur attribuent fouvent plus de pouvoir qu’elles n’en
ont. Ainfi nous ne pouvons pas nier quoa u ait quelque raifon
TroiJtém€VarHé,(^ii^itt&"^\\\, cm
‘S’employer Ton dans quelques-unes de nos comppfitions y étant
le plus pur des métaux , & reconnu propre aux maladies mé-
lancholiques , aux défaillances j aux venins , Scparciculiercment
à celui de l’Arfenie & du Mercure employé & donné en feuil¬
le , en poudre & en chau.
Mais quant à cette teinture prétendue dont on fait une Pa^
îiacée , fous le fpecieux nom d’or potable y je fuis perfuadé
qu’il y a bien de la vanité & de la forfanterie en tout ce com-
-merce j que qui cherche l’or potable perd fon temps & fa ma¬
tière , êc que pour parler franchement ce qu’on appelle Sel
d’argent a plus àffoibli de bourfes. j qu’il, n’a fortifié de cer--
celles.
O facta fatne che don püdi fanti
\ » Cerche ruolgendô le fallaci ca^te
J>e Poro il fonte i ^ fabrica fer ardd
La fietra filofofhica ti
É curva è china at dai)6 •vitrd avanfP
S^ualida e magrà in foUtaria farte
Jrriti nel Carbon Pauré confparte
Da le Bocche d" t mantici foffanti.-
Èemint in màrU tuè fperan^e , ê fnietî
0mbre falfè d'error y che altro non fanm
Scofo che l mllay c chimici fecretié
O / quat •vand fudor thiard è i
ch' altrùi fafee di fumo y ofoco lieti
Son qùagli acquifbi , oi/e' il guadagno è dannâ^
La poudre Theriacale n’a pas manqué d’être attaquée paf ces
Critiques , qui en veulent à prefque toute la matière medici-^
fiale , ne fe retranchans que dans la feignée êc la purgation.
Mais apres le témoignage de tant de graves Auteurs y & après
ce qu’on a obfervé des differentes préparations dès viperes ,
céft vouloir s’aveugler & vouloir être plus fage que tous les
autres , que de douter de leurs vertus & facultez , témoin en¬
tre autres ce Berger qui paroiflbit tout jeune , quoi qu’il eut
plus de foixante ans ÿ pour s’être nourri long-temps de chairs
de vipères.
La TheriaqueyCetee eompofîtion fi fameufe , qni les Tro-
G iij.
Ohfefvat. tj. »nn,
i.EfhemtriÀ, Gtr~
man».
îontito dtl CavMh
ti«r Marin».
pom Sfephdn. SVf-
lunenf lih de inco.
lumitate di» fer.
vand».
ex EJJals de Mdeclnei ’ •
chirqtics de viperes pour baie, régné il y a long-temps dans
la Médecine , ^ y régnera tant qu’il y aura dans le monde
des maladies malignes, des poifons ^ mêmes de. ces maladie^
qui mcnaGent de inarafrne, tar quoi qu’on allégué que le LL
vre de la Tberiaque addrede aux Plfons , n’eft pas incomefta.
blçment de Galien , il eft certain que ce grand Médecin fait
une honorable mention de ce grand remede dans Tes Liyres
des Antidotes, & dans quelques autres do fes Ouvrages.;
Quant au Mithr»:dac ,11 en eft eomme de la Theriaque , ds
laquelle il nell: pas fort different. h’Orvietan mime ,rÂta.
van & quelques autres composions quje les Bateleurs ont yeg-
duës de notre teras êc du tems de nos Peres , ayoient leuxsyeE,
tus , quoi qu’elles ne fuffem què des abrégez de ces grandes
compofitions , & qu’ elles ne doivent gueres qu a rOpium leurs
bons effets, La Theriaque d’Â.ndrpmachus étant donc d^uh fi
grand mérité, qu’elle a mem.ç étç chantée par les Ppëtes, je
çrpi qffon voudra bien encore entendre ce jqli Spnnçt pré
la lyre du Cavalier Marin,
Quejla^delecmpolfe tVfm mèale ; - *
Çom^ar Medica man vipem ardent§
Per le Lyhuhe vie ^’i;dïo foy ente Aw -
4nimett^ , e vivo Jf mie, //
fe fiii â' um' afpm e înoftat
Jperfe gia col velenofa dente , *
pMta hor noveo d^ Achille h^ijla pungenfe
FormSchermofily-elén[ayteiplmde‘,;
Qu)'losguardo£rudeltMhorgimte
‘ ■ : O yoi che vughè i fçl de paltrui- fangue
Sempre fcîhpre ferite ■> ç Çanate ' .
E fiavi dlmeh di çhi tmfitto hngue :
• ^d impamrpiem donne fpiettate
Ne la fchol [d'ampr m^'ejlro un- angue.
Mais voici un Antidote bien particulier , puifquc la
terié étant une maladie maligne, on a découvert qu’il étoinfoil
fpècifique, & d’uae maniéré fi furprenante , qu’il ne laiffepas
d’être purgatif & vomitif. C’eh lé fameux Ipëcacuanha des I or-
ttigais.’, od Begdq.uella des^Efpagnols ,ficelebre dans les écrits
Troifime Partie. Ghap. VlH. cxj
éê Stiiilaumc Pifon Mcdecin d’Amfterdam , & qui a été le fc-
érGC de nôtre ApoUo imberhh , ou Efculapefans barbe , quoi qu’il
eût été connu long-temps avant de nos Apotiquaires , qui en
licgligcrent l’ufage , comme on a fait de quelques autres laeines,
& comme on fera fans doute à P avenir des remedes qui font
â prefent les pïusà la rmde.
Cette racine croît dans le Pérou : car fans s’arrêter à la def.
eription qu’on en peut voir autre part > il fufEt de dire que la
blanche cft la plus douce, la plus âlcxitaife> & celte qui caufe
le moins de naufées , & qui porte lé moins par les {elles. L’an¬
tre eîl plus deje<9live, vomitive & fudorifiqué. On peut pren¬
dre de.la poudre de Fane & de Fautre jufques à, un gros , ou
Pinfüfîon de deux gros faite dans de Peau.. Le marc qui en re-
fte eft fort adftringent. infin l’on foûtient qu’il n y a pas un
meilleur cordial , ni un plus fouverain remede pour les diar¬
rhées opiniâtres. Mais il ne faut pas douter que comme tous
les remedes demandent de la prudence , ks ignorans ne puif-
fent faire un mauvais ufage de Gclui-cy ,étant ehâud, fec , acre
& d’un goût fort defagreable.
Les &nfeéfeions de.Ecrmcs y de Hiaeinthes , de SalGmon ÿ
1 {ont d’autres cf^ces d’Antidotes & de cordiaux > dont l’ufage
efl: d’autant plus feur qu’il ny entre point d’Opium ypourveu
qu’on n’excede point la dofe ordinàife.^.Aü refte comme le peu¬
ple appde du Baume , tout ce qui eft de quelquc ufage confi-
derabie dans la Medecine , & même les cordiaux à la maniéré
des Chimides, qui font entrer le Balfâmique dans tous leurs re¬
medes , il cft à propos de marquer icy en paffant , que ce qu’on
appelé du Baume tout court , eft diftingué du Balfamiquc , en .
ce que celui-là caille le laitÿquof-que tout ce qui fait cet effet
ne fort pas du Baume » 6c que le Balfamique des Ghimiftesn’eft
qu’une qualité iadicible qu’ils eroyent voir dans leurs mumies r
êC même dans nôtre humide radical. Quant à rOpobalfamum
dès Anciens , il y a long-temps qu’on ena perdu la connoiffance
6c qu’on nous donne de l’huile de mufeade p(our ce fuc , quoi-
que Profpcr,Alpinus ait fait mention; d’une efpece d’Opobalfa- rid Geiman.^
mum , dont les Egyptiens de fon temps fc fervoient encore , & 1^71-
auquel on a fubftitué le Baume de la nouvelle Efpagne , 6^ ce-
luy de Toiu , qui tout falfifié qu’il eft fou vent , ne laifte pas m . / 9'.
d’être l’idole ie tant de femmes qui y cherchent ce qui n’y eft
pas, à» Germmh..
I^'xîj Ejjak de 'Medeme^ '
On ponrroit demander icy, fi parce <^uc l’efprit de yitriol
i cft appel! é la f terre angulaire des boutiques de syipotiquairer^Wxx^
s ' feroif point un çordiiil , & fi le fucre & le miel qui entrent en
I tant de çompofitions , & qui les conferyent comme l’amc fait
i ‘ le corps, ne meriteroient pas auffixe nom ? A la vérité tout ce
f qui nourrit , tout ce qui çonferye l’humide radical , ôc qui fo¬
mente la chaleur uacürelle , femble avoir quelque chofe de çor-?
dial > puifqiie l’aliment meme eft fami du cœur , & que quel?
ques Médecins ont penfé qu’il -n’y a rien de cordial que ce qui
nourrit : mais à propremenc parler il elt affuré qu’il n y , a que
ce qui s’oppofe a radiviré -^ malignité des poifons qui mente
efFedivement ce hom : ainfi refprit 4e yitriol , celui de foulfrç
: & tous ces efprits volatiles qui {put à la mode , ne font pas a
proprement parler* j des contrepoifons , quoi qu’ils contrecarrent
la pourriture j à la refcrvc de çeiix quon tire de la corne de
cerf , des yiperes St de quelques autres cordiaux. .
Le facré & Iç miel» quoi-qu’ils foient d’un grand ufagç dans
la Medecine , & qu’ils entrent même dans quelques compo-.
fitions cordiales , ne reparent pas la diffipation des efprits, nf
ne S' oppofent aucunement a la malignités car çé n’eft pas icy le
lieu d’çxaminer > h bien loid d-avoir ces qualitez , ils contienr t
nent des erprits fi penétrans acres , qu’ils approchent des cor-;
rofifs 5 ou fi le dode Turnebe a eu raifpn de dire ^ quol-qu’en
un fens figuré.
Adverfat. Uk, th lïon et(mm mi mel non ^àfit tUc ^a^iî^
Concluons donc qüe les cordiaux ôc tout ce qu'on appel®
contrepoifon , quoi que bien plus fur que les purgatifs, les vo-^
îhitifs , Ôt même que quelques alterâtïfs ue laifient pas de re?
quérir bien de la prudence dans l-ufage qu’on en . fait
Pn pourroit encore demander icy î Vü n’eft point d’Antidote
particulier contre la morfure du chien enrage , le plus forrnW
dable des poifons 3 àquoy je répons que comme le beurre de va?
che mis fur la playe , les Ecrevifies , la Gentiane , le Rubia ,
EAlyfiirm de Diofcoridc ne palïent que pour des reroedes de
campagne chez quelques Médecins 3 les ventoufes iaerifiées fur
la partie , ôc enfin l’eau marine , font quelque chofe de bien plus;
fur & de plus particulier ■ mais qu’aprés' tout, il n*y a rien de
meilleur & de plus expérimenté pour ce mal, que la poudre de
Palmarius mêlee ayec la poudre iTheriacale.
Je ferois enfin au bouc de ce grand Chapitre des Contrepoi'j
foDS
Troifime Partie. Chapitre V 1 1 1. • exiif
fons & des cordiaux , fi je n’avois jugé à propos d’imiter le faoc
perc de famille , qui garde ordinairement le bon vin pour la fin
du repas.
Le vin donc réjcjüit le cœur , raffine tes efprits , & en repare
la perte quand ils font diffipez , ô: n’eft pas moins un remede
qu'un aliment, pourveu qu d foit bien choifi&pris médiocre¬
ment. Sur quoy on peut voir les vers de Mncfithée marquez
dans le Livre ^ des Dipnofopliiftes d’ A thenée, & marquer en
paffant cette autorké de Ju vénal.
Jffe capMUto dîffufum ConfuU fotat
Caicfitamque tenet bellis focialibus uvam
Cardiaco * nunquam 'cynthum Mijfurus amico.
Les Grecs l’ont nommé 6/W d’un^ertain Oenus , qui félon
eux, fut le premier qui s ’avifa de preffer le raiiin. Les Latins
veulent que vimm^ vineaY\tnnQn.i du mot z'Ajqui force.
C^oy qu’il' en foit ceu x 1 à me feinblenc avoir parlé affiez j ufte qui
ont dit que le vin avoir été donné à Noé après le déluge com¬
me lin figne ôc une marque d’amitié , & que comme les peres
apres avoir châtié leurs enfans , leur font quelques prefens.
Dieu donna le vin Scies chairs des animaux aux hommes après
les avoir châtiez par les eaux du deluge. On juge communé¬
ment de fa bonté par ces qualitez. .
Vina probantur O dore , fapore , nitore 3 colore , v
IBortia ^ fêrmofa\fraprantia yfrtgida y frïfcd. '
Car quand au fol, on veut qu’il en foit comme des hommes,
dont le Pâïs natal eft fort indiffèrent pourvu qu’ils foient ver¬
tueux. Mais quoy qu’on rencontre de bon vin en bien des Païs,
U faut beaucoup de defîntereflement pour en juger équitable¬
ment. Car qui ne fçait que chaque nation- préféré le fiên à
celuy de toutes les autres. M. Redi premier Médecin du Grand
Duc de Tofcanc , fi connu par fon érudition 6c par fa poli-
teffe a adreffé un Poëmeà Mr l’Abbé Ménagé intitulé
in Tofeana^oh. il femble mettre le vin Florentin , au deflus des
plus excellens vins de l’Europe , quoy que tout ce vin dont il liiv
fait prefent avec tant de confiance, ôc en faveur duquel ilpa-
roît fi prévenu , ne vaile peut-être pas , deux de ces beaux
vers avec lefquels Mr Ménage a payé le vin , quoy qu’un Mé¬
decin Italien ait appelié les vins de France les bourreaux de
l’eftomach en comparaifon de ceux d’Italie , parce, difoit-il y
que leurs vins étant meurs il fc changent en nourriture.
P
* ideft fyncopc
lab'oranti. fuv$».
Scipie Mettur.
c- %-].
Perreni/tn-fol. 31^,
F. vderloh em»
mm.Ucor. l, i.
V. 7. ytardinm in
génial^
[..(juoiammi mon
fequ^ntar temfer.
(or^oris.
cxiv Effais de Medeclnè,
Ainfi la pfeV^ntion que chaque Nation a pohf fon
pas nouvelle, les hommes n’étant gueres moins jaloux de la ré¬
putation de leur vin que de celle de leurs femmes. En effet
c’eft une maladie fi univerfcllc, que comme il n’y apas demere
qui ne foit prévenue de la beauté , ou de la bonne grâce de fa
fille , il n’y a pas de pere de famille qui ne prenne fon vin pour
del’Àmbrofie,& dont . on ne gagne le cœur en le loüant Mais .fi
le vin a tant de bonnes qualités qu*il eft appelle chez Suidas
eim , du mot ôïi,Tif y qui fignifie utilité & fecours j & s’il eft un
E grand Problème, qu’il efï, difficile de dire s’il a plus fait de
bien que de mal j c’eft pour cela que je croy qu’il ne fera pas
mal à propos de le regarder ici par ces deux différens endroits.
Je commence donc par ce, qu’il a d’excellent , & qui le fait re¬
garder comme un cordial dans la diète des fains & dans celle
des malades.
IL eft chaud & humide, de facile diftribution , & rétablit les
forces perdues par fa tenuité, & par fes efprits^ », toutes quali¬
tés d’un cordial & d’un aliment. C’eft pourquoy Bacchus eft
appellé par les anciens le pere de la fanté h/one , 6c par un Mo¬
derne fftmmus penetrator. C’eft ainfi que Xenophon l’avoit ap¬
pelé la Mandragore de la trifteffe par une expreffion bien par¬
ticulière, & Platon a écrit un Livre de fes loüanges j 6c
c’eft pourquoy les Xomains, avoient non feulement une Deeflc
M^editrina j mais encore des fêtes âppellées MeditrinaliaiOxi on
offroitduvin vieux & nouveau , dont on faifoit quelques eftais
l’ayallant en maniéré de médicament 6c de prefervatif , en
difant vetu$ novum vinum biho , 'ueteri novo morbo medeor. C’eft
encore pourquoi ils faifoient frapper des médaillés, où la DccfTe
affife furiun-Thrônc donnoit d’une main à manger, à un
ferpent , 6c mettoit de l’autre une couppe pleine de vin fur un
Autel. Dieu, dit encore Galien à ce fujet, a donné le vin à
l’homme, comme pour le rajeunir, ôc.comme un charme auX'
ennuis dont la vie eft pleine , 6c même pour rendre l’efpricplus
docile, 6ç enfuite plus ferme , parce que comme le fer fe rend
plus traitable par le feu ,Jcs âmes féroces s’amolifïant par ce
lenitif , viennent enfin à s’humanifer. C’eft pour cette raifon
qu’il dit autre part , qu’on le fait entrer dans la Thériaque,'
ayant cela de merveilleux qu’il facilite le mouvement du fang
6c des efprits.; Il y a bien plus,, puifqu’il adoucit l’amertume de
la bile.,. 6c rallcmit fa ferveur^ même qu’il provoque le. fouis
Troifiéme Pmie, Chap. V 1 1 î.
-ïneil , St que par une faculté oppofée il reveille & éguife l’ef-
prit , le menant quelquefois fi loin par de belles faillies qu’il eft
appellé le cheval du Poète. Qui ne voit même qu’il excite les ris
& les amoursj qu’il cîiâfle la mélancholie , qu’il donne du cou¬
rage auxpufillanimes,qu ilconferve la chaleur naturelle, qu*il
^ fortifie les membres , & qu’il donne la fécondité au beau fexe?
Nous avons cy-devant remarqué qu’Afclepiade, qui comparoîc
fon pouvoir à celuy des Dieux , fut le premier des Médecins
qui en accorda Tufage aux malades. Auffi n’a-t-on pas fait de¬
puis ce temps-là de difficulté de s’en fervir comme d’un reme-
de, ôc même dansies fièvres qui ont quelque malignité , pour
ne point parler dequelques autres fièvres, jufqu’à quelques ar¬
dentes qui ont été quelquefois gueries par l’efpritde vin 3 parce
qu’on en pourroit abufer en ces occalions. Enfin le vin n’efl:
pas feulement le fpecifique des champignons les plus dange¬
reux , mais encore fon propre contrepoifon , tant il eft capa¬
ble de diffiper les impreffionS qu’il a faites par fon fouffre nar¬
cotique : ainfic’eft un Dionyfus , un libérateur. Voilà cerne fem-
ble le bel endroit de cette médaillé : mais fi. nous le regardons
d’un autre côté , c’cft un revers des plusfiirprenans', le cordial
changé en poifon par l’intemperancc 5 les braves compagnons
d’ülilFe changez en pourceaux , par cette Circé, 6cun Lucifer
, en puant charbon \ Plaute a beau nous dire, que fi le vin pou¬
voir parler , il n’auroit pas de peine à fe deffendre,
Vimmfi ■
Fahulari f offët fe deffènderet
puifqu’il n’a pas même pardonné à fon inventeur , P£oc ad
unittS hora ebrietatem nudavit femoralia fua qua fofi fexcentos amoi
cantexerat , pour ne point parler des mauvais offices quil rendit
depuis à Loth 6c à Samfon. Ce n’efl: pas Amplement un de ces
filoux qui fe contentent de piper, c’efl: un voleur qui dépouillé
les gens, comme font l’amour 6c le jeu quand on n’eft pas fur
fes gardes, .
Vives eramdffdumfecerttnt me tria mdum^ .
Alea^vina^ Venus ^ f er qua Jum faBus ègenus.
Il va bien plus loin , il infpire la cruauté ôc le meurtre.
Qu’elle plus horrible figure que celle des Centaures 6c des
Lapithes agitez du vin ? que de rage , que d’hommes , de fang
&. de vin répandus par terre? C’efl: dans le vin qu’ Alexandre
tua lâchement fon ami Clitus, Comme le . vin n’efl: que du feu
P y
V . OlftrvAt, J- J.
*»»■ 2.. Avifcell.
Medic. 2hyftc. Gtr-^
mAn.
A<£t
«4 061
(Anum^
Vç qui'Confurgitî#
manc ad ebrieta»
tem fcdlandam.
l[Aii. s- Cui vç -, .
coi rixîB, cui foriç,
cui fine c»ufa vuk
ncra , cui fufFafio
ocalorum , noanc
his qui commorant
in vi;50 , & ftudenc
calicib. cxolvcndis.
Froverb. zr-
/«smquodopinionc
& ariogantia im-
f leat animum»
\.Tt\tuUUn,
ndverfm
Uurciomm.
'Etihulus apui
Cd.
Bernard. Tottm
MonathftS'T
Crnul. aBu î.
Sçtna
cxvj de Jldedecine.
chez Homère , iln’eft qu’infolence chez Platon. Il ncrefpîre ;
fi on s’en rapporte à Hefiode que flâme &c fureur 5 c’efi ainfi*
qu’en ont parlé Aulugelle 5 Maerobe , Plutarque , Suidas êc
même tous les Médecins. Ce n’eft que faillies & boüillons chez
les Poëces Lâtms fervida vina, comme c’eft même l’enfant du
feu chez les Grecs w; & partant gardez-vous en biem
C’eft encore à caufe du meurtre &; du carnage qu’il a caufé,
que les Egyptiens fe perfuadereht qu’^il étoit Ibrti du fangdes
Geans répandu fur terre , aufli étoit-il le figne du fang dans
les facrifîces des Païens. *
Fufaque in obfcænum mutamur vîna emorem^
Comme il eftdans tes faintes Lettres le fang du raifin
gîtine üva , 6c même le Symbole de la vangeance -Divine , focu^
lùm in manu Domini efi vino mero repUtum.ixx eftet fi on en exa*
mine les fuites on trouvera qu’il n’^a pas moins enfté le cothur¬
ne tragique, quont fait Tamour, Tambition & lavcngeance> &:
qu’il n’attaque d’abord la tête que pour mener les pieds dans
des précipices, témoin l’incefte de Macareus.^ Comme le pre¬
mier verre de vin , dit tin bon Auteur, eft dédié à la fanté,le:
fécond au plaifir, & le troifiéme au fommedi de même le qua¬
trième eft la caufe des outrages qu’on fait & qu’on reçoit fou-
vent après avoir "beu. Le remede eft donc > comme l’a crû Solon >
de luy aflbcier les Nymphes.
Très mifeeks aqua parteSi fit quarta liai.
Autrement il ne faut point efperer de quartier de cet eflneï
mi. Il faut que nous le faflions changer de nature , ou qu’il
nous en fafle changer , vinum perdendum aut ab eo perdi ,-car en¬
fin fa nature eft telle, qu’il le faut noyer pour l’empêcher de
faire du mai au genre humain. Mais eft-ce de cette maniéré que
ta bonne femme lüy fait la Medeciné dans le Comique >
Kiden ut anus tremula medicinamfiacit î
Eapfe merum eondidicit bibere ^foribuydat
Aquam^ quam bihant.
On remarque même que la Providence divine fembte avoir
ofté la connoiflance & le goût du vin à la plûparc des animauXy
parce qu’il âuroit augmenté leur férocité 5 quant aux mala-
« Maicâreas uWus cûngètieris ( forons^ amorc corréptus aliquandiu calamirofam !cs;ri-
tudincm füam cônrinuit compefcnitqué leipfum : ve'rum uridem Vino, tanquaiti duce
frétas . quod fdlum niorraUbus audaciam prçbet , contra quam fapienter antca dccrevcr
rat , noàu furgens quod çuplcbat abftuÜt. Àthen. /•lo.D/pso/ofL
Troljteme Partie. Chap. V 1 1 1 . cxvî/
àcs que les fagcs Legiflateurs en laiff rent la dirpofition a la
prudence des Médecins, 6c c’eft a nfi q e Zcleucus les punifToic
de mort s’il réchappoient après en avoir beu dans leur mala¬
die. En effet on n’abufe gueres de ce grand cordial fain 6c
malade fans devenir inutile à la République 6: à charge à ' =
la famille. V'inùm <^uod in corde fobrii , id in lin'^uk ehrii. Oni dit
franchement, ou plûtoft fortement, ce qu*on penfe quand ou
a du vin dans la tête, yinum animi fpecttlum. In vino veritas.
Le vin cft entré, difent les Hebreux , 6c Icfecrec eft forci. Le
piseft que cet état pitoyable où il réduit ceux qui en prennent
trop , les mene petit à petit à des convulfions , des goûtes , des
apoplexies^ des paralifies , 6c à des infenfibilités de corps 6c d*ef-
prit.. Car confiderez un peu cet homme cy- devant "li vif,
lî agiffant ÔC qui raifonnoit avec les intelligences , c*eft moiris
qu’une bête. Ibn’eft, dit faint ^ ni vif ni mert. O çSi Cef.
quelque chofe de femblable aux* Idoles des Paycnsv qui ont
des yeux 6c ne voycnt point , des oreilles 6c n’entendent
point. ' ^ ■ '
rJm cum jat marpep cauieh -
N’eft-ce pasdà encore un eftat pire que la folie même, à la- tionem damm ho-
quelle il mene fi natureliment, que Platon a dit que les Dieux
le voulant vang-er des hommes n avoicnt pas trouve de moyen legeDmiog. a.
plus feur que de leur donner le vin pour les conduire droit à
la folie ? Si donc il peut faire tant de mal aux hommes , que ne
ferat-il point aux enfans qui font bien moins capables d’y re-
iider ,* 6c dont il n^eft pas moins le p'oifon , qu’il efl cenfé leiait
6c le cordial des vieillards. G’eft pour cela que Galien n’en con--j,. Symph. campUg.
feilie l’ufage cpi’à Page de vingt-deux ans , dc crainte qu’apres- htfior.caien. 1.3.
avoir in fenfiblemcnt échauffé la jeuheflè i elle ne 'vienne enfin *
colere,cruelle, pafîionnée pour les femmes, 6c enfin hébétée.
Auffi Gallego * -Médecin de la Reine de France Anne de Brc- * Tratiatu de akn^
tagne y fe déclaré hautement contre la coutume de ceux- qui ifi/anttb. ^
donnent du vin aux enfans. Un autre ^ va juTqiies à le deffen-
dre aux nourriéesy de crainte que les enfans qui ont ferofoi. 158.
rc des difpoficipns au , mal caduc n*y tombent eftedivement >
pour ne point parler de tant d’autres graves Médecins qui font
de leur icnciment. En effet ces jeunes plantes ne manquent
gueres à fe fentirdes qualités de la liqueur dont on les arrofe.
Ce qui a fait dire à quelqu’un que le vin étoit femblable à la
chaux J 6c que comme elle fait jetter promptement les feuilles
P 'd
'Ark
itH
t.%. CAŸ-Ï.
Waèms
cxviij ^ 'EJJah de Médecine.
ô£ les fruits aux arbres , mais quelle les faitcnfuitc mourir*
de même le vin éguaye la jeuneffc , & la réjoüit luy faifant
même produire quelques fleurettes , mais que la fuite ne man¬
que gueres à en être funefte , de forte que toutes ces jeunes
f. remit, fol. }8. plantes fcichcnt bien tofl: fur le pied , & qu’il nef elle de tou¬
tes cçs fleurs , dont on attendoit quelques fruits, que des bayes
d’Asphodcles , & de trilles fruits de Cyprès. Cela efl: fi vrai
que Galien marque expreflement , que c’eft jetter de rhuile
ldidefmit.mnd. le feu que d’en donner aux nourrices & aux enfans. De
plus, qu’il emplit le cerveau, caufe la toux, les écroüelles, &
enfin la phtifîe. Il ne faut donc pas s’étonner fi un grand nombre
d’enfans, jolis & fpiritucls , ne manquent gueres à degenerer
de cet état quand ils entrent dans radolefccnce, pour s’être trqp
toll accoutumés au vin , comme Palmarius même Médecin de
la Faculté de Paris l’a remarqué de la jeunefle de cette Ville
en particulier dans fon traité du vin î & fi on leur applique cet-
te penfée de quelques anciens qu’un bel efprit a ainfi rendue
en fa langue Faucmli toto fpirto , Muomini toto feccia. Corne il fan- _
cinllo Stejichero choroin bocca loto emtino i rofignoli^faîti f iu grmdi
mughiam corne bmi. Mais ilUe faut pas oublier que les Republia
ques de Rome , de Carthage , de Marfeillc , & quélquqs autres
qui entrerent dans l’efprit de leurs Philofophes 5c Médecins , ne
fê contenterent pas d’en interdire l’ufage aux enfans , mais
qu’elles .n’étoient gueres plus indulgentes , à l’égard des fol-
dats qui campoient, M à l’égard des femmes , parce qu’il efl:
Pâiguiilon delà fénfualité. lac Ventfii. F'cnerh fcomtpr&:
^rmigefé C ainfi que l’ufagc du vin fut entièrement inter¬
dit aux Dames Romaines , & que pour les appaifer en quelque
maniéré on leur accorda ccluy des bijoux ècàcs ornemehs dont
elles font fi curieufes , & d’autant plus volantiers , dit Valere
Maxime, quelles n’étoient pas encore expofées aux yeux ôC
aux atteintes de ceux qui aiment à troubler la paix des famil¬
les. Dés le temps même de Romulus^ la Loy leur deffendoit .
Il expreflement dé boire du vin , qu’un certain Egnatius Me- s
cennius ayant tue fon époufe pour en avoir bû, il fut abfous
‘ en jugement par ce premier Roy de Rome. Un autre Dame
meurt par ordonnance du Magiflrat fous des faifléaux de ver¬
ges de myrthes , pour avoir bû à fon tonneau. On en fai?
mourir une autre de faim , pour n’avoir pas gardé avec aflTez
de foin , les eicfs du. cellier 5 ôc on avoir tant d’averfion pour
Troifteme Pâme. Chap. VlII. gxîx
celles qui beuvoient du vin , que les hommes baifoient leurs pa-
renies en les faluant , fous prétexté d’amitié & d’honnêtete ,
pour s’affurerfî elles obfervoient la Loy du Prince , qui leur
dejfFendoic l’ufagc du vin. C«s fages Païens n’avoient que des
raifons de Politique & de bien-feançe de defFcndre le vin aux
femmes 5 ruais les Héros du Chriftianifme ont bien d’autres
Tcuës , puifque faint Jerome en defFend l’ufage , à celles qui
ont choifi le 6ls de Dieu pour époux , le confiderant comme nieren
le venin le plus prefent dont le Démon fe puiffe fervir pour chinm.'
empoifonner une ^ ame. Que ne devons -nous donc pas penfer * • •
de quelques Marchands qui non contens de fomenter 6c d’en-
tretenir l’intemperance par la quantité qu’ils en donnent à tous
venans , le gâtent 6c le rendent d’un ufage très- dangereux , y
mêlant des ingrediens corrompus 6c quelquefois corrofifs pour
luy procurer une force 6c une vigueur qui n’eft agréable qu’aux
yvrogncs,êc aux gens de mauvais goût, defordreaufquels les
Magiftrats ne remédient pas affe , tant il eft de grande im¬
portance.
Quant à ceux qui paifent jufques àTufage de l’eau de YÎCr
il eft certain qu’elle leur débilité l’eftomach , ôcles parties ncr-
veufesj ôcqucl’efprit meme de ceux qui enaburent n’eft gueres-
fans fe fcntirdefes' impreflàons. (S’eftpour quoi Scipio de Mercu^
riis dans fês Livres des Erreurs populaires dlcalie,fouhaitequè
quelqu’un perfuade aux Princes de mettre un forr gros tribut
fur cette eau ardente ; car, dit-il, quelle proportion entre le
feu de cette eau, 6ç la chaleur naturelle^ l’une travaillant aux
codions , 6c l’autre débilitant tellement 1 eftomach quand ou
en abufe , qu’au lieu de digérer les alimens il ne produit que
des crudités. Quoy qu’il en foit , ajoute cet Auteur , de quel¬
que utilité qu’on s’imagine l’eau de vic' , c’^eft voiilok s’accoû-
tumer à regarder fixement le Soleil que de prétendre s’y ac-
eoutumer. Les Charlatans qui afFcdcnt de quitter les voyes
ordinaires de la Médecine , promettent tout de cette liqueur,^
niais tout ce qu’ils font avec ce remède , n’eft que tromperie
6c palliation 5 car à la referve des maladies de Chirurgie , il
arrive fort rarement que l’eau de vie entre dans lufage de la:
Mcdecine , fi ce n*eft de la Veterinaire. Au fil lifons-nous entre
tant d’exemples que nous pourrions rapporter , icy que François-
de Gonzague , Marquis de Monferrat, s’étant fervi de ce re-
43Jede par lavis d’un Médecin Italien , pour fe précautionner de
cxx EJJkis de Me decint.
certaines indîrpofitions , ion cftoinach le relâcha de telle ma*
nierc, que tous les alimens qu’il prenoit fe tou rnoienc.en vents*
de forte qu’on eut bien de la peine à le tirer d’une hydropifie
timpanite où elle l’avok précipité. C’eftainfi que le fameux
M' Defcart CS mourut-il malheureufement pour en avoir abufé,
comme nous l’avons marqué en fon lieu.C^ant à rufage.qu’en
font quelques femmes idolâtres, de leur teint,comméellesne s’en
fervent qu’exterieureraent, je n’ay pas grand chofe à leur dire-:
car 11 elles font bien perfuadées que cette eau applanit lesiné-i
galités du cuir, en vain leuj: proLiveroit-on.qu’.ellc le brûle à la
continue. Je ne doute pas même qu’elles n’en firent , fi elles
font perfuadées qu’elle les peut rendre belles ,, ce que la bonne
femme faifoit du vin. Sou Médecin luy avoit dit qu’elle feroit
bien de s’en laver les yeux j mais cllecrüt qu'il feroit encore
mieux fi elle s’eu lavoijc premièrement i’cftomach. C’eft ainû
que nos femmes avalcroient pour devenir belles , non feule*
ment l’eau de vie î mais i’eaiU, de départ, puifquelles fe font po¬
lir le vifage par des eaux de cette nature au mépris des. eaux
dlu célébré M. Brieubceuf dont les affiches leur promettent une
jeunelTe éternelle. -
. FiniiTons , revenans au vin,, & eoucluons .qu’avec tout cc que
nous avons dk à ravantagè du vin , & avec tout ce qu’on y
pourrqk ajouter , qu’il n’elt abfolumen.t parlant necelîaire qu’en
qualité de cordiaU qu’on s’en peut pajTer, 5: qu’il eft même
quelquefois ben de s’eu jabftenir. Ç’eft l’opinion de quantité
de graves Auteurs /uivis par Je doébe Adrian.Turnebus. En ef¬
fet i’éxperiençe nous apprend que tant d’ùommes de divers
païs & de diverfes eondkions s’en paflTent fort facilemcnt,qu’il
s’en trouve même qui n’eU ont jamais beu , & qui font tout ce
que font ceux qui en bpivent , témoin le dode Tira queau fî
fou vent allégué en cet ouvrage dont Mr de T hou a écrit en
fon hîftoire. Abjlemius £nim çumèjfet ^ triant a. liberorum ex ho-,
pejia^-’uxoye frfeepiorum parens:, ‘totiaem Uhrortim amorfuit ^ & Jîngu-
lis amis: fngulos libros ^ itbem jreipublic£ dsdit. Mais pour ne pas
paroître d’un opinion pardçuljere-lùr ce fait , je crois que le
meilleur edde décider cette affaire fuivant l’oracle du CIirif*
Ù2m\ime.:’Vteremodicovino ^dfiomachpmhXes Prophanes mêmes
nes’éloignant pasde ce fentiment, comme il paroît par cediftique?
Sumite nec nimiumiBacchi valet optimus tifus t
Keç minimum î hincmœroT provemt^indphror,
. CfiAF.
CHAPITRE DERNIER,^
Des fecours de U Medecme qui fer'vent à hrnement du corps
dr des differens ufages qu'on en peut faire.
Quoique ies Mcdeclus ayent abandonné il y a long- romps
la cure des maladies externes aux Chirurgiens , elles ne IhtZf. ctl'
laiiient pas d erre toujours de leur ancien domaine. C’eft pour- é*
quoy ceux-cy ayant abufé de la conceffion , ceux-là rentreront
quand il leur plaira dans leur héritage , ]ure 'Dominii pfûmi-
niti tout ce que les Chirurgiens y poffédcnt n’étant tenu qu’à
foy & hommage , faute dequoy il y a lieu à la faifie.
Or ces maladies externes ne fc raportent pas feulement aux
tumeurs 5 aux plaies^ aux ulcérés , aux luxations , aux fradures,
mais encore à quelques autres indifpohtions qui peuvent cftrc
comprifes fous celles-là comme des efpeces Ibus leurs genres ,
i5t qui ont leurs remedes particuliers. Mais comme il y a quel¬
ques-uns de ces remedes qui font innocens & permis , il y en a
d’autres qui ne le font pas chez les Chrétiens, au moins en de
certaines occa£6ns ,& à. de certains égards. C’eftainfi que cette
partie de la Pharmacie , qui s’appelle Cofirntique , a produit une Ars Ornatrix,.
fille appellée Commotique ^ laquelle bien loin d’être regârdéé Ars Fucatiix.
comme naturelle J ne doit être regardée que comme un mon-'
ftre que la Médecine & la politique ont droit d^étoufFer. Com¬
mençons paria mere , car nous ferons alTez-tofl: à la fille pour
en concevoir de l’horreur, 5c pour en dire avec le Poçce.
Atmm .
Définit in pfcem mulier forme fa fuj^erne.
3La Cofmetiquc ou i’ Art des ornemens permis , tire fdn nom
du mot Grec 5 qui fignifie., netteté, parure ^ ornement:, & ne com¬
prend pas moins l’extirpation de ce qui fe trouve de fuperflu
dans le corps humain , que la réparation & le fupplément de ce
qui y manque. Surquoy fion me demande fi T Artde Taghacot,
qui regarde la reftitution des membres mutilés, efi; permis. Je
répons qne s’il y a quelque folidité en cet Art , on le peut
hardiment pratiquer , pourvu qu’il n’en coûte rien au prochain.
Critobtile 3 après avoir tiré une flèche de l’oeil de Philippes
Roy de Macédoine, fait encore en forte qu’il ne paroît pas
q
Plinius hiftor.
n&tur. l. ig' c. lî:-
y. Marcel’ . Donat.
1. 1. cap. 8.
de Medic^ hifior.,
mrah.
%. X. de MeàiClyU'v
fetUb.cap. i.
fexîiif ^ \ EJ[ms dé Ad-èdeck^e,
qu li Toit borgne, îl n’y a rien là que de bien j. maïs de gâter fc
bras de Titius, ou Tépaule de Mevius pour reparer le nez, b
Icvre oü quelque autre partie de Marc,c’eil: ce me femblc pé¬
cher contre k charité. Car fi l’on m’allegne le valenti non fiu
mjma ne fçaic que perfonne n’eft maîtréde fon corps , &
que c’eft faire un maî évident pour un bien qui n’eft que dans
l’idée dedans i’ihtention î Quoy qu’il en foit,l’intereftdupro-
chain à part > je croy qu’il eft permis de chercher ce qu*on a
perdu J & de fe défaire de ce qui iüeommodc , & qui met k
la vie en péril. C’eft ainfi que la Ghirurgic^artie ancillarge. ,
de la Medecine coupe & tranche , & qu’elle remet des dents ôc
autres rnftrumens en la place de ceux qu on a perdu j c’^eft ain- ^
fi , dif-jc, qu’elle redreflè lesmembres tors, qu elle tire les corps
étrangers,, & qu’elle extirpe les excrefeences > les loupes, coh-
dilomes , verrues, &c. ôcquelle remédie même à quelque mar¬
ques ou taches naturelles qu’on apporte en venant au mom
de. Elle ne fait donc pas plus de difficulté de pafifer fes épon¬
ges fur le rouge des faces extraordinairement hautes en cou¬
leur, que fur le brun & fur le jaune des idères qui teignent
le cuir, - Elle n’émpefche pas qu’on Baigne les hommes & les
femmes pour la propreté & pour la fanté, comme nous le di¬
rons cy-aprés. Rien de ce qui contribué a la netteté & à la
blancheur du cuir & des dents, ne femble à la Medecine in¬
digne de fes foinsquoy qu’elle en commette l’execution à fes
miniftres permettant jufques aux refnedes qui corrigent les
defâux qui peuvent dégoûter dans le mariage. Elle permet
même de remédier à la perte des cheveux, fi on le peut faire y
puifqu’^il n’y a rien défi vilain qu’une tét© chauve, qu’on la
compare à un arbre fans feuilles , ^,Jine fronde nemus , qu’en-
fin Venus la chauve paroît bien moins fupportablc à Homere
que Vénus naurée, & couverte de fon fai^ , Fenm calva fnrp;--
tor vdnerata.. 11 n’ÿaqueles rides , ces enfans du tems, qü’élîe
femble refpccter, ou qui lui paroiflent des noli me tangere. C’efe
pour ces raifons que Galien définit la Cofmetique , une hahi--
tüde effeBive de l^entenâement y. qui conferve ta beauté naturelle di^
eorps humain , qui P’a retaUit quand elle fouffre quelque perte ^
diminution-, ^ c'éiï en cela qu’elle différé de la CommotiquC y
qui ne travaille & ne s’occupe qu’à procurer unô beauté ap¬
parente , fauffe , empruntée & qui n’à rien de naturel , & con¬
tre laquelle laPhilofophie&la Médecine fe déclarent commÇ
TraiJtemepAriU.ChiL^.Jkmttr. Cîxîîî
fait tout le Chriftianifme. En efFet comme la beauté de l’a-'
me regarde le Philo fophe, ou le Médecin habillé en Philofo-
phe , celle du corps regarde plus particulièrement le Médecin
qui l’a définit un rapn^ une mefüre dr me frofortion du tout auK
farties , & des f unies au tout yfoütem’é de U gruce de la couleur j ou
fl l’on veut, une difpfition du corps agréable aux fenSidont la ton-
Jervation dépend de la bonne confiitmion dr du louable temperarnem
des humeurs. Or comme cette grâce, & cette louable difpofition
fert à la faute des particuliers , elle n’eft pas moins utile au
public ôc au commerce de la vie ; car quel plaifir à vivre & à
traiter avec des perfonnes dilgraciées de la nature ? ddii on
conclut que ia Medécme a droit de fefervirdela Cofmetique,
& de corriger tout ce qu’elle appelé Turpitude dans le corps hu¬
main , jufques à la malTe des chairs , 5c des graiffes qtfon y com¬
prend, cette mafle n^ét.antpas moins incommode é: defagreable
qu’une extraordinaire maigreur. Car quant aux autres di-
inenfions du corps , comme il n’y a pas plus de remede aux
tailles gigantefques qua celle des Nains, je fuis furpris de
fvoir que Galien nous ramene à ce propos la cruauté d’un cer^
rain brigands qui coupoit les pieds de ceux qui luy fem-
iDloient trop grands., pour les réduire à la hauteur naturelle de
l’honime. "
Ainfi quant à cette largeur qui vieut de la maffe 5c de la graîf-
fe du corps , ôc par laquelle j’entre en matierei comme il meft
pas jmpdffibied’y remedier, il le faut faire avec une application
n’autantplus grande , que ces fuperfiuitez font , (elon Avicenne ,
^ les entraves du corps humain ,, compedes cerporis , 5^ pour par- * 7-
1er avec piaton fa Prifon j témoin ce Nmomaque de Smirne qui
étoit fi gros &; figras , qu’il ne pouvoir marcher ni même toucher
.à iès pieds, pénis Heraclèot , ce monftre de chair 5c de graiffe ,
qui de crainte d’étoufer , fe fai fok couvrir le corps de fang' ^
fuës réveiller par des pointes d’éguilles. Ce fils de Lucius Dei^n&fp^hp. Uk
Apronius homme Confulaire , & quelques autres âufqueis on »•
enlevoit une partie de la graifle qui les menaçoit d’opprefiîon.
Géft donc de cette manière qu’il faut entendre Galien , oii îi
nous dit que ficette maffe n’eft qu un Simptôme, quand elle ne
hleffe que la beauté, elle eft une maladie quand elle empêche
l’aclion. Il en eft de même quand elle caufe quelque çhofe de lUn. lih. ir; ap.
femblable à cette infenfibilité des éockons , dont les fou ris , dit- 35-
on , percent le cuir.^ la graifie fane qu’ils Je fentent 3 fi dis-je , *
qij
v. Uttreell. T>onnt,
de Medic. Hifi mi-
rab. lib. s.ca}. x.
CurdAU. lib* de
fubtilitau.
MArcettas jyonat.
lib. j- cAff Z. de
Medic, Hifiot. m-
TAbil.
Gstnba-.d livre f.
Epgramm.
dmKScgnsQijtfi^^
2ajil, Uh. de virgi-
nib:
tmec. Épi fi, 7^,
cxxiv. r. de MedecIne.
on, veut procédera la cure de cette fuperflaité , il n’y faudra paj
peu apporter de difcretion , puirqu il peut arriver de grands acci-
dens dans la diete > dans l’adminillration des remedes , & dans
la colliquation ou fonte des matières , comme il arriva à un Roy
d'Erpagne, qui mourut pour avoir voulu fe dégraife , par le
moyen d’une herbe que Cardan nomme Imgm , bien dif¬
ferent de ce Sanche fils de Ramire Roy de Leon, furnommé
le Gros, qui fut dégraiffé par le fecours d’une herbe quel’Hi-
ftoire ne nomme pas j moyen qui fans doute n’étoit ni fi feur, nï
fi efFedif que la diete qui ne manque gueres , quant elle efl
cxquifè & accompagnée de quelques remedes , de faire l’effet
qu’un de nos Poètes a marqué dans cette Epigramme. ,
Diemi ejl-u un mtn , e^- ce luy-mème ,
J:)\u vient ce changement extrême i
Il était gros y il efi menu ,
Veut-il pajfer four inconnu ?
il furprend la veué y il étonne r
Ce n*ejlqu untiers de fa perfmne ^
Dame diette volontiers
Mn a pris les deux Autres tlerS;
Pour la cure de la maigreur extraordinaire, fi elle efi natu«
relie, il n’y a pas beauGoup de remedeàcette erpecedeT^r/i?»
jamais fi elle provient de cette ahftinence que je grand Hi-
pocrate blâme dans de certains hypocondriaques , 6c que les
Chrétiens mêmes condamnent quand elle va à l’excès , & à- la
diflolution des forces,- il n’y a que ce que la Medeei ne appelé
Jnaiepfe y bonne nourriture , repos 8c tranquillité de corps ^
d’efprit , qui foient Gapables; d’y remedier. yoila pour la graiffe
&:pour la maigreur. - i- - ;
Les Varices: font, une autre erpece de Turpitude & d’încom^
mbdité qui paroît au Guir , quoi-que le mal loit dans, les vaif-
féaux ) mais la curç en efi: fi douloureufe que la patrence dabrave
Marius- , étant allée jufques à fouffrir l’operation qu’on luy fit
â uiie des cuijflfes 1 il aim:% mieux garder le mal de l’autre,, que
de guérir par un remedefîdouloureux , quoi-qué Seneque nous'
allégué un homme qui tenant un Livre pendant qu*^on luy faifoit
cette operation, encoritinua la ledure jufques à la fin.La couleur
du cuir peut s’effacer, comme nous l’avons remarqué cy-deffus»
quand elle n’eflpas naturelle, tant par les remedes internes qu5
parles cxççrnçsy^s: quand i..ç|ttçdéperdition de fubffance qui -
TroifiêmePame. Ch^Lp. defnier. cxxv
fait des cicatrices , on n-a pas la même facilité de la reparer
non-plus que certains feings & certaines contufions, brûlures
& autres impreflîons , ôs particulièrement ces feings qui font
naturels ou inveterez. En ces cas-là il les faut foufeir gc imi¬
ter la patience de cet Evêque de Narni dent parle Saint Gré¬
goire, qui fe voyant moqué de Totik Roy des Got5,à caufe
de fon teint rouge & horriblement eoEamraé , ne laiffa pas de
prendre la chofe £ doucement que ce Prince ayant enfuité
appris que cette couleur étok naturelle à ee bon Evêque , il
l'uy rendit depuis tous les honneurs dûs à fou caraélere & à là
vertu.
Au reÛe comme Celfe & Galien ont obfervé qu’il étoit per-^
mis dans les cas de neceffité de faire fervir les fecours de la
Pharmacie àla Cofmetique , ils ont rnême crû qu’il étoit allez
difficile à des Médecins qui fiiivent k Cour , & qm fréquentent
les femmes de qualité dene les pas contenter, & de ne pas- doit-
ner jufques dans k Gommotique , tant, ona de peine ,-difent-iIsv
àfe défendre de leurs importunitez , curieufes quelles font die
tout ce qui les peut rendre agréables. Car
&i ton en croît ces heüei li âmes f
. n ont four tout cjüe le àtho^rs -f
Le Cul ne leur donne des nmet y
pour a/uoir foin de leurs corps,'
Maïs comme ces Médecin# avoient leurs veüës , 6c qufih vî-
voient dans le Paganifme , il ne s’enfuit pas pour cela qu’un
Médecin Chrétien nkit de plus grandes inefiires à garder dans
ces occafions , que des Idolâtres. Puis donc que nous Voila in-
fenfiblement tombez fur la Commotique ^ il n’y a pas de doute
que comme il eft permis à un Médecin Ghrétren > félon tons les
plus rigides Gâfuiftes , de eonferver k beatité rrnturélle pardes
voyes honnêtes j de même ce qui n’elt que fard , platras , appa¬
rence & faafeté,ne liiy eft nullement permis, s’il ne regarde
un organe perdu qu’on peut feindre par un fuppofé , pour évi¬
ter une ex traÀ)rdinaire difformité , toutes ks"^ autres feintes étant
même indignesd’ûn honnête- homme,-gc à plus fores raifon d:’uri
Chrétien. , quoy on doit ajouter que ces medicamens dont ou
teignoic le tçin & les cheveux des hommes &; des femmes du
temps de Galien, dont. on teint encore à prefent lé cuir , cau-
lènt, félon ce grand Médecin, des maladies dangereufes, & en-
tre^autres des fluxions, epilepfies, apoplexies gc trembleméns. Pouh
Cafiîus Ep^fcepüs
NainiexilisC ;
ëomhmil ’Efigrum.
QuatcniTs ttiaîie-
ribas corpori fui
cura enpi non ,po-
teft. Celfu$ lié. /.
CAp. 6.
Nemo illarum eft
quæ non æqujGii
ferat animo fi ref-
pubiica mibcEttr
qnam fi coma, iîj-;
^olip. r^divi-vm,
Gültn. lié. r. dé
imprpt. Medical,
fecund. loc.
-V. Vo0um 4^
lié. s. cap
Ktrk-r. in arcansc.
Stibmm
Snktir. t.
Supercilia teni^
fuîigiae dcpinge-
k&t. ‘ ■
^lant. in M-,
cxxvj ^ Medeme,
le temps oix les fards 8c tous ces vilains artifices qui ne tendent
qu’à tromper ont commencé , ce ne fut , dit on , que lorsqu’He-
raclite de Tarente arriva à Rome , quoi- qu’on puiflë remonter
bien plus haut, quant aux premiers inventeurs de ces couleurs :
car fl l’on en croit le fragment qui nous refte de la Prophétie
d’Enoch , les Princes dtt monde enfeignerent à leurs femmes lu-,
fage des fards prés de 500, ans ayant le déluge. Clouant à I^l
teinture des cheveux&des.fourcils, dont ies noirs pàroifïoienç '
fl beaux , que Venus fut appelée par les poètes nigris fapercitus^
Clçuient Alexandrin donne cette invention à Medée,. Quoi*
qu’il en foit.il eft affuré que les Dames Juifves fe peignoient
les yeuXed’ Aiatimoine, témoins Ifabel, Tamar 8c quelques au^
très , vanitez qu’elles avoient apprife des Egyptiennes , ÔC qui
paffa aufTi des Eyptiennes aux Grecques^ ,8c de celles-cy au^
Romaines, ôc cniuite aux fiecles fuivansfous le nom d’Al|:poi^
ou de poudre, noire apparemment connaë de ] uyeqaL
llU fupercilium ?n^âida fuligine tini^um ;
Qbliquâ prpduxit MUo
Et plus particulièrement de T ertullien , nigfum ilium pdsvere^ '
(puo occuUrum primordm pinguntur^ Plaute, après avoir rcmarquç
que celles-là fencent ajez bon qui ne fentent rien ^ dépeint les
Vieilles édentées qui fe fardolent de fon temps , d’une mânierf
à donner bien du dégoût de leurs fards 8c de leurs peridnnes^o.
Eccfijlof mülief reê^fe olet uhi non olep ' .
ijls 'veteres fe unguentis unBitmt interppllep
Yitul^ edentuU pua 'uitiaiorporh fueo pccult^nti
eyhi fe fudor unguentis ponfociat illico
Jtidem oient quaji cum-multa ]^'e^ eonfundit coquus
^^id oleas nefeids niji id unum m^le olere mtelligas.
Elles ië fervoient encore d’un mélange dç Saffran pour îei^?
dre les cheveux^ qu’eljes faifoient enfuite fecher au Soleil , fo¬
lie , dit Tcrtulliep, qu’elles paydient fcuvent par de cruelles
douleurs de tece. Car quant au rouge ôc au noir , qui font enr
çprcàprefent en ufage > elles en avoient de differentes fortes ,
meme des eaux compofées avec du %! de jCrocodilc , du fuc
de limons 8c de rargent fublimé , qui leur enfloit la face 8c la-
langue jufqu.es à les rendre opprefïées. C’eft pour cela que Pli*
nesquoi-qu’aflez libre àparticularifer la matière de là Commo-
tique fous le nom de medicaraens, ue laiffe pas d’armer fon ftilê
contre ces défdrdres., Je luxe des fa^ds 6c des parfums étant allé
Tm/féme Partie, ChâTp. dernier, cx%nj
û avant de Ton temps , que les femmes ne fe conccntoisnc pas
des odeurs avec lefquelles elles attiroienc les hommes ; mais elles
les répandoient encore jufques fur la terre ; moleUe que les
hommes imitoienc * les répandant fur leurs meubles , & mêmes
fur leurs étendards^ Ce qu il y eut encore de particulier en ce
qui regarde l’infame manège de la Commotique , eft qu il avoir
fes couratiers ^ ôc fes cou ratières , gens qui ont continué ce
commerce jufqu’à nôtre temps , marchans fur les, pas des Cleo-
pâtres, des ^Elephantes , des Callimaques, des Sotires autres
qui ont écrit de cette matière, qui en ont exercé la pratique ÿ
laquelle ne paroilToit peut-être pas h infâme qu’ils ne fc fau-
vaffent fous le nom des Parfumeurs, dont la qualité entroit juf-
ques dans les Epftaphes , témoin celui-cy.
CN, FERGIL IVS MPAFHMO ÜlTVS
'-Magijler odomrm a Minerve Medica vixit ann. 70.-
Et tant d’autres, Qaoi-qu’il en foit de ees métiers y Pline ne
fut pas le feul qui cria contre ces défordres : car ce qu’on ap¬
pelé la fage antiquité y étoit fi oppofée , que la Comedie même
en fait raillerie j que les Lacédémoniens condamnoient Pu fage
des fards fous de grofiTcs peines, & que Fhilippes de Maeedoine
chaflTa un Juge du Sénat , pour s’être peint les cheveux ydifant
qu’un homme qui avoit déguïfé jufqucsà fon poil, ne meritoit
pas d’être crû fincerc en fes jugemens. Auflî Caton fe dieciara-
t-il depuis Contre tout ce qui avoit Pair de fard ^ & de faufleté
touchant les ornemens du corps. Q^nt aux Chrétiens , quoi¬
que tous les Peres de l’Eglife ayent déclamé contre les fards >
nous n’en voyons pas qui Payent fait avec tant de zele & d’élo¬
quence que Tcrtullien ôc Saint Hicrome. Celui-là dit préeifé-
ment , quilriapp^^rtient qtlà P animal dont ces femmes font imita-
irices , dont elles méritent le nomade changer tous les jours de for¬
me: elles macèrent leur w fage en des licf^ueurs ér en des medicamens
hiz^arres , comme pce n était 'ape^de le laver fans le frotter encore
etun vilain mélange, A quoy hony apûte-t-il, les fucs des
herhes ér its préparations des minéraux pour teindre le cuir
comme on teint la lainè yfaifant violence h la nature , ^ corrompant
Vufage des chofe s elle ne nous donne que pour une bonne pn. S, Hierô-
me fe moque d’une maniéré encore bien plus piquante dans fes
Lettres à Furia & à Marcella > de ces Idoles de plâtre ^ qui fe rendt
laides par des heautez^ empruntées y qui nofent répandre des larmes
Mangoess virgi-
nes , îuuliêres , vi-
ros vendebant , dc-
feâus corporis
corrigebant, pinge-
bant." Mer.arial.
vtttiar. leB. lib. i.
eaf, I. Keinef.fag.
Centto VüUntmtA*
»cs.
-Idem de vlrgimi,
veîand.
cxxviij Effals ,d€ Médecine,
cYûiinu d'y noyer toutes leurs feintes j de ces femmes dont les rides com^
pent les unnées , malgré toutes Us, oppof fions de l' art ^ de la frifure y
dont les tours de cjpeveux font de mauvais tours d leurs tètes , d^
quelques maniérés quelles Us tournent. Si aveugles au refe ^ quelles
ne voient pas que les filles de leurs fils marquent trop évidemment qtU
cefi en vain qu elles font les. filles. A quoy Saint Cyprien ajcmte qii’il
n’y a que celles qui ont perdu , toute honte , & qui font à tout
. Caire ^ qui fe plaifent aux fards ^ au luxe des habits. En effe^t
fanion, m Epith4‘ Frufira fdc fe m^uUcr p^averit effe pudica
lam. inU»n. j'g varUs omat adulteriis.
Ce n’eft pas là tout ^ car ne fe content an s pas des fards du païs^
elles en faifofont encore venir d’outre-mer,
Nitelas oris ex Arabicis frugibuy
Tenuem candifimm ^ nomlém puivifculum ■
Complanatorem tumida gingïvula
Converritorium Pridiand reliquia
Ne quis vifatur tetra labes fbrdium
Mefiriclis f o/te fi labellis riferit.
Elles palToient mêmes jiifque à des ibizarreries fi honteufes^
* fnff.. Aifnsts. qu’on aurdit peine à le croire , fi de bons Auteurs ne nous qi
peinture. Ne fa loi t- il pas être folie pour vou^
foir farder jufques à la grofTeiTe , comme ht cette fille-fcmo^
dont il çft parlé dans PTutar-que 5 laquelle étant obligée de fe
baignet en eompagnie , fe frotta rout le corps à la reiérye dc^
reiris, dçs lombes & .du ycntre d’une herbe qui luy fit enfler
tout le refte , à proportion de ces parties , que ce que T ertullien
appelé le tribut des mois , avoir élevées. Quelle extrayaganGe
. , . de fe faire appliquer des ventoufes fçarifiées en divers endroits^
Mîr edmme fit cette Damoifelle de Louyaki , qui youloit paroîcré la
plus blanche d’un bal , où elle dévoie tenir fa partie.
fan ta efi quarendi eura déco ri s î
Mais que n arrive-t-il pas .de ces extravagances ? Combien d^
femmes & de Çlle? mottes de pâles couleurs & d’hidropifie,
pour avoir feulement mangé dnbled, dei’amidon , & de fembla’-
blés crudhez qu’elles erpyent propres à blanchir la peau ? Que
n’eft- il pas arriyé à, quelques-uuef, qui pour n’-^voir fait autre
* Ornamentomm & lîcftmm infigûia & lenocinia fucorum nonnifi profthutis , .& im-
pudicis fçeniinis \co.ngruuni: , & nuHaium fcrc pr<j;:ofior cülcus eft , quam quacum pudor
yihs eft. Sic .Icripcarés fanftis dcfcrjjjkur ciyic^s mcrctjix compta. Cyprian, deha-
btfH Virp». ■ i y ,
chofe
TroîJJtéme Fartie, Chap. dermer. Cxxix
chofe qusc fe laver 6l baigner mal à propos dans des eaux froides,
ont repouffé un venin qoi^n’en eft forci qu’avec plus de force ,
.de furie & de péril , & dont les fuites ont fouvenc été funefies i
Qi^and mê.me ces lotions ces bains niroient qu*à une dépen-
fe extraordinaire , &: à une moleffe qui choque le Chriftiamf-
me i que ne doit-on point craindre du coté de çeluy qui ne
nous donne . des biens temporels que pour en faire un bon ufage>
On n^a qu’à lire les Hiftoires Stàconfulter ce qui arrive fou-
vent à ces femmes perdues de moleffe & de volupté , parcicu-
lierement ce qui arriva à Calis fœur de Niçephore Empereur
de Conftari.dnople , époufe de Dominico Silvio Duc de Venife,
laquelle dédaignant de (é fervir de feau eommune ^ordinaire
pour les ufages de la vie , fut furprîfe d’une fi grande corrup^
don , que ni les eaux naturelles , ni celles que l’artifice & la dé-
penfe parenjL fournir pendant une maUdie qui n’avoit rien de
naturel, fe trouvèrent tropfoibies pour laver ,& tarir les ordures,'
^ le pus qui forroient de toutes les parties de fou çorps , & dans
iefqueiles eUç mourut ffiiferablemenn.
Quant à ces orncmens des femmes ou plutôt a ces çontraintes ,
.dont la. matière. à la vérité ne fe tire pas de la Pharmacie, je
croy neanmoins qu’ils ne méritent pas moins la cenfiire de la
^edecine , que tout ce que nous avons blâmé çy-deyant , n’é-
;tant gueres moins contraires à la fanr é , Sc faifant mçme partie
des inventions de la .Commotique. En effet, ces modes & tout
,ce qui expofe la poitrine & la tête aux injures de l’air 6c du froid,
font autant de caufes de maladies , de langueurs & de villeffes
prématurées. Pour ne point parler de l’honnêtetp qu’elies
choquent , au point qu’un Poète Payen & qui n croit pas trop
cbafte, n’a pu s’empêcher de traiter, les ffemmes qui expofenc
leur chair à .la Veuè d’un fbaçun , de mal-gvifées 6c do malheu.»
jreufes. ; ; * ■
hamem "P [échos , infelix nudifyue popillis.
Ces parures qui font du beau monde , ôc ce qu’on appelé le
Monde féminin ^ il y a îong-temps, 6c mêmes ces Formes de corps
de cuiraffes , fous prétexte dp rendre la taille . dégagée , ne la
mettent-ils p^s dans nnq captivité effedivc î Car après tout, né
vaudroit-il pas mieux paroffre un peu moins grande ôc moins
droite que de s’écrafer les poulmons , par vinç vanité dont on
peut bien dire. . /
^md non morpolio ^e^em co^uij
pavenal. Satir.é,'
* Mundas malie-»
bris.
cxxxr Medecîne,
Mais quant il n’y auroit que les égards qu’on doit avoir Tuti
pour l’autre i parciculierement quai^l on a à vivre en focieté i
N'ejl-ce fOi un fujet ^laifa-nt é" commode ,
De n entendre parler ^ue d‘achapts cjr de mode y
De rencontrer partout la pomade é" le fard ,
Et tant i autres fatras quelle emprunte de l'art»
Delà voir au miroir concerter fa pofure y
Et du bel air panehé prendre la tablature ,
Etudier la grâce , amorcer fes regards y
■ Rappeler en leurs rangs quelques cheveux eparS ^
Zes ccmpartir de nœuds à dijlances pareilles ,
De fins ou faux brillans fe charger les oreilles» '
four la mouche chercher un pofie avantageux y
Apprendre à radoucir fon air trop dédaigneux >
Ajouter au fmris la riante grimace y
Sans découvrir les dents ou la blancheur s^'e face f '
chaffer par leur fe cours des levres la pâleur >
Ou d*un rouge appliqué réhau fier la couleur,
frefier de tous cotez, la molle corpulence , *
D* un Je in qui s^ émancipe é’ ptend trop de licence ÿ
Ou faire avec grand foin rembourer fon étui y
Lors que pour fe produire il a befoin d' appup
Arborer fur fa tête étage fur étage y
Des coéfies ou des points V ondoyant équipage.
Aller dans le grand monde étaler fes appas y
Courir aux rende^-vom y dont le mari nefi pas i
Donner d tous objets r être de toutes fêtes >
Chercher de tous cotez, a faire des conquêtes »
Et recevoir les vœux d'un tas de fins gau fieurs 9
De jeunes prétendans i de conteurs de douceurs 9
^i pour fe divertir dans le pais de Tendre y
Sur fa rare beauté fe plaifent à s* étendre,
La badine le foufire le prend fur un ton y
^fielle fe rit du bruit ér du qu'en dira't-on, i '
La ce font -les emplois qui partagent fa vie p
Ce font les pafie-temps où l'âge la convie y
Ses delices yfes foins y fes divertifiemens ,
Et les plus grands fujets de fes empreffemens , •
Et quand de fon frintemps les plus belles années y
Troifême Pmie. Chap. dernier. czxxj
Offt juf^ues au retour fou ffé [es dejlinées,
Ut que fam nul reÇ^ect ^ elles ont de leur feau ,
Pam un d^e avancé marqué fa tendre feau.
Combien four arrêter cette beauté fuyante ,
Af forte- t-on de foins ? que de fecrets on tente >
^ue ne fait- elle fas four refijler au temfs ,
Ut four Je conferver quelques viéupc foufirans;
Tant qu enfin fe rendant ^ changeant de conduite ,
plie aille Je laver dans un bain d'eau bemte ,
pt fans rabattre rien de fa f ré fomf pion i
Prendre le grand farti de la dévotion?
Ce n’çft pas, pour ne iaifler aueun ferupule fur eette matiercj^
qu’iine Dame Chrétienne ne puiiTe ayoir foin de fe tenir pro-'
pre. Les Saints naêmes n’ont ni blâmé, ni défendu cette occu¬
pation , autre chofe eft fç débarboüiUer j pour ainfi parler , autre
chofeie barboüiller. Je tombe, disqe , d’accqrd qu’une hon^-
ncte^iemme peut-être quelque temps à fa .toilette pour fené^
toyer le vifage , & tout ce qui parotc au dehors. Elle peut mê¬
me tordre les cordages de les cheveux , Û. tendre les voiles dont
elle couvre fa tête, pourveu que ces voiles ne foient enflez que
d’un bon vent , que le vaiflcau ne parte du Porc que pour un
bon commerce, êc qu’il n’y ait aucune.de ces peintures & de
ces ornemens fuperflus jqui loin de rendre fa courcc plus feu-
r,e &plus heureurçî.ne lérvcnt fouVent qu’à le faire perdre.
Il y a eneorc d’aûtres ornemens, qui dans le vrai femblent
^tre^ quelque chofe de fort indiffèrent , pqifqu’ils ne regardent
pas la fante; ^ qu’ils ne nuifent ni au cerveau , ni à ja poi¬
trine, Et neanmoins les Dames Romaines parurent fl circon-
fpedes 9 que n’qfant refufer de fembla.bles prefens dont Pir-
rhns s’aviià de les regaler, elles répondirent en les acceptant,
qu’à la vérité ils leur paroi.ffoient digne de la magnificence
d’un fl^rand Roy, mais qu’il ne leur étoit.pas feant d’en fai¬
re montre ^ oflentation. Des Dames Chrétiennes n’auront,-
elles donc pas honte d’être non feulement rocoüées , mais encore
matachiées & bi]outées , comme des idoles du nouveau monde ?
Car fi ces bijoux ne font ce que TercuUien appelle les dépouil¬
les de quelque ferpent * elles font au moins le feau de i’anr-
cien ferpent. En effet ces enfeignes dediamans vraies ou fauf-
fes, que font-elles, que des inffrumens de la vanité 6c du vice,
qui n enfeignent que trop ce qu’on nç devroit pas chercher?
Æliatn i»
Vatr. P ifhr.
* Et de frontibas
draconum gemmas
erui folitas & hoc
décrit Chriftianæ
ut de ferpeme col-
cxxxij Ejjais de Médecine
Ces nœuds , ccs banderoiles , 6s tout ce qui environne la tête
n’aiant pas pea^ de raporc avec les Gouranncs des Payens-; nWt-
ils pas toiit-à fait l’air de ce que* Tcrtallien appelle
? Comme c’eft donc alTez d’être belle , quandon a reçû du'
Créateur cette fdiciH âi^ corps y ce f habit- àe fefi-e ^ cette imprejjion
de la main de Dieu qu’il elt permis de conierver j n’cft«ce pas
vouloir outrer la nature r que de la parer avec trop de foin , ÔS-
perdre non feulement le temps qui ell cher, mais encore des^
vétemens ôc des parures qui font, fuperflus * aux belles , & fr
inutiles aux laides ,•* qu’ils fe plaindroienc de fe trouver fo mal^
placez., s’ils étoient capables de fentiment
^ualem i(ie demèns- chlamidem diJperdiA- .
cjuæ. nil fapic , ita * ^
mulier tum ciemum ■ . feîAC '' ■ _ _ _ _
boni quæ nil atti-a, ^uifquis tc a^pcxit mpTohamme poMpam
xit. H'ippolitu, ve^ ^ j • l -J ' Il ^
divivus pag-r^.- Dn perdant att y horrtdam fuelLam
- ipos pdttuit'haûdmiferta cultt^.
En effet , ne peut-oû pas dire en- ces occafîoBS ^
Ifabelié a beau fe parer , . —
Sa beauté ne peut plus dure f:.
En îjain ette fait la mignarde r
TûM tes jours etl’e s enlaidit y
Ce n ejt pas que fe ia regarde
Mais tout te monde me le dit l
Concluons donc que' c’eft en vain* qu’on veut rajeunir pïf
la Commotique. Ees plaintes , les vœux ni les prières ne rap¬
pelleront pas le pafté, pietas. moram" rugis afferet yZ plus forte
raifon les fards 6c tes peintures- né feront que de vaincs ten-«
tatives, dont les laides 6c les infirmes s’achèveront de peindre .
‘ pitoyablement. Les bains , les extraits , les huiles , les fucs ,=
lés Terres , les Fiels , les.MinerauX', 6c particulièrement îeMer-
ctire qui entre dans la compofîtion des fards , font ordinairement
ennemis du cerveau 8c des nerfs , 6c fur tout ce dernier s’infi-
Lti.defiihtiiimu^ lîuc fi facilement dansle' corps , que Cardan rapporte, qu’on en
* ungueni^ariares tfouv'a aprés la morc d’unc femme jiifaues à deux onces dans fa
ignomiaiofa illibe- A^outcz que li 1 on en croit * Appulee , g eft- non teuie-
rÿs,figuris coio- ment unc tres- Vilaine chofe que le fard, mais qu’au fond, çg
âfa'^*uodam'*(if- û’cft qu’un appeau de mouches & de fots.
eipiens. " Venait donk peUus ïmprobœ Mœcha
scaliger in jiippo: Moechps ntc ultra prodigis ciens donis
' ^uaeumçpue fuco laéf toque iomCfUir
tîorfîat ? TertuU
de cultu fsRmin.
Si pulchra es ni-
mium ornata es.
Plmt. in milit.
Tertul. lib. de cu,l~
tu fœmindr.
* Ilia placebit quæ
foi'tnæ' ncglcdtu
ci^lta eft. Quem-
admodum enim ea
aqua eft optima
TroîJtéme Pmîe, dernier^ cxxxiij
Joutât cdorem fefe mentitur ,
Annofque mrvos famlùm^ue derügat»
Jnertmm mget ex probrmtque nature,
Ôri a beau fe crépir le vifagé , on ne fe dbnberâ jamais un-
véritable air de jeuneffé. Tout ce qu’on appelé la magie noire
des vieilles médailles , ne fait que bTancKir un édifice ruiné par
le temps 3 j8c dont le proprietaire fe rend ridicule quand il faic-
de la dép^enfe î & qu il prend des Ibins ftiperflus pour l*brher.*
MaisqUdy leS ri dés mêmes ne peuvent pas mettre à raifon cette'
infâme race' d’Archianafîa , laquelle continua ion vilain eom-
mercemême dans une extrême vieillcfTe ? Carau refte ne fçait-
on pas qu^l né fâlnt quuïi peu' d^eau châudé à cette courti-
fane , dont parle Galien , pour mettre de la difFerencé entré fa
beauté ôc' celle que fcs compagnes avoient empruntée de la
Gommbtique ? .Ainfî c’eft en vain qu’on lave une infinité dc^
têtes Egyptiennes , & qu’on veut rendre des feüilles gi de la-
verdeur à de§ arbres que le temps a deflèçbés; Tout ce qu’om
fait pour cela n’éft rien que^ menfonge, ,
ôt c- eft pour cela- qu’ un- de nos Poëtes parle en cette maniéré^
I nos barbouillées.' ^ ^
Les hommes Mtefient le fard r
Gelles qUÏŸr^eîqif enf cetMii , \
Les unes les mtres s' acçufent
Jt efi ihfuŸortald0 à tous.'
'Bûmes donP les foins en abufent’i-
Bites pour qui ‘Vous furde^^vous^ .
Criant aux Médecins , concluons encbre quc ç’êft le devoir
(ÿuh Medècîm Chrétien de dérober a la cqnnoi0ancudu:püblic'
autant qu'il le peut , tout ce que les Livres' & la pratique de la'
Commbtique n’ont rendu que trop connu. eft obligé de-
fahétifier par un bon ufage , toutes les eaux &; toutes les huiles
de'la Pharmacie. Que notre Medecîné ne doit admettre quC'
les odeurs de 'Vie po.ur ne courir qu aprés^ les parfums
du' Divin épotix. * Que tout ainh qu’elle ne- doit rep.rder les
ornemeiis de Judith', que comme des infpirations de j cfpricDi-
vin ,* elle ne doit regarder ceux des'TamâfS'& des Jefabels ^ que
comme des expirations du malin efprit , plus proprcs^^de cesmal-
heureufes victimes des volupte'z pübliques'j que de ces colom^s
du ChrirtJanîfne.,qui font bien plus d*eftime de lacandeur des
meurs quedè la- blancheur du vifage j ôc qu’enfin le feul blanc
r iij.
Épigrdmme it
Gemhaud Lime i.,
%pigrdmme j6.
* In oioicm rin--
guentor àm cuoium
TertuUian. de cul •
tu fosm.
cxxxiv AâdkÏQH$,
ôc Tunique rouge dont elle peut confeiller Pufage aux femmes
& aux filles, elt le lin de la fainteté , é la pourpre de U pudeur,
feuls capables de leur attirer l’amour du Divin f Manus
lanis oempate , pedes domi figite , ^ plufquam in aura pUcebitis, Ve-
fiite vos ferico probitatis , btjjino fanbUtatis > pitrpura pudiciti^ , talftef
pigmentata JPetim habebitis amatorem,
F I N. .
ADDITIONS,
P Age i?,8* ligne *1^, aprqs Taumaturge , ajoutez , & enfuîte
par Georg. Villingan. Pictorius , in Çompend. rei M^dic, ^
càuie du régime qu’il preferivit aux Ifraëlites.
Page 151. ligne 2,1. après Angleterre , ajoutez Henri V I II,
pdoiiard V I. & Jacques I, Roy d'Angleterre , Eric IX. Roy dg
DannemarksÇhriftiern I. Jean fon fils, Chriftiern III. Chriftîern
IV. & Frideric IJ. Mathias Cory in Roy de Hongrie > Henri Roy
de Portugal j & enfin entre les derniers Empereurs , Charles IV,
Sigifmond , Maximilien I. Ferdinand I. Maximilien II. & Ro-?
dolpiie IL
Page I j7. ligne 1 8. après mains , ajoutez \ mais il ne faut pas
oublier icy que le dode André Tiraqueau s efl trompé dans ion
’Nomemlatura Medicorum, quand il a fait Médecin Saint Bâfile
Evêque d’Ancirc, furie témoignage de Saint jerôme : carTil
eût bien lu le Texte qu^il allégué de fon Livre de feriptoribm
Ecclejiajlic, il eût trouvé qu’il n’y a qu’une confufipn de paroles
dans le Latin qui rie conclud rien , quoi-qiTon y life le mot de
Médecin , mais hors d’œüvre , U que quant au Grec > il ri’y
parlé ni de Mçdeçin , ni de Medecine, *
Page 161. ligne T. après çhrijl , ajoutez n?oublions pas pen^
dant que nous fommes fur cettè matière , Fabius Pacius Medé-?
çin de Vincence ,qui a mis les fept Pfeaumes Penitenciaux en
vers Italiens. Petrùs Kirftenius Médecin de Brellau ,qui a dé-
’couvertA^ iiluftré un Code Arabique des quatre Evangeliftes,’
&trayarllé fort dodement fur le Cantique des Cantiques; Hie--
roriimus V^clfçhius quia doiirié, outre fes Ouvrages de
jdàdittofiSt cx^Yiy
cine.des Traitez de pieté , & entres autres le Reltgiô 'A^edici.
■ . Joan. 'W'ierus Médecin Allemand qui a fait un Traité de la
fCplere, on il n’y a pas moins de Théologie que de Médecine êc
de Phiîofophie.
Joan. Gherardus Médecin de Saxe , qui a fait le Meàmtknes
facra, où à la referve de ce qui regarde la Polémiqué > il n’y a
rien que de tres-devot.
. Richard Capel Théologien & Médecin natif de Gloceftre en
Angleterre, lequel s’étant retiré à la campagne l’an 1655. pen¬
dant les troubles de ce Royaume , y fit non feulement la Mé¬
decine avec charité , mais .encore y compofa divers Sermons, &
un Traité des Tentations qui furent fort bien reçues du public*
Page 1^5. ligne G. après ajoutez, Pierre V. du nom
Evêque de Salerne j étoit un fçavant Médecin , & apparemment
celuy de Gefbcrt Prince de Salernc , qui le fit nommer à cet
Evêché Pan de grâce 5 5 S. où il mourut en odeur de Xainteté ?
l’an onzième de fon Pontificat.
Page ligne 20'. après BiUiopheqüe , 3.]où.t&Zi Curianus ap¬
pelé vulgairement Abhas de cm^ i elf cite par Nicolaus Anti-
àoi2iû\jis m EleBuar. Bucii.
Page 170. ligne 21. après Philofophes, Il ne faut pas non plus
oublier qu’Ezechicl Stephanus Àbbé du Monaftere Cobaski
prés d’ Athènes , eft un fçavant Médecin.
Page 171. ligne 51. après Ordem^ ajoutez, Vincent dé Beau¬
vais Bourguignon >qui fe fit Religieux de l’Ordre de Saint
Dominique du temps de Saint Louis Roy de France , a écrit
plufieurs chofes de la Médecine dans les Chapitres X 1 1 1. Sc
X I V. & de fon fpeeulum mturale. .
Page Ï73. ligne li. afrés cinq cent livres t ajoutez , Petrus de
Alvernia Médecin du Roy Jean, Chanoine de Paris 1550. Jean
de Guiftri Médecin du même Roy & Chanoine de Paris *555.
Ligne 20. après Pani37r. ajoutez Guillelmus Cardon-
celli Médecin , & Chanoine de Paris 5c Phifieâen du Dèufin de
France, qui fut depuis le Roy Charles VI. Jean Avantagii
Chanoine de Paris & Médecin de Charles V 1 1. 142 Petrus
de Chalîî Médecin 8c Chanoine de Paris y 14.^0.
Page 174. ligne ii. après de France , ajoutez, Guiîlelm. d An¬
ge Médecin & Chanoine de Paris , 1444. Engueran. Parentî
1451. Gobért. Cordier 14^4. ^
Ibid, ligne 20. après Faculté > ajoutez , Jacobus Martin Ar-
ç:^xxvj ‘Àddklçni*
chiprêcrc &Çuré de la Magdelaine, Profeffeur en Théologie^
Penitencier, Chanoine & Mcdecin de Paris 15x1. joajn. de lUüi
Qhano.ine 3c Médecin de Paris 152,6. ôc Michael Lanii 1533. ' ‘
page 175. ligne 31. Tournaj , ajoutez, joann. Ürfinus!
Médecin de Leopoid , cppic-jChanoin,e ^ Profe%ur à Zartipis^
etx Pologne, .
Page 15)7. ligne '16. après l'af^ , liPez 15,60, ligne ai. lifç^
Anutius , au lieu (fAntonim. ligne 31, apres Segufian^ , ajontez,
Jacobns Pelecarius jCæipmj,_n.' 1581,. ligne 33'. eÇacpz Vincent.
;Êurgund. fielloy. 1,520. ‘ •
Ligne 2 8 , apre$ ymjéius, ajoutez Jurifconfulte Allenian.
Page 158. ligne zy. zjprèf Bodeke^f/4 , aj^ontez, Jpannçs Ôpc-
jinus, Jpannes Cnÿinianus, ‘
Jkid, Ligne 31. ^.^rés Jefuîtes , ajoutez ., Ânnfbal Codret Sa.-
yoiard , lequel après hvoix fait quelque .temps la Médecine, (e
ht jeluitç 15^^.
Page ligne àpré^pr-îj^^/^^ajout^^^^ auqupl le célébré
Médecin Louis Anguiîlara donne de grands Eloges dany l’É^
pitre liminaire du Livre des Simples qu’il by dédie , où il je
qualifie Médecin de Madame Marguerite puchefTe de Berry ,
hile du Bçoy François I..
'Page 274. Hgne 4. après ,aj9Ûtez, par HeropM^^^
qui appelle le Médecin la main de D i eu, &: par , Galien qui-aj^
pelle les fçavans Médecins enfans des pieux, •
' ' ' Page 48 q, ligne 3 8 . liiez an.lieu de 1 5 80. 1 530.
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De rin3prîmcidk;à’A.,SVc)î.wi Lamb i 'i^> i6S$l
TABLE
PE LA PREMIERE
^ féconde Farcie*
A
J% Braham, fag.
Abukoraïth ,
151
134
Abunazar Alpharabius,
Abubicer ,
2.42
Abbez Médecins ^ 44p.
& fuivans
Abdoflalc ,
142
Abhinguefit
145
A'bdaramahus ^
149
Ablabius,
Agâthimus^
,112
AÈjfirtus ,
1-19
Acumenius ,
-70
Agapius , 1
120
Aconiftus ,
a 20
Acron,
53
Adtius Caius ^
95
Acbilles ,
A9
Adam,,
7
Acefiâs ,
^3
Æfehines ,
118
Æçe, -
Î2I
Æfqhrion
10^
Æmilianus -
103
Adélard ,
127
Ægimius ,
7(?
Ætius Promotujÿ
. . S4
Aharon',
133
Agatocles ,
; 72
Aicon ,
93
Alsharavius
144
Alcmæon,
55
Alexias ,
- :7i
Aibinus ;
• ■ 104
Aleocio ,
87
Albucaiîs 3
.?44
Æmilius Macer . ^ *
Albatenus ,
143^
Agazo ,
Aîkanamufalus ,
124.
149-
Althmar,
Ï2I.
Saiiit Alexandre,
25 5».
Agathemerus,
95'
Alexandre le Grand,’
ÏI3*
Alexandre Trallien,
120.
Alex. Philalethe , .
84.
Ammonius,
5io.,i59.
Amatus Lufîtanjis^
132.
Antigene ,
53. & 1 1 1;
Androcedes ,
71.
Saint Antio(|ue^^
?55.
Antioque ,
lor.
Antipater ,
I02>.
Antonius Epicui-ens
104.
Antàemius ,
116.
Andréas ,
€0,
Antonius Mufa,
88. & 159.
Andtomachus ,
5,5;
Antimaque ,
Antiftius ,
82.
Apollonides ,
4^9.
ApôHodore ,
95-
Apollon.
34-
Apollophanes,'
78.;
Apollonius ,
784
Aretée,
85:
Arifton ,
315.
Archagatc;
Si.
Artiater ,
ÎI9.
Afclapo ,
87.
Ariftogene;
74*
Archevêques Médecins
3,04.
Arabo ,
13-
f
. Afclepiade y.
Ariftée ,
Ariftote ,
Artorius,
• AfclepiodorCy
Athoth.
Avicenne ,
Attale ,
Averrhoes ,
Aitemidorcy
Aufone ,
Archagate,.
Avenroar ,
78.
Si. 97.
38-
70.
89.
125.
S.& 29.
145.
. &Ï02.
[ 4^.
9T.
119.
CalfigeiTe y
Saint Ciciairc ,
CaiSus,
Cardinaux Médecins y
C.Celfus,
Calliahax ,
Chalafiris,.
Charlatans , 415'. & fmvans.
Charicles,
Choix de Médecins . . . ^
Claude d’ Ancône ^
Chiran,
Qaude y
8x.
f57
•89.
1 61,
9U
95-
IZOo'
#•
: 87.
3^* & 37i.
Archigene ,
Avarice,
ïoo’. Gleophante,
87*.
^20; . Chronologie des Médecins, z^.’ôic*-
Apuleius Cetfus y
Afclepius , . .
Athenêe ,
52. Chronologie des Chartafâns y
91. Chapeau d’Efculape y .
d
99. d’Mipocrace y
6î^
Ariftarque y ç -
94:. Celer ,
' 99^
Auhri, 1
460. Çhriferme*.
95'-
Aurehanus^
102. Cocitev
49*'
• B '
Charmis,.
96;.
Acchius ÿ
Il Bachtishua y
7<f. Ginningo,
134. Saint Golrnev
Batricides^,
Saint Godratÿ
Saint Bafîlc , ,
157. Ghrihppe,
^5'
Saint Barbalien ÿ= ^ s
Gratippe,
77^
Barbereâu y '
'454. CrareruSy
Beaurainv
458. Creon,
Beaupré,.
4^1. Cratevas ,
.577,
Benitio ,
ïyS. Gonful tâtions y
534^
Bôius,
yô’r Crinias,
9(y»
Ebtt-Bothia y
141, Çriton ,
îof.
Bnhahyliha Bcngeiïa,.
149. Critobuley
70.
Bizarreries de Médecins ,> ^
378. Crjrodemey
71.
Bizarreries db malades y
38 2. Cte/îas
44'
Bôrri,
45(?. Cyrus,
79’
Xavier Médecin ,
459. Saint Gir y
*54"
C .
ArüS,
Cadmiis y 'J4.
Aphnus ,
97. JL^ Damoeratc ;
ïir»
8^»
& 50. David de Pomis,. *
27. DemetriuSj
152-
Capoa Lionardÿ
127'
Caton ,
82. Denis , ^
12 2-
CallimagjSe >
Saint Denis y
ï5.<5î
Dionyfius ;
peoldus ,
Pemocricc ,
Democedes ,
pexippe,
Demofthene ,
péfaux & dey oies
piocles ,
Diodote,
Diofeoride ,
Diodore ,
Piogenien,
Saint Diomede s
Pipphane,
Doius,
Dibfcore ,
Dorothée,
Durius Valla ^
praco',
EBn-Çlbitar ,
Elpidius >
£lifée,
Ëmpedoçle ,
Émilien, .
Énvie,
Efculape ,
JEpigramrae a
jEuribo.tc ,
Euriphon j
Eudpxe ,
jBudorai ,
Éudame,
Epicharme I
Erafîftrate
Euphorbe ,
Euelide ,
Evax,
Saint Eufèbê ji
Eutrppius ,
Eunapius,
Euftathius,
Eudoxius.,
Efdras,
Eiinef
'5^;
Î58.
57*
50.
de Medeçiïis, 2.73.
6^.
^7*
85.
9$
97'
154.
91.
ÎI7.
J70-
ixi.
97'
61.
I ,
140»
ixi,
Î29.
-54.
ï5^.
340-
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1 1.
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FAcuItez eh Medecinç ;
Farragiiis ,
Fidelis,
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Fortune ,
Flaterie ,
Femmes Charîatanes,
GAIien ,
Galaf,
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Gabriel ,
Gennadius,
Gezius ,
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Gilles,
Glauque ,
Gnolîdiquç ,
Gprgafiis ,
George ,
Gorgias ,
Grégoire,
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Gudan ,
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HAly- Abbâs ,
Hareth,
Harpocration ,
Heliodore ,
Heraclide ,
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Helal,
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Herax ,
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Herthogene, ^
Hérodote ,
Honoraire ,
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Homicides prétendus,.
Homere ,
Hoam-ti ,
Hugues' le Noir ,,
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Himetus ,
Hycefîas,
Hypocrites Médecins ,
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J Jacques,
Iccus,
Icetidcs ,
Jean Damaicene
Jéan.,,
Jean Arabe,
Jean Aéfcuarius^,’.
Saint Jean
Jean Pape,
Joannitius,
Ignotance ,
JciUs^Siracà-y
Jolas,,
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Jofeph Pâtriare-He^
Impudence,
Irrefigion prétenduëi.
Ifaac Arabe ».
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Julius Pollux,..
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Saint Libérât ,
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Marinus ,
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Marilelphe ,
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Médecine
Médecins-
Son e2iftence,/?<?^.i.C^c’i
Son origine , S
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Chrétienne, < 244
Catholique ,
Juîh, Sesennemis , 20T
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J Allemans y
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Médecins- des Princes 387'
Médecins Charlatans , 3.85:
Medècinsicitez'par Gsire.,:. 104-
parPlîtie» '204-;
parGaliew,' 105;.
Medèdns pieux ,.
Médecin défini , 2 75
Médecins Evêques& Archev. r(î4
Médecins Abbez & Religieux , 1 72
Madécins des Papes ,
M?4e9n5 Chaaqinçs 5cPrêtrç5î lyrt
Kîege^
Melampe,
ÏÜcIilîus,
I^eton ,
Mencftofv
Menon ,
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Menecrates,^
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Mithridare ^
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Saint Qrefte,
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Péiops ,
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Pheeianüs',
Pedenterie de Médecins,'
Philagfius Lÿc-ius
Philotheus
Pherecide y
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Philoftorge ,
Philoxéne ,
Philôibphes Medccms
Philippes,
Philiftion y
Philo ,
Phriothde,
Philotàs,^
Philotime ,
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Pitocles,
Fliftonicüs,*
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Saint Pierre de Cfts?
Pœon ,
Podaliré,
PolicIete,i
Policrate,
Pomponiiîs LæticüS y
Plinius,
Ftolomèe,,
Pofidippe,
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Fromethée ,
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Saint Raûphe & Ravcnne,
Rabi Mofes ,
Rabi Juda ,
Raoul ,
Ebn Reduvan ^
Repnal ,
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Rois & Princes Médecins >
Ridiciile de Médecins J
Riviere ,
Ruphus Ephefîus ,
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Théodore Jacobifc^
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Thrafias, .
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Theophrafte ,
Théodore Prifcien ^
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116
Sajomon ,
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9* ^9
Sarirus ,
105
Trefel,
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^altnanath Arabe ,
138
Tubalcain,
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Saiufte ,
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Tribun,
S.alehiis Arabe,
138
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Sabinus ,
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Saint Sampfon,
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■T T Alets Médecins ,
47®:
Darius,
96
V Vanité de Médecins
, 348
Scribonitis Largns.,
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Vindicicn,
117
Sciences méprjfees.
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Saint Urficin J
154
Sixcus , ...
. îi -f-
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Sicxti us Niger,
9f
Enocrate ,
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Secret dans la Medeciac p
^enophon ,
m
Serenps ,
;ji4r
Semini ,
447
Serapion , 76. 9,9 . & 14 3 . 7 6
\r Ahia Arabe ,
Simon,
75
J. Y vrogneric prétendue de Me-,
Silveâre JI. jPape ,
decins ,
497’
Sinale ,
77
U."
Sirianus J
. . Ï22
r7 Amollis ,
Simeon Scthi ,
117
Ibn Zoar ,
■ 45 '^1
Soranus,
98
Saine Zenon , ^
157.
Solon ,
? ^ ï
Zenon ,
8p.;
Spirale ,
09
Saint Zenobe ,
, ■
ZacïiâriÇÿ
^leiixis ,
Zâcmas Liîfit.
Zetbus ,
' 84
ZedecKiaSy
Zopirus ,
Zoroaftre ,
Tal’fe de la trot f me Partk^
fag. ixx
Ixix
J
Aî'ap y
Iris ,
Èt Hierc ,
AGariey
Aloes y
Air, Mxviij
Arnpucatioii & fès e^^etes, chap^viij.
, intitulé des remèdes de la Chirurgie.-
Antimoine., Ixxix
Âpotiqriaires & leur devoir y xxi
■ B'
p ierre >- ^ciij
K
151
Itxv
îxxj
ihid.
F
CAtholicôn , Ixxiv
CafFé & Chocolat , XcVi}
Gauteres , chap.< vij. des remèdes de
la Chirurgie ,
G)afïè , îxyji)'
Ghirurgierîs & leur devoir , xiij
«Ghofes nott naturelles , xXxiij
Golaquinte , • kxj
Cidre, xc)
Gontrcpoirons&: cordiaux y ' e|
P
Dlaprum, Ixxv
Diaphenicy
Diacarthami, ' kîdl
De Citroi ^
EAu, Xxxv
Eleéluaires-, Ixxiv
Ellébore y Ixxij
Emetique , , Ixxvii}
Evacuations, xlj
■ F
TTArds & leurs abus, exxV
Hi
H
Amech confeâiion,
^ermodades y
Ixxv
Ixxq
Klnaslina 6u Quinquina , xcv
È ^
LApis Lazuli , xxi>^
M.
MAlades Se leur devoir,. j
Manne, kvij
Mercure y Ixxxyiij
Mouvement y xli
O
OGuîi Cancriy xcvii;
Opium xcvii|
P
PAlEonSy- xlij
Pharmacie > & fess remedes , vii ;
Pilules , Ixxvj
Poifous y Xcÿ
Précaution touchant les remedes pur¬
gatifs, Ixv}
P,
REmedes, vii)
Repos,
Rheubarbe, • Ixvii)
Rofes , S Ixxv
S Ages-femmes , & leur ^voir ,
XXV/
Saignée, xliv
Sangfucs , Cbap. VEl» de la Saignée.
Scarifications >
Senne , Ixvj
Scanimonée Ixxi)
Sirops purgatifs Ixxv)
Sommeil >> si
T
V
Abac,i
Turbirh ,
Billes,
Ixxîtij Ventouiês , Cliap.’ -VH^
;îxxj Vin*
Voniiiifs,
3^1
gantes d^impre^ofî de la première & fécondé Tarties,
PAgei. ligne Z. de fe/es & Pag. i. ligné ?,• le /*/«!; les. Ligne 1 1. & ’4. Zi/e^ Eccîefiaftique. En marge
Evotias.Zî/ex Hugo .Grotius. Pagen- ligne 40. .quatre , Zi/e:; quiize. Page ^4.;ligr_e jo.Zt/erSeli-
nontîus. Pagei.L» ligne 7 de vivant , life^ qui ait eu vie. pagé.58 ligiie z frimtfat^ , Ijfei prirntpara.
page 69 ligne zj. rTepaiffoit , Zi/e?;tep%iirant. page 11.5 ligne ai viendroît , Z»/*;; voudrqit., page 14.7 Ji,
«ne s J 1'“'^ le ^es iSeûes de Galien, page 1.5^1. .ligne 15 après l’an 1 ajaûte^ 1160. page ii|.
'figne 56. pitié .Ziÿê^ pieté, page ligne 7 fuliUme , /i/es; îubtüe. page ZI7 ligne i^ne^ue .lifezBegw.
page 146 lignei7 ou ceux quife font violence, page z^j ligne 8 /i/e^ ce qui n’e^
pas. page zt^ ligne lO Valerdcj Zi/ê? Valeqoia^ page :7 7 ligne 14 .élever, Zi/<^ enlever, page zjr
ligne z, prompt , . Zi/én précis.’ pagei^oS ligné- 5 après malheureux ,^ tf;eMfêi;.fuccez, page 441 ligne
zj” trouvpienf , li{e\ tibutenti pageazâ l^nè 35 rica , .Z^ije;^ fatiticâ. page’4i5 ligne z, difpofition
life'difpchfatioh. page 45^ ligne ii, Z//«<^'ineritGit bien qu’on le. page 457_Ugne jo, Zi/et; dé toutes
les’ ruës. page 46.4 ligne zj. légataire , Zi/ê% iegateut. page ^04 ligne ro prudértee , /Z/eti prÔTiden,
ce. page 5is‘ Ü^né 45. fond^,Zij«!î feu. page j'4;. ligne 14 partait ,''Zi/eîs par-oît.
Fautes, /de, } f troijlé^e Partie.
Page.-^lv Ufe^ dlfent-îU. ,page.î^iv ligne 5 de ceux , Zi/encux. page Ixx l%ne 1 z Agaric , life^ Agatig;
page xdv /ijej; qui' n’avoîent' màrfgé que. de cés ceiifes. page ci ligne' i.lgrainei ZZ/^n gtaifl'e. Pa^
Ixxvj Kgnéjô Zi/i? .Montagne, pags cij ©ûcz eB.inarge .ee' qui fuit 2éxe»î4rit. • - ‘ =
' Bpdtruh du Privilège du Rop ’
A R gcaçe & Privilège du Roy * dè^né à Verfailîes le feptiérne jour de
X Janvier 1.^89. fignépar le Roy en fon Confeil , D u g o n £ > Il eftperr
mis ail fieut- 'B Ê-R N I É R Confolk^ & Médecin ordinaire de feue Madame
Duehefle Doüairiere d’Orléans , de faire imprimer un Livre intimle Efats
de Medecine , en relie ^marsge & earadlere que Bon luy fcmjblera , durant le
•temps e^acc de huit' années * à compter du jour que lcdk Livré fera ache¬
vé d’imprimer & mis en vente pour la première fois. Avec défenfe à tous Li¬
braires 5 Imprimeurs & autres de l’imptimer ni contrefaire fous quelque pre,-
irexte que ce .foît * mefme d’impreffion étrangère ou autrement j iàm le confen-
itfement dudit Expofant / 4 peine de trois mille livres .d’amende , confilcation
des Exemplaires qui fe prouveront contrefaits , & de tous dépens , ddmnu-
ges & iiiterefls .5 SnÉ qu’il eft plùS' amplement porté par lefdites Lettres d®
‘PrîyMege. - " " '
Ledk'fBeur Bernier a .cédé. Ion droit de Privilège à Simpti
Marchand Libraire * fiüÿant l’accord fait en, tr’eux.
Regidré ftr le Livre de la Communauté d§s. Imprimeurs & Libraires de
^ Zï. jourdejuillet i6îp. Signé /J.P. CoiG-H AKo ^ Syndic.
Achevé d’imprinier pour la premier^ fois , le trentième Juillet 16%
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